25 mai 2016

Le cardinal Sarah demande de célébrer la messe vers l'orient

Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, est interrogé par Famille chrétienne. Extrait :

"Je souhaite engager une grande réflexion sur cette question, afin de remettre l’eucharistie au centre de notre vie. Je constate que beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles. Souvent, le prêtre ne célèbre plus l’amour du Christ à travers son sacrifice, mais une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel. En cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et des modes du moment. Peu à peu, les fidèles s’éloignent de ce qui nous donne la Vie. Pour les chrétiens, l’eucharistie, c’est une question de vie ou de mort !

Comment remettre Dieu au centre ?

La liturgie est la porte de notre union à Dieu. Si les célébrations eucharistiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense, car Dieu disparaît. Il faut commencer par replacer Dieu au centre de la liturgie. Si l’homme en est le centre, l’Église devient une société purement humaine, une simple ONG, comme l’a dit le pape François. Si, à l’inverse, Dieu est au cœur de la liturgie, alors l’Église retrouvera sa vigueur et sa sève ! « Dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l’Église », écrivait de manière prophétique le cardinal Joseph Ratzinger.

Quel remède recommandez-vous ?

La reconnaissance de la liturgie comme œuvre de Dieu suppose une vraie conversion du cœur. Le concile Vatican II insistait sur un point majeur : dans ce domaine, l’important n’est pas ce que nous faisons, mais ce que Dieu fait. Aucune œuvre humaine ne pourra jamais réaliser ce qui se trouve au cœur de la messe : le sacrifice de la croix.

La liturgie nous permet de sortir des murs de ce monde. Retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie requiert donc un travail de formation pour les laïcs, les prêtres et les évêques. Il s’agit d’une conversion intérieure.

Pour remettre Dieu au centre de la liturgie, il faut aussi le silence : cette capacité de se taire pour écouter Dieu et sa parole. J’affirme que nous ne rencontrons Dieu que dans le silence et l’approfondissement de sa parole dans les profondeurs de notre cœur.

Comment faire concrètement ?

Se convertir, c’est se tourner vers Dieu. Je suis profondément convaincu que nos corps doivent participer à cette conversion. Le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient. Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, de célébrer le dos tourné aux fidèles ou face à eux. Le problème n’est pas là. Il s’agit de se tourner ensemble vers l’abside qui symbolise l’Orient où trône la croix du Seigneur ressuscité.

Par cette manière de célébrer, nous expérimenterons, jusque dans nos corps, la primauté de Dieu et de l’adoration. Nous comprendrons que la liturgie est d’abord notre participation au sacrifice parfait de la croix. J’en ai fait personnellement l’expérience ; en célébrant ainsi, l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation.

Mais cette manière de faire est-elle autorisée ?

Elle est légitime et conforme à la lettre et à l’esprit du Concile. En tant que préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, je tiens à rappeler que la célébration versus orientem est autorisée par les rubriques du Missel, qui précisent les moments où le célébrant doit se retourner vers le peuple. Il n’est donc pas besoin d’autorisation particulière pour célébrer face au Seigneur. Ainsi, dans une tribune publiée par L’Osservatore Romano, en juin 2015, j’ai proposé que les prêtres et les fidèles se tournent vers l’Orient au moins pendant le rite de la pénitence, pendant le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique.

Dans l’esprit de beaucoup, le changement d’orientation de l’autel est lié à Vatican II. Est-ce vrai ?

Plus de cinquante ans après la clôture de Vatican II, il devient urgent que nous lisions ses textes ! Le Concile n’a jamais demandé de célébrer face au peuple ! Cette question n’est pas même abordée par la constitution Sacrosanctum concilium… Bien plus, les Pères du Concile voulaient souligner la nécessité pour tous d’entrer en participation du mystère célébré. Dans les années qui ont suivi Vatican II, l’Église a cherché les moyens de mettre en œuvre cette intuition.

Ainsi, célébrer face au peuple est devenu une possibilité, mais pas une obligation. La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs, le dialogue et la pédagogie entre le prêtre et son peuple. Mais dès que nous arrivons au moment où l’on s’adresse à Dieu – à partir de l’offertoire –, il est essentiel que le prêtre et les fidèles se tournent ensemble vers l’Orient. Cela correspond tout à fait à ce qu’ont voulu les Pères conciliaires.

Je crois qu’il faut revenir au texte du Concile. Certaines adaptations à la culture locale n’ont probablement pas été assez mûries. Je pense à la traduction du Missel romain. Dans certains pays, des éléments importants ont été supprimés, notamment au moment de l’offertoire. En français, la traduction de l’Orate fratres a été tronquée. Le prêtre devrait dire : « Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. » Et les fidèles de répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Église. » À l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin. [...]"

Posté le 25 mai 2016 à 17h08 par Michel Janva | Lien permanent

24 mai 2016

Réparation pour les sacrilèges dans le diocèse de Toulon

Communiqué de l'Alliance Saint Jean-Marie Vianney :

Images"Ces deux derniers dimanches, trois événements concernant l’Eglise à Martigues ont blessé les catholiques, et au-delà, notre ville. En premier lieu un incendie volontaire dans l’église de la Madeleine à l’île ; puis une agression du père Benoît, curé de la paroisse, dans cette même église par une personne qui cherchait à y commettre un forfait ; enfin un acte de profanation du tabernacle contenant des hosties consacrées dans l’église de Jonquières. Trois actes graves contre des biens, des personnes et des symboles de l’Eglise catholique.

Nous savons combien les agressions envers les signes et les personnes à cause de leur foi sont graves car portant atteinte à la dignité des personnes et à un pacte social hélas fragilisé. La foi catholique, ses symboles et ceux qui la professent méritent le respect comme toute forme d'expression religieuse ne troublant pas l'ordre public.

Pour porter ces événements ensemble et dans la foi, nous invitons à nous rassembler jeudi 26 mai à 20h30, dans l’église Saint Genest de Jonquières, pour un temps de prière. Nous allons aussi voir avec la mairie pour une vidéosurveillance des églises."

Deux dates à retenir pour réparer ces sacrilèges :

  • Jeudi 26 mai à 20h30, dans l’église Saint Genest de Jonquières, pour un temps de prière
  • Vendredi 27 mai à 20h à l'Immaculée Conception de Toulon (adoration mensuelle pour réparer les fautes graves sacerdotales et les sacrilèges.

Posté le 24 mai 2016 à 13h48 par Marie Bethanie | Lien permanent

18 mai 2016

L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère

Au lendemain du “Rome Life Forum” des organisations pro-vie et pro-famille regroupées par Voice of the Family, où il a été beaucoup question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia, et de la Marche pour la vie de Rome, le cardinal Raymond Leo Burke a bien voulu répondre aux questions de Jeanne Smits. Extrait :

Burke RLF 2016-05-07 3[...] Le rôle joué par la contraception artificielle est fondamental et létal, car ce qu’elle fait, c’est de diminuer l’amour entre le mari et la femme en mettant de côté la totalité de l’amour qui inclut l’union conjugale, qui elle-même comprend toujours le grand don de la procréation : la couronne de l’union du mariage, c’est le don des enfants. Par conséquent, lorsqu’une mentalité contraceptive s’y immisce, cet amour est déformé. Et de fait, nous voyons qu’on utilise l’argument selon lequel l’union sexuelle sans sa dimension procréatrice est maritale pour justifier l’activité sexuelle entre deux personnes de même sexe, et ainsi de suite, car ils disent :  « Eh bien, c’est une activité aimante même si elle ne donne pas la vie. » Mais il s’agit d’un abus de l’union conjugale : l’union conjugale ne peut exister qu’entre un homme et une femme unis dans l’amour. Et donc la mentalité contraceptive est à la racine de nombre des plus importantes menaces contre le mariage aujourd’hui.

L’Eglise, pour autant que je sache, est la seule institution qui a continué de proclamer le caractère intrinsèquement mauvais de la contraception, de telle sorte qu’elle est appelée plus que jamais, aujourd’hui, à défendre la vérité par rapport à l’union conjugale et sa nature fondamentalement ordonnée au don de la vie. Je crois très fortement que le bienheureux pape Paul VI a pris acte de cela en 1968, alors même qu’une formidable pression s’exerçait sur lui, de la part de  « théologiens de premier plan », de théologiens moraux, afin qu’il assouplisse l’enseignement de l’Eglise et même qu’il le modifie. Il est resté attaché à l’enseignement de l’Eglise de manière héroïque – grâce en soit rendue à Dieu. Puis son successeur, saint Jean-Paul II, après le bref pontificat de Jean-Paul Ier, a consacré une si grande partie de son magistère à l’illustration de la vérité que contient l’encyclique du bienheureux Paul VI, Humanae vitae…

Un grand nombe de péchés répétitifs et d’infidélités habituelles qui nous coupent de la grâce sanctifiante, mais qui peuvent être absous dans la confession ; pourriez-vous nous expliquer pourquoi les divorcés  « remariés » ne peuvent obtenir l’absolution sans décider de se séparer ou à tout le moins de vivre « comme frère et sœur » ?

Il faut ici faire la distinction entre le péché individuel – par exemple, un acte individuel où l’on manque à la fidélité – et le fait de vivre publiquement dans un état qui viole cette fidélité. En premier lieu, on peut dire que dans l’acte individuel il y avait une quelconque force de la passion, une pression, ou toute chose qui a pu dans une certaine mesure diminuer la culpabilité. On ne peut pas en dire autant d’un état, car en ce cas, une personne décide librement de vivre avec une autre comme mari et femme alors même que l’un ou l’autre est lié, ou que les deux sont liés par un mariage. Faire la confusion entre ces deux situations est très dommageable. Ainsi l’individu qui chute et qui va se confesser, avec un vrai repentir et le ferme propos de s’amender, de ne pas recommencer, peut être absous. Mais si on va se confesser pour s’accuser du péché d’infidélité, quand on a l’intention de continuer de vivre dans cette situation, alors il manque un élément essentiel du repentir – le ferme propos de s’amender – et par conséquent il ne peut y avoir d’absolution ni, bien sûr, la possibilité de s’approcher de la Sainte Communion.

On parle d’une solution au for interne ; en d’autres termes, une solution à l’intérieur du sacrement de Pénitence. Il n’existe qu’une solution de cette sorte : il s’agit qu’au sein du sacrement de Pénitence, l’homme et la femme s’accordent pour vivre comme frère et sœur ; en d’autres termes, qu’ils s’engagent à observer la continence et qu’ils respectent la fidélité au mariage par lequel ils sont liés par ailleurs. Alors ils reçoivent la permission de recevoir les sacrements, mais seulement dans un lieu où cela ne causera pas de scandale. En d’autres termes : dans un lieu où les gens ne connaissent pas leur situation.

On constate dans cette discipline de l’Eglise – très ancienne – combien la vérité sur le mariage est formidablement importante pour l’ensemble de la vie de l’Eglise, et comment celle-ci sauvegarde cette vérité. Je connais de nombreuses personnes dont le mariage a échoué, et qui consacrent le restant de leurs jours à vivre dans la fidélité à leur union conjugale, alors même que leur partenaire conjugal les a abandonnées. A la fin elles me disent très clairement que c’est dans fidélité qu’elles trouvent leur bonheur.

Votre première réaction à Amoris laetitia a été de dire que nous devions écouter le pontife romain avec respect, mais que tous ses dires et tous ses écrits ne font pas partie du « magistère infaillible ». Cela signifie-t-il que, respectueusement, nous pouvons faire une lecture critique de l’Exhortation post-synodale, voire que certains de ces éléments sont ouverts à une interprétation non orthodoxe ?

Je ne crois pas qu’il puisse en être autrement, car le pape lui-même dit que le document est constitué par ses réflexions à la suite de l’expérience du synode, et ses réflexions sont personnelles. L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère. Enseigner dans l’Eglise est une affaire très grave où l’on comprend que le Pape ne parle pas de manière personnelle, mais en tant que successeur de saint Pierre. Et donc, il faut lire le document de cette manière. Certaines personnes m’ont critiqué pour avoir dit que le document ne fait pas partie du magistère ; elles ont dit qu’il s’agissait d’une Exhortation apostolique post-synodale qui à ce titre doit faire partie du magistère. Mais ce n’est pas le titre du document qui lui donne la qualité de magistère. Il faut lire le contenu, et une fois cela fait, on voit que ce document doit être lu de manière critique, à la lumière du Catéchisme, à la lumière du magistère de l’Eglise. Les éléments qui soutiennent le magistère de l’Eglise et l’expriment pleinement sont très bien, mais il peut y avoir d’autres choses, qui sont les réflexions du Saint-Père, mais qui ne relèvent pas du magistère. [...]"

Posté le 18 mai 2016 à 21h12 par Michel Janva | Lien permanent

16 mai 2016

Pèlerinage : à 15h direct de la messe de clôture

La messe du pèlerinage à Chartres sera transmise en direct à 15h.

Images

 

Posté le 16 mai 2016 à 09h34 par Marie Bethanie | Lien permanent

15 mai 2016

Veni Sancte Spiritus

 

Veni, Sancte Spíritus,
et emítte cǽlitus
lucis tuæ rádium.

Venez, ô Saint-Esprit,
Et envoyez du ciel
Un rayon de votre lumière.

Veni, pater páuperum ;
veni, dator múnerum ;
veni, lumen córdium.

Venez, père des pauvres,
Venez, distributeur de tous dons,
Venez, lumière des cœurs.

Consolátor óptime,
dulcis hospes ánimæ,
dulce refrigérium.

Consolateur suprême,
Doux hôte de l’âme,
Douceur rafraîchissante.

In labóre réquies,
in æstu tempéries,
in fletu solácium.

Repos dans le labeur,
Calme, dans l’ardeur,
Soulagement, dans les larmes.

O lux beatíssima,
reple cordis íntima
tuórum fidélium.

O lumière bienheureuse,
Inondez jusqu’au plus intime,
Le cœur de vos fidèles.

Sine tuo númine
nihil est in hómine,
nihil est innóxium.

Sans votre secours,
Il n’est en l’homme, rien,
Rien qui soit innocent.

Lava quod est sórdidum,
riga quod est áridum,
sana quod est sáucium.

Lavez ce qui est souillé,
Arrosez ce qui est aride,
Guérissez ce qui est blessé.

Flecte quod est rígidum,
fove quod est frígidum,
rege quod est dévium.

Pliez ce qui est raide,
Échauffez ce qui est froid.
Redressez ce qui dévie.

Da tuis fidélibus,
in te confidéntibus,
sacrum septenárium.

Donnez à vos fidèles,
qui en vous se confient
Les sept dons sacrés.

Da virtútis méritum,
da salútis éxitum,
da perénne gáudium. Amen. Allelúia.

Donnez-leur le mérite de la vertu,
Donnez une fin heureuse,
Donnez l’éternelle joie. Ainsi soit-il. Alléluia.

Posté le 15 mai 2016 à 09h10 par Marie Bethanie | Lien permanent

11 mai 2016

Pour le cardinal Muller, Amoris Laetitia ne change pas la discipline à l'égard des "divorcés-remariés"

Dans un discours en Espagne, le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi a replacé l'exhortation post-synodale dans le contexte de la précédente discipline de l’Église. Extrait :

Unknown-14"[...] Il y a des gens qui ont affirmé qu’"Amoris Laetitia" a éliminé cette discipline et qu’elle permet, tout au moins dans certains cas, aux divorcés remariés de recevoir l’Eucharistie sans qu’il soit nécessaire qu’ils transforment leur mode de vie suivant les indications données dans FC 84 (c’est-à-dire en abandonnant leur nouvelle union ou en la vivant comme frère et sœur). À cela il faut répondre que, si "Amoris Laetitia" avait voulu annuler une discipline tellement enracinée et tellement importante, elle se serait exprimée de manière claire et en fournissant les motifs correspondants. Or il n’y a aucune affirmation en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment les arguments présentés par ses prédécesseurs, qui ne sont pas fondés sur la culpabilité subjective de ces divorcés remariés qui sont nos frères, mais sur leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ.

Mais est-ce que ce changement ne se trouve pas – objectent certains – dans une note en bas de page, dans laquelle il est indiqué que, dans certains cas, l’Église pourrait offrir l’aide des sacrements aux personnes qui vivent en situation objective de péché (n. 351) ? Sans entrer dans une analyse détaillée, il suffit de dire que cette note fait référence à des situations objectives de péché en général, sans citer le cas spécifique des divorcés qui ont contracté une nouvelle union civile. La situation de ces derniers, en effet, présente des caractéristiques particulières, qui la différencient d’autres situations. Ces divorcés vivent en opposition avec le sacrement du mariage et, par conséquent, avec l’économie sacramentelle, dont le centre est l’Eucharistie. C’est en effet la raison donnée par le magistère précédent pour justifier la discipline eucharistique de FC 84 ; un argument qui ne se trouve ni dans la note ni dans son contexte. Par conséquent ce qu’affirme la note 351 ne touche pas à la discipline antérieure : la norme indiquée par FC 84 et par SC 29 reste valable, ainsi que son application dans tous les cas.

Le principe de fond est que personne ne peut véritablement  désirer un sacrement, celui de l’Eucharistie, sans désirer vivre également en accord avec les sacrements, parmi lesquels celui du mariage. Les gens qui vivent en opposition au lien matrimonial s’opposent au signe visible du sacrement du mariage ; en ce qui touche à leur existence corporelle, même si ensuite ils ne sont pas subjectivement coupables, ils deviennent des “anti-signes” de l’indissolubilité. C’est précisément parce que leur vie corporelle est contraire au signe qu’ils ne peuvent pas faire partie, en recevant la communion, du signe eucharistique suprême, dans lequel se révèle l’amour incarné de Jésus. L’Église, si elle l’admettait, tomberait dans ce que saint Thomas d’Aquin appelait “une fausseté dans les signes sacramentels”. Et nous ne sommes pas devant une conclusion doctrinale excessive, mais bien devant la base même de la constitution sacramentelle de l’Église, que nous avons comparée à l’architecture de l’arche de Noé. C’est une architecture que l’Église ne peut pas modifier, parce qu’elle vient de Jésus lui-même ; parce qu’elle, l’Église, en est issue, et que c’est sur cela qu’elle s’appuie pour naviguer sur les eaux du déluge. Changer la discipline sur ce point concret, en admettant une contradiction entre l’Eucharistie et le mariage, signifierait nécessairement modifier la profession de foi de l’Église, qui enseigne et réalise l’harmonie entre tous les sacrements, telle qu’elle l’a reçue de Jésus. Le sang des martyrs a été versé sur cette foi en un mariage indissoluble, non pas en tant qu’idéal lointain mais en tant que pratique concrète.

Mais on pourrait insister : est-ce que François ne manque pas de miséricorde s’il ne franchit pas ce pas ? Est-ce que demander à ces personnes de marcher vers une vie conforme à la Parole de Jésus n’est pas trop demander ? C’est plutôt le contraire qui se produit. On pourrait dire, en utilisant l’image de l’arche, que François, sensible à la situation de déluge que vit le monde actuel, a ouvert toutes les fenêtres possibles sur le bateau et qu’il nous a tous invités à lancer des cordes depuis ces fenêtres pour faire entrer les naufragés dans le bateau. Cependant permettre, même si c’est uniquement dans certains cas, que la communion soit donnée à des gens qui mènent ouvertement une existence contraire au sacrement de mariage, ne revient pas à ouvrir une fenêtre de plus, mais à ouvrir une brèche au fond du bateau, y laissant entrer l’eau de mer et mettant en danger la navigation de tous et le service que l’Église apporte à la société. Plutôt qu’une voie d’intégration, ce serait une voie de désintégration de l’arche ecclésiale : une voie d’eau. Par conséquent, en respectant cette discipline, non seulement on ne met pas une limite à la capacité qu’a l’Église de racheter les familles, mais on assure aussi la stabilité du bateau et sa capacité à nous conduire à bon port. L’architecture de l’arche est nécessaire justement pour que l’Église ne permette pas que quiconque soit bloqué dans une situation contraire à la parole de vie éternelle de Jésus, c’est-à-dire pour que l’Église ne condamne “éternellement personne” (cf. AL 296-297)."

Posté le 11 mai 2016 à 22h08 par Michel Janva | Lien permanent

08 mai 2016

Dans sa recherche d’une pastorale de la miséricorde, Amoris laetitia est à certains endroits marqué par le subjectivisme et le relativisme moral

Déclaration de la Fraternité Saint Pie X sur Amoris laetitia :

  1. Parmi les nombreuses prises de position, explications et commentaires publiés sur Amoris lætitia, trois études faites par des prêtres de notre Fraternité ont récemment paru : L’exhortation post-synodale Amoris lætitia : une victoire du subjectivisme de l’abbé Matthias Gaudron; Brèves considérations sur le chapitre 8 de l’Exhortation pontificale Amoris lætitia de l’abbé Jean-Michel Gleize; Après le Synode : l’indissolubilité en question de l’abbé Christian Thouvenot. La Maison générale approuve ces études et y souscrit entièrement. Elles se complètent harmonieusement et donnent une vue d’ensemble du document du pape François.
  1. La procédure suivie lors des deux synodes et les circonstances qui les ont entourés, ont déjà soulevé de nombreuses interrogations : au consistoire extraordinaire de février 2014, seul le cardinal Walter Kasper avait été invité à préciser le thème du synode, alors qu’il est notoire qu’il militait depuis des années pour la levée de l’interdiction de droit divin de donner le Corps du Christ aux pécheurs publics. Le rapport intermédiaire, Relatio post disceptationem, publié en octobre 2014 pendant le premier synode, ne correspondait pas aux résultats des discussions. Dans le rapport final, des thèmes se trouvèrent intégrés, alors qu’ils n’avaient pas été approuvés par le synode. Juste avant le deuxième synode ordinaire, le pape publiait deux Motu proprio qui concernaient exactement le sujet du synode, en facilitant la procédure canonique des déclarations de nullité des mariages. Et une lettre confidentielle de 13 cardinaux qui exprimait des craintes sur le résultat du synode, était publiquement qualifiée de « conspiration ».
  1. La question de l’admission des divorcés « remariés » à la Sainte Communion a déjà été traitée plusieurs fois par l’Eglise, qui y a répondu clairement, et même encore ces derniers temps. Une nouvelle discussion sur l’enseignement constant et la pratique de l’Eglise ne pouvait donc être que préjudiciable et de nature à les obscurcir, plutôt qu’à les mettre en lumière. C’est ce qui est arrivé.
  1. Dans un document pontifical on s’attend à trouver un exposé clair du magistère de l’Eglise et de la vie chrétienne. Or, comme d’autres l’ont fait remarquer avec raison, Amoris lætitia est davantage « un traité de psychologie, de pédagogie, de théologie morale et pastorale, et de spiritualité ». L’Eglise a la mission de proclamer l’enseignement de Jésus-Christ à temps et à contretemps et de donner les conclusions qui s’imposent pour le bien des âmes. Il lui incombe de rappeler la Loi de Dieu, et non pas de la minimiser ni d’expliquer comment, en certains cas, elle serait inapplicable. Elle se doit d’affirmer les principes dont elle laisse l’application concrète au pasteur des âmes, au confesseur, ainsi qu’à la conscience éclairée par la foi, règle prochaine de l’agir humain.
  1. Dans sa recherche d’une pastorale de la miséricorde, le texte est à certains endroits marqué par le subjectivisme et le relativisme moral. La règle objective est remplacée, à la manière protestante, par la conscience personnelle. Ce poison prend ses racines, entre autres, dans le personnalisme, qui, dans la pastorale familiale, ne met plus le don de la vie et le bien de la famille au premier plan, mais l’épanouissement personnel et le développement spirituel des époux. A ce sujet, on ne peut que déplorer, une fois de plus, l’inversion des fins du mariage esquissée dans la constitution pastorale Gaudium et seps du concile Vatican II, inversion que l’on retrouve aussi dans Amoris lætitia. La soi-disant « loi de gradualité » met la morale catholique sens dessus dessous.
  1. Les conséquences d’Amoris lætitia se font déjà sentir dans l’Eglise : un curé, conformément à son devoir, refuse de donner le Corps du Christ aux pécheurs publics, tandis qu’un autre invite tout le monde à la sainte Communion. Le Président de la Conférence épiscopale des Philippines a déclaré qu’Amoris lætitia serait immédiatement mis en pratique dans son pays et que par conséquent, dans certains cas, des personnes divorcées et « remariées » recevront la Communion. Une division profonde se dessine au sein de l’épiscopat et du Sacré Collège. Les fidèles sont désorientés, toute l’Eglise souffre de cette déchirure. Remettre en question l’obligation d’observer en tous les cas les commandements de Dieu, en particulier celui de la fidélité conjugale, c’est capituler devant le diktat des faits et de l’esprit du temps : en de nombreux pays déjà – comme en Allemagne, par exemple –, on foule aux pieds depuis bien longtemps la pratique qui découle du commandement divin. Au lieu d’élever ce qui est au niveau de ce qui doit être, on rabaisse ce qui doit être à ce qui est, à la morale permissive des modernistes et des progressistes. Les fidèles dont le mariage est brisé, mais qui, dans cette situation, sont restés fidèles à la promesse qu’ils ont faite devant l’autel, de façon très vertueuse et parfois héroïque, se sentent trahis. C’est à en pleurer.
  1. Nous implorons le Saint Père humblement, mais résolument, de réviser l’Exhortation Amoris lætitia et tout particulièrement son chapitre 8. Comme dans les textes de Vatican II, ce qui est ambigu doit être interprété de façon claire, et ce qui est en contradiction avec la doctrine et la pratique constante de l’Eglise doit être retiré, pour la gloire de Dieu, pour le bien de toute l’Eglise, pour le salut des âmes, spécialement de celles qui sont en danger de se laisser tromper par l’apparence d’une fausse miséricorde."

Posté le 8 mai 2016 à 14h53 par Michel Janva | Lien permanent

L'Ascension, remède à l'autisme technologique

Voici un extrait de l'homélie du père abbé de Triors, prononcée jeudi de l'Ascension :

"Par la foi et les sacrements, l’Église ne cesse de garder contact avec Jésus ; toujours et tous les jours, elle demeure avec lui, sa sainte liturgie faisant accéder les fidèles à cette merveilleuse intimité de la vie spirituelle. Leur foi s’y épanouit par l’exercice de l’espérance, à l’honneur en ce mystère. À chaque messe tout spécialement, avant de s’enfoncer dans la solennité recueillie de la Prière eucharistique, le célébrant dialogue avec les fidèles et chante Sursum corda, élevons notre cœur, un peu comme l’ange de l’Ascension encourageant les disciples. S. Augustin commente cela à merveille : La logique de la fête invite à vivre saintement, avec fidélité, dévotion et piété ; alors nous nous élèverons avec le Seigneur et nous aurons le cœur élevé. À l’inverse, le cœur qui ne s’élève pas vers Dieu, cela s’appelle de l’orgueil ; mais le cœur qui s’élève vers Dieu, c’est la sécurité de l’espérance (Sermo 177/2). À l’invitation du prêtre, Sursum corda, les fidèles répondent donc avec justesse : Habemus ad Dominum, nous le tournons vers le Seigneur, nous voulons nous tourner tout entier vers Lui. Et au moment de l’élévation, l’assemblée atteint le cœur du mystère de ce jour, habitant en esprit dans les régions célestes, comme le dit la collecte de l’Ascension, ce qui rejoint la formule de S. Vincent Ferrier affirmant de la messe qu’elle est l’acte le plus élevé de la contemplation.

L’épître aux Hébreux associe la plénitude de la foi avec l'indéfectible profession de l'espérance (Heb. 10, 22s). De son côté, S. Pierre nous enjoint de savoir donner raison de notre espérance (1 Pi. 3,15), expression qui relie encore ensemble foi et espérance. Benoît XVI dans son encyclique Spe salvi voit en ce jumelage si important pour notre vie intérieure un réflexe caractéristique des premiers chrétiens. Ayant reçu comme un don une espérance crédible, ils manifestaient par là leur différence face aux païens et à la vie sans but ni joie qui avait été la leur avant leur conversion au Christ : devant les Éphésiens, S. Paul plaint ceux qui vivent sans espérance et sans Dieu en ce monde (Éph. 2,12). En effet, des dieux païens, ceux d’hier comme de ceux d’aujourd’hui, n'émane aucune espérance, précise Benoît XVI. Ils laissent l’homme seul, dans un monde obscur et sans avenir, sans foi ni espérance : du néant au néant, combien vite nous retombons, c’est le cri désespéré d’une épitaphe antique (Cf. Spe salvi, n°2, cité en Sarah, Dieu ou rien, p. 292s). Avec son art des formules chocs, le Pape François dit son mot sur notre monde sans foi ni loi : il parle de notre autisme technologique pour dénoncer la vanité des moyens dit de communications non maîtrisés. Il dit cela dans sa récente Exhortation (Amoris laetitia, n° 278) : les personnalités fragilisées se trouvant par là déconnectés du monde réel, sont exposés plus facilement à la manipulation de ceux qui cherchent à entrer dans leur intimité pour des intérêts égoïstes. L’idolâtrie change d’apparence, mais elle sévit plus que jamais, pour nous arracher du cœur la foi et l’espérance, et empêcher la charité divine de nous envahir par le Saint Esprit qui nous a été promis (Cf. Rom. 5,5)."

Posté le 8 mai 2016 à 09h51 par Michel Janva | Lien permanent

Le mal dans ce monde vient du péché, et non de la disparité des revenus ou du changement climatique

Deux personnalités venues des persécutions anti chrétiennes de l'Est communiste se répondent au-delà du temps pour mettre le doigt sur le nihilisme qui mine notre société occidentale au risque d'en obtenir sa mort : le docteur Anca-Maria Cernea qui est intervenue lors du Synode sur la Famille, et Alexandre Soljenitsyne, lors de son fameux discours d'Harvard, en 1978. Tous deux se retrouvent pour mettre au banc des accusés l'idéologie matérialiste et le culte du "bien-être" élevé au rang de "droit de l'homme", au risque d'en oublier le droit de Dieu, qui pousse même certains représentants de l'Eglise à atténuer les exigences du discours évangélique dans un souci de charité dévoyé :

Anca_Cernea1Dr Anca-Maria Cernea, octobre 2015, Synode sur la Famille :

"La pauvreté matérielle et le consumérisme ne sont pas la première cause de la crise de la famille.

La première cause de la révolution sexuelle et culturelle est idéologique.

Notre Dame de Fatima a dit que les erreurs de la Russie se répandraient à travers le monde entier. Cela s'est fait d'abord sous une forme violente, le marxisme classique, qui a tué des dizaines de millions de personnes.

Aujourd'hui cela se fait la plupart du temps à travers le marxisme culturel. Il y a continuité entre la révolution sexuelle de Lénine, à travers Gramsci et l'École de Francfort, et l'idéologie contemporaine des droits gay et du genre.

Le marxisme classique avait la prétention de redessiner la société, par le biais de la spoliation violente de la propriété. Aujourd'hui la Révolution va plus profond ; elle prétend redéfinir la famille, l'identité sexuelle et la nature humaine.

Cette idéologie se qualifie elle-même de progressiste. Mais elle n'est rien d'autre que la vieille proposition du serpent, pour que l’homme prenne le contrôle, que Dieu soit remplacé, que la rédemption soit organisée ici-bas, dans ce monde.

C'est une erreur de nature religieuse, c'est la gnose.

Il appartient aux pasteurs de la reconnaître, et de mettre le troupeau en garde contre ce danger. «Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »

La mission de l'Eglise est de sauver les âmes. Le mal dans ce monde vient du péché. Et non de la disparité des revenus ou du changement climatique.

La solution est celle-ci : l'évangélisation. La conversion.

Et non pas un contrôle gouvernemental sans cesse grandissant. Ni un gouvernement mondial. Ce sont eux, aujourd'hui, les agents principaux du marxisme culturel ; ce sont eux qui l'imposent à nos nations, sous la forme du contrôle de la population, de la santé reproductive, des droits gay, de l'éducation aux questions de genre, etc.

Ce dont le monde a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'une limitation de la liberté, mais de la vraie liberté, la libération du péché. La rédemption.

Notre Eglise a été opprimée par l’occupation soviétique. Mais aucun de nos douze évêques n’a trahi la communion avec le Saint-Père. Notre Eglise a survécu grâce à la détermination et à l'exemple de nos évêques qui ont tenu bon face aux prisons et à la terreur.

Nos évêques ont demandé à la communauté de ne pas suivre le monde. Et non de coopérer avec les communistes.

Aujourd'hui nous avons besoin que Rome dise au monde : « Repentez-vous et convertissez-vous, car le royaume de Dieu est proche. » "[...]

  IndexAlexandre Soljenitsyne, juin 1978, Harvard :

"Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n'est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu'elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L'Ouest a continué à avancer d'un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s'est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l'époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste, ou l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et pratiquée de l'homme à l'encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d'anthropocentrisme : l'homme est vu au centre de tout. [...]

L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l'espace, du Progrès tant célébré n'ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n'aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.[...]

L'humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d'être utilisés d'abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que " le communisme est un humanisme naturalisé. " Il s'est avéré que ce jugement était loin d'être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d'un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l'égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n'est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l'Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre.[...]

Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés.[...]

Quand bien même nous serait épargné d'être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu'est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel.[...]

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut."

Duc in altum. C'est bien que ce soient des laïcs qui nous le rappellent.

Posté le 8 mai 2016 à 09h36 par Marie Bethanie | Lien permanent

La grande affaire des théologiens contestataires

Roberto de Mattei a interrogé l’abbé Claude Barthe sur Amoris Laetitia. Extrait :

"[...] Depuis le Concile, sous Paul VI et sous Jean-Paul II, la grande affaire des théologiens contestataires a été principalement d’attaquer Humanæ vitæ, avec des livres, des « déclarations » de théologiens, des congrèsDans le même temps, la communion aux divorcés « remariés » (et aussi aux homosexuels en couples, et aux concubins) a joué un rôle de revendication, je dirais symbolique. Il faut savoir en effet, que la pratique de très nombreux prêtres, en France, en Allemagne, en Suisse et en bien d’autres endroits, est d’admettre sans problème, depuis longtemps, les divorcés « remariés » à la communion, et de leur donner l’absolution lorsqu’ils la demandent. L’appui le plus célèbre à cette revendication avait été donné par une lettre des évêques du Rhin supérieur, NNSS Saler, Lehmann et Kasper, du 1er juillet 1993, intitulée : « Divorcés-remariés, le respect de la décision prise en conscience ». Elle contenait d’ailleurs très exactement les dispositions de l’actuelle exhortation : en théorie, pas d’admission générale à la communion, mais exercice d’un discernement avec un prêtre, pour savoir si les nouveaux partenaires « se voient autorisés par leur conscience à s’approcher de la Table du Seigneur ». En France, des évêques (Cambrai, Nancy) ont publié des actes de synodes diocésains dans le même sens. Et le cardinal Martini, archevêque de Milan, dans un discours qui était un véritable programme de pontificat, prononcé le 7 octobre 1999 devant une assemblée du Synode pour l’Europe, avait évoqué de même des mutations de la discipline sacramentelle.

En fait, en France, en Belgique, au Canada, aux Etats-Unis, on va plus loin encore : des prêtres, relativement nombreux, célèbrent à l’occasion de la seconde union une petite cérémonie, sans que les évêques les en empêchent. Certains évêques, même, encouragent positivement cette pratique, comme l’avait fait Mgr Armand le Bourgeois, ancien évêque d’Autun, dans un livre : Chrétiens divorcés remariés (Desclée de Brouwer, 1990). Des ordos diocésains, comme celui du diocèse d’Auch, « encadrent » cette cérémonie, qui doit être discrète, sans sonnerie de cloches, sans bénédiction des anneaux… [...]

En fait, une sorte de noyau dirigeant, la Cupola du Synodes’est constitué autour du très influent cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode, avec Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti, Secrétaire spécial c’est-à-dire numéro deux du Synode, Mgr Fabio Fabene, de la Congrégation pour les Evêques, Sous-Secrétaire du Synode, le cardinal Ravasi, Président du Conseil pour la Culture, en charge du Message de l’assemblée, assisté notamment de Mgr Victor Manuel Fernandez, recteur de l’Université Catholique d’Argentine, le jésuite Antonio Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, et d’autres personnes d’influence, toutes très proches du Pape, comme l’évêque d’Albano, Marcello Semeraro, et Mgr Paglia, Président du Conseil pour la Famille. Ils ont été rejoints par le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, qui fut maître d’œuvre du Catéchisme de l’Eglise catholique, et qui a joué ici le rôle de garant de l’orthodoxie du texte, que se refusait à assumer le cardinal Müller. Toute cette équipe a fourni un travail considérable pour arriver au but poursuivi… [...]

Il est bien possible que, dans l’esprit du pape François, il ne soit agi, à l’origine, que de concéder un laisser-passer « pastoral » et « miséricordieux ». Mais la théologie étant une science rigoureuse, il a bien fallu énoncer des principes justifiant la décision en conscience de personnes vivant dans l’adultère public pour s’approcher des sacrements. De nombreux passages de l’Exhortation, dès le début, préparent cet exposé doctrinal, qui se trouve dans le chapitre VIII. Il traite de diverses « situations de fragilité ou d’imperfection » et spécialement de celle des divorcés engagés dans une nouvelle union « consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes » (n. 298). Dans cette situation « imparfaite » au regard de « l’idéal complet du mariage » (n. 307), l’Exhortation pose des règles pour un « discernement spécial » (n. 301). Il est normalement accompli avec l’aide d’un prêtre « au for interne » (pour les deux partenaires de l’union ?) qui permettra aux intéressés d’établir un jugement de conscience correct (n. 300).

Ce jugement (du prêtre ? des partenaires éclairés par le prêtre ?), en raison de conditionnements divers, pourra conclure à une imputabilité atténuée ou nulle, rendant possible l’accès aux sacrements (n. 305). Par parenthèse : il n’est pas dit si ce jugement s’impose aux autres prêtres qui auront à donner les sacrements aux intéressés. De toute façon, il faut bien voir que le texte ne se focalise pas sur l’accès aux sacrements, qui est traité en note, de manière un peu embarrassée (note 351). En revanche, il pose clairement le principe théologique, résumé au n. 301, qu’il faut citer : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute ».

Ce qui peut s’analyser ainsi : 1°/ en raison de circonstances concrètes, des personnes en état d’adultère public « actif », bien que connaissant la norme morale qui l’interdit, se trouvent devant une situation telle que si elles sortaient de cette situation, elles commettraient une faute (vis-à-vis notamment des enfants nés de cette union) 2°/ de sorte que, ces personnes vivant dans l’adultère public « actif » ne commettent pas de péché grave en y demeurant.

En réalité, les conséquences négatives qui résulteraient de la cessation de cet état d’adultère (les enfants nés de l’union illégitimes souffriraient de la séparation de leurs parents), ne sont pas de nouveaux péchés, mais des effets indirects de l’acte vertueux, à savoir la cessation de l’état de péché. Bien entendu, la justice doit être respectée : il faudra notamment continuer une éducation des enfants de la seconde union, mais hors de l’état de péché. Il y a donc une opposition frontale avec la doctrine antérieure rappelée par Familiaris consortio n. 84, de Jean-Paul II, qui précisait que si de graves raisons empêchaient les « remariés » de ne plus vivre sous le même toit, ce devait être comme frères et sœurs. La nouvelle proposition doctrinale se résume ainsi : en certaines circonstances, l’adultère n’est pas un péché.

Vous disiez que l’instinct de la foi ne s’y retrouve pas ?

Ceci ne s’accorde pas avec la morale naturelle et chrétienne : des personnes connaissant une norme morale obligeant sub gravi (le commandement divin interdisant la fornication et l’adultère), ne peuvent être excusées de péché, et par conséquent ne peuvent être dites en état de grâce. Saint Thomas, dans une question de la Somme théologique, que connaissent bien tous les moralistes, la question 19 de la Ia IIæ, explique : que c’est la bonté d’un objet que notre raison se propose qui rend bon l’acte de la volonté, et non pas les circonstances de l’acte (article 2) ; et que, s’il est vrai que la raison humaine peut se tromper et donner pour bon un acte mauvais (article 5), certaines erreurs ne sont jamais excusables, notamment, celle d’ignorer que l’on ne peut s’approcher de la femme de son prochain, car cela est directement enseignée par la loi de Dieu (article 6). Dans un autre passage tout aussi connu des moralistes, le Quodlibet IX, question 7, article 2, saint Thomas explique que les circonstances peuvent, non pas changer la valeur d’un acte, mais changer sa nature, par exemple, le fait de tuer ou frapper un malfaiteur relève de la justice ou de la légitime défense : ce n’est pas une violence injuste, mais un acte vertueux. En revanche, dit le Docteur commun, certaines actions « ont une difformité qui leur est inséparablement liée, comme la fornication, l’adultère et les autres choses de ce genre : elles ne peuvent d’aucune façon devenir bonnes ».

Un enfant du catéchisme comprendrait ces choses-là, disait Pie XII dans un discours du 18 avril 1952. Il y condamnait la Situationsethik, la « morale de situation », qui ne se base pas sur les lois morales universelles comme par exemple les Dix Commandements, mais « sur les conditions ou circonstances réelles et concrètes dans lesquelles on doit agir, et selon lesquelles la conscience individuelle a à juger et à choisir ». Il rappelait qu’une fin bonne ne peut jamais justifier des moyens mauvais (Romains 3, 8), et qu’il y a des situations, dans lesquelles l’homme, et spécialement le chrétien doit tout sacrifier, même sa vie, pour sauver son âme. Dans le même sens, l’encyclique Veritatis splendor, de Jean-Paul II, affirmant que les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête, citait saint Augustin (Contra mendacium) : la fornication, les blasphèmes, etc., même accomplis pour de bonnes raison sont toujours des péchés. [...]"

Posté le 8 mai 2016 à 08h34 par Michel Janva | Lien permanent

En quoi l'Esprit-Saint est-Il l'âme de la Liturgie ?

Entretien avec le Chanoine Tancrède Guillard, de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté

Posté le 8 mai 2016 à 08h31 par Michel Janva | Lien permanent

07 mai 2016

Une morale de la vertu

Pour Riposte catholique, le RP Thomas Michelet analyse la note 351 d’Amortis laetitia. Voici cette note :

"Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 44 : AAS 105 (2013), p. 1038. Je souligne également que l’Eucharistie «  n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles »"

Extrait de l'analyse :

"La note 351 fait suite au numéro 305 qui rappelle que dans une situation objective de péché, il est possible de n’être pas subjectivement imputable. C’est une doctrine bien établie, puisque pour faire un péché mortel, il ne suffit pas d’une matière grave ; il faut encore une pleine connaissance et un plein consentement (CEC 1415). Les confesseurs savent bien qu’un pénitent peut ne pas avouer un acte objectivement grave parce qu’il n’a pas idée que c’est un péché. Or, on ne peut transformer un « péché matériel » en un « péché formel ». Si tel est le cas (mais il faut s’en assurer), le pénitent peut alors recevoir validement l’absolution. Mais le confesseur a en même temps le devoir d’éclairer la conscience déformée, afin de la reformer ; ce qui peut prendre du temps et requiert donc un accompagnement spirituel adéquat. Il ne suffit pas de rappeler la loi de l’extérieur : encore faut-il que la personne la comprenne et l’accueille véritablement de l’intérieur. Le texte ne dit pas autre chose.

Ce cas de figure est déjà bien établi dans la doctrine et la pratique de l’Église, même si cela relevait de la « science du confessionnal » que les fidèles par hypothèse ne connaissent pas, puisque cela suppose une bonne formation de théologie morale et une bonne pratique du confessionnal. La nouveauté du texte est surtout là : dans le fait de présenter au grand jour une pratique qui restait jusque là dans l’ombre, dans le secret du confessionnal. Non qu’elle était honteuse, mais parce qu’elle suppose des clefs que beaucoup n’ont pas et ne peuvent avoir. Ce qui explique que, contre toute attente, l’Abbé de Tanouärn ait pu faire l’éloge de ce texte.

Est-ce qu’à présent cette pratique parfaitement légitime et fondée doctrinalement va s’étendre également aux divorcés remariés ? La note ne le dit pas expressément. Mais elle ne l’écarte pas non plus. Or si ce n’était pas le cas, cela ne changerait rien à la pratique actuelle, telle qu’exposée par Familiaris consortio. Mais si l’on entend ce que dit le pape, que quelque chose qui n’existait pas avant est désormais possible, c’est donc qu’il faut aller jusque là. Du coup, le régime de Familiaris consortio est bien changé. Non pas dans le fait que des pécheurs conscients de leur péché grave vont recevoir la communion : cela n’est pas possible et ne le sera jamais. Mais dans le fait que des personnes qui ne savent pas qu’elles sont dans le péché peuvent recevoir « l’aide des sacrements » ; jusqu’à ce qu’elles prennent conscience de ce péché dans l’accompagnement spirituel. Elles cesseront alors de les recevoir, tant qu’elles n’auront pas changé leur état de vie pour se conformer pleinement aux exigences de l’Évangile, d’après Familiaris consortio. Ce n’est pas que l’on fasse une exception pour elles ; c’est plutôt qu’on leur applique le régime général déjà établi pour tous les autres cas.

Familiaris consortio rappelait qu’il n’était pas possible de donner la communion aux divorcés remariés, parce que l’on estimait qu’une telle ignorance était impossible dans leur situation. En effet, de même qu’on ne fait pas de péché sans le savoir ni le vouloir, de même on ne se marie pas sans le savoir ni le vouloir. Et donc, toute atteinte à la fidélité du mariage était nécessairement coupable. Ou bien, si la personne ne le savait vraiment pas, cela signifiait à coup sûr que son mariage sacramentel était nul ab initio, qu’il n’avait jamais existé faute d’un vrai consentement à ce qu’est le mariage. Or les progrès de la psychologie en même temps que les « progrès » d’une société confuse et sans repères font que de plus en plus de personnes ignorent ce qui était autrefois évident pour tous. De sorte que ce qui était valable pour toutes les autres catégories de péchés le devient aussi pour les divorcés remariés. On ne peut que constater que cela se produit. Même si les conditions sont extrêmement étroites, les cas sont de plus en plus nombreux, à proportion de l’éloignement de l’Église. 

Tout en distinguant les situations, Jean-Paul II avait maintenu la règle, pour un motif pastoral et donc par un choix prudentiel, afin d’éviter le scandale. Il n’est donc pas contraire à la doctrine et à la loi divine que le pape François fasse un autre choix prudentiel, tenant compte de ces possibilités de distorsion de la conscience, tout en maintenant la règle d’éviter le scandale (AL 299). Ce n’est pas que l’on permette au pécheur de « s’arranger avec sa conscience » ; c’est qu’il faut désormais partir de beaucoup plus loin pour pouvoir réconcilier un pécheur avec l’Église. Parce que les consciences sont de plus en plus déformées, et qu’il faut donc d’abord les reformer pour leur permettre d’avancer sur un chemin de perfection. Mais le pape est clair sur le fait que tout le monde est appelé à la conversion : « conversion missionnaire » pour les pasteurs ; conversion aux exigences de l’Évangile pour les pécheurs. Simplement, cette conversion ne peut pas être présentée comme un préalable et un obstacle infranchissable ; mais elle doit être le but visé, vers lequel on se dirige résolument, même s’il faut du temps et des étapes pour cela. Dieu a toujours fait ainsi avec son peuple.

Ce qui est sûr, c’est que ce texte est incompréhensible dans le cadre d’une « morale de la loi » qui est celle de Kant ou des jansénistes. Il est parfaitement recevable dans le cadre d’une « morale de la vertu » qui est celle de S. Thomas d’Aquin, doctor communis."

Posté le 7 mai 2016 à 21h46 par Michel Janva | Lien permanent

05 mai 2016

Amoris Laetitia : l'analyse critique de Robert Spaemann

Saint Jean-Paul II l’appréciait en tant que conseiller, Benoît XVI l’apprécie en tant qu’ami, et il est considéré comme le philosophe allemand catholique le plus respecté de ces dernières décennies : Robert Spaemann. Dans un entretien accordé au site germanophone de la Catholic News Agency (CNA), ce professeur émérite de philosophie fait une lecture très critique d’Amoris Laetitia, l’exhortation post-synodale du Pape François, publiée le 8 avril. Un lecteur nous a traduit cet entretien :

Professeur Spaemann, vous avez accompagné de votre philosophie les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Actuellement, de nombreux croyants se demandent s’il est possible de lire l’exhortation Amoris Laetitia du Pape François de manière conforme à l’enseignement de l’Église et de ces deux papes. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

SCela est possible pour la majeure partie, même si la ligne générale permet des interprétations qu’on ne peut pas rendre compatibles avec l’enseignement de l’Église. Cela dit, l’article 305 (en lien avec la note 351) selon lequel des croyants « se trouvant dans une situation objective de péché » peuvent être autorisés à accéder aux sacrements « en raison de circonstances atténuantes » contredit directement l’article 84 de l’exhortation Familiaris Consortio de Jean-Paul II.

Quelle était la position de Jean-Paul II ?

Jean-Paul II met en lumière le fait que la sexualité humaine est un « symbole réel du don de la personne tout entière » et ce « sans limite de temps ou autre ». À l’article 84, il déclare donc sans ambiguïté que les divorcés remariés doivent s’abstenir de relations sexuelles s’ils souhaitent communier. Une modification de la pratique en matière d’administration des sacrements ne serait donc pas un « développement dans la logique de Familiaris Consortio » comme le pense le Cardinal Kasper, mais une rupture avec son enseignement fondamental, tant anthropologique que théologique, sur le mariage et la sexualité humaine. L’Église n’a pas l’autorité, en l’absence de conversion préalable, pour sanctionner positivement, par l’administration de sacrements, des relations d’ordre sexuel désordonnées et de préjuger ainsi de la miséricorde divine. Indépendamment de la manière dont on peut évaluer ces situations sur le plan humain et moral, la porte est fermée sur ce point, comme elle l’est en ce qui concerne l’ordination des femmes.

Ne pourrait-on pas arguer du fait que les considérations d’ordre anthropologique et théologique que vous citez sont certes exactes, mais que la miséricorde divine ne peut être ainsi limitée et qu’elle tient compte de la situation concrète de chaque individu ?

La miséricorde divine est au cœur de la foi chrétienne en l’Incarnation et en la Rédemption. Bien évidemment, Dieu considère chaque être humain selon la situation qui lui est propre. Il connaît chaque personne mieux que celle-ci ne se connaît elle-même. Mais la vie chrétienne n’est pas un cheminement pédagogique par lequel l’homme irait peu à peu vers le mariage comme vers un idéal, ainsi que l’exhortation Amoris Laetitia semble le suggérer à de nombreuses reprises. L’ensemble du domaine des relations, et particulièrement celui de la sexualité, touche la dignité de l’homme, sa personnalité et sa liberté. Il concerne le corps en tant que « temple de Dieu » (1 Cor 6,19). Par conséquent, toute violation dans ce domaine, quelle qu’en soit la fréquence, est aussi une violation de la relation avec Dieu, à laquelle les Chrétiens se savent appelés, un péché contre Sa sainteté, qui exige toujours une purification et une conversion.

La miséricorde divine doit précisément rendre toujours possible cette conversion. Bien évidemment, elle n’est pas liée par des limites particulières, mais l’Église, de son côté, est tenue de prêcher la conversion et elle n’a pas le pouvoir, en administrant les sacrements, de franchir des limites existantes et de faire violence à la miséricorde divine. Ce serait de la présomption. Les clercs qui s’en tiennent à l’ordre existant ne condamnent donc personne, mais considèrent et proclament ses limites par rapport à la sainteté de Dieu. Il s’agit d’une annonce salutaire. Je ne souhaite pas commenter plus avant les insinuations à propos de ceux qui « se cachent derrière l’enseignement de l’Église » et qui « s’assoient sur la chaire de Moïse » pour « jeter des pierres … à la vie des personnes » (article 305). Notons simplement qu’il est fait allusion ici, d’une manière équivoque, à un passage de l’Évangile. Jésus dit bel et bien que les Pharisiens et les scribes sont assis sur la chaire de Moïse, mais il précise que les disciples doivent s’en tenir à ce qu’ils disent et ne pas agir selon leurs œuvres (Math 23,2).

Le Pape François a bien sûr souligné qu’il ne fallait pas se focaliser sur des phrases isolées de son exhortation mais considérer celle-ci dans son ensemble.

À mon avis, il est tout à fait justifié de se concentrer sur les passages précités. Dans le cas d’un document du magistère pontifical, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens se réjouissent d’un beau texte et qu’ils en ignorent des phrases capitales qui modifient l’enseignement de l’Église. On ne peut adopter ici qu’une position claire et nette : c’est oui ou c’est non. Donner la communion ou ne pas la donner : il n’y a pas de position intermédiaire.

Le Saint Père souligne tout au long de son exhortation que nul ne doit être condamné pour l’éternité.

J’ai du mal à comprendre ce qu’il veut dire par là. Il est évident que l’Église ne doit condamner quiconque personnellement, et encore moins pour l’éternité. Grâce à Dieu, elle ne peut d’ailleurs pas le faire. Mais s’agissant des relations d’ordre sexuel qui sont objectivement en contradiction avec la vie chrétienne, j’aimerais que le Pape nous dise après quel laps de temps et dans quelles circonstances un comportement objectivement peccamineux se transforme en une conduite agréable à Dieu.

S’agit-il donc à votre avis d’une véritable rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Église ?

Pour toute personne qui réfléchit et qui connaît les textes en question, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une rupture.

Que l’on soit d’accord ou non, la question se pose : comment en est-on arrivé là ?

La distance critique adoptée par François vis-à-vis de son prédécesseur Jean-Paul II s’est déjà manifestée lorsqu’il l’a canonisé avec Jean XXIII, car il a transgressé pour ce dernier la règle exigeant un deuxième miracle pour toute canonisation. D’aucuns ont estimé, à juste titre, qu’il s’agissait là d’une manipulation. On a eu l’impression que le Pape voulait relativiser l’importance de Jean-Paul II.

Mais le vrai problème réside dans un courant influent de la théologie morale qui prône une éthique de situation, courant que défendaient déjà les Jésuites au XVIIe siècle. Les citations de Thomas d’Aquin rapportées par le Pape dans Amoris Laetitia semblent étayer cette orientation, mais il n’est pas tenu compte du fait que Thomas d’Aquin fait état de comportements objectivement peccamineux qui n’admettent aucune exception situationnelle. En font partie notamment tous les comportements désordonnés d’ordre sexuel. À l’instar de Karl Rahner qui, dans les années 1950 déjà, avait développé à ce sujet, dans un exposé, tous les arguments majeurs encore valables actuellement, Jean-Paul II a rejeté l’éthique de situation et l’a condamnée dans son encyclique Veritatis Splendor. Amoris Laetitia rompt donc aussi avec ce texte du magistère. Dans ce contexte, nous ne devons pas oublier que Jean-Paul II avait lui-même placé son pontificat sous le signe de la miséricorde divine et avait consacré à celle-ci sa deuxième encyclique. C’est lui qui a découvert à Cracovie le journal de Sœur Faustine et a canonisé celle-ci. Il en est l’interprète authentique.

À votre avis, quelles vont en être les conséquences pour l’Église ?

On peut d’ores et déjà prévoir les conséquences : incertitude et confusion, des conférences épiscopales au petit curé dans la forêt vierge. Il y a quelques jours, un prêtre du Congo m’a fait part de son désarroi à l’égard de cette exhortation et du manque de clarté de ses directives. Selon les dispositions correspondantes d’Amoris Laetitia, il est admis, dans des « circonstances atténuantes » non précisées, de donner non seulement aux divorcés remariés mais aussi à toutes les personnes vivant dans une « situation irrégulière » quelle qu’elle soit, sans devoir renoncer à leur comportement sexuel, c’est-à-dire sans confession et sans conversion, la possibilité de confesser d’autres péchés et de communier. Tout prêtre qui restera fidèle à la discipline des sacrements en vigueur jusqu’ici pourra se voir harceler par des croyants et subir une pression de la part de son évêque. Rome sera susceptible d’émettre des directives selon lesquelles seuls pourront être appelés à la fonction épiscopale des clercs « miséricordieux », disposés à s’écarter des règles existantes. Un trait de plume a suffi pour ériger le chaos en principe. Le Pape aurait dû savoir qu’avec une telle démarche, il allait diviser l’Église et la diriger vers un schisme, un schisme qui ne se produirait pas à la périphérie mais au cœur même de l’Église. Que Dieu nous en préserve.

Une chose toutefois me paraît certaine : la réalisation de l’objectif de ce pontificat selon lequel l’Église doit surmonter son repli sur elle-même pour pouvoir aller le cœur libre à la rencontre des gens a été compromise pour une période indéterminée par cette exhortation. Il faut également s’attendre à une progression de la sécularisation et à un nouveau recul du nombre des prêtres dans d’importantes parties du monde. On constate en effet depuis longtemps que les évêques et les diocèses qui affichent une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale comptent aussi le plus grand nombre de vocations sacerdotales. Rappelons-nous les paroles de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : « Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui se préparera au combat? » (1 Cor. 14,8).

Selon vous, que va-t-il se passer à présent ?

Chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est tenu, dans son domaine de responsabilité, de maintenir la discipline catholique des sacrements et de la professer publiquement. Si le Pape n’est pas disposé à apporter des corrections, il appartiendra à un pontificat ultérieur de remettre officiellement de l’ordre."

Posté le 5 mai 2016 à 10h10 par Michel Janva | Lien permanent

04 mai 2016

Amoris Laetitia : le préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi lève des ambigüités

MLe préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, a donné une conférence à l'université Francisco de Victoria à l'occasion de la présentation de son livre La famille, source d'espérance, qui vient d'être traduit en espagnol.

Interrogé sur l'attitude à l'égard des familles en situation irrégulière dont parle l'exhortation du pape François, Amoris laetitia, et plus précisément sur le fait de vivre dans la grâce de Dieu en situation de péché, le cardinal Muller a déclaré :

« Ce n'est pas possible. L'Eglise n'a pas le pouvoir de changer le droit divin, elle ne peut pas changer l'indissolubilité du mariage. On ne peut pas dire “oui” à Jésus-Christ dans l'eucharistie et “non” dans le mariage. C'est une contradiction objective ».

Le pape demande à l'Eglise de penser à la manière dont on peut intégrer ces personnes qui « savent qu'elles vivent dans une situation incorrecte mais qui désirent se rapprocher de l'Eglise ». Le cardinal Müller a précisé que, dans le cas des divorcés remariés par exemple, le « but » doit être qu'ils « se séparent de l'époux illégitime » ou qu'ils vivent toujours ensemble mais dans la chasteté, parce qu’« on ne peut justifier une situation qui va à l'encontre de la loi divine ».

Posté le 4 mai 2016 à 10h05 par Michel Janva | Lien permanent

Si les gens pouvaient voir ce que je vois, ils comprendraient que le diable existe vraiment

L’abbé Henri Forestier (ex-FSSPX et ancien membre de l'Institut du Bon Pasteur) est vicaire de la paroisse de Carnoules et exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon. Il répond aux questions du Rouge & Le Noir. Extraits :

C"[...] Je ne dirai pas que ma vie de prêtre à été changée car j’ai toujours cru à l’existence du diable, mais ma vie a été vraiment marquée par ce ministère. Je crois que c’est facile à comprendre ! Entre croire à l’existence du diable et le voir de ses yeux se manifester devant soi, il y a une vraie différence. On prend alors conscience du combat terrible qui se joue dans ce monde, et de l’aveuglement de tant d’hommes, y compris de chrétiens, qui oublient cela. [...]

Si les gens pouvaient voir ce que je vois, ils comprendraient d’un coup que le diable existe vraiment (le bon Dieu d’ailleurs aussi au passage...) et qu’il est urgent d’orienter sa vie selon ces réalités... Je remarque aussi que les gens qui viennent me voir, et qui sont attaqués par cet Esprit mauvais, vivent souvent mal l’incompréhension habituelle de la part de leurs proches. [...]

Concrètement on parle de possession quand le diable arrive à prendre pouvoir sur le corps de quelqu’un au delà de sa volonté propre. Cela pourra se faire, par exemple, en lui parlant intérieurement, en le faisant bouger lui ou des parties de son corps, ou encore en l’assaillant de suggestions mauvaises, de douleurs ou d’abattements. Dans les cas de moindre attaque du diable on parle d’infestation plutôt que de possession.

Le cinéma, quand il parle de l’exorcisme, aime à montrer des scènes extravagantes et exagère souvent les possibilités d’action diabolique. Il y a effectivement des cas impressionnants, mais la persécution diabolique se fait souvent plus intérieure qu’extérieure, et ne peut toucher que le corps, les images, pensées et sentiments intérieurs sans pouvoir toucher l’âme elle-même et sa liberté propre.

Quant à savoir ce qu’est un démon, il suffit d’ouvrir le catéchisme ! C’est un pur esprit créé par Dieu à l’origine qui s’est révolté contre Lui et qui cherche, encore maintenant à la combattre de toutes les manières. Le diable essaye de faire tout le mal qu’il peut. Il agit principalement dans les suggestions mauvaises pour faire pêcher les hommes, et, exceptionnellement sa persécution s’étend sur la personne qu’il essaye de supprimer autant qu’il le peut par haine de la création de Dieu. [...]"

Posté le 4 mai 2016 à 10h05 par Michel Janva | Lien permanent

03 mai 2016

La communion de certains divorcés remariés : une question pas tranchée ?

Interrogé dans La Nef au sujet d'Amoris Laetitia, Mgr Olivier de Germay, évêque d'Ajaccio répond :

"Les textes du Magistère sont censés éclaircir une question, or là il semble que la question de la communion des divorcés remariés n’est pas clairement tranchée : pensez-vous qu’il y a là une ambiguïté qui mériterait d’être levée ? Et vous-même, y voyez-vous une porte ouverte à la communion de certains divorcés remariés ?

Sur ce point la question n’est pas tranchée, mais Pierre a parlé. Il ne s’agit donc pas maintenant de se demander qui a gagné – encore moins de profiter de ce « flou » pour tirer le texte à soi – mais de chercher à comprendre l’intention du Saint-Père et voir comment la mettre en œuvre. La non-réponse à la question que vous évoquez est selon moi voulue et assumée."

Si le pape ne répète pas noir sur blanc l'enseignement de l'Eglise, il n'en reste pas moins que la question a été tranchée, par Pierre, avec les documents Familiaris Consortio ou Ecclesia de Eucharistia :

"36. La communion invisible, tout en étant par nature toujours en croissance, suppose la vie de la grâce, par laquelle nous sommes rendus « participants de la nature divine » (2 P 1, 4), et la pratique des vertus de foi, d'espérance et de charité. En effet, c'est seulement ainsi que s'établit une vraie communion avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La foi ne suffit pas; il convient aussi de persévérer dans la grâce sanctifiante et dans la charité, en demeurant au sein de l'Église « de corps » et « de cœur »; il faut donc, pour le dire avec les paroles de saint Paul, « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6).

Le respect de la totalité des liens invisibles est un devoir moral strict pour le chrétien qui veut participer pleinement à l'Eucharistie en communiant au corps et au sang du Christ. Le même Apôtre rappelle ce devoir au fidèle par l'avertissement: « Que chacun, donc, s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe » (1 Co 11, 28). Avec toute la force de son éloquence, saint Jean Chrysostome exhortait les fidèles: « Moi aussi, j'élève la voix, je supplie, je prie et je vous supplie de ne pas vous approcher de cette table sainte avec une conscience souillée et corrompue. Une telle attitude en effet ne s'appellera jamais communion, même si nous recevions mille fois le corps du Seigneur, mais plutôt condamnation, tourment et accroissement des châtiments ».

Dans cette même perspective, le Catéchisme de l'Église catholique établit à juste titre: « Celui qui est conscient d'un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d'accéder à la communion ». Je désire donc redire que demeure et demeurera toujours valable dans l'Église la norme par laquelle le Concile de Trente a appliqué concrètement la sévère admonition de l'Apôtre Paul, en affirmant que, pour une digne réception de l'Eucharistie, « si quelqu'un est conscient d'être en état de péché mortel, il doit, auparavant, confesser ses péchés ».

37. L'Eucharistie et la Pénitence sont deux sacrements intimement liés. Si l'Eucharistie rend présent le Sacrifice rédempteur de la Croix, le perpétuant sacramentellement, cela signifie que, de ce Sacrement, découle une exigence continuelle de conversion, de réponse personnelle à l'exhortation adressée par saint Paul aux chrétiens de Corinthe: « Au nom du Christ, nous vous le demandons: laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Si le chrétien a sur la conscience le poids d'un péché grave, l'itinéraire de pénitence, à travers le sacrement de la Réconciliation, devient le passage obligé pour accéder à la pleine participation au Sacrifice eucharistique.

Évidemment, le jugement sur l'état de grâce appartient au seul intéressé, puisqu'il s'agit d'un jugement de conscience. Toutefois, en cas de comportement extérieur gravement, manifestement et durablement contraire à la norme morale, l'Église, dans son souci pastoral du bon ordre communautaire et par respect pour le Sacrement, ne peut pas ne pas se sentir concernée. Cette situation de contradiction morale manifeste est traitée par la norme du Code de Droit canonique sur la non-admission à la communion eucharistique de ceux qui « persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste »."

Posté le 3 mai 2016 à 18h38 par Michel Janva | Lien permanent

02 mai 2016

La "Loi-Travail" (... selon saint Joseph)

Une belle méditation offerte par les Frères de Chémeré sur le mystère du travail humain et chrétien.

 

"En ce début du mois de mai, tous à vos rosaires pour honorer la Reine des Cieux!

PS. Du 5 au 13 mai, n'oubliez pas la neuvaine au Saint-Esprit pour la préparation à la Pentecôte ..."

Les Frères de Chémeré

Posté le 2 mai 2016 à 15h45 par Marie Bethanie | Lien permanent

01 mai 2016

En quoi l'Esprit-Saint est-Il l'âme de l'Eglise ?

Entretien avec le Chanoine Tancrède Guillard, de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté :

Posté le 1 mai 2016 à 07h40 par Michel Janva | Lien permanent

29 avril 2016

Le mariage n'est pas un idéal

Dans le dernier numéro de L'Homme Nouveau, le cardinal Burke livre ses réflexions sur l'exhortation Amoris laetitia. Il écrit notamment :

UNe-1613"[...] On fait fréquemment référence dans ce document à « l’idéal » du mariage. Décrire ainsi le mariage pourrait induire en erreur. Cela pourrait conduire le lecteur à s’imaginer le mariage comme une idée éternelle à laquelle, en raison de circonstances historiques changeantes, l’homme et la femme pourraient plus ou moins se conformer. Mais le mariage chrétien n’est pas une idée : c’est un sacrement qui confère à l’homme et à la femme la grâce de vivre dans un amour réciproque fidèle, permanent et procréatif. Tout couple chrétien qui se marie validement reçoit, dès l’instant du consentement échangé, de vivre l’amour qu’il s’est promis. Parce que nous souffrons tous des conséquences du péché originel, et parce que le monde dans lequel nous vivons défend une conception du mariage complètement différente, les époux subissent les tentations de trahir la réalité objective de leur amour. Mais le Christ leur donne sans cesse la grâce de demeurer fidèle à cet amour jusqu’à leur mort. La seule chose qui puisse limiter leur réponse fidèle c’est leur défaillance à répondre à la grâce qui leur a été donnée dans le sacrement des liens sacrés du mariage. Autrement dit, leur combat n’est pas contre quelque idée qui leur aurait été imposée par l’Église. Leur combat est avec les forces qui voudraient les amener à trahir la réalité de la vie du Christ entre eux. [...]

Certains disent qu’une telle réponse à la séparation ou au divorce relevait d’un héroïsme que le fidèle moyen ne saurait avoir, mais, en vérité, nous sommes, quel que soit notre état de vie, appelés à vivre héroïquement. Le saint pape Jean-Paul II au terme du Grand Jubilé de l’an 2000, et faisant référence aux paroles de Notre Seigneur qui termine le Sermon sur la montagne – « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48) –, nous a enseigné la nature héroïque de notre vie quotidienne dans le Christ, de cette manière :

« Comme le Concile (de Vatican II) lui-même l’a expliqué, il ne faut pas se méprendre sur cet idéal de perfection comme s’il supposait une sorte de vie extraordinaire que seuls quelques “génies” de la sainteté pourraient pratiquer (...). Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce “haut degré” de la vie chrétienne ordinaire : toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction » (Novo Millennio Ineunte, n. 31).

Ayant rencontré des hommes et des femmes qui, malgré une rupture de la vie maritale, sont demeurés fidèles à la grâce du sacrement du mariage, j’ai été le témoin de vies héroïques que la grâce rend possible pour nous chaque jour et tous les jours.

Saint Augustin d’Hippone, prêchant en l’année 417 le jour de la fête de saint Laurent, diacre et martyr, a eu une belle image pour nous encourager à coopérer à la grâce divine que Notre Seigneur nous a obtenue par Sa Passion et Sa mort. Il nous assure que dans le jardin du Seigneur il n’y a pas que les roses des martyrs, il y a aussi les lys des vierges, les lierres des époux et les violettes des veuves. Il conclut que, par conséquent, personne ne devrait désespérer de sa vocation car le « Christ est mort pour tous » (Sermon 304). Puisse la réception d’Amoris Lætitia, en fidélité au Magistère, confirmer les époux dans la grâce du sacrement de mariage, afin qu’ils puissent être un sacrement de l’amour fidèle et constant de Dieu pour nous « depuis le commencement », qui atteignit sa plus complète manifestation dans l’Incarnation rédemptrice de Dieu le Fils. Puisse le Magistère, comme clef de sa compréhension, faire le nécessaire pour que « le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 890)."

Posté le 29 avril 2016 à 08h24 par Michel Janva | Lien permanent

25 avril 2016

Comme au temps de la crise arienne la confusion est arrivée à son comble

Extrait d'un long commentaire de Mgr Athanasius Schneider à "Amoris laetitia" :

"[...] Depuis déjà un certain temps on constate dans la vie de l´Église dans quelques endroits et lieux le fait de l´abus tacite de l´admission des divorcés-remariés à la Sainte Communion sans leur demander de vivre en continence parfaite. Les affirmations peu claires dans le chapitre VIII de l´AL ont donnés un nouveau dynamisme aux propagateurs déclarés de l´admission des divorcés-remariés à la Sainte Communion en cas singulier. 

On constate maintenant le phénomène que l´abus commence à se répandre davantage dans la pratique en se sentant en quelque sorte légitimé. En outre on constate la confusion en respect de l´interprétation spécialement des affirmations concernées du chapitre VIII de l´AL. La confusion est arrivée à son comble en ce que tout le monde, tant les partisans de l´admission des divorcés-remariés à la Sainte Communion que leurs opposants déclarent : «La doctrine de l´Église en cette matière n´a pas été changée«. 

Tenant dûment compte de différences historiques et doctrinales, notre situation montre quelques semblances et analogies avec la situation de la confusion générale de la crise arienne dans le 4-ième siècle. À l´époque la foi apostolique et traditionnelle dans la vraie divinité du Fils de Dieu a été garantie en moyen de l´expression « consubstantiel« (« homoousios«), dogmatiquement proclamée par le Magistère universel du Concile de Nicée I. La profonde crise de la foi avec la confusion presque universelle a été provoquée principalement par le refus ou l´esquive d´user et professer la parole « consubstantiel« (« homoousios«). Au lieu de cela on a commencé au milieu du clergé et principalement de l'épiscopat de proposer des expressions alternatives qui en fin de compte étaient ambiguës et imprécises comme p.ex. « semblable dans la substance« (« homoiousios« ) ou simplement « semblable« (« homoios »). La formule « homoousios« du Magistère universelle de ce temps exprimait la pleine et vraie divinité du VERBE d´une façon tellement précise de ne laisser plus aucune espace à une interprétation équivoque. 

Dans les années 357 – 360 presque l´entier épiscopat était devenue arien o semi-arien à cause des faits suivants : en 357 le pape Libère a signé une des formules ambiguës de Sirmium, dans les quelles était écarte l´expression « homoousios«, en outre le pape a excommunié scandaleusement saint Athanase. Saint Hilaire de Poitiers était l`unique évêque qu´avait fait des graves répréhensions au pape Libère à cause de tels actes ambiguës. En 359 les synodes parallèles de l´épiscopat occidental en Rimini et celui de l´épiscopat oriental en Seuleukia avaient accepté des formules pleinement ariennes, qui étaient encore pire que la formule ambiguë signé par le pape Libère. Décrivant cette situation confuse de cette époque saint Jérôme avait formulé: «Tout le monde fut surpris de se voir devenu arien« («Imgemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est« : Adv. Lucif., 19).

On peut dire que à notre époque si a déjà commencé à établir une confusion en regard de la discipline sacramentelle pour les divorcés-remariés. Existe donc un fondement réel que la confusion peut atteindre une ampleur vraiment vaste, si on évite de proposer et proclamer la suivante formule du Magistère universelle et infaillible : « La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux« (S. Jean Paul II, Familiaris consortio, 84). Cette formule est malheureusement et incompréhensiblement absente dans l´AL. L`AL contient cependant inexplicablement la suivante affirmation: « Dans ces situations (des divorcés-remariés), connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter ‘‘comme frère et sœur’’ que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis« (AL, 298, n. 329). Une telle affirmation laisse l´impression d´une contradiction avec l´enseignement pérenne du Magistère universel, tel comme il a été formulé dans le lieu cité de la Familiaris consortio 84.

Il est urgent que le Siège Apostolique confirme et proclame de nouveau peut-être sous la forme d´une interprétation authentique de l´AL la formule citée de Familiaris consortio 84. Cette formule peut être considérée dans une certaine mesure l´ »homoousios » de nos jours. L´absence d´une telle confirmation officielle et explicite de la formule de Familiaris consortio 84 de la part du Siège Apostolique pourrait contribuer à une majeure confusion dans la discipline sacramentelle avec ses répercussions graduelles et inévitables dans le domaine doctrinale. De cette manière serait crée une situation à laquelle on pourra appliquer en futur la suivante constatation: « Tout le monde fut surpris de se voir accepté en pratique le divorce« («Ingemuit totus orbis, et divortium in praxi se accepisse miratus est«).

Une confusion dans la discipline sacramentelle en regard des divorcés-remariés avec ses répercussions inévitablement doctrinales contredirait la nature de l´Église Catholique, telle comme elle étaient décrite par saint Irénée dans le deuxième siècle: «L'Église, ayant reçu cette prédication et cette foi, bien que dispersée dans le monde entier, les garde avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et qu'un même cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche » (Adversus haereses, I, 10 , 2).

Le Siège de Pierre, c´est à dire le Souverain Pontife est le garant de l´unité de la foi et de la discipline sacramentelle apostolique. Tenant compte de la confusion dans la pratique sacramentelle en regard des divorcés-remariés et de l´interprétation de l´AL au milieu des prêtres et des évêques, on peut considérer légitime un appel à notre cher pape François, le Vicaire du Christ et « le doux Christ en terre« (sainte Catherine de Sienne), afin qu´il ordonne la publication d´une interprétation authentique de l´AL, laquelle devrait contenir nécessairement la proclamation explicite du principe disciplinaire du Magistère universel et infaillible en regard de l´admission des divorcés-remariés aux sacrements, tel comme il a été formulé dans Familiaris consortio 84. 

Dans la grande confusion arienne du 4-ième siècle saint Basile le Grand avait fait un appel urgent au pape de Rome d´exercer par sa parole une direction claire afin qu´il y aurait enfin unité dans la pensée de la foi et de la charité (cf. Ep. 70).

Une interprétation authentique de l´AL de la part du Siège Apostolique apportera pour toute l´Église une clarté dans la joie («claritatis laetitia«). Une telle clarté garantira un amour dans la joie («amoris laetitia«), un amour et une joie qui ne seraient pas « selon la pensée des hommes, mais selon la pensée de Dieu » (Mt 16, 24). Et c'est cela qui compte pour la joie, la vie et le salut éternel des divorcés-remariés et de tous les hommes."

Posté le 25 avril 2016 à 18h50 par Michel Janva | Lien permanent

24 avril 2016

Au temps des crises profondes, la Providence utilise les plus humbles pour sauver l'intégrité de la foi

ImagesJeanne Smits propose sur son blog une traduction d'un entretien accordé au mois de mars par Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana (capitale du Kazakhstan), à l’association hongroise John Henry Newman. L'entretien est long mais très intéressant car il traite de sujets très divers mais cruciaux pour la vie de l'Eglise. Les passages que j'ai sélectionnés (même si tout l'entretien est à lire dans l'article original) concernent plus particulièrement ce que nous sommes : des laïcs catholiques, et leur place, et leur rôle dans l'Eglise, ainsi qu'un sujet crucial pour nous au quotidien : le rapport de la foi catholique avec l'islam.

[...] "Aujourd'hui, les fidèles catholiques font l'expérience de la faiblesse et des dysfonctionnements du magistère : sans exagération j'ose dire que dans les médias officiels catholiques on peut entendre lire et voire des erreurs grossières, des ambiguïtés, et même des hérésies de la bouche de prêtres de haut rang, hélas, et même d'évêques et des plus hauts dignitaires de l'Eglise, quasiment chaque jour. Une partie significative des déclarations officielles — même depuis les plus hautes sphères — sème la confusion, et contradictoire, trompant de nombreux fidèles. Que doivent faire les fidèles catholiques en ces temps difficiles ? Comment pouvons-nous rester fermes dans la foi dans cette situation ? Quel est notre devoir ?

— Au cours de l'histoire de l'Eglise il y a toujours eu des temps de crise profonde de la foi et de la morale. La crise la plus profonde, la plus dangereuse a été sans aucun doute la crise arienne au quatrième siècle. C'était une attaque mortelle contre le mystère de la très Sainte Trinité. En ces temps-là, ce furent quasiment les simples fidèles qui ont sauvé la foi catholique. Dans son analyse de cette crise, le bienheureux John Henry Newman a dit que c'était l’ecclesia docta (l'église enseignée, c'est-à-dire les fidèles qui reçoivent l'instruction du clergé) plutôt que l’ecclesia docens (ceux qui détiennent le magistère ecclésiastique) qui a sauvé l'intégrité de la foi catholique au quatrième siècle. Au temps de crises profondes la divine Providence aime à utiliser les plus simples et les plus humbles pour démontrer l'indestructibilité de son Eglise. Cette affirmation de saint Paul peut également être appliquée à la situation interne de l'Eglise : « Mais Dieu a choisi les moins sages selon le monde, pour confondre les sages ; il a choisi les faibles selon le monde, pour confondre les puissants » (1 Cor 1, 27). Lorsque les simples fidèles constatent que les représentants du clergé, et même du haut clergé, laissent à l’écart la foi catholique et proclament l'erreur, ils doivent prier pour leur conversion, ils doivent réparer les fautes du clergé à travers le témoignage courageux de la foi. Parfois, les fidèles doivent également conseiller et corriger le clergé, mais toujours avec respect, c'est-à-dire en suivant le principe du sentire cum ecclesia, ainsi que l’ont fait par exemple sainte Catherine de Sienne ou sainte Brigitte de Suède. Dans l'Eglise nous constituons tous un seul corps, le corps mystique du Christ. Lorsque la tête (le clergé) est défaillant, les autres membres doivent essayer de renforcer le corps tout entier. En définitive, l'Eglise est guidée par la tête invisible qui est le Christ, et elle est animée par son âme invisible qui est le Saint-Esprit. C'est pourquoi l'Eglise est indestructible."[...]

Sur l'islam et les pseudo "religions du Livre" :

"L'islam est la religion la plus communément pratiquée au Kazakhstan. Traditionnellement, les Kazakhs ethniques sont des musulmans sunnites. Quelle est votre expérience du dialogue avec eux ? L'islam, dit-on, est similaire au christianisme ou au judaïsme parce qu'il croit en un seul Dieu, et ainsi le monothéisme est supposé constituer la base du dialogue. Mais est-ce réellement cela ? Est-il possible d'engager un dialogue théologique profond avec eux ? Allah est-il la même chose que la Sainte Trinité ? Peut-il y avoir une base de dialogue théologique si l'islam hait la foi en l'Incarnation ?

Il y a aussi de la confusion lorsque l'on dit que les Juifs, les musulmans et les chrétiens suivent des religions monothéistes. Cela porte vraiment à confusion. Pourquoi ? C’est que nous, chrétiens, nous croyons toujours non seulement en un seul Dieu, mais au Dieu trine, en Dieu, la très Sainte Trinité. Nous ne croyons pas seulement en un seul Dieu comme toute personne humaine peut le faire à la lumière de la raison naturelle. Les Juifs et les musulmans croient en un seul Dieu qui est une seule personne. C'est une hérésie, ce n'est pas vrai. Dieu n'est pas une personne, Dieu est trois personnes. Et qui plus est, ils n'ont pas la foi parce qu'ils croient seulement que Dieu est un, mais cela ne requiert pas la foi, seulement la raison naturelle. Il y a le dogme de la foi qui déclare qu'à la lumière naturelle de la raison naturelle chaque personne peut reconnaître que Dieu est un. Nous avons une foi surnaturelle, et c'est une différence substantielle.

Objectivement, Dieu, que nous connaissons par la raison, est évidemment la Sainte Trinité. Mais les Juifs et les musulmans n'acceptent pas la Sainte Trinité. Ainsi nous ne pouvons pas prier ensemble parce que leur culte manifeste leurs conviction qu'il y a un seul Dieu, une seule personne. Mais nous, chrétiens, nous adorons toujours Dieu en trois personnes. Toujours. Et donc nous ne pouvons pas rendre le même culte. Ce ne serait pas véridique. Ce serait une contradiction et un mensonge.[...]

Comment voyez-vous la crise des migrants en Europe ? Quelle est l'attitude catholique correcte à son égard ?

— C'est un problème plus ou moins politique. Ce n'est pas la première tâche des évêques que de faire des déclarations politiques. Mais en tant que personne privée, et non en tant qu'évêque, je dirais que la soi-disant « migration » a été planifiée et programmée de manière artificielle, on peut même parler d'une forme d'invasion. Certaines puissances politiques globales l’ont préparée il y a de longues années déjà, en créant la confusion et les guerres au Proche-Orient, en « aidant » ses terroristes ou sans s'y opposer de manière officielle ; ainsi – d'une certaine façon – elles ont contribué à cette crise. Déplacer une telle masse de gens, qui sont pour la plupart musulmans et qui appartiennent à une culture très différente vers le cœur de l'Europe, est problématique. Ainsi un conflit programmé se trouve-t-il en Europe et la vie civile et politique est déstabilisée. Cela doit être évident aux yeux de tous."[...]

(Lire tout l'entretien ici)

Posté le 24 avril 2016 à 17h12 par Marie Bethanie | Lien permanent | Commentaires (3)

21 avril 2016

Amoris laetitia : y a-t-il une bonne manière de vivre l’adultère ?

Dans le dernier numéro de L'Homme Nouveau, Thibaud Collin revient sur Amoris Laetitia. Extrait :

UNe-1613"[...] Ce texte pose bien sûr de nombreuses questions de compréhension. Tout d’abord le Pape utilise ici pour décrire la situation de personnes vivant dans l’infidélité conjugale un vocabulaire jusque-là réservé au mariage sacramentel (fidélité, don de soi généreux, engagement chrétien). La fin de la citation de Familiaris consortio renvoie elle-même à la note suivante censée l’expliciter : « Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter “comme frère et sœur” que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité “la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis” (Gaudium et spesn. 51) ». Le Pape semble donc légitimer le fait que la continence jusque-là exigée par l’Église aux divorcés remariés, justement dans le n. 84 de Familiaris consortio, puisse mettre en danger leur « fidélité », comme le dit la constitution conciliaire qui parle des époux et non des divorcés remariés !

Ma question est donc : y a-t-il un devoir de fidélité des divorcés remariés l’un envers l’autre, alors même qu’ils sont conscients d’être dans une situation irrégulière ? Autrement dit, y a-t-il une bonne manière de vivre l’adultère, bonne manière qui pourrait amener un discernement positif pour accéder aux sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie ? La continence demandée aux divorcés remariés par Familiaris consortio, rappelons-le, n’est pas une condition que l’Église met pour reconnaître la validité d’une nouvelle union (car cela remettrait ipso facto en question l’indissolubilité du mariage) ; c’est ce que l’Église demande pour que les divorcés remariés ne pouvant pas se séparer pour une grave raison (principalement l’éducation de leurs enfants) assument en vérité leur situation face à Dieu. Dans l’extrait cité plus haut (n. 298), le texte laisse entrapercevoir ce que certains, en 1968, nommaient un « conflit de devoirs » pour relativiser les exigences normatives d’Humanæ vitæ : « une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes. » On ne sait pas si le Pape ne fait que décrire le vécu psychologique de certains fidèles ou bien s’il reconnaît une possible contradiction entre les exigences morales et qu’ainsi seul l’accompagnement peut permettre au fidèle de discerner au cas par cas ce qui est bon pour lui. Le présupposé de tout ce problème est de voir la continence comme une exigence surnaturelle, réservée à ceux qui ont reçu un charisme de l’Esprit Saint pour la vivre. Or la continence est la manière ordinaire d’assumer sa sexualité en respectant la vérité du langage de son corps sexué lorsqu’on ne vit pas dans le mariage (veuvage, célibat, séparation). Penser le contraire implique, en réalité, une vision très élitiste de la continence vivable par ceux-là seuls qui sont appelés par Dieu mais impossible pour le plus grand nombre.

Un itinéraire d’accompagnement

Ensuite le Pape aborde, en reprenant le texte de la Relatio finalis 2015 (n. 86), cet itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu. Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir. Étant donné que, dans la loi elle-même, il n’y a pas de gradualité (cf. Familiaris consortio, n. 34), ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église. Pour qu’il en soit ainsi, il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite » (n. 300). Puis vient la liste de différentes circonstances atténuantes dans le discernement pastoral et l’affirmation classique de la distinction entre la moralité objective et l’imputabilité subjective. « Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les“valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute. » (n. 301)

Toute la question est de savoir si cette distinction peut réellement s’appliquer à des personnes divorcées et remariées, a priori conscientes et responsables de leur engagement, et si la non imputabilité subjective peut devenir une raison déterminante ouvrant à la réception des sacrements au terme d’un dialogue pastoral. N’est-ce pas, de plus, le rôle du pasteur que de rappeler les paroles du Christ sur le mariage et d’appeler à la conversion celui qui ne vit pas dans les commandements de Dieu ? Peut-il prendre la non imputabilité subjective du fidèle comme la norme objective de son accès aux sacrements ? Le Pape suivant toujours la Relatio finalis 2015 s’appuie ici sur un texte du Conseil pontifical pour les textes législatifs en en retournant le sens obvie.

Un simple jugement de la conscience

Remettons la citation dans son contexte, celui de l’interprétation à donner au canon 915 sur les conditions d’admission à la communion eucharistique : « La formule “et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste” est claire et doit être comprise d’une façon qui n’en déforme pas le sens, en rendant la norme inapplicable. » Une des conditions requises est que « le péché grave soit compris objectivement, parce que de l’imputabilité subjective le ministre de la communion ne peut juger. » Ainsi ce qui était perçu jusque-là selon l’objectivité de l’ordre sacramentel semble pouvoir se contenter d’un jugement de la conscience au for interne. Comment comprendre dès lors l’articulation de ce que présuppose cette nouvelle méthode pastorale avec les fondements de la morale catholique telle qu’elle est exposée dans Veritatis splendor ? Cette question nous semble légitime. Ne doutons pas que la Congrégation pour la Doctrine de la foi donne des éclaircissements pour lire ce chapitre comme il doit être lu, dans sa continuité doctrinale."

Posté le 21 avril 2016 à 16h25 par Michel Janva | Lien permanent

19 avril 2016

L’enfouissement des chrétiens en Occident, un crime contre l’humanité

Une très belle tribune de Cyril Brun, à lire en entier sur Riposte catholique :

[...] "Refoulé toujours plus dans une sphère privée de plus en plus étroite, ce qui a trait au religieux tousse çà et là et secoue de spasmes incontrôlés la vieille carcasse humaine que la camisole idéologique et doctrinale ne sait plus comment contenir ni maîtriser. Le sentiment religieux est une donnée naturelle de l’homme que l’athéisme, pas plus que la laïcité ne peuvent comprendre et moins encore admettre. Ce sentiment, cette religiosité n’est pas une donnée facultative de l’équation humaine, ni une variable d’ajustement d’un vivre ensemble rendu impossible par le relativisme même qu’impose la camisole athée.[...]

Voilà bien une chose que ne peuvent admettre les tenants de l’humanisme athée et leurs corolaires, moins humanistes et plus athées, l’homme ne peut être heureux sans Dieu. Et c’est de cette privation dont le monde étouffe, se noie et se suicide collectivement. Partout pourtant, c’est pour les hérauts de la laïcité que le glas s’est mis à sonner.  Marquant le pas lent et serein de la marche inexorable vers la fosse, la cloche funeste vibre de tous côtés, car de leurs tombeaux sortent les moribonds affamés de Dieu, privés de leur quête la plus précieuse. Les hommes, de plus en plus, hurlent leur besoin de Dieu. Distinctement ou non, directement ou non, consciemment ou pas, volontairement ou malgré eux, les créatures déshumanisées par des décennies, voire des siècles de privation de la présence divine, s’arrachent aux perfusions anesthésiantes des apprentis sorciers de tous crins.

Oui, bon gré mal gré, l’humanité secoue cette chape idéologique qui l’a dressée des années durant contre Dieu. Partout nous voyons se multiplier les revendications religieuses qu’elles soient catholiques, bouddhistes, musulmanes, protestantes ou encore shintoïstes. Le désir de Dieu refait surface et jusque dans la violence intégriste ou la simple quête intérieure. La laïcité n’a plus pour se défendre que des lois rigides, des gardes-chiourmes idéologiques du système carcéral post moderniste. C’est un fait, la laïcité a perdu. L’homme religieux s’en émancipe chaque jour davantage.

Les attentats du 13 novembre ne sont qu’une des éructations de ce soubresaut religieux. Les Manifs pour tous sont une douce démonstration de cette émancipation. La préoccupation des DRH quant au « fait religieux en entreprise » est un signe fort en miroir des couperets maçonniques anti-crèches.  Oui le monde, jusque-là anesthésié, se réveille petit à petit et cherche de plus en plus à respirer l’air divin.[...]

Dans ce monde en déshérence, où les hommes avancent à tâtons sans connaître ni le chemin, ni la destination, sans même voir l’un ou l’autre, il est urgent de multiplier les voix qui crient dans le désert. A l’heure où le désir de Dieu revient à fleur de peau, il est indispensable de montrer l’agneau dans sa gloire. Mettre la lampe sous le boisseau n’est rien moins que non-assistance à personne en danger. Il n’est pas de plus pressante urgence que de redonner Dieu au monde. La vocation du laïc, plus encore, de nos jours, que celle du prêtre, est d’éclairer le monde qui l’entoure, au travail, dans la société, en famille. Le pape François invite à aller aux périphéries. Mais soyons sérieux, ce n’est pas le monde qui se trouve à la périphérie, c’est nous qui sommes satellisés autour d’un monde que nous avons déserté, fui parfois, dont nous avons été peu à peu chassés. Pourtant ce monde nous y travaillons, nous côtoyons des centaines de personnes qui n’iraient jamais voir un prêtre. Bien souvent, nous sommes pour eux l’unique possibilité d’entrevoir cette lumière que leur cœur désir, à laquelle leur âme aspire.

« Vous êtes la lumière du monde » ! Ne soyons pas orgueilleux ou à l’inverse misérabilistes. Nous sommes la lumière du monde si nous reflétons, transmettons la gloire de Dieu, entendons, si nous la révélons aux hommes qui la cherchent dans la nuit. Ne nous y trompons pas, la doctrine sociale de l’Eglise c’est d’abord cette lumière qui brille dans la nuit. Du reste, son but n’est autre que de conduire l’homme à Dieu, parce que cette doctrine n’est pas un ensemble de recettes magiques ou miracles, c’est un éclat de cette lumière qui balise le chemin du Ciel.

Alors plus que jamais, au moment où nos contemporains laissent remonter du plus profond d’eux-mêmes, parfois avec violence, leur désir de Dieu, nous devons en finir avec cet enfouissement qui n’est autre qu’un crime contre l’humanité. Au contraire, vivons entre ciel et terre, toujours dans l’esprit de l’avent, contemplant sans cesse cette gloire pour y puiser la lumière que nous devons rayonner. Alors nous-mêmes deviendrons lumière, irradiée par la lumière. Alors nous aurons le pouvoir de changer le monde bien plus que par n’importe quel programme social ou politique. C’est même puisant à cette source divine que nous pourrons inspirer une politique nouvelle, elle-même entre ciel et terre, c’est-à-dire les pieds dans la glaise, l’âme tendue vers le ciel."

Posté le 19 avril 2016 à 21h59 par Marie Bethanie | Lien permanent

Toulon 22 avril : adoration de l'Alliance Saint Jean-Marie Vianney

445abf_9bec4780d0ee4d56bedb80c6ba4de50bAIMER,REPARER, CONSOLER LE COEUR SACERDOTAL DE JESUS
 
Communiqué de l'Alliance Saint Jean-Marie Vianney :
 
"L'Alliance Saint Jean-Marie Vianney se réunit vendredi prochain, le 22 avril à 20h, à l'Immaculée Conception de Toulon, en réparation des fautes graves sacerdotales et des nombreuses profanations en France de ce mois-ci.
Notre évêque, Monseigneur Dominique Rey, nous accorde d'adorer en présence d'une relique de St Jean-Marie Vianney, une étole lui ayant appartenu.
Nous venons de recevoir la bénédiction de Mgr Aillet."
L'Alliance saint Jean-Marie Vianney consiste en un groupe de volontaires qui se relaient à tour de rôle toutes les 24h pour jeûner et prier en faveur des prêtres et de leur sacerdoce éternel, des diacres, des séminaristes, des religieux vivants ou au purgatoire et en réparation pour les outrages envers l'Eucharistie.

Posté le 19 avril 2016 à 16h38 par Marie Bethanie | Lien permanent

18 avril 2016

Miracle eucharistique en Pologne

Lu sur le blog d'Yves Daoudal :

"L’évêque de Legnica, Mgr Zbigniew Kiernikowski, a annoncé par le communiqué ci-dessus, daté du 10 avril, la reconnaissance d’un miracle eucharistique dans l’église Saint-Hyacinthe de la ville.

Le jour de Noël 2013, une hostie était tombée par terre au moment de la communion. Elle fut mise dans de l’eau, comme on le fait de plus en plus, afin qu’elle se dissolve. Mais au lieu de se dissoudre il apparut des taches rouges. Mgr Stefan Cichy, qui était alors l’évêque de Legnica, nomma une commission pour étudier le phénomène. Un fragment de l’hostie fut prélevé et envoyé au laboratoire de médecine légale. Lequel a conclu qu’il s’agissait d’un fragment de muscle strié « très similaire au myocarde avec des altérations qui apparaissent souvent pendant l’agonie ». L’analyse ADN a conclu qu’il s’agit de myocarde humain.

En janvier dernier, le nouvel évêque, Mgr Kiernikowski, a envoyé ces conclusions à la congrégation pour la doctrine de la foi. Et, conformément aux recommandations reçues de Rome, il a demandé au curé de la paroisse que soit aménagé un endroit approprié pour l’adoration de la « Relique ».

Il conclut : « J’espère que cela servira à approfondir le culte de l’Eucharistie et aura un effet en profondeur sur la vie des gens qui se trouveront en face de la Relique. Nous voyons le Signe mystérieux comme un acte extraordinaire d’amour et de bonté de Dieu, qui vient vers hommes dans une suprême humiliation. »"

Posté le 18 avril 2016 à 15h41 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (11)

Amoris laetitia : l'analyse de l'Abbé de Tanoüarn

Maxresdefault-e1460645497491Cofondateur de l'Institut du Bon Pasteur à la demande de Benoît XVI, docteur en philosophie, l'Abbé de Tanoüarn est aujourd'hui directeur du Centre Saint-Paul et de Monde & Vie. Il livre sa lecture personnelle de l'exhortation apostolique Amoris Laetitia :

[...] "[F]ace à l’herméneutique de continuité qu’a proposé le pape Benoît, François propose lui une herméneutique de la miséricorde. Non pas la miséricorde qui ferait systématiquement moins cher, non pas la miséricorde qui chercherait à casser les prix pour prétendre que tout se vaut et conclure que rien ne vaut, non ! Mais la miséricorde qui est l’amour unique que Dieu porte à chacun d’entre nous, la miséricorde qui est une grâce et nous pousse en avant, la miséricorde qui non seulement ne casse pas les prix mais nous rend plus chers aux yeux de Dieu, qui que nous soyons. Il me semble que l’herméneutique de continuité, saluée à plusieurs reprises par le pape François, appelle cette herméneutique de la miséricorde, loin de lui être contraire. Il y a un secret providentiel dans la succession des deux derniers pontificats et dans leur profonde complémentarité dans la vérité. Il fallait toute l’insistance pédagogique de Benoît XVI pour se ressaisir de la vérité dans sa splendeur (Jean-Paul II) dans sa centralité. Mais maintenant, avec François, nous découvrons que « la vérité qui ne se tourne pas en amour est une idole ». Benoît XVI lui-même justement ne parlait-il pas de « la charité dans la vérité », caritas in veritate ?

Discerner ce qui est bon et s’en tenir

Jean-Paul II était, sans problème le Curé de l’univers et Dieu sait s’il a fait tourner la boutique ! Le pape François, de façon encore plus ambitieuse, conçoit son rôle comme celui d’un directeur de conscience universel. Il prêche au monde les exercices spirituels de saint Ignace. Il essaie de s’adresser à chacun et de lui dire ce qu’il doit faire pour avancer vers Dieu. Pas question de lui fermer la porte au nez ! Il faut le conduire, par un chemin personnel. Ce n’est pas facile pour un pape de prendre cette attitude, que l’on rencontre surtout au confessionnal.[...]

François veut être aussi l’homme de chacun, prenant les gens là où ils en sont. Son maître mot est celui de saint Ignace : le discernement. Il s’agit pour lui d’aider ceux qui s’approchent de lui, fidèles ou non, à discerner ce qui est bon dans leur vie et à s’y tenir. Il tend à les aider à faire l’expérience de Dieu, comme le fait le prédicateur des Exercices spirituels de saint Ignace, qui enseigne toujours la deuxième annotation de ces Exercices : « Ce n’est pas le fait de savoir beaucoup qui remplit et satisfait l’âme, mais le fait de sentir et de savourer les choses intérieurement » (AL 207).[...]

La maternité de l’Église

Au fond le document du Pontife semble bien faire l’unanimité. Il se rattache à la grande tradition jésuite de la casuistique, c’est-à-dire non du mépris de la loi, mais de l’application de la loi à chaque personne. Comme Dieu s’adresse à chaque personne dans un face-à-face amoureux, parce qu’il nous connaît personnellement et intimement, mieux encore que nous ne nous connaissons nous-mêmes, ainsi l’Église de François voudrait pouvoir s’adapter à chaque cas. Un long texte de saint Thomas d’Aquin est cité en ce sens : « Je demande avec insistance que nous nous souvenions toujours de cet enseignement et que nous apprenions à l’intégrer dans le ministère pastoral » (AL 304), insiste le Saint-Père. On peut résumer ce texte thomasien (IaIIae Q94 a4) en une phrase : « Plus on entre dans les détails plus les exceptions se multiplient ». On sait que ce qui intéresse le Pape, ce sont ces exceptions, ou plutôt c’est nous, dans le détail de notre vie intérieure, nous sommes tous des exceptions. La maternité de l’Église – c’est le pari du nouveau pontificat – est capable de traiter chaque personne de manière exceptionnelle, non seulement en appliquant la loi (qui reste toujours dans le général) mais en connaissant chacune de ses brebis à l’image du Bon Pasteur lui-même. « Un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations irrégulières comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. C’est le cas des cœurs fermés qui se cachent derrière les enseignements de l’Église pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité… » (AL 305). Une fois de plus, le pape s’en prend ici à ces chrétiens pharisiens, qui risquent de s’entendre dire : « Engeance de vipères… ».[...]

Enseigner de façon christique

On l’aura compris, ce qui est nouveau dans cette exhortation apostolique, ce n’est pas le fond, c’est l’esprit dans lequel l’enseignement millénaire est transmis. Cet esprit est un esprit plus évangélique, plus proche de chacun et en même temps plus imprégné de la certitude qu’il n’y a pas dans l’Église d’un côté les bons et de l’autre côté les pécheurs, mais que nous sommes tous pécheurs et que le Christ est venu « non pour les justes mais pour les pécheurs ». Pour François l’enjeu est considérable : il s’agit de montrer aux populations d’Amérique latine, tentées par l’évangélisme américain, que l’Église catholique est plus évangélique que les évangélistes. Elle garde sa morale millénaire, elle ne peut enseigner une autre morale que celle du Christ, mais elle doit l’enseigner de façon christique.

Certains adversaires de l’exhortation se sont focalisés sur deux lignes du numéro 305 et sur la note qui suit. Je cite : « Il est possible que dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église ». Et la note poursuit : « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements ». En omettant de lire la précision entre tirets, sur la situation objective de péché qui n’est pas subjectivement imputable, et en confondant « vivre dans la grâce », recevoir des grâces (actuelles) et « être en état de grâce », certains vont jusqu’à dire (je l’ai entendu de mes oreilles par un prêtre au cours d’une conférence donnée au Centre Saint Paul) que le Pape par ces quelques lignes, remet en question toute la théologie catholique de l’état de grâce et du péché mortel. Il ne parle pourtant ni de l’un ni de l’autre.

De l’importance de la subjectivité de chacun

En réalité, le Souverain Pontife veut s’adresser à chaque fidèle comme un sujet libre, qui a sa propre histoire, ses difficultés mais aussi sa lumière propre."[...]

Il est nécessaire d’envisager un double enseignement : d’une part le péché est objectif, le mal est objectif, le péché et le mal sont en cela une seule et même chose (ce que Mgr Lalanne avait paru oublier à propos de la pédophilie dans une émission récente de RCF) et voilà l’article six ; et d’autre part, nous devons avoir égard à la subjectivité pécheresse, soit qu’elle aggrave son propre péché par une intention plus mauvaise que l’acte matériel qui est le sien, soit qu’elle diminue ou même qu’elle excuse la gravité de son crime par une forme d’ignorance non-coupable de sa part, c’est le sens du terrible article cinq.

Le Pape, directeur de conscience universel, en ces temps de crise ecclésiale et de pénurie de prêtres, s’adresse ou veut s’adresser à chacun d’entre nous, car, comme le disait Benoît XVI dans un autre contexte, « nul n’est de trop dans l’Église ». Il prend chacun là où il est et ne songe pas à imposer d’emblée tout un code moral exigeant à ceux qui ne le connaitraient pas. Là encore, Thomas d’Aquin nous donne une grande leçon de souplesse, expliquant dans la IIIa Pars de sa Somme théologique, que tout homme est membre, au moins en puissance, du Corps mystique du Christ qui est l’Église.

C’est dans cette universalité ecclésiale revendiquée, c’est dans un esprit missionnaire (et non dans un confessionnalisme étriqué) qu’il faut lire l’exhortation apostolique sur la Joie de l’amour."

Posté le 18 avril 2016 à 14h50 par Marie Bethanie | Lien permanent

La miséricorde, atout cœur dans le jeu de Dieu

Pour ceux qui y étaient et ne rêvent que de le ré-entendre. Pour tous ceux qui, comme nous, n'ont pas pu être présents ce soir-là à Saint-Sulpice, voici l'enseignement donné par le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine il y a quelques jours. A méditer sans modération !

 

Posté le 18 avril 2016 à 11h59 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (5)

17 avril 2016

Pourquoi l’Esprit-Saint peut-Il nous aider à devenir saint ?

Entretien avec l'abbé Guilhem de Labarre, de la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté :

Posté le 17 avril 2016 à 09h33 par Michel Janva | Lien permanent

15 avril 2016

Amoris Laetitia ne doit pas légitimer l’accès des personnes divorcées remariées à la communion

Le Père Bernard Domini, modérateur de la Famille Missionnaire de Notre-Dame nous communique des clés de lecture pour lire Amoris Laetitia :

Mqdefault"Le vendredi 8 avril a été publiée l’exhortation apostolique du Pape François Amoris Laetitia, La joie de l’amour. Elle a déjà beaucoup fait parler d’elle et a suscité des commentaires et des réactions très contradictoires.

Dans ce texte, le Pape François a voulu réaffirmer la beauté inestimable de la famille pour le monde d’aujourd’hui, et la valeur intangible du mariage indissoluble. Jésus l’a affirmé dans l’Évangile et a fait remonter cette indissolubilité au commencement de la Création. « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19, 6). Cette vérité demeure aujourd’hui et pour tous les temps ; elle vaut partout et pour tous. Certains, pour bien des raisons, ont connu des blessures, et l’Église, comme elle l’a toujours fait, se penche avec amour sur toutes les familles blessées et divisées pour les aider et les soutenir.

Mais elle rappelle aussi le sixième commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère. » Ce faisant, elle ne condamne personne, mais, « miséricordieuse comme le Père », elle invite à la conversion et à la guérison. Le Pape François nous demande d’aider toutes ces personnes à cheminer vers une plus authentique réalisation de la volonté de Dieu. En tant qu’apôtres de l’Amour, à la suite de nos Fondateurs, nous voulons y collaborer généreusement avec toute l’Église.

Si certains passages de l’exhortation peuvent laisser planer une certaine ambigüité, il n’est pas permis de les interpréter dans le sens contraire de ce qu’ont développé depuis plus de cinquante ans les Papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. C’est pourquoi on ne doit pas s’appuyer sur ce texte pour légitimer l’accès des personnes divorcées remariées à la communion eucharistique.

Le Père Bernard, Supérieur de la Famille Missionnaire de Notre Dame, a publié un texte de réflexion : « Marc 10, 11 : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre, est coupable d’adultère envers elle », clé de lecture pour lire « Amoris laetitia » de notre Pape François dans l’herméneutique de la continuité. » Nous vous invitons à l’approfondir, et nous redisons à tous nos amis notre confiance dans les grâces d’état du successeur de Pierre, aujourd’hui notre Pape François, ainsi que notre attachement indéfectible aux trois blancheurs : l’Eucharistie, la Vierge Marie et le Saint Père.

Nous prions la Vierge Marie, Notre Dame des Neiges, et la Sainte Famille pour l’Église et pour toutes les familles : celles- qui ont été blessées et celles qui s’efforcent de vivre jour après jour dans la fidélité à l’Évangile.

Dans la Splendeur de la vérité, vivons la Joie de l’amour !"

La réflexion du Père Bernard est davantage développée dans un texte de réflexion disponible ici.

Posté le 15 avril 2016 à 16h53 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (24)

14 avril 2016

Cal Sarah : ne nous laissons pas impressionner par certains membres du clergé qui prétendent changer l'enseignement de l'Eglise

Pour ceux qui n'ont pas le courage d'écouter l'homélie du cardinal Sarah à Argenteuil, en voici la version rédigée :

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Posté le 14 avril 2016 à 08h03 par Michel Janva | Lien permanent

12 avril 2016

Messe de clôture de l'ostension de la Sainte Tunique : sermon du Cardinal Sarah

L'auteur de la vidéo présente ses excuses pour les mouvements parfois désordonnés de sa caméra, qu'il tenait à bout de bras. Nous lui pardonnons volontiers car grâce à lui, ceux qui n'auront pu être présents auront pu écouter quand même cette belle homélie du Cardinal Sarah dimanche, lors de la messe de clôture de l'ostension de la Sainte Tunique d'Argenteuil.

 

Riposte Catholique :

" L’homélie du cardinal a été particulièrement appréciée. En effet, le cardinal a souligné que la Tunique sans couture était « un appel à ne pas briser l’unité de l’Eglise mais à nous souvenir qu’il n’y a qu’un Père, une foi, un baptême ». Dans ces temps troublés, elle est un signe d’espérance, surtout à un moment où le discours sur la famille n’est pas mis en cause qu’en dehors de l’Église. Plus de 200 000 pèlerins se sont rendus, au total, à Argenteuil, pendant les 17 jours de l’ostension de la Sainte Tunique. "[...]

Posté le 12 avril 2016 à 18h22 par Marie Bethanie | Lien permanent | Commentaires (9)

"La seule clef d’interprétation correcte d’Amoris laetitia est l'enseignement constant de l'Eglise"

Jeanne Smits a traduit la réflexion du cardinal Raymond Burke à propos d'Amoris laetitia. En voici le début :

Unknown-56"Les médias séculiers et même certains médias catholiques ont décrit la récente exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia, sur l'amour dans la famille, comme une révolution au sein de l'Église, comme un changement radical de l'enseignement et de la pratique de l'Eglise sur le mariage et la famille telles qu'ils ont existé jusqu’à présent.

Une telle vision du document est à la fois source d'étonnement et de confusion pour les fidèles, et constitue potentiellement une source de scandale non seulement pour les fidèles mais pour d’autres personnes de bonne volonté qui attendent du Christ et son Eglise qu’ils enseignent et reflètent dans la pratique la vérité concernant le mariage et son fruit, la vie de famille, la première cellule de la vie de l'Eglise et de toute société. [Lire la suite]".

Posté le 12 avril 2016 à 07h13 par Michel Janva | Lien permanent

11 avril 2016

Amoris laetitia, gaudium de veritate

Voici un texte du frère Thomas Michelet, dominicain chargé de cours à l’Angelicum, sur l'exhortation du pape, pour Le Salon Beige :

Unknown-55Les documents du magistère doivent être toujours lus et interprétés à la lumière de la doctrine catholique. Si un enseignement précédent n’est pas rappelé, on ne peut pas supposer qu’il est rejeté. Au contraire, si tel était le cas, il faudrait un texte explicite pour l’établir. Et quand bien même, nous devrions alors nous efforcer de le comprendre non pas comme un changement, mais comme un approfondissement, un développement dans l’ordre de l’explicitation de ce que l’Église a toujours cru.

Avec l’exhortation apostolique Amoris laetitia faisant suite au délicat synode sur la famille, un tel rappel n’est sans doute pas inutile. Comme le disait de manière préventive le Cardinal Brandmüller, « L’exhortation post-synodale est donc à interpréter à la lumière des principes énoncés ci-dessus ; spécialement parce qu’une contradiction entre un document pontifical et le Catéchisme de l’Eglise catholique est inconcevable. »

Si nous lisons ce texte à charge, en soulignant d’abord ses déficiences, en interprétant ses silences, ses zones d’ombre ou ses ambiguités comme autant de preuves d’une remise en cause de la doctrine catholique, alors nous favoriserons en effet une « herméneutique de la discontinuité » qui donnera raison à ceux qui prétendent que tout a changé ou que tout va changer, nous serons des agents de division et de schisme. La révolution que nous craignons se produirait, et nous en serions en partie responsables.

Il nous faut donc à l’inverse lire ce texte selon une « interprétation charitable », une « herméneutique de la continuité » qui part du principe que cet enseignement est conforme au magistère précédent, que la doctrine de toujours n’est pas changée. Cela favorisera alors une réception vraiment catholique du texte, et nous aurons été des ferments d’unité et de paix. Peut-être est-ce là une tâche difficile, mais elle n’est pas impossible.

Pour autant, nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était, en partant du principe que rien n’a changé et donc que ce texte pourra gentiment retomber dans l’oubli après les émois médiatiques des quelques jours autour de sa publication. La réception n’est pas une passivité, mais une activité. Ce texte est long et difficile à cerner, et le pape invite à prendre le temps de le lire et de le comprendre. Si nous ne nous donnons pas la peine de l’interpréter correctement, d’autres le feront à notre place, pas forcément dans le même sens. Le risque étant de laisser se développer des « herméneutiques de rupture », faute d’en avoir donné une intelligence conforme à la tradition. Donc au travail !

Nous ne pouvons pas davantage nous contenter de réduire la portée du texte en déclarant qu’il est purement pastoral et que le pape s’est interdit de régler le débat doctrinal. Il est vrai qu’après avoir entendu les uns et les autres, il n’a pas voulu trancher. Ce n’est pas dans les habitudes des papes d’intervenir dans des débats théologiques lorsque les solutions ne sont pas mûres. Mais il a tout de même donné une ligne de conduite : on ne peut plus se contenter d’une approche purement “objectiviste”, qui jette à la face du fidèle infidèle la « situation objectivement désordonnée » dans laquelle il se trouve “en vérité” ; pas plus que d’une approche purement “subjectiviste” qui s’en tient à l’appréciation de la personne “en conscience”, sans relever que cette conscience peut être erronée, ce qui suppose une loi objective comme étalon pour l’éclairer et la corriger. Ces deux lignes voient bien chacune un aspect de la vérité de foi, autrement elles n’auraient pas chacune des partisans. Elles ont aussi chacune leurs limites. Le pape nous invite donc à dépasser l’opposition et les limites, à faire une synthèse complète vraiment catholique ; mais il ne nous dit pas comment.

Ce sera donc l’œuvre des théologiens que de trouver comment tenir les deux bouts de la chaîne, d’intégrer les deux approches non pas dans la contradiction d’une dialectique qui se réjouit des tensions censées être fécondes, ou dans un mélange tiède d’une solution moyenne médiocre qui ne veut fâcher personne et finalement dégoûte tout le monde, mais dans une synthèse authentique qui discerne la lumière de vérité et la dégage de la boue de l’erreur dans laquelle elle se trouve, qui dépasse les opposition par le sommet, en posant les distinctions qui s’imposent. Bref, là encore, il y a du travail.

Sans doute ce texte nous oblige-t-il à renoncer décidément à une « morale de la loi », qui réduit l’activité humaine au permis et au défendu, en se contentant de poser un jugement définitif sur les personnes, que ce soit dans le sens de la justification ou de la condamnation. De ce point de vue, les deux approches dans leurs extrêmes se rejoignent. Il nous faut au contraire retrouver une « morale de la vertu » qui est celle de S. Thomas d’Aquin, celle du dynamisme de l’action et de la croissance de la grâce en nous. La conscience est le « premier guide de l’agir », il n’est pas le dernier. On doit suivre sa conscience, mais on doit aussi l’éclairer lorsqu’elle est déformée. Ce travail de conversion ne peut se faire que par référence à une loi objective, qui doit être visée dans l’accompagnement spirituel comme le but à atteindre. Autrement, le discernement serait mensonger, on laisserait la conscience livrée à elle-même, prisonnière de son erreur, sans chercher à l’éclairer en profondeur, ce qui n’est pas la vraie miséricorde. Il faut reconnaître aussi qu’il faut du temps et des étapes pour aller à la vérité : c’est là que cet accompagnement se fait patient et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour.

Ceux qui ont l’expérience d’un tel accompagnement nous disent qu’une vraie conversion est possible, que des couples parviennent à se remettre en pleine conformité avec les exigences de l’Évangile qu’ils ont fini par intégrer comme leur bien propre. C’est possible, mais cela prend du temps ; entre dix et vingt ans nous dit-on. C’est là une véritable œuvre missionnaire : la moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux… Il est sans doute plus facile de s’en tenir à un jugement tout fait, instantané, de justification ou de condamnation, qui prend cinq minutes pour ne plus y revenir ensuite. Mais ce n’est certainement pas ce que le Seigneur nous demande, lui qui est venu non pas pour juger et condamner mais pour guérir et sauver ceux qui étaient perdus. Appeler les hommes à la vraie vie, en transformant les cœurs de l’intérieur et non par une justification extérieure, forensique. Lui qui a livré sa vie pour nous, alors que nous étions détournés, séparés de Dieu.

Fr. Thomas Michelet o.p. Docens incaricatus, Angelicum

Posté le 11 avril 2016 à 07h47 par Michel Janva | Lien permanent

10 avril 2016

"Le mal, c’est la liberté du sujet spirituel qui se retourne contre son Créateur"

Histoiremal-51315Le Rouge et le Noir interrogeait l'Abbé de Tanoüarn sur le mal, sujet dont l'Abbé a traité dans un livre : Une histoire du mal (Via Romana). L'interview est vraiment passionnante et mérite d'être lue en entier sur le blog. En voici le début :

"Le Rouge & le Noir : Comment définir le mal ? Est-ce la négation du bien, l’opposition au bien, l’absence de Dieu ?

Abbé de Tanoüarn : On définit souvent le mal comme une absence de bien. Saint Augustin, qui venait du manichéisme, a particulièrement insisté sur ce point. Chez les manichéens en effet, le bien et le mal sont deux principes en lutte.
Du point de vue chrétien, on ne peut pas dire que le mal soit un principe. Dieu seul est Principe : « Écoute Israël, le Seigneur est ton Dieu, le Seigneur est un » C’est le « schema Israël » qu’on lit dans le Deutéronome et qui est tout aussi valable pour les chrétiens que pour les juifs.

Du coup, d’ailleurs, on ne peut pas dire que le mal absolu existe, parce que le mal absolu ne serait « que » mal et donc principe du mal. Si le mal absolu n’existe pas, cela signifie que le mal est toujours une sorte de « ratage », qui renvoie au bien. D’où cette autre formule simple d’Augustin : « S’il y a du mal, il y a du bien ». Le Pseudo-Denys, un peu plus tard, dit aussi : « Le mal est le compagnon du bien ».

Je pense à ce père de quatre enfants (dont le dernier est âgé de quelques mois), officier, bon père de famille, bon époux… Il meurt en une demi-heure après avoir fait un malaise : mal de nature. La mort est « voisine » de la vie éternelle. Ainsi le mal est le compagnon du bien. Mais comment comprendre parfois ce terrible compagnonnage ?

Avant de poser un jugement, il faut me semble-t-il préciser cette approche. Il y a deux sortes de maux, qui appellent deux explications différentes : le mal de nature et le mal de faute. Le mal de nature, ce sont tous les ratages de la nature : tremblements de terre, tsunamis, maladies, mort etc. Le mal de faute regroupe tous les ratages de la liberté humaine. Il faut bien distinguer ces deux domaines, car la liberté humaine n’est absolument pour rien dans les raz-de-marée. Lorsque des chrétiens expéditifs me disent qu’ils ont appris dans la Bible que la liberté est toujours la cause du mal, j’ai l’habitude de dire : « Les victimes de tsunamis apprécieront ».

Si l’on s’en tient à définir le mal de nature, il faut dire que ces ratages marquent clairement une imperfection de la nature. Malebranche, philosophe et prêtre catholique, va jusqu’à dire dans la septième Méditation chrétienne : « L’œuvre de Dieu est une œuvre négligée ». Quelle interprétation peut-on donner à cette « négligence » ? Le monde ne doit pas être trop parfait, car, rappellent chacun à leur manière Malebranche et Teilhard de Chardin, ce monde-ci n’est qu’une ébauche de l’autre : « Nous n’avons pas sur la terre une demeure permanente ». Il ne faut pas nous attacher excessivement à ce monde, car il nous reste à « habiter Dieu » comme dit Anne Lécu.

Si l’on aborde maintenant la question du mal de faute, c’est encore saint Augustin qui nous aide à le définir : le péché, c’est tout ce qui s’arrête à soi. Faire du moi (ou pire encore de l’image du moi) le but de l’existence, c’est commettre le mal. Et en même temps, trouver dans le moi son absolu, voilà l’athéisme, Sartre le dit très lucidement. L’absence de Dieu, dont vous parlez, tient donc au fait que l’on s’est choisi soi comme fin première et dernière."[...]

[Lire la suite sur le Rouge et le Noir]

Posté le 10 avril 2016 à 16h07 par Marie Bethanie | Lien permanent

Chers prêtres, je vous en prie, formez-nous !

Le cri du coeur d'une étudiante aux prêtres :

[...] "Enseignez- nous !

Ce n’est pas que vous n’aimez pas nous former, mais vous estimez que vous n’avez pas le temps, pas la motivation, pas reçu l’appel pour cela, ni le charisme, ni les intuitions nécessaires, que cela n’entre pas dans le périmètre de votre ministère. Les quelques étudiants qui entendent vos homélies le dimanche ne vous entendent que là, pour la plupart. Les professeurs, eux, nous parlent durant des heures et des heures, cinq jours par semaine. Et vous, de combien de temps disposez-vous ? Dix, peut-être quinze minutes à consacrer à chacun ? Une fois par semaine au maximum ? C’est un défi sans doute impossible mais, je vous en prie, pendant ce temps dont vous disposez pour atteindre nos âmes, enseignez-nous quelque chose !

Vous trouvez peut-être que la seule façon d’inciter ces quelques jeunes à continuer d’aller à la messe est d’édulcorer le message : ne pas trop mentionner les règles, les exigences, les engagements… Me permettez-vous de vous dire ce que nous voulons vraiment entendre ? Oui ? Alors dites-nous que les règles sont importantes, proclamez quelles sont ces règles, montrez combien elles peuvent nous structurer et… donnez-nous l’exemple !

Dites-nous que Dieu nous aime. Dites-nous combien Il nous aime !
Dites-nous que Dieu veut que nous nous repentions de nos fautes et aidez-nous à recourir aux sacrements.
Dites-nous que, quoiqu’il arrive que Dieu ne nous abandonne pas.
Dites-nous que nous valons plus que la note que nous obtenons, ou que le nombre de nos amis.
Dites-nous que nous ne sommes pas dignes de l’amour de Dieu, mais que l’amour qu’il nous donne nous rend dignes du meilleur !
Dites-nous qu’en raison de cet amour nous valons mieux que tout ce que nous pourrions même imaginer.
Dites-nous que nous sommes ici pour une raison ; que Dieu a réservé pour nous quelque chose à faire ; qu’Il ne commet pas d’erreur et que, par conséquent, nous ne sommes pas une erreur dans le monde.
Dites-nous que la chose que Dieu désire le plus n’est pas que nous ne nous trompions jamais, mais que nous l’aimions toujours.
Dites-nous pourquoi ont été faits notre corps et notre esprit.
Dites-nous que Dieu nous a créés pour que nous soyons saints – et que nous pouvons être saints.
Dites-nous que les saints sont fascinants, qu’ils sont nos meilleurs exemples et nos amis célestes.
Enseignez-nous la miséricorde divine !
Enseignez-nous sur le ciel. Parlez-nous aussi de l’enfer et dites-nous que l’un et l’autre sont réels.
Enseignez-nous pourquoi ce que nous faisons a de l’importance et dites-nous ce qui est important toujours.
Enseignez-nous à imaginer la grandeur, la hauteur, la largeur et la profondeur de Dieu.
Dites-nous que Dieu est avec nous, toujours !

Nous avons besoin des bases mais pas seulement ! Aucun enfant n’a jamais décidé tout seul de se spécialiser dans les mathématiques après avoir appris que 2 + 2 = 4. Allez au-delà des notions de base. Parlez-nous des mystères à contempler et aidez-nous à réfléchir et à les approfondir ; dîtes-nous comment les mystères éduquent notre pensée, nous apprennent à nous poser des questions, à étudier et à aimer.

Combien de temps avez-vous passé au séminaire ? Parlez-nous un peu de ce que vous y avez appris ! Donnez-nous votre témoignage personnel et soyez nos exemples dans la vie quotidienne !
Nous commençons seulement à découvrir que rien sur terre ne peut nous satisfaire. Dites-nous pourquoi !
S’il vous plaît, enseignez-nous tout cela et beaucoup plus encore ! Je ne pense pas que les autres devraient essayer de découvrir tout cela, tout seuls. S’il vous plaît, enseignez-nous !"

J'en profite pour remercier tous les prêtres (et il y en a, beaucoup, même !) et les religieux qui donnent leur vie pour aider les parents souvent démunis dans l'enseignement religieux de nos enfants : qu'ils sachent que lorsqu'ils ont parlé clair et sans fard à nos enfants de la douce exigence de l'amour de Dieu, ils ont fait oeuvre de miséricorde ! Merci.

Posté le 10 avril 2016 à 10h21 par Marie Bethanie | Lien permanent

Qui est l'Esprit-Saint ?

Entretien avec l'abbé Guilhem de Labarre, de la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté :

Posté le 10 avril 2016 à 07h06 par Michel Janva | Lien permanent

08 avril 2016

Le Christ n’a pas appelé Marie-Magdeleine à une « vie plus digne », mais à une conversion radicale !

L'exhortation "Amoris Laetitia (intégrale ici) a déjà entraîné de nombreux commentaires dans les médias. Voici les premières impressions de Jeanne Smits :

Image001"Un texte très long, très bavard, et recelant beaucoup ambiguïtés par la multiplication de considérations casuistiques : voilà ma première impression de l’exhortation post-synodale sur la famille rendue publique ce vendredi à 12 heures. Une analyse approfondie – qui prendra du temps vu les 246 pages que compte la version française d’Amoris laetitiapermettra me semble-t-il de constater que bien des aspects inquiétants du rapport final y sont maintenus. Celui-ci est d’ailleurs largement cité. Mais des pans entiers de la question de la crise de la famille semble tragiquement absents.

Il en va ainsi de la contraception, évoquée surtout en tant que pratique imposée par les pouvoirs publics et non dans sa dimension omniprésente dans le monde occidental et ailleurs, y compris parmi la majorité des époux catholiques. Humanae vitae, trop brièvement cité, avait pourtant prophétiquement annoncé la destruction de la famille et l’effondrement de l’ordre social et du respect de la femme par cette pratique contraire aux lois de Dieu… mais peut-on encore parler des lois de Dieu ? Ne serait-il pas temps de dire le lien qui existe entre contraception et divorce ?

C’est particulièrement sur la question des divorcés « remariés » et de leur « intégration » dans l’Eglise, comme sur celle des éléments positifs à chercher dans les unions de fait, que le document suit, mais de manière ambiguë, les recommandations sur une plus grande ouverture. Le chapitre 8 sème la confusion et disqualifie au moins en apparence le discours trop « doctrinal ».

La question se pose même : va-t-on pouvoir se contenter de réclamer une lecture conforme à la tradition, comme l’a déjà fait le cardinal Brandmuller ? Ou se battre pied à pied contre le texte lui-même ? C’est une question dont il serait imprudent de faire l’économie.

Dès le paragraphe 3 le ton est donné :

« Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. »

C’est ce dont rêvaient les partisans de la communion pour les divorcés « remariés » après avoir constaté que la doctrine ne serait pas changée.

Le pape François « ne recommande pas une lecture générale hâtive » du document. La journaliste que je suis (...) se permettra tout de même de livrer des impressions immédiates. Il y a de belles choses, forcément. Des citations magnifiques. (...)  rejet clair en revanche de l’idéologie du genre, mais enfin Jean-Paul II l’a fait définitivement, et de quelle façon !

Le 8e chapitre est le plus contestable. Il présente des considérations qui relèvent de l’accompagnement spirituel personnel et se situe dans cette logique présentée de manière ambiguë. « La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère » : rien à dire. Mais plus loin François écrit : « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » J’ai dû mal le lire.

Il est indirectement suggéré (§297) que les personnes en situation matrimoniale irrégulière puissent faire le catéchisme, voire « prêcher » pourvu qu’elles ne fassent pas « ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien ». Le pape met en garde contre « les affirmations trop rigides » de la doctrine : alors qu’il est là pour enseigner la doctrine et que le confesseur est là pour l’appliquer avec discernement. Pas de « recettes simples », dit le pape. Demander à des divorcés remariés de vivre comme frère et sœur ? « Risqué », répond la note 329 citant Gaudium et spes. Il faut « discerner » si les exclusions liturgiques, pastorales, éducatives « peuvent être dépassées ».

La question de la communion des divorcés remaries est clairement ouverte et laissée à l’interprétation subjective dans la note 336. On retrouve dans le §300 la question du for interne, avec un appel à éviter la « double morale » mais un manque d’affirmation des règles d’accès à l’Eucharistie considérée comme médicament et non comme incorporation au Christ avec tout ce que cela suppose. D’où l’insistance sur les « circonstances atténuantes » dans le paragraphe suivant :

« Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir unique­ment avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme”. »

Et § 305 : « Par conséquent, un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ‘‘irrégulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. C’est le cas des cœurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église « pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées ».

Le souci pastoral du pape François ne fait pas de doute. Il est question du salut certes, mais ici tout semble devenir acceptable comme chemin de salut. Le Christ n’a pas appelé Marie-Magdeleine, comme l’écrit François, à une « vie plus digne », mais à une conversion radicale !"

Posté le 8 avril 2016 à 13h05 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (33)

06 avril 2016

La pédophilie : un péché grave

Puisque Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise et par ailleurs responsable de la Cellule de veille de l’Eglise contre la pédophilie, a un peu de mal à savoir si la pédophilie est un péché, rafraichissons lui la mémoire :

CfYJYMrW4AETHmp

Ajoutons à l'adresse de nos sympathiques journalistes qui se sont rués sur la déclaration de Mgr Lalanne que l'Eglise définit également les actes homosexuels comme des péchés.

A ce propos, notre ami Mathieu Parbot réagit à cette affaire de péché médiatique :

"La pédophilie est un péché. Le diable porte pierre… On peut dire que, malgré leur haine contre l’Eglise, certains journalistes arrivent à faire de la bonne théologie morale.

Si l’on comprend que Mgr Lalanne souhaite répondre de manière précise et nuancée, on peut regretter que ses propos ne soit plus nets et sobres. « Que ton oui soit oui, que ton non soit non » nous dit le Seigneur. Cela fait tant d’années qu’en France des évêques ont du mal à affirmer clairement et à haute voix la doctrine de la foi… La situation de crise médiatique que vit l’Eglise en France est enfin l’occasion de se dire qu’il vaut mieux affirmer nettement et sans ambages ce qui est ou ce qui n’est pas. Il y a trois ans, lors des débats sur le mariage pour tous, on a rarement entendu, ni chez les journalistes, ni même chez la plupart des évêques, que l’homosexualité est un péché. Peut-on espérer maintenant que les journalistes cités plus haut en arrivent à de telles affirmations ?

Dans l’Evangile, le Christ n’a pas peur des mots qui disent ce qui est. Il ne craint pas de nommer par son nom l’adultère et de le déplorer ; il ne craint pas de prononcer des paroles et de poser des actes qui « clivent ». « Que ton oui soit oui, que ton non soit non ». Et nous, oserons-nous reprendre les propos du Seigneur, sans arrogance bien sûr, pour exhorter les pécheurs à la conversion ? Ce serait une belle œuvre spirituelle de miséricorde. Comme nous sommes tous pécheurs, il y a de quoi faire pour chacun...

Ne faisons pas de la Maison de Dieu une maison de trafic, de manipulation des mots, d’aggiornamento intempestif.

Il est heureux que, malgré les malheurs du temps, le peuple chrétien reprenne conscience de la gravité du péché. 

En cette année de la miséricorde où l’Eglise se rappelle la bonté de Dieu et la promesse du salut pour tous, les canards boiteux et leurs journalistes semblent annoncer le printemps du dogme."

Mgr Lalanne a publié ce communiqué rectifiant ses propos :

"La pédophilie, dans tous les cas, est un péché objectivement grave, « un crime atroce qui offense Dieu et blesse la dignité de la personne humaine créée à son image » (Benoît XVI).

La question difficile qui se pose pour chaque cas, c’est le degré de conscience et donc de responsabilité de celui qui commet des actes aussi atroces.

Dans tous les cas, l’acte est gravement condamnable. C’est une faute qui doit être sanctionnée car l’on ne peut jamais laisser faire ce qui blesse aussi profondément et aussi durablement un enfant.

Je sais, pour avoir rencontré, écouté et accompagné des victimes et leurs familles, que leur souffrance est très profonde et durable."

Posté le 6 avril 2016 à 22h06 par Michel Janva | Lien permanent

03 avril 2016

Justice et Miséricorde : « il n’y a pas de pardon sans effusion de sang »

Lu sur Terre et famille :

"Il est de nos jours encore de bon ton d’opposer l’Ancien et le Nouveau Testaments, l’Ancienne et la Nouvelle Alliances, le Dieu de justice et Celui de miséricorde, l’Intéressé ne cessant pourtant d’affirmer, tout au long de l’Ecriture, sa parfaite immutabilité : Ego enim Dominus et non mutor (Malachie, III, 6). Dieu ne change pas ! Sa Loi ne change pas ! le Christ, de son propre aveu étant venu pour accomplir celle-ci et non pour l’abolir (Matthieu, V, 17).

Au fondement de la Loi, il y a l’Alliance conclue entre Dieu et les hommes par un sacrifice sanglant, sacrifice d’animaux perpétuellement renouvelé depuis Moïse jusqu’au sacrifice parfait et définitif du Christ sur la Croix. Comme nous l’enseigne l’Epitre aux Hébreux, ce parachèvement du sacrifice mosaïque dans le sacrifice chrétien repose sur le principe constant, établi par Dieu, selon lequel « il n’y a pas de pardon sans effusion de sang » (Hébreux, IX, 22). Qui dit pardon, suppose faute, violation de la Loi de Dieu, rupture de l’Alliance qui ne sera renouée que par une nouvelle effusion de sang, celui des animaux ou celui du Christ à travers les sacrements.

Si nous pouvons désormais invoquer la Miséricorde de Dieu, c’est parce que le Christ a satisfait pour nous à la Justice divine : « il a été blessé pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes ; le châtiment qui nous procure la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures » (Isaïe, LIII, 5) ;  « Celui qui n’a point connu le péché, Il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en Lui justice de Dieu (2Corinthiens, V, 21). La dimension expiatoire de la Croix se retrouve encore dans les visions de sainte Faustine qui, par la douloureuse Passion du Christ, arrêta le bras de l’ange exterminateur déjà levé sur le monde. Jésus Lui-même avertit la voyante que s’Il accordait un temps aux âmes pour profiter de Sa Miséricorde, c’est que bientôt viendrait le temps de Sa Justice.

Force est malheureusement de constater que la Miséricorde divine a quelque peu perdu de sa vigueur, compte-tenu du flou entretenu dans l’esprit de nos contemporains au sujet de l’infinie sainteté de Dieu, du péché de l’homme et de son châtiment. Le monde ne s’est en effet guère amendé depuis l’époque de sainte Faustine où la coupe de la colère de Dieu était déjà à deux doigts de déborder. Au-delà de l’apostasie quasi-générale des Etats et des peuples, « la terre demeure souillée par le sang impuni des innocents qu’on a répandu » (Nombres, XXV, 33a), le sang des enfants à qui l’on interdit de naître par centaines de milliers chaque année en France (par millions dans le monde). En l’espèce, si l’on peut se féliciter de la mobilisation pour la défense du mariage naturel, l’absence de bataillons comparables pour la défense de la vie à naître révèle l’endroit où le Serpent a frappé. S’il y a « changement de société », il ne date pas de la loi Taubira, conséquence logique des lois Neuwirth et Veil qui n’auraient pas été adoptées si les catholiques de France s’y étaient radicalement opposés. De nos jours, dans les paroisses les plus « engagées », demeure souvent un malaise diffus, un non-dit autour des questions de la contraception et de l’avortement : les fidèles peuvent adroitement louvoyer en confession comme le pasteur se garder de troubler les meilleures brebis qui lui restent. Et le Cri silencieux de l’innocent s’élève, de plus en plus assourdissant, jusqu’au trône de Dieu.

C’est ainsi que la perte du sens du péché, l’oubli qu’il s’agit là d’une question de vie ou de mort éternelles, nous rendent insensibles à l’urgence de la Miséricorde et nous privent de la joie profonde du pardon accordé, de la reconnaissance envers Dieu d’avoir échappé à l’Enfer. Comment dès lors trouver sans cette louange de Dieu la conviction nécessaire, la force surnaturelle qu’exige la défense pour la Vérité et la Vie face à des adversaires qui ne sont pas seulement de chair et de sang ? C’est renoncer à la radicalité du témoignage au nom du « pragmatisme politique » et rêver de « changer le monde » auprès d’élus qui, au mieux, se font un point d’honneur d’appliquer eux-mêmes dans leurs circonscriptions une loi qu’ils ont un temps combattue."

"La miséricorde sans la justice ne serait que la pire des cruautés" Ste Catherine de Sienne

Posté le 3 avril 2016 à 19h29 par Michel Janva | Lien permanent

Dimanche de la Divine Miséricorde : une fête instituée par Jésus

ImagesLa fête de la Miséricorde est célébrée le premier dimanche après Pâques ou le deuxième dimanche de Pâques, appelé actuellement Dimanche de la Divine Miséricorde. [...] Le 30 avril 2000, le deuxième dimanche de Pâques et le jour de la canonisation de sainte Faustine à Rome, le Souverain Pontife Jean Paul II l’a instituée pour l’Eglise universelle.

Qui est l’auteur de cette fête ? – Le Seigneur Jésus ! Il dit à Soeur Faustine : Je désire que le premier dimanche après Pâques soit la fête de la Miséricorde (P. J. 299). Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces (P. J. 699). Jésus parlait de cette fête à Soeur Faustine dans plusieurs révélations. Il en a indiqué la date dans le calendrier liturgique de l’Eglise ; Il en a expliqué la motivation et le rôle à remplir ; Il a instruit l’Eglise sur la façon de la préparer et célébrer, et surtout Il a donné de grandes promesses dont la plus insolite est celle « d’une totale rémission de ses fautes et de leurs châtiments » à « qui s’approchera, ce jour-là de la Source de Vie » (cf. P. J. 300). Il faut donc recevoir pendant la fête de la Divine Miséricorde la sainte Communion après une bonne confession, c’est-à-dire sans avoir d’attache au moindre péché, et en toute confiance en la Miséricorde Divine et la miséricorde envers autrui. Jésus dit : toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition."

IndexSainte Faustine écrivait :

"J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon cœur; je porte dans mon cœur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain."

[...]Qu’est-ce que c’est au juste que cette «miséricorde»? Pour nous catholiques, parler de miséricorde c’est d’abord parler du cœur transpercé de Jésus, source d’où jaillit la grande vague miséricordieuse se déversant sur l’humanité. De ce cœur ouvert, Sainte Faustyna Kowalska vit partir deux faisceaux de lumière qui illuminèrent le monde. «Les deux rayons, lui expliqua un jour Jésus lui-même, représentent le sang et l’eau». L’eau qui purifie et le sang qui sanctifie.

Disons-le avec simplicité, le mot même «miséricorde» est un très beau mot, l’un des plus beaux de notre langue. Etymologiquement, il signifie «qui a le cœur sensible au malheur». Cœur et malheur sont les mots clefs du sens de la miséricorde. Un cœur délicat, plein de compassion, de commisération, de pitié pour le malheur d’autrui renvoie bien sûr, de façon exemplaire, au cœur de Jésus sur la Croix, tout donné pour les pécheurs. Comme disait Jean-Paul II, «à travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes».

Oui, Jésus est, selon les mots de Faustine, «l’Amour et la Miséricorde en personne». Pour le dire autrement, la miséricorde n’est pas un concept, une idée pieuse, mais une Personne! C’est fondamental. Cette miséricorde est le Christ qui se diffuse sur l’humanité par l’Esprit; lequel est dans la Trinité la Personne-Amour. Oui, la miséricorde, ce cœur sensible au malheur et à la souffrance, c’est le nom même de notre Dieu."[...]

Une veillée de prière pour «tous les baptisés adhérant à la spiritualité de la  Divine Miséricorde» s’est tenue ce samedi 2 avril 2016, Place St Pierre, en présence du Pape François, dans le cadre du Jubilé. Le Pape exhorte à vivre une miséricorde incarnée :

"Au terme d’une veillée ponctuée de lectures, de méditations et de chants, le Pape François a livré une méditation  centrée sur les nombreux visages de la miséricorde : «il est impossible de tous les décrire, parce que la miséricorde de Dieu est en croissance continuelle. Dieu ne se fatigue jamais de l’exprimer et nous ne devrions jamais nous habituer à la recevoir, à la rechercher et à la désirer. C’est quelque chose de toujours nouveau qui provoque étonnement et surprise en voyant la grande imagination créatrice de Dieu quand il vient à notre rencontre avec son amour».

La miséricorde de Dieu, manifestée par la proximité, la tendresse, compassion et partage, consolation et pardon, «ne peut nous laisser tranquilles» a encore assuré le Pape. «Nous avons écouté l’Évangile. Thomas ne croyait pas, et a trouvé la Foi en touchant les mains dans les plaies de Jésus. Une foi qui n’est pas capable de toucher les plaies du Christ n’est pas la Foi ! Une Foi qui n’est pas capable d’être miséricordieuse, n’est pas la Foi ! C’est une idée, une idéologie ! Notre Foi est incarnée ! Dieu s’est fait chair pour nous, a souffert pour nous! Et si nous voulons vraiment y croire, nous devons nous approcher des plaies du Seigneur, les caresser, baisser la tête, et laisser les autres caresser nos plaies», n’a pas hésité à affirmer avec force le Souverain Pontife, revenant sur l’Évangile proclamé quelques instants auparavant (Jn 20, 19-31)."[...]

 

Posté le 3 avril 2016 à 09h52 par Marie Bethanie | Lien permanent

31 mars 2016

La puissance du Rosaire

IndexSe convaincre que prier le Rosaire est indispensable, puisque tous ceux qui ont eu à lutter contre le démon y ont eu recours et ont constaté sa puissance :

"Le père Gabriele Amorth est probablement l’exorciste le plus connu au monde. Dans l’introduction de son dernier livre « Il mio rosario » (Ed. San Paolo, Italie), il écrit : « Je pense que le Rosaire est la prière la plus puissante ». Le père Amorth a consacré une grande partie de ses écrits à la question des exorcismes et à la figure du diable. Aujourd’hui à la retraite, âgé de 90 ans, il décide enfin de nous révéler la source de sa force intérieure. Il la trouve dans la prière quotidienne du Chapelet et la méditation des vingt mystères. Une prière qui l’a soutenu dans son combat quotidien contre les manifestations les plus subtiles du mal, durant de longues années de travail au service du diocèse de Rome.[...]

Le Pape Jean-Paul I répond aux critiques faites au Rosaire :

« Certains contestent le Rosaire. Ils disent : c’est une prière infantile, superstitieuse, qui n’est pas digne de chrétiens adultes. Ou bien : c’est une prière qui tombe dans l’automatisme et qui se réduit à une répétition hâtive, monotone et ennuyeuse de « Je vous salue Marie ». Permettez-moi de vous livrer quelques impressions à ce sujet, en tant que pasteur. La Première : la crise du Rosaire vient dans un second temps. Elle est précédée aujourd’hui par une crise de la prière en général. Les gens sont entièrement absorbés par leurs intérêts matériels ; on ne pense plus guère à l’âme ; le bruit a envahi notre existence. Macbeth pourrait répéter : « J’ai tué le sommeil, j’ai tué le silence ! ». Nous avons bien du mal à trouver un petit moment pour la vie intérieure et pour la « dulcis sermocinatio » la douce conversation avec Dieu. (…) Deuxième impression : quand on parle de « chrétiens adultes » en prière, on exagère parfois. Personnellement, quand je parle seul à seul avec Dieu ou avec la Vierge Marie, plus qu’un adulte, je préfère me sentir comme un enfant. La mitre, la barrette, l’anneau disparaissent ; j’envoie en vacances l’adulte et l’Évêque, ainsi que le port grave, posé et pondéré, pour me laisser aller à la tendresse spontanée de l’enfant devant son papa ou sa maman. Être – au moins pendant quelques demi-heures – devant Dieu ce que je suis en réalité, avec ma misère et avec le meilleur de moi-même : je laisse surgir du fond de mon être l’enfant d’autrefois, qui veut aimer le Seigneur, et qui sent parfois le besoin de pleurer pour que lui soit accordée la miséricorde. Tout cela m’aide à prier. Le Rosaire, prière simple et facile, m’aide parfois à redevenir un enfant, et je n’en ai pas honte du tout. »

Dans l’encyclique Rosarium Virginis Mariae, le Pape Jean Paul II confirme sa dévotion spéciale à Marie, qui l’amène à intégrer les Mystères de la Lumière au Rosaire, et nous encourage à en reprendre la pratique quotidienne avec foi :

« L’histoire du Rosaire montre comment cette prière a été utilisée, spécialement par les Dominicains, dans un moment difficile pour l’Église à cause de la diffusion de l’hérésie. Aujourd’hui, nous nous trouvons face à de nouveaux défis. Pourquoi ne pas reprendre en main le chapelet avec la même foi que nos prédécesseurs ? Le Rosaire conserve toute sa force et reste un moyen indispensable dans le bagage pastoral de tout bon évangélisateur. »

Le Pape Jean-Paul II nous encourage à penser le Rosaire comme une contemplation du visage du Christ à l’école de sa très Sainte Mère, et à le réciter dans cet esprit et avec ce dévouement.

Le Pape Benoît XVI nous invite à redécouvrir la force et l’actualité du Rosaire :

« Le Saint Rosaire n’est pas une pratique reléguée au passé, comme une prière d’un autre temps à laquelle on pense avec nostalgie. Le Rosaire connaît en revanche un nouveau printemps. C’est sans aucun doute un des signes les plus éloquents de l’amour que les jeunes générations nourrissent pour Jésus et pour sa mère Marie. Dans le monde actuel qui est si fragmenté, cette prière nous aide à placer le Christ au centre, comme le faisait la Vierge, qui méditait intérieurement tout ce qui se disait sur son Fils, et ensuite ce qu’Il faisait et disait.[...]

Le Rosaire, quand il est prié de manière authentique, non d’une manière mécanique et superficielle, mais profonde, apporte en effet la paix et la réconciliation. Il contient en lui-même la puissance qui guérit du très saint Nom de Jésus, invoqué avec foi et amour au centre de chaque « Je vous salue Marie ». Le chapelet, lorsqu’il n’est pas une répétition mécanique de formules traditionnelles, est une méditation biblique qui nous fait parcourir les événements de la vie du Seigneur en compagnie de la Bienheureuse Vierge Marie. »

Selon le Pape François : « Le rosaire est la prière qui accompagne toute ma vie. C’est aussi la prière des simples et des saints. C’est la prière de mon cœur. »

Le père Amorth conclut en insistant sur le rôle central de la Vierge Marie dans la lutte contre le mal. Une lutte à laquelle il a été personnellement confronté comme exorciste, et qui représente le plus grand défi du monde moderne."[...]

Posté le 31 mars 2016 à 14h14 par Marie Bethanie | Lien permanent

Dimanche de la Divine Miséricorde

Entretien avec Dom Jean Pateau, Père Abbé de l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault. Un entretien proposé par Notre-Dame de Chrétienté.

  

Posté le 31 mars 2016 à 13h11 par Marie Bethanie | Lien permanent

29 mars 2016

Communion, conversion et état de grâce

Le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal allemand Gerhard L. Müller, vient de publier un livre-entretien sur quelques questions brûlantes. Ce livre a été publié ces jours derniers en Espagne, aux éditions de la Biblioteca de Autores Cristianos, et il sera bientôt disponible également en italien, en anglais, en français et en allemand. Sandro Magister en publie quelques extraits. En voici un sur la communion :

Jpg_1351261.jpg"Le pape François dit dans son exhortation apostolique "Evangelii gaudium" (n° 47) que l'eucharistie "n’est pas un prix destiné aux parfaits mais un généreux remède et un aliment pour les faibles". Il vaut la peine d’analyser cette phrase en profondeur, afin de ne pas créer d’équivoques sur son sens.

En premier lieu, il faut noter que cette affirmation exprime la primauté de la grâce : la conversion ne constitue pas un acte autonome de l'homme, mais elle est, en elle-même, une action de la grâce. Cependant on ne peut pas déduire de cette remarque que la conversion serait une manifestation extérieure de gratitude pour ce que Dieu a fait en moi pour son propre compte, sans moi. Je ne peux pas non plus en conclure que n’importe qui peut se présenter afin de recevoir l'eucharistie, même lorsqu’il n’est pas en état de grâce et qu’il n’est pas dans les dispositions voulues, uniquement parce que l’eucharistie est un aliment pour les faibles.

Nous devrions nous demander avant tout : qu’est-ce que c’est que la conversion ? La réponse est qu’elle est un acte libre de l'homme et que, en même temps, elle est un acte motivé par la grâce de Dieu, qui précède toujours les actes des hommes. Pour cette raison, c’est un acte intégral, incompréhensible si l’on sépare l'action de Dieu de l'action de l'homme. […]

Dans le sacrement de pénitence, par exemple, on remarque de manière tout à fait claire la nécessité d’une réponse libre de la part du pénitent, exprimée dans la contrition de son cœur, dans sa ferme intention de se corriger, dans la confession de ses péchés et dans son acte de contrition. C’est pourquoi la théologie catholique nie que Dieu fasse tout et que l’homme soit uniquement le réceptacle des grâces divines. La conversion est la nouvelle vie qui nous est donnée par la grâce et en même temps elle est aussi une tâche qui nous est proposée comme condition pour que nous persévérions dans la grâce. […]

Il n’y a que deux sacrements qui constituent l’état de grâce : le baptême et le sacrement de la réconciliation. Lorsqu’une personne a perdu la grâce sanctifiante, cette personne a besoin du sacrement de la réconciliation pour retrouver cet état, non pas comme quelque chose qu’elle aurait mérité mais comme un cadeau, comme un don que Dieu lui fait sous la forme sacramentelle. L'accès à la communion eucharistique présuppose certainement la vie dans la grâce, il présuppose la communion dans le corps ecclésial, il présuppose également une vie ordonnée, en conformité avec le corps ecclésial afin de pouvoir dire "Amen". Saint Paul insiste sur le fait que quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement, aura à répondre du corps et du sang du Seigneur (1 Co 11. 27).

Saint Augustin affirme que "celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi" (Sermo 169). Dieu me demande ma collaboration. Une collaboration qui est aussi un cadeau qu’il me fait, mais qui implique que j’accueille ce don.

Si les choses se présentaient autrement, nous pourrions tomber dans la tentation de concevoir la vie chrétienne à la manière des réalités automatiques. Le pardon, par exemple, serait transformé en quelque chose de mécanique, presque en une exigence, et non pas en une demande qui dépend aussi de moi, puisque c’est moi qui dois la formuler. Dans ce cas-là, j’irais recevoir la communion sans être dans l’état de grâce qu’elle requiert et sans avoir demandé le sacrement de la réconciliation. Je présenterais comme une certitude, sans pouvoir aucunement le prouver à partir de la Parole de Dieu, le fait que le pardon de mes péchés m’est accordé de manière privée par l’intermédiaire de cette même communion. Mais c’est une conception de Dieu qui est fausse, une façon de tenter Dieu. Elle porte également en elle une conception fausse de l’homme et elle sous-évalue ce que Dieu peut susciter en lui."

Posté le 29 mars 2016 à 07h58 par Michel Janva | Lien permanent

28 mars 2016

La résurrection : finalité de la miséricorde divine

La résurrection, finalité de la miséricorde divine, par l’abbé Fabrice Loiseau.

« Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Romains 8, 11.

 

Posté le 28 mars 2016 à 12h09 par Marie Bethanie | Lien permanent

27 mars 2016

Pâques change tout !

Abbegrosjean2Un article de l'Abbé Grosjean en ce matin de Pâques vient nous montrer que Pâques change tout (extraits) :

Paques-620x310"[...] Pâques n’est pas une parenthèse pour « respirer » avant de « replonger » dans un quotidien difficile. Pâques change tout. Pourquoi ?

Le mal n’aura pas le dernier mot

Pâques ne vient pas supprimer le mal : nous en faisons l’expérience. Mais Pâques nous assure que ce mal n’aura pas le dernier mot. Que nos vendredis saints déboucheront eux-aussi sur un matin de Pâques. Pâques nous assure qu’au cœur même de ces épreuves, le Seigneur vivant nous rejoint pour que nous puissions grandir, avancer, nous accomplir. Il veut même se servir de ces épreuves et leur donner une mystérieuse mais réelle fécondité. Cette fécondité est la plus belle des victoires sur le mal. Une façon de le retourner. Ce qui devait nous détruire nous fait grandir, nous permet d’accueillir Jésus et participe à nous sauver.[...]

Dieu au coeur de nos épreuves

De même, chacune de nos épreuves peut devenir la faille par laquelle Dieu nous rejoint et vient nous visiter. Face à nos limites, dans nos fragilités, broyés par la souffrance, nous crions vers Dieu et nous le redécouvrons peu à peu à nos côtés. Alors, beaucoup de cœurs s’ouvrent et se laissent rejoindre. Certes la révolte est compréhensible : le mal reste un scandale. Et nos « pourquoi » sont légitimes. Mais Pâques nous aide à regarder de l’avant et nous offre l’espérance nécessaire pour avancer : ce que nous vivons n’est pas stérile, notre foi, notre charité, notre espérance dans les épreuves porteront du fruit. On passe du « pourquoi » sans réponse, au « comment » : comment je décide de vivre tout cela. Comment je veux avancer. Pâques m’assure que l’amour vécu jusqu’au bout n’est jamais inutile, mais sera toujours – d’une façon ou d’une autre – victorieux. Ces épreuves deviennent autant d’étapes sur mon chemin vers le Ciel.

Voilà pourquoi nous pouvons et devons, au cœur même de nos larmes, murmurer ou crier, chanter ou proclamer ce cri de victoire : Alleluia ! Ce chant fait trembler l’enfer : il rappelle au Mal – malgré son apparente puissance encore aujourd’hui – qu’il a définitivement perdu. Notre chant de victoire nous fait entrevoir l’aube de ce matin de Pâques, qui vient éclairer toute notre vie de l’intérieur et lui donner son vrai sens."

"Alleluia ! Ce chant fait trembler l'enfer" !

Posté le 27 mars 2016 à 09h09 par Marie Bethanie | Lien permanent

23 mars 2016

La Semaine Sainte version Playmobil

Récit de la Semaine Sainte de Jésus (du Jeudi Saint au dimanche soir de Pâques) avec des Playmobil, par don Pascal, à une classe de maternelle dans une école privée. A montrer à nos tout-petits pour se plonger dans le mystère pascal.

Posté le 23 mars 2016 à 13h21 par Marie Bethanie | Lien permanent

20 mars 2016

Comment faire pour éviter d'aller en enfer ?

Entretien avec le Père Ceslas-Marie, prêtre de la Fraternité Saint Vincent Ferrier du couvent de Chémeré-le-Roi :

Posté le 20 mars 2016 à 10h15 par Michel Janva | Lien permanent

13 mars 2016

Selon la manière dont l’homme prie

Dans son dernier livre traduit en français La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin, le cardinal Raymond L. Burke écrit :

La-sainte-eucharistie-sacrement-de-l-amour-divin"La lex orandi est toujours liée à la lex credendi [la loi de la prière est la loi de la foi, autrement dit, l’Église croit comme elle prie, NDMJ]. Selon la manière dont l’homme prie, bien ou pas bien, il croit, bien ou pas bien, et il se comporte, bien ou pas bien. La sainte liturgie est absolument le premier acte de la Nouvelle évangélisation. Si nous n’adorons pas Dieu en esprit et en vérité, si nous ne célébrons pas la liturgie avec la plus grande foi possible, spécialement dans l’action divine qui se déroule au cours de la messe, alors nous ne pouvons avoir l’inspiration et la grâce nécessaires pour participer à l’évangélisation. La sainte liturgie contient en somme la forme de l’évangélisation, dans la mesure où elle est une rencontre directe avec le mystère de la foi que nous avons à apporter aux âmes vers lesquelles Dieu nous dirige. Par elle-même, elle peut aussi conduire vers la connaissance des mystères de la foi. Si la sainte liturgie est célébrée d’une manière anthropocentrique, si elle n’est qu’une simple activité sociale, elle n’a pas d’impact durable sur la vie spirituelle. Une des manières de ramener les hommes vers la foi est de restaurer la dignité de la liturgie. Célébrer une messe avec vénération a toujours attiré des hommes vers le mystère de la Rédemption. C’est pourquoi je pense que la célébration de la messe en forme extraordinaire peut avoir un rôle très important dans la Nouvelle évangélisation en raison de l’accent qu’elle met sur la transcendance de la sainte liturgie. Elle souligne la réalité de l’union du Ciel et de la terre exprimée par la sainte liturgie. L’action du Christ à travers les signes du sacrement, à travers les prêtres, instruments du Christ, est très évidente dans la forme extraordinaire. Et d’ailleurs, elle nous aide aussi à être plus respectueux dans la célébration de la forme ordinaire.

Tous voient la nécessité de cette évangélisation dans ce monde qui vit aujourd’hui comme si Dieu n’existait pas. Il est important de lier cette Nouvelle évangélisation à la célébration la meilleure possible de la liturgie. J’ai rencontré beaucoup de gens athées ou non-chrétiens que j’ai vu expérimenter qu’ils étaient bien en présence de l’action de Dieu par la connaissance qu’ils prenaient de la messe en la forme extraordinaire. Et ensuite, cette expérience leur a permis de recevoir l’enseignement de la religion. Les hommes doivent comprendre que le prêtre agit en la Personne du Christ. Ils doivent comprendre que c’est le Christ lui-même qui descend sur l’autel pour renouveler le sacrifice de la Croix. Ils doivent comprendre qu’ils ont à unir leurs propres cœurs à son Cœur transpercé pour les purifier du péché et faire grandir en eux l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Nous devons donc catéchiser les hommes avec les profondes réalités de la messe, particulièrement au moyen de la forme extraordinaire du rite romain."

Posté le 13 mars 2016 à 15h17 par Michel Janva | Lien permanent

L'enfer existe-t-il vraiment ?

Entretien avec le Père Ceslas-Marie, prêtre de la Fraternité Saint Vincent Ferrier du couvent de Chémeré-le-Roi. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté :

Posté le 13 mars 2016 à 07h53 par Michel Janva | Lien permanent

08 mars 2016

Éclairer notre conscience sur le "moindre mal"

Réflexion trouvée sur le Centre Billings France :

« Il ne faut pas confondre le mal qui consiste à éviter la grossesse avec l’avortement. L’avortement n’est pas un mal mineur, c’est un crime. Au contraire, éviter la grossesse n’est pas un mal absolu » pape François, interviewé dans l’avion le 18 février 2016.

Le père Lombardi, porte-parole du Saint-Père a tâché d’éclairer la réponse donnée par celui-ci dans l’avion sur l’avortement et la contraception, dans le cas grave du virus Zika :

« L'exemple qu'il a donné de Paul VI et de l'autorisation d'utiliser la pilule pour des religieuses qui couraient le risque très sérieux et continuel de viol(ence) par les rebelles au Congo, à l'époque de la tragédie de la guerre du Congo, fait comprendre que ce n'était pas dans une situation normale que cela devait être pris en compte. Et aussi - rappelons-nous, par exemple - la discussion qui avait suivi un passage du livre entretien de Benoît XVI "Lumière du monde", dans lequel il parlait à propos de l'utilisation du préservatif dans les situations à risque de contamination, par exemple par le sida. Alors, la contraception ou le préservatif, dans des cas d'urgence et de gravité particulières, peuvent également faire l'objet d'un sérieux discernement de conscience. C'est cela qu'a dit le Pape » père Lombardi, radio Vatican, 21 février 2016.

Beaucoup de média ont conclu rapidement : Zika est une situation spéciale, un cas grave, où la contraception devient autorisée. Formons notre intelligence à la source :

Quelques textes contre la désinformation

Que dit le Bx Paul VI sur la licéité de la contraception au sein d’un couple, pour des problèmes sérieux, graves ?

Dans le cas du viol des religieuses il ne s’agit pas d’un acte conjugal ; comme cela ne l’est pas non plus dans la prostitution.

« Si donc il existe, pour espacer les naissances, de sérieux motifs dus, soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit à des circonstances extérieures, l'Église enseigne qu'il est alors permis de tenir compte des rythmes naturels, inhérents aux fonctions de la génération, pour user du mariage dans les seules périodes infécondes et régler ainsi la natalité sans porter atteinte aux principes moraux que Nous venons de rappeler. [...]

L'Église est conséquente avec elle-même quand elle estime licite le recours aux périodes infécondes, alors qu'elle condamne comme toujours illicite l'usage des moyens directement contraires à la fécondation, même inspiré par des raisons qui peuvent paraître honnêtes et sérieuses. » Humanæ Vitæ, §16

Voici ce dont parlait le pape Benoit XVI :

Et qui avait été clarifié à l’époque par une note de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

« Comme il ressort de la lecture du passage en question, le Saint-Père ne parle ni de morale conjugale, ni même de norme morale sur la contraception. [...]

L’idée qu’on puisse déduire des paroles de Benoît XVI qu’il est licite, dans certains cas, de recourir à l’usage du préservatif pour éviter les grossesses non désirées, est tout à fait arbitraire et ne correspond ni à ses paroles ni à sa pensée. » Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note sur la banalisation de la sexualité à propos de certaines interprétations de "lumière du monde"

Cet enseignement peut-il changer ? Le pape peut-il en décider différemment ?

« On peut prévoir que cet enseignement ne sera peut-être pas facilement accueilli par tout le monde: trop de voix - amplifiées par les moyens modernes de propagande - s'opposent à la voix de l'Église. Celle-ci, à vrai dire, ne s'étonne pas d'être, à la ressemblance de son divin Fondateur, un "signe de contradiction" ; mais elle ne cesse pas pour autant de proclamer avec une humble fermeté, toute la loi morale, tant naturelle qu'évangélique. Ce n'est pas elle, qui a créé cette loi, elle ne saurait donc en être l'arbitre; elle en est seulement la dépositaire et l'interprète, sans pouvoir jamais déclarer licite une chose qui ne l'est pas à cause de son intime et immuable opposition au vrai bien de l'homme. » Humanæ Vitæ, §18

Peut-on articuler "actes intrinsèquement mauvais" et circonstances ?

Sur les actes intrinsèquement mauvais, et en référence aux pratiques contraceptives par lesquelles l'acte conjugal est rendu intentionnellement infécond, St Jean-Paul II enseigne :

« En vérité, s'il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand, il n'est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu'il en résulte un bien (cf. Rm 3, 8), c'est-à-dire de prendre comme objet d'un acte positif de la volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et par conséquent une chose indigne de la personne humaine, même avec l'intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux » Veritatis Splendor §80

« En montrant l'existence d'actes intrinsèquement mauvais, l'Église reprend la doctrine de l'Écriture Sainte. L'Apôtre Paul l'affirme catégoriquement : "Ne vous y trompez pas! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens de mœurs infâmes, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu'ivrognes, insulteurs ou rapaces, n'hériteront du Royaume de Dieu" (1 Co 6, 9-10). Si les actes sont intrinsèquement mauvais, une intention bonne ou des circonstances particulières peuvent en atténuer la malice, mais ne peuvent pas la supprimer. Ce sont des actes « irrémédiablement » mauvais ; par eux- mêmes et en eux-mêmes, ils ne peuvent être ordonnés à Dieu et au bien de la personne : « Quant aux actes qui sont par eux-mêmes des péchés (cum iam opera ipsa peccata sunt) — écrit saint Augustin —, comme le vol, la fornication, les blasphèmes, ou d'autres actes semblables, qui oserait affirmer que, accomplis pour de bonnes raisons (causis bonis), ils ne seraient pas des péchés ou, conclusion encore plus absurde, qu'ils seraient des péchés justifiés ? De ce fait, les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte "subjectivement" honnête ou défendable comme choix. » Veritatis Splendor §81

Posté le 8 mars 2016 à 07h25 par Michel Janva | Lien permanent


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