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19 avril 2012

L'Europe de la dette et de l'Etat-providence est sans avenir

Analyse intéressante trouvée ici dont voici la conclusion :

"Loin de moi l’idée de présenter l’Europe du début du vingtième siècle comme un paradis perdu, mais si on se donne la peine de faire abstraction du contexte technologique de l’époque, il faut bien reconnaître que la société fonctionnait, sans que les villes ne soient dévastées par les chefs de guerre ou en proie à l’anarchie. On pouvait circuler librement. Il existait des banques, des centres de recherche, des orphelinats, des hôpitaux, des universités, de la culture, des flux de marchandises, des entrepreneurs inventifs. Il existait des oeuvres sociales pour prendre en charge les plus pauvres et les plus faibles (dont l’Etat s’occupe si bien aujourd’hui.)

La question n’est pas d’établir les avantages de tel modèle de société comparativement au nôtre. Ce débat n’a plus d’intérêt: celui dans lequel nous vivons n’est pas soutenable et touche gentiment à sa fin. D’une façon ou d’une autre, il nous faudra réinventer une société équilibrée capable de fonctionner sans léguer une dette incommensurable à ses descendants. Non que cela soit moralement souhaitable (c’est évidemment le cas) mais simplement parce que, en pratique, ce ne sera pluspossible.

Personne n’acceptera plus de prêter des milliards à des régimes politiques réglant leurs emprunts avec de la cavalerie.

La société de demain – voire d’après-demain, car les lendemains promettent d’être troubles – devra nécessairement être une société avec peu de dettes, ce qui implique que les services rendus soient financièrement durables. Les générations qui nous succèderont n’accepteront pas de se laisser enfermer à nouveau dans des modèles financiers intenables qui les amèneront à la ruine à terme, comme nous l’enseigne ce début de XXIe siècle. C’est toute l’intelligence que je leur souhaite.

Et de cette évidence découle l’inévitable jugement sur les élites actuelles: elles sont complètement dépassées par la tournure des événements. Le changement de paradigme excède leur entendement. Incapables de saisir les enjeux, elles restent aggripées à leurs raisonnements traditionnels, fussent-ils désuets. Le bateau prend de la gîte et leur seule suggestion est de rajouter des cales sous les sièges pour retrouver un semblant d’assise… Comme en témoignent les « solutions » avancées par Joseph Stiglitz un peu plus haut.

Déconstruire l’Etat-providence représente un chantier colossal: la société civile devra assurer de nouveau les services dont l’Etat s’est arrogé le monopole depuis si longtemps. Ces nouveaux services devront être financièrement viables, ce qui implique l’abandon de la collectivisation des coûts et de leur report sur les générations futures.

Beaucoup de citoyens déboussolés rejetteront ce changement. Ils préfèreront choisir l’aventure des marchands de promesses plutôt que d’assumer une remise en question du mode de financement des services dont ils profitent. Leur appréhension sera canalisée par une classe politique au cynisme sans limite, prête à les bercer de toutes les illusions pour accéder au pouvoir.

Voilà pourquoi la gigantesque remise à plat qui s’annonce sera douloureuse – extrêmement douloureuse. Nous sommes englués dans la croyance que sans l’Etat, il n’y aurait pas ceci ou cela: cette pensée nous terrifie, aussi erronée soit-elle. Alors qu’une attitude adulte et constructive consisterait à préparer aujourd’hui la transition pour qu’elle ait lieu en bon ordre, les politiciens préfèrent abreuver la foule de harangues populistes, de rétablissement sans effort, de retour au calme et à la vie paisible par la magie de mesures cosmétiques.

Autrement dit, nous ne reprendront contact avec la réalité que lorsque celle-ci nous frappera de plein fouet. Le choc sera violent. La démocratie y survivra-t-elle?"

Posté le 19 avril 2012 à 10h35 par Lahire | Catégorie(s): Europe : politique

Commentaires

analyse faussée... il n'y a pas de démocratie en France depuis bien longtemps et la dette a été créée pour rendre esclave les peuples.

Rédigé par : gangan | 19 avr 2012 11:53:39

l'opposition entre Etat providence et Etat libéral est complétement artificiele et idéologique. L'administration tentaculaire telle qu'on la connaît a commencé vraiment à se construire sous la IIIème république (mais on trouve des prémices avant bien sûr) : c'est la conception de l'Etat Hégélien qui doit prendre en charge l'éducation (de quand date l'éducation obligatoire et laïque ?), l'aspect public de ce qui était assumé par les religions, l'armée pour tous, etc, etc.

Le vrai libéralisme économique n'a pu fonctionner à plein régime que sous le IIème empire, un Etat fort et autoritaire. CQFD

Rédigé par : rozo | 19 avr 2012 13:36:24

Ceci est à méditer au sein même de la droite nationale, qui sous l'influence d'une interprétation du maurrassisme ou par admiration pour le bonapartisme jacobin, croit que seul l'Eytat peut tout réussir dans le domaine du non marchand, et non la société et ses acteurs libres : or c'est très précisément le contraire.
D'où sa fuite en avant pour ''prouver'', par des monopoles écrasants et qui l'ont ruiné, qu'il est la seule incarnation du Bien Commun, alors qu'il ne devrait qu'en être le protecteur.

Rédigé par : PG | 19 avr 2012 16:01:22

... Et lorsque la catastrophe sera arrivée, on nous dira, dans 6 mois, un an , ou un peu plus : "on a vraiment tout essayé..."

Rédigé par : lavandin | 19 avr 2012 16:08:56

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