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13 juin 2018

La modernité est-elle vraiment civilisable ?

Dans son numéro 1662 du 28 avril, L’Homme Nouveau a publié un long échange avec Mathieu Bock-Côté, intellectuel québécois, particulier apprécié de ce côté-ci de l’Atlantique pour sa capacité d’analyse et ses idées conservatrices. Les lecteurs canadiens n’ont pas manqué de réagir comme le prouve cette Tribune libre de Jean de Saint-Jouin. Extrait :

Une-1662"[...] S’il prétend être moderne un peu à regret et qu’il croit que la modernité doit être civilisée, MBC avoue pourtant qu’elle n’est pas sans vertu, (et qu’) elle représente un pari sur la liberté de l’homme. Il va même jusqu’à se définir comme un Libéral-Conservateur, curieuse catégorie qui, ironiquement, lui va tout de même à merveille. Sans m’étendre sur un concept qui pourrait faire l’objet d’un ouvrage complet, je décrirais cette épithète comme un étrange hybride intellectuel qui cherche à atténuer les conséquences ultimes du principe postulé. C’est un peu comme quelqu’un qui offrirait joyeusement la ciguë à Socrate tout en lui remettant, en même temps, un livre sur les dangers des poisons.

La modernité a posté l’homme dans le nombril de l’univers et cherche à mesurer l’ensemble de ce qui l’entoure à l’échelle de sa seule raison. Fruit du dictat de cette nouvelle religion sans Dieu, à force de perdre les notions de dépendance et de créature, l’être humain a fini par croire que tout dépend de ses efforts d’imagination et de volonté. L’homme se construit en cherchant à s’émanciper de toute contrainte sauf celles (entendons-nous, la plupart du temps arbitraires) cooptées par une raison déconnectée du réel et érigée en demiurge. Le rapport à la réalité est affaibli au profit d’une succession de fantasmes de puissance qui, forcément, mène politiquement à la dictature. En effet, nul se saurait s’opposer à la construction collective sous peine d’expulsion de la cité. Dans le cocon douillet de la Picdelamirandolepolis, privé de ses limites naturelles, secrètement animé par des passions ironiquement peu rationnelles et coupée des deux mamelles du bon sens, culture et tradition, le papillon raisonnable se métamorphose en chenille monstrueuse. Comme l’a admirablement dit Chesterton, Le fou n’est pas l’homme qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu, excepté la raison. 

MBC, contrairement à la majorité des intellectuels, s’inscrit partiellement en faux par rapport à cette raison sans limite. Constatant au moins une partie des conséquences funestes de notre société artificielle, MBC croit en effet que certaines limites doivent être définies pour éviter la prolifération d’une modernité débridée et auto-construite. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce réveil de la nature. Cependant, tenant à conserver la possibilité de s’émanciper, en partie au moins, de ladite nature, MBC se refuse à en accepter une conception trop limitative. Au super marché des contraintes potentielles, il semble avoir rempli son panier d’un certain nombre d’ingrédients qu’il assemble savamment en une macédoine dont lui seul a la recette. Multiculturalisme, autodéfinition infinie de l’être humain, perte de l’autorité, constituent certains éléments qui mijotent dans le potage. Mais cette approche a quelque chose de contradictoire puisque, nécessairement, le fait de choisir des limites au dépend de d’autres, toutes aussi naturelles, comme la dépendance face à Dieu et ses conséquences morales par exemple, sape les assises intellectuelles de l’argument. Dès qu’on a accepté une approche constructiviste et qu’on s’est éloigné, ne serait-ce que partiellement, du concept de nature, le château de cartes s’écroule immanquablement, peu importe ce que qu’on peut prétendre.

Évidemment MBC est démocrate. La modernité, dont il partage les racines, ne saurait accepter aucun autre modèle. Il s’agit non seulement d’un mode de sélection des gouvernements (par ailleurs critiquables) mais bien aussi d’un système idéologique qui marche main dans la main avec le constructivisme moderne. À la source ce ce modèle,  l’idée que l’Homme, entendu ici dans sa réalité collective, ne reconnait aucune autre légitimité que celle qu’il se donne à lui-même et qu’il peut choisir ce qu’il est, ce qu’il sera, en le plébiscitant et le légiférant. Pour mettre en application cette philosophie dans le réel (sic), il faut un système politique qui renforce et défende les socles fondamentaux de cette auto-construction permanente. Conséquemment, il n’est pas surprenant que le concept de démocratie soit entendu comme un synonyme de bien absolu aujourd’hui. [...]"

Posté le 13 juin 2018 à 17h57 par Michel Janva | Catégorie(s): France : Société , Valeurs chrétiennes : Culture


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