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vendredi 30 mars 2007
Voter en conscience : réflexions de catholiques à la lumière du Magistère
L’enseignement de l’Église nous rappelle le devoir du catholique de contribuer au Bien commun, par tous les moyens dont le vote. Mais l'application de ce principe se révèle d'une grande complexité. Il est donc très encourageant que les réflexions de catholiques se multiplient autour de la question du vote, avec une intensité sans doute inconnue en France depuis des décennies (cf liens en bas de page).
Vos blogueurs vous proposent le fruit de leurs réflexions sur le sujet, nourries particulièrement des documents suivants :
- les encycliques Christifideles laici et Evangelium vitae ;
- la Note doctrinale de 2002 du Cal Ratzinger sur l'engagement des chrétiens en politique ;
- le memorandum du Cal Ratzinger au Cal McCarrick en 2004 sur la primauté de la question du respect de la vie sur les autres questions;
- les déclarations récentes du Pape Benoît XVI indiquant le caractère "non négociable" des questions du respect de la vie, de la défense de la famille naturelle et de la liberté scolaire, rappelé dans l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis (§83).
1 – Peut-on se désintéresser des élections ?
«De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes» (Pie XII - Pentecôte 1941).
« Le devoir des citoyens est de contribuer avec les pouvoirs civils au bien de la société [...]. La soumission aux autorités légitimes et le service du bien commun exigent des citoyens qu’ils accomplissent leur rôle dans la vie de la communauté politique » (CEC 2239).
« La soumission à l’autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement [...] l’exercice du droit de vote [...] » (CEC 2240).
« L'Église est consciente que la voie de la démocratie si, d'un côté, elle exprime le mieux la participation directe des citoyens aux choix politiques, n'est possible, de l'autre côté, que dans la mesure où elle est fondée sur une juste conception de la personne. Sur ce principe l'engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis. Sinon, c'est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint, ainsi que l'unité et la cohérence intérieure des fidèles eux-mêmes. La structure démocratique sur laquelle se construit un État moderne, serait plutôt fragile si elle ne prenait pas comme fondement la centralité de la personne. De fait, seul le respect de la personne rend possible la participation démocratique » (cardinal Ratzinger in Note doctrinale).
« Il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l'unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus: Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés » (Pie XI in Quas Primas)
D’aucuns pensent que les conditions d’une vraie démocratie ne sont pas rassemblées en France aujourd’hui et décident en conséquence de ne pas participer aux prochaines présidentielles. La réflexion menée pousse à aller plus loin.
2 – Des repères pour l’élection présidentielle.
«il est souvent plus facile de savoir s’y prendre pour gagner au tiercé que de savoir pour qui voter» (Jean Ousset).
21 : Les trois points non négociables de Benoît XVI :
« En ce qui concerne l'Eglise catholique, l'objet principal de ses
interventions dans le débat public porte sur la protection et la
promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc
volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd'hui de manière claire:
- la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle ;
- la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;
- la protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.
Ces principes ne sont pas des vérités de foi, même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi; ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l'humanité » (discours aux participants au congrès promu par le Parti populaire européen).
On peut se reporter aux posts (respect de la vie, famille et liberté d’éducation) qui mettent en juxtaposition l’enseignement de l’Église et les positions des candidats.
22 – La voix de l’Église en France aujourd’hui
Deux évêques ont fait entendre au niveau national la voix de l’Église en engageant leur autorité d’évêque de l’Église catholique. Ils nous proposent des axes de discernement adaptés aux élections présidentielles françaises :
Monseigneur Ricard, Président de la Conférence épiscopale française dans son message à l’approche des élections déclare :
« Dans sa réflexion, un
catholique doit tendre à une cohérence entre ses choix politiques et
ses convictions chrétiennes, entre l’approbation d’un programme et la
vision de l’homme qui lui vient de sa foi. C’est pour aider à un
tel discernement que l’Eglise a développé, à partir de l’Evangile, de
sa Tradition et de son expérience concrète, une pensée sociale, appelée
aussi « Doctrine sociale de l’Eglise ». Cet enseignement de l’Eglise offre d’utiles critères de réflexion ».
Monseigneur Cattenoz, dans sa lettre ouverte aux candidats, qu’une lecture intégrale et appuyée permet de saisir l’esprit de sa conclusion, écrit :
« Au nom de l’Évangile et à la veille de l’élection présidentielle et
des élections législatives, je ne peux qu’inviter les hommes
politiques, les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à passer au crible de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église vos propositions avant de se déterminer dans leur choix ».
23 - Dieu Premier Servi
Nous ne sommes pas des électeurs catholiques, mais des catholiques qui exerçons un droit de vote. Ainsi, ce qui sera premier pour notre discernement, sera notre référence à la fois à la doctrine sociale de l’Église et à sa doctrine morale qui nous oblige à choisir le bien et à refuser le mal («le mal est une absence de bien» saint Thomas d’Aquin) :
« La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé (…) La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la matrice dont provient l'engagement des catholiques dans la politique, et celle-ci renvoie directement à la doctrine morale et sociale chrétienne. C'est à cet enseignement que les laïcs catholiques doivent toujours se confronter pour être certains qu'une responsabilité cohérente vis-à-vis des réalités temporelles marque leur participation à la vie politique » (cardinal Ratzinger in Note doctrinale).
3 – De quoi s’agit-il le 22 avril et le 6 mai ?
31 – Désigner le Président de la République française.
L'élection présidentielle a deux caractéristiques - qui paraissent aller de soi, mais qui ont des conséquences importantes dans la réflexion de l'électeur catholique :
Elle vise à désigner le chef de l'exécutif
Cela peut être perdu de vue, car on entend des hommes politiques
prétendre que certains domaines seraient du ressort du Président,
d'autres de celui du gouvernement. La réalité de la Ve République est
que le Président de la République est le chef de l'exécutif, et le
quinquennat renforce cette réalité (exemple).
Toutes les questions relevant du gouvernement relèvent ainsi du Président - le catholique ne peut donc pas, par exemple, voter à la présidentielle d'abord sur les questions de politique étrangère et de défense, et ne prendre en compte le respect de la vie qu'aux législatives.
Elle consiste à choisir un homme et pas seulement un programme
Le programme des candidats n'a aucune valeur légale - le mandat de l'élu ne sera pas impératif. C'est pourquoi, la personnalité de l'élu a aussi son importance.
Les programmes sont cruciaux dans le travail de discernement de
l'électeur catholique, mais la question est bien : parmi les candidats
dont les programmes et les idées sont en conformité avec la Doctrine
sociale de l’Église lequel possède les meilleurs atouts pour faire progresser au mieux le bien commun, une fois élu ? (exemples : prudence, courage, perspicacité, homme de volonté, calme et solide...)
32 – Etablir un classement objectif
La condition d’un tel classement des candidats est le refus de tout relativisme : mettre de côté ses sentiments (l'antipathie envers tel candidat, la sympathie pour tel autre), prendre en considération l’apport de ces candidats au Bien commun et non seulement au bien particulier de l’électeur ou du candidat, etc.
Le passage au crible de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église des
propositions auquel nous invite Mgr Cattenoz donnera lieu à un classement des candidats selon la conformité de leur programme sur les points non négociables. Ensuite,
l’appréciation de chaque candidat pourra être affinée en fonction des
autres sujets, à étudier selon la DSE : économie, défense, immigration,
etc. Par ailleurs, on pourra examiner l'un de ces points
secondaires en regard de l'influence qu’il peut avoir sur les points
non négociables. Nous pensons particulièrement à l'Union Européenne,
dont on connaît l'influence dans la culture de mort (comme l’avortement). Cette analyse devrait inciter chacun à étudier la DSE afin d’affiner son approche du bien commun.
L’importance accordée aux points sur lesquels l’Église ne négocie pas
devra donc faire apparaître en tête de ce classement les candidats dont
le programme est le plus conforme à l’enseignement de l’Église sur les
points non négociables.
33 – Voter en conscience
Une fois ce classement effectué, dans le cas où le candidat le mieux classé ne serait pas en conformité avec un ou plusieurs points non négociables, une question de conscience se pose : suffrage exprimé en sa faveur ou vote blanc ?
- Peut-on voter blanc (à distinguer de l’abstention qui est l’expression du désintéressement et le vote nul, celle du non-respect des règles du vote) ? Si cela est compris comme un refus à soutenir l'un des candidats en raison de leur(s) décalage(s) avec les PNN et non comme une fuite. Pour que ce vote ait une portée, l'électeur pourra, par exemple, écrire aux candidats pour lui exprimer la ou les raisons de son refus : l’inadéquation entre son programme et un ou plusieurs point(s) non négociable(s).
- Peut-on, par souci de vote « utile » ou « de compromis », choisir de voter pour le candidat le mieux classé ? La réponse se trouve dans le discours de Benoît XVI à l’occasion du 50° anniversaire du Traité de Rome :
« De cette façon, on finit par répandre la conviction selon laquelle la « pondération des biens » est l'unique voie pour le discernement moral et que le bien commun est synonyme de compromis. En réalité, si le compromis peut constituer un équilibre légitime d'intérêts particuliers différents, il se transforme en mal commun chaque fois qu'il comporte des accords qui nuisent à la nature de l'homme ».
Quoiqu’il en soit, le catholique vote en conscience « justement formée » (Benoît XVI), en vue du Bien commun :
« La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n'est pas logique d'isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L'engagement politique en faveur d'un aspect isolé de la doctrine sociale de l'Église ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun.
Le catholique ne peut penser non plus à déléguer à d'autres l'engagement chrétien qu'il a reçu de l'Évangile de Jésus-Christ, pour que la vérité sur l'homme et sur le monde puisse être annoncée et rejointe » (cardinal Ratzinger in Note doctrinale).
Le Salon Beige
Liens utiles :
Memorandum du Cardinal Ratzinger au Cardinal McCarrick
Benoît XVI au Parti Populaire Européen
Voter en conscience (étude du Père Pavone)
La conscience de l’électeur chrétien (Père Garrigues)
L'objection de conscience en politique
Posted on mars 30, 2007 at 07:58 PM | Permalink

