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12 avril 2012

Contre la pensée unique, prêcher la vérité

Extrait d'un article sur la pensée unique par Laurent Dandrieu :

V"Même si aucun bûcher n’est allumé, même si les seuls piloris en exercice ne sont que symboliques, il n’en faut en effet pas moins une tranquille indifférence aux pressions en tout genre pour sortir des clous du politiquement correct, tant le paysage intellectuel français fourmille de « j’accusateurs » (dixit Élisabeth Lévy), de « professionnels du choquage » (Zemmour) et autres chasseurs appointés de dérapages. Les scénaristes, dialoguistes et autres petits télégraphistes de la fiction de l’avenir radieux et du présent adorable sont toujours prompts à se déchaîner (comme encore récemment Bernard-Henri Lévy à propos de l’affaire Merah) contre la « levée des tabous » et la « libération de la parole infâme » – sans même sembler s’apercevoir une seconde de la légère contradiction qu’il y a à condamner la parole libérée quand, naguère encore, on prétendait interdire d’interdire… Pour ne pas risquer de stigmatiser telle ou telle minorité censément opprimée, le magistère médiatique n’hésitera jamais à stigmatiser le réel, et ceux qui se font ses porte-voix. De l’affaire Zemmour, traîné en justice pour avoir affirmé un fait avéré bien connu de tous ceux qui fréquentent les prétoires et les prisons (la prédominance des populations d’origine immigrée parmi les délinquants), à l’affaire Vanneste, unanimement condamné jusque dans son propre camp pour avoir évoqué une réalité historique avérée (l’absence de déportations d’homosexuels en tant qu’homosexuels dans la France occupée), les exemples ne manquent pas de cette stigmatisation-là – tout à fait honorable celle-ci, car réalisée au nom du Bien et du sens de l’Histoire.

Comme la contradiction a ses limites, on n’essaiera pas forcément de les faire taire : quoique, dans l’affaire Zemmour, on ait assisté à cette situation inédite de syndicats de journalistes réclamant le licenciement d’un autre journaliste ou que, dans un autre registre, celui de la culpabilité humaine dans le réchauffement climatique, on ait vu un collectif de scientifiques en appeler au ministre de la Recherche contre leurs confrères Claude Allègre et Vincent Courtillot… [...]

Si la gauche, devenue le parti du bougisme, se trouve naturellement acculée à décrire tout changement comme positif par essence, la droite n’est souvent pas en reste – portée telle la feuille morte par les vents dominants, par le souci de montrer qu’elle aussi est avant tout moderne, par incertitude idéologique aussi : car jamais la droite n’a voulu s’atteler à démêler la contradiction entre ses assises conservatrices et une assimilation au capitalisme libéral qui, de fait hostile à tout ce qui n’est pas mobile, flexible et mondialisé, la pousse elle aussi du côté du bougisme : entre ces deux tendances contradictoires, la peur de la ringardise, devenue le péché politique absolu, incitera trop souvent la droite à sacrifier le conservatisme au bougisme. Comme il faut bien, tout de même, parler à ses électeurs, la droite redécouvrira le réel en période électorale – pour mieux l’oublier entre deux scrutins, où c’est l’opinion des médias qui redevient prédominante. Comme l’écrivait Pier Paolo Pasolini, cité par Élisabeth Lévy : « Il n’y a pas de pire conformisme que celui de la gauche, surtout, naturellement, quand il est adopté par la droite. »

C’est ainsi qu’Éric Besson, alors ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, a pu déclarer que « l’identité de la France, c’est le métissage », emboîtant le pas à Nicolas Sarkozy qui, à plusieurs reprises durant ce quinquennat, a appelé les Français à « relever le défi du métissage » ; ou qu’une partie croissante de la droite se prononce pour le “mariage gay” ou l’“homoparentalité”, non pas au terme d’une longue réflexion sur la conformité ou non de ces mesures avec l’anthropologie qui fonde notre civilisation, mais parce que “c’est le sens de l’Histoire” et qu’“il faudra bien qu’on y vienne”.

[...] Du prométhéisme à la négation de soi, le moderne est ainsi enfermé dans un processus sans fin de dénégation du réel. À l’interrogation laissée en suspense par Pilate, « Qu’est-ce que la Vérité ? », le moderne répond : « Rien. La vérité n’existe pas en tant que telle, elle varie au gré des caprices de mon bon vouloir. » À cela, une seule réponse possible : prêcher inlassablement pour les droits du réel et de la vérité."

Posté le 12 avril 2012 à 08h14 par Michel Janva | Catégorie(s): Liberté d'expression

Commentaires

"De l’affaire Zemmour, traîné en justice pour avoir affirmé un fait avéré bien connu de tous"
Pour autant que je me souvienne, Zemmour -qui connaît un minimum de logique- a été condamné par des gens qui, comme beaucoup, ignorent la logique, et qui confondent "tous les chats sont des quadrupèdes" (ce qu'avait dit Zemmour) avec "tous les quadrupèdes sont des chats".
Piaget avait raison, et cinquante ans plus tard, c'est toujours le cas, l'adulte moyen n'a pas atteint le stade formel (en dépit -?- du niveau qui monte à l'Éducation nationale!).

Rédigé par : C.B. | 12 avr 2012 09:32:37

l'avenir de la droite en France: un "conservatisme-qui-bouge"? un "mouvement conservateur"?

Rédigé par : ODE | 12 avr 2012 11:38:24

"A l'interrogation laissée en suspense par Pilate, "qu'est-ce que la vérité ?"", c'est que la question était peut-être mal posée et que Pilate aurait dû dire "Qui est la vérité ?" Le Christ aurait sans doute répondu.

Rédigé par : phm | 12 avr 2012 11:46:30

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