06 août 2018

Le sud de la Syrie entièrement reconquis par l’armée

Analyse d'Antoine de Lacoste :

"La résistance a cessé dans le sud de la Syrie. Les trois provinces de Deraa, Qouneitra et Soueïda ont été entièrement reconquises par l’armée et cette victoire est une étape importante dans cette guerre qui ravage la Syrie depuis sept ans.

La dernière poche islamiste était tenue par Daech à proximité du plateau du Golan. C’est à cause d’elle que d’autres combattants de l’État islamique venus de l’est avaient lancé un raid spectaculaire contre des villages druzes la semaine dernière, faisant plus de 250 morts. Surtout, une quarantaine de femmes et d’enfants ont été emmenés en otages afin de servir de monnaie d’échange.

Mais Russes et Syriens ont refusé toute négociation et la reconquête s’est achevée par la mort ou la fuite de centaines de combattants de Daech.

Un incident important s’est produit au cours de cette fuite : sept islamistes ont escaladé le plateau du Golan vers la frontière israélienne. Très vite repérés, ils ont été aussitôt abattus par des tirs de missiles de l’aviation de l’État hébreu. Ils étaient armés de fusils d’assaut, de grenades et de ceintures d’explosifs. En commentant cet événement, qui est une première, Israël a déclaré que, selon toute vraisemblance, ces hommes voulaient s’infiltrer dans le pays pour y commettre des attentats. Rien n’est moins sûr, en réalité. Jamais, jusqu’à présent, Israël ne s’était attaqué aux islamistes, quels qu’ils soient. De plus, chacun sait que les frontières israéliennes sont totalement infranchissables. Ils n’avaient donc aucune chance. Dès lors, il semble plus probable que ces sept combattants, fuyant l’avancée des troupes syriennes, aient espéré pouvoir compter, comme par le passé, sur la mansuétude d’Israël.

Mais les temps ont changé. Lieberman, le ministre de la Défense israélien, vient de se réjouir du retour des institutions syriennes le long du Golan et affirmé que Bachar el-Assad était le représentant de la Syrie. Il y a deux ans, le même Lieberman traitait Bachar de « boucher »…

Ce revirement israélien marque le succès spectaculaire de la diplomatie de Poutine. Il a reçu Netanyahou le 11 juillet et Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, a beaucoup parlé avec son homologue israélien.

Ce n’est donc pas un hasard si les Russes ont annoncé la création de plusieurs postes militaires sur le Golan, qui seront tenus par leur armée. C’est probablement Israël qui a exigé cela, certain, alors, que ni le Hezbollah libanais ni les Iraniens n’oseront aller contre la présence russe. Des Casques bleus de l’ONU vont également faire leur retour. On sait qu’ils ne servent généralement à rien, mais le symbole est là.

Dans le même temps, on parle d’un recul de 80 kilomètres des forces iraniennes. Israël juge cet effort insuffisant mais, là aussi, personne n’aurait parié sur une telle souplesse de l’Iran.

Le très délicat dossier du Golan est donc en passe d’être réglé. Trois sujets brûlants attendent maintenant Poutine : Idleb et ses milliers d’islamistes au nord-ouest, la présence turque et la présence américaine."

Posté le 6 août 2018 à 10h09 par Michel Janva | Lien permanent

21 juillet 2018

Les orthodoxes prient lors du centenaire de l’assassinat du tsar Nicolas II et de la famille impériale

La vidéo ci-dessous rend compte de la procession, avec le patriarche Cyrille, qui a eu lieu le 17 juillet (nuit du 16 au 17), à Ekaterinbourg en Russie, pour le centenaire de l'assassinat du tsar Nicolas II et de la famille impériale. 100 0000 personnes y ont participé. 

Impressionnant :

Par ailleurs, le patriarche de Serbie Irénée a présidé, le 17 juillet, la sainte liturgie en l’église russe de la Sainte-Trinité à Belgrade. Il était assisté de l’évêque de Remesiana Stéphane, vicaire patriarcal, et d’un grand nombre de prêtres. L’évêque de Šabac Laurent assistait à la célébration. Dès l’ouverture de l’église de la Sainte-Trinité, des Russes et des Serbes, des fidèles venus de plusieurs diocèses de l’Église orthodoxe serbe, ont vénéré l’icône du saint tsar et la copie de l’icône miraculeuse de Baïtaly. À l’issue de la liturgie, le patriarche Irénée a célébré l’office de la « slava » en l’honneur des martyrs impériaux. À la liturgie assistaient

Une procession s’en est suivie avec à sa tête le patriarche de Serbie Irénée, les évêques de Šabac Laurent et de Remesiana Stéphane, ainsi que de nombreux prêtres et fidèles. La procession, à laquelle s’est joint le maire adjoint de Belgrade, Goran Vesić, est passée devant le Parlement pour se diriger ensuite vers le monument au saint tsar Nicolas II. Dans son allocution devant le monument, le patriarche Irénée a rappelé que le tsar était né le jour de la mémoire de saint Job, et avait porté en lui, avant tout, l’amour du Seigneur, de sa patrie russe et de sa famille. Le patriarche a ensuite évoqué la Russie éprouvée et le régime athée, ainsi que sa résurrection par son retour à Dieu. 

Posté le 21 juillet 2018 à 11h38 par Michel Janva | Lien permanent

17 juillet 2018

Rencontre Trump-Poutine : «La tenue même de ce sommet est un succès»

Posté le 17 juillet 2018 à 17h40 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (3)

100 000 personnes commémorent le centenaire de l'assassinat par les bolchéviques du dernier tsar

Lu sur le blog d'Yves Daoudal :

80961929"Une procession a réuni la nuit dernière à Ekatérinbourg près de 100.000 personnes pour commémorer le centenaire de l'assassinat par les bolchéviques du dernier tsar Nicolas II et des membres de sa famille. Une divine liturgie a été célébrée par une quarantaine d’évêques devant l’église de Tous-les-Saints, construite entre 2000 et 2003 - les Russes l’appellent l’église « sur le sang versé », son nom complet est : « église sur le sang versé en l'honneur de tous les Saints resplendissants dans la Sainte Russie », son autel se trouvant juste au-dessus de la cave où furent fusillés Nicolas II et sa famille.

A partir de 2h00 du matin, le patriarche Cyrille a conduit la procession jusqu’au monastère « des saints martyrs impériaux » de Ganina Iama, à 21 km de là, construit près du fossé où l’on retrouva les restes de la famille impériale (ce que vient de confirmer, ce lundi, une analyse ADN). « Nous devons vraiment résister à toute idée ou dirigeant qui nous propose, via la destruction de notre vie, de nos traditions et de notre foi, d'adopter un soi disant nouvel avenir inconnu et heureux », a notamment déclaré Cyrille."

Posté le 17 juillet 2018 à 15h47 par Michel Janva | Lien permanent

Donald Trump souhaite une meilleure coopération avec la Russie

DiQP8K3VQAAGaYL100 ans après l'assassinat de la famille impériale de Russie, Donald Trump a rencontré Vladimir Poutine à Helsinki. Un rapprochement des deux méchants loups de la grosse presse occidentale inquièterait les milieux mondialistes. Lors d'une conférence de presse, un journaliste a demandé au président américain ce qu'il pensait des accusations de manipulation de la campagne présidentielle de 2016 par la Russie. Donald Trump a répondu :

«J'ai confiance dans les deux. Je fais confiance à mes services, mais la dénégation de Vladimir Poutine a été très forte et très puissante». «Ce que j'aimerais savoir, c'est où sont passés les serveurs?» (du Parti démocrate, qui ont été hackés par la Russie). «Et où sont passés les 33 000 e-mails de Hillary Clinton, ce n'est pas en Russie qu'ils se seraient perdus!» «Il n'y a jamais eu collusion, l'élection, je l'ai gagnée haut la main». «Cette enquête russe nous empêche de coopérer, alors qu'il y a tant à faire».

Et Poutine a ajouté :

«Moi aussi j'ai travaillé dans les services de renseignement. Mais la Russie est un pays démocratique. Les États-Unis aussi non? Si l'on veut tirer un bilan définitif de cette affaire, cela doit être réglé non pas par un service de renseignement mais par la justice

«Je voulais que Trump gagne parce qu'il voulait normaliser les relations russo-américaines… Mais laissez tomber cette histoire d'ingérence, c'est une absurdité totale!… La Russie ne s'est jamais ingérée dans un processus électoral et ne le fera jamais

Fortement critiqué de toutes parts aux Etats-Unis, où la russophobie demeure un sport national, Donald Trump a rétorqué sur Twitter :

« Comme je l’ai dit aujourd’hui et à plusieurs reprises auparavant, j’ai une IMMENSE confiance dans MES agents du renseignement. Toutefois, je dois aussi reconnaître qu’afin de construire un avenir meilleur, nous ne pouvons pas nous tourner exclusivement vers le passé – [la Russie et les Etats-Unis] étant les deux plus grandes puissances nucléaires mondiales, nous devons nous entendre ! »

Posté le 17 juillet 2018 à 08h05 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (2)

12 juillet 2018

Pendant que l’armée syrienne reconquiert Deraa, Poutine multiplie les initiatives diplomatiques

Analyse d'Antoine de Lacoste :

Deraa-650x647"Depuis que les Américains ont retiré leur soutien aux rebelles islamistes de la province de Deraa, ces derniers ont majoritairement choisi la voie de la négociation dès que l’armée syrienne a déclenché son offensive.

Ce sont, bien sûr, les Russes qui organisent les discussions, mais les débuts n’ont pas été faciles. Contrairement au scénario habituel, le transfert des combattants islamistes avec familles et armes légères vers Idleb, au nord-ouest du pays, n’a pas été accepté d’emblée par les négociateurs russes. Un jour, il faudra en effet reconquérir cette province et il est inutile de la renforcer lorsqu’il est possible de faire autrement.

Ce n’était pas le cas dans la Ghouta par exemple, située en zone urbaine. La province de Deraa, à l’exception de la ville du même nom, est surtout rurale. D’ailleurs, de nombreux villages se sont rendus dès le début de l’offensive, peu désireux d’affronter le pilonnage de l’aviation russe. Les islamistes les plus déterminés se sont alors retirés vers Deraa, non sans avoir assassiné en plusieurs endroits des responsables de village qui avaient négocié avec les Russes. La presse occidentale a, évidemment, peu relayé cette information.

Pressés d’en finir, les Russes ont finalement cédé et promis un transfert vers Idleb pour ceux qui refuseraient « l’accord de réconciliation » traditionnellement proposé depuis quelques mois par le pouvoir syrien.

En échange de cette concession russe, le plus important poste-frontière avec la Jordanie, celui de Nassib, a été évacué sans combat par les islamistes. Ils l’avaient conquis en 2015.

À l’heure actuelle, l’armée syrienne encercle totalement la ville de Deraa, et l’issue semble proche. Il restera ensuite une inconnue de taille : le plateau du Golan.

C’est pourquoi les Israéliens observent de très près la situation. Certes, eux aussi ont abandonné les insurgés qu’ils aidaient pourtant depuis longtemps, mais pas au point de laisser l’armée syrienne s’approcher trop du Golan qu’elle a conquis en 1967 et annexé en 1981 ; annexion qui n’a pas été reconnue par la communauté internationale (sans engendrer aucune sanction, rassurez-vous) et encore moins par la Syrie, dont c’est le territoire.

Bien sûr, les Syriens n’ont aucunement l’intention de reconquérir le Golan, mais ils voudraient au moins reprendre aux islamistes ce qu’ils ont perdu.

La situation syrienne a, bien sûr, été au cœur des discussions entre Poutine et Netanyahou, lors de leur rencontre du 11 juillet à Moscou. Le Premier ministre israélien a, notamment, demandé très officiellement à la Russie de faire partir les Iraniens de Syrie. Pendant leur rencontre, il est cocasse de noter que l’aviation russe a bombardé des positions islamistes près du Golan tandis que l’aviation israélienne attaquait des positions syriennes non loin de là… On s’aime, mais virilement !

Par la suite, Poutine rencontrera ensuite Emmanuel Macron et surtout Donald Trump. Le dossier syrien sera, on s’en doute, largement évoqué."

Posté le 12 juillet 2018 à 15h10 par Michel Janva | Lien permanent

11 juillet 2018

15 000 fermiers sud-africains émigrent en Russie

Unknown-7Une délégation de 30 familles de fermiers sud-africaines vient d’arriver dans la région de Stavropol, en Russie. Elles font face à de violentes attaques et à des menaces de mort. Au moins 15 000 Boers, descendants de colons hollandais en Afrique du Sud, envisagent de s'installer en Russie en raison des tensions dans leur pays dues aux projets du gouvernement visant à les exproprier de leurs terres.

«C'est une question de vie ou de mort: il y a des attaques contre nous. C'était arrivé au point où les dirigeants politiques attisaient une vague de violences». «Le climat ici (dans la région de Stavropol) est tempéré, et cette terre a été créée par Dieu pour l'agriculture. Tout cela est très attractif».

Il y a eu 74 meurtres de fermiers et 638 attaques en Afrique du Sud, principalement contre des fermiers blancs, entre 2016 et 2017, selon les données du groupe de défense des droits des minorités AfriForum.

Posté le 11 juillet 2018 à 08h34 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (17)

16 juin 2018

Russie, pourquoi tant de haine ?

Par Emmanuel Leroy

Rendez-vous Lundi 25 Juin vers 19h30 au Parloir du Vieux Colombier

9 Rue du Vieux Colombier, 75006 Paris (métro 4 St. Sulpice)

Participation aux frais : 10€.

Posté le 16 juin 2018 à 08h56 par Michel Janva | Lien permanent

12 juin 2018

Poutine et Netanyahou négocient la prochaine offensive syrienne

D'Antoine de Lacoste sur Boulevard Voltaire :

"Depuis plusieurs semaines, l’armée syrienne masse des troupes dans le sud de la Syrie, près de Deraa. Deraa est une ville symbolique car elle est le berceau de la révolution islamiste en Syrie. Elle a été reconquise par l’armée en 2016, mais une grande partie de la province du même nom est encore aux mains des islamistes, notamment le long de la frontière jordanienne. Cerise sur le gâteau : Daech tient un petit territoire le long du Golan, sous la protection d’Israël, ravi d’avoir des groupes islamistes « tampons » entre le Golan et les troupes iraniennes, présentes également dans la région…

Un premier accord a été passé il y a quelques semaines entre Israël et la Russie, aboutissant à un retrait de quelques kilomètres des soldats iraniens.

Aujourd’hui, la Russie veut aider la Syrie à reconquérir ce territoire. Sur le plan militaire, l’affaire ne présente pas de grandes difficultés : après quelques jours d’offensive syrienne, appuyée par l’aviation russe, les quelques milliers de combattants islamistes, dont le moral est au plus bas, négocieraient leur évacuation vers Idleb, au nord-ouest du pays, avec familles et armes légères. Le scénario est maintenant bien rodé.

Oui, mais à une condition : que l’aviation israélienne ne vienne pas perturber ce beau projet, en attaquant les troupes syriennes, par exemple ; ce qu’elle a déjà fait dans le passé, précisément dans la région de Deraa.

Pourquoi ferait-elle cela alors même que les Russes seront à la manœuvre, ce qui n’était pas forcément le cas lors des offensives syriennes précédentes ? La réponse est simple : pour faire reculer plus loin encore les troupes iraniennes.

Bien sûr, comme dans la Ghouta ou à Yarmouk, dernières reconquêtes urbaines de l’armée syrienne près de Damas, il n’est pas prévu d’intégrer des éléments iraniens dans la prochaine offensive de Deraa.

Mais Israël sait que la puissance de son aviation est une menace que ni les Russes ni les Syriens ne peuvent négliger. De plus, Russie et Israël entretiennent de bonnes relations et Netanyahou a exposé très clairement ses revendications à Poutine lors de leur rencontre du 9 mai dernier.

Les discussions sont donc en cours et cela explique pourquoi Netanyahou profite de sa tournée européenne pour multiplier les menaces contre la Syrie, coupable à ses yeux de laisser un appareil militaire iranien conséquent s’installer à quelques encablures du Golan.

Le projet d’offensive vers la province de Deraa tombe donc à pic pour Israël. Poutine, comme souvent, se tait. Mais Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, a rappelé il y a peu que toutes les troupes étrangères avaient vocation à quitter la Syrie.

Premier pas vers un accord ? Les Iraniens semblent peu disposés à faire des concessions. Les Russes doivent donc convaincre les Syriens de convaincre les Iraniens. Cruel dilemme pour Bachar, qui sait bien que les Iraniens ont été un appui au sol décisif contre les islamistes."

Posté le 12 juin 2018 à 10h07 par Michel Janva | Lien permanent

05 mai 2018

N'abandonnons pas les enfants du Donbass !

E559f767-dc12-4391-99c4-84f255cd70fbCe printemps l'association Ouest-Est se rend au Donbass pour aider les enfants victimes de la guerre qui s'y déroule et dont personne ne parle. Cette guerre, en pleine Europe, a déjà coûté la vie a plus de 10 000 personnes et blessé 20 000 autres. 

Ils vont apporter des biens de première nécessité à l'orphelinat de Mama Lida de Donetsk et aider à restaurer l'école Krasnyi Partizan qui a été ravagé par les bombes. 

Ici vous pouvez directement et en un clic, participer à cette cagnotte.

Posté le 5 mai 2018 à 10h30 par Michel Janva | Lien permanent

17 avril 2018

"Mentir et croire à ses propres mensonges, c'est quelque chose de très dangereux"

Ce sont les mots de conclusion du passionnant entretien accordé par Vladimir Fédorovski à RT.

 

Posté le 17 avril 2018 à 22h16 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (3)

Comment les Russes ont repris Douma juste avant les frappes

Analyse d'Antoine de Lacoste pour le Salon beige :

Pendant que les occidentaux montrent leurs muscles et bombardent des sites improbables, les Russes eux, continuent à lutter contre les islamistes. Jeudi 12 avril, la police militaire russe s’est déployée dans Douma après de dures négociations.

L’histoire s’est donc spectaculairement accélérée ; en effet, l’issue inéluctable d’une nouvelle offensive et les manifestations répétées de la population exigeant la reddition du groupe et la fin des combats, ont contraint le groupe Jaich al-Islam et son chef Issam Bouwaïdani à accepter de négocier avec les Russes.

Ces derniers voulaient aller vite afin de parachever la victoire de la Ghouta avant toute  frappe franco-américaine. Pour cela, ils ont demandé à l’armée syrienne de ne pas entrer encore dans Douma, afin de ne pas compromettre les négociations. La haine est en effet telle entre les deux adversaires syriens, armée et islamistes, que toute étincelle peut vite dégénérer en reprise des combats.

L’évacuation a commencé dans la nuit de jeudi à vendredi sous le contrôle de la police militaire. Ce n’est pas la première fois que celle-ci est utilisée dans le conflit. A Alep Est, déjà, ce sont ces militaires qui patrouillaient après la reddition et l’évacuation des islamistes vers Idleb. Ce sont en général des Caucasiens, musulmans, dont l’encadrement s’est souvent illustré dans la guerre contre les Tchétchènes. Certains sont d’ailleurs eux-mêmes tchétchènes et sont des soutiens très sûrs de Poutine. En Tchétchénie aussi, il y a plusieurs camps.

L’état-major russe estime que ces hommes sont très utiles pour dialoguer avec la population syrienne et la rassurer alors qu’elle vient de subir de durs combats.

Les islamistes évacués n’ont été, pour une fois, pas dirigés vers Idleb, mais un peu plus à l’Est, à Al Bab. Cette localité avait été reprise à Daesh par l’armée turque il y a quelques mois qui préparait ainsi déjà son occupation du nord de la Syrie. Pourquoi Al Bab et non Idleb comme d’habitude ? C’est une exigence des dirigeants de Jaich al-Islam qui ne tenaient nullement à se retrouver sous la coupe d’Al-Nosra qui règne sur les autres groupes islamistes dans la province d’Idleb.

Les Turcs ont accepté avec empressement : les combattants aguerris qui sont arrivés pourront éventuellement servir de chair à canon en cas de combats contre les Kurdes…

Aujourd’hui le drapeau syrien flotte sur Douma et c’est une victoire de prestige considérable dans toute la Syrie. Evidemment on se perd quelque peu en conjectures sur ce soudain revirement de Jaich al-Islam. Pendant des semaines, ce groupe refuse obstinément toute évacuation. Il s’obstine alors même que tous les autres mouvements se sont rendus et qu’il ne tient qu’un ou deux km2 de territoire. Puis, le 7 avril, c’est l’attaque chimique. Deux jours après, comme si sa mission était accomplie, le groupe reprend les négociations et accepte l’évacuation sans la moindre difficulté.

Il y a tout de même de quoi se poser des questions…

Posté le 17 avril 2018 à 15h32 par Michel Janva | Lien permanent

Les aventures de Jupiter au Levant, quelques analyses

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Les commentaires des médias et analystes alternatifs sont très nombreux. Nous n'en avons pas fait une revue intégrale, évidemment, mais nous avons au passage repéré:

Nous vous livrons en totalité l'analyse à chaud, et les hypothèses du Général (2S) Delawarde, recueillies par Breizh-info. Pour ce qui est des versions officielles de cette mauvaise opération de COM (il parait qu'ils appellent ça "strategic communication", on cherche en vain à dinstinguer la stratégie...), vous n'avez qu'à consulter n'importe quel média aux ordres et vous y trouverez l'argumentaire indigent de rigueur...

Le général (2S) Dominique Delawarde a bien voulu livrer pour les lecteurs de Breizh-info son analyse  «à chaud» des résultats et des conséquences des frappes opérées en Syrie par les USA, la France et le Royaume uni. « Cette analyse, prévient-il, s’extrait volontairement des communiqués officiels des trois pays coalisés USA-UK-FR, dont on peut penser qu’ils ne sont pas totalement objectifs. Elle devra être affinée dans les prochains jours, voire les prochaines semaines. »

Examinons les faits.

Deux versions de la frappe et de ses résultats ont été diffusées:

La version russe :

Le ministère de la Défense russe dit avoir détecté 103 missiles air-sol ou de croisière dont 71 auraient été interceptés par la défense anti aérienne-syrienne.

La défense anti aérienne russe n’est pas intervenue (ce que confirment les trois pays agresseurs).

L’état-major russe donne la liste des cibles suivantes avec le nombre de missiles tirés et interceptés.

– 4 missiles auraient visé la zone de l’aéroport international de Damas : tous interceptés

– 12 missiles auraient visé l’aéroport militaire de Al-Dumayr: tous interceptés

– 18 missiles auraient visé l’aéroport militaire de Baly: tous interceptés

– 12 missiles auraient visé l’aéroport militaire de Shayarat : tous interceptés

– 9 missiles auraient visé l’aéroport militaire de Mezzeh : 5 interceptés

-16 missiles auraient visé l’aéroport militaire de Homs : 13 interceptés

– 30 missiles auraient visé diverses cibles dans les zones de Barzah et de Jaramani : 7 interceptés

Cette version russe appelle six observations :

1 – 2 missiles détectés au départ se seraient perdus en route…

2 – Le nombre de missiles interceptés dans toutes les zones aéroportuaires fortement équipées en défense sol air syrienne serait impressionnant. Ce serait même une première dans l’histoire de la défense anti-aérienne. Un tel résultat de 70 % de missiles interceptés impliquerait évidemment que cette défense ait bénéficié d’un soutien russe en matière de renseignement (data tracking), voire de guerre électronique, sans que les Russes n’aient eu à tirer un seul missile (ce qui est confirmé par le trio USA, UK, France). Il faut savoir que les missiles de croisière guidés par GPS sur la majeure partie du vol, passe sur un système interne en phase finale et deviennent vulnérables au système de guerre électronique russe. Ce système permet de ralentir la vitesse du missile considérablement et en fait une proie facile pour la défense antiaérienne.

3 – Si le résultat donné dans la version russe est le bon (70 % de missiles interceptés), les résultats de cette frappe sont tout simplement catastrophiques pour les trois agresseurs car cela signifie qu’avec intervention des S400 russes, aucun missile US-UK-FR, si intelligent et moderne soit-il, n’aurait atteint sa cible et que la plupart n’aurait même jamais atteint le territoire syrien.

4 – Le fait que la Russie n’ait pas activé sa défense antiaérienne pour détruire au plus loin, et peu après leur départ, les missiles tirés vers la Syrie signifie, sans le moindre doute, que la Russie avait été prévenue de la frappe et/ou qu’elle avait reçu des assurances qu’aucune de ses installations ne seraient visées. Sans doute avait-elle même reçu la liste des cibles pour évacuer d’éventuels soldats russes qui se seraient trouvés à proximité, les occidentaux souhaitant, à tout prix éviter un engrenage.

5 – Le fait, confirmé par les occidentaux, qu’il n’y ait eu aucune victime, montre à l’évidence que Bachar, lui aussi, a pu faire évacuer toutes les personnes menacées très en dehors du cercle d’efficacité des missiles. Il était donc, lui aussi, prévenu. Si les zones visées étaient vraiment sensibles (entrepôts chimiques selon la version occidentale), elles étaient forcément gardées jour et nuit dans un pays en guerre. Si aucune perte humaine n’est à déplorer, il n’y a que deux solutions : soit ces zones n’étaient pas sensibles et il n’y avait personne pour les garder (simple hangar de ferme ou installation désaffectée depuis longtemps (version russe) rebaptisé dépôt chimique par les occidentaux pour les besoins de la frappe) soit le personnel de garde avait été évacué sur préavis.

6 – Un autre fait troublant qui amène à s’interroger, est le constat que dès le lendemain, quelques heures après la frappe sur les «présumés dépôts chimiques» détruits, des civils curieux, venus aux nouvelles, se déplaçaient sans le moindre effet de protection et ne semblaient pas, le moins du monde, inquiets ou indisposés… Cela donne une idée de la dangerosité des produits chimiques présumés, forcément disséminés par les frappes…

2ème version: celle du Pentagone donnée en conférence de presse

Les forces US et alliées auraient tiré 105 missiles sur les installations présumées contenir des armes chimiques de l’armée syrienne. (Ce chiffre est quasiment le même que les 103 détectés par les russes). Les moyens suivants auraient été utilisés :

  • Le USS Monterey CG61 a tiré 30 missiles Tomahawk à partir de la mer rouge.
  • Le USS Laboon DDG58 a lancé 7 missiles Tomahawk à partir de la mer rouge.
  • Le USS Higgins DDG76 a lancé 23 missiles Tomahawk à partir du Golfe Persique.
  • Le USS John Warner SSN785 a lancé 6 missiles Tomahawk à partir de la Méditerranée.
  • La frégate française LANGUEDOC a lancé 3 missiles navals mer-sol SCALP EG à partir de la Méditerranée.
  • Les bombardiers stratégiques B-1B ont lancé 19 missiles de croisière air-sol AGM-158 JASSM.
  • Les chasseurs britanniques Typhoon and Tornado ont lancé 8 missiles de croisière air-sol Storm Shadow/SCALP EG .
  • Les 5 Rafales et 4 Mirages français ont lancé 9 missiles de croisière air-sol StormShadow/SCALP EG.

Selon le Pentagone, l’attaque n’aurait visé que trois cibles:

  • 76 missiles – sur le Centre de recherche et de développement de Barzah
  • 22 missiles – sur le site de stockage de Him Shinshar
  • 7 missiles – “sur le bunker de stockage d’armes chimiques de Him Shinshar

Bien sûr, selon le Pentagone et les états-majors français et britanniques, tous les missiles auraient atteints leur cible… et aucun n’aurait été intercepté (normal pour des missiles intelligents…). A l’appui de leurs affirmations, les Américains ont montré des photos «satellite» dans le cadre d’un «Battle Damage Assessment» (Estimation des dommages après frappe). En décembre 98, lors de l’opération Desert Fox, les Américains avaient frappé l’Irak et fourni ce type de photos «satellite». Notre satellite français très précis avait donné des résultats très différents des leurs… Ils avaient été surpris de notre savoir faire qui les prenait en flagrant délit de mensonge. Si la partie moyens engagés – nombre de missiles tirés est très probablement juste, et confirmée par les Russes, la partie cibles visées – résultats des tirs paraît peu crédible pour les raisons suivantes :

Le centre de Barzah sensé avoir été frappé par 76 missiles n’est que très partiellement détruit ainsi qu’en atteste les photos prises au sol sur le site. Avec 76 missiles sur une aussi petite emprise, il aurait dû être pulvérisé, il n’en est rien. Rappelons que les Russes disent de ce centre qu’il était désaffecté depuis plusieurs années, ce qui expliquerait l’absence de victimes civiles : affirmation que j’ai personnellement tendance à croire. (NDPC, voir donc, à ce sujet, l'analyse en anglais que nous répertorions plus haut)

Il est possible que la coalition cherche à dissimuler d’éventuels échecs de frappes sur les aéroports militaires en limitant les objectifs aux trois installations qui ont été touchées par quelques missiles. On peut ainsi affirmer que «tous les objectifs ont été touchés».

Cette coalition à trois a trop menti au cours des années précédentes pour pouvoir être crédible aujourd’hui (Timisoara, couveuse du Koweït, armes de destruction massives de Saddam, Goutha 2013, affaire Skripal, Goutha avril 2018). Je me souviens personnellement des mensonges quotidiens de Mr Jamie Shea, porte parole de l’OTAN, sur les fausses pertes Serbes au Kosovo de mars à mai 1999. L’Otan déclarait plus de 800 matériels majeurs détruits au 78 ème jour de bombardement. En réalité, le comptage effectué après le cessez le feu faisait état d’une petite trentaine… Tous les MIG déclarés détruits à Pritina au premier jour de la guerre (une vingtaine) sont sortis des souterrains et ont décollé tranquillement en direction de Belgrade au moment du cessez le feu…*

A chacun, bien sûr, de se faire son idée sur ces frappes. On peut toutefois noter un certain nombre de faits qui ne seront pas sans conséquences pour l’avenir :

1 – Cette frappe n’a pas affecté les forces armées syriennes qui s’en sortent intactes et vont pouvoir poursuivre la reconquête du territoire national dans les prochaines semaines. Mieux Bachar el Assad sort probablement grandi de cette affaire aux yeux d’une forte majorité de son peuple. Il restera l’homme qui a résisté sans faiblir à une coalition USA-UK-FR, ce qui n’est pas rien. Si élection il devait y avoir demain, il les remporterait sans coup férir avec des taux d’adhésion bien supérieur à ceux obtenus par Trump, May et Macron dans leurs pays respectifs.

2 – Parce que les 3 pays USA-UK-FR sont sensés avoir détruits les stocks d’armements chimiques présumés et le centre de fabrication lui aussi présumé, il va être difficile de monter une nouvelle accusation d’attaque au gaz dans les mois qui viennent.

3 – Les 3 coalisés n’ont pas pris le risque de s’attaquer à la Russie ni à l’Iran alors que ceux-ci étaient clairement désignés comme coresponsables de la «présumée attaque chimique». C’est un aveu de faiblesse. Ils ont montré par là qu’ils craignaient ces deux gros morceaux et préféraient s’en prendre au plus faible : la Syrie, ce qui ne les grandit pas.

4 – Comme il a été dit précédemment Trump a probablement fait un deal avec Poutine pour qu’il n’intervienne pas dans une frappe qui lui permettrait de sauver la face et de redorer son blason à quelques mois des élections de mi mandat. En échange, il a dû promettre de ne pas faire trop de dégâts et lui garantir qu’aucun soldat russe ne perdrait la vie. Mission accomplie. Les médias US vont pouvoir s’occuper pendant un certain temps de ces frappes dont le résultat militaire est pourtant dérisoire.

5 – Pour la première fois depuis 1945, la France est sortie de la légalité internationale en s’affranchissant du feu vert de l’ONU. Son image, comme celle de l’ONU d’ailleurs, n’en sortira pas nécessairement grandie…Lire à cet égard l’article paru sur le site Les crises» : «L’évaluation nationale» présentée par le gouvernement pour justifier les frappes est un document manifestement rédigé par un communicant et non par un organisme de renseignement. Il n’a strictement aucune valeur, comme celui de 2013 d’ailleurs. Notre ministre des Affaire étrangère fait dans le mauvais Colin Powell (et sa poudre de Perlin Pinpin) en présentant ce genre de document.

6 – Suite à ces frappes aériennes, les Russes disent envisager d’équiper l’armée syrienne en S300 pour lui permettre de se défendre encore mieux en cas de prochaine attaque. Ceci posera un vrai problème à ses adversaires potentiels, surtout lorsqu’elle aura terminé sa reconquête de l’Ouest syrien et qu’elle passera à l’Est de l’Euphrate.

7- Enfin et surtout, si la version russe de ces frappes était exacte, et elle pourrait fort bien l’être, l’OTAN aurait désormais un sérieux problème à résoudre car cela signifierait que la Russie est désormais capable de réduire à néant toute tentative de frappes occidentales du type de celle qui vient d’être conduite par les trois plus grandes puissances de l’OTAN agissant en coalition.

Il n’aura enfin échappé à personne que ces douze petits missiles que nous avons lancé sur des installations probablement désaffectées (pour ne fâcher personne) permettent de redorer à moindre frais (20 millions d’euros si l’on compte les missiles et les vols) l’image d’un président écornée par des difficultés d’ordre social (Notre-Dame-des-Landes, grèves à la SNCF, révoltes étudiantes).

Général (2S) Dominique DELAWARDE

 

Posté le 17 avril 2018 à 10h14 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (13)

14 avril 2018

Frappes en Syrie : déclaration du président de la fédération de Russie

Le 14 avril, les États-Unis soutenus par leurs alliés ont frappé des sites militaires ainsi que ceux de l'infrastructure civile de la République arabe syrienne. Sans l'aval du Conseil de sécurité de l'Onu, en violation de la Charte de l'Onu, des normes et des principes du droit international, un acte d'agression a été commis à l'encontre d'un État souverain qui se tient à l'avant-garde de la lutte antiterroriste. 

 À nouveau, tout comme il y a un an, lorsque les États-Unis ont attaqué la base aérienne de Shayrat, en tant que prétexte a été utilisée une mise en scène d'usage de substances toxiques contre les civiles, cette fois à Douma, banlieue de Damas. Après avoir visité le lieu de l'incident fictif, les experts militaires russes n'ont pas découvert de trace d'utilisation de chlore ou de toute autre substance toxique. Pas un seul habitant n'a confirmé le fait de l'attaque chimique.

L'Organisation sur l'interdiction des armes chimiques a dépêché ses spécialistes en Syrie afin d'élucider la situation. Or, un groupe de pays occidentaux l'a méprisé de façon cynique en entreprenant une action militaire sans attendre les résultats de l'enquête.

La Russie condamne avec une extrême fermeté l'attaque contre la Syrie où des militaires russes aident le gouvernement légitime à combattre le terrorisme.

Par leurs actions, les États-Unis aggravent davantage la catastrophe humanitaire en Syrie, apportent des souffrances aux civils, laissent faire les terroristes qui déchirent depuis sept ans le peuple syrien, provoquent une nouvelle vague de réfugiés en provenance de ce pays et de la région en général. 

 L'escalade en cours autour de la Syrie produit des effets destructeurs sur l'ensemble du système des relations internationales. L'histoire remettra tout à sa place et elle a déjà attribué à Washington une lourde responsabilité pour avoir mis en œuvre sa justice sanglante en Yougoslavie, en Irak et en Libye.

La Russie convoque une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'Onu afin de discuter des actions agressives d'États-Unis et de leurs alliés.

Posté le 14 avril 2018 à 15h51 par Paula Corbulon | Lien permanent

Frappes en Syrie : le message est clair

DatUY5ZWsAARKXN-400x300Le 10 avril, le commis aux affaires courantes du régime Macron, Édouard Philippe, avait dit : « Ce recours à ces armes [chimiques] n'est pas neutre, il dit des choses sur le régime et notre réaction à l'usage de ces armes dira des choses de ce que nous sommes ».

La réaction a eu lieu cette nuit, et elle dit effectivement ce qu’ils sont :

Ces gens-là sont inconséquents, et tous ceux qui leur sont servilement subordonnés le sont également. Qui en effet garantit que la république française – nous ne voulons pas dire la France, car nous nous refusons absolument à considérer que c’est la France qui a agressé la Syrie cette nuit – que la RF, donc, sera toujours dans le camp des vainqueurs. Quelles excuses auront à présenter tous ceux qui ont collaboré sans se poser de question à cette forfaiture, lorsqu’ils comparaitront devant un Nüremberg bis, sans parle de leur parution devant le Souverain Juge ?

Nous soulignons le mot servilement, pour ne pas faire d’amalgame entre ceux que l’on pourrait facilement remplacer par des robots tant ils ont renoncé à l’exercice de leurs facultés intellectuelles, et ceux qui ont pu chercher à limiter l’ampleur des frappes et à raisonner les représentants de l’oligarchie.

Ceci étant posé, les premières informations disponibles tendent à montrer que :

Ceci nous conduit donc à formuler l’hypothèse suivante : bien que condamnée véhémentement par Moscou et ses alliés, l’attaque a été, si ce n’est co-décidée avec Moscou, du moins largement revue à la baisse face à la fermeté de V. Poutine, pour permettre à l’Empire de ne pas perdre la face après ses déclarations fracassantes. Ceci expliquerait notamment l’absence de réaction contre-offensive de la part de Moscou contre les vecteurs des frappes. On ne peut d’ailleurs que louer la stabilité émotionnelle et la mesure des autorités russes face à l’hybris occidentale. Cette différence abyssale traduit selon nous la différence radicale de conception de l’État et des relations internationales entre ces deux parties.

Par ailleurs, gardons à l’esprit que, Outre-Atlantique, ces actions font partie d’un jeu très complexe où Trump essaie de prendre, très laborieusement et à sa façon particulièrement déstabilisante, la main sur l’administration et contre l’État profond, comme l’évoquait notamment Charles Sannat, repris dans cette note.

Quelle que soit la suite, l'appel à la mobilisation contre une guerre injuste est plus que jamais d'actualité.

Posté le 14 avril 2018 à 13h02 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (36)

13 avril 2018

Charles Sannat : Macronléon 1er aura-t-il le cran de ne pas bombarder Damas ?

Encore une excellente tribune de Charles Sannat, dont nous avions reproduit l'hommage au Colonel Beltrame. C'est assez court et le meilleur, selon nous, est à la fin, allez voir !

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

N’imaginez pas un seul instant que j’aille me livrer à une attaque en règle de notre Président (béni soit son saint nom), je suis téméraire mais pas totalement inconscient !!!

Macronléon 1er est beaucoup plus fort que moi. Tenez, par exemple moi, je ne dispose ni de Mirage, ni de Rafale, ni de missiles super puissants pour bombarder la Syrie.

Je ne me lancerai pas non plus dans de doctes analyses sur la possibilité ou l’impossibilité d’attaques chimiques perpétrées par le régime syrien, bien que de vous à moi, faire cela alors que Bachar a le soutien des Russes et qu’il a militairement gagné relèverait de la plus grande crétinerie stratégique, mais que voulez-vous, n’est pas Macronléon 1er qui veut !

Les Russes ont clairement dit qu’ils viseraient les points de lancement des missiles tirés sur la Syrie !

Ambiance… Je dis cela, je ne dis rien ! Je dis juste à notre Macronléon 1er national qu’il est fort sympathique avec son idée de rentrer en guerre contre Poutine et la Syrie, mais déjà qu’il nous faut 2 500 gendarmes mobiles et plusieurs jours de guérilla campagnarde pour déloger moins de 100 zadistes certes, motivés, mais pas non plus surarmés, il ne faut pas trop pécher par orgueil et croire que nos petits Rafale de la base de Saint-Dizier seront suffisants pour envahir Moscou et réussir là où la grande armée de Napoléon et la non moins suréquipée armée allemande ont échoué.

Non, je vous assure, ce n’est pas de la lâcheté, mais déclarer la guerre à Poutine n’est pas l’idée la plus brillante du siècle. D’ailleurs, de vous à moi, à l’Élysée et au Palais, notre Macronléon 1er n’est pas en train de se précipiter pour envahir la Russie dans une nouvelle opération Barberousse.

Macronléon 1er aura-t-il le cran de ne pas bombarder Damas ?

Il serait souhaitable évidemment que nous ne nous précipitions pas dans la curée alors que nous ne savons même pas qui a gazé qui et avec quel gaz d’ailleurs. L’emballement médiatique, politique et militaire est assez surprenant et de vous à moi, je n’ai aucune envie d’aller mourir pour la Ghouta, ou la Douma ou je ne sais quel quartier de la périphérie de Damas !

En plus, les avions russes sont passés juste au-dessus de notre super bateau et auraient été capables de l’envoyer par le fond en moins de 30 secondes… D’ailleurs, c’est ce qui pend au nez de nos pauvres marins.

Enfin, si nos missiles partent d’avions qui viennent de Saint-Dizier, moi, j’habiterais dans le coin de la base aérienne, j’irais déjà me réfugier chez quelques amis, histoire de ne pas prendre de missile sur le coin du nez… On aurait l’air fin si Poutine bombardait Saint-Dizier ! On ferait quoi ? On raserait Moscou avec une bombe atomique ? Idée exquise et brillante… Perspective réjouissante.

Pourtant, une troisième guerre mondiale c’est bon pour l’or !!!

Soyons tout de même positif. Une guerre mondiale c’est super bon pour les cours du métal jaune. Par exemple, à 2 millions de morts vous êtes super riches, mais à 100 millions de morts c’est carrément génial, vous croulez sous le pognon… Et les radiations, mais c’est un autre sujet.

Évidemment, comme les tensions montent, l’or monte d’un poil ou deux. Pas plus. En effet, les « marchés » pensent qu’ils ne sont pas assez fous pour s’affronter.

Je dis aussi cela depuis des années. Faudrait être con pour faire la Troisième Guerre mondiale vu qu’il n’y a quand même aucune raison objective pour la mener…

Sauf que manifestement, « ils » se cherchent de plus en plus et vont finir par se trouver. En Russie, le ton sur les chaînes télé n’est pas réjoui. Le ton est grave. La Russie est prête à la guerre, et je pense que l’on sous-estime grandement la détermination non pas de Poutine mais de l’ensemble de la Russie, de ses élites et de son peuple à mettre fin à l’expansionnisme américain. (NDPC: voir notamment ici)

La pondération poutinienne n’est pas de la faiblesse mais une forme de sagesse. Nous sommes arrivés au bout.

D’ailleurs, ce qui me fait croire que tout n’est pas totalement perdu, c’est le tweet stupide de Trump qui prévient Poutine « attention mes missiles arrivent »…

Vous imaginez Adolf Hitler disant à Staline, « Hé… Joseph, mes chars, nouveaux, beaux et intelligents arrivent… Prépare-toi !!! ». Évidemment non.

Alors que fait Trump ? Non, il n’est pas stupide. Il prévient la Russie qu’il va être obligé de frapper la Syrie pour la forme et qu’il souhaiterait bien que cela en reste là… Macronléon 1er aussi ne semble pas pressé de se lancer sur le sentier de la guerre… Et je ne serais pas étonné si nos Rafale restaient à quai, ce qui serait évidemment la chose la plus intelligente à faire (et paradoxalement la plus courageuse).

Pour aller plus loin, après son tweet totalement militaire et stratégiquement débile, Trump en a écrit un autre où il accuse le FBI et les clintoniens/obamistes de rendre les relations avec la Russie saignantes… Et c’est dans ce message nettement plus important que se cache le véritable message adressé à Poutine par Trump. D’ailleurs, vous remarquerez que ces deux derniers tweets ont été nettement moins repris et diffusés que le premier très belliciste. Nul doute qu’ils aient été transmis à Vladimir Poutine.

Trump n’a pas les mains libres et doit composer avec plusieurs factions au sein même de son propre pays, des factions aux intérêts très divergents. Implicitement, il en appelle à la sagesse de Poutine, et c’est dans ces explications que vous trouverez la raison du calme apparent des Russes. Mais ne vous y trompez pas : la Russie est totalement prête à la guerre. Nous, pas.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

Posté le 13 avril 2018 à 08h15 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (11)

Le chef d’état-major général russe avait averti de la mise en scène d’une attaque chimique

Le chef d’état-major général russe avait averti de la mise en scène d’une prétendue attaque chimique en Syrie dès le 13 mars :

Posté le 13 avril 2018 à 08h10 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (5)

10 avril 2018

Personne ne se demande donc pourquoi cette supposée attaque chimique arrive maintenant ?

Comme dans l'affaire de l’empoisonnement de l'ex-agent double russe, personne ne doute donc des versions officielles ni se demande à qui profite le crime ? A la veille de probables frappes contre la Syrie, voici des extraits de la tribune de Caroline Galactéros pour le Figaro :

La messe semble dite et une atmosphère de veillée d'armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d'Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d'une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l'abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien (...) Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n'existent pas, ne comptent pas (...)

Mais agir contre qui ? Qui faut-il punir ? Le régime de «l'animal Assad», comme l'a appelé Trump? L'Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l'on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n'était qu'un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?

Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter ? Personne ne s'autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n'ont rien vu ressemblant à une attaque ? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre ? Ou que des éléments de l'armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C'est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

Quel serait pourtant l'intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque, alors que, ne nous en déplaise, bien davantage que notre «Coalition internationale», elle cherche la paix, l'organise pragmatiquement, et est la seule depuis sept ans à engranger quelques résultats qui évidemment contreviennent à nos intérêts et à ceux de nos alliés régionaux?

On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit: les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des «rebelles» djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l'espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d'al-Qaïda et consorts pour entraîner l'Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran (...)

La ficelle est si grosse et la pelote si bien déroulée depuis des mois qu'on ne la voit plus en effet. On punit la Russie. On la punit d'être la Russie, déjà, et d'avoir réussi son retour sur la scène mondiale. On la punit de vouloir la paix en Syrie et de chercher à la mettre en musique politiquement à Astana ou à Sotchi. On la punit d'avoir sauvé Damas et son régime diabolisé du dépècement qu'on leur promettait et qui s'est fracassé sur la résilience populaire et gouvernementale syrienne et a déjoué partiellement au moins la confessionnalisation des affrontements politiques et sociaux que l'Occident encourage, sans en comprendre le danger insigne pour ses propres sociétés, et notamment en Europe.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l'armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. Cette victoire sur le terrain au prix d'une guerre brutale (comme toutes les guerres, même celles menées depuis les airs et qui n'ont de chirurgicales que le nom), nous est proprement insupportable car cela nous force à faire la paix, ce que nul ne veut mis à part… Moscou. Ah, Moscou! L'impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas (...)

Bref, nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts, et de nous ruer, en croyant ainsi exister, sur le premier os qu'on nous jette. De ce point de vue, l'affaire Skripal pourrait bien n'avoir été que le hors-d'œuvre de la séquence actuelle. Elle a posé le premier étage d'une repolarisation politique et sécuritaire de l'Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l'OTAN (...)

Le Secrétaire américain à la défense, le général Mattis, a d'ailleurs été très clair : les Européens doivent en effet consacrer 2 % de leur PIB à la défense, mais pour acheter des armes américaines et demeurer dans l'orbite otanienne évidemment, l'Alliance constituant le cadre naturel et nécessaire de la défense de l'Europe. Fermez le ban!

Nous sommes donc en train d'être clairement repris en main par l'OTAN, mais on ne s'en rend pas compte car on nous vend la nécessité d'une solidarité sans failles, donc manichéenne, face à une «offensive russe» pour diviser l'Europe (...) C'était probablement l'objet de l'affaire Skripal comme de la présente montée au front sur la Syrie (...) Moscou est poussé à se crisper donc à s'isoler par tous les moyens. Par les sanctions, par les vrais faux empoisonnements d'espions en plein Londres et jusqu'à cette décision allemande qui ne peut que durcir la position russe en Syrie et assurer la montée des tensions, le Kremlin n'ayant plus d'autre alternative que de jouer le tracé Qatari qui passe par la Syrie… Redoutable manœuvre anglo-américaine donc, à laquelle Paris et Berlin semblent ne voir que du feu (...)

Alors que voulons-nous? Ce sera bientôt clair: si nous voulons sauver la Syrie, il nous faut surtout ne pas nous joindre à une coalition qui agira hors de tout mandat de l'ONU et qui portera le poids d'une guerre dont le peuple syrien est la dernière roue du carrosse et sera la victime immédiate. La grande question est donc: mais que vient faire Paris dans cette galère? (...) Une guerre contre l'Iran et la Russie n'est pas la nôtre. Elle ne correspond nullement aux intérêts stratégiques français, ni à ceux de l'Europe. Nous avons déjà si naïvement collé aux Britanniques qui veulent quitter l'Union, sans preuve et par principe, dans l'affaire Skripal. Pourquoi cette fuite en avant?

Posté le 10 avril 2018 à 21h29 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (10)

08 avril 2018

Que veut nous dire l'ancien CEMA ?

3cemaUn chef d’état-major des armées (CEMA) est forcément un personnage public, par l’éminente dignité de ses fonctions. C’est vrai quand il est en activité, ça l’est également quand il n’y est plus, a fortiori quand il prend la parole, oralement ou par écrit, sur des sujets d’intérêt public. Et même les évènements de nature privée le concernant ont une résonance publique, que l’intéressé le veuille ou non, à l’instar de tout autre dignitaire de l’État.

On se souvient que le Général de Villiers a démissionné dans des conditions qui étaient tout à son honneur, par le simple fait qu’il avait assuré une application exacte de ses devoirs de CEMA à l’égard de la représentation nationale, en rendant compte de l’état désastreux des armées et des menaces budgétaires que le nouveau régime faisait peser sur elles, et que ceci avait attiré le courroux de Jupiter-Macron.

L’estime publique que l’officier s’était largement attirée, dans tout le paysage politique, avait été renforcée par l’ouvrage qu’il avait publié à l’automne dernier, dont le titre est Servir. Cette estime paraissait particulièrement vive dans les milieux dits « conservateurs ».

Deux informations diffusées ces dernières semaines seraient de nature à tempérer cet enthousiasme un peu béat, et à nous interroger sur le fond du message que ce général français veut nous faire passer. À vrai dire, il s’agit de compléter le titre du livre : Servir, certes, mais servir quoi, servir qui, pour quelle finalité ? C’est hélas une question que semblent ne s’être pas suffisamment posée un certain nombre de représentants de notre élite militaire. À moins que le complément d’objet soit si décevant, voire scandaleux, qu’il vaille mieux le passer sous silence…

D’une part, Pierre de Villiers a récemment été recruté par un des grands cabinets d’audit américains, en rejoignant le bureau de Paris du Boston Consulting Group. Pour qui s’intéresse un peu à la question de la guerre économique, et au rôle de modelage de l’économie internationale dans le sens des intérêts de la finance apatride, auquel peuvent contribuer de telles entités (pour ceux qui découvrent, aller explorer notamment ce site), un tel recrutement n’est pas sans questionner le patriote sourcilleux : qu’est allé faire un ex-CEMA français dans cette galère yankee ?

D’autre part, ce questionnement devient encore plus perplexe quand on découvre la tribune que l’ancien CEMA signe avec deux autres anciens CEMA, un américain et un anglais. Certes, l’un d’eux est le Général Dempsey, que Philippe Grasset créditait de louables efforts pour limiter les velléités US et israéliennes d’attaquer l’Iran. Certes, une partie de la tribune peut être lue, avec un peu de bonne volonté, dans un sens implicitement critique à l’égard des menées atlantistes.

Toutefois, les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais aussi la France, dans la moindre mesure de son « innocence » quant à la destruction de l’Irak, peuvent être considérés, sans le moindre doute, comme les trois plus grands fauteurs de guerre des deux dernières décennies, quand on considère le chaos que ces pays (du moins leurs « régimes », terme à la mode dans le mainstream), à grand renfort de mensonges et de désinformation, ont déchainé dans les Balkans et au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique du Nord (Libye essentiellement).

Si le fond du propos était d’exprimer une remontrance aux exécutifs respectifs, de telles forfaitures nécessiteraient manifestement des dénonciations explicites, ce qui n’est pas le cas. Voici quelques citations de ce texte, que nous reproduisons intégralement plus bas, qui dénotent soit un manque de courage pour dénoncer les méfaits de l’Occident (TM), soit, si l’Occident(TM) n’est pas l’objet des inquiétudes de ces messieurs, une cécité consternante de la part d’aussi hauts responsables, ou, pire, un refus d'exposer publiquement des réalités que l'on connait. Nos commentaires sont en italiques.

La force régulatrice des États souverains comme celle des pôles de sécurité collective s'en trouvent fragilisées. Quel système s’ingénie, depuis 60 ans, à rogner la souveraineté des États pour s’en assurer la vassalisation ?

En parallèle, un certain nombre d'États prétendent imposer un nouvel ordre mondial au motif que l'histoire leur aurait accordé des privilèges particuliers. (On pense aussitôt à la bande des trois pays d’appartenance des ex-CEMA, chacun se sentant une vocation particulière de chevalier blanc de la démocratie universelle…)

Aux portes de l'Europe, en Asie, au Proche et Moyen-Orient, certains Etats mettent en effet en œuvre des stratégies qui reposent sur le rapport de force, voire le fait accompli      (…raté, ce sont les grands méchants habituels du western : Russie, Iran, Turquie, Corée du N…).

Notre deuxième inquiétude aggrave encore la première. L'efficacité des institutions internationales connaît un déclin continu. Elles nous semblent en difficulté pour résoudre les problèmes à l'échelle mondiale, alors qu'elles ont été créées pour cela. Qui tord les résolutions du Conseil de Sécurité des nations unies (CSNU) dans le sens de ses intérêts, qui fait cavalier seul quand ces résolutions ne sont pas prises, qui désinforme à grande échelle pour tromper les membres du CSNU ?

Ce tableau serait incomplet si nous n'évoquions pas notre dernière source d'inquiétude : le manque d'engagement de la communauté internationale en faveur d'un leadership collectif et collaboratif. La bonne blague : qui n’a de cesse de développer une nouvelle guerre froide avec la Russie ? Qui refuse la participation de la Russie à l’enquête sur l’affaire Skripal ? Qui essaie de pétarder le processus d'Astana pour la paix en Syrie ?

La preuve en est que le monde réarme : en 2016, les ventes de matériels militaires ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide. Là, on atteint des sommets : les États-Unis ont un budget à peu près 10 fois supérieur à celui de la Russie, par exemple.

Bref, tout cela est, au mieux très ambivalent, au pire, inquiétant quant à une possible vassalisation des esprits à un monde anglo-saxon qui cherche à préserver ses acquis par le chaos. Nous saurions fort gré au Général de Villiers de préciser sa pensée, il en va de la confiance que la partie la plus patriote de l’opinion publique met dans les armées françaises, et notamment dans leur haut commandement.

Intégralité du texte

Trois anciens chefs d'Etat-major signent une tribune pour mettre en garde sur les dangers de notre monde. Ils appellent à resserrer les liens d'amitié entre alliés historiques.

Que de hauts responsables militaires, de pays différents, soient unis par des liens de respect mutuel et même d'amitié véritable pourrait sembler surprenant à beaucoup. C'est pourtant cette relation que les anciens chefs d'état-major des armées des Etats-Unis, de France et du Royaume-Uni, ont eu le privilège de pouvoir bâtir.

Cette amitié découle, en partie, d'avoir partagé la charge, jadis solitaire, de responsabilités nationales. Nous étions les dépositaires de la puissance militaire de nos pays respectifs et avions le devoir de conseiller nos gouvernements sur la façon de contrer les menaces et les risques auxquels nos pays font face. Désormais allégés de ces responsabilités, nous continuons à être préoccupés, au point que nous avons ressenti le besoin de les partager avec le plus grand nombre.

Trois menaces

Notre premier motif d'inquiétude tient à l'état du monde. Il est devenu assez soudainement moins stable et plus dangereux. Nous devons faire face à trois menaces distinctes mais non disjointes : le terrorisme islamiste radical, l'immigration de masse et le retour des Etats puissance.

La force régulatrice des Etats souverains comme celle des pôles de sécurité collective s'en trouvent fragilisées. Il n'est pas facile d'analyser avec précision les causes profondes de cette triple montée des risques. Mais elle découle en partie des inégalités sociales qui se sont creusées, aussi bien à l'intérieur des pays, qu'entre eux. Autrement dit, l'humanité fait perdurer une désastreuse distribution des richesses et des opportunités dans le monde.

En parallèle, un certain nombre d'Etats prétendent imposer un nouvel ordre mondial au motif que l'histoire leur aurait accordé des privilèges particuliers. Aux portes de l'Europe, en Asie, au Proche et Moyen-Orient, certains Etats mettent en effet en oeuvre des stratégies qui reposent sur le rapport de force, voire le fait accompli. La dynamique stratégique mondiale devient, de ce fait, de plus en plus agressive. C'est un risque majeur de déstabilisation que l'on aurait tort d'ignorer ou de sous-estimer.

La conviction, partagée par un nombre croissant d'habitants de la planète, que le monde est injuste et que la violence serait un moyen d'y remédier, est une source inquiétante de conflictualité. La preuve en est que le monde réarme : en 2016, les ventes de matériels militaires ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide.

Des institutions en difficulté

Notre deuxième inquiétude aggrave encore la première. L'efficacité des institutions internationales connaît un déclin continu. Elles nous semblent en difficulté pour résoudre les problèmes à l'échelle mondiale, alors qu'elles ont été créées pour cela.

En outre, ces institutions peinent à considérer que dans un monde complexe et changeant, seules les actions communes peuvent en garantir la stabilité et promouvoir des évolutions bénéfiques vers plus de sécurité, d'inclusion et de solidarité.

L'absence de volonté

Ce tableau serait incomplet si nous n'évoquions pas notre dernière source d'inquiétude : le manque d'engagement de la communauté internationale en faveur d'un leadership collectif et collaboratif.

Cela dénote une absence de volonté pour résoudre des difficultés qui se posent au niveau mondial, qu'il s'agisse du terrorisme, des inégalités sociales, du réchauffement climatique ou de l'immigration de masse. Les responsables internationaux sont de plus en plus absorbés par des logiques nationales. Ils se soucient grandement de leur popularité dans leur propre pays. Cette façon d'exercer le pouvoir ne peut produire aux défis qui se posent à nous, que des réponses peu adaptées, trop onéreuses et surtout temporaires.

Mais que l'on ne s'y trompe pas : nous ne lançons pas un appel à l'augmentation des budgets de défense ni au recours accru à des solutions militaires. Il faut aussi prendre acte qu'aujourd'hui, gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Il est indispensable de garantir la sécurité et le développement à long terme, sans quoi les conflits renaîtront.

La meilleure façon de promouvoir la puissance militaire est de bâtir des alliances basées sur la confiance. Et il n'y aurait pas de pire façon de résoudre les difficultés mondiales qu'en les militarisant. Par cette tribune, nous souhaitons souligner que la sécurité du monde sera d'autant plus gravement menacée que l'on refusera de reconnaître les dangers, d'identifier des solutions communes et de faire en sorte que les leaders décident d'actions inclusives. L'histoire s'écrit sous nos yeux.

Général Martin Dempsey est ancien chef d'Etat-major des armées des Etats-Unis

Général Pierre de Villiers est ancien chef d'Etat-major des armées de France

Général Nick Houghton est ancien chef d'Etat-major des armées du Royaume-Uni

Posté le 8 avril 2018 à 20h28 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (32)

Considérer la Russie telle qu'elle est, et non telle que nous voudrions qu'elle soit

XOwAwAnKvULW76NxeeeJvGqSVvsIRsKcLa Russie sous Vladimir Poutine exerce une véritable fascination sur les milieux intellectuels qui s'efforcent de lutter contre la désinformation globale, alors que l'oligarchie tente un dernier effort pour nous enfermer dans la prison mentale de l'Occident (TM) libéral-libertaire. Cette tendance se justifie notamment par l'impression qu'a la droite nationale d'avoir trouvé en quelque sorte un "champion" des principes qu'elle défend, champion qui parvient à rompre quelques lances adverses sur la scène internationale. Cette tendance est porteuse d'illusions intellectuelles, et donc, à terme, pratiques, car elle risque d'entretenir une certaine auto-intoxication sur la réalité russe, et sur les limites du champion proclamé. Un observateur américain ami de la Russie, relayé par le site "le saker francophone", nous ramène très opportunément à la réalité. L'article est long, mais s'attache à des points très concrets, et mérite qu'on le lise jusqu'au bout.

La « glorification politiquement correcte » par les médias alternatifs de tout ce qui est lié à la Russie est une réponse « bien intentionnée » mais instinctive à la russophobie rampante des médias traditionnels ; elle génère néanmoins une vision « trop parfaite » et donc inexacte du pays, vision qui contredit la réalité et qui a été démystifiée par nul autre que le président Poutine lui-même.

Mal comprendre la Russie

Le discours du président Poutine à la nation la semaine dernière a naturellement attiré l’attention des médias internationaux, les médias traditionnels intensifiant leur campagne incessante de peur en exagérant et en décontextualisant ses déclarations  sur le programme d’armes hypersoniques russe pendant que les médias alternatifs se pâmaient devant l’annonce du président et la présentaient comme un autre « mouvement d’échecs de haute volée » mettant pour toujours un terme aux agressions de l’Amérique à l’étranger selon le « plan directeur » de leur héros. Les deux réactions sont hyperboliques à leur manière et se fondent sur l’attrait de leurs publics respectifs. Les MSM ont intérêt à pousser le récit de la « menace russe » parce qu’il renforce la paranoïa autour du « russiagate » et « justifie » le budget militaire gargantuesque de Trump qu’il a dévoilé plus tôt dans le cadre de sa politique étrangère América First centrée sur le Pentagone. En ce qui concerne la communauté des médias alternatifs, beaucoup de ses membres occasionnels, des personnalités officielles et ses outils de communications (qui ne dépendent pas des financements publics) ont déjà « déifié » le président Poutine, ces deux derniers faisant appel aux fantasmes de « vœux pieux » des masses désespérées pour rester pertinent en renforçant la « massification » de leur pensée de groupe .

Ni les MSM ni les médias alternatifs, cependant, n’ont accordé beaucoup d’attention à la majeure partie du discours du président axé sur les questions nationales, car ils semblent tous être arrivés indépendamment à la même conclusion que ces sujets ne sont pas assez « sexy » pour leur auditoire et n’intéressent que les Russes en Russie. En un sens, la Russie aurait pu esquiver une balle parce que le discours de son chef pourrait être exploité par les MSM de la même manière que la partie sur les armes hypersoniques. Dans le même temps, cependant, l’argument peut également être avancé que des médias alternatifs ont par inadvertance privé leur auditoire d’entendre parler de faits, de citations et de stratégies clés qu’ils ne connaîtraient pas autrement s’ils n’avaient pas lu la transcription de ce vaste discours, mais qui aurait pu leur donner une vision plus précise du pays que beaucoup d’entre eux ont jusqu’alors placé sur un pied d’égalité avec le « paradis». C’est dans l’intérêt de tous de rapporter et d’analyser des faits objectifs, quelles qu’en soient les conséquences sur notre propre perception de la Russie. C’est ce que la présente analyse va faire.

Pourquoi les médias alternatifs se trompent-t-ils sur la Russie?

La Russie, comme n’importe quel pays du monde, n’est pas « parfaite », mais tout comme l’objet du désir de chacun, ses adeptes ont tendance à la voir ainsi malgré tout, surtout s’ils n’en sont pas eux-mêmes citoyens mais plutôt attirés par elle pour des raisons géopolitiques ou simplement comme une déclaration d’opposition de principe aux politiques de leur pays d’origine. Quelle qu’en soit la raison, et il n’est pas pertinent dans ce contexte d’effectuer une psychanalyse de cette tendance, le résultat final est que beaucoup de gens à travers le monde apprécient vraiment les efforts de la Russie pour forger un ordre mondial multipolaire plus juste et plus honnête que la version unipolaire qu’elle cherche à remplacer. Cela se passe souvent en négligeant certaines des réalités désagréables du pays. C’est le plus souvent dû à une combinaison de dissonances cognitives dont le refus d’accepter que leur « modèle » déifié ne règne pas sur le « paradis ». C’est même une action délibérée pour éviter de tomber involontairement dans la russophobie dominant le débat général. Pour « noble » que cela puisse être ou ne pas être, cela a néanmoins alimenté une industrie artisanale en ligne en expansion qui décrit à tort la Russie comme n’ayant aucun problème.

Ce récit artificiel est devenu viral au point qu’un nombre croissant de personnes dans la communauté des médias alternatifs y adhère comme s’il s’agissait d’une « religion » avec ses propres « églises » (certains sites et forums) ; ses « prêtres » (écrivains et promoteurs) ; ses « congrégations » (leurs frères « croyants ») ; et des «païens » (ceux qui par « sacrilège » remettent en question le « caractère sacré » de « l’infaillibilité » de la Russie). Il n’y a rien de « mal » intrinsèquement à cela tant que les « membres de la secte » gardent leurs croyances pour eux et ne font pas de « prosélytisme ». Mais c’est un vrai problème quand ils essaient d’imposer leurs points de vue agressivement et/ou tentent de les disséminer comme des « vérités » indiscutables qui forment axiomatiquement la base des relations internationales. La perception déformée de la Russie qui commence à prendre forme dans la communauté des médias alternatifs en raison de la popularité grandissante de cette « religion laïque » (provoquée dans une large mesure par la russophobie des médias) doit être corrigée avant qu’elle échappe à tout contrôle et crée une réalité alternative complètement détachée de la vie réelle. Si ceux qui veulent vraiment comprendre et aider la Russie n’ont pas une idée précise de ce qu’elle est, alors leurs plans et leurs efforts ne serviront à rien.

Prenez-la telle qu’elle est

Les témoignages personnels de Russes et d’étrangers vivant dans le pays à propos de certaines lacunes de l’État ne sont pas non plus efficaces pour communiquer la vérité, car ils sont simplement qualifiés de « propagande Soros » de « fausses nouvelles » ou de « préjugés ». Les reportages factuels sur les médias russes financés par des fonds publics comme TASS ne sont pas non plus suffisants dans cette tâche. La seule façon de détruire la pensée dogmatique et finalement dangereuse de l’infaillibilité de la Russie qui s’est emparée de la communauté des médias alternatifs est d’utiliser les propres mots du président Poutine pour démonter ce faux récit une fois pour toutes, car il s’ensuit que les « croyants » sont forcés d’accepter tout ce que leur « divinité » leur dit, peu importe à quel point ils résisteraient autrement si le message venait de quelqu’un d’autre. En conséquence, étant donné la richesse des documents présentés dans le récent discours marquant du président Poutine à la nation et l’attention mondiale que cet événement a produit, il convient de citer l’homme lui-même en attirant l’attention sur certains des problèmes du pays qui sont complètement ignorés par la Communauté des médias alternatifs.

Il devrait être préfacé que le texte qui va suivre se concentrera intentionnellement sur les critiques constructives que le président Poutine a faites au sujet de son pays afin de sensibiliser sur la situation réelle en Russie, même si le chef du pays a énuméré de manière impressionnante une quantité stupéfiante de faits et de stratégies en prouvant que beaucoup de progrès ont déjà été faits depuis le début du siècle. Afin de ne pas « prêcher avec la chorale » et en comprenant que l’auditoire des MSM ne lira probablement jamais cette analyse, il a été décidé de pratiquer une « thérapie de choc » en citant les passages du discours du président Poutine qui vont paraître probablement « surprenants » et « incroyables » aux masses des lecteurs des médias alternatifs qui ont « déifié » l’homme et proclamé son pays « parfait ». Encore une fois, l’intention est de rétablir la vérité sur la Russie afin que ceux qui en suivent les affaires puissent se faire une idée précise de la réalité dans laquelle elle opère. Accepter ses lacunes est essentiel pour comprendre ses limites actuelles et prévoir ainsi ses actions les plus probables à l’avenir.

Après avoir écarté ces « mises en garde » voici les messages les plus « politiquement incorrects » et « sacrilèges » que le président Poutine a transmis dans son dernier discours et qui brisent puissamment les illusions des médias alternatifs sur « l’infaillibilité » de la Russie.

Plus de procrastination

Extrait :

« Nous n’avons pas le droit de permettre qu’une situation, lorsque la stabilité a été atteinte, conduise à l’autosatisfaction, d’autant plus qu’il reste tant de problèmes non résolus (…). Il est grand temps de prendre un certain nombre de décisions difficiles qui se font attendre depuis longtemps. Nous devons nous débarrasser de tout ce qui entrave notre développement et empêche les gens de libérer pleinement leur potentiel. »

Interprétation :

La Russie tarde depuis trop longtemps à faire le nécessaire et ne peut pas se permettre plus longtemps ce gaspillage inutile. Les jours de procrastination en raison de la complaisance perçue (l’apathie, parfois liée au trait culturel russe de « avos ») sont terminés, et le pays doit le reconnaître avant qu’il ne soit trop tard.

La Russie « prend du retard »

Extrait :

« Il ne s’agit pas de conquérir ou de dévaster notre terre. Non, le danger n’est pas là. La principale menace et notre principal ennemi est le fait que nous sommes à la traîne. Si nous sommes incapables d’inverser cette tendance, nous le serons encore plus. C’est comme une maladie chronique grave qui ruine constamment l’énergie du corps et le détruit progressivement de l’intérieur. Bien souvent, le corps ne s’aperçoit pas de ce processus destructeur. »

Interprétation :

Les ennemis extérieurs ne sont plus la menace principale de la Russie, car ils seront tenus à distance par l’armée nationale et ses armes hypersoniques récemment dévoilées qui ont rétabli l’équilibre stratégique mondial. Au lieu de cela, la principale menace pour le pays est son manque de développement. La Russie n’a pas su saisir l’occasion de capitaliser sur les nouvelles tendances et, par conséquent, elle prend du retard. Si on ne corrige pas cette trajectoire, elle sera détruite avant même de savoir ce qui lui est arrivé.

La structure de l’emploi est brisée

Extrait :

« Nous devons revoir la structure de l’emploi, devenu inefficace et archaïque, proposer de bons emplois qui motivent les gens, améliorer leur bien-être et les aider à découvrir leurs talents. Nous devons créer des emplois décents et bien rémunérés. »

Interprétation :

La Russie a de manière étonnante sorti des millions de personnes de la pauvreté et réduit le chômage, mais les emplois tenus par ses citoyens ne les inspirent pas suffisamment pour réaliser leur potentiel, à la fois personnellement et économiquement. Toute la structure est cassée et doit être réformée.

Les retraités sont aussi pauvres qu’ils sont supposés l’être

Extrait :

« Nous nous efforcerons également de réduire l’écart entre le montant des pensions et les salaires des pré-retraités. »

Interprétation :

Les retraités vivent dans la pauvreté et luttent pour maintenir un niveau de vie respectable.

L’espérance de vie en Russie est encore en dessous de celui des pays du G7

Extrait :

« L’espérance de vie a augmenté de plus de sept ans et se monte actuellement à 73 ans. Mais bien sûr, ce n’est pas suffisant non plus. Aujourd’hui, nous devons nous fixer un tout nouvel objectif. D’ici la fin de la prochaine décennie, la Russie doit rejoindre avec confiance le club des pays affichant une espérance de vie de 80 ans et plus, qui comprend le Japon, la France et l’Allemagne. »

Interprétation :

Les Russes ne devraient pas se satisfaire de vivre maintenant plus longtemps que durant les chaotiques  années 1990, alors que l’espérance de vie n’était que de 65 ans et que celle des hommes tombait en dessous de 60 ans, mais ils devraient aspirer à atteindre ou dépasser celle de leurs homologues du G7 s’ils veulent vraiment donner un avenir meilleur à la nouvelle génération.

Le logement est trop cher et le système est corrompu

Extrait :

« La rénovation urbaine devrait être soutenue par l’introduction de techniques et de matériaux de construction de pointe, de solutions architecturales modernes, de technologie numérique pour les services sociaux, les transports et les services publics. Entre autres choses, cela rendrait le secteur du logement plus transparent et plus efficace, de manière à ce que les gens bénéficient de services de qualité à un coût raisonnable. »

Interprétation :

Il n’est pas suffisant de construire de nouvelles et meilleures maisons pour les Russes, mais ce processus doit être plus « transparent » (un euphémisme pour « sans corruption ») et les gens ne doivent pas payer les « yeux de la tête » pour acheter une maison et utiliser les services publics. De plus, tout doit être efficace, ce qui n’est pas le cas en ce moment, sans quoi le président n’insisterait pas sur ce point.

Les bureaucrates locaux ignorent la volonté du peuple et doivent être tenus pour responsables par leurs électeurs

Extrait :

« Bien entendu, beaucoup dépendra des autorités municipales et locales, si elles seront réceptives aux idées nouvelles. La capacité de répondre aux divers besoins des différentes générations, y compris les familles avec enfants, les retraités et les personnes handicapées, sera également déterminante. La population doit avoir son mot à dire sur l’avenir de ses villes et villages. Nous en avons discuté à maintes reprises avec les dirigeants des municipalités. Aujourd’hui, je ne dis pas cela uniquement pour cocher la case. Je vous demande de le porter à l’attention des décideurs à tous les niveaux. »

Interprétation :

Le président Poutine sait qu’il n’est qu’un homme seul et que ses paroles ne peuvent pas faire grand chose dans un pays qui a hérité de l’époque communiste de millions de bureaucrates sans scrupules, dont beaucoup travaillent encore dans les structures de l’État et ont même enraciné leurs mentalités obsolètes et contreproductives dans la « culture de leur lieu de travail ». La Russie ne se développera pas et ne rattrapera pas l’Occident (et de plus en plus l’Asie) au rythme dont elle a un besoin urgent, à moins que la population ne prenne ces faits en considération en faisant plus que simplement voter. Ils doivent recourir à une pression « ascendante » lorsque cela est nécessaire.

Il n’y a pas assez de Russes propriétaires de leur propre maison

Extrait :

« Je comprends combien il est important pour chacun, pour chaque famille, d’avoir sa propre maison, son propre foyer. Je sais que c’est le problème des problèmes en Russie. Il perdure de décennie en décennie. Combien de fois les gouvernement ont promis et essayé, sincèrement essayé, de le résoudre. Mais nous pouvons et nous devons le faire maintenant (…) Je vois trois facteurs clé pour rendre le logement plus accessible. Le premier est l’augmentation des revenus des gens. J’en ai déjà parlé dans le passé et nous devons nous en assurer. Ensuite, une baisse des taux d’intérêt et, bien sûr, une augmentation de l’offre sur le marché du logement. »

Interprétation :

Les Russes, comme n’importe qui d’autre dans le monde, rêvent d’avoir leur propre foyer et de quitter leurs parents une fois qu’ils atteignent un certain âge ou se marient. C’est malheureusement très difficile à faire, surtout à Moscou et dans d’autres grandes villes en raison des coûts excessifs, de la rémunération inadéquate de leurs emplois, du dysfonctionnement du système financier et de la corruption endémique qui aggrave la situation.

Le système financier doit être réparé

Extrait :

« En décembre, le taux d’intérêt moyen en roubles est descendu pour la première fois en dessous de 10%. Nous savons bien sûr que les conditions de prêt sont individuelles et peuvent différer d’un emprunteur à l’autre. Mais nous devons continuer à réduire le taux d’intérêt à 7%-8%. Nous avons eu de longues discussions sur le chiffre que je devrais énoncer ici. Je suis sûr que le chiffre que nous devons viser devrait être 7%. Ces six prochaines années, les prêts hypothécaires doivent devenir accessibles à la majorité des familles russes, aux travailleurs et aux jeunes professionnels. »

Interprétation  :

Les taux d’intérêt sont prohibitifs pour la majorité des Russes, ce qui les empêche de contracter des emprunts, ce qui a un impact négatif sur leurs habitudes de dépenses pour stimuler l’économie par le biais des achats de consommation et dans l’immobilier, par exemple. Le système financier doit donc être réparé afin de rendre les prêts plus accessibles à la population et stimuler une croissance économique stable dans le pays, car cela pourrait aider à résoudre certains des problèmes que la Russie connaît actuellement dans le logement et dans d’autres domaines.

L’impôt foncier est injuste et hors de prix

Extrait :

« Je propose aussi de réviser l’impôt foncier des particuliers. Il doit être juste et abordable. Certaines personnes, y compris celles qui sont dans cette salle, ont essayé de me convaincre que cet impôt devrait être basé sur la valeur de la propriété sur le marché. Ils m’ont dit que recourir à l’évaluation désuète du Bureau de l’inventaire technique est un anachronisme. Mais il s’est avéré en réalité que la valeur cadastrale, qui devrait être comparable à la valeur marchande, la dépassait souvent de loin. Ce n’était pas prévu dans l’accord. Et les gens ne s’attendaient pas à cela de nous. Nous devons revoir le mode de calcul de l’impôt ainsi que celui de la valeur cadastrale de la propriété. D’une manière ou d’une autre, elle ne doit pas dépasser la valeur réelle du marché. Toutes les décisions sur ce plan doivent être prises sans délai au cours du premier semestre de cette année. »

Interprétation :

Qu’il s’agisse de corruption, d’inertie bureaucratique inepte, d’inefficacité, d’incompréhension d’une loi bureaucratique complexe ou autre, l’impôt foncier que les citoyens doivent payer est évidemment excessif et ne correspond pas à la valeur marchande du bien. Cela a provoqué beaucoup de frustration parmi la population et de ressentiment envers les autorités, sapant la confiance du public dans l’État. Si la Russie veut développer et élargir son marché du logement en le rendant plus accessible à la personne moyenne, elle doit également améliorer également cette question.

Les conditions de circulation sur les routes locales sont « complètement inacceptables »

Extrait :

« Nous avons restructuré les routes fédérales. Maintenant, nous devons moderniser les routes régionales et locales. Je ne parlerai pas des chiffres ici, mais je les connais. C’est un fait que les routes fédérales ont été en grande partie rénovées. La situation est un peu moins bonne pour les routes régionales et elle est totalement inacceptable pour les routes locales. »

Interprétation :

La connectivité est l’un des mots à la mode du XXIe siècle et si la refonte des routes fédérales par la Russie lui permettra de relier plus efficacement l’Europe occidentale à l’Asie de l’Est, la situation des routes régionales et locales est encore problématique. Ces dernières laissent en effet beaucoup à désirer, ce que le président Poutine considère comme « totalement inacceptable » et qui doit être traité le plus rapidement possible.

Les liaisons aériennes intérieures doivent être améliorées

Extrait :

« Nous rénoverons et étendrons le réseau d’aéroports régionaux dans toute la Russie. Dans six ans, la moitié des régions seront reliées les unes aux autres par des vols directs. La situation où il fallait prendre une correspondance à Moscou lorsqu’on voulait se rendre dans une région voisine appartiendra au passé. Nous y travaillons déjà. »

Interprétation :

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le président Poutine a raison : parfois les Russes doivent d’abord s’envoler vers Moscou pour se rendre dans une région voisine, ce qui peut sembler absurde mais reflète la réalité de la situation actuelle. Le gouvernement fait des progrès dans l’amélioration de cette situation, mais cela reste une situation très consommatrice de temps.

Le risque de stagnation des salaires publics

Extrait :

« Nous ne devons pas perdre les positions que nous avons déjà atteintes. Je me réfère au niveau des salaires. Les salaires du secteur public doivent continuer à augmenter, ainsi que la qualité du travail et les compétences des personnes travaillant dans la santé, l’enseignement et d’autres domaines qui définissent le bien-être de la population. »

Interprétation :

Le président Poutine craint que les salaires publics ne stagnent, entravant ainsi la croissance du pays en privant ses employés publics de l’incitation dont la plupart des gens ont besoin pour améliorer la qualité de leur travail et de leurs compétences. Bien que non déclarée, la solution consiste pour l’État à engager plus d’argent dans cette sphère.

Certains changements administratifs dans les hôpitaux ont été désastreux

Extrait :

« Ces dernières années, nous avons optimisé le réseau hospitalier du pays. Cela a été fait pour proposer un système de soins efficace. Cependant, dans certains cas, je dois le dire aujourd’hui, trop de changements administratifs ont été introduits : des hôpitaux dans de petites villes et villages ont été fermés. Personne n’a proposé une alternative, et les gens ont été abandonnés pratiquement sans aide médicale. Le seul conseil qu’on leur donnait était : ‘Allez en ville pour recevoir un traitement’. Je dois dire que c’est inacceptable. Ils ont oublié l’essentiel : les gens, leurs intérêts et leurs besoins, des chances égales et la justice. »

Interprétation :

Presque aussi incroyable que de devoir parfois parcourir la moitié du pays en passant par Moscou pour atteindre une région russe voisine est le fait que certaines petites villes et villages n’ont pas d’hôpital. Les habitants sont au contraire forcés de se rendre ailleurs pour recevoir des soins de santé, et les autorités locales se moquent soigneusement de leur sort. Comme l’a dit le président Poutine, « c’est inacceptable » et cela va de pair avec son appel à ce que les gens demandent des comptes aux bureaucrates au-delà de la saison électorale.

Les défis environnementaux persistent toujours

Extrait :

« Nous avons renforcé les exigences environnementales pour les entreprises, ce qui devrait réduire la pollution industrielle. À partir de 2019, 300 entreprises industrielles ayant un impact négatif sur l’environnement devront se convertir aux meilleures technologies respectueuses de l’environnement disponibles et toutes les entreprises à haut risque environnemental devront le faire à partir de 2021. Nous nous sommes attaqués de nombreuses fois à ce problème, et chaque fois nos entreprises se plaignaient des difficultés que cela entraînait. Maintenant, il n’y a plus de retour en arrière. Je veux que tout le monde sache que nous ne retarderons plus ce programme plus longtemps. »

Interprétation :

La pollution est un problème en Russie, et le gouvernement semble avoir déjà cédé à la pression des entreprises en retardant l’application de diverses exigences. Cela ne se produira plus, et le président Poutine a clairement fait savoir qu’il était sérieux quant à l’application de nouvelles normes et sur la garantie qu’elles soient respectées à temps. Cela pourrait même être un message oblique à « l’oligarchie » qui exerce une énorme influence dans ce domaine.

Tout le monde n’a pas un accès fiable à l’eau potable

Extrait :

« Nous devons sérieusement améliorer la qualité de l’eau potable. Dans certaines petites villes, l’eau n’est accessible que quelques heures par jour. Nous devons utiliser les technologies de l’industrie de la défense pour régler ces problèmes. »

Interprétation :

Cela pourrait choquer certaines personnes, mais le fait est qu’une partie (vraisemblablement petite) des Russes n’a pas un accès fiable à l’eau potable, un problème associé de manière caricaturale aux pays de « l’hémisphère Sud ».

La naturalisation doit être plus facile à obtenir

Extrait :

« Je propose également de créer les conditions les plus confortables et les plus attrayantes pour que les jeunes gens talentueux issus d’autres pays puissent aussi s’inscrire dans nos universités. Ils viennent déjà étudier ici. Mais nous devons également créer les conditions pour que les meilleurs diplômés étrangers de nos universités travaillent en Russie. Cela s’applique pleinement aux scientifiques et aux spécialistes qualifiés étrangers. Je pense que nous devons sérieusement améliorer la procédure d’octroi de la nationalité russe. L’accent devrait être mis sur les ressortissants étrangers dont la Russie a besoin : des jeunes, en bonne santé et instruits. Pour eux, nous devons créer un système simplifié pour obtenir la nationalité russe. »

Interprétation :

La Russie a l’une des politiques migratoires les plus strictes au monde, ce qui l’a malheureusement empêchée de tirer profit des énormes talents étrangers qui arrivent chaque année dans le pays pour apprendre. Une fois que ces étudiants obtiennent leur diplôme, ils quittent la Russie pour la plupart et n’ont jamais l’occasion de revenir à moins d’avoir un visa touristique, ce qui est dommage pour ceux qui aiment sincèrement notre pays et veulent s’y installer. L’une des raisons pour lesquelles l’Occident a si bien réussi par le passé est qu’il a été capable d’intégrer avec souplesse les experts étrangers en leur offrant la citoyenneté, ce que la Russie a finalement compris qu’elle devait aussi faire.

La productivité du travail est toujours à la traîne

Extrait :

« Tout d’abord, il est important d’augmenter la productivité de la main-d’œuvre sur une nouvelle base technologique, gestionnaire et personnelle. Nous accusons toujours un retard important par rapport à cet indicateur. Il est nécessaire de faire en sorte que la productivité du travail dans les moyennes et grandes entreprises des industries de base, telles que la fabrication, la construction, les transports, l’agriculture et le commerce, augmente d’au moins 5% par an, ce qui nous mettra niveau des principales économies mondiales d’ici la fin de la prochaine décennie. »

Interprétation :

La transition de la Russie de sa dépendance ancienne aux exportations d’énergie vers une économie du secteur réel plus durable a déjà fait des progrès phénoménaux, mais son développement complet prendra encore un certain temps. Il est absolument impératif que le pays améliore sa productivité pour devenir compétitif avec les principales économies du monde et qu’il le reste, sinon il continuera à être à la traîne et à saper la vision globale du président Poutine d’une réforme socio-économique à la Trump en Russie.

L’économie de la Russie post-soviétique est encore trop contrôlée par l’État

Extrait :

« L’État doit progressivement réduire sa part dans l’économie. À cet égard, il convient de noter que celui-ci a repris un certain nombre d’actifs financiers dans le but de relancer le secteur bancaire. Ces initiatives vont dans la bonne direction et ont mon soutien. Cela dit, ces actifs doivent être mis sur le marché et vendus sans délai. »

Interprétation :

La Russie doit ouvrir son économie à l’investissement privé et permettre aux hommes d’affaires d’exercer plus d’influence sur la dynamique globale du pays. L’État a déjà fourni un soutien au secteur financier, mais il est temps que le gouvernement abandonne son contrôle sur ces actifs et les vende sur le marché libre dès que possible. Pour faire simple, l’économie russe doit être libéralisée plus tôt que plus tard.

Les fonctionnaires et les policiers corrompus intimident le monde des affaires

Extrait :

« Nous devons nous débarrasser de tout ce qui permet aux fonctionnaires corrompus et aux forces de l’ordre de faire pression sur les entreprises. Le Code pénal ne devrait pas servir d’outil de règlement des différends corporatifs. Ceux-ci devraient être soumis aux tribunaux administratifs et d’arbitrage. »

Interprétation :

En aucun cas, les fonctionnaires corrompus et les flics ne devraient abuser de la loi, surtout quand cela freine le développement économique. Cela crée un terrible précédent et est complètement contraire à tout ce que défend le président Poutine. La Russie ne peut améliorer sa position internationale à moins que cela ne change.

Les normes juridiques à double standard doivent disparaître

Extrait :

« En même temps, le droit pénal devrait être strictement appliqué dans le cas d’infractions portant atteinte aux intérêts des citoyens ou de la société, ou violant les libertés économiques. Je veux parler des infractions contre les biens et avoirs détenus par les citoyens, des prises de contrôle illégales, des violations du droit de la concurrence, de l’évasion fiscale et du détournement de fonds publics. »

Interprétation :

La corruption ronge l’efficacité de la Russie et lui coûte également des sommes d’argent incalculables qui pourraient autrement être investies dans l’économie pour le bénéfice de tous. Personne ne devrait jamais être au-dessus de la loi, mais malheureusement, certaines personnes l’ont été depuis un bon moment maintenant et c’est un problème si répandu que le président Poutine a utilisé cette tribune nationale pour y remédier.

Le gouvernement pourrait faire « beaucoup plus » pour aider les entreprises

Extrait :

« Maintenant, je voudrais m’adresser à tous les représentants des entreprises russes, ceux qui dirigent leur propre petite entreprise, une entreprise familiale ou une ferme, une entreprise innovante ou une grande entreprise industrielle. Je sais, je sais que nous avons encore beaucoup à faire. »

Interprétation :

L’un des thèmes principaux du président Poutine dans son discours a été de souligner que le gouvernement a finalement entendu les plaintes des citoyens et répondra à leurs problèmes. Les insuffisances structurelles qui ont retenu la Russie depuis l’indépendance ne pourront pas persister.

Certains fonctionnaires du gouvernement sont peu concernés et inefficaces

Extrait :

« Les fonctionnaires de tous les niveaux devraient être intéressés à améliorer leur efficacité et à se concentrer uniquement sur l’obtention de résultats concrets (…). Cette ligne de pensée devrait être utilisée pour reconstruire le système de service public, le cas échéant, et pour introduire des méthodes de travail par projet. »

Interprétation :

Le président Poutine a déclaré avec audace ce qu’aucun autre officiel n’oserait dire en public. Une partie du service public doit être « reconstruite » parce qu’elle est irrémédiablement déficiente. À cette fin, comme l’a suggéré le dirigeant russe, les fonctionnaires doivent absolument être plus concernés et plus efficaces.

Réflexions finales

Tous les messages ci-dessus, extraits et interprétations, donnent un aperçu brut de la situation réelle en Russie aujourd’hui, qui est celle d’une grande puissance qui monte, mais qui a néanmoins été freinée par de nombreuses difficultés intérieures dont certaines sont systémiques. Mais le président russe reconnaît finalement ce qui doit changer de toute urgence pour rattraper ses concurrents et réussir. Aucun des points soulevés ne devrait être un moyen de dénigrer la Russie, et personne ne devrait les exagérer pour adapter un récit décontextualisé sur son niveau de développement socio-économique, institutionnel et infrastructurel. Cependant, ces « faits gênants » ne devraient pas non plus être exclus de toute analyse objective sur le pays et ses capacités, car leur absence empêche les gens de trouver les solutions appropriées pour les corriger.

La Russie a parcouru un long chemin depuis 1991, mais elle a encore du chemin à faire, comme l’a souligné le président Poutine, et c’est justement à cause de son « incorrection politique » pour faire ressortir les problèmes de son pays qu’il est le mieux placé pour les affronter. Son exemple frappant, en abordant sans crainte les problèmes de la Russie, devrait servir d’exemple parfait à tous ses amis internationaux qu’il est tout à fait acceptable de critiquer de manière constructive le pays tant que ses intentions sont d’identifier ce qui ne va pas pour le réparer. Surmonter les différentes imperfections afin de faire avancer un récit hostile est inacceptable et manipulateur, mais si les médias alternatifs aspirent sincèrement à refléter exactement le véritable état des choses en Russie aujourd’hui, alors ils doivent inévitablement aborder ce sujet de façon mesurée et respectueuse.

Posté le 8 avril 2018 à 20h26 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (6)

26 mars 2018

Russie : l'Eglise a construit 1000 édifices religieux en 20 ans

Posté le 26 mars 2018 à 08h48 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (8)

23 mars 2018

Poutine a rendu à nouveau son peuple fier d’être Russe. Il y a assez peu de chefs d’Etat occidentaux qui peuvent en dire autant

De Constance Prael sur Liberté Politique :

Unknown-7"Témoignage récent d’une jeune guide russe, qui s’interrogeait sur l’hostilité des médias occidentaux, et plus spécifiquement français, à l’égard du président russe. Poutine n’est pas un ange, ça, on le sait, avouait-elle. Qui, en politique, peut prétendre être un ange ? A tout le moins, il nous a rendu à nouveau fiers d’être Russes. Il y a assez peu de vos chefs d’Etat occidentaux qui peuvent en dire autant.

Depuis Machiavel, on sait que politique et morale ne font pas nécessairement bon ménage. Vladimir Poutine ne serait pas démocrate… Quelle arrogance de la part de la France, qui oublie que la Russie n’a pas eu l’opportunité, dans son histoire, de pouvoir s’installer dans une pratique sereine et longue de la démocratie : quand, en 1991, cette fameuse démocratie, furtivement et mal expérimentée dans les années 1860-1880 et de 1905 à 1914, y a fait son retour, on ne peut pas dire que le terrain avait été favorablement préparé par les soixante-dix années précédentes. Poutine est réélu pour la 4e fois, à plus de 70 % des voix. Bourrage des urnes et pression politique inclus, nous dira-t-on. Compte tenu de la mascarade des dernières présidentielles françaises, certes sous des formes plus civilisées, quelle leçon de démocratie avons-nous à donner ?

Les censeurs d’aujourd’hui ont la mémoire courte quand ils prétendent ramener le bilan de Vladimir Poutine peu ou prou à celui de Boris Eltsine. La fierté d’être Russe dont parlait cette jeune guide, ce n’est pas seulement exprimer un nationalisme bravache entretenu à coup de vodka. C’est regarder, lucidement, un certain nombre de faits, et comme chacun sait, les faits sont têtus.

En 1999, quand Boris Eltsine fait appel à Vladimir Poutine pour devenir son Premier ministre, le PIB russe est de 196 milliards de dollars. En 2017, il atteint les 1 442 milliards de dollars. La dette publique frôlait les 100 % du PIB, elle est aujourd’hui autour de 20 %.

En 2001, le célèbre historien des relations internationales Jean-Baptiste Duroselle dressait un portrait sinistre de la puissance déchue de l’ex-URSS : « Elle ne peut plus tenir le rôle qui fut le sien au temps de la guerre froide. Si elle dispose de moyens redoutables, elle a cessé de faire peur en dehors de ses frontières. Son économie bringuebale, avec des secteurs actifs et des secteurs déclinants, parfois moribonds. Son état politique suscite l’étonnement, les lamentations ou la colère. En un mot, elle ne saurait revendiquer le statut de superpuissance. » Il concluait : « Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Russie est mal partie. » En 2016, Poutine était reconnue par Forbes comme l’homme le plus puissant de la planète.

Que de chemin parcouru. Certes, tout n'est pas parfait en Russie. Le rétablissement économique n’est pas acquis (mais où l’est-il ?), la corruption persiste. Poutine s’en moque, il ne travaille que sur « l’essentiel. » Tout dépend ce que l’on entend par « essentiel », et c’est là qu’il y a matière à débat. [...]"

Posté le 23 mars 2018 à 16h38 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (4)

21 mars 2018

Affaire Skripal: Poutine écrit à May !

A peine élu, le président de la Fédération de Russie a tenu à correspondre avec le Premier ministre britannique, dans une lettre rendue publique.

Vladimir                                                                                                      Moscou le 19 Mars 2018

Résidence présidentielle du Kremlin

Place Rouge, Moscou

mail: [email protected]

Bien chère Thérésa

Après l’inoubliable soirée électorale que j’ai vécue hier, je tiens à vous remercier du fond du cœur du superbe travail que vous avez accompli pour que ma réélection soit la plus éclatante possible. Je n’imaginais  pas, dans mes rêves les plus fous, atteindre le score de 76,7% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle 2018 alors que les meilleurs sondages d’avant scrutin, me créditaient de 64%. Le taux de 68% de participation, en hausse par rapport à 2012, montre qu’ Alexeï Navalny, votre chouchou qui prônait l’abstention, n’a pas été suivi malgré les campagnes médiatiques que vous et vos affidés aviez organisées pour promouvoir ses idées.

Vous m’avez permis de gagner plus de douze points et 9 millions de voix, le tout en moins de deux semaines, grâce à votre superbe montage «Skripal», et de réaliser ainsi un rassemblement et un niveau de cohésion du peuple russe, autour de ma personne, qui n’auraient pas été possibles sans vous. Le soutien de près de 55 millions d’électeurs me rend évidemment plus fort et plus légitime que jamais pour diriger mon pays, mais il rend également la Russie plus forte, car plus unie, pour affronter les sanctions et les campagnes médiatiques de dénigrement que vous allez très probablement continuer à initier et/ou développer à court et moyen termes. J’ai bien conscience, tout en le déplorant, que l’affaiblissement de la Russie reste pour vous et vos collègues de l’OTAN un objectif prioritaire.

Vous remercierez également vos trois petits camarades, Donald, Angela et le jeune Emmanuel, qui, en joignant leurs discours bellicistes au votre, vous ont considérablement aidée à réaliser ce grand rassemblement du peuple russe et à vous décrédibiliser tous les quatre un peu plus aux yeux d’une part non négligeable de vos propres concitoyens.

En ce lendemain de triomphe électoral, j’ai une pensée émue pour vous quatre qui n’avez pas connu le bonheur d’être aussi bien élus. Vos peuples ne vous ont pas donné les majorités que vous espériez. Peut être ne les méritiez vous pas.

Donald, élu avec 3 millions de voix de moins que sa concurrente, gouverne depuis 14 mois un état en guerre civile larvée, avec une administration qu’il chamboule tous les deux ou trois mois.

Angela ne peut gouverner qu’avec des compromis permanents passés avec une coalition parlementaire fragile, établie à grand peine.

Emmanuel ne représente vraiment, et il le sait, que les 8,6 millions d’électeurs (sur 47,6 millions d’inscrits) qui ont porté leurs voix sur lui au 1er tour de la présidentielle. Je comprends qu’il puisse être frustré que 39 millions de français aient oublié de voter pour lui en avril 2017.

Quant à vous Thérésa, vous avez tristement perdu votre pari des élections anticipées, et perdu la majorité parlementaire que votre parti détenait et vous en êtes réduite, vous aussi, à vous contenter de compromis et d’une coalition parlementaire fragile. Mais vous tentez au moins, vous, de rassembler votre peuple face à un ennemi imaginaire que vous créez de toute pièce avec un fort soutien médiatique: La Russie.

Mais j’allais oublier Bibi, votre prudent complice qui a su, lui, agir en coulisse comme à son ordinaire et laisser aux costauds le soin de tenir des propos excessifs. Dites lui que je ne l’oublie pas et qu’il garde une place très spéciale dans mes pensées…..

Pour vous aider à faire des économies et à pouvoir payer votre facture BREXIT, j’ai pris la liberté, en réponse à vos appels du pied, de fermer votre organisation culturelle en Russie, de vous décharger de 23 salaires de diplomates et de retirer l’accord pour une ouverture d’un consulat britannique à Saint Pétersbourg. Cela assainira, à n’en pas douter, vos finances ainsi que l’air de nos grandes villes russes qui en ont bien besoin.

L’interruption de toutes relations et rencontres de haut niveau me permettra de dégager quelques jours de vacances en 2018 et d’assister à quelques matchs de la coupe du monde de foot, si du moins, comme je l’imagine déjà, vous n’organisez pas son boycott.

Les supporters russes attendront leurs camarades britanniques en juin prochain pour des échanges cordiaux ou virils, selon les circonstances, autour de moult verres de vodka. Ils se souviennent de la chaleur des échanges en marge de l’Euro 2016 à Marseille…….

Je souhaite, bien sûr, le rétablissement, aussi vite que possible, de relations normales entre nos deux pays.

Bien amicalement : Vladimir

PS: La Russie est un très grand producteur de gaz, j’en conviens. Mais ce n’est pas pour autant que vous devez persister à voir des «attaques au gaz russe» partout (en Syrie, à Salisbury ou ailleurs)….. Évitez, si possible, à l’avenir,  les montages éculés et maladroits de fausses attaques au gaz par les vilaines autorités légales de Syrie et le vilain Vladimir, qui finissent, par leur fréquence, à lasser l’opinion et à perdre en crédibilité.

Nota Bene : bien sûr, il s'agit d'un canular, sous la plume du Général (2S) Delawarde, trouvé ici.

Posté le 21 mars 2018 à 12h54 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (7)

20 mars 2018

Le fait religieux est en Russie indissociable de l'identité nationale

Extraits de l'interview de Florent Parmentier, docteur en sciences politiques et maître de conférences à Sciences Po Paris, pour FigaroVox :

"Vu depuis la France, le fait religieux en Russie semble indissociable de la vie politique. Est-ce la réalité, ou bien existe-t-il une relative autonomie du religieux par rapport à l'État

Le fait religieux est en Russie indissociable de l'identité nationale de la population majoritaire, christianisée depuis le Xe siècle. Moscou s'est revendiquée au cours de son histoire comme une «troisième Rome», après Rome et Byzance, ce qui permettait de justifier le pouvoir absolu - ce qui n'a pas empêché l'empire de s'agrandir dans des territoires dominés par d'autres religions. Après 1917, l'athéisme radical, scientifique, devient la norme, la religion orthodoxe étant plus particulièrement ciblée, mais cela n'a pas empêché Staline de mettre une pause à cette politique anticléricale après le début de l'opération Barbarossa de l'Allemagne nazie en 1941.

Aujourd'hui, sans être une religion d'État, la religion orthodoxe bénéficie d'une série de privilèges par rapport aux autres cultes, du fait de ses relations avec le pouvoir politique. Mais, malgré tout, tant le pouvoir que l'Église sont conscients qu'une trop grande proximité peut nuire à chacune des parties.

Les Russes sont quatre fois plus nombreux aujourd'hui à se dire croyants que sous l'URSS. Comment expliquez-vous ce retour massif à la religion?

Deux phénomènes permettent d'expliquer ce chiffre extrêmement évocateur: d'une part la nécessité de retrouver des repères dans une société qui avait perdu les siens ; la «fin de l'Homme rouge», pour reprendre l'expression de Svetlana Alexievitch, appelait à un nouvel horizon de sens. La religion a pu jouer ce rôle, fournissant une explication aux difficultés en cours.

D'autre part, il existait une pratique religieuse souterraine du temps de l'URSS, qui a pu sortir au grand jour avec la chute de l'Union soviétique. La nature de l'Orthodoxie, dont le pouvoir ecclésiastique est lié au pouvoir politique, peut expliquer cet état de fait. Dans ce contexte, l'appel des dirigeants politiques, notamment les présidents Eltsine et Poutine, à renouer avec une vie spirituelle prend tout son sens (...) 

Quelle influence et quel rôle joue le patriarche de Moscou, Cyrille, auprès de Vladimir Poutine dont il est très proche?

Pour certains analystes, on peut aller jusqu'à dire que le vrai binôme de Vladimir Poutine n'est pas Dimitri Medvedev, mais le Patriarche Cyrille. Ceci peut être avancé tant sur le plan intérieur qu'extérieur.

Sur le plan intérieur, le Patriarche donne à l'équation politique du régime politique une assise conservatrice sur le plan social. À défaut de rallier les voix des métropoles, ce positionnement permet d'attirer de larges soutiens dans les régions périphériques et semi-périphériques. Pour autant, même s'il s'appuie sur l'Église pour renforcer son emprise sur une large part de la société, Vladimir Poutine n'ira pas jusqu'à remettre en cause le droit à l'avortement, au grand dam du clergé orthodoxe.

Sur le plan extérieur, depuis les années 1990, l'Église orthodoxe est devenue un relais important de la politique de «l'étranger proche», consistant à reprendre pied dans les ex-Républiques soviétiques. En effet, si l'Église orthodoxe russe compte aujourd'hui plus de 150 millions de croyants, il faut rappeler que 50 millions environ se trouvent hors de Russie, et notamment en Biélorussie, Ukraine et Moldavie. Dans le cadre de l'Euromaidan (mouvement de protestation en Ukraine ayant permis de renverser le président Ianoukovitch en 2014), l'Église orthodoxe n'a pas hésité à proclamer que le rapprochement européen impliquerait l'adoption du mariage pour tous - une idée qui a semé le trouble chez certains manifestants. On le voit, le religieux et le politique peuvent avancer de pair (...)" 

Posté le 20 mars 2018 à 11h14 par Philippe Carhon | Lien permanent | Commentaires (5)

19 mars 2018

Un chef d'oeuvre de désinformation

La chaine Arte a récemment diffusé un reportage intitulé "Guerre de l'info : au coeur de la machine russe", bien évidemment à charge contre la Russie. Christian Harbulot, l'un des experts français les plus compétents sur le sujet de la guerre de l'information, démontre en quoi ce reportage est un bijou en terme de désinformation, et donc de malhonnêteté journalistique. Nul doute que le régime Macron se saisisse prochainement de l'affaire pour dénoncer cette vilenie...

Notons au passage que M. Harbulot n'adopte pas pour autant une position pro-russe, puisqu'il évoque le cas avéré de mensonge des autorités russes au sujet du sous-marin Koursk. Dans la même approche objective de son décryptage, il mentionne une étude réalisée par l'École de guerre économique sur les influences étrangères lors des élections russes de 2012, téléchargeable ici. L'objectivité en matière de guerre de l'information repose fondamentalement sur une analyse globale et à 360°des jeux d'influence, et non sur une marteau thérapie à cible unique. À défaut, toute évocation de la guerre de l'information devient en soi un outil de désinformation...

La chaîne Arte a diffusé récemment un long documentaire sur la guerre de l’information que la Russie orchestre depuis plusieurs années dans le monde occidental et en particulier en France. Son auteur Paul Moreira instruit un dossier à charge contre la Russie. La faiblesse principale de sa démarche est de jouer sur l’ambiguïté. Il plante le décor de la guerre de l’information sans en expliquer le cadre, ni les parties prenantes. Il laisse les Russes s’expliquer sur ce sujet sans jamais présenter, en tant que journaliste, son analyse du cadre de l’affrontement. Pour comprendre la dynamique de ces affrontements informationnels, il est nécessaire de rappeler qui est contre qui et pourquoi, et plus particulièrement comment les puissances s’affrontent par la guerre de l’information où l’attaque prévaut sur la défense. Depuis l’affrontement des Blocs jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis comme la Russie se livrent une guerre acharnée dans le domaine de l’information, à l’exception de la période de Boris Eltsine qui était entouré de conseillers qui avaient l’oreille de Washington.

Dans cette nouvelle forme de guerre, les antécédents de certaines puissances occidentales et de la puissance russe renaissante sont lourds de sens. Côté occidental, il est nécessaire de resituer les ordres de grandeur. Le monde occidental trop souvent présenté comme une victime a été à la manœuvre pour attaquer, avec des conséquences non négligeables sur l’évolution des rapports de force dans certaines parties du monde, en particulier au Moyen Orient. Est-il nécessaire de rappeler la désinformation sur les armes de destruction massive orchestrée par des entités américaines et qui a abouti à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak. Il s’agit là d’un point de repère fondamental sur la manière dont certains États occidentaux ont utilisé ce type de fake news pour déclencher une guerre. En termes d’ordre de grandeur, cette opération de tromperie de l’opinion publique internationale est au moins aussi grave que la tentative de manipulation d’une élection par le biais de médias ou d’Internet.

Le problème posé par la démarche de Paul Moreira est l’absence de points de repère historiques qui explique cette nouvelle forme de course aux armements cognitifs. Moreira se contente d’une formule facile : cette guerre de l’information est l’expression d’une nouvelle forme de guerre froide. Toute sa démonstration est fondée sur le fait que c’est la Russie qui est à la manœuvre et les Etats-Unis comme les pays européens en subissent les conséquences. Ce raccourci stylistique fait oublier les tentatives d’ingérence anglo-saxonnes dans la vie politique intérieure de la Russie. Infoguerre a publié en juin 2012 une étude sur ces méthodes d’ingérence américaine pour tenter d’orienter le débat politique en Russie.

L’École de Guerre Économique étudie depuis sa fondation en 1997 les différentes formes de guerre de l’information sur les terrains économiques mais aussi géopolitiques et culturels. En 2005, le site infoguerre a publié un article qui dénonçait une opération de désinformation concernant le naufrage du sous-marin russe Koursk. Nous relevions à l’époque que le jury du festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société, avait attribué son grand prix à ce documentaire intitulé « Koursk, un sous-marin en eaux troubles ». Ce documentaire de Jean-Michel Carré et Jill Emery avait été diffusé sur France 2 dans l’émission Contrecourant. Ces deux journalistes accréditaient la thèse que c’était un sous-marin américain qui aurait torpillé le Koursk en 2000. Cette version des faits a été démentie récemment par Vladimir Poutine, en personne, dans une vidéo diffusée par le média russe Sputnik. Les auteurs de ce documentaire s’étaient donc trompés ainsi que le jury qui leur avait décerné le prix. Notons à ce propos que les autorités russes de l’époque leur avaient laissé le champ libre pour mener leur enquête avec le résultat que l’on sait.

Autrement dit, l’analyse des phénomènes de guerre de l’information ne se résume pas à un exercice de style et exige une approche rigoureuse du sujet. A ce propos, Paul Moreira n’est pas un inconnu. Ce journaliste d’investigation a déjà fait parlé de lui dans le passé en créant quelques controverses comme le souligne l’article « TV: « Fabrication d’un monstre » daté du 24 avril 2017 et publié par le quotidien Le Monde. Dans cette rubrique télévisions/radio, le journaliste  Christophe Ayad estimait que Paul Moreira se « perdait en chemin »

en critiquant par ces mots le mode opératoire suivi par Paul Moreira : « C’est un procédé efficace et « concernant », comme on dit dans le jargon du journalisme télé : partir du particulier et du personnel pour éclairer la grande histoire. Sauf qu’ici, il ne fonctionne pas. Paul Moreira en avait déjà usé en Syrie, où il se mettait en scène à la recherche du groupe de rebelles qu’il avait filmé en 2012, pour les retrouver quatre ans plus tard, racontant l’histoire d’une révolution écrasée entre la tyrannie du régime de Bachar Al-Assad et la cruauté meurtrière des djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI). C’est aussi un moyen pratique de réutiliser de riches archives de tournage qui, les années passant, prennent valeur de documents. »

Paul Moreira a-t-il récidivé dans ce nouveau documentaire diffus par la chaîne Arte ? On peut se poser la question. Personne ne peut nier que la Russie est à l’offensive dans le domaine de la guerre de l’information mais c’est aussi le cas des États-Unis qui préparent l’après Poutine. Cette guerre de l’information a lieu sur différents points du globe. La Russie a été notamment à l’offensive lors des élections américaines et françaises. On attend l’éventuel futur documentaire de Paul Moreira pour nous expliquer comment les puissances occidentales, principalement anglo-saxonnes, mènent une guerre de l’information toute aussi masquée contre la Russie pour soutenir l’arrivée au Kremlin d’une nouvelle classe politique qui gouvernera ce pays dans le sens de leurs intérêts.

Posté le 19 mars 2018 à 14h09 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (3)

Empoisonnement "russe" en Grande-Bretagne, mise en perspective

Très intéressant "hebdo politique" de TV libertés à ce sujet.

Posté le 19 mars 2018 à 10h44 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (11)

Poutine réélu pour la 4ème fois... comme Merkel

Soirée sans suspense en Russie. Vladimir Poutine a été réélu, dimanche 18 mars, avec plus de 70% des voix. 

Réaction de Jean-Frédéric Poisson :

Posté le 19 mars 2018 à 07h59 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (5)

18 mars 2018

Natalia, veuve d'Alexandre Soljenitsyne, «peinée» par le président Emmanuel Macron

Au Salon du livre, le chef de l'Etat a refusé de se rendre sur le pavillon russe. Réaction de Natalia, veuve d'Alexandre Soljenitsyne :

1035528654« J’avais l’impression, au vu de ce qui s’est passé, pas hier mais ces derniers mois, que le président Macron n’était pas le pire des amis de la Russie ». « J’avais l’impression qu’il était moins influencé par cette hystérie qui règne dans les médias occidentaux quand il s’agit de la Russie ». « Quand les diplomates ne savent plus se parler ça devient encore plus important que se parlent les artistes et les gens de la culture et des arts ». « Tourner le dos au dialogue avec les gens de la culture et des arts c’est extrêmement étonnant et ne sied pas à un leader politique français ».

La Russie est le pays invité d’honneur du Salon parisien et 38 auteurs russes sont présents. Le programme de la visite prévoyait une visite du Pavillon russe.

Posté le 18 mars 2018 à 11h15 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (22)

15 mars 2018

L'empoisonnement de Skripal rappelle celui de Litvinenko : à qui profite le crime ?

Le Premier ministre britannique Theresa May a annoncé l’expulsion de 23 diplomates et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie, qu’elle a déclarée « coupable » de l’empoisonnement d’un ex-espion russe sur son sol. Moscou a dénoncé « une provocation grossière ». Analyse partagée par certains spécialistes occidentaux.

Eric Dénécé (Directeur du Centre de Recherche sur le Renseignement) estime que les accusations d'empoissonnement de Skripal par la Russie ne tiennent pas la route et dénonce l'inversion de la charge de la preuve :

Le Vice-Président à Paris du Parti Conservateur Britannique se désolidarise de Theresa May :

«Je ne vois pas l'intérêt de la Russie d'avoir voulu le tuer(...) Je suis avocat et regrette que l'offre de coopération de Lavrov ait été rejetée»

Le Directeur de Recherche à l'Iris se demande à qui profite le crime sachant que les relations entre la Russie et la Grande-Bretagne étaient en train de se réchauffer avec une visite qui était prévue de Sergueï Lavrov à Londres.

En 2006, une affaire similaire, l'empoisonnement au polonium de l'espion russe Alexandre Litvinenko, avait provoqué en 2016 cette révélation du capitaine Barril, ex-commandant du GIGN, affirmant détenir des documents prouvant qu’Alexandre Litvinenko a été tué par les services spéciaux américains et britanniques. Selon lui, l’assassinat de Litvinenko était une opération des services spéciaux conçue pour diffamer la Russie et Vladimir Poutine, à laquelle le fameux oligarque russe Boris Berezovsky a participé, et a été tué lui-même par le MI6 quand il est devenu gênant. L’opération aurait pour nom de code « Beluga ».

William_F._Browder_-_World_Economic_Forum_Annual_Meeting_2011«La Russie n’a rien à voir avec (l’assassinat de Litvinenko). L’affaire a été fabriquée depuis le début. Le Polonium a été choisi comme poison parce que, en raison de sa production en Russie, il impliquerait la Russie. L’objectif de l’ensemble de l’opération était de discréditer le président Poutine et le FSB. Cela a été fait parce que la Russie bloque les intérêts américains dans le monde entier, en particulier en Syrie. Ce fut une tentative d’affaiblir l’emprise de Poutine sur le pouvoir, de déstabiliser la Russie«.

Dans l’interview, Barril mentionne celui qui s’affiche ouvertement comme l’ennemi de Poutine, le financier William Browder, comme étant en étroite collaboration avec Berezovsky. Browder a dirigé le bureau russe des investissements chez Salomon Brothers. Il dirige actuellement le fonds d'investissement Hermitage Capital Management, une branche de la banque HSBC qui contrôle le plus grand fonds d’investissement étranger en Russie et possède notamment des parts dans des sociétés comme Gazprom, Inter RAO, Rosneft, Sberbank, Sidanko, Surgutneftegaz, etc.

Posté le 15 mars 2018 à 08h04 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (9)

13 mars 2018

Xavier Moreau : Poutine, vers un quatrième mandat

Analyste politico-stratégique, Xavier Moreau vit à Moscou et est le consultant de TVLibertés. Il analyse les enjeux du scrutin présidentiel russe qui se déroulera le 18 mars. Il revient très largement sur le discours de Vladimir Poutine devant l’assemblée fédérale. Le président russe a présenté une nouvelle gamme de missiles nucléaires qualifiés d’indestructibles. Certains voient dans ce renforcement militaire un retour à une forme de guerre froide.

Posté le 13 mars 2018 à 10h03 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (4)

James Woolsey (directeur de la CIA de 1993 à 1995) : “Nous intervenons dans les élections d’autres pays”

La commission du renseignement de la Chambre des représentants est prête à clore son enquête sur les interférences russes dans la campagne présidentielle de 2016. Les républicains ont rédigé un projet de rapport qui exonère Donald Trump de toute «collusion» avec le Kremlin

Maintenant que la Russie est exonérée d'être intervenue dans l'élection américaine, comme elle a été exonérée de toute intervention dans le vote du Brexit, il est temps de s'interroger sur le rôle des Etats-Unis dans les élections à travers le monde. Voici ce que déclare James Woolsey, qui fut directeur de la CIA de 1993 à 1995 :

Posté le 13 mars 2018 à 08h21 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (5)

09 mars 2018

Un Russe nommé Poutine

Alors que l'élection présidentielle russe approche, Héléna Perroud, ancienne conseillère à l'Elysée sous la présidence de Jacques Chirac et directrice de l'Institut français de Saint-Pétersbourg entre 2005 et 2008, publie "Un Russe nommé Poutine" aux Éditions du Rocher. Elle a donné récemment un entretien à Sputnik, où elle livre une analyse toute en nuance, loin des visions caricaturales. Elle livre notamment un bref portait intéressant de quelques-uns des candidats à la présidence, en fin de video.

 

Posté le 9 mars 2018 à 21h53 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (0)

08 mars 2018

Le renouveau de la Russie

Dans l'Incorrect, Fabrice Sorlin dresse le portrait du renouveau en Russie. Extraits :

Couverture-7-2"[...] Si la Russie connut un véritable renouveau spirituel dès la libéralisation de la religion en 1991, la période bolchévique laissa en revanche plus de traces dans certains domaines sociétaux. C’est le cas notamment de la GPA, faiblement utilisée quoique banalisée, et de l’avortement dont les chiffres sont encore très élevés. Apparue la première fois en 1995 dans un contexte d’instabilité politique et de chaos sociétal, la GPA fut autorisée comme « remède » à l’hiver démographique que traversait le pays et fut encadrée en 2012 par une loi. Cependant la GPA, qui en 2015, concernait 508 naissances, ne fait toujours pas l’unanimité en Russie. Plusieurs fois, des voix politiques se sont élevées pour dénoncer «cette violation flagrante des droits de l’enfant ». Durant l’été 2017 déjà, un projet de loi fut soumis à la Douma pour la faire interdire mais fut finalement rejeté. Reprise en mains par Anna Kuznetsova (mère de six enfants), conseillère aux droits de l’enfant auprès de Vladimir Poutine, cette loi va à nouveau être en discussion à la Douma prochainement. Et elle aura le soutien de l’Église orthodoxe russe, en première ligne depuis longtemps pour condamner cette pratique.

L’avortement, quant à lui, fut utilisé comme moyen de contraception dès son autorisation en 1920, et se banalisa à tel point qu’en 1965, le ministère de la Santé russe enregistra un pic vertigineux de 5,5 millions d’avortements dans l’année. Ce chiffre diminuera progressivement pendant de longues années, mais c’est le double apport de l’influence de l’Église et du lancement d’une politique pro-famille efficace qui le réduira à son plus «bas» niveau jamais enregistré de 700 000 en 2017. Ce chiffre encore élevé s’explique en partie à cause des derniers soubresauts du matérialisme et du relativisme moral de la période bolchévique dans certaines mentalités. En Russie, la transmission des valeurs s’effectue en effet beaucoup par les grands-mères, très influentes dans une société russe matriarcale. Or, certaines d’entre elles encore marquées par cette époque où donner la vie était difficile, ont comme adopté cette phrase tristement célèbre de Lénine: «Pourquoi donner vie à la misère?» Elles influencent alors leurs petites filles en les décourageant souvent, et ce malgré les différentes solutions que l’État s’est efforcé d’apporter depuis plusieurs années.

Ce mépris de la vie humaine affiché par les Soviétiques ne fut pas sans conséquence sur la démographie du pays qui, malgré un rebond notable ces dernières années, connut un véritable effondrement au cours de la décennie 1990-2000. Tout semblait alors indiquer un déclin irréversible de la population russe, ayant pour conséquence un affaiblissement progressif du pays et son incapacité à demeurer une puissance mondiale.

Vladimir Poutine prend vite conscience de la nécessité de remettre les valeurs traditionnelles au centre de la société. Le 31 décembre 1999 déjà, le jour-même où le président Eltsine annonçait son départ, Vladimir Poutine alors encore premier ministre publie un texte dont la phrase suivante résonne comme un programme : « Le choix d’assurer les nécessaires dynamiques de croissance n’est pas seulement un problème économique. C’est aussi un problème [...] idéologique, spirituel et moral. Il me semble que cette dernière dimension est d’une importance particulière dans nos efforts actuels pour assurer l’unité de la société russe. » [...]

Vladimir Poutine a d’abord œuvré à favoriser l’Église orthodoxe, ce qui a permis un réveil progressif de la foi se traduisant par une montée régulière de la pratique religieuse dans le pays. Par une loi votée en 2010, le gouvernement russe permit la restitution des biens spoliés par la révolution bolchévique. En 2012, il octroya près de 80 millions à l’Église orthodoxe et augmenta sa visibilité dans les médias. Ces mesures ont rapidement porté leurs fruits. Près de 3000 églises sont sorties de terre ces 10 dernières années, et si 17 % seulement de la population se considérait orthodoxe en 1989, ils sont 68 % en 2014.

Ce renouveau religieux précède et accompagne la politique en faveur de la défense de la famille, mise en place sous la présidence de Dmitri Medvedev, poursuivie et même renforcée depuis le retour de Vladimir Poutine. Celui-ci a considéré le problème de la démographie comme une priorité nationale et déclara publiquement que désormais «la norme c’est 3»! Longtemps en chute libre, notamment pendant les années 90, passant de 1,89 en 1991 à 1,17 en 1999, le taux de fécondité est fortement reparti à la hausse pour atteindre 1,78 en 2016.

Retour de l’Église et de la foi dans l’espace public, augmentation de sa visibilité et de son influence morale auprès de la population, politique nataliste incitative, mesures pro-vie : le chemin parcouru en 18 ans est immense. Cependant, parfaitement conscient du danger mortel que font peser les nouvelles «valeurs» occidentales fortement influencées par l’idéologie LGBT, le gouvernement a simultanément voté un certain nombre de lois pour en protéger les familles. Interdiction de la propagande homosexuelle devant mi-neur, fermeture des plus grosses plates-formes internet pornographiques, loi interdisant la vulgarité dans l’art et dans les films...

Le 4 novembre 2016, Vladimir Poutine choisissait d’inaugurer lui-même, non loin du Kremlin, une statue géante de Vladimir 1er qui reçut le baptême en 988 et imposa le christianisme à la Russie. Deux ans plus tôt à Paris, place Vendôme, était installé avec la complaisance des autorités politiques un plug anal géant. À chacun son programme!"

Posté le 8 mars 2018 à 11h58 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (6)

Le régime Macron, complice de l'Empire en Syrie

Dans une note très récente de votre blog préféré, Michel Janva relate un entretien que Bassam Tahhan, géopolitologue franco-syrien, a accordé à TV Libertés. Celui-ci évoque notamment la fuite d'un rapport diplomatique britannique, décrivant ce que trament cinq pays pour s'assurer à terme d'une recomposition syrienne avantageuse pour l'Occident (TM) et ses complices, et pour compromettre définitivement les efforts russes dans la région. Cette stratégie s'articule ainsi : "1) endiguer l’influence iranienne en militarisant durablement l’Est de la Syrie ; 2) faire échouer le plan de paix russe ; 3) enfin, poursuivre une guerre de basse intensité afin de diviser la Syrie pour aboutir à une partition territoriale et politique" (source: éditorial évoqué ci-après). Sans surprise le régime Macron fait partie de la bande.

Cette fuite a notamment été révélée sur son site Proche et Moyen-Orient, par le journaliste Richard Labévière, ancien rédacteur en chef de la revue du très officiel IHEDN. Nous reproduisons in extenso cet article ci-dessous, et vous pouvez des commentaires en anglais sur cette affaire ici. Par ailleurs, nous vous invitons à lire le dernier éditorial de Richard Labévière, consacré à l'immense campagne de désinformation qui tente d'enrayer l'offensive du victorieuse du gouvernement syrien et de ses alliés dans la Ghouta.

Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.

Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.

Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.

David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».

CONSOLIDER LE PROCESSUS DE GENEVE

Les Etats-Unis ont noté qu’ils ne participeraient plus aux réunions d’Astana, ayant réduit « leur participation à un niveau très bas, pour souligner leur engagement envers Genève » ; en des termes définitifs, il est décidé de « tirer un trait conceptuel sur Astana pour revenir à Genève ». Ils ont ensuite estimé que jusqu’à maintenant « Genève restait un échec, malgré les efforts de Staffan de Mistura ». Ils se sont montrés très prudents quant à l’inclusion du cessez-le-feu dans les discussions de Genève : « la vérité étant que nous n’avons tout simplement pas la capacité d’empêcher le régime de grignoter les poches de l’opposition restantes à Idlib et à l’Est de la Ghouta ».

Le TD fait état de grands progrès « réalisés par l’opposition au cours des derniers mois », en soulignant qu’elle « devra encore faire preuve d’une plus grande souplesse pour s’assurer que le Régime ne quitterait pas Genève (…) alors que les Américains n’apportent aucun soutien à l’hypothèse d’un gouvernement de transition tel que le prévoit la résolution 2254 (du Conseil de sécurité des Nations unies) ». Le texte ajoute qu’il « serait tout de même utile que l’opposition puisse cesser d’agiter cette hypothèse à tout bout de champ… » Il a été aussi convenu que « l’opposition devait faire preuve de plus de flexibilité et arrêter d’agiter l’épouvantail d’un gouvernement de transition », les Américains ajoutant que, sans changer d’objectif final quant à la partition de la Syrie et au départ de Bachar al-Assad, il fallait d’abord « rester en mouvement en procédant à « une manipulation prudente » de l’opposition.

Le représentant français – Jérôme Bonnafont – a posé le problème d’une éventuelle participation de Bachar al-Assad à de futures élections. David Satterfield a répondu que « l’objectif était de créer les conditions et des institutions qui permettraient des élections qu’Assad ne pourrait pas gagner ». Satterfield a ajouté « qu’il n’y avait pas de raison ‘flagrante’ pour empêcher Assad d’être candidat ». Dans ces conditions, il s’agissait surtout de tester les intentions de la Russie, notamment pour qu’elle arrive « à ce que le Régime soit amené à discuter d’une nouvelle Constitution, d’élections libres sous le contrôle des Nations unies et de la création d’un environnement susceptible de favoriser ces deux processus ». Accord sans restriction de tous les membres de la réunion du « Petit Groupe » pour « ne plus se satisfaire des propos mielleux de Lavrov, afin de mettre Moscou sous pression ». Pour Satterfield, il s’agit d’amener les Russes à lâcher Assad, « à travers des réunions du Conseil de sécurité et une large campagne de communication publique », estimant que la ré-élection annoncée de Vladimir Poutine fragilisait positivement la position russe…

SABOTER ET INSTRUMENTALISER SOTCHI

L’une des conclusions de cette première réunion du « Petit Groupe » est parfaitement claire : « revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos » ; la France réclamant plus de « transparence sur la position russe ». Mais il s’agit encore de ne pas s’opposer « frontalement » à Sotchi « présentant l’avantage de rassembler une part non négligeable de la société civile syrienne », pour en ramener les « apports les plus positifs à Genève, afin de renouveler et relancer ce format de Genève ».

Les Saoudiens ont mis en garde contre un « risque de fragmentation des différents groupes de l’opposition et demandé de l’aide afin de maintenir la cohésion de celle-ci ». Satterfield a rétorqué que leurs représentants devraient « s’engager davantage dans la recherche d’une solution politique plutôt que de profiter de salaires mirifiques et de longs séjours dans des hôtels agréables ». La France a appuyé cette remarque en insistant sur « la communication ». A cet égard, le TD britannique dresse le commentaire suivant : « malheureusement, la Cinquième République française n’a pas vocation à financer cet effort », les représentants britanniques rappelant «  que la communication de l’opposition a été financée en premier lieu par… le Royaume-Uni ».

David Satterfield a, ensuite, expliqué que l’opposition turque aux « Unités de protection du peuple kurde (YPG) » empêchait les Kurdes de participer à Genève. Tout en comprenant la position d’Ankara, il a souligné « qu’on ne pouvait pas ignorer un groupe qui contrôlait le tiers de la Syrie (SIC) et qui avait pris la plus grande part à la lutte contre Dae’ch ». Il a expliqué que « les Américains cherchaient à établir un leadership multi-ethnique au nord-est de la Syrie afin de diluer l’hégémonie de l’ YPG ». Par contre, il s’agissait d’imposer les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes et sous contrôle américain) dans le processus de Genève.

Commentaire de l’auteur du TD : « je comprends que les Etats-Unis vont nommer William (Bill) Roebuck, leur ex-ambassadeur à Bahreïn, comme représentant spécial des FDS. Je vais suivre, mais cela vaut la peine de rappeler – selon les discussions séparées que nous avons eues, par exemple avec Fiona Hill – que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie sont déjà mauvaises et ne risquent pas de s’améliorer. Par conséquent, les Américains ne sont pas les mieux placés pour faire – en solo – le gros boulot avec les FDS et Ankara ». L’objectif est clairement défini : « amener Staffan de Mistura à accepter à Genève une structure tripartite incorporant l’opposition, Assad et les FDS ».

Du reste, le secrétaire d’Etat adjoint indique qu’un « Non-Paper – Reviving the Syrian Political Track in Geneva– sera communiqué à Staffan de Mistura avant la réunion du 23 janvier à Paris, « afin de mettre les Russes au pied du mur ». Ce document comporte : « une Feuille de route politique, les éléments d’une réforme constitutionnelle, la structure onusienne de supervision des élections et les directives pour l’établissement d’un environnement pacifié ».

Pour leur part, les Jordaniens ont qualifié la session du « Petit Groupe » de « la réunion publique la plus secrète de tous les temps ». Et l’auteur du TD de conclure : « nous devons, pour le moment, garder un groupe constitué uniquement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie. Les prochains à être invités devraient être l’Egypte et l’Allemagne (pour qui nous avons plaidé). La Turquie devrait également joindre le groupe, mais la discussion avec elle risque d’être empoisonnée par les Kurdes, ce qui rendra plus difficile la neutralisation d’Astana. Il n’y a donc pas urgence à intégrer ces trois derniers pays ».

COMMENTAIRES BELLICISTES

Les commentaires en conclusion de ce TD sont fort éloquents en ce qui concerne l’avenir de la stratégie occidentale en Syrie. Les trois conclusions essentielles soulignent « une vraie réaffirmation du leadership des Etats-Unis dans les coulisses… ». La deuxième perspective consiste à « maintenir la pression sur la Russie, même si celle-ci ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles ». Enfin, conclut l’auteur du TD, « les Américains m’ont dit combien ils avaient apprécié notre contribution et notre soutien ces derniers mois alors qu’ils étaient en train de finaliser leur stratégie ».

Voilà qui n’augure pas d’une prochaine sortie de crise en Syrie dans un contexte marquée par quatre évolutions majeures des plus préoccupantes. 1) Les Etats-Unis ont décidé de renforcer et de diversifier leur posture nucléaire. Le Pentagone vient d’annoncer qu’il va développer des armes nucléaires tactiques miniaturisées « pour s’adapter aux nouvelles menaces internationales ». Le président iranien Hassan Rohani a répondu : « comment quelqu’un peut-il parler de paix mondiale et en même temps annoncer qu’il développe de nouvelles armes nucléaires destinées à ses principaux ennemis ? »

2) Les ministres de la Défense de l’OTAN se sont entendus les 14 et 15 février derniers à Bruxelles sur les grandes lignes d’une nouvelle refonte des structures de commandement de l’Alliance Atlantique. Cette « adaptation – la plus grande depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général Jens Stoltenberg, est proposée par les militaires américains. Elle vise à rendre l’Alliance plus efficace en cas de crise de haute intensité. En clair, il s’agit de « mieux dissuader et répondre aux nouvelles menaces venant de certains Etats, au premier rang desquels la Russie ».

3) Aux lendemains de la destruction d’un chasseur israélien dans l’espace aérien syrien et, alors que la police israélienne demande l’inculpation du premier ministre Benyamin Netanyahou pour corruption, Tel-Aviv accuse l’Iran de s’implanter en Syrie et menace de multiplier ses opérations militaires. Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien – qui refuse de démissionner – utilise les regains de tension régionale pour consolider son pouvoir personnel et son alliance avec l’extrême-droite du pays.

4) Enfin, le soutien militaire de Washington aux Kurdes de Syrie continue à provoquer l’Ire d’Ankara. La crise de confiance est consommée et l’axe turco-américain est au bord de la rupture. Deuxième contingent de l’OTAN, l’armée turque a dû accompagner le tournant conservateur et anti-occidental après le putsch raté de juillet 2016. Mission vient d’être donnée à un général aux tendances conservatrices et islamistes de restructurer l’armée turque dégarnie par les purges.


 

En définitive, le TD britannique reflète parfaitement la stratégie occidentale en Syrie : saboter les efforts de paix de Sotchi, ajouter deux nouvelles guerres à la crise syrienne : celle des Turcs contre les Kurdes et celles des Israéliens contre l’Iran et le Hezbollah libanais. « Les Américains n’ont jamais admis leur défaite militaire en Syrie et ne veulent pas lâcher le morceau et surtout leur objectif stratégique principal », commente un haut diplomate français, « celui d’un démantèlement de la Syrie, du type de celui qui a été conduit en Irak et en Libye. Leur volonté est d’armer les Kurdes pour contrôler les régions pétrolières de l’Est syrien afin de pouvoir peser sur la reconstruction politique et économique du pays ». La paix n’est donc pas pour demain.

Posté le 8 mars 2018 à 10h32 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (0)

01 mars 2018

Vladimir Poutine va renforcer la politique familiale

Capture d’écran 2018-03-01 à 18.42.44Lors de son grand oral du 1er mars devant le gouvernement et la représentation nationale (Douma et Sénat) réunies en Assemblée fédérale pour l’occasion, le président russe a dressé, pendant un peu moins de deux heures, le tableau de son mandat écoulé et souligné les grandes questions du moment. Il a souligné l'importance de la question démographique. Le président russe a rappelé que la population active avait diminué en 2017, ce qui est un frein à la croissance et qui lui fait conclure à la nécessité de poursuivre sa politique nataliste. Vladimir Poutine veut encore renforcer les aides à la famille, à la maternité, aux enfants.

« La natalité a progressé. Nous allons continuer d’augmenter les primes maternelles et aider les jeunes mamans à  pouvoir retrouver un emploi après la maternité. Le soutien à la natalité, 2,47 milliards pour 2012-2017 va augmenter de 40% à 3,4 milliards ». « L'augmentation de l'espérance de vie en Russie est l’une des plus fortes du monde mais ce n'est pas suffisant ; d'ici la fin de la prochaine décennie, nous devons atteindre les 80 ans ». « Les personnes âgées doivent aussi être protégées de l’inflation, et les pensions doivent être augmentées en conséquence. « Chaque homme est précieux dans notre société, il faut que les grands-parents et les petits-enfants aient le bonheur de se connaître». 

L’éducation a également été abordée, il s’agit «d’enseigner aux enfants les compétences dont ils auront besoin lorsqu'ils rejoindront le marché du travail est essentiel au succès futur de la Russie».

Posté le 1 mars 2018 à 18h44 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (5)

26 février 2018

Les combats se poursuivent entre Turcs et Kurdes

Une analyse d'Antoine de Lacoste pour les lecteurs du Salon beige :

Carte du nord de la SyrieLes moralisateurs européens et américains s’inquiètent beaucoup de la situation dans la banlieue de Damas, la Ghouta.

Ils sont plus discrets sur la situation à Afrin, enclave kurde située au nord-ouest de la Syrie, assiégée depuis plusieurs semaines par l’armée turque et ses alliés islamistes de l’ASL.

Pourtant la situation humanitaire n’est guère reluisante, mais il ne faut pas couper les ponts avec la puissante Turquie..

La raison de cette intervention est connue : Erdogan ne veut pas d’un Kurdistan autonome le long de sa frontière avec la Syrie. Il occupe une partie du nord de la Syrie à cette fin, coupant en deux les territoires tenus par les Kurdes.

A l’est, 2000 soldats américains sont présents, protégeant ainsi ce territoire administré par les Kurdes, en l’absence de l’armée syrienne.

A l’ouest, la petite enclave d’Afrin est isolée et l’armée turque en a profité pour l’attaquer.

Depuis, elle piétine et les Kurdes opposent une résistance farouche. Mais ils perdent beaucoup de combattants et la situation ne peut tourner à leur avantage. Ils ont donc appelé l’armée syrienne à leur secours, six ans après avoir pris sa place.

Les Russes, ne voulant pas couper les ponts avec la Turquie, ont demandé à Damas de ne pas bouger. Mais l’occasion était trop belle, et, sans envoyer leur armée pour ne pas indisposer leur protecteur, les Syriens ont organisé l’incursion de milices locales fidèles à Damas épaulées par des combattants iraniens.

Ils furent accueillis triomphalement par les Kurdes mais aussi par l’artillerie turque…

C’est bien ce que craignait Moscou, qui ne veut pas d’un affrontement entre Syriens et Turcs. La Syrie est son alliée mais le dialogue avec Erdogan est renoué depuis maintenant deux ans et le rêve de la diplomatie russe est évidemment de couper Ankara des Etats-Unis.

Ce sont finalement les Américains les plus ennuyés par cette incursion turque. Pour ménager Erdogan, ils ont abandonné leur allié kurde dans son enclave d’Afrin. L’autre territoire kurde, à l’est, n’est pas menacé puisque personne n’osera attaquer un territoire où stationnent 2000 soldats américains. Mais les Kurdes ont évidemment ressenti une grande amertume et se sont, de ce fait, rapprochés non seulement des Syriens mais aussi des Russes.

La situation dans le nord de la Syrie est donc particulièrement complexe et explosive. Pas moins de six acteurs majeurs se sont fait face, se combattent ou se soutiennent : les Syriens, les Turcs, les Kurdes, les Américains, les Russes et les islamistes (généralement soutenus par les Turcs).

Un mélange inédit au scénario plus qu’incertain.

Posté le 26 février 2018 à 19h51 par Michel Janva | Lien permanent

19 février 2018

Attentat islamiste contre une église dans le Caucase

DWVVB7uWAAIQFlJUn homme a tué dimanche cinq femmes lors d’une fusillade à la sortie d’une église orthodoxe à Kizliar, dans le nord du Daguestan, république musulmane instable du Caucase russe. L’assaillant, Khalil Khalilov, qui a également blessé deux membres des forces de l’ordre, a été tué.

Il s’agit d’un habitant de Kizliar né en 1995. Le quotidien russe RBK a publié le récit d’un prêtre affirmant que l’homme a visé ses fidèles sortant tout juste de la messe qu’il venait de donner à l’occasion du Dimanche gras marquant la veille du début du Carême orthodoxe.

« Aujourd’hui, vers 16 heures, nous avions terminé la messe, les gens commençaient à sortir. Un homme avec une barbe a couru vers l’église en criant “Allahu Akbar” et a blessé mortellement quatre personnes » [une cinquième a succombé à ses blessures]. « Il avait un fusil et un couteau ». « Quand nous avons entendu les tirs, nous avons vite fermé les portes pour qu’il n’entre pas ».

L’organisation État Islamique a revendiqué cet attentat antichrétien. L’État Islamique est implanté au Daghestan depuis 2013, et c’est cette petite république musulmane, membre de la Fédération de Russie, qui lui a fourni le plus grand nombre de combattants russophones.

Posté le 19 février 2018 à 08h14 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (1)

13 février 2018

La Russie comme vous ne l'avez jamais vue

On les dirait sortis des plus beaux contes de la vieille Russie, et en même temps, ces clichés semblent avoir été pris hier. Ils nous montrent la réalité de ce qu'était la Russie avant 1917. Ils sont en couleurs, dès leur origine, et ils traduisent le génie tant artistique que scientifique de leur auteur : Sergueï Prokoudine-Gorski. Pour en savoir plus sur ce photographe d'exception, vous trouverez des détails en français ici. Pour vous émerveiller de ce reportage complet dans tout l'Empire au début du XXè Siècle, vous pouvez consulter ces sites, dont certains proposent des vues comparées entre la photo d'origine et ce que les lieux sont devenus aujourd'hui : 1, 2, 3. Ces sites sont en langue russe, il faut donc naviguer au hasard, et utiliser le traducteur de votre navigateur pour vous y retrouver. Allez-y, vous ne le regretterez pas: bon voyage dans l'espace et dans le temps !

Russie

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Posté le 13 février 2018 à 13h22 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (0)

09 février 2018

Al Nosra abat un appareil russe à Idleb

Analyse d'Antoine de Lacoste pour les lecteurs du Salon beige :

Roman FilippovPour la première fois depuis le début de l’intervention russe en Syrie (décembre 2015), les islamistes ont abattu un avion russe. Il s’agit d’un Soukhoï SU-25 piloté par le major Roman Filippov. Il a réussi à s’éjecter mais en pleine zone ennemie. Vite encerclé par plusieurs dizaines de djihadistes, il s’est courageusement défendu avec son pistolet. Sur le point d’être pris, il a préféré se faire sauter avec une grenade plutôt que d’être pris vivant et de soumettre la Russie à un odieux chantage.

Son sacrifice n’est pas sans rappeler celui d’un autre officier, Alexandre Prokhorenko, mort en mars 2017 pour la reconquête de Palmyre. Encerclé par des combattants de Daesh, il avait commandé à l’aviation russe une frappe aérienne pour mourir en tuant un maximum d’islamistes.

Depuis cet incident, les Russes ont ordonné à leurs pilotes de voler au dessus de 5000 mètres, distance à partir de laquelle les missiles sol-air sont inopérants.

Les Russes ont pu récupérer le corps de leur pilote, ce qui en a étonné plus d’un. L’explication est simple : c’est l’armée turque qui s’en est occupée, ce qui en dit long sur son implantation à Idleb et sur son influence sur les islamistes qui avaient récupéré le corps.

Les spécialistes russes aimeraient aussi examiner les débris de l’avion afin de déterminer l’origine du missile : fabrication américaine, française ? Plusieurs hypothèses sont envisageables et il est important pour la suite des opérations militaires de connaître le type d’armement dont disposent les combattants islamistes.

Les Américains se sont dits « préoccupés », expression diplomatique signifiant quelque chose comme « ça nous est complètement égal ».

Ce sont pourtant bien eux qui ont, les premiers, armés des insurgés avec du matériel sophistiqué, par le biais de la CIA. La fiction des combattants « modérés » n’a pas longtemps résisté à l’épreuve des faits. La désinformation occidentale a même été jusqu’à inventer le concept d’ « islamiste modéré » ce qui ne manque tout de même pas de sel. Mais il a fallu attendre fin 2015 et le scandale des insurgés entraînés et armés à grands frais par la CIA, passés chez Daesh aussitôt envoyés sur le territoire syrien, pour que cessent les livraisons d’armes.

Aujourd’hui, personne ne connait la quantité et la qualité des armes en circulation dans la province d’Idleb, mais on peut pressentir que l’élimination des islamistes du dernier territoire qu’ils détiennent en Syrie ne sera pas simple.

Les progrès de l’armée syrienne, qui a lancé une grande offensive au sud-est de la province, sont d’ailleurs lents et les islamistes savent qu’après Idleb, il n’y a plus rien pour eux. Leur résistance sera donc farouche.

Ce qui est sûr, c’est que, depuis la mort de leur pilote, les Russes ont accentué leur pression sur les groupes d’Al Nosra (ou Tahrir el Cham comme on dit maintenant). L’aviation pilonne sans cesse les positions islamistes et il est probable que la reprise de la province d’Idleb soit devenu un objectif majeur pour les Russes et les Syriens.

Mais pour cela, il faudra s’entendre avec les Turcs. C’est, entre autres, pour cela que les Russes ont laissé les Turcs attaquer les Kurdes à Affrin.

Posté le 9 février 2018 à 13h39 par Michel Janva | Lien permanent

Un point de vue sur l'avenir de la Syrie

Fin janvier 2018 se sont tenus à Sotchi, en Russie, des pourparlers de paix qui ont réuni un nombre inédit de parties prenantes à la résolution du conflit syrien. Il en est notamment résulté la création d'une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution. Bassam Tahhan donne son interprétation de cet évènement, et des critiques émises par les "Occidentaux" TM au sujet de ce congrès de Sotchi. Plus de détails ici.

Posté le 9 février 2018 à 10h15 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (0)


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