28 septembre 2016

Vendredi 30 septembre : adoration de réparation pour les outrages envers l’Eucharistie et en faveur du sacerdoce

Les adorations de l'Alliance Saint Jean-Marie Vianney auront lieu tous les derniers vendredi de chaque mois, de 20h à 21h30 à Saint Joseph de Pont-du-Las à Toulon.

Celle de ce vendredi, sera tout spécialement pour réparer la profanation qui a eu lieu dans la nuit du dimanche au lundi, à l'église Saint Henri de Neuilly-Plaisance. Les hosties ont été hélas profanées aussi.

445abf_9bec4780d0ee4d56bedb80c6ba4de50bAIMER,REPARER, CONSOLER LE COEUR SACERDOTAL DE JESUS

Posté le 28 septembre 2016 à 22h42 par Marie Bethanie | Lien permanent

31 août 2016

La Révélation face aux idoles modernes

Pierre Durieux vient de publier La méthode simple pour commencer à croire, Les clés du Royaume sont sous le paillasson. Il est interrogé par L'Homme Nouveau. Extrait :

C"[...] La vie intérieure est en état de survie extérieure, tant le monde moderne semble unanime pour la faire disparaître. L’écran est devenu la seule idole à laquelle il convient de sacrifier plusieurs heures par jour. Le petit écran, plusieurs fois par heure. Ce que Dieu n’avait pas osé demander à l’homme, l’homme l’a donné à quelques petits bouts de métal et de verre de sa fabrication. J’aime mon iPhone, mon iPad, et surtout… mon iDole.

Dans cette lutte invisible qui se joue au-dessus de nos têtes, la tentative d’effacement des signes de Dieu semble ne plus être la seule stratégie. Une autre tendance semble désormais vouloir copier, reproduire, dupliquer Dieu, son Église, son œuvre.

Pour parodier les prophètes, sont venus les astrologues et les cartomanciens. La raison a fort heureusement chassé l’obscurantisme de nos médias, mais l’horoscope prospère dans la plupart de nos journaux. Pour parodier les miracles, est venu le temps de la magie blanche et du New Âge. Nul ne croit plus au Saint-Esprit mais les esprits, les fantômes sont devenus des certitudes chez beaucoup.

Plus de messe, mais des célébrations de masse avec ses nouveaux calices, la coupe du monde et la coupe de l’Euro ! Si une équipe se qualifie, c’est la consécration.

Aujourd’hui, dans les clubs, les ONG, l’éducation, les mairies : on veut recréer une église. Baptême républicain, mariage et cérémonie funéraires : il n’y a plus de pères, mais heureusement, on a des maires… Le plus souvent, s’ils terminaient leur propos par « Alleeeeeeeez dans la paix du Christ ! » on leur répondrait sans même réaliser qu’on se trouve dans une préfecture ou dans un ministère. Regardez les plafonds de nos édifices publics : ils sont peuplés d’anges et de créatures célestes…

Même dans les clubs philanthropiques, on crée des initiations, des célébrations, des parodies de l’Eucharistie, etc.

La liste pourrait s’allonger à l’envi tant notre monde ne s’est fondamentalement construit qu’autour de cette référence première : Jésus. Il faut réécouter le générique du capitaine Flam, pour réaliser que notre société ne sait pas faire autre chose que du christianisme de deuxième classe : « Capitaine Flam, tu n’es pas de notre galaxie mais tu descends jusqu’ici pour sauver tous les hommes… ». Robocop, Superman, Spiderman ne font que revisiter le mystère de la rédemption, avec quelques variantes colorées bien sûr.

Souvent contrée, plus souvent encore parodiée, la foi chrétienne souffre désormais d’une menace plus dangereuse et plus mortelle que les autres : l’oubli. C’est contre ces trois risques que j’ai voulu écrire ce petit livre. Chacun des trois attestent à sa façon de la grandeur de la Révélation. [...]"

Posté le 31 août 2016 à 15h18 par Michel Janva | Lien permanent

29 août 2016

Propagation de l’Évangile et de la foi chrétienne sur la terre

Posté le 29 août 2016 à 09h06 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (7)

18 août 2016

Amoris Laetitia : la requête des 45 théologiens

L'Homme Nouveau publie l'intégralité de la requête effectuée par 45 théologiens et personnalités catholiques au Doyen du Sacré Collège, le cardinal Sodano, et à tous les cardinaux et patriarches de l’Église,concernant l’exhortation apostolique Amoris lætitia.

"Considérant la confusion causée dans l’Église par l’Exhortation, en raison de son désaccord apparent avec un certain nombre d'enseignements sur la foi et la morale, ces signataires s’étaient sentis obligés en conscience de dire publiquement aux autorités hiérarchiques que cette situation posait un grave danger pour les âmes (cf. saint Thomas, sur le devoir pour les inférieurs de corriger leurs supérieurs publiquement quand il y a un danger imminent pour la foi, Somme de Théologie, IIa IIae q 33 a 4, et Canon 212, §3).

Ce document n’était pas destiné à être rendu public. Il s’adressait légitimement aux autorités de l’Église en leur demandant d’intervenir. Ce texte, qui n’était donc pas une lettre ouverte, a cependant fait l’objet d’une fuite dans le journal australien The Australian. Plusieurs sites et publications en ont parlé par la suite, le publiant en tout ou en partie. Pour le public français, il a semblé bon de le faire connaître pour qu’un jugement puisse s’effectuer à partir d’une vision non tronquée du texte et des signataires. Ces derniers ont organisé leur texte en citant les passages de l'exhortation qu'ils mettent en cause, puis en indiquant le degré d'erreur et en citant les références des textes du magistère antérieur sur lesquels ils s'appuient. Prenant acte du fait que l’Exhortation ne se présente pas comme un texte ayant autorité magistérielle, les théologiens signataires estiment que l'on trouve dans l’Exhortation 11 propositions qu’ils qualifient d’hérétiques et 8 propositions qu’ils estiment fausses et scandaleuses, à tout le moins tels que les termes de l’Exhortation peuvent être compris par un lecteur moyen, prout sonant, selon l’expression technique, c’est-à-dire sans tordre le sens des mots. Le but des signataires était de demander à ces hauts prélats d’exhorter le Pape à remédier à cette situation en condamnant par un acte juridique ces propositions, dans le sens où elles apparaissent à tous. Nous publions donc cette étude à titre de document et d'information."

Lire ce document.

Posté le 18 août 2016 à 08h10 par Michel Janva | Lien permanent

17 août 2016

Des Pokemons à la communion des saints ?

Du père Hervé Tabourin (Riaumont) :

""Je crois en la communion des saints", nous rappelle le Credo. Et cette communion des saints c'est la réalité vivante de l’Église déjà dans l'au-delà, mais unie à celle de la terre. Le courant de grâce qui s'échange entre nous, pèlerins d'ici-bas et l’Église du ciel.

Nous avons bien du mal à prendre conscience de cette présence invisible aux yeux du corps. Aussi je voudrais prendre une image pour soutenir un regard de Foi sur ce monde visible et invisible. Permettez-moi de prendre l'exemple d'une parabole pour notre temps, et qui s'appelle... PokemonGo ! Même si cela peut sembler étonnant, je suis sûr que ce nom a déjà retenu votre attention.

Il s'agit d'un des premiers jeu de réalité augmentée, lancé massivement cette année. Mais qui ouvre sûrement la voie d'une longue série d'autres, où le virtuel s'incrustera de plus en plus dans notre vraie vie.

En gros, il s'agit de remarquer autour de nous de sympathiques créatures invisibles (les fameux Pokemons) pour ne pas passer à côté des pouvoirs qu'ils vous offrent. Une sorte de chasse au trésor virtuelle.

Même si je n'ai pas de smartphone, un de mes neveux m'a expliqué tout cela cet été. Je me suis dit alors que, sans attendre de capturer Pikatchu avec une pokeball, cela fait des décennies que je jouais déjà au SpiriGo, et que je combats dans les arènes de la tentation !

Les moines m'en ont transmis le virus. Laissez moi vous expliquer un peu, et vous pourrez essayer gratuitement à votre tour, sans risque que le GPS épuise votre batterie...

Cela fait déjà longtemps que le Bon Dieu est jaloux de votre portable [goo.gl/Uj0fw6]. Il a beau faire sonner toutes les cloches de ses églises, il n'y a pas grand monde qui répond... Alors qu'à l'inverse nous nous précipitons vers chaque appel électronique, laissant tout en plan, plus vite que nos aïeux entendant sonner l'Angelus !

Pourtant, tout autour de nous, combien de clochers, de statues, de calvaires, d'oratoires, ou d'images saintes auxquels nous ne prêtons même plus attention ? L' habitude de les voir fait que ces statues muettes semblent avoir perdu leur pouvoir d'évocation...

Mais pour reprendre la métaphore, ils demeurent d'authentiques Pokestops ! Ces signes de Dieu sont là pour nous offrir sa grâce. Appelés à être les sacramentaux d'une réalité invisible et pourtant bien présente. Encore faut-il les voir avec les yeux de l'âme !

Moi j'appelais cela mon jeu de cache-cache. J'y gagne à chaque fois que je pense à sourire ou à faire un discret signe de tête à ces crucifix devant lesquels je passe toute la journée. Sinon ils restent là, sans servir à grand chose. Témoins de l'invisible, devant lesquels on passe trop souvent sans les voir....

Cela fait des siècles que les religieux ont appris à saluer le nom de Marie ou de Jésus d'une très légère inclinaison de tête. On l'oublie facilement, mais tout le jeu c'est d'essayer d'y faire attention. C'est cela vivre dans la communion des saints !

Présence des saints et des anges qui n'est pas une réalité virtuelle, comme à travers l'écran de vos smartphones, mais simplement la vraie réalité augmentée, grâce aux yeux de la Foi.

Lors de l'apparition de la médaille miraculeuse (rue du Bac) certaines pierres précieuses ne projetaient pas de rayons des mains de la Ste Vierge :  "c’est l’image des grâces que l’on oublie de me demander". Quel dommage de passer à côté...

Alors prêts à jouer, sans perdre tant d'instants de grâces ? SpiriGo  : attrapez-les tous !"

Posté le 17 août 2016 à 10h15 par Michel Janva | Lien permanent

15 août 2016

#15août - Regnum Galliae, Regnum Mariae

Un bel article d'Angélique Provost pour le 15 août :

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"Cela ne fait pas même encore cent cinquante ans que la fête de notre pays a lieu le 14 juillet. Auparavant, les festivités nationales prenaient place le 15 août ! Jour de la saint Napoléon pour un temps, elle fut longtemps si importante en raison de la fête religieuse qui figure au calendrier liturgique ce jour là : l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie !

Appelée aussi « Dormition » dans le rite oriental, elle fut instaurée comme dogme de foi seulement en 1950 par la constitution apostolique Munificentissimus du bon pape Pie XII. Elle prenait pourtant sa place d’honneur au calendrier des fêtes françaises bien plus tôt, puisque ce fut Louis XIII le 10 février 1638 qui lui offrit le titre de fête nationale.

La génuflexion d’un chef d’État 

Que signifia ce geste ?

Imagineriez vous aujourd’hui le chef d’État de notre douce France plier le genou devant la sainte Vierge pour lui confier son mandat ? Non. Simplement parce que cette démarche demande une humilité indicible, tant la génuflexion d’un chef d’État devant une puissance souveraine symbolise la soumission. Ce ne fut pourtant pas, en son temps, considéré comme une faiblesse du bon roi ! Sujets et puissances voisines n’y ont jamais vu un acte de désespoir du souverain, ni d’incapacité à gouverner : seulement la reconnaissance que son pouvoir était issu du droit divin, et que, de ce fait, il était sain et juste de remettre son Royaume avec confiance sous la protection de la mère de la Providence.

La France sous la protection de la Vierge 

Voici donc de quoi se souvenir, en ces temps troublés, en ces temps de guerre, ainsi que l’a signifié le successeur de saint Pierre, que la France, fille aînée de l’Église est depuis des siècles sous la protection de la mère de Dieu. Ce n’est pas rien ! Combien de fois la sainte Vierge a su défaire les nœuds les plus étroits de notre histoire ? Rappelons nous en ce 15 août, que la dévotion à Marie a déjà sauvé la France. Le plus pertinent à citer ces temps ci, aux vues du terrorisme instauré par l’islam de Daesh, sera la bataille de Lépante. Un affrontement meurtrier entre monde chrétien et monde musulman : la victoire est donnée, contre toute attente à la flotte occidentale contre la flotte musulmane dite insubmersible. Et comment ? Grâce à l’appel universel du pape, exhortant la chrétienté à prier le Rosaire. C’est le Rosaire qui donne la victoire, il est une véritable croisade non sanglante.

Le salut de la France meurtrie serait donc entre nos mains ? N’en doutons pas, la prière triomphe de tout. En 1637, Louis XIII prévoit cette consécration à la sainte Vierge comme offrande pour obtenir la venue d’un héritier, qu’il obtint promptement. 2017 approche, et l’avenir de la France est incertain : prions donc le rosaire afin d’obtenir un bon chef d’état. Il appartient à chaque enfant de France de prier pour ses dirigeants, profitons donc de ce 15 août pour assaillir le ciel de nos Ave : Louis XIII, Notre Dame de France, saint Jacques Hamel… Sauvez la France !"

Bonne et sainte fête de l'Assomption !

Posté le 15 août 2016 à 09h13 par Marie Bethanie | Lien permanent

La popularité de la Sainte Vierge en France n'a jamais cessé

Extrait de l'homélie de Dom Coureau, père abbé de Triors, en cette fête du 15 août :

"La piété populaire est plus tenace qu’il n’y paraît, toute fragile qu’elle soit et parfois même bien ambiguë. Elle devance souvent la réflexion de la sagesse théologique qui sort enfin de sa léthargie. Malgré les apparences, la fête de ce jour reste bien ancrée au cœur des masses, plus chrétiennes qu’il n’y paraît. Le journal « La Croix » le reconnaissait récemment (12 août) : près d’un Français sur deux déclare prier la Vierge Marie, indice d’une réelle popularité mariale du pays. Cette popularité n’a jamais cessé, soutient un prêtre, spécialiste en la matière. Elle n’a pratiquement pas suivi les fluctuations de la pratique religieuse qui, elle, s’est affaissée. Les pratiques de piété mariale restent vivaces, chapelet des groupes du Rosaire, pèlerinages et processions de la Vierge vers les hauts-lieux mariaux qui sont considérables et extraordinaires. On pense bien sûr à Lourdes ou à Fourvière, mais aussi à tant de sanctuaires et d’églises, où la Vierge Marie rassemble enfants, adolescents, hommes, femmes, grands-parents, personnes d’origine populaire ou bourgeoise. Marie rebat les cartes des inégalités sociales, souligne encore cet article, avec le fait significatif que Marie apparaît le plus souvent à des gens qui ne sont généralement pas admirés par la société civile : des enfants, des malades, des personnes d’origine sociale plutôt populaire. Avec elle, les petits deviennent grands, conclut-il avec bonheur.

Récemment les évêques de France ont prescrit de jeûner, avant d’instaurer une neuvaine de prière pour la paix, clôturée ce matin par la sonnerie des cloches de nos églises. Cet humble acte de foi et de confiance entend arracher les fidèles à la peur panique que cherche à instaurer le terrorisme actuel : Prière et pénitence, prescrivait déjà Notre Dame à Lourdes. L’archevêque de Rennes voit là une nécessaire réponse à cette « guerre mondiale par morceaux » dont parle souvent le pape François. Prier pour la France, poursuit Mgr d’Ornellas, c’est prier pour que se lèvent des prophètes qui maintiennent en éveil la conscience de la dignité de l’être humain et de sa dimension religieuse. Prier pour la France signifie s’inscrire dans une tradition chrétienne multiséculaire de charité, pour que celle-ci continue d’irriguer les manières de relever de nouveaux défis. La charité n’est pas naïve : elle appelle à un surcroît d’intelligence créatrice et d’engagement social et politique. Charité et justice sont la trace concrète de l’œuvre de l’Esprit en notre histoire chaotique.

Prier Marie dans sa gloire est donc le réflexe de beaucoup en ce temps de menace. Il faut l’entretenir. De même il faut adorer le Saint-Sacrement, surtout là où il est exposé à la piété des fidèles. N’ayez pas peur, continue de nous y dire Jésus. Prions pour nos persécuteurs potentiels, prions pour leur conversion, afin que notre doux Père des cieux leur fasse connaître son Fils tel qu’il est et non tel qu’ils l’imaginent. Il se peut d’ailleurs que les musulmans de bonne foi soient légion, aptes à être intégrés dès lors dans la communion des saints, spécialement ceux d’entre eux qui seraient au Purgatoire ; aptes à être intégrés alors dans l’unique plan du salut, car il n’y a pas d’autre nom que Jésus pour nous sauver (Act. 4,10). Avec eux alors, nous supplions le Bon Dieu par sa Mère glorieuse que le monde ne devienne pas un enfer, car tel n’est pas du tout le plan de Dieu. Par sa miséricorde, il veut au contraire que nous désirions aller au ciel avec Marie qui voit et adore Jésus, amen."

Posté le 15 août 2016 à 09h07 par Michel Janva | Lien permanent

07 août 2016

Robert Spaemann : « Le problème le plus important est celui de l'orientation de l'autel »

Robert Spaemann, grand ami du Pape émérite Benoît XVI, s’est récemment signalé par une intervention très critique sur Amoris lætitia. Paix Liturgique publie les réflexions sur la liturgie qu’il livrait à l’abbé Claude Barthe pour l’ouvrage d’entretiens Reconstruire la liturgie, publié aux éditions François-Xavier de Guibert en 1997, soit 10 ans avant le Motu Proprio Summorum Pontificum. Extraits :

"[…] Que suggéreriez-vous pour commencer à modifier le sort liturgique des paroissiens ordinaires ?

Je crois que le problème le plus important est celui de la célébration versus populum. La messe face-au-peuple change très profondément la façon de vivre ce qui se passe. On sait notamment par les écrits de Mgr Klaus Gamber que cette forme de célébration n’a jamais existé comme telle dans l’Église. Dans l’Antiquité, cela avait une signification tout à fait différente. Avec le face-au-peuple, on a aujourd’hui l’impression que le prêtre dit des prières pour nous faire prier, mais on n’a pas le sentiment qu’il prie lui-même. Je ne dis pas qu’il ne prie pas, d’ailleurs quelques prêtres arrivent à célébrer la messe versus populum en priant visiblement. Je pense à Jean-Paul II : on n’a jamais l’impression qu’il s’adresse au peuple pendant la messe. Mais il est très difficile d’y arriver.

J’ai assisté à une procession du Corpus Christi, de la Fête-Dieu, dans le diocèse de Feldkirch, en Autriche, présidée par l’évêque, qui est membre de l’Opus Dei. Lors des stations aux reposoirs, l’évêque tournait le dos à l’ostensoir en disant des prières. Je me faisais à moi-même cette remarque que si un enfant voyait cela, il ne pourrait plus croire que le Seigneur est présent dans la sainte hostie, parce qu’il sait bien, ce petit enfant, que lorsqu’on parle à quelqu’un on ne lui tourne pas le dos. Des choses comme celle-là sont très importantes. L’enfant peut bien étudier le catéchisme, cela ne sert à rien s’il a sous les yeux des actes contraires.

Je crois donc que la première chose à faire serait de retourner l’autel. Il me semble que c’est plus important que le retour au latin. J’ai personnellement de nombreuses raisons de tenir au latin, mais ce n’est pas la question la plus fondamentale. Pour ma part, je préférerais une messe traditionnelle en allemand que la nouvelle messe dite en latin. […]"

Posté le 7 août 2016 à 08h01 par Michel Janva | Lien permanent

01 août 2016

La diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison

Suite aux propos du pape François, qui n'hésite pas à mettre sur un pied d'égalité la foi catholique et l'islam, je voudrais nous remettre en mémoire une partie du discours que le pape Benoît XVI a fait en 2006 lors d'un voyage apostolique à Ratisbonne. Le pape citait un dialogue sur le christianisme et l'islam et leur vérité respective, entre l'empereur byzantin Manuel Paléologue II et un érudit perse au XIVe siècle.

"L'empereur transcrit probablement ce dialogue pendant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402. Cela explique que ses propres réflexions sont rendues de manière plus détaillée que celles de son interlocuteur persan [2]. Le dialogue embrasse tout le domaine de la structure de la foi couvert par la Bible et le Coran ; il s'intéresse en particulier à l'image de Dieu et de l'homme, mais revient nécessairement sans cesse sur le rapport de ce qu'on appelait les « trois Lois » ou les « trois ordres de vie» : Ancien Testament – Nouveau Testament – Coran. Je ne voudrais pas en faire ici l'objet de cette conférence, mais relever seulement un point – au demeurant marginal dans l'ensemble du dialogue – qui m'a fasciné par rapport au thème ‘foi et raison’, et qui servira de point de départ de mes réflexions sur ce sujet.

Dans le septième entretien (διάλεξις – controverse) publié par le professeur Khoury, l'empereur en vient à parler du thème du djihad, de la guerre sainte. L'empereur savait certainement que, dans la sourate 2,256, on lit : pas de contrainte en matière de foi – c'est probablement l'une des plus anciennes sourates de la période initiale qui, nous dit une partie des spécialistes, remonte au temps où Mahomet lui-même était encore privé de pouvoir et menacé. Mais, naturellement, l'empereur connaissait aussi les dispositions – d'origine plus tardive – sur la guerre sainte, retenues par le Coran. Sans entrer dans des détails comme le traitement différent des « détenteurs d'Écritures » et des « infidèles », il s'adresse à son interlocuteur d'une manière étonnamment abrupte – abrupte au point d’être pour nous inacceptable –, qui nous surprend et pose tout simplement la question centrale du rapport entre religion et violence en général. Il dit : « Montre moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l'inhumain comme ceci, qu'il a prescrit de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait » [3]. Après s'être prononcé de manière si peu amène, l'empereur explique minutieusement pourquoi la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison.Elle est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme. « Dieu ne prend pas plaisir au sang, dit-il, et ne pas agir selon la raison (‘σύν λόγω’) est contraire à la nature de Dieu. La foi est fruit de l'âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas de recourir à la violence et à la menace... Pour convaincre une âme douée de raison, on n'a pas besoin de son bras, ni d'objets pour frapper, ni d'aucun autre moyen qui menace quelqu'un de mort... » [4].

L’affirmation décisive de cette argumentation contre la conversion par la force dit : « Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » [5]. L'éditeur du texte, Théodore Khoury, commente à ce sujet: « Pour l'empereur, byzantin nourri de philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, au contraire, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle qui consiste à être raisonnable ».

[6] Khoury cite à ce propos un travail du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui note que Ibn Hazm va jusqu'à expliquer que Dieu n'est pas même tenu par sa propre parole et que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité. Si tel était son vouloir, l'homme devrait être idolâtre[7].

À partir de là, pour la compréhension de Dieu et du même coup pour la réalisation concrète de la religion, apparaît un dilemme qui constitue un défi très immédiat. Est-ce seulement grec de penser qu'agir de façon contraire à la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, ou cela vaut-il toujours et en soi ? Je pense que, sur ce point, la concordance parfaite, entre ce qui est grec, dans le meilleur sens du terme, et la foi en Dieu, fondée sur la Bible, devient manifeste. En référence au premier verset de la Genèse, premier verset de toute la Bible, Jean a ouvert le prologue de son évangile par ces mots : « Au commencement était le λογος ». C'est exactement le mot employé par l'empereur. Dieu agit « σύν λόγω », avec logos. Logos désigne à la fois la raison et la parole – une raison qui est créatrice et capable de se communiquer, mais justement comme raison. Jean nous a ainsi fait don de la parole ultime de la notion biblique de Dieu, la parole par laquelle tous les chemins souvent difficiles et tortueux de la foi biblique parviennent à leur but et trouvent leur synthèse. Au commencement était le Logos et le Logos est Dieu, nous dit l'Évangéliste."[Lire le texte entier ici]

Il est urgent que les catholiques soient au fait de ce que prescrit le coran. Ce serait bien tant qu'à faire qu'ils connaissent aussi le Nouveau Testament... une très bonne lecture d'été !

Posté le 1 août 2016 à 18h37 par Marie Bethanie | Lien permanent

31 juillet 2016

Force et violence dans la pensée chrétienne

Extraits d'un article du père Louis-Marie de Blignières, paru dans Sedes Sapientiæ n° 134 :

"[...] Alexandre Soljenitsyne, au début de son fameux Discours de Harvard, affirmait : « Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. [...] Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? »

L’un des plus grands spécialistes d’Aristote au XXe siècle, le philosophe belge Marcel De Corte, soulignait, dans une étude magistrale, l’importance décisive de cette vertu dans le contexte actuel : « Le péché qui s’oppose le plus à la vertu de force se ramène à une forme quelconque de rébellion contre le bien commun, et celle-ci, en définitive, à l’exaltation du Moi et de son bien particulier. Si saint Thomas n’en parle pas, c’est que la société de son époque n’était pas rongée par l’égoïsme individuel et collectif [...]. La vertu de force et son application en tous domaines [...] revêt actuellement une importance [...] sans exemple, tant dans la résistance que dans l’attaque qui la caractérisent. » [...]

La force ou le courage est, selon la sagesse grecque, l’une des quatre vertus qui forment l’ossature de la vie humaine, une de ces vertus sur lesquelles s’appuient et tournent les autres, une vertu « cardinale ». Les auteurs inspirés et les penseurs chrétiens reçoivent et purifient cette conception, qui exprime un aspect de la nature même de l’homme, et la mettent sous l’influx de la foi et de la charité. [...]

Selon le droit naturel, la violence n’est donc pas nécessairement un « dévoiement de la vertu de force », comme on l’écrit parfois. L’injuste violence s’oppose certes chez celui qui l’inflige, non seulement à la prudence et à la justice, mais aussi (selon les cas concrets) à des vertus annexes à la vertu de force, comme la patience, la magnanimité ou la longanimité. Mais il y a, nous en parlerons plus loin, des cas d’exercice légitime de la violence. Si toute violence est toujours un mal « physique » pour celui qui la subit (car cela va contre sa nature ; pour l’homme, cela va contre sa volonté), tout exercice de la violence n’est pas un mal « moral » pour celui qui l’exerce, car cet exercice peut être conforme à la règle droite de la raison. [...]

Dans les milieux chrétiens, depuis une cinquantaine d’années, notamment chez nombre de prêtres et de prélats, on perd de vue cette donnée, et l’on a tendance à penser que toute coercition est opposée à la dignité de l’homme. Cette tendance découle, nous semble-t-il, d’une notion erronée de la dignité. C’est à bon droit que l’on rattache la dignité à la personne, mais on oublie souvent que la dignité de la personne – un sujet subsistant par soi dans une nature raisonnable – est d’agir selon la noblesse de sa nature. On peut déchoir de cette dignité par des actes opposés aux exigences de la nature humaine, notamment à cette dimension sociale et politique inscrite dans la nature humaine. Si un individu s’oppose au bien commun (qui est, en un sens, immanent à tous les biens propres), il déchoit par rapport à sa dignité d’animal politique, qui doit vivre de la raison et dans l’ordre de l’amour. Certes, un homme qui agit mal garde sa nature humaine, et donc la dignité d’être un sujet de l’espèce humaine. C’est pourquoi même le pire des malfaiteurs doit être traité comme un homme et non comme un bête. Il y a des traitements indignes dont il faut s’abstenir à son égard, et des droits (notamment dans son rapport à Dieu) qu’il faut toujours respecter. Mais, autant qu’il est en lui, il déroge par son agir à sa propre dignité : car l’agir de l’homme doit être conforme à la plus noble part de son essence. Lorsque l’on perd cela de vue, certaines questions deviennent vraiment inextricables. [...]

On dénombre classiquement trois cas où l’exercice de la violence peut être légitime : l’un concerne le rapport entre individus, le second celui de la puissance publique aux membres de la cité, le troisième les rapports entre cités. [...]

Le passage où Notre Seigneur affirme que « le royaume des cieux souffre violence et ce sont les violents qui l’emportent » (Mt 11, 12) a reçu diverses interprétations. L’une d’entre elles met en lumière le fait que tout exercice des vertus réclame l’exercice concomitant de la vertu de force, qui va, dans l’état concret de la nature déchue, contrarier certaines tendances et désirs, leur « faire violence ». Certes, lorsque c’est le sujet lui-même qui s’applique cette violence, c’est une « violence » dans un sens diminué : elle va contre une partie de l’homme (une passion désordonnée qui afflige l’une de ses facultés), mais non contre la plus noble partie de sa nature, à savoir l’intelligence qui comprend la nécessité de l’effort, et la volonté qui veut ce bien, conforme à la raison, de la mortification de la passion. [...]

Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il rencontre cette scène fameuse du soufflet du valet à Notre Seigneur, indique la portée de l’attitude du Sauveur et l’instruction à en tirer : « Il y a ici une question, parce que le Seigneur a prescrit à ses disciples : “Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui l’autre”. [...] L’Écriture Sainte doit être comprise telle que le Christ et les autres saints l’ont gardée. Or le Christ n’a pas présenté l’autre joue au serviteur, et Paul non plus. Il ne faut donc pas comprendre que le Christ avait ordonné que l’on tendît au sens littéral, matériellement, l’autre joue à celui qui en frappe une. Mais il faut comprendre que l’âme doit se préparer afin que, si cela était nécessaire, elle soit dans une disposition telle qu’elle ne s’émeuve pas contre celui qui frappe, mais soit prête à supporter quelque chose de semblable et même davantage. Et cela, le Seigneur l’a observé, lui qui a livré son corps à la mort. Ainsi la protestation du Seigneur fut utile à notre instruction. » [...]

La pensée de l’Aquinate et des théologiens de son époque, sur ce point, loin d’être émolliente, va jusqu’à affirmer qu’un juste exercice de la violence peut en certains cas constituer une œuvre de perfection :

La fonction militaire est susceptible d’être ordonnée au bien du prochain, et non pas au bien des particuliers uniquement, mais encore à la défense de tout l’État. [...] Le métier des armes peut aussi servir au maintien du culte divin. [...] Il est donc convenable d’instituer un ordre religieux pour la vie militaire, non certes en vue d’un intérêt temporel, mais pour la défense du culte divin et le salut public, ou encore la défense des pauvres et des opprimés.

On peut souligner en terminant que, si la force doit soutenir la justice jusqu’à l’emploi de la violence, elle doit s’allier à la prudence et refuser tout esprit de vengeance personnelle. Les combattants savent que le plus difficile est souvent de dominer sa propre violence désordonnée et de s’abstenir de toutes injustes représailles contre un ennemi vaincu. « La justice sans la miséricorde, c’est de la cruauté ; la miséricorde sans la justice aboutit à la dissolution. »

« Dès que nous entrons dans le problème de la violence exercée sur les autres, la conscience chrétienne entre dans un maquis de plantes épineuses de toutes espèces. J’ai parlé justement du rapport idéal entre les hommes, du rapport évangélique, autrement dit des rapports fondés uniquement sur la vérité et l’amour. Seulement il se trouve que ces rapports sont extrêmement difficiles, car la sainteté est rare, et même quand elle existe, elle n’entraîne pas nécessairement la réciprocité dans les rapports avec le prochain. Car les hommes, dans leur immense majorité, y compris les chrétiens, sont loin d’être uniquement dirigés par la vérité et par l’amour. »"

Posté le 31 juillet 2016 à 10h06 par Michel Janva | Lien permanent

28 juillet 2016

"Si Notre-Seigneur ne règne pas par les bienfaits de sa présence, Il règne néanmoins par les méfaits de son absence" (Cardinal Pie)

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Posté le 28 juillet 2016 à 15h53 par Michel Janva | Lien permanent

Jésus prône la non-violence ? Jamais lu cela dans l’Évangile

Monseigneur Luc Ravel, évêque aux armées, répondait dans Il est vivant à une question sur la légitimité pour un chrétien de prendre les armes (entretien publié par Il est vivant ! n°315, mai 2014) :

L.R. Dans certaines circonstances, oui. Soit au nom de la nation (s’il est mobilisé), soit à l’intérieur de là nation, en cas de remise en cause du politique dans ses fondements (si l’État devient totalitaire par exemple).

IEV Mais dans l’Évangile, Jésus prône la non-violence… 

L.R. Je n’ai jamais lu cela dans l’Évangile. Au contraire, Jésus dit que ce sont les violents qui s’emparent du Royaume de Dieu ! La violence, c’est l’incarnation d’un mouvement de vie qui déborde dans un monde traversé par le péché. C’est une démesure. Certains chrétiens, confondant christianisme et sagesse stoïcienne, pensent qu’il ne faut jamais de démesure. Les saints pensent autrement. Il y a une démesure de l’amour : « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure » (saint Augustin). La croix est une démesure de l’amour. C’est une violence extrême. Si on est dans la vie, une vie bien incarnée, il y a de la violence. Dans l’Évangile, il y a des moments où Jésus se met en colère. Ce n’est pas une colère pulsionnelle bien sûr mais réfléchie. Par exemple, dans l’épisode des vendeurs chassés du Temple : Jésus constate l’objet du scandale et ce n’est que le lendemain qu’il chasse les vendeurs du Temple avec colère.

Jésus est venu pour la vie, et pour que nous l’ayons en plénitude. Il est obligé de mettre une force démesurée, la violence, au service de l’amour. Mais une violence maîtrisée, évangélisée.

Posté le 28 juillet 2016 à 11h59 par Michel Janva | Lien permanent

25 juillet 2016

Il y a une différence de nature entre la religion chrétienne et les religions ou traditions croyantes non chrétiennes

A la suite de la tribune de Mathieu Parbot, publiée samedi, et tandis que Mgr Pontier a fait des déclarations douteuses sur l'islam et le terrorisme, un lecteur m'envoie ces quelques réflexions :

1. Ce qu'il faut bien comprendre, et qu'il est délicat et douloureux d'évoquer, c'est ceci : bon nombre de théologiens, au moins depuis le début des années 1970, et d'évêques, au moins depuis le milieu des années 1980, sont à la fois les prisonniers et les serviteurs d'une véritable idéologie, la dialogomanie ou, si vous préférez, l'irénolâtrie.

2. On reconnaît une idéologie à quelques caractéristiques : 

  • elle impose ou prescrit des réponses, situées au coeur de ce qu'elle fait dire ;
  • elle interdit ou proscrit des questions, situées au sein de ce qu'elle fait taire ;
  • elle évince, ignore, occulte, méprise ou néglige les données factuelles ou textuelles, les réalités doctrinales ou historiques, qui ne cadrent pas avec ses expressions, avec ses omissions, ou avec sa vision globale ; 
  • elle divise, en l'occurrence, l'Eglise catholique, en deux camps, les "catholiques fermés", critiques ou sceptiques sur le dialogue, et considérés comme manquant de charité, à l'égard des croyants non chrétiens, et les "chrétiens ouverts", qui sont tenus pour être pleins de charité, vis-à-vis des croyants non chrétiens ;
  • elle fonctionne d'une manière hyperbolique, inflationniste, dans l'espoir de devenir hégémonique et irréversible, car il est très important, pour ceux qui en sont les artisans ou les partisans,
    • a) d'une part, que l'on ne puisse pas revenir sur certaines "avancées", évolutions, inspirations, orientations,  
    • b) d'autre part, que tout le monde, ou plutôt toute l'Eglise, finisse par s'y soumettre ou par y souscrire ;
  • elle fonctionne au moyen d'un langage, immédiatement identifiable, par association puis par répétition d'idées toutes faites, et par occupation puis par saturation des espaces d'expression, ce langage permettant de contraindre, en douceur, à oublier la distinction entre ceux qui essaient de voir la réalité comme elle est, et ceux qui réussissent à la voir comme les dialogomanes ou les irénolâtres voudraient qu'elle soit.  

3. Cette idéologie est apparue à partir du moment où certains clercs ont commencé à accorder plus d'autorité, plus d'importance, à des philosophes inspirateurs ou continuateurs de la postmodernité, ou à tel contexte culturel ou sociétal, qu'à l'Ecriture, à la Tradition, et au Magistère.

Je pense ici à ceux qui, notamment à la suite de Heidegger, considèrent en substance qu'il ne faut plus continuer à poser un signe d'égalité, avant tout, entre Dieu et l'être, ou entre Dieu et la vérité, mais qu'il faut au contraire commencer à poser un signe d'égalité, seulement entre Dieu et l'amour, ou seulement entre Dieu et la charité, c'est-à-dire la charité entre croyants ou la charité entre croyants et non croyants.   

Je pense aussi à ceux qui, notamment dans le sillage de Lévinas, considèrent en substance que la religion chrétienne peut et doit être réduite ou soumise à une éthique, pour ne pas dire à une "mystique", du dialogue, de la rencontre, de la réunion, au service de l'autre, de l'accueil de l'autre, des attentes de l'autre, du cheminement avec l'autre, de la convergence vers l'autre, de l'échange avec l'autre, de l'ouverture sur l'autre, de l'union avec l'autre,...ou plutôt avec l'idée que l'on s'en fait, ou avec la vision que l'on en a...

4. A l'opposé de ce "culte de l'autre", de cette vision des choses, la tâche à accomplir, dans le cadre de la mission, consiste plutôt à annoncer Jésus-Christ, par la prédication et par le témoignage, dans la Foi, l'Espérance, la Charité, à exhorter les non chrétiens, explicitement, à la conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, et, implicitement, à l'abandon de telle religion ou tradition croyante, dont les fondements, les conceptions, les doctrines, les pratiques, ont plutôt tendance à maintenir dans l'éloignement ou dans l'opposition, à l'égard du seul Médiateur et Rédempteur, ou vis-à-vis du seul Seigneur et Sauveur. 

5. A cause de cette dialogomanie ou irénolâtrie, les clercs concernés refusent fréquemment de reconnaître, par exemple, que telle religion monothéiste théocratique d'origine moyen-orientale comporte des éléments, à caractère doctrinal ou pratique, qui sont objectivement asservissants, ou que telle religion polythéiste mythologique d'origine asiatique comporte des éléments, d'ordre doctrinal ou pratique, qui sont objectivement abêtissants, car tout religion ou tradition croyante semble être incritiquable par principe. 

6. La vision, aporétique, incohérente, inconséquente, utopisante, selon laquelle tout croyant sincère est presque certainement inspiré par Dieu et orienté vers Dieu, ou selon laquelle toutes les religions ou traditions croyantes, comptant dans leurs rangs des croyants sincères, sont presque également légitimes, presque équivalentes, sur le plan éthique, et sont globalement convergentes sur le fond, même si elles sont plus ou moins différentes dans leur forme, découle de cette dialogomanie, ou débouche sur cette irénolâtrie.

7. Le fait que cette vision bénéficie, depuis au moins trente ans, d'une banalisation et d'une légitimation croissante, en dit vraiment très long sur le confusionnisme et le consensualisme, mais aussi sur le conformisme ou le mimétisme de bien des catholiques, qui ont complètement perdu de vue le fait qu'il y a une différence de nature entre la religion chrétienne et les religions ou traditions croyantes non chrétiennes, et le fait qu'un catholique précise ou rappelle que telle religion ou tradition croyante non chrétienne n'est pas dépositaire de la plénitude de la révélation divine ne le rend pas, pour autant, coupable de détestation, de haine ou de mépris, à l'égard des croyants non chrétiens qui adhèrent à cette religion ou à cette tradition. 

8. En particulier et plus précisément, de même que bien des clercs ont commis, et ont fait ou ont laissé commettre, de graves erreurs, face au communisme, hier, de même, bien des clercs commettent, font ou laissent commettre de graves erreurs, face à l'islam, aujourd'hui : hier, dire la vérité sur le communisme était souvent réputé équivalent au fait de "dire du mal des ouvriers", et, aujourd'hui, dire la vérité sur l'islam est souvent tenu pour équivalent au fait de "dire du mal des musulmans", du point de vue des dialogomanes.

9. C'est à cause de tous ces arguments, du fait de tous ces procédés, manipulatoires, neutralisateurs (et dont la part d'ambiguité, d'aveuglement, d'imprécision, d'imprudence, est fréquemment minimisée, par ceux-là mêmes qui, croyant qu'une bonne intention suffit, ont fait d'un moyen, parmi d'autres : le dialogue, une fin en soi, qui s'auto-alimente ou s'auto-légitime), que nous sommes arrivés à la situation actuelle, en présence de laquelle nous voyons bien que ce qui pourrait être de la compréhension, de la coopération, des échanges, de l'entraide, du respect mutuel, entre croyants, ou entre croyants chrétiens et croyants musulmans, est souvent, dans les faits, du "déni-alogue" interreligieux, ou du "dhimmi-allohgue" islamo-chrétien.

10. Face à cette dialogomanie, face à cette irénolâtrie, à chaque fois, en tout cas, qu'elle se manifeste d'une manière située à proximité de l'illusionisme, les catholiques doivent pouvoir s'exprimer avec énergie et fermeté, d'abord pour signaler à leurs évêques qu'ils ne sont absolument pas dupes de ce qui est mis en oeuvre et en valeur, ensuite pour leur demander de revenir, non pas en arrière, mais vers l'essentiel, qui ne consiste certes pas à faire comme si certaines vérités premières étaient escamotables ou facultatives, sous prétexte que l'évocation de certaines réalités ou thématiques risque de déplaire ou de déranger telle communauté de croyants non chrétiens, ou que des distinctions ou précisions sont désormais "dépassées".

11. Ces quelques mots doivent également expliciter

  • le rappel du fait que la culpabilité occidentale postcoloniale constitue l'une des clefs de compréhension de la mentalité dialogomaniaque qui est à l'oeuvre, encore une fois, depuis trente à quarante-cinq ans, vis-à-vis des religions et traditions croyantes, non seulement non chrétiennes, mais aussi...non européennes, 
  • le rappel de ce qu'il faut bien considérer comme le plus grand danger : en effet, 

a) le plus grand danger n'est pas que les clercs nous incitent "parfois" (en ont-ils seulement conscience ?) à ne pas être vigilants et résistants, face à la conception musulmane ET face à la conception postmoderne de la liberté et de la vérité, dans le domaine religieux, même s'ils nous incitent effectivement à cela ;  

b) le plus grand danger est que se propage dans l'Eglise la vision selon laquelle il est possible de retirer une certaine forme de supériorité morale du fait de faire reposer la coexistence pacifique interreligieuse sur un certain type d'autocensure pacifiste intra-ecclésiale, comme si une supériorité morale résidait dans le fait de continuer à censurer ou à falsifier certaines vérités premières, alors que le courage et la franchise consisteraient plutôt à les exprimer, avec diplomatie, discernement, pédagogie et psychologie.

12. Enfin, un retour sur le titre de l'article publié par Le salon beige permet de faire remarquer qu'il y est question des victimes de l'islam ; dans cet ordre d'idées, il convient de rappeler que les victimes de l'islam ne sont pas avant tout, ou ne sont pas seulement, des non musulmans, contraints à la conversion, à la soumission, ou à bien pire. C'est en effet grâce à des ex-musulmans, certains devenus athées, d'autres devenus chrétiens, que l'on peut le mieux comprendre qui sont les premières victimes de l'islam.

Or, c'est cela aussi que les dialogomanes ou les irénolâtres ont plutôt tendance à ne pas voir, à ne pas faire voir, ou à ne pas laisser voir, alors que c'est là que l'on touche du doigt la nature profonde d'au moins une partie des éléments constitutifs de l'islam, ce que des intellectuels musulmans reconnaissent de plus en plus.  

Parmi les derniers admirateurs, non communistes, du communisme, il s'est trouvé, dans les années 1970 et 1980, des clercs catholiques, aveugles volontaires. Un jour, parmi les derniers admirateurs, non musulmans, de l'islam, se trouvera-t-il d'autres clercs catholiques, tout aussi aveugles volontaires ?

Posté le 25 juillet 2016 à 07h13 par Michel Janva | Lien permanent

17 juillet 2016

Prière pour la France : face à la désolation... la consolation

LogoL'Evangile de la Vie propose une grande prière pour la France :

"Depuis plusieurs jours, d'intenses prières s'élèvent vers le Ciel, comme un cri, pour notre pays. Face à la désolation, nous avons tellement besoin de consolation, alors que nous traversons une nouvelle épreuve. Consolation que vient nous donner Notre-Dame, à travers la prière.

Couv-image-priere-pour-la-France-2012

Cette image-prière proposée : avec la prière pour la France de de Marcel Van, celle de Jean Paul II, prière à la Vierge Marie. Des paroles de Saint Pie X et de Marthe Robin sur la France qui sortira de l'impasse dans laquelle elle se trouve pour le moment, grâce à la prière. Une image-prière en six pages, format poche, il est urgent d'encourager cette grande prière pour la France.

Cette image est un moyen concret d'évangélisation, pour aider à la prière familiale. pour distribuer dans les paroisses, mouvements, écoles, pélerinages.

Pour recevoir cette image : par lot de 100 images, port inclus : participation aux frais suggérée de 12€ port inclus :  AD-l'Evangile de la Vie. 32 Cours de la République, 84500 Bollène."

Posté le 17 juillet 2016 à 23h34 par Marie Bethanie | Lien permanent

14 juillet 2016

Amoris Lætitia : plusieurs évêques demandent des clarifications

Mgr Thomas J. Tobin, évêque de Providence (Rhode Island), a publié sur sa page Facebook le 8 juillet, un court post intitulé : « L’ambigüité intentionnelle d’Amoris Lætitia ». En voici la traduction de Réinformation.tv.

« Après réflexion, il est devenu tout à fait clair que le document du pape François sur le mariage et la famille, Amoris Lætitia, est marqué par l’ambigüité et c’est, je le pense, intentionnel de la part du Saint-Père.

« Cela explique pourquoi, ces tout derniers jours, nous avons eu des interprétations très différentes sur ce document de la part de deux responsables de premier plan de l’Église : l’archevêque Charles Chaput de Philadelphie, et le cardinal Christoph Schönborn de Vienne. Et aussi de beaucoup d’autres commentateurs.

« La bonne nouvelle, c’est qu’en raison de cette ambigüité les gens peuvent faire à peu près tout ce qu’ils veulent. La mauvaise nouvelle, c’est qu’en raison de cette ambigüité les gens peuvent faire à peu près tout ce qu’ils veulent.

« Allez comprendre. »

De son côté, le cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne, a accordé le 11 juillet un long entretien à Maike Hickson pour le blogue étatsunien One Peter Five, sur Amoris Lætitia. Extraits traduits par Réinformation.tv :

« Au n° 308 d’Amoris Lætitia le Saint-Père François écrit : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion ». J’infère de ces mots que le Saint-Père est conscient que les enseignements de l’Exhortation peuvent prêter à confusion. Je souhaite personnellement – et c’est aussi ce que pensent beaucoup de mes frères dans le Christ (des cardinaux, des évêques et également des fidèles laïcs) – que la confusion soit levée, non pas parce que je préférerais une pastorale plus rigide, mais plutôt parce que préfère tout simplement une pastorale plus claire et moins ambiguë. Cela dit, et avec tout le respect, l’affection et la dévotion que je dois nourrir envers le Saint-Père, j’aimerais lui dire ceci : S’il vous plaît, Votre Sainteté, veuillez clarifier ces points.

a) Jusqu’à quel point ce que Votre Sainteté a dit dans la note 351 du n° 305 [Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (Ibid., n. 47 : p. 1039)], s’applique aussi aux couples de divorcés remariés qui entendent de toute manière continuer à vivre comme mari et femme, et par conséquence jusqu’à quel point ce qui est enseigné dans Familiaris Consortio (n° 84), dans Reconciliatio Poenitentia (n° 34), dans Sacramenttum unitatis (n° 29), dans le Catéchisme de l’Église catholique (n° 1650) et dans la doctrine théologie commune, doit être désormais considéré comme abrogé ?

b) C’est un enseignement constant de l’Église – et cela a été réitéré dans Veritatis splendor (n° 79) – qu’existent des normes morales négatives qui ne tolèrent aucune exception, en ce qu’elles interdisent des actes qui sont intrinsèquement déshonorants et malhonnêtes comme, par exemple, l’adultère. Cet enseignement traditionnel doit-il toujours être tenu pour vrai même après Amoris Lætita ? C’est ce que j’aimerais dire au Saint-Père […] »

« Je réponds par deux simples remarques. La première est celle-ci : on ne doit pas lire le Magistère antérieur sur le mariage à la lumière d’Amoris Lætitia, mais on doit lire Amoris Lætitia à la lumière du Magistère antérieur. La logique de la Tradition vivante dans l’Église est bipolaire : elle a deux directions, et non une seule. Ma deuxième remarque est plus importante. Dans son [récent] entretien au Corriere della Sera, mon cher ami le cardinal Schönborn ne tient pas compte de ce qui est arrivé dans l’Église depuis la publication d’Amoris Lætita. Des évêques et beaucoup de théologiens fidèles à l’Église et au Magistère soutiennent que notamment sur un point particulier – mais un point très important –, il n’y a pas continuité mais au contraire opposition entre Amoris Lætiita et le Magistère précédent. En outre, ces théologiens et philosophes ne soutiennent pas cela dans un esprit de dénigrement ou de révolte envers le Saint-Père lui-même. Et le point est le suivant : Amoris Lætitia dit que, dans certaines circonstances, une relation sexuelle entre des divorcés remariés civilement est moralement légitime. Et plus encore, l’Exhoration dit que ce que le Concile de Vatican II a déclaré sur les époux – pour ce qui concerne leur intimité sexuelle – s’applique aussi à eux (voir la note 329 [Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 84 : AAS 74 (1982), p. 186. Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter ‘‘comme frère et sœur’’ que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis »  (Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 51)]. Donc, quand on dit qu’une relation sexuelle hors mariage est légitime, c’est par conséquent une affirmation contraire à la doctrine de l’Église sur la sexualité, et quand on dit qu’un adultère n’est pas un acte intrinsèquement malhonnête – et que, par conséquent, il pourrait y avoir des circonstances qui le rendraient non malhonnête –, c’est, là encore, une affirmation contraire à la Tradition et à la doctrine de l’Église. Dans une telle situation, le Saint-Père, selon moi – et je l’ai déjà écrit –, doit donc clarifier l’affaire. Car si je dis A est B puis A n’est pas B, la seconde proposition n’est pas un développement de la première, mais plutôt sa négation. Quand quelqu’un dit : la doctrine demeure mais il ne s’agit que de tenir compte de quelques rares cas, je réponds : la norme morale « Tu ne commettras point d’adultère » est une norme ABSOLUMENT NÉGATIVE qui ne tolère aucune exception. Il y a plusieurs manières de faire le bien, mais il n’y en a qu’une seule pour ne pas faire le mal : c’est de ne pas faire le mal […] »

Posté le 14 juillet 2016 à 11h16 par Michel Janva | Lien permanent

12 juillet 2016

45 théologiens, philosophes et pasteurs ont remis à Rome une critique d'Amoris laetitia

Un groupe de 45 théologiens, philosophes et pasteurs d’âmes de différentes nationalités ont remis ces derniers jours au Cardinal Angelo Sodano, Doyen du Sacré Collège, une forte critique de l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia. Dans les prochaines semaines le document, en diverses langues, sera envoyé aux 218 Cardinaux et aux Patriarches des Églises Orientales, leur demandant d’intervenir auprès du Pape François pour retirer ou corriger les propositions erronées de ce document. 

Décrivant l’exhortation comme contenant «une série d’affirmations qui peuvent être comprises dans un sens contraire à la foi et à la morale catholique», les signataires ont présenté avec cet appel une liste de censures théologiques applicables au document, en spécifiant «la nature et le degré des erreurs qui pourraient être imputées à Amoris laetitia».

Parmi les 45 signataires figurent des prélats catholiques, des chercheurs , des professeurs, des auteurs et prêtres de différentes universités pontificales, séminaires, collèges, instituts théologiques, ordres religieux et diocèses du monde entier.  Ils ont demandé au Collège des Cardinaux que, dans leur rôle de conseillers officiels du pape, ils adressent au Saint Père la demande de rejeter

«les erreurs listées dans le document, de manière définitive et finale et d’affirmer avec autorité qu’Amoris lætitia n’exige pas qu’aucune d’elles soient crue ou considérée comme pouvant être vraie». 

Le porte-parole des auteurs de cet appel, Joseph Shaw, déclare :

«Nous n’accusons pas le pape d’hérésie, mais nous estimons que de nombreuses propositions d’Amoris Lætitia peuvent être interprétées comme hérétiques sur la base d’une simple lecture du texte. Des affirmations ultérieures tomberaient sous d’autres censures théologiques précises, telles que, notamment, “scandaleuse”, “erronée dans la foi” et “ambiguë”».

Le code de Droit Canon de 1983 affirme que

«de façon proportionnée à leur science, compétence et au prestige dont ils jouissent, ils [les fidèles] ont le droit, et même parfois aussi le devoir, de manifester aux Pasteurs sacrés leur pensée sur ce qui regarde le bien de l’Eglise, et de la faire connaître aux autres fidèles» (CIC, can. 212 §3).

Le document de 13 pages cite 19 passages de l’exhortation qui seraient contraires aux doctrines catholiques. Selon les auteurs, l’imprécision ou l’ambiguïté de nombreuses affirmations d’Amoris laetitia permettent des interprétations dont la signification naturelle semble être contraire à la foi ou à la morale. C’est pourquoi le porte-parole a déclaré :

«C’est notre espoir qu’en demandant à notre Saint Père une condamnation définitive de ces erreurs nous puissions aider à dissiper la confusion qu’Amoris Laetitia a déjà provoquée chez les pasteurs et les fidèles laïcs. Une telle confusion ne peut en effet être efficacement dissipée que par une affirmation explicite de l’authentique enseignement catholique de la part du Successeur de Pierre».

Posté le 12 juillet 2016 à 14h45 par Michel Janva | Lien permanent

10 juillet 2016

Plateforme de cours gratuits en ligne sur les sacrements

SINOD est la plateforme de cours gratuits en ligne de l’Ecole Cathédrale, pôle formation du Collège des Bernardins. Un premier MOOC, De l’Ancien au Nouveau Testament, lancé en janvier 2016, a attiré près de 6 000 inscrits répartis dans plus de 50 pays.

Ce deuxième MOOC, Les sacrements : le Christ vivant et agissant en son Eglise, cherche à mettre en lumière l’actualité du Christ par les sacrements (baptême, confirmation, eucharistie, ordre, mariage...), en rappelant l’histoire, la pertinence contemporaine et le mode de fécondité des sacrements. Sont évoqués également dans cette formation la relation entre la célébration des sacrements et la vie du monde (entre le culte et la culture) ainsi que les différents modes possibles de participation aux sacrements (Référence à l’exhortation La joie de l’amour du Pape François).

Ce MOOC fait écho au premier en s’enracinant dans le rapport dynamique entre la Première et la Nouvelle Alliance, l’Ecriture et la Tradition. Les sacrements ne sont pas seulement des rites extérieurs ou formels mais de véritables rencontres, à la fois intimes et ecclésiales, avec le Christ vivant.

Cette formation est destinée à toutes les personnes souhaitant aborder la dimension œcuménique des sacrements ainsi que l’inscription des sacrements parmi les rites religieux en général. Elle souhaite rejoindre les adultes qui envisagent de se préparer au baptême, à la confirmation ou à la première communion ainsi que ceux qui ont la mission de les accompagner. Elle pourra également intéresser les parents qui s’interrogent sur le fait de baptiser leurs enfants ou les jeunes qui envisagent de se préparer au sacrement de mariage.

Enseignant : Père Matthieu Rougé,  Docteur en théologie, professeur de la Faculté Notre-Dame, curé de la paroisse Saint-Ferdinand des Ternes.

L’investissement hebdomadaire est à l’appréciation de chacun des étudiants. Seront ainsi proposés :

  • Trois vidéos de cours d’environ 5 minutes
  • Un quizz sous forme de QCM
  • Un travail dirigé pour préparer la séance suivante
  • Un forum pour échanger avec les autres participants
  • A la fin du parcours, un examen final en ligne évaluera la compréhension de chaque partie du cours.

Posté le 10 juillet 2016 à 07h14 par Michel Janva | Lien permanent

07 juillet 2016

Cardinal Sarah : Vers une authentique mise en oeuvre de Sacrosanctum Concilium

Une lectrice, que je remercie, nous a traduit le discours de son Eminence le Cardinal Sarah, évoqué hier, prononcé à Londres dans le cadre du colloque Sacra Liturgia :

IMG_7841_810_500_55_s_c1"En premier lieu, je tiens à exprimer mes remerciements à Son Eminence, le Cardinal Vincent Nichols, pour son accueil à l'Archidiocèse de Westminster et pour ses aimables paroles de bienvenue. Je tiens aussi à remercier Son Excellence Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, pour son invitation à être présent avec vous à cette troisième conférence internationale " Sacra Liturgia ", et de présenter le discours d'ouverture ce soir. Votre Excellence, je vous félicite pour cette initiative internationale visant à promouvoir l'étude de l'importance de la formation et de la célébration liturgique dans la vie et de la mission de l'Eglise.

Dans ce discours, je voudrais vous soumettre quelques considérations sur la façon dont l'Église occidentale pourrait évoluer vers une mise en œuvre plus fidèle de Sacrosanctum Concilium. Je propose de faire cela en demandant "Quelle était l’intention des Pères du Concile Vatican II dans la réforme liturgique?" Ensuite je voudrais examiner comment leurs intentions ont été mises en œuvre dans les suites du Concile. Enfin, je voudrais vous soumettre quelques suggestions pour la vie liturgique de l'Église d'aujourd'hui, afin que notre pratique liturgique puisse refléter plus fidèlement les intentions des Pères conciliaires.

Il est très clair, je pense, que l'Église enseigne que la liturgie catholique est le lieu singulièrement privilégié de l'action salvifique du Christ dans notre monde d'aujourd'hui, au moyen de la participation réelle dans laquelle nous recevons Sa grâce et Sa force qui sont si nécessaires pour notre persévérance et notre croissance dans la vie chrétienne. Il est le lieu divinement institué où nous venons remplir notre devoir d'offrir le sacrifice à Dieu, d'offrir le Seul Vrai Sacrifice. C’est le lieu où nous réalisons notre besoin profond d'adorer Dieu Tout-Puissant. La liturgie catholique est quelque chose de sacré, quelque chose qui est sainte par sa nature même. La liturgie catholique n’est pas un rassemblement humain ordinaire.

Je tiens à souligner un fait très important ici: Dieu, et non pas l'homme est au centre de la liturgie catholique. Nous venons L’adorer. La liturgie n’est pas au sujet de vous et de moi; ce n’est pas le lieu où nous célébrons notre propre identité ou nos accomplissements ou le lieu où nous exaltons ou promouvons notre propre culture et les coutumes religieuses locales. La liturgie est d'abord et surtout au sujet de Dieu et de ce qu'Il a fait pour nous. Dans Sa divine Providence Dieu Tout-Puissant a fondé l'Église et a institué la Sainte Liturgie au moyen de laquelle nous sommes en mesure de lui offrir le vrai culte conformément à la Nouvelle Alliance établie par le Christ. Ce faisant, en entrant dans les exigences des rites sacrés développés dans la tradition de l'Eglise, notre véritable identité nous est donnée et notre sens en tant que fils et filles du Père.

Il est essentiel que nous comprenions cette spécificité du culte catholique, au cours des dernières décennies, nous avons vu de nombreuses célébrations liturgiques dans lesquelles les personnes, les personnalités et les réalisations humaines ont été trop importantes, presque à l'exclusion de Dieu. Comme l’a écrit un jour le cardinal Ratzinger: «Si la liturgie apparaît avant tout comme l'atelier pour notre activité, alors ce qui est essentiel a été oublié: Dieu. Car la liturgie ce n’est pas sur nous, mais sur Dieu. Oublier Dieu est le danger le plus imminent de notre époque. »(Joseph Ratzinger, Théologie de la liturgie, Collected Works vol. 11, Ignatius Press, San Francisco 2014, p. 593).

Nous devons être tout à fait clairs à propos de la nature du culte catholique, si nous voulons lire la Constitution du Concile Vatican II sur la liturgie correctement et si nous voulons mettre en œuvre fidèlement.

Pendant de nombreuses années avant le Concile, dans les pays de mission ainsi que dans les pays plus développés, il y avait eu beaucoup de discussions sur la possibilité d'augmenter l'utilisation des langues vernaculaires dans la liturgie, principalement pour les lectures de la Sainte Écriture, ainsi que pour certaines autres parties de la première partie de la messe (que nous appelons aujourd'hui la «Liturgie de la Parole") et pour le chant liturgique. Le Saint-Siège avait déjà donné de nombreuses autorisations pour l'utilisation de la langue vernaculaire dans l'administration des sacrements. Tel est le contexte dans lequel les Pères du Concile ont parlé des effets œcuméniques ou missionnaires positifs possibles de la réforme liturgique. Il est vrai que la langue vernaculaire a une place positive dans la liturgie. Les Pères cherchaient cela, et non pas à autoriser la protestantisation de la sainte Liturgie ou à accepter d’être soumis à une fausse inculturation.

Je suis Africain. Permettez-moi de dire clairement: la liturgie n'est pas le lieu pour promouvoir ma culture. Bien au contraire, elle est le lieu où ma culture est baptisée, où ma culture est reprise dans le divin. Grâce à la liturgie de l'Eglise (que les missionnaires ont porté à travers le monde) Dieu nous parle, il nous change et nous permet de participer à sa vie divine. Lorsque quelqu'un devient chrétien, lorsque quelqu'un entre dans la pleine communion avec l'Église catholique, il reçoit quelque chose de plus, quelque chose qui le change. Certes, les cultures et les autres chrétiens apportent des cadeaux avec eux dans l'Église - la liturgie des Ordinariats Anglicans maintenant en pleine communion avec l'Eglise en est un bel exemple. Mais ils apportent ces dons avec humilité, et l'Eglise dans sa sagesse maternelle en fait usage  comme elle le juge approprié.

 

L'une des expressions les plus claires et les plus belles des intentions des Pères du Concile se trouve au début du second chapitre de la Constitution, qui considère le mystère de la Très Sainte Eucharistie.

Dans l'article 48, nous lisons:

L'Église ... désire ardemment que les fidèles du Christ, lorsqu'ils assistent à ce mystère de la foi, ne devrait pas être là comme des spectateurs étrangers et muets; au contraire, grâce à une bonne compréhension des rites et des prières, ils devraient prendre part à l'action sacrée conscients de ce qu'ils font, avec dévouement et pleine collaboration. Ils devraient être instruits par la parole de Dieu et être nourris à la table du corps du Seigneur; ils devraient rendre grâces à Dieu; en offrant la victime Immaculée, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi avec lui, ils devraient aussi apprendre à s'offrir eux-mêmes; grâce à la médiation du Christ, ils devraient être attirés de jour en jour vers une union toujours plus parfaite avec Dieu et les uns avec les autres, de sorte qu’enfin Dieu soit tout en tous.

Mes frères et sœurs, voilà quelles étaient les intentions des Pères Conciliaires. Oui, bien sûr, ils ont discuté et voté sur les moyens spécifiques pour réaliser de leurs intentions. Mais soyons très clairs: les réformes rituelles proposées dans la Constitution, comme la restauration de la prière des fidèles à la messe (n. 53), l'extension de la concélébration (n. 57), ou certaines de ses mesures telles que la simplification souhaitée par les articles 34 et 50, sont toutes subordonnées aux intentions fondamentales des Pères conciliaires que je viens de décrire. Ce sont des moyens dirigés vers une fin, et c’est la fin que nous devons atteindre.

Si nous voulons avancer vers une mise en œuvre plus authentique de Sacrosanctum Concilium, ce sont ces objectifs, ces fins, que nous devons garder devant nous d'abord et avant tout. Il se peut que, si nous les étudions avec des yeux neufs et avec l'avantage de l'expérience des cinq dernières décennies, nous verrons certaines réformes rituelles spécifiques et certaines politiques liturgiques sous une lumière différente. Si, aujourd'hui, certains d'entre eux ont besoin d'être reconsidérés de manière à «conférer une vigueur sans cesse croissante à la vie chrétienne des fidèles» et «aider à appeler l'ensemble de l'humanité dans la maison de l'Église », demandons au Seigneur de nous donner l'amour, l'humilité et la sagesse de le faire.

Je soulève cette possibilité de regarder à nouveau la Constitution et la réforme qui a suivi sa promulgation parce que je ne pense pas que nous pouvons honnêtement lire, même le premier article de Sacrosanctum Concilium aujourd'hui et être contenu que nous avons atteint ses objectifs. Mes frères et sœurs, où sont les fidèles dont les Pères du Concile ont parlé? Beaucoup de fidèles sont maintenant infidèles: ils ne viennent pas à la liturgie du tout. Pour utiliser les paroles de saint Jean-Paul II: beaucoup de chrétiens vivent dans un état de «apostasie silencieuse», ils «vivent comme si Dieu n'existe pas» (Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, 9). Où est l'unité du Conseil espérait atteindre? Nous ne l’avons pas encore atteinte. Avons-nous fait des progrès réels en appelant l'ensemble de l'humanité dans la maison de l'Eglise? Je ne le pense pas. Et pourtant, nous avons fait beaucoup à la liturgie!

Dans mes 47 années de vie en tant que prêtre et après plus de 36 années de ministère épiscopal, je peux attester que de nombreuses communautés et les individus catholiques vivent et prient la liturgie réformée suite au Concile avec ferveur et joie, dont découlent beaucoup, sinon tous les biens que les Pères conciliaires avaient souhaité. Ceci est un grand fruit du Concile. Mais selon mon expérience, je sais - et maintenant aussi de par mon service comme préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements – qu’il y a beaucoup de distorsions de la liturgie partout dans l'Eglise d'aujourd'hui, et que de nombreuses situations pourraient être améliorées de sorte que les objectifs du Concile puissent être atteints. Avant de réfléchir sur des améliorations possibles, considérons ce qui est arrivé après la promulgation de la Constitution sur la sainte Liturgie.

Alors que le travail officiel de la réforme était en cours, quelques mauvaises interprétations très graves de la liturgie ont émergé et ont pris racine dans différents endroits à travers le monde. Ces abus de la sainte Liturgie ont grandi en raison d'une compréhension erronée du Concile, ce qui entraîna des célébrations liturgiques qui étaient subjectives et plus axés sur les désirs de la communauté individuelle que sur le culte sacrificiel de Dieu Tout-Puissant. Mon prédécesseur en tant que préfet de la Congrégation, le cardinal Francis Arinze, a une fois appelé ce genre de chose "messe faite par soi même." Saint Jean Paul a même trouvé nécessaire d'écrire ce qui suit dans sa lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia (17 Avril 2003) :

L'engagement du Magistère à proclamer le mystère eucharistique a été compensé par la croissance intérieure au sein de la communauté chrétienne. Certes, la réforme liturgique inaugurée par le Concile a grandement contribué à une participation plus consciente, active et fructueuse au Saint Sacrifice de l'autel de la part des fidèles. Dans de nombreux endroits, l'adoration du Saint-Sacrement est aussi une pratique quotidienne importante et devient une source inépuisable de sainteté. La pieuse participation des fidèles à la procession eucharistique lors la Solennité du Corps et du Sang du Christ est une grâce du Seigneur qui chaque année apporte de la joie à ceux qui y participent.

D'autres signes positifs de foi et d'amour eucharistiques pourraient aussi être mentionnés.

Malheureusement, à côté de ces lumières, il y a aussi des ombres. Dans certains endroits, la pratique de l'adoration eucharistique a été presque complètement abandonnée. Dans diverses parties des abus de l'Église ont eu lieu, menant à la confusion en ce qui concerne la foi droite et la doctrine catholique concernant cet admirable Sacrement. Parfois, on rencontre une compréhension extrêmement réductrice du mystère eucharistique. Dépouillé de son sens du sacrifice, il est célébré comme si c’était tout simplement un banquet fraternel. En outre, la nécessité du sacerdoce ministériel, enraciné dans la succession apostolique, est parfois obscurcie et la nature sacramentelle de l'Eucharistie est réduite à sa seule efficacité en tant que forme de proclamation. Cela a conduit ici et là, des initiatives œcuméniques qui, bien que bien intentionnée, se livrent à des pratiques eucharistiques contraires à la discipline par laquelle l'Église exprime sa foi. Comment pouvons-nous ne pas exprimer la profonde douleur devant tout cela? L'Eucharistie est un don trop grand pour tolérer l'ambiguïté et la dépréciation.

Il est mon espoir que la présente Lettre encyclique pourra contribuer efficacement à bannir les nuages sombres de doctrines et de pratiques inacceptables, de sorte que l'Eucharistie continuera à resplendir dans tout son mystère radiant (n. 10).

Posté le 7 juillet 2016 à 07h21 par Michel Janva | Lien permanent

04 juillet 2016

La famille est une des dernières défenses de l’être humain contre un mondialisme qui broie les individus

Le Père Dominique-Marie de Saint-Laumer, supérieur de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, est interrogé dans La Nef du mois de juillet. Extrait :

"Dans l’ordre politique, toutes les digues limitant le pouvoir de l’homme tombent les unes après les autres, les lois transgressives se succédant sans que rien ne semble pouvoir les arrêter : comment analysez-vous la situation, les causes de cette évolution mortifère et voyez-vous les germes d’un redressement possible ?

Unknown-7« La Russie répandra ses erreurs dans le monde entier », a dit Notre Dame à Fatima. C’est ce qui est arrivé. Les erreurs du marxisme, du matérialisme athée, les ultimes conséquences de la philosophie des Lumières et de la Révolution française ont envahi le monde et produisent leurs fruits de mort. Les élites qui ont le pouvoir médiatique, culturel, politique, économique, sont contaminées par ces idéologies qui veulent s’affranchir de l’anthropologie traditionnelle, jugée rétrograde, pour reconstruire une nouvelle humanité, ou un transhumanisme. Mais, devant les conséquences de plus en plus folles de ces théories (qu’on pense au gender !), de nombreux esprits prennent conscience du danger, et travaillent à restaurer une culture basée sur une saine anthropologie. Pour redresser la société, il faut retrouver une philosophie réaliste, qui comprenne ce que sont vraiment la nature humaine et l’ordre social permettant aux hommes de vivre harmonieusement. Si l’on tient compte de la nature blessée de l’homme, du fait du péché originel, il n’y aura pas de redressement vraiment solide sans la Rédemption, c’est-à-dire la foi au Christ qui apporte sa lumière et sa grâce. Il est urgent que la France retrouve la fidélité à ses racines chrétiennes. En 2017, ce sera le centenaire des apparitions de Fatima. Le pape ne pourrait-il pas consacrer à nouveau, plus explicitement, la Russie au Cœur immaculé de Marie et approuver la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois ?

Une autre caractéristique de notre société est la course effrénée au profit et à l’argent, course qui ne bénéficie qu’à un petit nombre alors qu’une grande majorité voit ses revenus stagner, voire régresser – c’est un souci que le pape François évoque souvent. Le religieux d’un Ordre mendiant est-il plus particulièrement sensible à cette situation et y voyez-vous des remèdes ?

L’absence d’une vision saine de la nature humaine et de ses finalités, le relativisme régnant, engendre un matérialisme pratique, où les seules valeurs sont le pouvoir, la force, l’argent. L’économie n’est plus subordonnée à une finalité plus haute, politique et morale, au bien commun, au respect des hommes. Le remède est dans la meilleure connaissance et l’application de la doctrine sociale de l’Église. Benoît XVI et François ont donné des pistes intéressantes dans Caritas in veritate, et Laudato si. Le bien commun doit redevenir la finalité ultime et le respect des hommes primer sur le profit. Le principe de subsidiarité doit être appliqué. Les religieux qui vivent en communauté ont l’exemple d’une vie commune à taille humaine, où les besoins de chacun sont pris en compte. La famille est aussi une des dernières défenses de l’être humain contre un mondialisme qui broie les individus."

Posté le 4 juillet 2016 à 08h02 par Michel Janva | Lien permanent

03 juillet 2016

2000 ans de christianisme

Une vidéo publiée l'année dernière par Arthur Herlin dans Famille chrétienne, que certains ont déjà vue sans doute, mais qu'il fait bon revoir afin de se persuader que le christianisme n'est pas en voie d'extinction, et que l'Eglise est toujours vivante, car "les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle".

 

Posté le 3 juillet 2016 à 08h53 par Marie Bethanie | Lien permanent

" La vie est pèlerinage et mission"

Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, commente les lectures de la messe de ce dimanche 3 juillet 2016. Voici un bel extrait de son commentaire, sur la virginité consacrée, toujours missionnaire :

[...] "Les personnes qui, d’une façon spéciale, font leurs la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.

La virginité est la modalité propre au Christ  d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de se donner soi-même. L’amour vrai pour Dieu consiste à L’aimer pour ce qu’Il est et pas pour ce qu’Il a.

La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie : elle a été la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais parce ce qu’elle était certaine que son nom était inscrit dans le cœur de Dieu qui avait regardé son humble servante

Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.

Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.

C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours  missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Evangile mais concernent toutes les vierges.

Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de la fécondité physique.

La première fois que la virginité apparait  dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Marie est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (S. Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).

Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage en suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.

Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »

Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la vraie lumière de l’amour miséricordieux."

Posté le 3 juillet 2016 à 08h44 par Marie Bethanie | Lien permanent

30 juin 2016

L'Eglise doit demander pardon aux homosexuels... pour leur avoir caché la vérité

Alors que le cardinal Marx, et à sa suite, le pape François lui-même ont publiquement demandé que l’Eglise catholique demande pardon pour la manière dont elle a traité les personnes homosexuelles, un jeune homme au lourd passé LGBT vient d’exprimer de manière poignante ce dont il accuse réellement l’Eglise sur ce chapitre. Joseph Sciambra (que nous avons déjà évoqué ici et a eu affaire tout au long de sa jeunesse à des hommes d’Eglise qui lui ont dit de ne pas renoncer à son style de vie homosexuel. Il lui a fallu attendre des années avant qu’on lui dise la vérité. Réinformation.tv rapporte une tribune publiée par LifeSiteNews :

Joseph_Sciambra_645_363_55"Joseph Sciambra, la quarantaine, a grandi dans la confusion adolescente du gamin qui s’est laissé happer par l’obsession pornographique après avoir mis la main sur des numéros de Playboy de son grand frère. Recherchant sans cesse de nouvelles expériences, il s’est essayé au « porno gay », pour en adopter rapidement le style de vie, avant de sombrer dans des pratiques de plus en plus extrêmes. Ses recherches d’un plaisir qui laissait un goût de vide l’ont finalement conduit à un pacte démoniaque : la « star » du porno gay sado-masochiste est allé au bout de sa logique – après avoir couché avec un millier d’hommes… Se retrouvant à l’hôpital entre la vie et la mort à la suite d’un acte d’une violence horrible, il se souvient de s’être senti happé par une immense bouche dégoulinant de salive qui pour lui représentait clairement l’enfer. Mais sa mère, catholique, priait auprès de lui. Sciambra demande pardon à Dieu, Le suppliant de lui accorder la délivrance. C’est à ce moment-là qu’il a senti qu’il réintégrait son corps – et qu’il a entamé son chemin de conversion à la religion de son enfance, obtenant miséricorde à travers la confession et paix grâce à un exorcisme.

Aujourd’hui, il se sent toujours très proche de tous ces jeunes hommes « gays » qui se laissent séduire par un style de vie qu’ils imaginent plein de satisfactions mais qui les laisse le plus souvent dans le désarroi après avoir été la cible des attentions des plus âgés ravis de trouver de la chair fraîche. Mais sa préoccupation est de les amener au vrai Bien.

C’est un soutien qu’il n’a pas reçu de la part des prêtres catholiques qu’il a côtoyés pendant son adolescence et sa jeunesse. Comme il l’explique dans sa tribune, il a rencontré des hommes qui lui présentaient Jésus comme un ami, et non comme le Rédempteur – son Rédempteur. « J’étais terrifié et j’avais besoin d’aide », raconte-t-il : il savait que les choses allaient de travers. Mais en face, rien : ou plutôt un « relativisme pandémique ».

« J’étais sur le point d’accepter mon homosexualité lorsqu’un prêtre catholique m’a dit que je ne devais pas m’inquiéter parce que chaque homosexuel est né ainsi, gay ; il m’a envoyé sur mon chemin en me faisant des recommandations socialement responsables sur les dangers du sexe à découvert » – c’était au moment où éclatait l’épidémie du sida.

Installé à San Francisco, Sciambra ne rencontre dans le quartier gay que les prêtres de la paroisse du Très Saint Sauveur – tous incroyablement dévoués pour « enterrer les corps sans vie et décharnés de nos amis, à une époque où peu acceptaient de le faire », mais ils « confondaient la compassion à l’égard des malades et des morts avec une renonciation totale à toute tentative quelle qu’elle soit d’enseigner la doctrine catholique sur l’homosexualité ». « Ils voulaient être nos amis, pas nos Pères », raconte Sciambra.

Les morts se succédaient et Sciambra voyait le champ de ruines tout en subissant lui-même les conséquences des maladies liées à la pratique gay – il voulait justement y renoncer, après avoir une nouvelle fois rempli de sang la cuvette des toilettes, lorsque le prêtre auquel il demanda conseil l’encouragea à rester là où il était : « C’était ma place, je devais rester gay. » Ce qu’il fit. Pour entrer dans un « cauchemar sans fin ».

C’est alors qu’il a commencé à se rappeler la religion de son enfance. Décida de rompre avec son style de vie. Il s’adressa à une paroisse catholique où, une nouvelle fois, on lui dit que de toute façon, il était gay.

Joseph Sciambra attribue à la Providence et à la bonté du Seigneur Jésus-Christ le fait d’avoir croisé le chemin de « trois prêtres courageux ».

« Ces hommes furent difficiles à trouver – ils étaient parmi ceux qui avaient été à moitié remerciés, voire persécutés à la fois par leurs diocèses et leurs ordres religieux. Mais instinctivement, je savais que c’étaient des hommes bons au cœur vaillant et à l’esprit sans faille. Ils m’ont guidé : ils ont été les Pères d’un homme seul et perdu qui était toujours un garçon seul et perdu », explique Sciambra. Ils ne faisaient pas partie de ces prêtres qui ont découragé bien des gays déçus de renoncer à la pratique de leur homosexualité alors que c’était leur désir. Ces jeunes hommes, Sciambra les connaissait : il a vu comment les prêtres les encourageaient à « se stabiliser en restant avec un seul homme ». « Aujourd’hui, ils sont tous morts »…

Ceux-là, il est trop tard pour leur demander pardon, écrit non sans amertume Joseph Sciambra. Mais l’Eglise peut demander pardon pour avoir laissé des prêtres, des religieuses, présenter l’homosexualité de manière positive, « sans lien nécessaire avec le péché, la maladie ou l’échec, comme un don de Dieu à accepter et à vivre avec gratitude » comme le disait un nommé P. John J. McNeill.

Aux Etats-Unis, poursuit Sciambra, l’Eglise devrait demander pardon pour un document de la Conférence épiscopale, « Toujours nos enfants » qui refuse d’évoquer « ne serait-ce qu’un instant la désespérance et la dépravation intrinsèques du style de vie “gay” moderne » et qui voit l’homosexualité comme une forme de « stabilité » de la personne, un « donné » voire un « don » – un document rédigé après la consultations de trois prêtres « experts » qui avaient tous fait leur « coming out ».

Ces prêtres, accuse Joseph Sciambra, ont poussé d’innombrables personnes à « confirmer » leur homosexualité et à reconnaître qu’elle faisait partie de leur identité – « Ils me l’ont bien fait ! » « Ce ne sont que les figures de premier plan de cette sinistre Eglise pro-gay au sein de l’Eglise catholique – mais il y a bien d’autres ministères et programmes pastoraux, opérant dans chacun des plus importants diocèses des Etats-Unis, qui font ouvertement la promotion de l’homosexualité comme d’un style de vie authentique et viable », s’indigne-t-il. Alors que le vrai bonheur, il atteste de l’avoir trouvé dans la chasteté.

Et il conclut : « Cher pape François : demandez pardon pour la mauvaise catéchèse, pour les mauvais programmes pastoraux, pour les évêques apathiques qui ne font rien pour les corriger. Pour ce qui est des morts qui ont depuis longtemps quitté cette vie, bien trop jeunes, parce personne n’a jamais pris la peine de leur dire la Vérité – même une montagne d’excuses ne suffira jamais à les ramener. »"

Posté le 30 juin 2016 à 07h12 par Michel Janva | Lien permanent

27 juin 2016

Diaconesses : le pape fâché contre les médias

Interrogé sur les "diaconesses", le pape rappelle :

«Ce qui est certain c'est que des femmes aidaient l'évêque dans sa mission aux premiers temps de l'Église. Elles l'aidaient pour le baptême des femmes qui se faisait par immersion, pour les onctions avant et après le baptême, et puis, cela fait rire aujourd'hui, elles vérifiaient le fait que des femmes qui venaient se plaindre d'être battues par leurs maris, l'avaient effectivement été, en contrôlant leur corps! À des religieuses qui m'ont demandé si on pouvait réétudier cela aujourd'hui j'ai donc répondu que l'on pouvait le faire à travers une commission. Mais voilà comment la presse l'a traduit le lendemain: «l'Église ouvre les portes aux diaconesses».

Je me suis alors un peu fâché contre les médias car ce n'est pas dire la vérité aux gens! Je suis donc en train de constituer la liste des personnes qui composera cette commission. Beaucoup études ont déjà été menées à ce sujet, il ne sera donc pas difficile de faire la lumière sur ce thème. (…) Le travail de la femme dans l'Eglise est très important. Ce n'est pas tant la fonction de la femme qui est importante dans l'Eglise que la pensée de la femme. La femme pense autrement que l'homme et on ne peut prendre une décision sans entendre les femmes comme j'en ai souvent eu l'expérience à Buenos Aires où je demandais l'avis des femmes qui était toujours très fécond. Ce n'est donc pas la fonction qui compte mais le mode de penser, de voir les choses, des femmes. L'Eglise, enfin, est une femme. Ce n'est pas une femme citadelle, c'est une femme, épouse du Christ.»

Sur la question des diaconesses, l'étude de Mgr Aimé Georges Martimort (décédé en 2000), Les Diaconesses, fait autorité. Dans la postface de la réédition de 2002, on lit :

"Dans la conclusion de son “essai historique”, Martimort cherche à répondre à des questions importantes indispensables pour la réflexion systématique: (1) “ Qu’était‑ce donc que les diaconesses? ” (M 245‑247) (2) “ Étaient‑elles des diacres? ” (M 247‑251) (3) “ Quelle est l’appré­ciation des théologiens? ” (M 251‑254).

Sur le premier point, l’auteur en arrive à la conclusion que le mot “diaconesse” “ recouvre des réalités très différentes d’une Église à l’autre, et d’une époque à l’autre ” (M 246). Le diaconat féminin, en tant que ministère pastoral et liturgique, existe seulement à partir de la Didascalie, et il demeure circonscrit à certaines régions de l’Orient tant qu’il y a des baptêmes d’adultes. Dans les autres cas, les diaconesses deviennent plutôt un titre honorifique, moyennant “ une bénédiction plus ou moins solennelle ” (M 246‑247). Ces conclusions ont été soulignées par beaucoup d’auteurs de recensions de l’ouvrage de Martimort[1] , et aussi par nombre de partisans du diaconat sacramentel féminin[2].

Les diaconesses étaient‑elles des diacres? (M 247‑251) Il n’est pas possible d’identifier les diaconesses au diaconat masculin: certes, le diacre peut aussi manifester des visages différents, en fonction de contextes historiques nécessairement divers, mais il reste que son ministère s’inscrit dans une hiérarchie bien déterminée, et dans une continuité parfaite depuis les temps apostoliques. Martimort critique l’opinion, selon laquelle le diaconat féminin et masculin seraient seulement deux expressions du même ministère, en se basant surtout sur les “Constitutions apostoliques” et le rituel byzantin (Gryson, Vagaggini, Theodorou: M 247‑248). Cette thèse, réfutée par Martimort, trouve encore aujourd’hui nombre de partisans[3]. Toutefois même parmi les partisans d’un diaconat féminin sacramentel, les avis restent prudents au sujet du dossier historique. Le travail allemand de Reininger, qui va le plus loin dans cette direction, reconnaît, en conclusion, que la tradition seule ne constitue pas une base solide qui justifierait l’introduction du diaconat féminin[4]. Ce jugement prudent est fondé particulièrement sur l’étude magistrale de Martimort qui décrit non seulement les res­semblances entre les deux ministères, mais aussi leurs profondes différences; ainsi, par exemple, Martimort affirme: “ Jamais pour ordonner une diaconesse on n’a utilisé le même texte que pour le diacre, mais un texte différent. Enfin, il faut rappeler qu’à la diaconesse on ne laisse pas espérer, à la différence du diacre, la possibilité d’accéder à un degré supérieur ” (M 249‑250). L’opinion de Martimort affirmant que la tradition ne justifie pas l’or­di­nation sacramentelle des diaconesses, est partagée par bien des auteurs[1].

En ce qui concerne la réflexion systématique, on doit aussi ajouter les questions qui ont trait au sacerdoce féminin et à la spécificité du diaconat dans le sacrement de l’ordre. À propos du sacerdoce ministériel des femmes, Jean-Paul II a publié en 1994 la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, dans laquelle il affirme définitivement que l’Église n’a pas la faculté de conférer à des femmes l’ordination sacerdotale[2]. Cela signifie que les raisons empêchant de conférer le sacerdoce ministériel aux femmes ne peuvent pas être réduites simplement à des éléments appartenant à une culture du passé[3]. Cette observation vaut aussi pour le sacrement de l’ordre en général, y compris le diaconat. Le concile Vatican II décrit clairement le diaconat comme faisant partie intégrante du sacrement de l’ordre, lequel trouve lui-même sa plénitude dans l’épiscopat[4]."

[1] Pour exemple Cabié (R) 315; Dalmais (R); Evenou (R) 156; Hauke (R); Kleinheyer (R) 64; Lengeling (R) 229‑230; Moll (R) 275; Paparazzi (R) 474; Saxer (R) 413. – Kleinheyer (1984) 17‑18; Hauke (1987); (1996) 36‑39; (1998) 134‑136; Diaconato femminile (2001); Schönberger (1990; 1997); Bandera (1995) 331‑335; Faber (1995); Miralles (1996) 172; Müller, Empfänger (1999); (2000); Düren (2000); Giesen (2001) 59‑69; Lebrun (2001) 69.

[2] Voir Congregazione per la Dottrina della Fede (1996); Hauke (1995; 1996); Bandera (1995); Müller (1999; 2000).

[3] Ordinatio sacerdotalis, 2.

[4] Lumen gentium 18‑29.

[1] Par exemple Cabié (R) 314; Dalmais (R); Della Torre (R) 51; Evenou (R) 155; Leroy (R) 666; McManus (R) 596; Moll (R) 275; Paparazzi (R) 473; Saxer (R) 413.

[2] Comme Canon Law Society of America (1995) 15: “ The term ‘deaconess’ is certainly not a univocal concept ”. Cf. Fernandez (1995) 117‑118 etc.

[3] Comme Aubert (1987) (it. 122); Ansorge (1990) 49; Sorci (1991) 96; Thier­meyer (1993) 236; Ysebaert (1994) 149; Fernandez (1995) 113; Lochmann (1996) 225; Böttigheimer (1996) 262; Hünermann (1997) 104; Jensen (1997) 47; Marucci (1997) 792; Karidoyanes Fitzgerald (1998) 129.

[4] Reininger (1999) 123, note 469: “ Somit ist jenen Gegnern des Diakonats der Frau Recht zu geben, die urteilen, aus dem Traditionsbefund allein könne keine solide Basis für eine Einführung des Diakonats gewonnen werden ¼ ”. Cf. Olson (1992) 59; Hofrichter (1996) 156; Niewiadomski (1996) 342‑343; Grieser (1997) 190; Sattler (1997) 224; Borras/Pottier (1998) 173 (“ La question reste difficile à trancher ”). D’autre part, du moins selon Reininger (1999) la tradition ne serait pas contraire (126), une conclusion que nous ne partageons pas.

Posté le 27 juin 2016 à 08h00 par Michel Janva | Lien permanent

25 juin 2016

Vivre pour consoler le Sacré Coeur de Jésus

Un beau témoignage qui nous tire de notre grisaille quotidienne.

 

Posté le 25 juin 2016 à 20h18 par Paula Corbulon | Lien permanent

21 juin 2016

Toulon 24 juin : adoration en réparation des profanations, pour consoler le Cœur Sacerdotal de Jésus

Adoration organisée par l'Alliance saint Jean-Marie Vianney, vendredi 24 juin à 20h à l'Immaculée Conception de Toulon.
Cette adoration est en réparation des profanations, pour consoler le Cœur Sacerdotal de Jésus.
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Posté le 21 juin 2016 à 09h30 par Marie Bethanie | Lien permanent

19 juin 2016

Les âmes du Purgatoire entre Ciel et enfer [Addendum]

Les âmes du Purgatoire entre Ciel et enfer from Reinformation.tv on Vimeo.

Addendum 28/06/2016 : 

Communiqué du Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon à propos du reportage « Les âmes du purgatoire entre ciel et enfer » en ligne sur réinformation.tv

Le Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon est cité dans le reportage « Les âmes du purgatoire entre ciel et enfer ». Cependant, le Sanctuaire, suivant le magistère de l’Église, ne se retrouve pas pleinement dans cette vision d’un purgatoire étranger à la miséricorde de Dieu. Le Sanctuaire ne peut donc cautionner en l’état cette vidéo.

1. On peut notamment regretter, dans ce reportage, la mise au même niveau et le mélange de sources de valeurs théologiques très différentes : le catéchisme de saint Pie X, par exemple, à côté de témoignages de supposées apparitions d’âmes. À notre connaissance, leur caractère surnaturel n’a pas été reconnu par l’Église. Ce qui invite à les prendre avec beaucoup de prudence, c’est par exemple :

  • La question du « feu ». Dans son encyclique Spe Salvi, Benoît XVI mentionne que « certains théologiens récents sont de l’avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur ». Et Benoît XVI ajoute : « C’est la rencontre avec Lui (le Christ) qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère. »(n° 47)
  • Ou encore la question du « temps ». Là aussi, il faut lire Benoît XVI : « Il est clair que la ‘durée’ de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le ‘moment transformant’ de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre, - c’est le temps du cœur, le temps du ‘passage’ à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ. » (id.)

Ne donnons pas aux apparitions mentionnées dans la vidéo une valeur théologique qu’elles n’ont pas. Elles peuvent bien sûr être entendues comme des appels de Dieu à la conversion mais, même si leur caractère surnaturel était reconnu, leur interprétation serait subordonnée à la Foi de l’Église et non l’inverse.

2. Par ailleurs, il n’est pas juste de dire que les peines du purgatoire sont proportionnelles à la gravité des fautes sur terre car on aura pu réparer nos fautes sur terre et c’est compter sans les suffrages des vivants pour nous. Ainsi, le Catéchisme de l’Église Catholique précise par exemple : « Une conversion qui procède d’une fervente charité, peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait. » (CEC 1472)

3. Plus fondamentalement encore, on est frappé par l’absence de mentions, dans la vidéo, de l’amour et de la miséricorde de Dieu dans lesquels, pourtant, sont plongées les âmes du Purgatoire. En rappelant cela, nous ne cherchons pas à occulter la souffrance des ces âmes. Au contraire, nous explicitons la nature de cette souffrance qui est une « souffrance de l’amour » (Spe Salvi, n°47). Recevoir la miséricorde de Dieu et se laisser recréer par elle n’est pas si facile qu’on le croit quelques fois. Benoît XVI écrit encore : « Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation certainement douloureuse, comme ‘par le feu’. Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu » (id.).

Don Jacques VAUTHERIN, Recteur du Sanctuaire de Montligeon

Addendum du 28 juillet d'Armel Joubert des Ouches : 

A aucun moment, l’abbé Jacques Vautherin n’a demandé à visionner le documentaire avant sa diffusion.

Dans son communiqué, il parle de « valeurs théologiques très différentes dans ce reportage ». Jusqu’à preuve du contraire, il n’existe qu’une seule théologie dans la Sainte Eglise. Cependant, la confusion doctrinale existant depuis quelques décennies peut lui laisser ce crédit.

Ce documentaire fait référence à saint Pie X, pape canonisé par l’Eglise Catholique.

A propos du Musée de Rome dans lequel une longue séquence a été réalisée, le recteur du sanctuaire de Montligeon évoque dans son communiqué, ce qu’il appelle « de supposées apparitions d’âmes ». Le recteur du sanctuaire ne semble pas prêter crédit à ce musée du purgatoire.

Position surprenante, ce musée établi à Rome, ayant été crée à l’initiative de saint Pie X.

Comment expliquer que le Recteur du sanctuaire ne "cautionne " pas ce documentaire qui fait référence à saint Pie X sachant que la Basilique de Notre Dame de Montligeon renferme dans ses mûrs ... la calotte de ce pape ?

Si la référence de ce pape canonisé pose un soucis au sanctuaire, quel est l'intérêt d'en conserver une "relique" ?

Le documentaire évoque « un nombre considérable de témoignages ». Ces témoignages auxquels il est fait allusion ne sont autres que des références empruntées à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, sainte Thérèse d’Avila, saint Augustin.

La plupart des plus grands saints de l’Eglise parlent d’un feu purificateur physique.

Le documentaire aurait pu évoquer une référence dans l’Eglise : le saint Curé d’Ars parle des « supplices des âmes du purgatoire … plongées dans les flammes… ».

Dans son communiqué, le sanctuaire ne fait aucunement référence à des propos, pourtant clairs tenus tout au long du documentaire. Et notamment :

à 15 minutes 09 :

« Le purgatoire ? C’est aussi la preuve de l’indicible miséricorde de Dieu ». « Indicible » est le terme utilisé…/…

Ces propos du documentaire viennent démentir l’affirmation selon laquelle « on est frappé, selon le recteur du sanctuaire, par l’absence de mentions de l’amour et de la miséricorde de Dieu ».

L’amour n’exclu pas le repentir et la purification du pêcheur.

Plus loin, le documentaire parle de « devoir de charité » de prier pour les âmes défuntes.

Ce passage du commentaire, n’est pas plus évoqué.

Enfin, les propos de l’Abbé Guy Pagès (propos auxquels, malheureusement, là encore il n’est pas fait référence)  insistent sur « la souffrance par amour des âmes du purgatoire ». « Elles sont heureuses de souffrir… », dit encore l’Abbé Pagès.

On ne peut que regretter que seuls les passages qui ne convenaient pas au sanctuaire aient été retenus.

Par ailleurs, le sanctuaire de Notre Dame de Montligeon est particulièrement mis en valeur.

Dom Jacques Vautherin devrait à minima prendre en considération les visions des enfants de Fatima au Portugal - visions (de l'enfer) - ainsi que les nombreux messages reçus car on ne peut parler du purgatoire sans parler de l'enfer. Or, Fatima n'a jamais été remis en cause par aucun pape depuis 1917...  Ces enfants disent pourtant avoir été "épouvantés" par la vision de l'enfer qu'ils ont eu...

Don Jacques Vautherin prévoit il de remettre en cause le récit des enfants de Fatima parce qu'il est "effrayant"?

Sur les réseaux sociaux et notamment facebook, le documentaire recueille actuellement beaucoup d’échos positifs et très encourageants, à l’opposé du communiqué de l’Abbé Jacques Vautherin. Par ailleurs, des internautes disent par exemple ne pas comprendre la raison pour laquelle les prêtres n’alertent plus leurs fidèles sur les peines de l’enfer et de celles (pour un temps) du purgatoire…/… certains s'étonnent également de la remise en cause continuelle du passé de l'Eglise, de son discours et de sa Doctrine.

Y aurait il un lien avec les chiffres du nombre de pratiquants ? On ne peut pas ne pas y voir de relation. Il est nécessaire de rappeler ici que la France ne compte plus que moins de 4% de catholiques pratiquants. Ils  étaient encore 47% dans les années soixante dix...

Réinformation TV a eu le mérite d’avoir fait produire un documentaire courageux, à l’heure où, dans l’Eglise Catholique, la confusion étant totale en raison d'un discours ambigu ou pour le moins édulcoré,  il n’est plus « politiquement correct » de parler de l’enfer et du purgatoire, au prétexte qu’il ne faut pas choquer...

Posté le 19 juin 2016 à 08h07 par Michel Janva | Lien permanent

Transmettre publie un parcours de catéchisme

Transmettre publie pour la première fois un parcours de catéchisme sur trois ans, avec l'imprimatur à usage catéchétique pour la France de Mgr Marc Aillet et son soutien résolu, avec la participation de prêtres de la Fraternité Saint-Thomas-Becket et de la Communauté Saint-Martin.

L'Abbé François Bisch, vicaire général du diocèse de Bayonne, écrit :

« Ce catéchisme est très intéressant, parce que bien clair et complet dans l’exposé du donné révélé, et donc des vérités de la Foi catholique dans son ensemble. La progression entre les 3 tomes est évidente, et permet une maturation réelle dans la connaissance de Dieu, de l’Eglise, de la vie de prière, des sacrements et de la vie morale. L’exposé est complet et organique, respectant une chronologie qui permettra à l’enfant d’assimiler aisément le contenu. Les références nombreuses à la Sainte Ecriture fondent le propos sur la Parole de Dieu, et le catéchisme de l’Eglise Catholique y est intelligemment retranscrit. J’ai noté de manière toute particulière la richesse du contenu des chapitres exposant les 7 sacrements. Je voudrais de la même manière exprimer le soin évident qui a été apporté pour un développement sérieux de la vie intérieure. Les 4 piliers d’un catéchisme sont honorés, à savoir la profession de foi et le Credo, la célébration du mystère chrétien, la vie dans le Christ avec la part qui leur revient aux 10 commandements, et la prière chrétienne. En résumé, je considère ce document comme un magnifique instrument, d’une fidélité parfaite à l’Eglise, pour transmettre la Foi et aiguiser la faim de Dieu. »

Couv Année 1

Posté le 19 juin 2016 à 08h00 par Michel Janva | Lien permanent

17 juin 2016

De plus en plus de conversions de l’islam au christianisme dans le monde

Olivier Bault dans Nouvelles de France :

"Il y avait environ dix millions d’anciens musulmans convertis au christianisme dans le monde en 2010 selon une étude de l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion, contre moins de 200 000 en 1960. En Iran, où les convertis étaient moins de 500 à l’époque de la révolution islamique, ils pourraient être aujourd’hui entre 300 000 et 500 000. Les autorités islamiques iraniennes s’en inquiètent et le père Pierre Humblot, qui vivait en Iran depuis 45 ans et a la nationalité iranienne, a dû quitter le pays en urgence pour sauver sa peau. C’est désormais à Paris qu’il continue son œuvre de conversion en langue perse (voir ici l’entretien avec le père Humblot sur le site Aleteia). Selon l’étude citée plus haut, il y aurait 450 000 anciens musulmans convertis aux États-Unis, 380 000 en Algérie, 600 000 au Nigéria, 60 000 en Arabie saoudite, 45 000 en Bulgarie, 25 000 au Royaume-Uni, 15 000 en Allemagne et 12 000 en France, et surtout 6,5 millions en Indonésie !

Ces chiffres sont bien sûr des estimations, car beaucoup se cachent et toutes les Églises ne donnent pas volontiers leurs chiffres de baptêmes de musulmans. Les Églises officielle d’Orient craignent des représailles de la part des autorités musulmanes ou des attaques de radicaux mahométans. Les nouveaux baptisés sont battus, chassés de leur famille, torturés ou menacés de mort, car le Coran ordonne de tuer ceux qui abandonnent l’islam, qualifiés d’apostats, et l’islam interdit le prosélytisme des autres religions sur les territoires qu’il occupe. La plupart des convertis rejoignent les Églises protestantes, plus courageuses dans leur mission d’évangélisation, et plus rarement l’Église catholique ou orthodoxe. Mais même si les statistiques sont approximatives, il ne fait aucun doute que la vague de conversions prend de l’ampleur à la fois dans le monde musulman et en Occident." [...]

[Lire l'article entier sur Nouvelles de France]

Posté le 17 juin 2016 à 08h56 par Marie Bethanie | Lien permanent

16 juin 2016

Le célibat du prêtre proclame que le Christ préfère chacun d'entre nous

RV16717_ArticoloMonseigneur Emmanuel Gobilliard, nouvel évêque auxiliaire de Lyon, a vécu à Madagascar. Il y a écrit des lettres qu'il envoyait à ses amis en France. Voici un extrait d'une de ces lettres, qu'il a tardé à envoyer parce qu'elle traitait du sujet si difficile et incompris du célibat des prêtres. Un très beau texte :

[...] "Quelques jours après mon retour de Nohona je suis retourné à Fianarantsoa pour continuer à donner mon enseignement aux séminaristes. Le trajet a été épique –une partie de la route s’étant affaissée à la suite des inondations-et je suis arrivé tout juste pour assurer mon premier cours, épuisé avant d’avoir commencé. Cette fatigue, je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment, n’était pas que physique. L’expérience pascale que j’avais vécue m’avait providentiellement préparé à ce cours de morale sexuelle que je devais donner. La fatigue nous aide parfois à être plus vrais, plus directs. L’expérience nous permet d’ajouter à cette vérité, qui peut être abrupte, la sincérité.

Ainsi, lorsque, poursuivant mon enseignement, un séminariste m’a demandé si j’avais vraiment choisi le célibat en décidant d’entrer au séminaire, je lui ai répondu : « Non…comment veux-tu qu’à 21 ans on puisse choisir librement de renoncer à ce à quoi tout notre être, notre corps et notre âme aspire ? » La discussion s’est poursuivie, et le soir, je me suis reposé la question en essayant d’être le plus honnête possible, c’est-à-dire en essayant de ne pas me réfugier derrière des réponses pieuses, ou institutionnelles…en tout cas derrière des réponses qui suscitent, chez ceux qui les entendent, l’admiration -cousine de l’incompréhension- davantage que l’envie de devenir prêtre. Il arrive en effet qu’on fasse peur aux jeunes, parce que notre vie fait peur, et parce que, par orgueil, nous nous présentons un peu trop comme des « extra-terrestres » que Dieu par sa grâce aurait « guéri » de tout désir sexuel, et dont la sensibilité aurait été comblée par l’amour de Dieu. Tout cela est faux !

Le célibat est une croix ; le fait de ne pas avoir d’enfant est une vraie souffrance. Ce choix, il faut de nombreuses années pour le comprendre et un solide bon sens pour, l’ayant compris, en rendre grâce ! C’est dans la mesure où nous vivons notre célibat comme une blessure, avec humilité, et non pas comme une victoire illusoire sur la nature que nous pouvons y trouver une joie…bien plus, une fécondité. En entrant au séminaire, j’ai été attiré par la vocation sacerdotale et j’en ai accepté le célibat parce que je n’avais pas le choix. Si j’avais eu le choix, je me serais peut être marié. Pour choisir, en vérité le célibat, il faut faire une rencontre authentique et bouleversante, il faut vivre un authentique coup de foudre. Souvent, avec Dieu, cette rencontre est progressive, faite de lumière mais aussi de nuits. Nous entrons progressivement dans le mystère de la rencontre avec Dieu parce qu’il ne force pas notre sensibilité. Le geste par lequel nous nous engageons au célibat est significatif. L’évêque nous demande de faire un pas en avant pour « exprimer notre résolution ». Ce pas m’a toujours fait penser à l’épreuve infligée à Harrison Ford à la fin d’un des épisodes d’Indiana Jones. Il doit franchir un précipice en marchant dans le vide. Si mes souvenirs sont bons, la poutre apparaît à mesure que le héros avance ! La foi, c’est un peu cela : accepter d’avancer et de ne comprendre qu’à mesure qu’on avance.

Ainsi donc, je peux dire, au risque de choquer certains, que le célibat, je l’ai choisi progressivement. Heureusement que l’Eglise ne m’a pas donné le choix, sinon je ne l’aurais pas choisi. Je n’en aurais pas gouté toutes les richesses et je n’aurais pas pu exercer mon ministère avec autant de bonheur. C’est d’ailleurs pareil pour le mariage. Les jeunes époux, le jour de leurs noces ne connaissent encore rien des exigences de la vie matrimoniale. Ils ne savent pas encore que leur amour devra être purifié au creuset de la souffrance, qu’ils devront être fidèles surtout dans les petites choses, dans ces petits détails qui peuvent rendre la vie insupportable. Seul le pardon et un amour qui nous dépasse infiniment peuvent venir à bout de notre égoïsme, de notre orgueil, de notre paresse.

Toujours est-il que je me souviens très bien du jour où j’ai à la fois compris et accepté mon célibat. J’étais déjà prêtre. C’était à l’hôpital Spallanzani, hôpital de phase terminale des maladies infectieuses où j’étais aumônier. Mario, auprès de qui je me trouvais, était en train de mourir du S.I.D.A. Un jour, me regardant bien dans les yeux, il m’a dit : « je crois avoir compris le célibat des prêtres ! » Du tac au tac, je lui ai répondu : « Eh bien explique-moi parce que moi, je n’ai pas tout compris ! » Il a réfléchi et paisiblement il m’a dit : « quand tu es là, je me repose dans ton cœur ! » Je n’avais toujours pas compris, alors je lui ai demandé des explications. Il a ajouté : « Quand les dames de la croix rouge viennent, ce n’est pas pareil ! Elles sont mariées, elles ont des enfants et des petits-enfants, et je suis content qu’elles prennent de leur temps pour venir me voir. Je les trouve généreuses. Quand toi, tu viens, je trouve cela normal ! Il n’y a personne dans ton cœur que tu dois aimer plus que moi lorsque tu es à côté de moi. Ton cœur est libre d’être pour moi tout seul, et c’est cela qui me repose. Quand tu viens, j’ai l’impression d’être vraiment important, je sais que, au moment où tu es dans cette chambre d’hôpital, il n’y a personne qui, pour toi, soit plus important que moi. Si tu étais marié, alors je saurais qu’il y a dans ton cœur quelqu’un de plus important que moi et ce serait normal. Pareil si tu avais des enfants. Toi, non seulement il n’y a personne dans ton cœur qui sois plus important que moi, mais en plus tu as choisi cette vie. C’est une situation que tu as voulue. Cela me rend heureux. »

Il avait raison, le célibat que vit le prêtre diocésain, c’est le célibat même du Christ. Tout cela nous dépasse et, bien sûr nous ne sommes jamais à la hauteur de l’exigence que ce célibat implique. C’est vraiment du mystère d’amour du Christ pour son Eglise que nous témoignons par cette vie que nous choisissons progressivement, que nous choisissons d’autant plus et d’autant mieux que l’expérience nous la découvre, que des personnes comme Mario nous en livrent le sens profond. Notre épouse, c’est l’Eglise, ce sont ces pauvres qui attendent Jésus sans le savoir, qui attendent d’être aimés par lui. Notre célibat, il est d’abord pour les pauvres, pour ceux qui ne sont pas aimés, qui sont rejetés, humiliés et donc qui sont tentés de se croire inutiles voire parasites de la société. Ils ont le droit d’être aimés. Ils ont le droit de savoir que Dieu les aime d’un amour personnel et unique, qu’ils ont toute leur place dans le cœur de Dieu.

Lorsque nous nous éloignons de la pauvreté, que nous nous réfugions dans une vie confortable de célibataires nombrilistes, nous sommes adultères, infidèles à notre épouse, l’Eglise, qui nous attend dans l’intimité du confessionnal comme dans le sourire d’un enfant des rues ou le regard inquiet d’un adolescent perdu. Notre épouse, c’est ce couple désemparé de ne plus savoir comment éduquer leur fils qui s’isole dans la drogue et le mensonge, c’est ce chômeur tenté par l’alcool et surtout par le désespoir. La liste est longue…trop longue pour mon pauvre cœur. Dieu seul sera leur refuge et pourtant il m’a choisi, dans ma pauvreté, dans ma faiblesse pour prolonger son cœur. Je dois aussi être ses oreilles pour écouter, ses mains pour guérir, ses épaules pour porter, ses yeux pour voir, sa bouche pour enseigner. Ils ont besoin de ma pauvreté, de ma faiblesse pour les rendre plus forts. C’est cela la logique de l’amour, qui se donne à la croix. C’est dans la faiblesse, dans ma faiblesse que Dieu se donne. Il se sert de mon cœur blessé…blessé par ce célibat que bon an mal an je choisis, progressivement, difficilement, parce qu’il révèle une source, la source cachée du Dieu qui se donne par le cœur transpercé du Christ en croix.

J’avais déjà ressenti cela auprès de Maria, sans pouvoir le comprendre. C’était ma première visite dans cet hôpital où, inconscient, j’avais choisi de servir. J’étais entré dans une chambre du couloir des femmes. Elles étaient une dizaine dans cette pièce qui tombait en lambeaux, comme leurs vies ! Le S.I.D.A. les engloutissaient lentement, inexorablement. Elles gémissaient doucement, persuadées que personnes ne les entendaient. Elles gémissaient pour elles-mêmes, se croyant seules. Je me tenais à la porte sans pouvoir avancer, pétrifié par cette vision effrayante. Soudain une femme que je n’avais pas vue, parce qu’elle se tenait assise par terre aux pieds du lit de sa fille, se leva, hébétée et se précipita à mes pieds. Sa fille était rongée par le sarcome de Kaposi, sorte de cancer de la peau, au point d’en être défigurée, au point de ne plus pouvoir parler, de ne plus pouvoir crier. Sa mère le faisait pour elle. Elle m’enserra les genoux de ses bras et se mit à crier « aiuto ! A l’aide, à l’aide » Je me libérai violemment de son étreinte et parti en courant. Réfugié dans ma chambre du séminaire Français de Rome je compris que j’étais incapable d’accomplir la mission qui m’avait été confiée. Qui étais-je pour oser croire que je pourrais aider ces personnes ? Je suis parti voir un ami prêtre qui m’a dit calmement : « on ne te demande pas si tu es capable, on te demande de le faire ! »

Je décidai alors de poursuivre la mission mais en me formant, en apprenant auprès de personnes compétentes comment on doit faire pour accompagner des malades en fin de vie. J’ai fait un stage en France, auprès d’une unité de soins palliatifs, l’une des premières à avoir été ouverte, dans un hôpital parisien. J’ai eu la chance d’y croiser Marie de Hennezel, psychologue renommée et grande promotrice des soins palliatifs. Elle m’a fait comprendre que mon statut de séminariste et plus tard de prêtre ne me dispensait pas d’avoir du bon sens, de me former, d’apprendre. La grâce de Dieu se communique à condition que nous y mettions de la bonne volonté, que nous acceptions de ne rien savoir, pour mieux apprendre. Tout n’est pas donné par magie avec l’imposition des mains de l’évêque !

Fort de cette belle expérience, je repartis, mieux formé mais aussi plus humble parce que buriné par l’humiliation que j’avais subie la première fois et grandi par la sagesse et l’expérience de ceux qui avaient tout à m’apprendre. Je suis retourné dans la chambre de cette jeune femme. Sa mère était toujours là ;  j’avais apporté avec moi une petite icône de la Vierge Marie. La tête baissée je me suis avancé près du lit de Maria. Je me suis mis à genoux pour être proche d’elle sans être trop haut. Comme Marie de Hennezel m’avait dit de le faire, j’ai posé ma main gauche sur son front, j’ai déposé contre ses genoux, qu’elle avait repliés, ma petite icône et j’ai pris sa main avec ma main droite. Je n’ai pas dit un mot. Je crois que si j’avais ouvert la bouche, rien ne serait sorti sinon des sanglots ! Nous sommes restés ainsi pendant une demi-heure, en silence. Puis je suis parti, toujours sans rien dire. Ce jour-là j’avais accepté d’être faible, de pleurer avec ceux qui pleurent.

Sans le comprendre, j’avais déjà expérimenté la force faible du célibat. Mon cœur avait été doublement ouvert. Ouvert par l’humiliation de ma première dérobade, puis ouvert à nouveau, par la compassion. C’est auprès des pauvres que j’ai le plus appris, ici à Madagascar et là-bas, à l’hôpital Spallanzani. Les pauvres sont nos maîtres, disait saint Vincent de Paul. Nous sommes maîtres de nous-mêmes si nous acceptons d’être pauvres. Aujourd’hui j’aime mon célibat, parce que je le comprends mieux. C’est le célibat du Christ auquel je participe. Comme le disait –en substance- sœur Emmanuelle, il n’a refermé les bras sur personne pour pouvoir mieux les ouvrir à tous, sur la croix. Mon célibat proclame que le Christ ne préfère personne pour nous aimer tous d’un amour unique, ou plutôt il préfère chacun de nous, et d’abord les plus pauvres, les mal-aimés, les désespérés…Son amour pour nous est encore plus fort que l’amour d’un époux pour son épouse." [...]

Posté le 16 juin 2016 à 21h16 par Marie Bethanie | Lien permanent

05 juin 2016

Alliance saint Jean-Marie Vianney : première retraite de saint Ignace sur la Miséricorde

L'Alliance saint Jean-Marie Vianney organise sa première retraite en silence selon la méthode de saint Ignace, sur la Miséricorde et plus spécifiquement "être intercesseur de la miséricorde divine".
Du 21 août au soir jusqu'au 27 au matin.
Elle se déroulera en Espagne à Madrid et sera prêchée par le père Carlos Ruiz, qui depuis 2012, jeûne avec les volontaires laïques en faveur du sacerdoce.
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Posté le 5 juin 2016 à 09h36 par Marie Bethanie | Lien permanent

01 juin 2016

Samedi 11 juin 2016 à Toulouse : 6e forum "Jésus le Messie"

Charles_de_Foucauld"Sera-t-il donné à des générations qui nous suivront de voir ces âmes du nord de l’Afrique dire ensemble : «Notre Père…» s’adressant à Dieu comme au Père commun de tous les humains frères en Lui ?

Je ne sais, c’est le secret de Dieu, mais c’est un devoir d’y travailler de toutes ses forces : c’est la pratique du 2ème commandement, l’amour du prochain comme soi-même, si semblable au premier, l’amour de Dieu par-dessus tout.

Si les catholiques veulent pour eux-même conserver et féconder leur foi, qu’ils se fassent tous apôtres pour la donner à tous les peuples."

Bx. Charles de Foucauld

Christ

Le prochain forum "Jésus le Messie" aura lieu le samedi 11 juin de 9h00 à 17h00, à  la Maison diocésaine du Christ Roi, 28 rue de l'Aude, à Toulouse. Pour s'inscrire, c'est ici.

Posté le 1 juin 2016 à 13h45 par Marie Bethanie | Lien permanent

31 mai 2016

Amoris Laetitia : Mgr Schneider propose un "credo una voce" de la part des catholiques à l'enseignement de l'Eglise

Mgr Schneider rome cielJeanne Smits propose une traduction personnelle  de la lettre que Mgr Schneider, évêque auxiliaire d'Astana, écrivait en réponse à la revue catholique américaine "The Remnant". Extrait (lire l'intégralité sur le Blog de Jeanne Smits) :

"26 mai 2016

Cher M. Christopher Ferrara,

Le 9 mai 2016 vous avait publié sur le site de The Remnant une lettre ouverte concernant la question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia.

En tant qu’évêque, j'éprouve de la reconnaissance et en même temps un encouragement à recevoir d'un laïc catholique une manifestation aussi claire et belle du sensus fidei par rapport à la vérité divine sur le mariage et la loi morale.

Je suis en accord avec vos observations par rapport aux expressions d’Amoris laetitia (AL), spécialement dans son huitième chapitre, qui sont fortement ambiguës et trompeuses. En utilisant sa raison et en respectant le sens exact des mots, on peut difficilement interpréter certaines expressions d’AL conformément à la Tradition sainte et immuable de l'Eglise.

Dans AL, il y a évidemment des expressions qui sont évidemment en conformité avec la Tradition. Mais ce n'est pas ce qui est en cause ici. Sont en cause les conséquences naturelles et logiques des expressions ambiguës d’AL.

En vérité, elles contiennent un vrai danger spirituel, qui provoquera de la confusion doctrinale, une diffusion rapide et facile de doctrines hétérodoxes concernant le mariage et la loi morale, ainsi que l'adoption et la consolidation de la praxis qui autorise les divorcés remariés à accéder à la sainte communion, une praxis qui aura pour effet de banaliser et de profaner, pour ainsi dire, d'un seul coup trois sacrements : les sacrement de mariage et de pénitence, et celui de la très Sainte Eucharistie." [Lire la suite]

Posté le 31 mai 2016 à 08h28 par Marie Bethanie | Lien permanent

29 mai 2016

3 juin à Orléans : Conférence "Tactique du diable et délivrance"

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Posté le 29 mai 2016 à 10h25 par Michel Janva | Lien permanent

Road movie d'une cinéaste convertie

Recension de Pour ses beaux yeux, de Nathalie Saraccio, éditions SALVATOR, par un lecteur (W.) :

-« Témoigne !»

I-Moyenne-9399-pour-ses-beaux-yeux.-road-movie-d-une-cineaste-amoureuse-du-christ.aspxTerrible injonction de ce redoutable  évêque, on dirait presque  de « l’évêque », tant il incarne à la perfection cette dure et noble vocation.  La jeune Nathalie avait été conviée à un diner « privé  » avec Mgr de Toulon ; elle se retrouve seule face à une trentaine de personnes totalement inconnues.

Ce livre raconte nombre de fiorettis, n’ayons pas peur des mots, qui arrivent à cette jeune femme, splendide brune pétillante, si l’on en croit la photo de couverture. Un top modèle pour Dieu. Comme nombre de ses semblables, elle passe une bonne partie de son temps aux toilettes; c’est là qu’elle peut  s’isoler et en profiter pour prendre un rail de coque divin, le plus pur ;  la prière.

L’Ennemi aura tout fait pour que l’œuvre de la jeune réalisatrice ne se produise pas et il aura perdu son temps et son énergie car le film « La Mante religieuse » rencontre un succès inattendu, 7 mois à l’affiche à Paris,  y compris à Cholet où le public qui aurait pu se reconnaitre dans un des personnages peu sympathique applaudit l’œuvre.

A Versailles, une dame bien, « une  mère de famille nombreuse » indique que ce qui est représenté dans le film ne correspond en rien à la jeunesse versaillaise et qu’à ce titre ce film est contreproductif; Patatras !  Un curé se lève et se présente comme aumônier des jeunes, sur Versailles justement, et rappelle avec force, qu’hélas, ce qui est dans ce film est encore en deçà de la réalité et il implore la salle : « -Même si cela est difficile à entendre, parents, ouvrez les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Ne laissez pas nos jeunes nous échapper ! » p 143

Ou cette nuit où elle se retrouve à dormir dans la seule chambre restituée d’un ancien couvent transformé en hôtel de luxe : « Les prières de la sœur flottaient encore dans l’air ». Nathalie Sarraco conclut « Le Seigneur abattait ses cartes me mettant clairement à part avec la lourde tâche de L’annoncer par le biais de ce film ».

Il est difficile de parler de ce film sans l’avoir vu mais quand on mesure les témoignages qu’il suscite (jaimelamante.com) on ne peut que penser qu’il s’agit là d’une œuvre de salut. Mais le plus important n’est pas là. Cette vie bouleversée et réécrite c’est l’œuvre du sacré Cœur ! Car tout commence et ne se maintient que par la rencontre inouïe avec le Cœur de Jésus, cette rencontre dont l’évêque Mgr Rey exigeait de Nathalie qu’elle en témoignât.

Car Nathalie a rencontré le Christ qui lui a montré son Cœur débordant d’amour pour les hommes, ivres d’ingratitude, au cours un accident d’automobile durant lequel elle est « morte ». Pas de  tunnel, pas d’expérience après la mort, non, une rencontre avec le  Christ. Après les apparitions de Paray le Monial et de sœur Faustine, c’est donc la troisième personne au monde à qui le Christ a montré son Cœur. Voici le témoignage bouleversant de Nathalie : 

« Oh Seigneur ta peine était si grande que tes larmes m’apparaissaient comme un océan de chagrin un pur concentré de douleur ! Tu me désignais ton Cœur qui versait des larmes de sang d’un rouge vif. Il pleurait il souffrait le martyre comme Toi. » « Ta douleur Seigneur ta peine étaient une abomination. Comme si tu contenais à toi seul  toute la souffrance et toute l’amertume du monde »

« Mon cœur se consume d’un amour fou pour vous tous » « Je pleure parce qu’ »il n y a rien de pire que d’être méconnu et rejeté par ceux que l’on aime » p 22.

Posté le 29 mai 2016 à 10h12 par Michel Janva | Lien permanent

25 mai 2016

Le cardinal Sarah demande de célébrer la messe vers l'orient

Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, est interrogé par Famille chrétienne. Extrait :

"Je souhaite engager une grande réflexion sur cette question, afin de remettre l’eucharistie au centre de notre vie. Je constate que beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles. Souvent, le prêtre ne célèbre plus l’amour du Christ à travers son sacrifice, mais une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel. En cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et des modes du moment. Peu à peu, les fidèles s’éloignent de ce qui nous donne la Vie. Pour les chrétiens, l’eucharistie, c’est une question de vie ou de mort !

Comment remettre Dieu au centre ?

La liturgie est la porte de notre union à Dieu. Si les célébrations eucharistiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense, car Dieu disparaît. Il faut commencer par replacer Dieu au centre de la liturgie. Si l’homme en est le centre, l’Église devient une société purement humaine, une simple ONG, comme l’a dit le pape François. Si, à l’inverse, Dieu est au cœur de la liturgie, alors l’Église retrouvera sa vigueur et sa sève ! « Dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l’Église », écrivait de manière prophétique le cardinal Joseph Ratzinger.

Quel remède recommandez-vous ?

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur. Le concile Vatican II insistait sur un point majeur : dans ce domaine, l’important n’est pas ce que nous faisons, mais ce que Dieu fait. Aucune œuvre humaine ne pourra jamais réaliser ce qui se trouve au cœur de la messe : le sacrifice de la croix.

La liturgie nous permet de sortir des murs de ce monde. Retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie requiert donc un travail de formation pour les laïcs, les prêtres et les évêques. Il s’agit d’une conversion intérieure.

Pour remettre Dieu au centre de la liturgie, il faut aussi le silence : cette capacité de se taire pour écouter Dieu et sa parole. J’affirme que nous ne rencontrons Dieu que dans le silence et l’approfondissement de sa parole dans les profondeurs de notre cœur.

Comment faire concrètement ?

Se convertir, c’est se tourner vers Dieu. Je suis profondément convaincu que nos corps doivent participer à cette conversion. Le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient. Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, de célébrer le dos tourné aux fidèles ou face à eux. Le problème n’est pas là. Il s’agit de se tourner ensemble vers l’abside qui symbolise l’Orient où trône la croix du Seigneur ressuscité.

Par cette manière de célébrer, nous expérimenterons, jusque dans nos corps, la primauté de Dieu et de l’adoration. Nous comprendrons que la liturgie est d’abord notre participation au sacrifice parfait de la croix. J’en ai fait personnellement l’expérience ; en célébrant ainsi, l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation.

Mais cette manière de faire est-elle autorisée ?

Elle est légitime et conforme à la lettre et à l’esprit du Concile. En tant que préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, je tiens à rappeler que la célébration versus orientem est autorisée par les rubriques du Missel, qui précisent les moments où le célébrant doit se retourner vers le peuple. Il n’est donc pas besoin d’autorisation particulière pour célébrer face au Seigneur. Ainsi, dans une tribune publiée par L’Osservatore Romano, en juin 2015, j’ai proposé que les prêtres et les fidèles se tournent vers l’Orient au moins pendant le rite de la pénitence, pendant le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique.

Dans l’esprit de beaucoup, le changement d’orientation de l’autel est lié à Vatican II. Est-ce vrai ?

Plus de cinquante ans après la clôture de Vatican II, il devient urgent que nous lisions ses textes ! Le Concile n’a jamais demandé de célébrer face au peuple ! Cette question n’est pas même abordée par la constitution Sacrosanctum concilium… Bien plus, les Pères du Concile voulaient souligner la nécessité pour tous d’entrer en participation du mystère célébré. Dans les années qui ont suivi Vatican II, l’Église a cherché les moyens de mettre en œuvre cette intuition.

Ainsi, célébrer face au peuple est devenu une possibilité, mais pas une obligation. La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs, le dialogue et la pédagogie entre le prêtre et son peuple. Mais dès que nous arrivons au moment où l’on s’adresse à Dieu – à partir de l’offertoire –, il est essentiel que le prêtre et les fidèles se tournent ensemble vers l’Orient. Cela correspond tout à fait à ce qu’ont voulu les Pères conciliaires.

Je crois qu’il faut revenir au texte du Concile. Certaines adaptations à la culture locale n’ont probablement pas été assez mûries. Je pense à la traduction du Missel romain. Dans certains pays, des éléments importants ont été supprimés, notamment au moment de l’offertoire. En français, la traduction de l’Orate fratres a été tronquée. Le prêtre devrait dire : « Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. » Et les fidèles de répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Église. » À l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin. [...]"

Posté le 25 mai 2016 à 17h08 par Michel Janva | Lien permanent

24 mai 2016

Réparation pour les sacrilèges dans le diocèse de Toulon

Communiqué de l'Alliance Saint Jean-Marie Vianney :

Images"Ces deux derniers dimanches, trois événements concernant l’Eglise à Martigues ont blessé les catholiques, et au-delà, notre ville. En premier lieu un incendie volontaire dans l’église de la Madeleine à l’île ; puis une agression du père Benoît, curé de la paroisse, dans cette même église par une personne qui cherchait à y commettre un forfait ; enfin un acte de profanation du tabernacle contenant des hosties consacrées dans l’église de Jonquières. Trois actes graves contre des biens, des personnes et des symboles de l’Eglise catholique.

Nous savons combien les agressions envers les signes et les personnes à cause de leur foi sont graves car portant atteinte à la dignité des personnes et à un pacte social hélas fragilisé. La foi catholique, ses symboles et ceux qui la professent méritent le respect comme toute forme d'expression religieuse ne troublant pas l'ordre public.

Pour porter ces événements ensemble et dans la foi, nous invitons à nous rassembler jeudi 26 mai à 20h30, dans l’église Saint Genest de Jonquières, pour un temps de prière. Nous allons aussi voir avec la mairie pour une vidéosurveillance des églises."

Deux dates à retenir pour réparer ces sacrilèges :

  • Jeudi 26 mai à 20h30, dans l’église Saint Genest de Jonquières, pour un temps de prière
  • Vendredi 27 mai à 20h à l'Immaculée Conception de Toulon (adoration mensuelle pour réparer les fautes graves sacerdotales et les sacrilèges.

Posté le 24 mai 2016 à 13h48 par Marie Bethanie | Lien permanent

18 mai 2016

L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère

Au lendemain du “Rome Life Forum” des organisations pro-vie et pro-famille regroupées par Voice of the Family, où il a été beaucoup question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia, et de la Marche pour la vie de Rome, le cardinal Raymond Leo Burke a bien voulu répondre aux questions de Jeanne Smits. Extrait :

Burke RLF 2016-05-07 3[...] Le rôle joué par la contraception artificielle est fondamental et létal, car ce qu’elle fait, c’est de diminuer l’amour entre le mari et la femme en mettant de côté la totalité de l’amour qui inclut l’union conjugale, qui elle-même comprend toujours le grand don de la procréation : la couronne de l’union du mariage, c’est le don des enfants. Par conséquent, lorsqu’une mentalité contraceptive s’y immisce, cet amour est déformé. Et de fait, nous voyons qu’on utilise l’argument selon lequel l’union sexuelle sans sa dimension procréatrice est maritale pour justifier l’activité sexuelle entre deux personnes de même sexe, et ainsi de suite, car ils disent :  « Eh bien, c’est une activité aimante même si elle ne donne pas la vie. » Mais il s’agit d’un abus de l’union conjugale : l’union conjugale ne peut exister qu’entre un homme et une femme unis dans l’amour. Et donc la mentalité contraceptive est à la racine de nombre des plus importantes menaces contre le mariage aujourd’hui.

L’Eglise, pour autant que je sache, est la seule institution qui a continué de proclamer le caractère intrinsèquement mauvais de la contraception, de telle sorte qu’elle est appelée plus que jamais, aujourd’hui, à défendre la vérité par rapport à l’union conjugale et sa nature fondamentalement ordonnée au don de la vie. Je crois très fortement que le bienheureux pape Paul VI a pris acte de cela en 1968, alors même qu’une formidable pression s’exerçait sur lui, de la part de  « théologiens de premier plan », de théologiens moraux, afin qu’il assouplisse l’enseignement de l’Eglise et même qu’il le modifie. Il est resté attaché à l’enseignement de l’Eglise de manière héroïque – grâce en soit rendue à Dieu. Puis son successeur, saint Jean-Paul II, après le bref pontificat de Jean-Paul Ier, a consacré une si grande partie de son magistère à l’illustration de la vérité que contient l’encyclique du bienheureux Paul VI, Humanae vitae…

Un grand nombe de péchés répétitifs et d’infidélités habituelles qui nous coupent de la grâce sanctifiante, mais qui peuvent être absous dans la confession ; pourriez-vous nous expliquer pourquoi les divorcés  « remariés » ne peuvent obtenir l’absolution sans décider de se séparer ou à tout le moins de vivre « comme frère et sœur » ?

Il faut ici faire la distinction entre le péché individuel – par exemple, un acte individuel où l’on manque à la fidélité – et le fait de vivre publiquement dans un état qui viole cette fidélité. En premier lieu, on peut dire que dans l’acte individuel il y avait une quelconque force de la passion, une pression, ou toute chose qui a pu dans une certaine mesure diminuer la culpabilité. On ne peut pas en dire autant d’un état, car en ce cas, une personne décide librement de vivre avec une autre comme mari et femme alors même que l’un ou l’autre est lié, ou que les deux sont liés par un mariage. Faire la confusion entre ces deux situations est très dommageable. Ainsi l’individu qui chute et qui va se confesser, avec un vrai repentir et le ferme propos de s’amender, de ne pas recommencer, peut être absous. Mais si on va se confesser pour s’accuser du péché d’infidélité, quand on a l’intention de continuer de vivre dans cette situation, alors il manque un élément essentiel du repentir – le ferme propos de s’amender – et par conséquent il ne peut y avoir d’absolution ni, bien sûr, la possibilité de s’approcher de la Sainte Communion.

On parle d’une solution au for interne ; en d’autres termes, une solution à l’intérieur du sacrement de Pénitence. Il n’existe qu’une solution de cette sorte : il s’agit qu’au sein du sacrement de Pénitence, l’homme et la femme s’accordent pour vivre comme frère et sœur ; en d’autres termes, qu’ils s’engagent à observer la continence et qu’ils respectent la fidélité au mariage par lequel ils sont liés par ailleurs. Alors ils reçoivent la permission de recevoir les sacrements, mais seulement dans un lieu où cela ne causera pas de scandale. En d’autres termes : dans un lieu où les gens ne connaissent pas leur situation.

On constate dans cette discipline de l’Eglise – très ancienne – combien la vérité sur le mariage est formidablement importante pour l’ensemble de la vie de l’Eglise, et comment celle-ci sauvegarde cette vérité. Je connais de nombreuses personnes dont le mariage a échoué, et qui consacrent le restant de leurs jours à vivre dans la fidélité à leur union conjugale, alors même que leur partenaire conjugal les a abandonnées. A la fin elles me disent très clairement que c’est dans fidélité qu’elles trouvent leur bonheur.

Votre première réaction à Amoris laetitia a été de dire que nous devions écouter le pontife romain avec respect, mais que tous ses dires et tous ses écrits ne font pas partie du « magistère infaillible ». Cela signifie-t-il que, respectueusement, nous pouvons faire une lecture critique de l’Exhortation post-synodale, voire que certains de ces éléments sont ouverts à une interprétation non orthodoxe ?

Je ne crois pas qu’il puisse en être autrement, car le pape lui-même dit que le document est constitué par ses réflexions à la suite de l’expérience du synode, et ses réflexions sont personnelles. L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère. Enseigner dans l’Eglise est une affaire très grave où l’on comprend que le Pape ne parle pas de manière personnelle, mais en tant que successeur de saint Pierre. Et donc, il faut lire le document de cette manière. Certaines personnes m’ont critiqué pour avoir dit que le document ne fait pas partie du magistère ; elles ont dit qu’il s’agissait d’une Exhortation apostolique post-synodale qui à ce titre doit faire partie du magistère. Mais ce n’est pas le titre du document qui lui donne la qualité de magistère. Il faut lire le contenu, et une fois cela fait, on voit que ce document doit être lu de manière critique, à la lumière du Catéchisme, à la lumière du magistère de l’Eglise. Les éléments qui soutiennent le magistère de l’Eglise et l’expriment pleinement sont très bien, mais il peut y avoir d’autres choses, qui sont les réflexions du Saint-Père, mais qui ne relèvent pas du magistère. [...]"

Posté le 18 mai 2016 à 21h12 par Michel Janva | Lien permanent

16 mai 2016

Pèlerinage : à 15h direct de la messe de clôture

La messe du pèlerinage à Chartres sera transmise en direct à 15h.

Images

 

Posté le 16 mai 2016 à 09h34 par Marie Bethanie | Lien permanent

15 mai 2016

Veni Sancte Spiritus

 

Veni, Sancte Spíritus,
et emítte cǽlitus
lucis tuæ rádium.

Venez, ô Saint-Esprit,
Et envoyez du ciel
Un rayon de votre lumière.

Veni, pater páuperum ;
veni, dator múnerum ;
veni, lumen córdium.

Venez, père des pauvres,
Venez, distributeur de tous dons,
Venez, lumière des cœurs.

Consolátor óptime,
dulcis hospes ánimæ,
dulce refrigérium.

Consolateur suprême,
Doux hôte de l’âme,
Douceur rafraîchissante.

In labóre réquies,
in æstu tempéries,
in fletu solácium.

Repos dans le labeur,
Calme, dans l’ardeur,
Soulagement, dans les larmes.

O lux beatíssima,
reple cordis íntima
tuórum fidélium.

O lumière bienheureuse,
Inondez jusqu’au plus intime,
Le cœur de vos fidèles.

Sine tuo númine
nihil est in hómine,
nihil est innóxium.

Sans votre secours,
Il n’est en l’homme, rien,
Rien qui soit innocent.

Lava quod est sórdidum,
riga quod est áridum,
sana quod est sáucium.

Lavez ce qui est souillé,
Arrosez ce qui est aride,
Guérissez ce qui est blessé.

Flecte quod est rígidum,
fove quod est frígidum,
rege quod est dévium.

Pliez ce qui est raide,
Échauffez ce qui est froid.
Redressez ce qui dévie.

Da tuis fidélibus,
in te confidéntibus,
sacrum septenárium.

Donnez à vos fidèles,
qui en vous se confient
Les sept dons sacrés.

Da virtútis méritum,
da salútis éxitum,
da perénne gáudium. Amen. Allelúia.

Donnez-leur le mérite de la vertu,
Donnez une fin heureuse,
Donnez l’éternelle joie. Ainsi soit-il. Alléluia.

Posté le 15 mai 2016 à 09h10 par Marie Bethanie | Lien permanent

11 mai 2016

Pour le cardinal Muller, Amoris Laetitia ne change pas la discipline à l'égard des "divorcés-remariés"

Dans un discours en Espagne, le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi a replacé l'exhortation post-synodale dans le contexte de la précédente discipline de l’Église. Extrait :

Unknown-14"[...] Il y a des gens qui ont affirmé qu’"Amoris Laetitia" a éliminé cette discipline et qu’elle permet, tout au moins dans certains cas, aux divorcés remariés de recevoir l’Eucharistie sans qu’il soit nécessaire qu’ils transforment leur mode de vie suivant les indications données dans FC 84 (c’est-à-dire en abandonnant leur nouvelle union ou en la vivant comme frère et sœur). À cela il faut répondre que, si "Amoris Laetitia" avait voulu annuler une discipline tellement enracinée et tellement importante, elle se serait exprimée de manière claire et en fournissant les motifs correspondants. Or il n’y a aucune affirmation en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment les arguments présentés par ses prédécesseurs, qui ne sont pas fondés sur la culpabilité subjective de ces divorcés remariés qui sont nos frères, mais sur leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ.

Mais est-ce que ce changement ne se trouve pas – objectent certains – dans une note en bas de page, dans laquelle il est indiqué que, dans certains cas, l’Église pourrait offrir l’aide des sacrements aux personnes qui vivent en situation objective de péché (n. 351) ? Sans entrer dans une analyse détaillée, il suffit de dire que cette note fait référence à des situations objectives de péché en général, sans citer le cas spécifique des divorcés qui ont contracté une nouvelle union civile. La situation de ces derniers, en effet, présente des caractéristiques particulières, qui la différencient d’autres situations. Ces divorcés vivent en opposition avec le sacrement du mariage et, par conséquent, avec l’économie sacramentelle, dont le centre est l’Eucharistie. C’est en effet la raison donnée par le magistère précédent pour justifier la discipline eucharistique de FC 84 ; un argument qui ne se trouve ni dans la note ni dans son contexte. Par conséquent ce qu’affirme la note 351 ne touche pas à la discipline antérieure : la norme indiquée par FC 84 et par SC 29 reste valable, ainsi que son application dans tous les cas.

Le principe de fond est que personne ne peut véritablement  désirer un sacrement, celui de l’Eucharistie, sans désirer vivre également en accord avec les sacrements, parmi lesquels celui du mariage. Les gens qui vivent en opposition au lien matrimonial s’opposent au signe visible du sacrement du mariage ; en ce qui touche à leur existence corporelle, même si ensuite ils ne sont pas subjectivement coupables, ils deviennent des “anti-signes” de l’indissolubilité. C’est précisément parce que leur vie corporelle est contraire au signe qu’ils ne peuvent pas faire partie, en recevant la communion, du signe eucharistique suprême, dans lequel se révèle l’amour incarné de Jésus. L’Église, si elle l’admettait, tomberait dans ce que saint Thomas d’Aquin appelait “une fausseté dans les signes sacramentels”. Et nous ne sommes pas devant une conclusion doctrinale excessive, mais bien devant la base même de la constitution sacramentelle de l’Église, que nous avons comparée à l’architecture de l’arche de Noé. C’est une architecture que l’Église ne peut pas modifier, parce qu’elle vient de Jésus lui-même ; parce qu’elle, l’Église, en est issue, et que c’est sur cela qu’elle s’appuie pour naviguer sur les eaux du déluge. Changer la discipline sur ce point concret, en admettant une contradiction entre l’Eucharistie et le mariage, signifierait nécessairement modifier la profession de foi de l’Église, qui enseigne et réalise l’harmonie entre tous les sacrements, telle qu’elle l’a reçue de Jésus. Le sang des martyrs a été versé sur cette foi en un mariage indissoluble, non pas en tant qu’idéal lointain mais en tant que pratique concrète.

Mais on pourrait insister : est-ce que François ne manque pas de miséricorde s’il ne franchit pas ce pas ? Est-ce que demander à ces personnes de marcher vers une vie conforme à la Parole de Jésus n’est pas trop demander ? C’est plutôt le contraire qui se produit. On pourrait dire, en utilisant l’image de l’arche, que François, sensible à la situation de déluge que vit le monde actuel, a ouvert toutes les fenêtres possibles sur le bateau et qu’il nous a tous invités à lancer des cordes depuis ces fenêtres pour faire entrer les naufragés dans le bateau. Cependant permettre, même si c’est uniquement dans certains cas, que la communion soit donnée à des gens qui mènent ouvertement une existence contraire au sacrement de mariage, ne revient pas à ouvrir une fenêtre de plus, mais à ouvrir une brèche au fond du bateau, y laissant entrer l’eau de mer et mettant en danger la navigation de tous et le service que l’Église apporte à la société. Plutôt qu’une voie d’intégration, ce serait une voie de désintégration de l’arche ecclésiale : une voie d’eau. Par conséquent, en respectant cette discipline, non seulement on ne met pas une limite à la capacité qu’a l’Église de racheter les familles, mais on assure aussi la stabilité du bateau et sa capacité à nous conduire à bon port. L’architecture de l’arche est nécessaire justement pour que l’Église ne permette pas que quiconque soit bloqué dans une situation contraire à la parole de vie éternelle de Jésus, c’est-à-dire pour que l’Église ne condamne “éternellement personne” (cf. AL 296-297)."

Posté le 11 mai 2016 à 22h08 par Michel Janva | Lien permanent

08 mai 2016

Dans sa recherche d’une pastorale de la miséricorde, Amoris laetitia est à certains endroits marqué par le subjectivisme et le relativisme moral

Déclaration de la Fraternité Saint Pie X sur Amoris laetitia :

  1. Parmi les nombreuses prises de position, explications et commentaires publiés sur Amoris lætitia, trois études faites par des prêtres de notre Fraternité ont récemment paru : L’exhortation post-synodale Amoris lætitia : une victoire du subjectivisme de l’abbé Matthias Gaudron; Brèves considérations sur le chapitre 8 de l’Exhortation pontificale Amoris lætitia de l’abbé Jean-Michel Gleize; Après le Synode : l’indissolubilité en question de l’abbé Christian Thouvenot. La Maison générale approuve ces études et y souscrit entièrement. Elles se complètent harmonieusement et donnent une vue d’ensemble du document du pape François.
  1. La procédure suivie lors des deux synodes et les circonstances qui les ont entourés, ont déjà soulevé de nombreuses interrogations : au consistoire extraordinaire de février 2014, seul le cardinal Walter Kasper avait été invité à préciser le thème du synode, alors qu’il est notoire qu’il militait depuis des années pour la levée de l’interdiction de droit divin de donner le Corps du Christ aux pécheurs publics. Le rapport intermédiaire, Relatio post disceptationem, publié en octobre 2014 pendant le premier synode, ne correspondait pas aux résultats des discussions. Dans le rapport final, des thèmes se trouvèrent intégrés, alors qu’ils n’avaient pas été approuvés par le synode. Juste avant le deuxième synode ordinaire, le pape publiait deux Motu proprio qui concernaient exactement le sujet du synode, en facilitant la procédure canonique des déclarations de nullité des mariages. Et une lettre confidentielle de 13 cardinaux qui exprimait des craintes sur le résultat du synode, était publiquement qualifiée de « conspiration ».
  1. La question de l’admission des divorcés « remariés » à la Sainte Communion a déjà été traitée plusieurs fois par l’Eglise, qui y a répondu clairement, et même encore ces derniers temps. Une nouvelle discussion sur l’enseignement constant et la pratique de l’Eglise ne pouvait donc être que préjudiciable et de nature à les obscurcir, plutôt qu’à les mettre en lumière. C’est ce qui est arrivé.
  1. Dans un document pontifical on s’attend à trouver un exposé clair du magistère de l’Eglise et de la vie chrétienne. Or, comme d’autres l’ont fait remarquer avec raison, Amoris lætitia est davantage « un traité de psychologie, de pédagogie, de théologie morale et pastorale, et de spiritualité ». L’Eglise a la mission de proclamer l’enseignement de Jésus-Christ à temps et à contretemps et de donner les conclusions qui s’imposent pour le bien des âmes. Il lui incombe de rappeler la Loi de Dieu, et non pas de la minimiser ni d’expliquer comment, en certains cas, elle serait inapplicable. Elle se doit d’affirmer les principes dont elle laisse l’application concrète au pasteur des âmes, au confesseur, ainsi qu’à la conscience éclairée par la foi, règle prochaine de l’agir humain.
  1. Dans sa recherche d’une pastorale de la miséricorde, le texte est à certains endroits marqué par le subjectivisme et le relativisme moral. La règle objective est remplacée, à la manière protestante, par la conscience personnelle. Ce poison prend ses racines, entre autres, dans le personnalisme, qui, dans la pastorale familiale, ne met plus le don de la vie et le bien de la famille au premier plan, mais l’épanouissement personnel et le développement spirituel des époux. A ce sujet, on ne peut que déplorer, une fois de plus, l’inversion des fins du mariage esquissée dans la constitution pastorale Gaudium et seps du concile Vatican II, inversion que l’on retrouve aussi dans Amoris lætitia. La soi-disant « loi de gradualité » met la morale catholique sens dessus dessous.
  1. Les conséquences d’Amoris lætitia se font déjà sentir dans l’Eglise : un curé, conformément à son devoir, refuse de donner le Corps du Christ aux pécheurs publics, tandis qu’un autre invite tout le monde à la sainte Communion. Le Président de la Conférence épiscopale des Philippines a déclaré qu’Amoris lætitia serait immédiatement mis en pratique dans son pays et que par conséquent, dans certains cas, des personnes divorcées et « remariées » recevront la Communion. Une division profonde se dessine au sein de l’épiscopat et du Sacré Collège. Les fidèles sont désorientés, toute l’Eglise souffre de cette déchirure. Remettre en question l’obligation d’observer en tous les cas les commandements de Dieu, en particulier celui de la fidélité conjugale, c’est capituler devant le diktat des faits et de l’esprit du temps : en de nombreux pays déjà – comme en Allemagne, par exemple –, on foule aux pieds depuis bien longtemps la pratique qui découle du commandement divin. Au lieu d’élever ce qui est au niveau de ce qui doit être, on rabaisse ce qui doit être à ce qui est, à la morale permissive des modernistes et des progressistes. Les fidèles dont le mariage est brisé, mais qui, dans cette situation, sont restés fidèles à la promesse qu’ils ont faite devant l’autel, de façon très vertueuse et parfois héroïque, se sentent trahis. C’est à en pleurer.
  1. Nous implorons le Saint Père humblement, mais résolument, de réviser l’Exhortation Amoris lætitia et tout particulièrement son chapitre 8. Comme dans les textes de Vatican II, ce qui est ambigu doit être interprété de façon claire, et ce qui est en contradiction avec la doctrine et la pratique constante de l’Eglise doit être retiré, pour la gloire de Dieu, pour le bien de toute l’Eglise, pour le salut des âmes, spécialement de celles qui sont en danger de se laisser tromper par l’apparence d’une fausse miséricorde."

Posté le 8 mai 2016 à 14h53 par Michel Janva | Lien permanent

L'Ascension, remède à l'autisme technologique

Voici un extrait de l'homélie du père abbé de Triors, prononcée jeudi de l'Ascension :

"Par la foi et les sacrements, l’Église ne cesse de garder contact avec Jésus ; toujours et tous les jours, elle demeure avec lui, sa sainte liturgie faisant accéder les fidèles à cette merveilleuse intimité de la vie spirituelle. Leur foi s’y épanouit par l’exercice de l’espérance, à l’honneur en ce mystère. À chaque messe tout spécialement, avant de s’enfoncer dans la solennité recueillie de la Prière eucharistique, le célébrant dialogue avec les fidèles et chante Sursum corda, élevons notre cœur, un peu comme l’ange de l’Ascension encourageant les disciples. S. Augustin commente cela à merveille : La logique de la fête invite à vivre saintement, avec fidélité, dévotion et piété ; alors nous nous élèverons avec le Seigneur et nous aurons le cœur élevé. À l’inverse, le cœur qui ne s’élève pas vers Dieu, cela s’appelle de l’orgueil ; mais le cœur qui s’élève vers Dieu, c’est la sécurité de l’espérance (Sermo 177/2). À l’invitation du prêtre, Sursum corda, les fidèles répondent donc avec justesse : Habemus ad Dominum, nous le tournons vers le Seigneur, nous voulons nous tourner tout entier vers Lui. Et au moment de l’élévation, l’assemblée atteint le cœur du mystère de ce jour, habitant en esprit dans les régions célestes, comme le dit la collecte de l’Ascension, ce qui rejoint la formule de S. Vincent Ferrier affirmant de la messe qu’elle est l’acte le plus élevé de la contemplation.

L’épître aux Hébreux associe la plénitude de la foi avec l'indéfectible profession de l'espérance (Heb. 10, 22s). De son côté, S. Pierre nous enjoint de savoir donner raison de notre espérance (1 Pi. 3,15), expression qui relie encore ensemble foi et espérance. Benoît XVI dans son encyclique Spe salvi voit en ce jumelage si important pour notre vie intérieure un réflexe caractéristique des premiers chrétiens. Ayant reçu comme un don une espérance crédible, ils manifestaient par là leur différence face aux païens et à la vie sans but ni joie qui avait été la leur avant leur conversion au Christ : devant les Éphésiens, S. Paul plaint ceux qui vivent sans espérance et sans Dieu en ce monde (Éph. 2,12). En effet, des dieux païens, ceux d’hier comme de ceux d’aujourd’hui, n'émane aucune espérance, précise Benoît XVI. Ils laissent l’homme seul, dans un monde obscur et sans avenir, sans foi ni espérance : du néant au néant, combien vite nous retombons, c’est le cri désespéré d’une épitaphe antique (Cf. Spe salvi, n°2, cité en Sarah, Dieu ou rien, p. 292s). Avec son art des formules chocs, le Pape François dit son mot sur notre monde sans foi ni loi : il parle de notre autisme technologique pour dénoncer la vanité des moyens dit de communications non maîtrisés. Il dit cela dans sa récente Exhortation (Amoris laetitia, n° 278) : les personnalités fragilisées se trouvant par là déconnectés du monde réel, sont exposés plus facilement à la manipulation de ceux qui cherchent à entrer dans leur intimité pour des intérêts égoïstes. L’idolâtrie change d’apparence, mais elle sévit plus que jamais, pour nous arracher du cœur la foi et l’espérance, et empêcher la charité divine de nous envahir par le Saint Esprit qui nous a été promis (Cf. Rom. 5,5)."

Posté le 8 mai 2016 à 09h51 par Michel Janva | Lien permanent

Le mal dans ce monde vient du péché, et non de la disparité des revenus ou du changement climatique

Deux personnalités venues des persécutions anti chrétiennes de l'Est communiste se répondent au-delà du temps pour mettre le doigt sur le nihilisme qui mine notre société occidentale au risque d'en obtenir sa mort : le docteur Anca-Maria Cernea qui est intervenue lors du Synode sur la Famille, et Alexandre Soljenitsyne, lors de son fameux discours d'Harvard, en 1978. Tous deux se retrouvent pour mettre au banc des accusés l'idéologie matérialiste et le culte du "bien-être" élevé au rang de "droit de l'homme", au risque d'en oublier le droit de Dieu, qui pousse même certains représentants de l'Eglise à atténuer les exigences du discours évangélique dans un souci de charité dévoyé :

Anca_Cernea1Dr Anca-Maria Cernea, octobre 2015, Synode sur la Famille :

"La pauvreté matérielle et le consumérisme ne sont pas la première cause de la crise de la famille.

La première cause de la révolution sexuelle et culturelle est idéologique.

Notre Dame de Fatima a dit que les erreurs de la Russie se répandraient à travers le monde entier. Cela s'est fait d'abord sous une forme violente, le marxisme classique, qui a tué des dizaines de millions de personnes.

Aujourd'hui cela se fait la plupart du temps à travers le marxisme culturel. Il y a continuité entre la révolution sexuelle de Lénine, à travers Gramsci et l'École de Francfort, et l'idéologie contemporaine des droits gay et du genre.

Le marxisme classique avait la prétention de redessiner la société, par le biais de la spoliation violente de la propriété. Aujourd'hui la Révolution va plus profond ; elle prétend redéfinir la famille, l'identité sexuelle et la nature humaine.

Cette idéologie se qualifie elle-même de progressiste. Mais elle n'est rien d'autre que la vieille proposition du serpent, pour que l’homme prenne le contrôle, que Dieu soit remplacé, que la rédemption soit organisée ici-bas, dans ce monde.

C'est une erreur de nature religieuse, c'est la gnose.

Il appartient aux pasteurs de la reconnaître, et de mettre le troupeau en garde contre ce danger. «Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »

La mission de l'Eglise est de sauver les âmes. Le mal dans ce monde vient du péché. Et non de la disparité des revenus ou du changement climatique.

La solution est celle-ci : l'évangélisation. La conversion.

Et non pas un contrôle gouvernemental sans cesse grandissant. Ni un gouvernement mondial. Ce sont eux, aujourd'hui, les agents principaux du marxisme culturel ; ce sont eux qui l'imposent à nos nations, sous la forme du contrôle de la population, de la santé reproductive, des droits gay, de l'éducation aux questions de genre, etc.

Ce dont le monde a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'une limitation de la liberté, mais de la vraie liberté, la libération du péché. La rédemption.

Notre Eglise a été opprimée par l’occupation soviétique. Mais aucun de nos douze évêques n’a trahi la communion avec le Saint-Père. Notre Eglise a survécu grâce à la détermination et à l'exemple de nos évêques qui ont tenu bon face aux prisons et à la terreur.

Nos évêques ont demandé à la communauté de ne pas suivre le monde. Et non de coopérer avec les communistes.

Aujourd'hui nous avons besoin que Rome dise au monde : « Repentez-vous et convertissez-vous, car le royaume de Dieu est proche. » "[...]

  IndexAlexandre Soljenitsyne, juin 1978, Harvard :

"Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n'est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu'elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L'Ouest a continué à avancer d'un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s'est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l'époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste, ou l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et pratiquée de l'homme à l'encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d'anthropocentrisme : l'homme est vu au centre de tout. [...]

L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l'espace, du Progrès tant célébré n'ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n'aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.[...]

L'humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d'être utilisés d'abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que " le communisme est un humanisme naturalisé. " Il s'est avéré que ce jugement était loin d'être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d'un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l'égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n'est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l'Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre.[...]

Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés.[...]

Quand bien même nous serait épargné d'être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu'est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel.[...]

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut."

Duc in altum. C'est bien que ce soient des laïcs qui nous le rappellent.

Posté le 8 mai 2016 à 09h36 par Marie Bethanie | Lien permanent

La grande affaire des théologiens contestataires

Roberto de Mattei a interrogé l’abbé Claude Barthe sur Amoris Laetitia. Extrait :

"[...] Depuis le Concile, sous Paul VI et sous Jean-Paul II, la grande affaire des théologiens contestataires a été principalement d’attaquer Humanæ vitæ, avec des livres, des « déclarations » de théologiens, des congrèsDans le même temps, la communion aux divorcés « remariés » (et aussi aux homosexuels en couples, et aux concubins) a joué un rôle de revendication, je dirais symbolique. Il faut savoir en effet, que la pratique de très nombreux prêtres, en France, en Allemagne, en Suisse et en bien d’autres endroits, est d’admettre sans problème, depuis longtemps, les divorcés « remariés » à la communion, et de leur donner l’absolution lorsqu’ils la demandent. L’appui le plus célèbre à cette revendication avait été donné par une lettre des évêques du Rhin supérieur, NNSS Saler, Lehmann et Kasper, du 1er juillet 1993, intitulée : « Divorcés-remariés, le respect de la décision prise en conscience ». Elle contenait d’ailleurs très exactement les dispositions de l’actuelle exhortation : en théorie, pas d’admission générale à la communion, mais exercice d’un discernement avec un prêtre, pour savoir si les nouveaux partenaires « se voient autorisés par leur conscience à s’approcher de la Table du Seigneur ». En France, des évêques (Cambrai, Nancy) ont publié des actes de synodes diocésains dans le même sens. Et le cardinal Martini, archevêque de Milan, dans un discours qui était un véritable programme de pontificat, prononcé le 7 octobre 1999 devant une assemblée du Synode pour l’Europe, avait évoqué de même des mutations de la discipline sacramentelle.

En fait, en France, en Belgique, au Canada, aux Etats-Unis, on va plus loin encore : des prêtres, relativement nombreux, célèbrent à l’occasion de la seconde union une petite cérémonie, sans que les évêques les en empêchent. Certains évêques, même, encouragent positivement cette pratique, comme l’avait fait Mgr Armand le Bourgeois, ancien évêque d’Autun, dans un livre : Chrétiens divorcés remariés (Desclée de Brouwer, 1990). Des ordos diocésains, comme celui du diocèse d’Auch, « encadrent » cette cérémonie, qui doit être discrète, sans sonnerie de cloches, sans bénédiction des anneaux… [...]

En fait, une sorte de noyau dirigeant, la Cupola du Synodes’est constitué autour du très influent cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode, avec Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti, Secrétaire spécial c’est-à-dire numéro deux du Synode, Mgr Fabio Fabene, de la Congrégation pour les Evêques, Sous-Secrétaire du Synode, le cardinal Ravasi, Président du Conseil pour la Culture, en charge du Message de l’assemblée, assisté notamment de Mgr Victor Manuel Fernandez, recteur de l’Université Catholique d’Argentine, le jésuite Antonio Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, et d’autres personnes d’influence, toutes très proches du Pape, comme l’évêque d’Albano, Marcello Semeraro, et Mgr Paglia, Président du Conseil pour la Famille. Ils ont été rejoints par le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, qui fut maître d’œuvre du Catéchisme de l’Eglise catholique, et qui a joué ici le rôle de garant de l’orthodoxie du texte, que se refusait à assumer le cardinal Müller. Toute cette équipe a fourni un travail considérable pour arriver au but poursuivi… [...]

Il est bien possible que, dans l’esprit du pape François, il ne soit agi, à l’origine, que de concéder un laisser-passer « pastoral » et « miséricordieux ». Mais la théologie étant une science rigoureuse, il a bien fallu énoncer des principes justifiant la décision en conscience de personnes vivant dans l’adultère public pour s’approcher des sacrements. De nombreux passages de l’Exhortation, dès le début, préparent cet exposé doctrinal, qui se trouve dans le chapitre VIII. Il traite de diverses « situations de fragilité ou d’imperfection » et spécialement de celle des divorcés engagés dans une nouvelle union « consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes » (n. 298). Dans cette situation « imparfaite » au regard de « l’idéal complet du mariage » (n. 307), l’Exhortation pose des règles pour un « discernement spécial » (n. 301). Il est normalement accompli avec l’aide d’un prêtre « au for interne » (pour les deux partenaires de l’union ?) qui permettra aux intéressés d’établir un jugement de conscience correct (n. 300).

Ce jugement (du prêtre ? des partenaires éclairés par le prêtre ?), en raison de conditionnements divers, pourra conclure à une imputabilité atténuée ou nulle, rendant possible l’accès aux sacrements (n. 305). Par parenthèse : il n’est pas dit si ce jugement s’impose aux autres prêtres qui auront à donner les sacrements aux intéressés. De toute façon, il faut bien voir que le texte ne se focalise pas sur l’accès aux sacrements, qui est traité en note, de manière un peu embarrassée (note 351). En revanche, il pose clairement le principe théologique, résumé au n. 301, qu’il faut citer : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute ».

Ce qui peut s’analyser ainsi : 1°/ en raison de circonstances concrètes, des personnes en état d’adultère public « actif », bien que connaissant la norme morale qui l’interdit, se trouvent devant une situation telle que si elles sortaient de cette situation, elles commettraient une faute (vis-à-vis notamment des enfants nés de cette union) 2°/ de sorte que, ces personnes vivant dans l’adultère public « actif » ne commettent pas de péché grave en y demeurant.

En réalité, les conséquences négatives qui résulteraient de la cessation de cet état d’adultère (les enfants nés de l’union illégitimes souffriraient de la séparation de leurs parents), ne sont pas de nouveaux péchés, mais des effets indirects de l’acte vertueux, à savoir la cessation de l’état de péché. Bien entendu, la justice doit être respectée : il faudra notamment continuer une éducation des enfants de la seconde union, mais hors de l’état de péché. Il y a donc une opposition frontale avec la doctrine antérieure rappelée par Familiaris consortio n. 84, de Jean-Paul II, qui précisait que si de graves raisons empêchaient les « remariés » de ne plus vivre sous le même toit, ce devait être comme frères et sœurs. La nouvelle proposition doctrinale se résume ainsi : en certaines circonstances, l’adultère n’est pas un péché.

Vous disiez que l’instinct de la foi ne s’y retrouve pas ?

Ceci ne s’accorde pas avec la morale naturelle et chrétienne : des personnes connaissant une norme morale obligeant sub gravi (le commandement divin interdisant la fornication et l’adultère), ne peuvent être excusées de péché, et par conséquent ne peuvent être dites en état de grâce. Saint Thomas, dans une question de la Somme théologique, que connaissent bien tous les moralistes, la question 19 de la Ia IIæ, explique : que c’est la bonté d’un objet que notre raison se propose qui rend bon l’acte de la volonté, et non pas les circonstances de l’acte (article 2) ; et que, s’il est vrai que la raison humaine peut se tromper et donner pour bon un acte mauvais (article 5), certaines erreurs ne sont jamais excusables, notamment, celle d’ignorer que l’on ne peut s’approcher de la femme de son prochain, car cela est directement enseignée par la loi de Dieu (article 6). Dans un autre passage tout aussi connu des moralistes, le Quodlibet IX, question 7, article 2, saint Thomas explique que les circonstances peuvent, non pas changer la valeur d’un acte, mais changer sa nature, par exemple, le fait de tuer ou frapper un malfaiteur relève de la justice ou de la légitime défense : ce n’est pas une violence injuste, mais un acte vertueux. En revanche, dit le Docteur commun, certaines actions « ont une difformité qui leur est inséparablement liée, comme la fornication, l’adultère et les autres choses de ce genre : elles ne peuvent d’aucune façon devenir bonnes ».

Un enfant du catéchisme comprendrait ces choses-là, disait Pie XII dans un discours du 18 avril 1952. Il y condamnait la Situationsethik, la « morale de situation », qui ne se base pas sur les lois morales universelles comme par exemple les Dix Commandements, mais « sur les conditions ou circonstances réelles et concrètes dans lesquelles on doit agir, et selon lesquelles la conscience individuelle a à juger et à choisir ». Il rappelait qu’une fin bonne ne peut jamais justifier des moyens mauvais (Romains 3, 8), et qu’il y a des situations, dans lesquelles l’homme, et spécialement le chrétien doit tout sacrifier, même sa vie, pour sauver son âme. Dans le même sens, l’encyclique Veritatis splendor, de Jean-Paul II, affirmant que les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête, citait saint Augustin (Contra mendacium) : la fornication, les blasphèmes, etc., même accomplis pour de bonnes raison sont toujours des péchés. [...]"

Posté le 8 mai 2016 à 08h34 par Michel Janva | Lien permanent

En quoi l'Esprit-Saint est-Il l'âme de la Liturgie ?

Entretien avec le Chanoine Tancrède Guillard, de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté

Posté le 8 mai 2016 à 08h31 par Michel Janva | Lien permanent

07 mai 2016

Une morale de la vertu

Pour Riposte catholique, le RP Thomas Michelet analyse la note 351 d’Amortis laetitia. Voici cette note :

"Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie «  n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles »"

Extrait de l'analyse :

"La note 351 fait suite au numéro 305 qui rappelle que dans une situation objective de péché, il est possible de n’être pas subjectivement imputable. C’est une doctrine bien établie, puisque pour faire un péché mortel, il ne suffit pas d’une matière grave ; il faut encore une pleine connaissance et un plein consentement (CEC 1415). Les confesseurs savent bien qu’un pénitent peut ne pas avouer un acte objectivement grave parce qu’il n’a pas idée que c’est un péché. Or, on ne peut transformer un « péché matériel » en un « péché formel ». Si tel est le cas (mais il faut s’en assurer), le pénitent peut alors recevoir validement l’absolution. Mais le confesseur a en même temps le devoir d’éclairer la conscience déformée, afin de la reformer ; ce qui peut prendre du temps et requiert donc un accompagnement spirituel adéquat. Il ne suffit pas de rappeler la loi de l’extérieur : encore faut-il que la personne la comprenne et l’accueille véritablement de l’intérieur. Le texte ne dit pas autre chose.

Ce cas de figure est déjà bien établi dans la doctrine et la pratique de l’Église, même si cela relevait de la « science du confessionnal » que les fidèles par hypothèse ne connaissent pas, puisque cela suppose une bonne formation de théologie morale et une bonne pratique du confessionnal. La nouveauté du texte est surtout là : dans le fait de présenter au grand jour une pratique qui restait jusque là dans l’ombre, dans le secret du confessionnal. Non qu’elle était honteuse, mais parce qu’elle suppose des clefs que beaucoup n’ont pas et ne peuvent avoir. Ce qui explique que, contre toute attente, l’Abbé de Tanouärn ait pu faire l’éloge de ce texte.

Est-ce qu’à présent cette pratique parfaitement légitime et fondée doctrinalement va s’étendre également aux divorcés remariés ? La note ne le dit pas expressément. Mais elle ne l’écarte pas non plus. Or si ce n’était pas le cas, cela ne changerait rien à la pratique actuelle, telle qu’exposée par Familiaris consortio. Mais si l’on entend ce que dit le pape, que quelque chose qui n’existait pas avant est désormais possible, c’est donc qu’il faut aller jusque là. Du coup, le régime de Familiaris consortio est bien changé. Non pas dans le fait que des pécheurs conscients de leur péché grave vont recevoir la communion : cela n’est pas possible et ne le sera jamais. Mais dans le fait que des personnes qui ne savent pas qu’elles sont dans le péché peuvent recevoir « l’aide des sacrements » ; jusqu’à ce qu’elles prennent conscience de ce péché dans l’accompagnement spirituel. Elles cesseront alors de les recevoir, tant qu’elles n’auront pas changé leur état de vie pour se conformer pleinement aux exigences de l’Évangile, d’après Familiaris consortio. Ce n’est pas que l’on fasse une exception pour elles ; c’est plutôt qu’on leur applique le régime général déjà établi pour tous les autres cas.

Familiaris consortio rappelait qu’il n’était pas possible de donner la communion aux divorcés remariés, parce que l’on estimait qu’une telle ignorance était impossible dans leur situation. En effet, de même qu’on ne fait pas de péché sans le savoir ni le vouloir, de même on ne se marie pas sans le savoir ni le vouloir. Et donc, toute atteinte à la fidélité du mariage était nécessairement coupable. Ou bien, si la personne ne le savait vraiment pas, cela signifiait à coup sûr que son mariage sacramentel était nul ab initio, qu’il n’avait jamais existé faute d’un vrai consentement à ce qu’est le mariage. Or les progrès de la psychologie en même temps que les « progrès » d’une société confuse et sans repères font que de plus en plus de personnes ignorent ce qui était autrefois évident pour tous. De sorte que ce qui était valable pour toutes les autres catégories de péchés le devient aussi pour les divorcés remariés. On ne peut que constater que cela se produit. Même si les conditions sont extrêmement étroites, les cas sont de plus en plus nombreux, à proportion de l’éloignement de l’Église. 

Tout en distinguant les situations, Jean-Paul II avait maintenu la règle, pour un motif pastoral et donc par un choix prudentiel, afin d’éviter le scandale. Il n’est donc pas contraire à la doctrine et à la loi divine que le pape François fasse un autre choix prudentiel, tenant compte de ces possibilités de distorsion de la conscience, tout en maintenant la règle d’éviter le scandale (AL 299). Ce n’est pas que l’on permette au pécheur de « s’arranger avec sa conscience » ; c’est qu’il faut désormais partir de beaucoup plus loin pour pouvoir réconcilier un pécheur avec l’Église. Parce que les consciences sont de plus en plus déformées, et qu’il faut donc d’abord les reformer pour leur permettre d’avancer sur un chemin de perfection. Mais le pape est clair sur le fait que tout le monde est appelé à la conversion : « conversion missionnaire » pour les pasteurs ; conversion aux exigences de l’Évangile pour les pécheurs. Simplement, cette conversion ne peut pas être présentée comme un préalable et un obstacle infranchissable ; mais elle doit être le but visé, vers lequel on se dirige résolument, même s’il faut du temps et des étapes pour cela. Dieu a toujours fait ainsi avec son peuple.

Ce qui est sûr, c’est que ce texte est incompréhensible dans le cadre d’une « morale de la loi » qui est celle de Kant ou des jansénistes. Il est parfaitement recevable dans le cadre d’une « morale de la vertu » qui est celle de S. Thomas d’Aquin, doctor communis."

Posté le 7 mai 2016 à 21h46 par Michel Janva | Lien permanent

05 mai 2016

Amoris Laetitia : l'analyse critique de Robert Spaemann

Saint Jean-Paul II l’appréciait en tant que conseiller, Benoît XVI l’apprécie en tant qu’ami, et il est considéré comme le philosophe allemand catholique le plus respecté de ces dernières décennies : Robert Spaemann. Dans un entretien accordé au site germanophone de la Catholic News Agency (CNA), ce professeur émérite de philosophie fait une lecture très critique d’Amoris Laetitia, l’exhortation post-synodale du Pape François, publiée le 8 avril. Un lecteur nous a traduit cet entretien :

Professeur Spaemann, vous avez accompagné de votre philosophie les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Actuellement, de nombreux croyants se demandent s’il est possible de lire l’exhortation Amoris Laetitia du Pape François de manière conforme à l’enseignement de l’Église et de ces deux papes. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

SCela est possible pour la majeure partie, même si la ligne générale permet des interprétations qu’on ne peut pas rendre compatibles avec l’enseignement de l’Église. Cela dit, l’article 305 (en lien avec la note 351) selon lequel des croyants « se trouvant dans une situation objective de péché » peuvent être autorisés à accéder aux sacrements « en raison de circonstances atténuantes » contredit directement l’article 84 de l’exhortation Familiaris Consortio de Jean-Paul II.

Quelle était la position de Jean-Paul II ?

Jean-Paul II met en lumière le fait que la sexualité humaine est un « symbole réel du don de la personne tout entière » et ce « sans limite de temps ou autre ». À l’article 84, il déclare donc sans ambiguïté que les divorcés remariés doivent s’abstenir de relations sexuelles s’ils souhaitent communier. Une modification de la pratique en matière d’administration des sacrements ne serait donc pas un « développement dans la logique de Familiaris Consortio » comme le pense le Cardinal Kasper, mais une rupture avec son enseignement fondamental, tant anthropologique que théologique, sur le mariage et la sexualité humaine. L’Église n’a pas l’autorité, en l’absence de conversion préalable, pour sanctionner positivement, par l’administration de sacrements, des relations d’ordre sexuel désordonnées et de préjuger ainsi de la miséricorde divine. Indépendamment de la manière dont on peut évaluer ces situations sur le plan humain et moral, la porte est fermée sur ce point, comme elle l’est en ce qui concerne l’ordination des femmes.

Ne pourrait-on pas arguer du fait que les considérations d’ordre anthropologique et théologique que vous citez sont certes exactes, mais que la miséricorde divine ne peut être ainsi limitée et qu’elle tient compte de la situation concrète de chaque individu ?

La miséricorde divine est au cœur de la foi chrétienne en l’Incarnation et en la Rédemption. Bien évidemment, Dieu considère chaque être humain selon la situation qui lui est propre. Il connaît chaque personne mieux que celle-ci ne se connaît elle-même. Mais la vie chrétienne n’est pas un cheminement pédagogique par lequel l’homme irait peu à peu vers le mariage comme vers un idéal, ainsi que l’exhortation Amoris Laetitia semble le suggérer à de nombreuses reprises. L’ensemble du domaine des relations, et particulièrement celui de la sexualité, touche la dignité de l’homme, sa personnalité et sa liberté. Il concerne le corps en tant que « temple de Dieu » (1 Cor 6,19). Par conséquent, toute violation dans ce domaine, quelle qu’en soit la fréquence, est aussi une violation de la relation avec Dieu, à laquelle les Chrétiens se savent appelés, un péché contre Sa sainteté, qui exige toujours une purification et une conversion.

La miséricorde divine doit précisément rendre toujours possible cette conversion. Bien évidemment, elle n’est pas liée par des limites particulières, mais l’Église, de son côté, est tenue de prêcher la conversion et elle n’a pas le pouvoir, en administrant les sacrements, de franchir des limites existantes et de faire violence à la miséricorde divine. Ce serait de la présomption. Les clercs qui s’en tiennent à l’ordre existant ne condamnent donc personne, mais considèrent et proclament ses limites par rapport à la sainteté de Dieu. Il s’agit d’une annonce salutaire. Je ne souhaite pas commenter plus avant les insinuations à propos de ceux qui « se cachent derrière l’enseignement de l’Église » et qui « s’assoient sur la chaire de Moïse » pour « jeter des pierres … à la vie des personnes » (article 305). Notons simplement qu’il est fait allusion ici, d’une manière équivoque, à un passage de l’Évangile. Jésus dit bel et bien que les Pharisiens et les scribes sont assis sur la chaire de Moïse, mais il précise que les disciples doivent s’en tenir à ce qu’ils disent et ne pas agir selon leurs œuvres (Math 23,2).

Le Pape François a bien sûr souligné qu’il ne fallait pas se focaliser sur des phrases isolées de son exhortation mais considérer celle-ci dans son ensemble.

À mon avis, il est tout à fait justifié de se concentrer sur les passages précités. Dans le cas d’un document du magistère pontifical, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens se réjouissent d’un beau texte et qu’ils en ignorent des phrases capitales qui modifient l’enseignement de l’Église. On ne peut adopter ici qu’une position claire et nette : c’est oui ou c’est non. Donner la communion ou ne pas la donner : il n’y a pas de position intermédiaire.

Le Saint Père souligne tout au long de son exhortation que nul ne doit être condamné pour l’éternité.

J’ai du mal à comprendre ce qu’il veut dire par là. Il est évident que l’Église ne doit condamner quiconque personnellement, et encore moins pour l’éternité. Grâce à Dieu, elle ne peut d’ailleurs pas le faire. Mais s’agissant des relations d’ordre sexuel qui sont objectivement en contradiction avec la vie chrétienne, j’aimerais que le Pape nous dise après quel laps de temps et dans quelles circonstances un comportement objectivement peccamineux se transforme en une conduite agréable à Dieu.

S’agit-il donc à votre avis d’une véritable rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Église ?

Pour toute personne qui réfléchit et qui connaît les textes en question, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une rupture.

Que l’on soit d’accord ou non, la question se pose : comment en est-on arrivé là ?

La distance critique adoptée par François vis-à-vis de son prédécesseur Jean-Paul II s’est déjà manifestée lorsqu’il l’a canonisé avec Jean XXIII, car il a transgressé pour ce dernier la règle exigeant un deuxième miracle pour toute canonisation. D’aucuns ont estimé, à juste titre, qu’il s’agissait là d’une manipulation. On a eu l’impression que le Pape voulait relativiser l’importance de Jean-Paul II.

Mais le vrai problème réside dans un courant influent de la théologie morale qui prône une éthique de situation, courant que défendaient déjà les Jésuites au XVIIe siècle. Les citations de Thomas d’Aquin rapportées par le Pape dans Amoris Laetitia semblent étayer cette orientation, mais il n’est pas tenu compte du fait que Thomas d’Aquin fait état de comportements objectivement peccamineux qui n’admettent aucune exception situationnelle. En font partie notamment tous les comportements désordonnés d’ordre sexuel. À l’instar de Karl Rahner qui, dans les années 1950 déjà, avait développé à ce sujet, dans un exposé, tous les arguments majeurs encore valables actuellement, Jean-Paul II a rejeté l’éthique de situation et l’a condamnée dans son encyclique Veritatis Splendor. Amoris Laetitia rompt donc aussi avec ce texte du magistère. Dans ce contexte, nous ne devons pas oublier que Jean-Paul II avait lui-même placé son pontificat sous le signe de la miséricorde divine et avait consacré à celle-ci sa deuxième encyclique. C’est lui qui a découvert à Cracovie le journal de Sœur Faustine et a canonisé celle-ci. Il en est l’interprète authentique.

À votre avis, quelles vont en être les conséquences pour l’Église ?

On peut d’ores et déjà prévoir les conséquences : incertitude et confusion, des conférences épiscopales au petit curé dans la forêt vierge. Il y a quelques jours, un prêtre du Congo m’a fait part de son désarroi à l’égard de cette exhortation et du manque de clarté de ses directives. Selon les dispositions correspondantes d’Amoris Laetitia, il est admis, dans des « circonstances atténuantes » non précisées, de donner non seulement aux divorcés remariés mais aussi à toutes les personnes vivant dans une « situation irrégulière » quelle qu’elle soit, sans devoir renoncer à leur comportement sexuel, c’est-à-dire sans confession et sans conversion, la possibilité de confesser d’autres péchés et de communier. Tout prêtre qui restera fidèle à la discipline des sacrements en vigueur jusqu’ici pourra se voir harceler par des croyants et subir une pression de la part de son évêque. Rome sera susceptible d’émettre des directives selon lesquelles seuls pourront être appelés à la fonction épiscopale des clercs « miséricordieux », disposés à s’écarter des règles existantes. Un trait de plume a suffi pour ériger le chaos en principe. Le Pape aurait dû savoir qu’avec une telle démarche, il allait diviser l’Église et la diriger vers un schisme, un schisme qui ne se produirait pas à la périphérie mais au cœur même de l’Église. Que Dieu nous en préserve.

Une chose toutefois me paraît certaine : la réalisation de l’objectif de ce pontificat selon lequel l’Église doit surmonter son repli sur elle-même pour pouvoir aller le cœur libre à la rencontre des gens a été compromise pour une période indéterminée par cette exhortation. Il faut également s’attendre à une progression de la sécularisation et à un nouveau recul du nombre des prêtres dans d’importantes parties du monde. On constate en effet depuis longtemps que les évêques et les diocèses qui affichent une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale comptent aussi le plus grand nombre de vocations sacerdotales. Rappelons-nous les paroles de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : « Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui se préparera au combat? » (1 Cor. 14,8).

Selon vous, que va-t-il se passer à présent ?

Chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est tenu, dans son domaine de responsabilité, de maintenir la discipline catholique des sacrements et de la professer publiquement. Si le Pape n’est pas disposé à apporter des corrections, il appartiendra à un pontificat ultérieur de remettre officiellement de l’ordre."

Posté le 5 mai 2016 à 10h10 par Michel Janva | Lien permanent

04 mai 2016

Amoris Laetitia : le préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi lève des ambigüités

MLe préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, a donné une conférence à l'université Francisco de Victoria à l'occasion de la présentation de son livre La famille, source d'espérance, qui vient d'être traduit en espagnol.

Interrogé sur l'attitude à l'égard des familles en situation irrégulière dont parle l'exhortation du pape François, Amoris laetitia, et plus précisément sur le fait de vivre dans la grâce de Dieu en situation de péché, le cardinal Muller a déclaré :

« Ce n'est pas possible. L'Eglise n'a pas le pouvoir de changer le droit divin, elle ne peut pas changer l'indissolubilité du mariage. On ne peut pas dire “oui” à Jésus-Christ dans l'eucharistie et “non” dans le mariage. C'est une contradiction objective ».

Le pape demande à l'Eglise de penser à la manière dont on peut intégrer ces personnes qui « savent qu'elles vivent dans une situation incorrecte mais qui désirent se rapprocher de l'Eglise ». Le cardinal Müller a précisé que, dans le cas des divorcés remariés par exemple, le « but » doit être qu'ils « se séparent de l'époux illégitime » ou qu'ils vivent toujours ensemble mais dans la chasteté, parce qu’« on ne peut justifier une situation qui va à l'encontre de la loi divine ».

Posté le 4 mai 2016 à 10h05 par Michel Janva | Lien permanent

Si les gens pouvaient voir ce que je vois, ils comprendraient que le diable existe vraiment

L’abbé Henri Forestier (ex-FSSPX et ancien membre de l'Institut du Bon Pasteur) est vicaire de la paroisse de Carnoules et exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon. Il répond aux questions du Rouge & Le Noir. Extraits :

C"[...] Je ne dirai pas que ma vie de prêtre à été changée car j’ai toujours cru à l’existence du diable, mais ma vie a été vraiment marquée par ce ministère. Je crois que c’est facile à comprendre ! Entre croire à l’existence du diable et le voir de ses yeux se manifester devant soi, il y a une vraie différence. On prend alors conscience du combat terrible qui se joue dans ce monde, et de l’aveuglement de tant d’hommes, y compris de chrétiens, qui oublient cela. [...]

Si les gens pouvaient voir ce que je vois, ils comprendraient d’un coup que le diable existe vraiment (le bon Dieu d’ailleurs aussi au passage...) et qu’il est urgent d’orienter sa vie selon ces réalités... Je remarque aussi que les gens qui viennent me voir, et qui sont attaqués par cet Esprit mauvais, vivent souvent mal l’incompréhension habituelle de la part de leurs proches. [...]

Concrètement on parle de possession quand le diable arrive à prendre pouvoir sur le corps de quelqu’un au delà de sa volonté propre. Cela pourra se faire, par exemple, en lui parlant intérieurement, en le faisant bouger lui ou des parties de son corps, ou encore en l’assaillant de suggestions mauvaises, de douleurs ou d’abattements. Dans les cas de moindre attaque du diable on parle d’infestation plutôt que de possession.

Le cinéma, quand il parle de l’exorcisme, aime à montrer des scènes extravagantes et exagère souvent les possibilités d’action diabolique. Il y a effectivement des cas impressionnants, mais la persécution diabolique se fait souvent plus intérieure qu’extérieure, et ne peut toucher que le corps, les images, pensées et sentiments intérieurs sans pouvoir toucher l’âme elle-même et sa liberté propre.

Quant à savoir ce qu’est un démon, il suffit d’ouvrir le catéchisme ! C’est un pur esprit créé par Dieu à l’origine qui s’est révolté contre Lui et qui cherche, encore maintenant à la combattre de toutes les manières. Le diable essaye de faire tout le mal qu’il peut. Il agit principalement dans les suggestions mauvaises pour faire pêcher les hommes, et, exceptionnellement sa persécution s’étend sur la personne qu’il essaye de supprimer autant qu’il le peut par haine de la création de Dieu. [...]"

Posté le 4 mai 2016 à 10h05 par Michel Janva | Lien permanent

03 mai 2016

La communion de certains divorcés remariés : une question pas tranchée ?

Interrogé dans La Nef au sujet d'Amoris Laetitia, Mgr Olivier de Germay, évêque d'Ajaccio répond :

"Les textes du Magistère sont censés éclaircir une question, or là il semble que la question de la communion des divorcés remariés n’est pas clairement tranchée : pensez-vous qu’il y a là une ambiguïté qui mériterait d’être levée ? Et vous-même, y voyez-vous une porte ouverte à la communion de certains divorcés remariés ?

Sur ce point la question n’est pas tranchée, mais Pierre a parlé. Il ne s’agit donc pas maintenant de se demander qui a gagné – encore moins de profiter de ce « flou » pour tirer le texte à soi – mais de chercher à comprendre l’intention du Saint-Père et voir comment la mettre en œuvre. La non-réponse à la question que vous évoquez est selon moi voulue et assumée."

Si le pape ne répète pas noir sur blanc l'enseignement de l'Eglise, il n'en reste pas moins que la question a été tranchée, par Pierre, avec les documents Familiaris Consortio ou Ecclesia de Eucharistia :

"36. La communion invisible, tout en étant par nature toujours en croissance, suppose la vie de la grâce, par laquelle nous sommes rendus « participants de la nature divine » (2 P 1, 4), et la pratique des vertus de foi, d'espérance et de charité. En effet, c'est seulement ainsi que s'établit une vraie communion avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La foi ne suffit pas; il convient aussi de persévérer dans la grâce sanctifiante et dans la charité, en demeurant au sein de l'Église « de corps » et « de cœur »; il faut donc, pour le dire avec les paroles de saint Paul, « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6).

Le respect de la totalité des liens invisibles est un devoir moral strict pour le chrétien qui veut participer pleinement à l'Eucharistie en communiant au corps et au sang du Christ. Le même Apôtre rappelle ce devoir au fidèle par l'avertissement: « Que chacun, donc, s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe » (1 Co 11, 28). Avec toute la force de son éloquence, saint Jean Chrysostome exhortait les fidèles: « Moi aussi, j'élève la voix, je supplie, je prie et je vous supplie de ne pas vous approcher de cette table sainte avec une conscience souillée et corrompue. Une telle attitude en effet ne s'appellera jamais communion, même si nous recevions mille fois le corps du Seigneur, mais plutôt condamnation, tourment et accroissement des châtiments ».

Dans cette même perspective, le Catéchisme de l'Église catholique établit à juste titre: « Celui qui est conscient d'un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d'accéder à la communion ». Je désire donc redire que demeure et demeurera toujours valable dans l'Église la norme par laquelle le Concile de Trente a appliqué concrètement la sévère admonition de l'Apôtre Paul, en affirmant que, pour une digne réception de l'Eucharistie, « si quelqu'un est conscient d'être en état de péché mortel, il doit, auparavant, confesser ses péchés ».

37. L'Eucharistie et la Pénitence sont deux sacrements intimement liés. Si l'Eucharistie rend présent le Sacrifice rédempteur de la Croix, le perpétuant sacramentellement, cela signifie que, de ce Sacrement, découle une exigence continuelle de conversion, de réponse personnelle à l'exhortation adressée par saint Paul aux chrétiens de Corinthe: « Au nom du Christ, nous vous le demandons: laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Si le chrétien a sur la conscience le poids d'un péché grave, l'itinéraire de pénitence, à travers le sacrement de la Réconciliation, devient le passage obligé pour accéder à la pleine participation au Sacrifice eucharistique.

Évidemment, le jugement sur l'état de grâce appartient au seul intéressé, puisqu'il s'agit d'un jugement de conscience. Toutefois, en cas de comportement extérieur gravement, manifestement et durablement contraire à la norme morale, l'Église, dans son souci pastoral du bon ordre communautaire et par respect pour le Sacrement, ne peut pas ne pas se sentir concernée. Cette situation de contradiction morale manifeste est traitée par la norme du Code de Droit canonique sur la non-admission à la communion eucharistique de ceux qui « persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste »."

Posté le 3 mai 2016 à 18h38 par Michel Janva | Lien permanent


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