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12 juin 2017

Trump et l'axe sunnite

Retour sur la tournée de Donald Trump au Proche-Orient, analysée par Antoine de Lacoste :

Le 21 mai, à Riyad, capitale de l'Arabie Saoudite, devant 37 chefs d'Etat ou de gouvernement, le Président américain a tracé sa route géopolitique au Proche-Orient. Comme on pouvait le craindre, il s'est aligné sans la moindre ambiguïté sur les positions les plus classiques des Bush, père et fils et de leurs inspirateurs de toujours : les faucons néo-conservateurs. Hillary Clinton n'aurait pas fait pire ; c'était bien la peine...

Le mal est clairement désigné : l'Iran "principal financeur et organisateur du terrorisme international".

On croit rêver ! Tous les attentats des dernières années au Proche-Orient, aux Etats-Unis et en Europe ont été le fait de sunnites. Tous les terroristes, tous les kamikazes, tous les djihadistes sont sunnites. Toutes les mosquées salafistes du monde sont sunnites, tous les imams appelant à la guerre sainte contre l'occident sont sunnites.

Mais rien n'y fait : le mal c'est la grande puissance chiite, l'Iran.

Trump rejoint ainsi la grande cohorte des Présidents américains et leurs mensonges d'Etat, dont Bush junior fut un grand symbole avec l'invention des armes de destruction massives de Sadam Hussein, qui n'ont bien sûr jamais existé. Mais elles ont justifié l'invasion de l'Irak qui a semé la ruine et le chaos au Proche-Orient.

Le plus cocasse de l'affaire, c'est ce que c'est à Riyad que Trump a tenu ces propos. Riyad qui a engendré Ben Laden, finance chaque année la construction de milliers de mosquées salafistes dans le monde entier, armes les pires milices islamistes en Syrie (en concurrence avec le Qatar il est vrai).

Que l'on ne s'y trompe pas : les propos du Président américain sont tout à fait réfléchis et annonce la poursuite de l'immuable stratégie américaine depuis 1945 : soutien inconditionnel à la dynastie saoudienne. Le fait que le premier voyage diplomatique de Trump ait eu pour destination Riyad puis Israël n'est pas fortuit.

Bien sûr, il y a des raisons économiques à ces propos : 300 milliards de dollars de contrats sont prévus entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Cela vaut bien quelques compensations verbales. Mais de là à faire de l'Iran l'organisateur du terrorisme international il y avait tout de même un semblant de vraisemblance qui aurait pu être sauvegardé...

Obama, avec l'aide de la Russie et en dépit des efforts désespérés de Laurent Fabius avait remis l'Iran dans le jeu diplomatique. Les protestations d'Israël et de l'Arabie Saoudite n'y avaient rien changé.

On assiste aujourd'hui à un revirement ou, plus exactement, à un retour aux sources. C'est bien ce que laissait prévoir le bombardement symbolique d'un aéroport militaire syrien il y a quelques semaines.

Dans le même temps, on observe une augmentation des effectifs des membres des forces spéciales américaines en Syrie, vers Raqqa, capitale de l'Etat islamique, pour encadrer leurs affidés kurdes, et le long de la frontière irakienne, à Al-Tanf en particulier.

Des soldats syriens ont même été attaqués par des avions américains pour s'être un peu trop approchés d'une base de ces forces spéciales.

Est-ce à dire que les Américains prévoient une occupation partielle de la Syrie ? Il est encore trop tôt pour en être sûr, mais une telle hypothèse réjouirait assurément l'Arabie Saoudite et Israël en coupant l'arc chiite Est-Ouest que veut mettre en place l'Iran.

Il se pourrait donc que l'on assiste au retour de l'interventionnisme américain au Proche-Orient et, compte tenu de son bilan, ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle.

Fort heureusement, par rapport à l'ère Bush, un grand changement s'est opéré entre-temps : la présence des Russes. Les Américains ont cette fois en face d'eux une puissance militaire qui tient le terrain et le connait mieux. Les deux états-majors se parlent d'ailleurs beaucoup en ce moment.

Poutine n'a pas fait tous ces efforts pour laisser la place à l'Amérique dont la stratégie en Syrie est loin d'être définitivement arrêtée.

Les Russes ont incontestablement plusieurs coups d'avance en Syrie et Trump devra en tenir compte.

Antoine de Lacoste

Posté le 12 juin 2017 à 11h38 par Carole d'Hombelois

Commentaires

De toute façon, il n' y a pas grand'chose de bon à attendre de la part des américains : ils sont nuls en géopolitique orientale !

Tout ce qui compte, c'est le fric ! De bons gros contrats juteux, et tant pis pour l'équilibre des forces dans cette zone géographique ô combien importante...

On ne m'otera pas l'idée qu'il faut flanquer une rouste à cette pétro-monarchie saoudienne une bonne fois pour toute... Et ratiboiser toute la zone où l'islamo-fascisme wahabbite sévit là-bas !

L'Iran, malgré les excès de ses mollahs, est l'héritier d'une prestigieuse civilisation ; les Iraniens sont des Perses...

L'Arabie saoudite est composée d'un ramassis de bédouins arriérés qui la chance inouïe d'être assis sur un gros tas de pétrole...

Tout est là.

Rédigé par : Irishman | 12 juin 2017 12:49:41

Excellente analyse, et l'axe de réflexion sunnite-chiite est particulièrement éclairant. Merci cher oncle !
Sujet brûlant s'il en est, et d'une importance capitale.

Rédigé par : de Bentzmann | 12 juin 2017 13:28:37

Cela rejoint ce que nous explique l'ancien ambassadeur Michel Raimbaud, dans son livre « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » !

Les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont déjà été démontés....

Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Mais elle est occultée par les médias. Le communiqué tripartite par exemple, publié par Damas, Moscou et Téhéran, au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat en Syrie, n’a pas été divulgué dans les médias mainstream. Pourtant il était un sérieux avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.

« l’État profond néoconservateur » existe bien et crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.). Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident.

À Paris, les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine.

Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, mais les neocons auront les coudées franches qu'à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ».

Actuellement, si Trump a été élu par le « petit peuple » et par l’Amérique traditionnelle contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps à cet État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat, prouve que la théorie du chaos suivie par Obama va continuer. Elle correspond à dire tout et son contraire. Elle est familière aux ONG, dans les discours du FMI… C’est aussi une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon. Elle veut donner l’impression que l’Amérique est gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles. La ligne Trump continue dans la lignée de la « théorie du chaos innovateur ». Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif. L’alliance avec les islamistes djihadistes n’est donc pas que circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia.

En France, si François Mitterrand n’était pas néoconservateur, son entourage l’était en bonne partie. Leur influence fut grande lors de la signature du traité de Maastricht en 1992. Puis lors de la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. Ainsi la France va petit à petit renoncer à sa souveraineté tout en le niant. Il y aura toutefois le baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003, concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak. Mais qui sera vite contrecarré par son retour au commandement intégré de l’Otan. Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission. Cette pénétration du courant néocon va s’accompagner d’une opération de casse, menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe. Comment ? En dispersant les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrutant pour les postes clés des énarques et technocrates formatés.

L’Europe est la prison de la France. Mais on s’indigne que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide.
http://www.afrique-asie.fr/michel-raimbaud-en-france-latlantisme-et-le-sionisme-sont-les-deux-mamelles-des-neocons/

Tous les hommes politiques qui ne demandent pas le frexit sont bien évidemment des traitres. 99% le sont.

Rédigé par : Xavier | 12 juin 2017 14:24:43

Trump n'a, comme "liberté" de décision, que la longueur de chaîne que lui octroie l'establishment !
Maintenant que l'Irak est détruit, la Libye retourné au tribalisme et la Syrie très affaiblie, c'est effectivement l'Iran qui géo-politiquement et militairement menace le plus... Israël !
CQFD

Rédigé par : Exupéry | 13 juin 2017 00:09:41

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