« La sortie de la Grèce de la zone euro : plausible pour des économistes | Accueil | Les intox du lobby homosexuel »

10 octobre 2012

Le chrétien ne doit pas être tiède : l'Apocalypse nous dit que c'est le plus grand danger

Extraits de la méditation du Pape Benoît XVI au cours de la Première Congrégation générale du Synode des évêques, lundi 8 octobre, traduit par Benoît-et-moi :

B"[...] Le mot «Evangelium», «euangelisasthai», a une longue histoire. Il apparaît chez Homère: c'est l'annonce d'une victoire, et donc annonce de bien, de joie et de félicité. Il apparaît ensuite dans le Second Isaïe (cf. Is 40,9), comme une voix qui annonce la joie de Dieu, comme une voix qui fait comprendre que Dieu n'a pas oublié son peuple, que Dieu, qui, apparemment, s'est presque retiré de l'histoire, est là, qu'il est présent. Et Dieu a le ("du") pouvoir, Dieu donne la joie, il ouvre les portes de l'exil; après la longue nuit de l'exil, sa lumière apparaît et donne à son peuple la possibilité de retour, il renouvelle l'histoire du bien, l'histoire de son amour. Dans ce contexte de l'évangélisation, apparaissent en particulier trois mots: dikaiosyne, eirene, soteria - la justice, la paix et le salut. Jésus lui-même a repris les paroles d'Isaïe à Nazareth, parlant de cet «Evangile» qu'il porte aujourd'hui aux exclus, aux prisonniers, à ceux qui souffrent et aux pauvres.

Mais pour le sens du mot «Evangelium» dans le Nouveau Testament, en plus de cela - le deutéro-Isaïa (i.e. le second livre d'Isaïe), qui ouvre la porte - est également important l'usage du mot fait par l'Empire romain, à commencer par l'empereur Auguste. Ici, le terme «Evangelium» désigne un mot, un message qui vient de l'Empereur. Le message, donc, de l'Empereur - en tant que tel - apporte le bien: c'est le renouvellement du monde, c'est le salut. Message impérial, et à ce titre message de pouvoir et de puissance; c'est un message de salut, de renouvellement et de santé. Le Nouveau Testament accepte cette situation. Saint-Luc confronte explicitement l'empereur Auguste à l'Enfant né à Bethléem: «Evangelium - dit-il - oui, c'est un mot de l'Empereur, du vrai Empereur du monde. Le vrai Empereur du monde s'est fait entendre, il nous parle. Et ce fait, en tant que tel, est rédemption, parce que la grande souffrance humaine - à l'époque, comme aujourd'hui - est la suivante: derrière le silence de l'univers, derrière les nuages de l'histoire, y a-t-il Dieu, oui ou non? Et, s'il y a ce Dieu, nous connaît-il, a-t-il quelque chose à voir avec nous? Ce Dieu est-il bon, et la réalité du bien a-t-elle un pouvoir dans le monde, oui ou non? Cette question est aussi actuelle aujourd'hui qu'elle l'était à l'époque. Beaucoup de personnes se demandent: Dieu est-il une hypothèse ou non? Est-il une réalité ou non? Pourquoi ne se fait-il pas entendre?

«Évangile» signifie: Dieu a rompu son silence, Dieu a parlé, Dieu existe. Ce fait en tant que tel est rédemption: Dieu nous connaît, Dieu nous aime, il est entré dans l'histoire. Jésus est sa Parole, Dieu avec nous, le Dieu qui nous montre qu'il nous aime, qu'il souffre avec nous jusqu'à sa mort et est ressuscité. C'est cela, l'Evangile. Dieu a parlé, il n'est plus le grande inconnu, mais il se montre lui-même, et c'est cela, le salut.

La question pour nous est la suivante: Dieu a parlé, il a vraiment rompu le grand silence, il s'est montré, mais comment pouvons-nous faire arriver cette réalité à l'homme d'aujourd'hui, afin qu'elle devienne salut? En soi, le fait qu'il a parlé est le salut, la rédemption. Mais comment l'homme peut-il le savoir? Ce point me semble être une interrogation, mais aussi une question, un mandat pour nous: nous pouvons trouver la réponse en méditant l'Hymne de l'heure Tierce: «Nunc, Sancte, nobis Spiritus».

La première strophe dit: «Dignàre promptus ingeri nostro refusus, péctori», c'est-à-dire prions afin que vienne le Saint-Esprit, qu'il soit en nous et avec nous. En d'autres termes: nous ne pouvons pas faire l'Église, nous pouvons seulement faire connaître ce qu'il a fait Lui. L'Eglise ne commence pas avec notre «faire», mais avec le «faire» et le «parler» de Dieu. Ainsi, les apôtres n'ont pas dit, après quelques assemblées: maintenant nous voulons créer une Eglise, et sous la forme d'une Assemblée constituante, ils auraient élaboré une constitution. Non, ils ont prié et attendu dans la prière, parce qu'ils savaient que seul Dieu peut créer son Eglise, que Dieu est le premier agent: si Dieu n'agit pas, nos choses sont seulement les nôtres et elles ne sont pas suffisantes; Dieu seul peut témoigner que c'est lui qui parle et a parlé. La Pentecôte est la condition de la naissance de l'Eglise: ce n'est que parce que Dieu a d'abord agi, que les Apôtres peuvent agir avec lui et avec sa présence, et rendre présent ce que Lui a fait. Dieu «a parlé» et ce «a parlé» est le parfait de la foi, mais c'est toujours un présent: le parfait de Dieu n'est pas seulement un passé, parce que c'est un passé vrai qui porte toujours en soi le présent et l'avenir. Dieu a parlé veut dire: «Il parle». Et de même qu'à cette époque, ce n'est qu'avec l'initiative de Dieu que l'Église est née, que l'Évangile et le fait que Dieu a parlé et parle ont pu être connus, encore aujourd'hui, Dieu seul peut commencer, nous pouvons seulement coopérer, mais le début doit venir de Dieu.

C'est pourquoi ce n'est pas une simple formalité si nous commençons aujourd'hui notre Assemblée par la prière: cela correspond à la réalité elle-même. Seul le 'précèder' de Dieu rend possible notre 'cheminer', notre 'coopérer', qui est toujours un 'coopérer', et pas notre décision pure. C'est pourquoi il est toujours important de savoir que le premier mot, l'initiative elle-même, l'activité réelle vient de Dieu et que ce n'est qu'en nous insérant dans cette initiative divine, qu'en implorant cette initiative divine, que nous pouvons nous aussi devenir - avec Lui et en Lui - évangélisateurs. Dieu est toujours le commencement, et toujours Lui seul peut faire la Pentecôte, peut créer l'Église, il peut montrer la réalité de son 'être' avec nous. Mais d'un autre côté, cependant, ce Dieu, qui est toujours le début, veut aussi notre implication, veut aussi impliquer notre activité, afin que les activités soient théandriques, pour ainsi dire, faites par Dieu, mais avec notre participation et impliquant tout notre être, notre activité tout entière.

Ainsi, lorsque c'est nous qui faisons la nouvelle évangélisation, elle est toujours coopération avec Dieu, elle est avec Dieu, elle repose sur la prière et sa présence réelle. [...]

La foi a un contenu: Dieu se communique, mais ce «Moi» de Dieu se montre réellement dans la figure de Jésus et est interprété dans la «confession» qui nous parle de sa conception virginale, de la Nativité, la Passion, la Croix, la Résurrection. [...] Ici, il est important d'observer également une petite réalité philologique: «confession» dans le latin pré-chrétien se dirait non pas «confessio», mais «professio» : Il s'agit de présenter une réalité de manière positive. Au lieu de cela, le mot «confession» se réfère à la situation dans un tribunal, dans un procès où l'on ouvre son esprit et se confesse. En d'autres termes, le mot «confession», qui en latin chrétien a remplacé le mot «professio» porte en soi l'élément martyrologique, l'élément de témoigner devant des instances ennemies de la foi, témoigner, même dans des situations de passion et de danger de mort. A la confession chrétienne appartient essentiellement la disponibilité à souffrir: cela me semble très important. Toujours dans l'essence de la «confessio» de notre Credo, est également impliquée la disponibilité à la passion, à la souffrance, et même à donner sa vie. Est c'est justement ce qui assure la crédibilité: la «confessio» n'est pas une chose quelconque qu'on peut aussi laisser tomber; la «confessio» implique la disponibilité à donner ma vie, à accepter la passion. C'est précisément là que se vérifie la «confessio». Nous voyons que pour nous la «confessio» n'est pas un mot, c'est plus que la douleur, c'est plus que la mort. Pour la «confessio», cela vaut vraiment la peine de souffrir, cela vaut la peine de souffrir jusqu'à la mort. Celui qui fait cette «confessio» montre ainsi que réellement, ce qu'il confesse est plus que la vie: c'est la vie elle-même, le trésor, la perle précieuse et infinie. Dans la dimension martyrologique du mot «confessio», apparaît la vérité: elle ne se vérifie que dans une réalité pour laquelle il vaut la peine de souffrir, qui est plus forte même que la mort, et elle démontre qu'elle est la vérité que je tiens dans ma main, que je suis plus sûr, que je «porte» ma vie parce que je trouve la vie dans cette confession. [...]

Par saint Paul (Lettre aux Romains, 10), nous savons que l'emplacement de la «confession» est dans le cœur et dans la bouche: elle doit rester au plus profond du cœur, mais elle doit également être publique; la foi portée dans le cœur doit être annoncée: elle n'est jamais seulement une réalité dans le cœur, mais elle tend à être communiquée, à être vraiment confessée devant les yeux du monde entier. [...]

Jésus a dit: «Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé». Origène nous a transmis une parole du Seigneur: «Celui qui est près de moi est près du feu». Le chrétien ne doit pas être tiède. L'Apocalypse nous dit que c'est le plus grand danger pour un chrétien: qu'il ne dise pas non, mais un oui très tiède. Cette tiédeur, justement, discrédite le christianisme. La foi doit devenir en nous flamme de l'amour, une flamme qui réellement enflamme mon être, devient une grande passion de mon être, et ainsi enflamme le prochain. [...]"

Posté le 10 octobre 2012 à 07h22 par Michel Janva | Catégorie(s): L'Eglise : Benoît XVI , L'Eglise : Foi
Partager:


accueil | archives | index | Qui sommes-nous ? | Nous contacter | © Copyright 2013 - Le Salon Beige