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07 novembre 2006
Laurent Lafforgue, l'Eglise et l'école.
Laurent Lafforgue, médaillé de Field, et connu pour ses prises de positions courageuses sur l'école, a donné une conférence sur Tradition et fécondité à l'Institut Catholique de Paris la semaine dernière:
Parce que les fondements de la vie intellectuelle et artistique sont spirituels, parce que ce dont il s'agit est le développement de la vie que Dieu seul donne et que le Christ a promise en surabondance, je me tourne vers l'Église. Ce que je lui demande et pour quoi je prie le Seigneur est très simple : puisqu'il lui a été promis que la mort ne prévaudrait pas contre elle, je la supplie d'embarquer dans son arche, pour les sauver du déluge, les formes de la vie de l'esprit, les humanités, la philosophie, la littérature, les arts, les mathématiques, la physique et toutes les activités de l'esprit qui ont reçu la grâce de l'orientation vers la beauté. Et bien sûr, ce qui rend tout cela possible : l'école.[...]
Je supplie l'Église de prendre en charge les deux traditions, y compris, dans tout ce qu'elle a d'admirable et de pur, la tradition laïque sortie d'elle il y a quelques siècles. Je la supplie de faire, dans cette prise en charge, non pas une soustraction de toutes les aspérités, à la façon des chrétiens qui ne sont plus chrétiens,mais une addition guidée par l'amour de la vérité et le souci du discernement. A mon avis, le caractère propre de l'enseignement catholique ne peut pas résider dans la pédagogie ou dans une douceur soi-disant plus humaine, mais dans l'ajout d'heures nombreuses et obligatoires d'étude de la Bible, du contenu de la foi et de la tradition de l'Église, à commencer par les Pères de l'Église et en passant par les Docteurs de l'Église. Cet enseignement ne devrait pas plus toucher au for intérieur des élèves que celui des matières profanes. Les textes de l'Écriture et de la Tradition sont suffisamment forts pour parler d'eux-mêmes. Quant à la vie sacramentelle et communautaire, elle devrait constituer le cœur des établissements confessionnels, mais ne revêtir aucun caractère obligatoire. Elle n'a de sens que dans la liberté.
Posté le 7 novembre 2006 à 12h02 par Pierre Piperno | Catégorie(s): Valeurs chrétiennes : Education
Commentaires
Quand un chat est appelé un chat avec courage
Chapeau bas M. Lafforgue !
Rédigé par: maguelone | 7 nov 2006 12:29:56
Puisse ce magnifique plaidoyer pour l'intelligence et la foi, en accord avec ce que Benoît XVI ne cesse de répéter, être entendu non seulement du public auquel il s'adressait (l'Institut catholique) mais encore de tous ceux qui ne croient plus à l'école agonisante de la république actuelle qui désintègre le savoir et la personnalité des enfants.
Rédigé par: amdg | 7 nov 2006 13:59:36
Nous pouvons être fiers, nous catholiques et Français d'avoir parmi nous un "nouveau Pascal", si l'on me permet cette image, forcément non absolument adéquate.
Lafforgue est un homme de culture et de génie.
Rédigé par: jean-françois | 7 nov 2006 14:34:50
Je me posais justement la question : n'est-ce pas (en plus de sa fameuse déclaration sur l'enseignement) parce qu'il est "trop" catholique que L. Lafforgue est ainsi détesté voire haï d'un certain nombre de personnes ?
Rédigé par: Marc | 7 nov 2006 14:49:32
Cela a tout de même plus de contenu qu'un discours épiscopal ordinaire, de Mgr Ricard à Mgr Barbarin : en France, comme en Italie, une partie de l' intelligentsia se rapproche de l'Eglise, voire se convertit. Cela se sait peu parce que le laïcisme militant interdit que l'on parle de religion, alors que parler publiquement de soi et de sexe est devenu courant chez beaucoup, mais c'est un mouvement de fond : le discours de Ratisbonne, contrairement à ce qu'en disait récemment TINCQ dans l'Immonde, a marqué ces milieux, parce qu'il rapproche foi et raison, montrant leur lien intrinsèque.
Ce qui frappe chez ces convertis est que leur attachement à l'Eglise se manifeste par un amour très fort pour l'ensemble de son héritage intellectuel pré conciliaire et pour une vie sacramentelle absolument traditionnelle : l'ouverture conciliaire au monde ne convertit pas.
Rédigé par: Pascal G. | 7 nov 2006 14:51:25
Je nuancerai :
L'ouverture conciliaire au monde permet la conversion de gens qui sont très attachés à une Eglise dont la tradition ne se résume pas à l'enseignement magistériel des quarante dernières années.
En plus, je ne suis pas certain que tous les tradis soient partisans de la "tradition laïque sortie [de l'Eglise] il y a quelques siècles" (expression de Laurent Lafforgue)
Rédigé par: Polemikon | 7 nov 2006 15:22:41
A Polemikon
Ce qui les convertit n'est donc pas l'ouverture au monde, mais ce qui dans l'Eglise et l'enseignement magistériel a continué à transmettre une foi catholique ne datant pas des années 60 et du Concile.
Quant à la tradition laïque sortie de l'Eglise, c'est tout de même une constante de notre histoire catholique : dès le début du Moyen Age, il y eut reconnaissance des deux sphères. C'est d'ailleurs ce que ne comprennent que très mal les orthodoxes.
Laurent LAFFORGUE cite C. Péguy à propos de la laïcité, sur la métaphysique de nos maîtres qui n'est plus que "cendre vaine" (l'ARGENT - 1913) : sa laïcité est celle de la morale naturelle, celle du décalogue, et ce passage de Péguy qu'il reprend in extenso parle bien de la déchristianisation de la France.
Cette laïcité là est acceptable pour tout catholique, tradi ou non.Elle est très loin de l'ouverture au monde.
Rédigé par: Pascal G. | 7 nov 2006 17:40:17
Pascal, j'avais écrit que l'ouverture au monde permet la conversion, non qu'elle est ce qui convertit...
Rédigé par: Polemikon | 8 nov 2006 09:39:04
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