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lundi 18 décembre 2006

Le Pen et l'avortement : réflexions de vos blogueurs

FetusJean-Marie Le Pen et Marine Le Pen ont annoncé aujourd'hui une nouvelle position sur l'avortement légal : l'engagement à abroger la loi Veil, qui figurait dans le programme du FN, serait remplacé par la conjonction de mesures incitatives suivies, au terme d'un mandat présidentiel, d'un référendum sur l'abrogation.

Cette annonce suscite d'abord un certain nombre de remarques :

Sur ce sujet de l'avortement, je ferai un reproche au Front national. Celui de ne pas s'être engagé franchement dans ce combat. A quoi bon parler de l'avortement dans un programme sans jamais faire la moindre campagne nationale sur ce sujet ? A rien.. [...] Déclarer des guerres et ne pas livrer bataille, voilà ce que nous ne devons plus faire à l'avenir sur ce sujet, comme sur tous les autres.

  • M. Le Pen avait en outre indiqué qu'il ne considérait pas que l'avortement eût nécessairement sa place dans une campagne présidentielle (ici, ici). On pouvait donc craindre qu'un engagement "absolutiste" (abrogation de la loi Veil) demeure dans le programme et que M. Le Pen continue à se dire personnellement attaché au respect de la vie, tout en ne précisant pas quelles mesures il entendait mettre en oeuvre s'il était élu : les électeurs pro-vie n'auraient alors pas su à quoi s'en tenir. Ces déclarations sont une clarification, et il faut en rendre justice au candidat Le Pen.

Que penser du scénario préconisé par Le Pen ?

  • Abolir l'avortement par voie parlementaire, aussitôt qu'une majorité de députés y consentirait, est un scénario conforme à la Justice. Mais il ne serait pas conforme à la prudence si, faute d'être accepté par la population, il donnait lieu à une désobéissance civile massive. Convaincre une majorité de Français semble donc être être un préalable à l'abolition : n'envisager l'abolition qu'après un référendum ne nous semble donc pas criticable, même si un mal approuvé par référendum resterait un mal.
  • Dans l'état actuel de l'opinion, on peut raisonnablement penser qu'un référendum proposant l'abolition totale serait perdu par les partisans du respect de la vie, non seulement en 2007 mais sans doute aussi en 2012 voire au-delà. Au Dakota du Sud, un Etat labouré par un mouvement pro-vie actif depuis des années, les pro-vie ont perdu en novembre dernier par 45% contre 55.
  • On peut donc se demander s'il est prudent de présumer d'une date et d'une formulation pour un tel référendum. L'effort d'un gouvernement pro-vie serait plutôt de faire adopter des mesures, y compris coercitives, à mesure que l'opinion y sera prête. Si un référendum en 2012, mettons, ne pouvait être gagné que s'il excluait les cas de viol, d'inceste et de danger pour la mère, la question posée devrait être formulée en conséquence (cf Evangelium Vitae §73).

La position de Jean-Marie Le Pen suscite donc les questions suivantes :

  • L'engagement à tenir ce référendum exclut-il la mise en oeuvre de mesures pro-vie "coercitives" intermédiaires ? Certaines, acceptables en l'état actuel de l'opinion publique, pourraient pourtant être rapidement adoptées par voie législative, par exemple le rétablissement d'un entretien obligatoire avant l'avortement incluant une information sur les alternatives.
  • Un hypothétique gouvernement FN serait-t-il pro-vie - ferait-il clairement campagne, en cas de référendum sur l'abolition, pour le "oui" ? Ou ce parti considère-t-il que son seul engagement est de susciter ce référendum, sans avoir de position officielle sur la réponse à y apporter ? Cela changerait beaucoup de choses.

Cela étant dit, redisons qu'en précisant ses intentions, alors qu'il aurait pu demeurer dans un plus grand flou, M. Le Pen rend le premier des services aux électeurs catholiques en leur donnant des éléments de discernement pour éclairer leur vote. La balle est dans le camp d'autres candidats, dont on espère qu'ils seront au moins aussi précis.

23janvier022Enfin, le scénario référendaire de Le Pen a le mérite de rappeler qu'il ne s'agit pas pour les pro-vie de "prendre le pouvoir", mais de convaincre leurs compatriotes. L'épisode montre aussi que les citoyens attachés au respect de la vie ne doivent pas attendre des partis politiques qu'ils soient le moteur du combat pro-vie en France. Cette bataille cruciale ne sera gagnée que si un mouvement pro-vie puissant se développe en-dehors des partis.

Rendez-vous, donc, le 21 janvier 2007 pour la Marche Nationale pour la Vie.

Le Salon Beige

Posted on décembre 18, 2006 at 08:31 PM | Permalink