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17 juillet 2017

Budget de défense : l'Armée doit-elle combattre avec les mains ?

I3323-11Emmanuel Macron a sorti cette phrase incroyable à l'encontre du général Pierre de Villiers :

"Moi j’ai des soldats sur des théâtres d’opérations, des gens qui attendent beaucoup, je les respecte, je leur dois, la protection : l’intérêt des armées doit primer sur les intérêts industriels".

En effet, ce sont les industriels qui vont pâtir des 850M€ en moins dans le budget des Armées, dans la mesure où il semble impossible de ne plus verser les soldes aux militaires ni d’arrêter les opérations en cours, comme Barkhane, Chammal ou Sentinelle. Le plus simple est donc de reporter des commandes, soit en matière d’acquisitions, soit pour le maintien en condition opérationnelle. Le potentiel des armées va donc en souffrir.

Or, cela fait des décennies que les armées souffrent du report de commandes de matériel. Prenons le cas de l'Armée de Terre. C’est en 1976 que le 1er Régiment d’Infanterie accueillait le premier VAB, fruit d’un programme lancé en 1970 par Robert Galley, alors ministre de la Défense. Le ministère de la Défense en commanda 4000 exemplaires. Plus de 40 ans plus tard, les VAB sont encore en service au sein de l’armée de TerreEn mai 2016, de retour du Sahel, NKM avait constaté la vétusté des matériels français :

"Il y a effectivement un problème de matériel. C’est d’abord un problème de quantité. Il n’y a, par exemple, pas assez d’hélicoptères. Lors de mon passage à Madama, dans l’extrême nord du Niger, il n’y en avait pas alors qu’une opération terrestre était en cours à une centaine de kilomètres de la base. En cas d’évacuation sanitaire, il aurait fallu faire venir des moyens par voie aérienne depuis N’Djaména. C’était prévu, mais on voit que la situation est tendue. Autre exemple : pour la chasse, certaines missions de Rafale sont annulées, faute de ravitailleurs disponibles. Au-delà de la quantité, il y a question de la modernisation et de la sophistication des équipements. Beaucoup de véhicules de l’avant blindés (VAB) ne sont pas équipés de blindages supplémentaires et de brouilleurs contre les engins explosifs improvisés (IED). Certains le sont, mais ils sont là encore trop peu nombreux. Dans un convoi logistique que j’ai vu - celui qui avait été attaqué précédemment - il n’y avait qu’un seul de ces VAB modernisé."

17_05_12_CORNUT_Dispo_VAB_Schéma_VAB1_1Pour remplacer les VAB, le ministère de la Défense a notifié fin 2014 un contrat de production de nouveaux véhicules blindés multirôles (VBMR). Le premier exemplaire doit sortir seulement en 2018 (et le dernier...). En outre, l'armée de terre ne recevra les premiers EBRC, un véhicule 6x6 de 25 tonnes baptisé Jaguar, qu'en 2020, pour une mise en service opérationnelle en 2023. Ce blindé est destiné à remplacer les chars légers AMX10RC (produit à partir de 1976) et Sagaie (1977). En attendant la sortie d'usine de ces nouveaux véhicules, les forces armées devront donc continuer à agir avec leurs vieux matériels.

Or, fin 2016, la disponibilité des VAB avait chuté à 42 %. Il était de 52% en 2012. Dans l’intervalle, le nombre d’exemplaires en dotation a considérablement diminué, passant de 3500 à 2500 unités. Un VAB effectue en moyenne au Mali 1600 kilomètres en une semaine. Selon un rapport parlementaire de décembre 2015 :

"Le sable et la poussière entraînent une surconsommation des moteurs pour les hélicoptères et les hélices des avions de transport". "Les camions de transport logistique, adaptés à la route et non au tout-terrain, ont été largement engagés sur l’axe Bamako-Gao composé de nombreux tronçons de piste. Dès lors, ils ont été sujets à de nombreuses et fréquentes ruptures mécaniques."

Enfin, les dommages de guerre ont énormément augmenté. Alors qu’entre 2008 et 2012, l’armée française perdait en moyenne dix engins par an, une trentaine de véhicules sont détruits chaque année depuis 2013.

Ce qui est vrai pour les véhicules, l'est malheureusement aussi pour le reste. Le programme d'hélicoptères interarmées légers (HIL), a subi aussi un décalage très important. Ces hélicoptères doivent remplacer les Gazelle qui ont 40 ans d'âge, les antiques Alouette III de la marine, les Fennec, les Dauphin et les Puma qui, pour ces derniers, ont plus de 30 ans d'âge. "Le besoin est actuel mais, l'opération ayant été reportée, nous allons appliquer des « patchs » sur les hélicoptères pour qu'ils puissent tenir", a précisé le directeur de la STAT (section technique de l’armée de Terre). La cible d'acquisition serait de l'ordre de 160 à 180 appareils, dont 80 sont destinés à l'armée de terre pour remplacer les Gazelle. Qui dit décalage, dit modernisation des appareils existants pour les faire tenir. Dans ce contexte tendu, le général Charles Beaudouin va proposer dans les prochains mois "un projet de besoin relatif au traitement d'obsolescence de la Gazelle qui restera en service opérationnel encore pendant quinze à vingt ans, dans l'attente de la livraison des premiers hélicoptères interarmées légers (HIL) à partir de 2028".

Posté le 17 juillet 2017 à 07h48 par Michel Janva | Catégorie(s): France : Politique en France , France : Société


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