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18 octobre 2012
Les deux âmes de l'Europe
Mardi 16 octobre a été projeté devant les pères synodaux le film intitulé Bells of Europe ("les cloches de l'Europe"), traitant du lien entre l'Europe et le christianisme, la culture européenne et l'avenir du continent. Il propose des extraits d'interview des chefs chrétiens que sont notamment Benoît XVI, le Patriarche oecuménique de Constantinople, le Patriarche orthodoxe russe, l'Archevêque anglican de Canterbury,... Le Pape y déclare notamment :
"Il est évident que l'Europe a un poids important dans le monde d'aujourd'hui, économique, culturel et intellectuel. Et, en correspondance avec ce poids, elle a une grande responsabilité. Mais l'Europe doit encore, comme vous l'avez dit, trouver sa pleine identité pour être en mesure de parler et d'agir en conformité à cette responsabilité. Le problème, aujourd'hui, selon moi, ce ne sont plus les différences nationales. Grâce à Dieu, il s'agit maintenant de diversité et non plus de divisions. Les nations demeurent, avec leur diversité culturelle et ce trésor mis en commun donne naissance à une grande symphonie de cultures. Il s'agit fondamentalement d'une culture commune.
Le problème de l'Europe, de trouver son identité, me semble consister dans le fait qu'en Europe, aujourd'hui, nous avons deux âmes: une âme est une raison abstraite, anti-historique, qui pense tout dominer parce qu'elle se sent au-dessus de toutes les cultures. Elle pense être une fin en elle-même qui entend s'émanciper de toutes les traditions et valeurs culturelles en faveur d'une rationalité abstraite. La première sentence de Strasbourg sur le crucifix était un exemple de la volonté de la raison abstraite de se libérer de toutes les traditions, de l'histoire. Mais ainsi on ne peut pas vivre. Et puis, même la raison pure est conditionnée par une situation historique spécifique, et seulement dans ce sens elle peut exister.
L'autre âme est celle que nous pourrions appeler chrétienne, qui est ouverte à tout ce qui est raisonnable, qui a créé l'audace de la raison et la liberté de la raison critique, mais reste encore ancrée aux racines qui ont donné leur origine à cette Europe, qui l'ont construite dans ses grandes valeurs, ses grandes intuitions, dans la vision de la foi chrétienne. Comme vous l'avez dit, c'est en particulier dans le dialogue œcuménique entre protestants, catholiques et orthodoxes que cette âme doit trouver une expression commune, et puis se rencontrer sur cette raison abstraite, c'est-à-dire accepter et conserver la liberté critique de la raison pure envers tout ce qu'elle peut faire et a fait, mais la pratiquer, la concrétiser dans le fondement, dans la cohésion avec les grandes valeurs qui nous ont été données par le christianisme. Ce n'est que dans cette synthèse que l'Europe peut avoir un poids dans le dialogue interculturel de l'humanité d'aujourd'hui et de demain, parce qu'une raison qui se serait émancipée de toutes les cultures ne saurait prendre part au dialogue interculturel. Seule une raison qui a une identité historique et morale peut parler aux autres, chercher une interculturalité dans laquelle chacun puisse entrer et trouver une unité fondamentale des valeurs ouvrant la voie vers l'avenir, vers un nouvel humanisme qui doit être notre but. Et pour nous, cet humanisme croît justement de cette grande idée de l'homme créé à l'image et ressemblance de Dieu".
Posté le 18 octobre 2012 à 17h22 par Michel Janva | Catégorie(s): Europe : identité chrétienne , L'Eglise : Benoît XVI
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