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22 octobre 2012
La tiédeur des chrétiens est la conséquence de la dénaturation des vertus théologales
Vivien Hoch a interrogé Monseigneur Lantheaume, premier conseiller de nonciature à Washington, membre de la communauté Saint-Martin. Extraits :"L’amer constat d’un vide dans l’Eglise en France, suite aux cinquante ans du 2ème Concile du Vatican est un fait incontournable. Il faudrait être vraiment stupide ou de mauvaise foi pour ne pas le constater. Mais la question qu’on doit se poser est tout autre : à quoi cela est-il dû ? Est-ce dû au concile en lui-même ou bien à une interprétation fausse qui en est faite ? Avant de répondre, il faudrait se rappeler que « partim convenit, partim non convenit » le Concile de Trente a exigé plus d’un siècle avant d’être appliqué, car il devait non seulement être approuvé par les Parlements de France mais ensuite être diffusé et appliqué !!!
Donc, pour ce qui nous concerne, nous avons encore cinquante ans devant nous ! Et même si les moyens du XXème siècle sont certes différents de ceux du XVIème, force est de constater qu’on en est « au début », et que le 2ème Concile du Vatican n’a pas encore été tout à fait « compris », car souvent peu appliqué dans certains endroits. On s’aperçoit au fil des réactions, qu’il n’a pas été lu et encore moins étudié. Ignoré par ceux qui le critiquent dans un sens ou dans l’autre, le Concile demeure une « inconnue » pour beaucoup de chrétiens qui n’en perçoivent que des apriori ou des idées reçues. On a fait l’application d’une « interprétation » du concile, mais pas du concile lui-même. A cela il faut ajouter une tendance dénoncée par le Pape : celle de l’herméneutique de la rupture. Certains font naître l’Eglise au moment du Concile, d’autres la font disparaître à la même époque. Une saine compréhension du concile voulait au contraire qu’on le considérât dans la continuité de ce qui précède, notamment des dispositions des autres Conciles Œcuméniques, dans un ensemble de traditions ecclésiales et de la Tradition ininterrompue au fil des siècles. Or, certains ne voient dans le 2ème concile du Vatican que des « germes » d’hérésies, notamment dans la définition de la « liberté religieuse ». Encore une fois, là aussi, il faut avoir recours à la pensée analogique. Il faut tenir pour répondre à cette critique, que l’enseignement des papes a toujours été circonstancié, il s’inscrit dans la réalité d’une époque : la liberté religieuse d’aujourd’hui n’est pas celle – plus violente et plus philosophique – du XIXème siècle ; le concept, l’objet en sont radicalement différents ; la liberté religieuse envisagée par les papes du XIXème siècle, menacée de toute part à l’époque, n’a jamais été celle à laquelle les Pères du 2ème Concile Vatican II ont réfléchi ; d’autre part, en aucun cas le 2ème concile du Vatican n’a admis ni adopté le « syncrétisme » sous le nom de ‘la liberté religieuse’, ce serait un contre-sens !
[...] Les Etats-Unis n’ont pas été épargnés par des conséquences regrettables dues à une fausse interprétation des textes du 2ème Concile du Vatican ; mais les catholiques américains ont dépassé ce stade, leur générosité et leur sens du sacré ont été conservés et ils connaissent aujourd’hui un « renouveau » qui est à la fois paisible et fécond. Ce renouveau s’inscrit aussi dans ‘l’herméneutique de la continuité’ comme l’a si bien défini le Pape Benoît XVI.
[...] Tout cela est dépassé aujourd’hui car les protagonistes du « printemps de l’Eglise » s’essoufflent, ils sont désormais âgés et ils n’ont guère d’héritiers sinon de doux nostalgiques d’une époque révolue. Leur agressivité politique de voir les choses fut tellement stérile qu’ils n’ont pas d’héritiers. La mollesse dont vous parlez et que le Pape a rappelée récemment sous le nom biblique de « tiédeur chez les chrétiens » est la conséquence « logique » de la dénaturation des vertus théologales. Cette tiédeur a été entretenue à souhait par la médiocratie de certains clercs des années 70/80 (diacres, prêtres, évêques confondus) qui considéraient l’ordre sacré dans lequel ils étaient institués comme une sorte de fonction d’animation sociale. Ces mêmes clercs ayant discrètement renoncé à leur visibilité, persistaient à croire qu’il n’y avait pas « péril en la demeure » quand bien même leurs églises se vidaient à vue d’œil ! Bien sûr, ils auraient toujours pu évoquer la qualité par rapport à la quantité. Ils affirmaient que les chrétiens, certes, il y en avait moins, mais ils étaient « meilleurs ». Alors comme répond Frossard « … et quand il n’y en aura plus, ils seront définitivement parfaits » !!! Certes la qualité est plus importante que la quantité, et le texte du concile sur la formation des prêtres (Optatam Totius) le répète à juste titre. Mais si l’on analyse objectivement la vie de certaines Eglises particulières de l’époque, on s’aperçoit qu’il n’y avait ni la qualité, ni la quantité ! Pour vous répondre : on ne peut pas lutter contre ceux qui nient toute forme de transcendance. On ne « doit » pas non plus, c’est du temps perdu. Le Cardinal Ratzinger l’a dit : « on n’attend pas qu’un idéologue se convertisse, on attend qu’il meurt » ! Lorsque la foi est rabaissée au rang d’idée, même à celui de conception philosophique et qu’elle n’est plus vécue comme une vertu théologale (‘théologale’, c’est-à-dire ‘qui vient de Dieu et nous porte à Dieu’), l’on ne peut rien faire, car il n’y a « rien » à faire ! le dialogue est impossible, on se situe sur deux plans ontologiquement différents! On parle de deux choses différentes…! L’adage paysan nous dit : « essayez de faire boire un âne qui n’a pas soif ».
[...] D’autre part, honnêtement, je n’ai jamais compris le terme de « chrétiens de gauche ». Ce terme relève d’une catégorie politique qui n’a rien de commun avec les promesses du baptême, et encore moins avec le contenu de la Révélation. Il s’oppose diamétralement à la mission du Christ. Car le Christ est venu sauver tous les hommes et pas une catégorie politique. Il a ordonné de prêcher à toutes les nations, et pas à une seule ! [...] Il n’y a pas des intégristes d’un côté et des progressistes de l’autre. Ce disjonctivisme d’ordre politique (R.P. Pinckears, OP) est un non-sens. Tout cela doit être dépassé. Il y a en réalité les fidèles catholiques qui répondent aux engagements de leur baptême et qui constituent un seul peuple, un seul troupeau, sous un seul Pasteur…Et il n’y a qu’un seul Peuple de Dieu. Comme saint Paul dit qu’il n’y a qu’une « seule foi, un seul baptême ». Affubler des chrétiens de titre politique, c’est déjà tomber dans les divisions, dans l’idéologie semeuse de zizanie et c’est quitter le domaine de la foi transcendante qui unifie et rassemble. [...]"
Posté le 22 octobre 2012 à 09h15 par Michel Janva | Catégorie(s): L'Eglise : Foi
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