17 mars 2016

19 mars : installation du premier des 5 bulbes de la future cathédrale orthodoxe de Paris, quai Branly

Project_gallery_image_2435_image_frA 37 mètres du sol, samedi, sera hissé le premier des cinq bulbes de la future cathédrale orthodoxe de Paris : 8 tonnes, 12 mètres de haut pour 11 de diamètre. L'inauguration de l'édifice est prévue pour le mois d'octobre. La cathédrale de la Sainte-Trinité, à une encablure de la tour Eiffel, devient une réalité, sur un territoire de 8 400  m2 occupé auparavant par Météo France. Ce "centre spirituel et culturel orthodoxe russe" abritera, outre l'église, une école bilingue, une maison paroissiale et un centre culturel.

Le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, sera présent, ainsi que l'ambassadeur Alexandre Orlov et l'évêque Nestor, et surtout le vice-premier ministre russe, Sergueï Prikhodko, et le directeur général des affaires de l'administration présidentielle, Alexandre Kolpakov. Anne Hidalgo semble aux abonnés absents.

Budget : 170  millions d'euros au total, payés par l'Etat russe.

Posté le 17 mars 2016 à 22h04 par Michel Janva | Lien permanent

10 mars 2016

Des Orthodoxes demandent pardon à l’Eglise grecque-catholique ukrainienne

Dans une tribune signée par 18 personnalités orthodoxes

"Il est urgent pour les chrétiens orthodoxes de reconnaître la terrible vérité du 10 mars 1946

Le 10 mars 1946, à Lviv, l’Eglise Orthodoxe de Russie a intégré de force l’Eglise grecque catholique ukrainienne en son sein sous la pression du pouvoir soviétique. Au moment où les participants au synode votèrent les 8 et 9 mars pour la « réunification » de leur Eglise au patriarcat de Moscou tous les évêques grecs catholiques ukrainiens se trouvaient en prison sous les verrous. Les 216 prêtres et 19 laïcs réunis à la cathédrale Saint Georges de Lviv par le NKVD, ancêtre du KGB, étaient à la merci d’un « groupe d’initiative » conduit par deux évêques orthodoxes Antony Pelvetsky et Myhailo Melnyk et par un prêtre orthodoxe Gavril Kostelnyk. Les archives révèlent que c’est Staline lui-même qui décida de l’élimination de cette Eglise grecque catholique ukrainienne en février 1945 douze jours après la conférence de Yalta tenue en compagnie de Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt.

Les historiens et théologiens sérieux n’émettent aucun doute sur le fait que le synode de Lviv des 8-10 mars 1946 de l’Eglise grecque catholique ukrainienne ne fut qu’un simulacre. Bohdan Bociurkiw, qui fut professeur d’histoire à l’université Carleton d’Ottawa, a écrit une somme à ce sujet qui n’a jamais été contredite. Le pape Benoît XVI a parlé en 2006 d’un « pseudo-synode » ayant « porté gravement atteinte à l’unité ecclésiale ». Nicolas Lossky, théologien orthodoxe français membre du patriarcat de Moscou, a reconnu lui aussi qu’il s’agissait d’un simulacre. A cause de sa suppression en 1946 et jusqu’en 1989, l’Eglise grecque catholique, forte de plus de 5 millions de membres en Ukraine, devint de facto, la principale victime mais aussi la principale force d’opposition au régime soviétique à l’intérieur des frontières de l’URSS. Aussi nous appelons les autorités orthodoxes actuelles, en Russie, en Ukraine et ailleurs, à reconnaître la nullité des décisions tragiques du concile de Lviv.

L’Eglise Orthodoxe de Russie dans son ensemble ne peut pas être tenue responsable de décisions prises par des autorités ecclésiastiques manipulées ou terrorisés par le NKVD-KGB. Cependant nous, chrétiens orthodoxes, vivant 70 ans après les événements, nous nous sentons responsables du silence coupable qui entoure la destruction de cette Eglise par le régime soviétique avec la participation du patriarcat de Moscou. Nous savons que des millions de chrétiens orthodoxes dans le monde condamnent fermement les persécutions anti-religieuses du gouvernement soviétique et de Joseph Djougachvili en particulier. Aussi, en ce jour commémoratif du 10 mars 1946, et à la veille du dimanche 13 mars 2016, dimanche du Grand Pardon dans le calendrier liturgique orthodoxe, nous assurons l’Eglise grecque catholique ukrainienne de notre solidarité, de notre prière pour toutes les victimes innocentes de cette Eglise, qui furent emprisonnées, torturées, déportées et assassinées par le gouvernement soviétique avec la complicité du patriarcat de Moscou.

Nous leur demandons humblement pardon pour toutes les injustices dont ils ont été victimes sous couvert de l’autorité de l’Eglise Orthodoxe, et nous nous inclinons devant les martyrs de cette Eglise grecque catholique ukrainienne."

Posté le 10 mars 2016 à 08h44 par Michel Janva | Lien permanent

24 février 2016

L’archevêque gréco-catholique de Kiev estime positivement la rencontre entre le pape et le patriarche

Unknown-9Pour l’archevêque gréco-catholique de Kiev, Mgr Sviatoslav Shevchuk, l’accolade entre le pape et le patriarche est un événement clairement positif, même s’il faut prendre en compte une certaine perplexité. Lors d’une rencontre avec des journalistes, il a déclaré :

«Nous voulons cheminer ensemble avec les orthodoxes, construire non seulement la paix, mais nous voulons l’unité entre les Églises».

Pour Mgr Sviatoslav Shevchuk, un aspect positif apparaît aussi dans la reconnaissance  du patriarcat de Moscou du droit à l’existence des « communautés ecclésiales » et du « droit d’assister nos fidèles partout ». Il précise cependant que «nous ne devons pas demander à quelqu’un le droit d’exister, seul Dieu l’établit».

Posté le 24 février 2016 à 19h11 par Michel Janva | Lien permanent

15 février 2016

Un très grand texte pour l’avenir du christianisme

Bernard Antony salue la déclaration commune entre le pape et le patriarche de Moscous :

"Les cheminements de l’histoire, si souvent humainement imprévisibles, auront été marqués ce vendredi 12 février 2016 par la rencontre dans l’aéroport de Cuba du chef de l’Église catholique, le pape François, avec le patriarche Kirill, le chef d’un des neuf patriarcats byzantins orthodoxes, le plus important aujourd’hui sous bien des aspects, celui de Moscou.

La rencontre a été d’autant plus marquante qu’avec ce patriarcat byzantin de Moscou, à la différence de certains autres, et notamment de celui de Constantinople, elle a été la première après le millénaire de rupture consécutif au grand schisme de 1054 du patriarche de Constantinople Michel 1° Cérulaire.

La Déclaration commune en trente points qui s’en est suivie aussitôt, simultanément publiée en italien et russe, et traduite en bien des langues, est un texte d’une très grande clarté et lisibilité, à la différence de certains autres du pape François nécessitant un effort de clarification. On en retiendra pour le moins les traits essentiels que voici :

  • Un texte placé dans le rappel du partage de « la tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme » dans l’invocation de « la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, des saints et des « innombrables martyrs ayant manifesté leur fidélité au Christ ».
  • Dès le 8° point, François et Kirill expriment : « Notre regard se porte avant tout vers les nombreux pays où des chrétiens subissent la persécution ».
  • Ils évoquent « les nombreux pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord où nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers ».    
  • Très clairement, au point 9, ils appellent « la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche-Orient ».
  • On retrouve là, mille ans après, avec les formes actuelles, les accents des appels pour faire cesser les effroyables abominations en Terre Sainte des Turcs Seldjoukides et les perversions massacreuses du calife al-Hâkim, modèles des terroristes de l’État islamique aujourd’hui. Les « actions urgentes » contre les barbares à l’appel du pape et des patriarches s’appelaient alors « croisades ».
  • François et Kirill dénoncent aussi vigoureusement (point 15) « la restriction de la liberté religieuse dans tant de pays, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles ». Ils déplorent « la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme souvent agressif s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique ». Comment ne pas voir que cette préoccupation s’applique explicitement à bien des pays d’occident et particulièrement à la France ?
  • François et Kirill poursuivent très fermement en effet : « Nous mettons en garde contre une intégration européenne qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses ». Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Et sans ambiguïté encore : « Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Évangile pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne ». Nous retrouvons là les accents de Saint Jean-Paul II qui, le 10 avril 1985, à Rome m’encourageait : « Oui, opposez-vous avec vigueur à la décadence de l’Europe ! ».
  • La Déclaration continue ensuite notamment (points 19 et 20) avec les propos d’une réitération impérative de la commune doctrine chrétienne sur la famille « fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme ». On y lit : « Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique ». On ne peut avoir plus claire condamnation de la loi Taubira et autres législations semblables.
  • Enfin, le point 21 rappelle l’exigence du respect du droit inaliénable à la vie. « Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu. (cf. Gn 4, 10). Ces lignes se poursuivent avec la totale condamnation de « la manipulation de la vie humaine, atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu ». Sur tous les points essentiels de la doctrine sociale, la Déclaration est donc très encourageante pour les chrétiens fidèles, aussi bien orthodoxes que catholiques.
  • Ces derniers pourraient en revanche considérer que le pape a fait une inutile concession historique au patriarche qui se manifeste dans les lignes exprimant le regret de la méthode de « « l’uniatisme » du passé. On le sait, ce fut là un des points d’achoppement entre Moscou et Rome alors que les uniates ukrainiens gréco-catholiques ont payé très lourdement leur fidélité à la papauté.
  • Mais le texte lève toute ambiguïté sur le présent en réaffirmant leur « droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. »
  • On y lit : « Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier » et plus loin, le clair appel à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit ukrainien.
C’est là bien sûr le dossier dans lequel le Vatican et le patriarcat de Moscou devront exemplairement s’employer à œuvrer pour la paix.

La Déclaration est d’une portée immense. Elle constitue comme une réanimation de la réalité et d’une conception moderne de la chrétienté. Les militants et amis de Chrétienté-Solidarité, catholiques et orthodoxes, l’accueillent avec une grande et confiante ferveur."

Posté le 15 février 2016 à 16h35 par Michel Janva | Lien permanent

François et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu'ils pensaient de l'Union européenne

De l'abbé de Tanoüarn à propos de la rencontre entre le pape François et le patriarche orthodoxe :

"[...] Ce qui est surprenant ? François - est-ce parce qu'ils se sent issu du Nouveau monde ? - et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu'ils pensaient de l'Union européenne :

"Nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique".

Images-22La liberté religieuse mise en cause par les tenants du sécularisme (ainsi dans les Pays anglo-saxons appellent-ils la sacro-sainte laïcité), c'est une excellente formule, dont on espère qu'on la reverra souvent dans les textes du magistère authentique.

Depuis son passage devant le Conseil de l'Europe, François insiste sur la défense des peuples, de leur identité (il emploie le terme de temps à autre) et de leurs "racines chrétiennes", bref - le mot y est cette fois-ci : de leur civilisation. 

François insiste ici à nouveau avec le Patriarche Cyrille sur l'importance de l'identité des peuples de l'Union européenne :

"Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne".

Jean-Paul II parlait déjà de l'âme de l'Europe. Mais la nouveauté du discours pontifical par rapport à Jean-Paul II est dans cette notion d'"intégration européenne". On l'avait déjà constaté (je l'avais montré dans Monde et Vie à l'époque) : le pape parle des peuples chrétiens de l'Union européenne, il défend les peuples - à la bonne heure - comme il a toujours défendu le peuple argentin, en bon péroniste qu'il est... Il défend aussi (cela va de pair) les "identités", en particulier "religieuses", on peut le constater dans le petit livre de ses sermons aux Argentins, publié chez Parole et silence sous le beau titre : La patrie est un don et la nation un devoir. Mais, cette fois, il a oublié les nations au profit de ce qu'il nomme "l'intégration" dans l'UE., c'est-à-dire l'abandon consenti de souveraineté qui est actuellement en cours au profit de la Superstructure bruxelloise.

Que sont les peuples sans les nations ? Une formule de Jean-Paul II dans son Discours à l'ONU en 1980 le dit très clairement : "Les nations sont les grandes institutrices des peuples". Un peuple sans institutrice est un sauvageon... Gare aux sauvageons par intégration forcée dans un magma sans souveraineté où - au nom du multiculturalisme - on parviendrait encore à reconnaître des peuples (avec éventuellement leurs droits propres) mais plus des nations. L'Union Européenne est en train de faire disparaître ce trésor millénaire de la politique chrétienne, né en France, poursuivi en Angleterre, que l'on appelle la nation. La nation est la seule structure politique qui, dans sa définition même, ne puisse pas prétendre être le tout (contrairement à l'Empire, dont on sait combien les papes ont souffert jusqu'à, inclusivement la prise de Rome en 1527).

L'Empire représente une mystique et l'empire de la mondialisation ne fera pas exception. A cette grande Idée, comme naguère au Moloch, certains sont prêts à tout sacrifier. La nation se veut un service politique du peuple (voir le sacre des rois de France). La politique nationale reste toujours dans l'ordre des moyens, à dimension humaine.

François Mitterrand, jamais vraiment remis de son rêve collaborationniste et toujours fasciné par "l'Europe nouvelle", disait "Les nations c'est la guerre". On s'aperçoit au contraire aujourd'hui que les nations c'est la paix et que là où la nation est ébranlée (Irak, Syrie, Libye, Kosovo, Tunisie and so on), la guerre n'est jamais loin. [...]"

Posté le 15 février 2016 à 07h56 par Michel Janva | Lien permanent

Prière contre remise de dettes

La société d’ingénierie, qui avait conçu un projet de nouvelle chaudière pour le diocèse orthodoxe de Nijni Novgorod (Volga) en Russie, a porté plainte en août dernier contre celui-ci, l’accusant de n’avoir payé que la moitié des travaux et exigeant le versement de 458.000 roubles (5 150 euros). Les deux parties ont finalement conclu un accord à l’amiable, selon lequel les autorités religieuses se sont engagées à verser au plaignant près de la moitié de la somme, soit 200 000 roubles (2250 euros), et à « prier pour la santé » du PDG et du responsable technique de la société, ainsi que pour « leur prospérité », selon la même source. L’accord a été validé par la cour d’arbitrage de Nijni Novgorod.

Posté le 15 février 2016 à 07h33 par Michel Janva | Lien permanent

13 février 2016

Rencontre historique entre le pape François et le patriarche orthodoxe de Moscou

Déclaration commune du Pape François et du Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie :

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« La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous » (2 Co 13, 13).

 1.  Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.

Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se « parler de vive voix » (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

 2.  Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.

Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

 3.  Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’« Ancien Monde », nous sentons  avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

4.  Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus « semence de chrétiens ».

 5.  Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : « Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn 17, 21).

6.  Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !

 7.  Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.

 8.  Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.

 9.  Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.

10.  En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins. Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

11.  Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est « le fruit de la justice » (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués. Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

12.   Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Evangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre   :

« Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 P 4, 12-13).

13.   En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu,  « car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de    paix » (1 Co 14, 33).

14.  Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.

15.  Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.

16.  Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.

17.  Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate  dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.

18.  Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27-29).

19.  La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.

20.  La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.

21.  Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général. Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes  moraux  chrétiens,  fondés  sur  le  respect  de  la  dignité  de  l’homme  appelé  à  la   vie, conformément au dessein de son Créateur.

22.  Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

23.  Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous « avez été rachetés à un cher prix » (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.

24.  Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés  chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir « les uns pour les autres la même aspiration » (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Rm 15, 20).

25.  Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent  entre  gréco-catholiques  et  orthodoxes.  Il  est  clair   aujourd’hui  que  la  méthode  de   l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la  détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.

26.  Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la  solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

27.  Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.

28.  Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.

29.  Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) !

Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à  qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 P 2, 10).

30.  Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux  qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !

François
Évêque de Rome
Pape de l’Eglise catholique

&

Kirill
Patriarche de Moscou et de toutes la Russie

Posté le 13 février 2016 à 12h14 par Michel Janva | Lien permanent

12 février 2016

Si le Patriarche a estimé opportun de rencontrer le Pape, c’est probablement parce qu’il mesure la gravité des enjeux d’aujourd’hui

Quelques questions à Guillaume d'Alançon, qui revient de Russie :

Etes-vous surpris par la rencontre prévue le 12 février prochain à la Havane entre le Pape François et le Patriarche Kirill ?

Images-18Oui et non. Il faut bien dire que ce moment était attendu depuis longtemps et préparé tout autant en diverses manières. Nous n’allons pas ici faire l’histoire du réchauffement des relations entre la papauté et l’orthodoxie russe mais n’importe quel observateur remarquera les efforts de la diplomatie ces dernières décennies. Benoît XVI espérait une telle rencontre. Pour ma part, je suis très heureux de cette rencontre qui sent bon les retrouvailles et qui relance notre espérance.

Y-a-t il un point qui vous semble particulièrement crucial ?

Si le Patriarche Kirill a estimé opportun de rencontrer le Pape François, c’est probablement parce qu’il mesure la gravité des enjeux d’aujourd’hui. Les chrétiens doivent être toujours plus unis pour affronter les difficultés de notre temps. Je me réjouis profondément que la Russie, retrouvant progressivement sa culture chrétienne, soit davantage reconnue par le monde catholique. Un autre point me semble crucial : le renouvellement des liens avec l’Occident. En effet, face à une Europe de l’ouest assez matérialiste et superficielle, les peuples de Russie éprouvaient et continue d’éprouver une certaine réserve. N’oublions pas aussi que pour un russe, l’Occident c’est la latinité. Cela ne veut pas dire qu’il n’y pas de points communs entre les deux mondes, mais la révolution bolchevique de 1917 a fragilisé les relations entre les deux poumons de l’Europe. Les Romanov ne cousinaient-ils pas avec les souverains d’Occident et d’Europe Centrale ? Après la 1ère Guerre Mondiale, l’Empire désormais décapité est forcé d’épouser le marxisme en faisant table rase de son histoire, comme la France en 1789. C’est pourquoi un français catholique peut être en mesure d’entrer en amitié profonde avec la Russie blessée et restaurée dans sa foi.

Quelles peuvent être les conséquences d’un rapprochement entre le Patriarcat de Moscou et le Vatican ?

Une question aussi vaste ne trouvera certainement pas une réponse satisfaisante en quelques lignes. Quelques dossiers essentiels seront certainement mieux défendus : la cause des chrétiens d’Orient, la défense de la vie humaine depuis sa conception jusqu’à son terme naturel, la promotion du mariage et de la famille… En décembre dernier, Monseigneur Hilarion de Volokolamsk, Président du Département des Relations extérieures du Patriarcat de Moscou, m’écrivait qu’il espérait « que notre collaboration pour la défense des valeurs chrétiennes traditionnelles et de la dignité humaine dans les pays d’Europe continuerait à se développer ». Ces chantiers sont immenses et les bénéfices prometteurs.

Quels seraient ces bénéfices ?

Images-19Au plan de la théologie spirituelle, je crois savoir que les saints de « l’Eglise indivise » (avant le schisme de 1054) attirent l’attention et suscitent la dévotion d’un certain nombre d’orthodoxes russes. J’ai pu avoir la confidence d’un higoumène en ce sens et y vois un enjeu très profond : imaginons un rayonnement de Saint Benoît vers les vastes terres de l’Est… N’oublions pas la grande figure de Saint Cyrille, l’évangélisateur des peuples slaves, dont le corps repose dans une chapelle de la basilique Saint Clément à Rome. Dans l’autre sens, la découverte de belles figures de sainteté comme Séraphim de Sarov, Féodor Kouzmitch, des martyrs orthodoxes du XXème siècle… par les fidèles catholiques est riche de promesses.

Sur le plan liturgique, Benoît XVI a voulu renouveler la conscience des fidèles en les ouvrant au véritable esprit de la liturgie, notamment avec la mise en application du Motu Proprio Summorum Pontificum (2007). Nous savons que cet événement liturgique a été salué par de nombreuses personnalités du monde orthodoxe habitué à vivre les cérémonies liturgiques selon l’antique tradition.

Sur le plan doctrinal, pourquoi ne pas envisager à frais nouveaux l’approfondissement de certains points du dogme dans un plus grand souci de vérité et de fidélité, par-delà les parasitages de l’histoire liés à des questions politiques ou à l’orgueil humain ? Je veux parler ici de l’approfondissement théologique qui a besoin de l’Ecriture Sainte et de la Tradition des Pères du premier millénaire de l’Eglise. Catholiques et Orthodoxes pourraient travailler ensemble avec fruit le fameux Commonitorium de Saint Vincent de Lerins (5ème siècle) et l’essai sur le développement du dogme du Cardinal Newman (19ème siècle). Nous avons là un rocher doctrinal très sûr pour nous mettre à l’écoute de l’Esprit-Saint qui ne s’est pas arrêté de parler pendant le deuxième millénaire.

Le Pape a-t-il une idée derrière la tête ?

Dieu seul le sait ! Ce que pour ma part je constate, c’est que cette rencontre arrive au terme de l’année de la vie consacrée et au début du jubilé de la Miséricorde proposés par le Souverain Pontife à l’ensemble de l’Eglise Catholique. La Providence a ses desseins. En effet, le réveil du monachisme en Russie ne passe pas inaperçu dans le monde catholique et la riche doctrine spirituelle des anachorètes orthodoxes est bien souvent en osmose avec celle de leurs homologues latins. Dans le secret des skites de Valaam on n’est pas loin de l’esprit qui règne à la Grande-Chartreuse.

Selon vous, cette rencontre historique plaît-elle à tout le monde ?

Si certains dans l’Eglise en France peuvent avoir quelques réticences face à un rapprochement avec l’orthodoxie russe, c’est parce que les idées libérales de mai 68 n’ont pas encore totalement disparu. Les temps sont autres maintenant car des franges de plus en plus larges de l’Eglise Catholique, je parle ici de la situation française, n’ont plus peur désormais d’aller à contre-courant de la société et ne redoutent pas la pensée dominante. Il faut bien se le dire, et la Manif pour tous l’a révélé, des millions de catholiques français sont heureux et fiers de suivre le Christ et n’ont pas peur des intimidations de la culture mortifère d’aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle ils sont et seront heureux de coopérer avec les orthodoxes de Russie. Ne partagent-ils partagent les mêmes convictions pro-vie et pro-famille face à un monde qui, de bien des façons, est sous l’emprise du Mal ? En d’autres termes, n’ayons pas peur de nous mouiller dans les eaux de la Moscova, elles n’ont rien à envier aux rapides de la Seine.

Comment vous qui êtes catholique romain percevez-vous le Patriarche Kirill ?

Unknown-50Je garde un souvenir marquant. Il se trouve qu’il y a quelques mois j’ai retrouvé une photo prise lors d’un pèlerinage en Russie en juillet 1993. Nous étions près de 80 participants, français et russes, catholiques et orthodoxes, à marcher pendant une centaine de kilomètres au cœur de la Russie post-soviétique. Lors d’une pause dans un village, nous avons rencontré un jeune métropolite. En regardant cette photo, je reconnus celui qui devait devenir le Patriarche Kirill. A l’époque, nous avions perçu son ouverture de cœur à l’endroit des catholiques que nous étions, ce qui était prometteur et n’était pas partagé par tous en Russie.

La Moscova peut-elle se jeter dans le Tibre ?

Attention aux formules toutes faites. Ici-bas les choses sont complexes. Comme toujours lorsqu’il s’agit de l’extension du règne du Christ dans les âmes, il faut apprendre à lire de l’intérieur et chercher à entendre les désirs de Dieu pour y répondre. Lui seul sait ce qui est bon. « Qu’ils soient un » avait prié le Christ. Sans oublier l’intercession de la Vierge Marie, tant aimée de l’Atlantique à l’Oural.

Posté le 12 février 2016 à 20h06 par Michel Janva | Lien permanent

05 février 2016

Le pape va rencontrer le patriarche de Moscou

En marge de son voyage au Mexique, le pape François rencontrera le patriarche Kirill de Moscou, à Cuba, le 12 février, lors d'une escale à La Havane. C'est ce que vient d'annoncer le Saint-Siège.

C'est une première dans les relations entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe.

Posté le 5 février 2016 à 12h14 par Michel Janva | Lien permanent

14 décembre 2015

Paris : la construction du centre spirituel et culturel orthodoxe russe avance

Ce projet ambitieux, d'un coût évalué à 100 millions d'euros, a été commandé par l'État russe à l'architecte français Jean-Michel Wilmotte. Quai Branly, le long de la rive gauche de la Seine, sur un terrain de 4 600 m2 où était érigé auparavant le siège de Météo France, cinq bulbes couronneront la cathédrale orthodoxe au coeur d'un vaste centre culturel, avec notamment une école primaire franco-russe, une librairie, des salles d'exposition, un café et un centre paroissial avec un auditorium. C'est le chantier naval vannerais Multiplast, qui réalise les cinq dômes dorés à l'or fin qui, l'an prochain, couronneront l'édifice orthodoxe en cours de construction près de la Tour Eiffel.

En plus du dôme principal, quatre autres bulbes identiques aux dimensions moindres, d'une hauteur et d'un diamètre de 6 m, sont construits.

« Deux sont déjà totalement dorés à l'or fin. C'est une technique très particulière menée par deux salariées des ateliers parisiens Robert Gohard, qui ont ainsi travaillé sur le dôme de l'Hôtel des Invalides et la place de la Concorde à Paris, ou encore la statue de la Liberté à New York. Il faut une semaine pour dorer un petit dôme et deux pour le plus grand. Au total, ces deux femmes vont placer 90 000 feuilles d'or, larges de 8 cm sur 8 cm, sur une surface de 600 m2 », précise Guillaume Kemlin.

Posté le 14 décembre 2015 à 18h21 par Michel Janva | Lien permanent

24 août 2015

La touchante histoire des Lykov et d'Agafia

En 1978, des géologues soviétiques découvrent, perdue dans la Taïga de la république de Khakassia, en Sibérie, une famille de Vieux Croyants vivant à l’écart du monde, en totale autarcie, dans une existence rythmée par les traditions de cette "petite église" orthodoxe : les Lykov. Leur histoire passionne le pays, entrainant de nombreuses manifestations de sympathie à l'égard de ses représentants d'une autre époque. Aujourd'hui seule Agafia, la fille de la famille, demeure en vie, fidèle à la tradition de sa famille, dans les mêmes lieux.

Un livre "Ermites dans la Taïga" a raconté cette histoire vraie. Aujourd'hui, la chaine russe Russia Today (RT) propose un reportage sur Agafia. C'est en anglais.

Enfin, RT relaie l'appel à l'aide d'Agafia, qui à bientôt 70 ans a du mal à faire face dans la solitude aux nécessités de la survie sibérienne.

 

Posté le 24 août 2015 à 19h55 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (4)

30 juillet 2015

La patrie russe au-delà des soviets

Nous vous proposons un retour en arrière de bientôt trois mois, par une recension écrite et une courte vidéo (en anglais) concernant les festivités du 9 mai dernier à Moscou. Il s'agit du témoignage du catholique britannique John Laughland (que nous avons évoqué à plusieurs reprises sur le Salon Beige, ici, et par exemple) en participant à l’événement populaire "régiment des immortels".

"C'était avec une grande émotion que j’ai participé au défilé du « Régiment des immortels » sur la Place rouge à Moscou le 9 mai dernier.  Cette initiative populaire, qui a commencé voici quelques années dans les villes de province de Russie, consiste à porter dans les rues des photos de ses parents et grand-parents qui ont combattu dans la Seconde Guerre Mondiale - ou la «  Grande Guerre Patriotique »,  comme elle est connue en Russie depuis 1941, en référence à la «  Guerre Patriotique »  de 1812 quand, tout comme en 1941 - 1945, la mère patrie a été sauvée de justesse et au prix de sacrifices énormes.  Le matin, au tout début de la plus grande parade militaire sur la Place rouge depuis 1945, le ministre de la défense, qui la dirigeait, avait enlevé son képi pour se signer au moment où il passait en-dessous de l'icône du Saint Sauveur, qui se trouve dans de la Porte du même nom à l’entrée de la Place rouge: cette icône avait été recouverte de plâtre en 1937 mais restaurée en 2010.  Une telle expression de piété en public par une personnalité politique d’envergure est inimaginable en Europe occidentale.  Si son geste était inattendu, personne ne pouvait s’attendre non plus à ce que des centaines de milliers de Moscovites allaient se ruer sur la Place rouge pour témoigner de leurs aïeux et de leur sacrifice.  Un immense cortège (Vladimir Poutine en tête avec un portrait de son père) a mis presque quatre heures pour descendre la rue de Tver et traverser la fameuse place, comme j’ai pu le constater depuis le toit où la chaîne RT avait installé un studio temporaire pour rendre compte de la parade.  Cette foule gigantesque est la preuve que la mémoire de cette guerre reste vive dans les esprits des Russes.  Le défilé était à la fois fier, joyeux et intime car chaque famille russe a été frappée par le carnage dans lequel quelques 26 millions de citoyens soviétiques sont morts.  La raison de ma présence?  Mon père était devenu pilote officier de la Royal Air Force en 1940, où il a reçu l’une des plus hautes décorations de celle-ci, mais il a perdu son petit frère John en août 1944.  Marin dans la Royal Navy, celui qui deviendra, de manière posthume, mon oncle, a trouvé la mort dans la Mer du Nord à l’age de 19 ans, son navire torpillé par un U-Boot allemand pendant qu’il s’acheminait vers les ports de la Russie du Nord dans le cadre des Convois de l’Arctique qui approvisionnaient l’Union soviétique, alliée fidèle, malgré toutes les divergences idéologiques, dans la lutte commune contre l’Allemagne nazie.  Portant le même nom et prénom qu’un jeune homme qui a donné sa vie dans cette guerre atroce, je ne pouvais pas ne pas être présent avec les photos de mon cher papa et de mon pauvre oncle.  Voici mon intervention quelques moments après avoir participé à cette journée inoubliable.

 

Le sentiment russe d'avoir défendu en 41-45 non pas le système des soviets, mais la mère-patrie russe "éternelle", semble bien ne pas être (uniquement) un reconstruit ex-post de propagandiste. Vladimir Volkoff, fin connaisseur de la psychologie collective slave en général, russe en particulier, décrit bien, au début du roman "Le montage", l'état d'esprit qui régnait à ce sujet à l'issue de la deuxième guerre mondiale, notamment dans le monde russe émigré. S'y développait alors un espoir (certes rapidement déçu) de retour rapide de la Russie temporairement soviétique à ses racines, en raison de cet holocauste patriotique et en bonne partie orthodoxe."

Posté le 30 juillet 2015 à 12h32 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (2)

05 juin 2015

L'Eglise orthodoxe rompt avec "l’Église protestante unie de France"

Déclaration du département des relations extérieures du Patriarcat orthodoxe de Moscou :

"Faisant suite à la décision de l’Église d’Écosse de permettre l’ordination de représentants des minorités sexuelles pouvant justifier de leur « union civile », et celle de l’Église protestante unie de France permettant la bénédiction des « unions homosexuelles ».

Le 16 mai 2015, l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse a autorisé l’ordination de représentants des minorités sexuelles en union civile. Le 21 mai, elle a voté pour la poursuite de l’étude de cette question afin d’élargir ultérieurement la décision prise. Le 17 mai, le Synode de l’Église protestante unie de France a autorisé la bénédiction des « unions homosexuelles ».

L’Église orthodoxe russe a accueilli ces décisions des églises protestantes d’Écosse et de France avec une profonde déception, dans la mesure où elles sont incompatibles avec les normes de la morale chrétienne.

Nous constatons que de nouvelles divisions sont intervenues dans le monde chrétien, non seulement sur le plan théologique, mais aussi concernant la morale.

S’appuyant fermement sur une position découlant de l’Écriture Sainte, l’Église orthodoxe russe déclare en conséquence l’inadmissibilité des nouveautés susmentionnées dans la doctrine morale et est forcée de réexaminer le format de ses relations avec les églises et les communautés violant les principes de la morale chrétienne traditionnelle. Ainsi, en 2003, l’Église orthodoxe russe a suspendu ses contacts avec l’Église épiscopales des États-Unis, cette église ayant consacré évêque un homosexuel notoire. Des raisons semblables ont motivé la rupture des relations avec l’Église de Suède en 2005, qui avait alors décidé d’autoriser la bénédiction des unions homosexuelles.

Ces dernières années, nous avons suivi attentivement les discussions en cours dans les églises d’Écosse et de France. En 2013, le métropolite Hilarion, président du Département des relations ecclésiastiques du Patriarcat de Moscou, avait adressé une lettre à la direction de l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse, exprimant ses alarmes et sa déception suite à l’autorisation donnée par l’assemblée à l’ordination d’homosexuels, exprimant l’espoir que la résolution de cette question reviendrait bientôt à la tradition apostolique. Malheureusement, cet espoir a été vain, et la mise en garde n’a pas été entendue.

S’appuyant sur les décrets du Concile épiscopal de 2008 affirmant que « l’avenir des relations avec de nombreux communautés protestantes dépend de leur fidélité aux normes de la morale évangélique et apostolique, conservées par les chrétiens durant des siècles », et sur ceux du Concile épiscopal de 2013, qui estime « impossible le dialogue avec les confessions qui violent ouvertement les normes morales bibliques », le Département des relations ecclésiastiques extérieures ne voit plus de perspectives à la poursuite ultérieures de contacts officiels avec l’Église d’Écosse et l’Église protestante unie de France."

Posté le 5 juin 2015 à 10h03 par Michel Janva | Lien permanent

12 mai 2015

Le signe de croix de Sergei Shoigou

Un détail, qui n'en est pas un, et qui avait été évoqué par Paula, mérite qu'on y revienne : lors du défilé du 9 mai en Russie commémorant la fin de la guerre, le ministre de la défense russe Sergei Shoigou, debout à l'arrière de sa limousine, a fait un signe de croix alors que le défilé commençait.

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Ce geste, venant pourtant de la part d'un boudhiste, a été commenté et compris comme une allégeance à l'esprit de la Sainte Russie orthodoxe, donnant une dimension spirituelle à la résistance que la Russie semble mener contre l'esprit déliquescent des pays d'Occident. Lesquels brillaient par leur absence d'ailleurs. Il semble qu'on ne puisse considérer ce geste comme de la propagande, car Sergei Shoigou dispose en Russie d'un fort capital de popularité et de crédibilité et n'a donc pas besoin de faire sa propre publicité.

Ils ont de la chance, les Russes. On voit mal Le Drian faire allégeance par un signe de croix à l'esprit de la Fille aînée de l'Eglise. Un jour, peut-être...

Posté le 12 mai 2015 à 14h47 par Marie Bethanie | Lien permanent | Commentaires (17)

01 mai 2015

22 mai : inauguration d'un monument à la mémoire du génocide syriaque à Bruxelles

Selon la page Facebook de l'évènement :

"Cette année, nous commémorons les 100 ans du Génocide Syriaque que nos ancêtres ont subi en 1915 par l'empire Ottoman.
Pour cela, l'ASBL Centre Bruxellois du Génocide Syriaque (CBGS) vous invite à l'inauguration du monument en mémoire des martyrs du génocide 1915.
Elle aura lieu le Vendredi 22 Mai 2015 à la Place Van Meyel, Etterbeek-Bruxelles.
Le monument sera inauguré par sa SAINTETE MORAN MOR IGNATIUS AFREM II KERIM, patriarche de l'église Syriaque Orthodoxe."

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Posté le 1 mai 2015 à 09h20 par Marie Bethanie | Lien permanent

28 avril 2015

La première icône des martyrs éthiopiens

L'Observatoire de la christianophobie présente une première icône peinte pour commémorer l'assassinat des 30 Coptes éthiopiens, martyrisés en Libye :

Sans-titre

A gauche, les martyrs décapités; à droite, ceux qui ont eu une balle dans la nuque. Une icône typique de l'art religieux des coptes orthodoxes éthiopiens.

Posté le 28 avril 2015 à 11h52 par Marie Bethanie | Lien permanent | Commentaires (5)

23 avril 2015

L'Église orthodoxe arménienne va canoniser 1,5 million de victimes du génocide

Cette canonisation aura lieu jeudi soir près d'Erevan. C'est la plus importante en nombre jamais décidée par une Église chrétienne. L'office de canonisation sera célébré par le chef de l'Église arménienne, le catholicos Karékine II, à Etchmiadzine, dans un édifice datant du IVe siècle, considéré comme la cathédrale chrétienne la plus ancienne au monde.

La cérémonie doit commencer à 17 heures (heure locale) et durera jusqu'à 19 h 15, un choix symbolique en mémoire de 1915, l'année où le génocide a commencé. Juste après, les cloches sonneront dans toutes les églises arméniennes à travers le monde et une minute de silence sera observée.

Des centaines de milliers de personnes sont attendues. Parmi les invités, les présidents Vladimir Poutine et François Hollande. À deux jours de la date anniversaire, le Parlement autrichien a observé mercredi une minute de silence en mémoire du génocide arménien. Ce geste a provoqué la fureur de la Turquie, qui a rappelé son ambassadeur.

Posté le 23 avril 2015 à 16h06 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (9)

17 avril 2015

Pose de la première pierre de la cathédrale orthodoxe à Paris

La pose de la première pierre du centre culturel et spirituel orthodoxe russe de Paris s’est déroulée mardi 14 avril. La cérémonie a eu lieu dans le VIIe arrondissement, non loin de la Tour Eiffel, en présence de l’ambassadeur russe en France, Alexandre Orlov, qui a déclaré :

« C’est une journée historique. Par son importance, cet événement est comparable à la construction du pont Alexandre III qui symbolise depuis plus d’un siècle l’amitié russo-française ». 

L’établissement sera édifié sur un terrain d’une superficie de 4 200 m2, à l’emplacement de l’ancien siège de Météo France, situé à l'angle du quai Branly et de l'avenue Rapp. Le centre comprendra une église orthodoxe, un séminaire, une bibliothèque, un centre destiné à accueillir des rencontres entres les représentants de la communauté russe de France et familiariser les Parisiens avec la culture orthodoxe. En outre, le complexe abritera une école russo-française capable d’accueillir jusqu’à 150 élèves. 

Posté le 17 avril 2015 à 18h57 par Michel Janva | Lien permanent

24 janvier 2015

Devant la Douma, le patriarche Kiril défend les principes fondamentaux

Son discours était une première« Aucun parti politique ne doit détruire ces valeurs premières, au risque de voir disparaître la Russie », demandant aux parlementaires de défendre le pays contre « les pseudo-valeurs modernes qui sont une offense à l’identité et l’humanité de la civilisation » : « unions de même sexe, légalisation de l’euthanasie… »

Il a exhorté les parlementaires à protéger la famille, proposant notamment de réduire le nombre d’avortements, en excluant l’IVG des soins médicaux pris en charge. 

« Un des principaux drames en Russie est l’avortement, si nous pouvions réduire le nombre d’avortements, nous retrouverions une importante croissance démographique ».

Posté le 24 janvier 2015 à 10h01 par Michel Janva | Lien permanent

29 décembre 2014

L’Eglise orthodoxe russe condamne l’UNICEF pour sa promotion de l’homosexualité

Lu sur C-Fam :

"La Commission sur la famille de l’Eglise orthodoxe russe, présidée par le Patriarche, a publié un communiqué cinglant où elle critique une déclaration de principe de l’Unicef appelant les Etats à protéger les droits LGBT parce que, dit-elle, c’est dans le « dans l’intérêt supérieur des enfants ». La commission renverse les rôles et affirme que « faire éduquer les enfants par des couples de même sexe est une grave violatin des droits et de l’intérêt supérieur de l’enfant ».

La Commission orthodoxe s’est dite « très inquiète » de constater que l’Unicef prêterait son autorité à ce qu’elle qualifie de notions « vides de tout fondement juridique international » et « contraires aux [traditions culturelles] et des normes de la nature et de la morale religieuses dans la plupart des Etats ». D’après elle, cela est donc nocif pour toute la communauté internationale, et finira par ébranler la légitimité de l’Unicef et des autres institutions de l’Onu. »

La déclaration de l’Unicef reconnaît qu’ « il n’existe aucun accord international contraignant qui se penche spécifiquement sur la question de la discrimination sur le fondement de l’orientation ou l’identité sexuelle ». Par ailleurs, elle cite une opinion non contraignante de certains experts de l’Onu siégeant au comité sur les droits de l’enfant, chargé du suivi du respect de la Convention sur les droits de l’enfant, selon laquelle l’orientation et l’identité sexuelle devraient être élevées au même niveau que les catégories protégées contre la discrimination, comme par exemple les races, le sexe ou la religion.

Ce même comité de l’Onu a osé dire à l’Eglise catholique que sa doctrine sur la question de l’avortement constituait une violation des droits de l’homme, et à Israël que la circoncision constituait une violation de l’intégrité corporelle de l’enfant.

La déclaration de principe va bien au delà d’une simple reconnaissance de l’interprétation du comité sur les droits de l’enfants. Elle prétend également instruire les Etats sur la méthode à suivre pour rédiger leur rapport destiné au comité pour les droits de l’enfant : « Les Etats membres du comité du droit de l’enfant et ses signataires devraient inclure à leur rapport des développements sur le respect de l’orientation sexuelle et l’identité de genre, en particulier eût égard à la discrimination et aux intimidations dans les écoles et les établissements d’éducation ».

L’Unicef invite les Etats à abroger leurs législations pénalisant la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs, ou qui interdisent l’association des personnes LGBT avec des mineurs, comme la nouvelle loi russe datant de l’année dernière. Elle les invite également à « rendre l’âge minimal de consentement aux relations sexuelles égal pour les relations hétérosexuelles et homosexuelles ». [...]"

Posté le 29 décembre 2014 à 11h06 par Michel Janva | Lien permanent

02 décembre 2014

Les persécuteurs ne se demandent pas à quelle Église appartiennent leurs victimes

Propos de S.B. Bartholomée Ier, patriarche œcuménique orthodoxe de Constantinople, à S.S. le pape François, dans son allocution du dimanche 30 novembre lors de la divine liturgie célébrée en l’église patriarcale orthodoxe Saint-Georges de Constantinople (Istanbul) :

« Nous ne pouvons plus nous permettre le luxe d’actions séparées. Les persécuteurs d’aujourd’hui des chrétiens ne se demandent pas à quelle Église appartiennent leurs victimes. L’unité, qui est notre préoccupation commune, est en train, malheureusement, de se réaliser dans certaines régions du monde par le sang du martyre ».

Posté le 2 décembre 2014 à 13h48 par Michel Janva | Lien permanent

30 novembre 2014

Turquie : rencontre du pape avec les orthodoxes

Hier, lors d'une prière oecuménique avec les orthodoxes à Istanbul, le pape a déclaré :

"Le soir porte toujours avec lui un sentiment mélangé de gratitude pour la journée vécue, et d’anxieuse confiance devant la nuit qui tombe. Ce soir mon âme est remplie de gratitude envers Dieu  qui m’accorde de me trouver ici pour prier ensemble avec votre Sainteté et avec cette Église sœur, au terme d’une intense journée de visite apostolique. Et en même temps, mon âme est en attente du jour que nous avons liturgiquement commencé : la fête de Saint André Apôtre, le Fondateur et le Patron de cette Église."

Ce matin, le pape a assisté à la Divine Liturgie, au cours de laquelle il a déclaré :

"[...] l’Église catholique reconnaît que les Églises orthodoxes « ont de vrais sacrements, – principalement, en vertu de la succession apostolique : le Sacerdoce et l’Eucharistie, – qui les unissent intimement à nous » (n. 15). En conséquence, on affirme que, pour garder fidèlement la plénitude de la tradition chrétienne et pour conduire à terme la réconciliation des chrétiens d’Orient et d’Occident, il est de la plus grande importance de conserver et de soutenir le très riche patrimoine des Églises d’Orient, non seulement en ce qui concerne les traditions liturgiques et spirituelles, mais aussi les disciplines canoniques, entérinées par les saints pères et par les conciles, qui règlent la vie de ces Églises (cf. nn.15-16).

J’estime important de rappeler le respect de ce principe comme condition essentielle et réciproque au rétablissement de la pleine communion, qui ne signifie ni soumission l’un à l’autre, ni absorption, mais plutôt accueil de tous les dons que Dieu a donnés à chacun pour manifester au monde entier le grand mystère du salut réalisé par le Christ Seigneur, par l’Esprit Saint. Je veux assurer à chacun de vous que, pour arriver au but désiré de la pleine unité, l’Église catholique n’entend pas imposer une quelconque exigence, sinon celle de la profession de foi commune, et que nous sommes prêts à chercher ensemble, à la lumière de l’enseignement de l’Écriture et de l’expérience du premier millénaire, les modalités par lesquelles garantir la nécessaire unité de l’Église dans les circonstances actuelles : l’unique chose que désire l’Église catholique, et que je cherche comme Évêque de Rome, « l’Église qui préside dans la charité », c’est la communion avec les Églises orthodoxes. Cette communion sera toujours le fruit de l’amour « qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5), amour fraternel qui donne expression au lien spirituel et transcendant qui nous unit comme disciples du Seigneur. [...]"

Puis le Pape François et le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier ont signé une déclaration dont voici un extrait :

"Nous exprimons notre sincère et ferme intention, dans l’obéissance à la volonté de Notre Seigneur Jésus Christ, d’intensifier nos efforts pour la promotion de la pleine unité entre tous les chrétiens et surtout entre catholiques et orthodoxes. Nous voulons de plus, soutenir le dialogue théologique promu par la Commission mixte internationale, qui, instituée il y a exactement 35 ans par le Patriarche œcuménique Dimitrios et par le Pape Jean-Paul II, ici, au Phanar, traite actuellement les questions plus difficiles qui ont marqué l’histoire de nos divisions et qui demandent une étude attentive et approfondie. Dans ce but, nous assurons de notre prière fervente comme Pasteurs de l’Église, demandant aux fidèles de s’unir à nous dans l’invocation commune que « tous soient un… afin que le monde croie » (Jn 17, 21). [...]"

Posté le 30 novembre 2014 à 15h48 par Michel Janva | Lien permanent

20 octobre 2014

Union des personnes de même sexe : un concept inacceptable

Hilarion de Volokolamsk, délégué orthodoxe, responsable des relations externes du Patriarchat de Moscou, assure au sujet des unions entre personnes de même sexe :

L’Eglise ne peut pas trahir la vérité. Nous ne pouvons pas dire aux gens qu’un tel type de comportement qui a toujours été condamné par l’Eglise, est devenu soudain permis.’

Hilarión assure que

le thème de la famille est un problème sérieux, spécialement aujourd’hui en Europe et en Amérique du Nord, où les politiques, le système éducatif et les médias s’acharnent à promouvoir une idée de la famille aux antipodes de la position traditionnelle de nos Eglises, selon laquelle la famille est fondée sur l’union conjugale entre un homme et une femme.’

Il explique en outre que

‘dans beaucoup de pays, sont approuvées les lois approuvant comme modèle familial alternatif l’union des personnes de même sexe. Il existe un vif débat parmi les chrétiens de notre époque sur la façon d’affronter ces nouvelles formes d’union voulant imiter l’institution familiale. De fait, il y a des communautés protestantes qui appliquent ce vocabulaire aux unions de même sexe, mais pour les Eglises, enracinées dans la Sainte Tradition, à savoir l’Eglise Catholique Romaine et l’Eglise Orthodoxe, ce concept est inacceptable.’

Posté le 20 octobre 2014 à 09h23 par Michel Janva | Lien permanent

15 octobre 2014

Poutine et le volet spirituel de la politique russe

Philippe Grasset nous expose une réflexion nuancée à ce sujet. Son article est long, comme souvent, vous pouvez le retrouver ici dans son intégralité. Nous vous proposons ci-dessous l'extrait selon nous le plus intéressant.

"Poutine a-t-il une “vision” ? Peut-être le mot prête-t-il trop à confusion avec le sens très fort donné à son concept opérationnel de “visionnaire”. Il est encore trop tôt pour dire si Poutine a une “vision” dans le sens d’être un “visionnaire”, et il s’agit très certainement d’être circonspect à cet égard parce que certains traits de son caractère rendent imprudent sinon discutable un tel verdict. Il s’agit donc de préciser son attitude d’une façon concrète, ce qui peut être fait en utilisant les concepts nécessairement différents de “culture” (“culture russe”, culture nationale) et de religion.

Certainement, Poutine a une conscience de l’usage nécessaire qui peut et doit être fait de la dimension spirituelle, essentiellement pour le cas russe au travers de la religion chrétienne orthodoxe dont la marque nationale russe est très grande. Cette dimension spirituelle a en réalité plus une dimension culturelle qu’une dimension religieuse, et même essentiellement une dimension culturelle et accessoirement une dimension religieuse... C’est ce qu’exprime précisément Iben Thranholm lorsqu’elle écrit : “En appelant à la restauration de ces édifices chrétiens, Poutine répudie l’héritage soviétique avec son idéologie athée et sa charge anti-chrétienne, et il réaffirme que la religion orthodoxe est au cœur de la culture russe. Ce sont ses propres mots : ‘Voici l’idée ... restaurer l’apparence historique du lieu avec deux monastères et une église, mais en leur donnant, en fonction des réalités du présent, un caractère exclusivement culturel.’” («By calling for the restoration of these Christian buildings Putin repudiates the Soviet legacy with its atheist ideology and its record of anti-Christianity and reaffirms Orthodoxy as the heart of Russian culture. In his own words : “Here is the idea ... to restore the historic appearance of the place with two monasteries and a church, but giving them, considering today’s realities, an exclusively cultural character.”»)

En d’autres termes, un Russe peut être et doit être culturellement marqué par la religion orthodoxe, et même il doit l’accepter et même le vouloir toujours dans le sens culturel, sans pour autant être un croyant, et encore moins un pratiquant dans le cadre formel de la religion orthodoxe. (Il peut effectivement “avoir la foi”, – c’est une affaire personnelle sinon intime, – en-dehors de la religion orthodoxe.) Ce qui est exigé de lui pour être un Russe, c’est d’accepter la présence centrale de la religion orthodoxe dans la définition et la manifestation de la culture nationale russe, – et là se trouve effectivement la dimension culturelle à laquelle il doit souscrire. En d’autres mots et pour en venir aux circonstances, la religion orthodoxe est un outil pour Poutine, nullement un but ni un guide. (Ce constat est proposé sans se préoccuper de savoir ce qu’est la conviction personnelle de Poutine, – avoir la foi ou pas, la pratiquer ou pas au sein de l’église orthodoxe, etc., – là aussi “affaire personnelle sinon intime”, qui est une question secondaire pour notre propos. Le constat vaut, quelle que soit l’attitude de Poutine vis-à-vis de l’église orthodoxe, cela se rapportant alors à la fonction et non à l’individu, à “Poutine-en-tant-que-Président”.)

On comprend évidemment qu’il s’agit d’un comportement, d’une “politique” en rupture complète avec le courant dominant de l’époque que nous vivons, sinon en opposition complète à lui. Selon notre classification, c’est fondamentalement de ce point de vue que Poutine est antiSystème, sans nécessairement le vouloir ni le rechercher mais par sa nature même. Le nœud de la question n’est ni la religion, ni la foi, mais bien l’affirmation culturelle identitaire qui se réalise grâce à la référence religieuse ; cette affirmation identitaire renvoie par définition à une conception principielle parce que l’identité est un principe qui distingue une unité, renvoyant à la conception originelle de l’unité. Cette conception principielle a évidemment une vocation universelle (sa référence à l’unité, l’unique) mais cette universalité ne peut être conçue qu’au travers d’une structuration puissante, une forme achevée : lorsque toutes les identités différentes sont affirmées et achevées, elles se trouvent réunies par leurs différences elles-mêmes dans la forme structurée voulue par le Principe. C’est le contraire de l’universalité prôné par le Système qui est nécessairement déstructurée, dissoute jusqu’à l’entropisation, – c’est-à-dire nécessairement complètement informe.

(Dans ce cas, la globalisation, qui est dans le sens courant l’opérationnalisation essentiellement économique d’une universalité débarrassée de la forme puissante, est exactement le double inverti, faussaire sinon satanique, de l’universalité. Elle détruit tous ses composants en niant leurs identités, pour les fondre en un magma informe, une entropisation achevée comme double effectivement satanique de l’universalité principielle.)

A ce point, l’on comprend que nous perdions de vue Poutine, en écartant le débat sempiternel de l’“homme providentiel” : la providence est quelque chose qui n’a nul besoin de l’homme pour se manifester, si même elle en fait parfois usage selon sa convenance et les opportunités. Le fait qui importe est que les conditions historiques bien connues (l’histoire terrible de la Russie au XXème siècle notamment), haussées au niveau métahistorique, font de la Russie, et de son président par conséquent dans ce Moment précis de l’histoire que nous jugerons être métahistorique au cœur de la crise d’effondrement de notre civilisation (identifiée comme “contre-civilisation”), un facteur essentiel de l’immense lutte en cours ; et un facteur nécessairement, naturellement antiSystème.

Il s’agit d’une situation et non d’une dynamique. (La seule dynamique qui importe est celle du Système, dont la surpuissance fait naître des incidences antiSystème dont les effets indirects alimentent la transformation de cette surpuissance en autodestruction.) Cette situation donne à la Russie le rôle qu’elle joue pour l’instant, et à son président le rôle d'adaptateur et d’opérateur de ce rôle. Ainsi s’explique aisément la “haine anti-Poutine” qui est absolument une “haine-Système”, totalitaire, exprimée selon un réflexe pavlovien qui n’a nul besoin d’explication ni de justification, qui fabrique naturellement et sans aucune conscience tous les artifices (les fameuses narrative) pour rassurer la raison chaotique de ceux qui l’expriment sans savoir ce qu’ils font. (On pardonnera aisément, tout en les combattant impitoyablement, à ceux-là qui véhiculent la “haine-Système” puisque, selon la parole fameuse descendue au ras des pâquerettes sinon dans les ténèbres de cette agitation-Système, “ils ne savent pas ce qu’ils font”.)

Le brio de Poutine est certainement d’avoir compris, au travers de l’importance écrasante prise par la communication dans notre temps, l’importance non moins écrasante de ce qu’on désignerait comme “le fait culturel”, – c’est-à-dire, selon l'interprétation métahistorique du temps courant, la nécessaire structuration identitaire. Nous avancerions l’hypothèse qu’il en a pris conscience précisément et opérationnellement avec les événements décrits ci-dessus (2011-2012), où effectivement il s’est avéré que la communication était l’arme principale de destruction des entités principielles et antiSystème, autant qu’elle pouvait être le moyen principal de mobilisation et de constitution de l’antiSystème. Bien entendu, la force, la puissance de la structuration identitaire dans le cas russe, est qu’elle s’appuie sur ce que l’“âme russe” identifie aisément comme une transcendance authentifiée pour elle par des événements historiques, – et dont l’église orthodoxe est au moins le témoin essentiel, sinon un des acteurs essentiels, – d’où le rôle culturel que doit jouer cette religion puisque l’identité se manifeste par la culture nationale dans ce cas. (On conviendra que ce schéma est assez classique, c’est-à-dire assez simple comme toutes les grandes choses. Il pourrait se manifester dans d’autres cas selon leurs fortunes, – la France est bien entendu le premier exemple venu à l’esprit, pour l’instant empêchée par une infortune absolument sans précédent dans son histoire.)

... On doit insister sur ce fait qu’il ne s’agit en aucun cas de ce qu’on pourrait nommer une “spiritualisation de la politique” mais bien de l’ajout de la dimension spirituelle dans la politique pour la modifier sans lui ôter sa substance de politique ; la politique russe ne devient pas une politique chrétienne-orthodoxe, comme il existe des politiques islamistes extrêmes, voire chrétiennes-extrêmes dans le chef de certains courants évangélistes. La démonstration de cette observation se trouve dans l’extrême réalisme, la prudence de tous les instants de la politique russe, notamment dans le domaine des affaires extérieures et de sécurité nationale, et cela malgré les tensions et les provocations. (Une “spiritualisation de la politique” serait une politique selon les conceptions du philosophe Douguine, par exemple. Douguine a désapprouvé la politique ukrainienne de Poutine parce que le président russe a écarté l’option de l’intervention en Ukraine, au côté des milices du Donbas. Cette politique répondrait évidemment à l’argument impératif du lien “spirituel” unissant les Russes et les Ukrainiens de cette région, eux-mêmes directement de filiation russe.) Reste à voir si, à un moment où les événements suscitent des pressions catastrophiques, il ne faudra pas hausser cette politique à hauteur des enjeux eschatologiques de la situation générale ; reste à voir si Poutine saura le comprendre, ou plutôt le sentir, et accepter l’enjeu de ce Moment-là... C’est sans aucun doute à ce point de rupture que ce situe la mesure de son véritable rôle historique."

Posté le 15 octobre 2014 à 18h44 par Paula Corbulon | Lien permanent | Commentaires (15)

30 septembre 2014

"L’Église ne peut rester en retrait lorsque l’on entreprend des tentatives de légaliser le péché"

Communiqué de l’Église orthodoxe d’Estonie du Patriarcat de Moscou au sujet du projet de loi du parlement estonien concernant l’enregistrement légal des couples homosexuels :

"Le 7 et 9 octobre, le parlement de la République d’Estonie envisage de procéder à la deuxième et troisième lecture de la loi sur « la cohabitation commune » qui prévoit la possibilité de l’enregistrement légal des couples homosexuels. Si le projet de loi passe en troisième lecture, il sera adopté. L’association à but non lucratif « Pour la défense de la famille et de la tradition » (SA Perekonna ja Traditsiooni Kaitseks) organise une action de protestation contre l’adoption de ladite loi le 5 octobre à 12h devant le bâtiment du parlement. L’Église ne peut rester en retrait lorsque l’on entreprend des tentatives de légaliser le péché. L’adoption de la loi « sur la cohabitation commune », contre laquelle se prononce la majorité des habitants de l’Estonie peut détruire, dans la prochaine génération, les valeurs morales et la conception de la famille comme union de l’homme et de la femme, bénie par Dieu. Aussi, avant les manifestations civiles, une prière aura lieu à 11h45 devant l’entrée principale de la cathédrale Saint-Alexandre-de-la-Neva. La prière sera présidée par le métropolite de Tallin et de toute l’Estonie Kornily assisté du clergé de la ville.

Nous appelons tous ceux qui ne sont pas indifférents à venir à la cathédrale le 5 octobre et à participer à cette prière".

Posté le 30 septembre 2014 à 19h58 par Le Salon Beige | Lien permanent | Commentaires (4)

09 septembre 2014

Sa sainteté Ignatius Aphrem II Karim ce matin à l'Assemblée Nationale

Sa Sainteté Ignatius Aphrem II Karim, 123 ème patriarche de l'Eglise Syriaque Orthodoxe d'Antioche, était ce matin à l'Assemblée lors de la réunion constitutive du Groupe d'études sur les Chrétiens d'Orient (au centre sur la photo).

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Il s'est prononcé en faveur d'une zone de protection internationale pour les minorités, sur le modèle du Kurdistan. Cela permettrait aux chrétiens de rester sur place, sur leurs terres ancestrales.

Il a rappelé l'inquiétude qui demeure pour le sort des dxeux évêques enlevés l'années dernières et dont on est sans nouvelles.

Posté le 9 septembre 2014 à 14h10 par Michel Janva | Lien permanent

25 juillet 2014

"Femmes-évêques" : la décision anglicane entrave le dialogue entre les orthodoxes

L’Église orthodoxe russe a émis un communiqué en réaction de la décision du synode anglican de « sacrer » des femmes évêques :

"L’Église orthodoxe russe a appris, avec inquiétude et déception, la décision de l’Église d’Angleterre d’admettre les femmes à l’épiscopat alors que les relations qui durent depuis plusieurs siècles entre nos deux Églises avaient montré la possibilité pour les orthodoxes de reconnaître l’existence de la succession apostolique chez les anglicans. Dès le 19ème siècle, les anglicans, membres de l’Association des Églises orientales,  ont cherché la « reconnaissance mutuelle » de la hiérarchie de l’Église orthodoxes et de l’Église anglicane, en croyant que « les deux Églises ont préservé la continuité et la vraie foi apostolique dans le Sauveur et devraient accepter l’autre dans la pleine communion de prières et de sacrements ».

La décision d’ordonner des femmes, que l’Église d’Angleterre a prise en 1992, a porté un coup aux relations entre nos Églises, et l’introduction des femmes évêques a éliminé la possibilité théorique pour les orthodoxes de reconnaître l’existence de la succession apostolique de la hiérarchie anglicane.

Cette pratique est contraire à la tradition de l’Église, vieille de plusieurs siècles remontant à la première communauté chrétienne. Dans la tradition chrétienne, les évêques ont toujours été considérés comme les successeurs spirituels directs des apôtres, dont ils ont reçu la grâce particulière de guider le peuple de Dieu et la responsabilité particulière de protéger la pureté de la foi, à être des symboles et des garants de l’unité de l’Église. La consécration de femmes évêques va à l’encontre du mode de vie du Sauveur lui-même et des saints apôtres, ainsi que de la pratique de l’Église primitive.

A notre avis, la décision du synode général de l’Église d’Angleterre n’a pas été dictée par une nécessité théologique ou une pratique ecclésiale, mais par le désir de se conformer à l’idée laïque de l’égalité des sexes dans toutes les sphères de la vie et du rôle croissant des femmes dans la société britannique. La sécularisation du christianisme conduit au départ de nombreux croyants qui dans le monde instable d’aujourd’hui cherchent un soutien spirituel dans les traditions immuables évangéliques et apostoliques établies par le Dieu éternel et immuable.

L’Église orthodoxe russe constate avec regret que la décision, permettant l’élévation des femmes à la dignité épiscopale, entrave considérablement le dialogue entre les orthodoxes et les anglicans qui s’est développé depuis de nombreuses décennies, et contribue à renforcer les divisions dans le monde chrétien dans son ensemble."

Posté le 25 juillet 2014 à 10h17 par Michel Janva | Lien permanent

22 juillet 2014

Un évêque orthodoxe refoulé du Kirghizstan

Lu sur Riposte catholique :

"Un évêque orthodoxe, appartenant au Patriarcat de Moscou, et à la tête de l’église russe au Kirghizstan, Mgr Théodose, s’est vu refuser le renouvellement de son visa sans lequel il ne peut exercer de mission ecclésiastique dans son pays. Les autorités ont prétendu que cet évêque  était un facteur de « troubles religieux au sein de la population » et mettait « en danger la sécurité publique des citoyens du pays ». Le hiérarque, pourtant connu pour avoir apporté une aide non-négligeable à nombre de fidèles mais aussi à des musulmans du pays, connait depuis quelques temps des perquisitions à l’encontre de son diocèse de plus en plus fréquentes."

La population du Kirghizistan est majoritairement musulmane d'obédience sunnite.

Posté le 22 juillet 2014 à 07h20 par Michel Janva | Lien permanent

04 juillet 2014

Le nombre d’orthodoxes en Russie a grimpé de 16%

En 15 ans.

Posté le 4 juillet 2014 à 20h45 par Michel Janva | Lien permanent

30 mai 2014

Les "remariages" chez les orthodoxes

Lu sur Chiesa :

"Dernièrement, le cardinal Walter Kasper s’est référé à la pratique des Églises orthodoxes en ce qui concerne les seconds mariages pour soutenir que les catholiques divorcés et remariés devraient eux aussi avoir la possibilité de communier. Toutefois il n’a peut-être pas prêté attention au fait que les orthodoxes ne communient pas lors du rite des seconds mariages, parce que ce qui est prévu dans le rite byzantin du mariage, ce n’est pas la communion, mais seulement l’échange de la coupe commune de vin, qui n’est pas du vin consacré

Par ailleurs on entend dire, chez les catholiques, que les orthodoxes permettent les seconds mariages et que par conséquent ils tolèrent que l’on divorce de son premier conjoint. A vrai dire, il n’en est pas vraiment ainsi, parce qu’il ne s’agit pas de l'institution juridique moderne. L’Église orthodoxe est disposée à tolérer les seconds mariages pour des personnes dont le lien matrimonial a été dissous non pas par l’État, mais par elle-même, sur la base du pouvoir de “délier et de lier” qui a été donné à l’Église par Jésus, et à concéder une seconde opportunité de mariage dans certains cas particuliers (typiquement, les cas d’adultère durable, mais aussi, par extension, certains cas où le lien matrimonial est devenu une fiction). La possibilité d’un troisième mariage est également prévue, mais on cherche à décourager les candidats. Par ailleurs, la possibilité de se remarier, dans les cas de dissolution du mariage, n’est donnée qu’au conjoint innocent.

Chez les orthodoxes, les deuxièmes et troisièmes mariages, à la différence du premier, sont célébrés selon un rite particulier, défini comme “de type pénitentiel”. Étant donné que, dans le rite des seconds mariages, il manquait jadis le moment du couronnement des époux – que la théologie orthodoxe considère comme le moment essentiel du mariage –  le second mariage est non pas un véritable sacrement mais, pour utiliser la terminologie latine, un "sacramentel", qui permet aux nouveaux époux de considérer que leur union est pleinement acceptée par la communauté ecclésiale. Le rite des seconds mariages s’applique également dans le cas d’époux restés veufs.

Le caractère non-sacramentel des seconds mariages trouve une confirmation dans le fait que la communion eucharistique a disparu des rites de mariage byzantins et qu’elle a été remplacée par la coupe, qui est considérée comme un symbole de la vie commune. Cela apparaît comme une tentative de "désacramentaliser" le mariage, peut-être à cause de l'embarras croissant qui est créé par les deuxièmes et troisièmes mariages, en raison de la dérogation qu’ils constituent par rapport au principe de l'indissolubilité du lien, qui est directement proportionnelle au sacrement de l'unité : l'eucharistie.

[...] C’est pourquoi, comme l’a fait observer Joseph Ratzinger : “Il faut reprendre conscience de manière beaucoup plus claire du fait que la célébration eucharistique n’est pas dépourvue de valeur pour ceux qui ne communient pas. [...] Étant donné que l'eucharistie n’est pas un banquet rituel, mais la prière communautaire de l’Église, dans laquelle le Seigneur prie avec nous et s’associe à nous, elle reste quelque chose de précieux et de grand, un véritable don, même si nous n’avons pas la possibilité de communier. Si nous retrouvions une meilleure connaissance de ce fait et si nous percevions ainsi l'eucharistie elle-même de manière plus correcte, il y a plusieurs problèmes pastoraux, comme par exemple celui de la situation des divorcés remariés, qui perdraient automatiquement une grande partie de leur poids écrasant”.

[...] Différents auteurs, au cours de la seconde moitié du siècle dernier, ont soutenu – rappelle Ratzinger – la théorie qui “fait découler l'eucharistie – de manière plus ou moins exclusive - des repas que Jésus prenait avec les pécheurs. […] Mais à partir de cette théorie on arrive ensuite à une idée de l'eucharistie qui n’a rien de commun avec la coutume de l’Église primitive”. Alors que Paul protège, en recourant à l'anathème, la communion de l'abus qui pourrait en être fait (1 Corinthiens 16, 22), la théorie ci-dessus propose “comme essence de l'eucharistie que celle-ci soit offerte à tout le monde sans aucune distinction et sans aucune condition préliminaire, […] même aux pécheurs, ou plus encore, même aux incroyants”.  Non, écrit encore Ratzinger : depuis les origines, l'eucharistie a été comprise comme un repas pris non pas avec les pécheurs, mais avec ceux qui s’étaient réconciliés : “Il existait aussi pour l'eucharistie, dès le début, des conditions d’accès bien définies [...] et de cette manière elle a construit l’Église”.

Posté le 30 mai 2014 à 15h00 par Michel Janva | Lien permanent

25 mai 2014

Devant le patriarche de Constantinople, le pape évoque l’œcuménisme du sang

Discours du Pape lors de sa rencontre avec le patriarche Bartholomée :

"Dans cette Basilique que chaque chrétien regarde avec profonde vénération, arrive à son point culminant le pèlerinage que j’accomplis avec mon frère bien-aimé en Christ, Sa Sainteté Bartholomée. Nous l’accomplissons sur les traces de nos vénérés prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras, qui, avec courage et docilité à l’Esprit Saint, ont donné lieu, il y a cinquante ans, dans la Cité sainte de Jérusalem, à la rencontre historique entre l’Évêque de Rome et le Patriarche de Constantinople. Je vous salue cordialement vous tous ici présents. En particulier, je remercie vivement, pour avoir rendu possible ce moment, Sa Béatitude Théophile, qui a voulu nous adresser d’aimables paroles de bienvenue, ainsi que Sa Béatitude Nourhan Manoogian et le Révérend Père Pierbattista Pizzaballa.

8C’est une grâce extraordinaire d’être réunis ici en prière. Le Tombeau vide, ce sépulcre neuf situé dans un jardin, où Joseph d’Arimathie avait déposé avec dévotion le corps de Jésus, est le lieu d’où part l’annonce de la Résurrection : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘‘Il est ressuscité d’entre les morts’’ » (Mt 28, 5-7). Cette annonce, confirmée par le témoignage de ceux à qui le Seigneur Ressuscité est apparu, est le cœur du message chrétien, transmis fidèlement de génération en génération, comme, depuis le début, l’atteste l’apôtre Paul : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures » (1 Cor15, 3-4). C’est le fondement de la foi qui nous unit, foi grâce à laquelle, ensemble, nous professons que Jésus Christ, Fils unique du Père et notre unique Seigneur, « a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; il est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts » (Symbole des Apôtres). Chacun de nous, chaque baptisé dans le Christ, est spirituellement ressuscité de ce tombeau, puisque dans le Baptême nous avons tous été réellement incorporés au Premier Né de toute la création, ensevelis ensemble avec Lui, pour être avec Lui ressuscités et pouvoir marcher dans une vie nouvelle (cf. Rm 6, 4).

 

Accueillons la grâce spéciale de ce moment. Tenons-nous près du tombeau vide dans un recueillement respectueux, pour redécouvrir la grandeur de notre vocation chrétienne : nous sommes des hommes et des femmes de résurrection, non de mort. Apprenons, de ce lieu, à vivre notre vie, les souffrances de nos Églises et du monde entier à la lumière du matin de Pâques. Chaque blessure, chaque souffrance, chaque douleur, a été chargée sur ses propres épaules par le Bon Pasteur, qui s’est offert lui-même et qui, par son sacrifice, nous a ouvert le passage vers la vie éternelle. Ses plaies ouvertes sont le chemin par lequel se déverse sur le monde le torrent de sa miséricorde. Ne nous laissons pas voler le fondement de notre espérance ! Ne privons pas le monde de la joyeuse annonce de la Résurrection ! Et ne soyons pas sourds au puissant appel à l’unité qui résonne précisément de ce lieu, à travers les paroles de Celui qui, en tant que Ressuscité, nous appelle tous ‘‘mes frères’’ (cf. Mt 28, 10 ; Jn20, 17).

Certes, nous ne pouvons nier les divisions qui existent encore entre nous, disciples de Jésus : ce lieu sacré nous en fait ressentir le drame avec une souffrance plus grande. Et pourtant, à cinquante ans de l’accolade de ces deux vénérables Pères, nous reconnaissons avec gratitude et un étonnement renouvelé comment il a été possible, par l’impulsion de l’Esprit Saint, d’accomplir des pas vraiment importants vers l’unité. Nous sommes conscients qu’il reste encore du chemin à parcourir pour aboutir à cette plénitude de communion qui puisse s’exprimer aussi dans le partage de la même Table eucharistique, que nous désirons ardemment ; mais les divergences ne doivent pas nous effrayer et paralyser notre chemin. Nous devons croire que, comme la pierre du sépulcre a été renversée, de la même façon, pourront être levés tous les obstacles qui empêchent encore la pleine communion entre nous. Ce sera une grâce de la résurrection, que nous pouvons dès aujourd’hui savourer à l’avance. Chaque fois que nous demandons pardon les uns aux autres, pour les péchés commis contre d’autres chrétiens et chaque fois que nous avons le courage de concéder et de recevoir ce pardon, nous faisons l’expérience de la résurrection ! Chaque fois que, ayant dépassé les anciens préjugés, nous avons le courage de promouvoir de nouvelles relations fraternelles, nous confessons que le Christ est vraiment ressuscité ! Chaque fois que nous pensons l’avenir de l’Église à partir de sa vocation à l’unité, brille la lumière du matin de Pâques ! A ce propos, je désire renouveler le vœu déjà exprimé par mes prédécesseurs, de maintenir un dialogue avec tous les frères en Christ pour trouver une 0forme d’exercice du ministère propre de l’Évêque de Rome qui, en conformité avec sa mission, s’ouvre à une situation nouvelle et puisse être, dans le contexte actuel, un service d’amour et de communion reconnu par tous (cf. JEAN-PAUL II, Enc. Ut unum sint, 95-96).

Tandis que nous nous trouvons comme des pèlerins en ces saints Lieux, notre souvenir priant va à toute la région du Moyen Orient, malheureusement si souvent marquée par des violences et des conflits. Et nous n’oublions pas, dans nos prières, tant d’autres hommes et femmes qui, en diverses parties de la planète, souffrent à cause de la guerre, de la pauvreté, de la faim ; comme les nombreux chrétiens persécutés pour leur foi dans le Seigneur Ressuscité. Quand des chrétiens de diverses confessions se trouvent à souffrir ensemble, les uns à côté des autres, et à s’entraider les uns les autres avec une charité fraternelle, se réalise un œcuménisme de la souffrance, se réalise l’œcuménisme du sang, qui possède une particulière efficacité non seulement pour les contextes dans lesquels il a lieu, mais aussi, en vertu de la communion des saints, pour toute l’Église. Ceux qui par haine de la foi persécutent les chrétiens pour les tuer je ne leur demande pas s’ils sont orthodoxes ou catholiques. Le sang des chrétiens est le même.

Sainteté, Frère bien-aimé, vous tous très chers frères, mettons de côté les hésitations que nous avons héritées du passé et ouvrons notre cœur à l’action de l’Esprit Saint, l’Esprit de l’Amour (cf. Rm 5, 5) et de la Vérité (cf. Jn 16, 13), pour cheminer ensemble, d’un pas allègre, vers le jour béni de notre pleine communion retrouvée. Sur ce chemin, nous nous sentons soutenus par la prière que Jésus lui-même, en cette Ville, la veille de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, a élevée vers son Père pour ses disciples, et que nous ne nous lassons pas de faire nôtre avec humilité : « Qu’ils soient un… pour que le monde croie » (Jn 17, 21).

Posté le 25 mai 2014 à 19h56 par Michel Janva | Lien permanent

Déclaration commune du pape François et du patriarche Bartholomée

Publiée aujourd'hui :

71. Comme nos vénérables prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Patriarche Œcuménique Athénagoras, qui se sont rencontrés ici à Jérusalem, il y a cinquante ans, nous aussi, le Pape François et le Patriarche Œcuménique Bartholomée, nous étions déterminés à nous rencontrer en Terre Sainte «où notre commun Rédempteur, le Christ Notre-Seigneur, a vécu, a enseigné, est mort, est ressuscité et monté au ciel, d’où il a envoyé le Saint Esprit sur l’Église naissante» (Communiqué commun du Pape Paul VI et du Patriarche Athénagoras, publié après leur rencontre du 6 janvier 1964). Notre nouvelle rencontre, entre les Évêques des Églises de Rome et de Constantinople, fondées respectivement par les deux Frères, les Apôtres Pierre et André, est pour nous source d’une profonde joie spirituelle. Elle offre une occasion providentielle pour réfléchir sur la profondeur et sur l’authenticité des liens existant entre nous, qui sont les fruits d’un parcours rempli de grâce au long duquel le Seigneur nous a conduits, depuis ce jour béni d’il y a cinquante ans.

2. Notre rencontre fraternelle, aujourd’hui, est une nouvelle et nécessaire étape sur la route de l’unité à laquelle seul l’Esprit Saint peut nous conduire, celle de la communion dans une légitime diversité. Nous nous rappelons, avec une profonde gratitude, les étapes que le Seigneur nous a déjà rendus capables d’entreprendre. L’accolade échangée entre le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras, ici, à Jérusalem, après tant de siècles de silence, a préparé le chemin pour un geste important, le retrait de la mémoire et du sein de l’Église des actes d’excommunication mutuelle en 1054. Ce geste a été suivi par un échange de visites entre les Sièges respectifs de Rome et de Constantinople, par une correspondance régulière et, plus tard, par la décision, annoncée par le Pape Jean-Paul II et le Patriarche Dimitrios, tous deux d’heureuse mémoire, d’initier un dialogue théologique en vérité entre Catholiques et Orthodoxes. Tout au long de ces années, Dieu, source de toute paix et de tout amour, nous a enseignés à nous regarder les uns les autres comme membres de la même Famille chrétienne, sous un seul Seigneur et Sauveur, Jésus Christ, et à nous aimer les uns les autres, de sorte que nous puissions professer notre foi au même Évangile du Christ, tel qu’il fut reçu par les Apôtres, exprimé et transmis à nous par les Conciles Œcuméniques ainsi que par les Pères de l’Église. Tandis que nous sommes conscients de ne pas avoir atteint l’objectif de la pleine communion, aujourd’hui, nous confirmons notre engagement à continuer de marcher ensemble vers l’unité pour laquelle le Christ notre Seigneur a prié le Père « afin que tous soient un » (Jn 17, 21).

3. Bien conscients que l’unité est manifestée dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain, nous attendons avec impatience ce jour où, finalement, nous partagerons ensemble le Banquet eucharistique. Comme chrétiens, nous sommes appelés à nous préparer à recevoir ce don de la Communion eucharistique, selon l’enseignement de Saint Irénée de Lyon (Contre les Hérésies, IV, 18, 5, PG 7, 1028), par la confession de la même foi, une prière persévérante, une conversion intérieure, une vie renouvelée et un dialogue fraternel. En atteignant ce but espéré, nous manifesterons au monde l’amour de Dieu par lequel nous sommes reconnus comme de vrais disciples de Jésus Christ (cf. Jn 13, 35).

4. À cette fin, le dialogue théologique entrepris par la Commission Mixte Internationale offre une contribution fondamentale à la recherche pour la pleine communion entre Catholiques et Orthodoxes. Aux temps successifs des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, et du Patriarche Dimitrios, les progrès de nos rencontres théologiques ont été substantiels. Aujourd’hui, nous exprimons notre sincère appréciation pour les acquis, tout comme pour les efforts en cours. Ceux-ci ne sont pas un pur exercice théorique, mais un exercice dans la vérité et dans l’amour qui exige une connaissance toujours plus profonde des traditions de l’autre pour les comprendre et pour apprendre à partir d’elles. Ainsi, nous affirmons une fois encore que le dialogue théologique ne recherche pas le plus petit dénominateur commun sur lequel aboutir à un compromis, mais qu’il est plutôt destiné à approfondir la compréhension de la vérité tout entière que le Christ a donnée à son Église, une vérité que nous ne cessons jamais de mieux comprendre lorsque nous suivons les impulsions de l’Esprit Saint. Par conséquent, nous affirmons ensemble que notre fidélité au Seigneur exige une rencontre fraternelle et un dialogue vrai. Une telle quête ne nous éloigne pas de la vérité ; tout au contraire, à travers un échange de dons, sous la conduite de l’Esprit Saint, elle nous mènera à la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13).

5. Cependant, même en faisant ensemble cette route vers la pleine communion, nous avons maintenant le devoir d’offrir le témoignage commun de l’amour de Dieu envers tous, en travaillant ensemble au service de l’humanité, spécialement en défendant la dignité de la personne humaine à toutes les étapes de la vie et la sainteté de la famille basée sur le mariage, en promouvant la paix et le bien commun, et en répondant à la souffrance qui continue d’affliger notre monde. Nous reconnaissons que la faim, la pauvreté, l’analphabétisme, l’inéquitable distribution des ressources doivent constamment être affrontés. C’est notre devoir de chercher à construire une société juste et humaine dans laquelle personne ne se sente exclu ou marginalisé.

6. C’est notre profonde conviction que l’avenir de la famille humaine dépend aussi de la façon dont nous sauvegardons – à la fois prudemment et avec compassion, avec justice et équité – le don de la création que notre Créateur nous a confié. Par conséquent, nous regrettons le mauvais traitement abusif de notre planète, qui est un péché aux yeux de Dieu. Nous réaffirmons notre responsabilité et notre obligation d’encourager un sens de l’humilité et de la modération, de sorte que tous sentent la nécessité de respecter la création et de la sauvegarder avec soin. Ensemble, nous réaffirmons notre engagement à sensibiliser au sujet de la gestion de la création ; nous appelons tous les hommes de bonne volonté à considérer les manières de vivre plus sobrement, avec moins de gaspillage, manifestant moins d’avidité et plus de générosité pour la protection du monde de Dieu et pour le bénéfice de son Peuple.

7. De même, il y a une nécessité urgente pour une coopération effective et engagée des chrétiens en vue de sauvegarder partout le droit d’exprimer publiquement sa foi, et d’être traité équitablement lorsqu’on promeut ce que le Christianisme continue d’offrir à la société et à la culture contemporaines. À ce propos, nous invitons tous les chrétiens à promouvoir un authentique dialogue avec le Judaïsme, l’Islam et d’autres traditions religieuses. L’indifférence et l’ignorance mutuelles ne peuvent que conduire à la méfiance, voire, malheureusement, au conflit.

8. De cette sainte ville de Jérusalem, nous exprimons nos profondes préoccupations partagées pour la situation des chrétiens au Moyen Orient et pour leur droit de rester des citoyens à part entière de leurs patries. Avec confiance, nous nous tournons vers le Dieu tout-puissant et miséricordieux, dans une prière pour la paix en Terre Sainte et au Moyen Orient en général. Nous prions spécialement pour les Églises en Égypte, en Syrie et en Irak, qui ont souffert le plus douloureusement en raison des récents événements. Nous encourageons toutes les parties, indépendamment de leurs convictions religieuses, à continuer d’œuvrer pour la réconciliation et pour la juste reconnaissance des droits des peuples. Nous sommes persuadés que ce ne sont pas les armes, mais le dialogue, le pardon et la réconciliation qui sont les seuls moyens possibles pour obtenir la paix.

9. Dans un contexte historique marqué par la violence, l’indifférence et l’égoïsme, beaucoup d’hommes et de femmes sentent aujourd’hui qu’ils ont perdu leurs repères. C’est précisément à travers notre témoignage commun de la bonne nouvelle de l’Évangile que nous pouvons être capables d’aider nos contemporains à redécouvrir la voie qui conduit à la vérité, à la justice et à la paix. Unis dans nos intentions, et nous rappelant l’exemple, il y a cinquante ans, du Pape Paul VI et du Patriarche Athénagoras, nous lançons un appel à tous les chrétiens, ainsi qu’aux croyants de toutes les traditions religieuses et à tous les hommes de bonne volonté, à reconnaître l’urgence de l’heure qui nous oblige à chercher la réconciliation et l’unité de la famille humaine, tout en respectant pleinement les différences légitimes, pour le bien de toute l’humanité et des générations futures.

10. En entreprenant ce pèlerinage commun à l’endroit où notre unique et même Seigneur Jésus Christ a été crucifié, a été enseveli et est ressuscité, nous recommandons humblement à l’intercession de la Très Sainte et toujours Vierge Marie nos futurs pas sur le chemin vers la plénitude de l’unité, en confiant l’entière famille humaine à l’amour infini de Dieu.

« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 25-26)

Posté le 25 mai 2014 à 19h17 par Michel Janva | Lien permanent

07 avril 2014

Le diocèse de Bayonne en pointe du dialogue avec les orthodoxes

Le dialogue oecuménique ne plaît pas à tout le monde. Mais d'habitude, cela plaît à La Croix. Allez comprendre pourquoi, cette fois-ci, le quotidien a émis des doutes sur l'intérêt et l'opportunité du voyage de Mgr Marc Aillet en Russie. Il y a des conversations qui sont légitimes. D'autres non. Extrait de La Semaine du Pays Basque (via) :

"C’est sur l’initiative de Guillaume d’Alançon, délégué épiscopal à la pastorale de la famille et de la vie et à l’Académie Diocésaine pour la Vie, qu’une délégation présidée par l’évêque de Bayonne Mgr Aillet et composée de responsables laïcs œuvrant dans ce sens s’est rendue au siège du Patriarcat de l’Eglise orthodoxe russe à l’invitation de son Département des relations extérieures. [...]

Organisé par l’higoumène Philippe Riabych, représentant de l’Eglise orthodoxe russe auprès du Conseil de l’Europe, ce voyage avait débuté lundi par une rencontre à l’ambassade du Saint-Siège en Russie avec le nonce apostolique Mgr Yurkovich, accompagné de Mgr Pezzi, Archevêque Métropolitain (catholique) de Moscou. L’occasion de ressentir les bonnes relations nouées désormais entre les deux églises, impression confirmée lors d’une table ronde, le lendemain, avec des religieux russes, dont l’archiprêtre Dimitri Smirnov, membre de la Commission patriarcale aux affaires de la famille et de la défense de la maternité, coprésident du Conseil d’éthique biomédicale du Patriarcat de Moscou, qui a clairement affirmé une « volonté de coopération avec l’Eglise Catholique ».

Les échanges se sont orientés vers les problèmes de la formation au mariage pour les jeunes en Russie, en particulier « le mariage religieux, en augmentation en Russie, ces dernières années ». A une question de Mgr Aillet sur la nécessité d’évangéliser les jeunes, le Père Smirnov a évoqué l’importante mobilisation des chrétiens russes sur Internet et à la télé s’ajoutant aux réunions familiales animées par des prêtres et aux “clubs de famille“. Le problème du remariage des divorcés a été abordé sous l’angle de « l’indulgence de l’église orthodoxe dans la vie pratique afin d’adoucir les blessures que l’être humain se fait lui-même », mais à l’opposé d’un quelconque “encouragement“.

Ce mercredi 2 avril, la délégation a été reçue par Mgr Hilarion de Volokolamsk, chef du département des relations extérieures du Patriarcat qui a fait part de son inquiétude devant la déliquescence des valeurs familiales traditionnelles en Europe, et particulièrement en France avec la loi sur “le mariage pour tous“. Il a également souligné son indignation à propos des persécutions des Chrétiens dans le monde dont le dernier épisode tragique du massacre par les rebelles islamistes des villages arméniens de Kessab en Syrie est ignoré par la plupart des media. Au nom des délégués français dont il a présenté les activités, l’évêque de Bayonne a remercié le métropolite Hilarion pour son accueil chaleureux. Ce jeudi matin, nos délégués ont participé à une réunion de l’instance interreligieuse groupant chrétiens, musulmans et bouddhistes où à été réaffirmée une volonté unanime de défendre les valeurs traditionnelles de la famille au sein d’une société civile de plus en plus sensibilisée à ce défi de notre temps !"

Posté le 7 avril 2014 à 17h03 par Michel Janva | Lien permanent

03 avril 2014

Mgr Aillet : l’Église orthodoxe est très intéressée par ce qui se passe dans l’Église catholique

Mgr Marc Aillet effectue avec une petite délégation, parmi lesquels Gregor Puppinck, directeur de l'European Centre for law and Justice (ECLJ), Thierry de la Villejégu, directeur de la Fondation Lejeune, Guillaume d'Alançon, délégué épiscopal famille et vie et délégué général de l'académie pour la vie du diocèse de Bayonne, et Aymeric Pourbaix, un voyage d’études de cinq jours en Russie, à l’invitation du Patriarcat de Moscou. Il répond à Famille chrétienne :

WP_20140402_002"La promotion de la famille et l’accueil de la vie humaine sont au cœur des préoccupations de l’Église catholique, notamment dans la perspective du prochain Synode. Dans ce cadre, il m’a semblé intéressant d’observer ce qui se passe actuellement dans l’Église orthodoxe et en Russie plus généralement. Récemment ces questions familiales ont pris une importance considérable dans le débat public. Le communisme a détruit la famille, l’avortement était devenu endémique (deux avortements pour une naissance). Cela a entraîné une prise de conscience et des mesures actuelles qui ont permis de réduire ce chiffre de moitié.

Quels enseignements tirez-vous de ce voyage ?

WP_20140401_049D’abord qu’il y a un incontestable réveil religieux dans ce pays, depuis une quinzaine d’années. Nous avons participé à la Divine liturgie à la cathédrale Saint-Sauveur de Moscou, détruite sous Staline et reconstruite en 2000 par le gouvernement russe. Le nombre de fidèles, dont beaucoup de jeunes, pendant les trois heures d’office, en pleine semaine, est un signe incontestable de ce réveil. De notre côté, nous avons eu le sentiment que nos différents interlocuteurs au sein de l’Église orthodoxe ont été très intéressés par ce qui se passe dans l’Église catholique, notamment tout ce qui concerne la pastorale de la famille. Je pense notamment à la préparation au mariage, à la défense de la famille composée d’un homme et d’une femme, aux actions en faveur du respect de la vie… Chez eux, on sent que ce ne sont que des balbutiements, même si nous avons été impressionnés par la rencontre avec la Commission Famille du patriarcat, composée d’un prêtre et de laïcs très engagés dans l’action pastorale et publique. Avec notamment une forte implication dans la préparation du Congrès mondial des familles qui devrait se tenir à Moscou en septembre prochain, et qui rassemble plusieurs traditions religieuses.

[...] Notre rencontre avec le métropolite Hilarion, sorte de ministre des affaires étrangères du patriarcat, n’a pas donné lieu à un échange sur l’Ukraine et la Crimée. Nous avons évoqué plutôt le drame des chrétiens de Syrie, qui fait l’objet d’une indifférence quasi générale des médias occidentaux, avec encore récemment le drame des Arméniens chassés et tués par les islamistes. Nous avons aussi parlé de l’ultralibéralisme en Occident, qui effraie et affecte aussi beaucoup la Russie. Le métropolite s’est enfin dit sensible aux manifestations sans précédent qui ont eu lieu en France pour défendre la famille et le mariage. [...]

WP_20140401_012La politique de Vladimir Poutine est en effet très décriée en Occident. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pays en reconstruction, après soixante-dix ans de communisme : régime qui a totalement nié les droits de l’homme, sans que cela soit toujours dénoncé en Occident… Par ailleurs, la promotion de la vie est partie intégrante de la défense des droits humains et on ne peut pas l’exclure, comme l’a rappelé le pape François dans son exhortation Evangelii gaudium. En Russie, si sur ce terrain, les choses sont encore en gestation, il y a indéniablement une politique favorable au respect de la vie. En Occident, en revanche, on ne peut pas dire que nous soyons en progrès sur cette question. Car comme le souligne le pape, « ce n’est jamais un progrès que de résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine » (EG 214). Notre voyage n’avait pas pour but de créer une quelconque alliance des moralismes, mais il nous a permis de constater que le respect des droits humains n’est pas qu’une question de morale individuelle, mais aussi de justice sociale."

Posté le 3 avril 2014 à 13h46 par Michel Janva | Lien permanent

23 février 2014

Kiev : les prêtres en première ligne sur la place Maidan

Des photos à découvrir ici.

UKRAINE-UNREST-EU-RUSSIA-POLITICS

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Sur le blog de L'Homme Nouveau, Xavier Moreau, géo-politicien, spécialiste de la Russie et collaborateur du site Realpolitik.tv, indique pourquoi ce qui s'est passé en Ukraine ne se passse pas en France (outre le fait que nos prélats ne s'exposent pas comme en Ukraine...), car la police y a été plus laxiste qu'en France, contrairement à ce que racontent nos médias :

  • Si nous dépassons la zone ou l’horaire qui nous sont attribués pour notre défilé, la police nous dispersera. En France, ce sera plus brutalement qu’à Maïdan la première nuit.
  • Si quelques milliers de manifestants se barricadent sur la place des Invalides, la police donnera l’assaut immédiatement, jettera les manifestant en prison et condamnera lourdement les meneurs. En France, il est inconcevable, contrairement à l’Ukraine, que les policiers français se fassent incendier par des « cocktails molotov » sans réagir, même si les manifestants sont soutenus par des capitales étrangères.
  • Le gouvernement français n’autorisera jamais des bandes armées à occuper une place de la capitale parisienne et à la transformer en camp retranché."

Posté le 23 février 2014 à 11h49 par Michel Janva | Lien permanent

28 janvier 2014

La Banque de Moscou passe un accord avec l'Eglise orthodoxe pour la construction d'églises

En partenariat avec l'Eglise orthodoxe russe, la Banque de Moscou a sorti à la mi-janvier une carte de crédit qui à chaque paiement prélève une commission destinée à la construction/rénovation d'églises et de monastères orthodoxes à travers la Russie. Selon le Patriarche :

"Celui qui construit une église entre dans l'Histoire, et pas seulement celle de l'Humanité. Son nom sera à jamais inscrit dans le grand livre de la Vie."

Une publicité est affichée depuis quelques jours à l'entrée de tous les églises et monastères de Moscou.

Posté le 28 janvier 2014 à 08h22 par Michel Janva | Lien permanent

24 janvier 2014

Une des photos du jour

Ukren Ukraine, prêtres entre forces de l'ordre et manifestants.

Posté le 24 janvier 2014 à 22h30 par Lahire | Lien permanent | Commentaires (11)

07 janvier 2014

Nouvelle église orthodoxe russe à Paris

Lu dans Présent :

"La construction à Paris d’une nouvelle église orthodoxe russe, récemment autorisée par la France, doit débuter en juin, a annoncé dimanche le chef de l’Intendance du Kremlin, Vladimir Kojine. Prévu sur un terrain de 4 000 mètres carrés jouxtant le palais de l’Alma, ce centre sera composé, outre l’église, d’une école russo-française pouvant accueillir 150 élèves, d’une salle d’exposition et de bureaux pour l’administration."

Posté le 7 janvier 2014 à 13h33 par Michel Janva | Lien permanent

03 janvier 2014

Les voeux du patriarche orthodoxe aux autres chrétiens

Le patriarche orthodoxe Kirill de Moscou et de Toute la Russie, a adressé ses vœux de Noël aux chefs des Églises et communautés chrétiennes non orthodoxes, qui fêtent Noël selon le calendrier grégorien : au pape François, à l’archevêque Justin Welby, chef de la Communion anglicane, à l’archevêque Kari Mäkinen, chef de l’Église évangélique luthérienne en Finlande, à Nikolaus Schneider, président du Conseil des Églises évangéliques en Allemagne :

"Je vous salue cordialement à l’occasion de la grande fête de la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ.

La venue du Sauveur dans le monde a ouvert une ère nouvelle dans notre histoire, après qu’il ait révélé l’ineffable miséricorde de Dieu : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. » (Mt 4,16).

En plus des tribulations politiques et économiques que l’humanité vit depuis des siècles, la société moderne souffre d’une crise morale profonde. Voilà pourquoi l’Église doit élever la voix et appeler les personnes à suivre le Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

Dans la prière, je vous souhaite un Noël rayonnant de joie et l’aide de Dieu dans votre éminent ministère. J’invoque la paix et la prospérité pour votre troupeau.

Avec amour dans le Seigneur"

Posté le 3 janvier 2014 à 10h12 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (2)

14 novembre 2013

L'Église orthodoxe russe est prête à une rencontre entre le pape et le patriarche Kirill

Lu ici :

"Au lendemain d’une audience avec le pape François, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, directeur du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a confié mercredi 13 novembre que l’Église orthodoxe russe est prête à travailler à une rencontre entre le pape et le patriarche orthodoxe russe Kirill.

« Nous ne sommes pas encore prêts à dire quand et où aura lieu cette rencontre mais nous sommes prêts à préparer et à travailler à cette rencontre », a-t-il déclaré à l’agence italienne Ansa, insistant sur le travail principal portant sur "le contenu". [...]

La rencontre entre François et Hilarion a eu lieu treize jours avant celle, prévue le 25 novembre, du président russe Vladimir Poutine au pape, dans le cadre de sa visite en Italie."

Le patriarche de Moscou a de son côté évoqué l’interdiction des symboles chrétiens ou l’utilisation du mot «Noël», le fait que des chrétiens ne pouvaient travailler avec une croix autour du cou « prétendument parce que cela viole les non-croyants et des personnes d’autres religions » :

"Aujourd’hui, la question de la préservation de l’Europe chrétienne, le maintien des sources de la civilisation chrétienne est notre objectif commun. Jamais nos deux Églises n’ont eu autant de raisons de travailler ensemble. »

Posté le 14 novembre 2013 à 07h58 par Michel Janva | Lien permanent

13 novembre 2013

Echanges entre le patriarcat orthodoxe de Moscou et le Saint-Siège

Hier, le pape François a reçu en audience le métropolite Hilarion, responsable des relations extérieures du patriarcat de Moscou. Ce même jour, le cardinal Scola, archevêque de Milan, rencontrait à Moscou le patriarche Kirill dans le cadre des commémorations du dix-septième centenaire de l’Edit de Milan de l’empereur romain Constantin.

Toujours mardi, un concert est organisé à Rome par la Fondation Urbi et Orbi, fondation rassemblant catholiques et orthodoxes qui travaillent ensemble dans le domaine de la culture. Le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical pour la Culture, était à Moscou où il a rencontré le patriarche Kirill à l’occasion d’un symposium sur le thème de « la responsabilité sociale corporative dans la sphère de l’enseignement ».

"Et l’important, c’est qu’entre les fidèles orthodoxes et les fidèles catholiques, nous n’avons pas de contentieux fondamental au plan théologique. Nous partageons la même foi qui s’enracine dans la même parole de Dieu, qui est donc irriguée par la Sainte Liturgie. Nous allons dans notre vie quotidienne, dans le « gouvernement » pour prendre ce terme, cheminer de façon différente et voir comment il y a comme de part et d’autre un rapprochement dans nos manières différentes de cheminer. Du côté du monde orthodoxe, il y a maintenant la reconnaissance de l’évêque de Rome comme le « primus inter pares », le premier parmi les pairs. Certains avaient oublié que le Pape François s’est présenté au moment même de son élection. Les cardinaux élisent l’évêque de Rome. Et l’évêque de Rome hérite du ministère de Pierre. Donc, le point sur lequel nous avons à nous rapprocher, c’est ce fait de la manière de vivre ce ministère. Pour les Églises orthodoxes, il y a la grande importance de ce que nous appelons « la collégialité », le saint-synode. Nous sommes tout au début du pontificat du Pape François mais dans sa manière de gouverner, il a déjà posé des jalons très significatifs en ce sens, en instituant cette commission des cardinaux et toutes les dernières dispositions sur la manière de potentialiser le synode des évêques qui avait été créé par le Pape Paul VI."

Posté le 13 novembre 2013 à 10h03 par Michel Janva | Lien permanent

12 novembre 2013

Chypre, pillée par les envahisseurs turcs en 1974, recouvre quelques icônes

Les biens spoliés sont restitués par l'Allemagne : 

"Chypre a reçu d'Allemagne des dizaines de fresques, mosaïques et icônes qui avaient été volées dans les églises après l'invasion turque du nord de l'île méditerranéenne en 1974, a annoncé aujourd'hui le gouvernement.

Ces 173 pièces de l'époque byzantine et post-byzantine - le "plus grand nombre d'objets culturels jamais rapatriés" à Chypre selon un communiqué du gouvernement - étaient exposées aujourd'hui au musée byzantin de Nicosie. 

Elles portaient encore les traces de dommages subis lorsqu'elles ont été arrachées à une cinquantaine d'églises grecques-orthodoxes et maronites".

Posté le 12 novembre 2013 à 17h55 par Lahire | Lien permanent | Commentaires (3)

29 septembre 2013

Cardinal Raï : "Le printemps arabe s’est transformé en massacres et destructions"

Le Conseil des patriarches catholiques d’Orient s'est rassemblé vendredi dans le but de préparer un memorandum qui sera remis au pape François lors de l’entretien qu’il leur accordera en novembre prochain conjointement aux représentants de l'Eglise orthodoxe. Participaient :

  • le patriarche maronite le cardinal Béchara Raï,
  • le patriarche grec-catholique Grégoire III Lahham,
  • le patriarche des chaldéens, Mgr Louis Raphaël Sako,
  • le patriarche des syriaques-catholiques, Mgr Aghnatios Youssef Younane,
  • le patriarche des arméniens-catholiques, Nercès Bedros IXX,
  • les évêques Boulos Sayyah, Hanna Alouane, Roland Aboujadoudé, Michel Kassarji et Chlimon Wardouni,
  • le secrétaire général de ce Conseil, l’abbé Khalil Alouane.

CbbLe cardinal  Bechara Boutros Raï, Patriarche d’Antioche des Maronites, qui accueillait cette réunion, a pris la parole

"Le cardinal Raï a rappelé l’Exhortation apostolique remise par le pape aux patriarches d’Orient, à la suite du synode consacré au Moyen-Orient. « Cette exhortation a été adoptée dans une intuition divine, car nous nous souvenons tous comment la fin de ce synode a coïncidé avec le début du printemps arabe, a déclaré Mgr Raï. Malheureusement, ce printemps s’est transformé en hiver, en fer et en feu, en tueries et en destructions, alors que les peuples aspiraient à une vie nouvelle et à des réformes dans l’univers de la globalisation. »

Mgr Raï a encore affirmé qu’aujourd’hui plus que jamais, « cette région a besoin de l’Évangile de Jésus, celui de la paix, de la vérité, de la fraternité et de la justice, car si le monde perd cet Évangile, il connaîtra une situation de destruction, comme celle que nous vivons aujourd’hui ». Le patriarche Raï a ajouté que « nous portons tous dans nos cœurs l’Irak, la Syrie, l’Égypte et le Liban ». « Nous nous unissons, et c’est main dans la main que nous préparons notre rencontre avec le pape François qui aura lieu en novembre et à laquelle se joindront les représentants de l’Église orthodoxe, a indiqué Mgr Raï. Nous réitérons aujourd’hui notre foi dans cette région et dans la coexistence de tous ses fils. »

De son côté, le patriarche Sako a remercié le cardinal Raï pour son discours tout en appelant à une action commune chrétienne pour préserver la présence chrétienne dans cette région. Il a ajouté que face à ce qui se passe, « les condamnations et les protestations ne suffisent plus ». « Il faut faire en sorte que les chrétiens puissent rester sur cette terre dont ils sont originaires, a-t-il déclaré. Il faut agir vite, car le volcan risque d’entraîner tout dans son éruption. » Le patriarche Sako a encore réclamé la formation d’une équipe qui serait chargée du dialogue avec les parties musulmanes, sunnites et chiites, et avec les parties politiques, insistant sur le fait que « le sauvetage viendra de l’intérieur non de l’étranger ». Il a appelé aussi les chrétiens à ne pas songer à l’exode, mais au contraire à construire les ponts, grâce à leur ouverture et à leur esprit de dialogue".

Posté le 29 septembre 2013 à 22h59 par Lahire | Lien permanent | Commentaires (5)

04 août 2013

Turquie : un office pour tenter de sauver leur église

Lu ici :

"Vingt-cinq Russes blancs orthodoxes ont célébré vendredi pour la première fois en quarante ans une liturgie divine dans leur église dont ils craignent qu'elle ne soit démolie pour faire place à un projet touristique.

Un choeur a psalmodié des hymnes et des femmes portant des foulards se sont inclinées dans l'église Saint-Elie, construite à la fin du XIXe siècle, à l'occasion du jour de la saint-Elie dans le calendrier julien.

La petite communauté de Russes blancs d'Istanbul, dont les familles ont fui les Bolcheviks dans les années 1920, craint que l'église Saint-Elie et deux autres églises affiliées ne fassent les frais du boom du secteur du bâtiment que connaît la plus grande ville de Turquie.

L'église Saint-Elie est menacée car elle est restée longtemps désaffectée et ne figure pas sur la liste des sites protégés de la ville. La liturgie de vendredi visait à sanctifier de nouveau les lieux, car ainsi, il sera beaucoup plus difficile pour les autorités de faire démolir l'édifice".

Posté le 4 août 2013 à 11h52 par Lahire | Lien permanent | Commentaires (1)

25 juillet 2013

L’archevêché orthodoxe de Crète offre des terrains agricoles aux chômeurs

Lu ici :

"L’archevêque de Crète Irénée a déclaré que l’Église propose d’offrir des terrains agricoles aux chômeurs, afin de les aider pendant cette accablante crise économique. En s’adressant à l’agence d’informations Dogma, l’archevêque a mentionné qu’il « voulait montrer l’amour de l’Église aux gens qui ont besoin de nourriture », soulignant que « l’Église observerait toutes les procédures prévues par la loi ». Dans une première phase, cette action n’est entreprise que par l’archevêché d’Héraklion, et non par les autres diocèses de l’île. L’archevêque a précisé « qu’il sera vérifié d’abord que les gens ayant marqué leur intérêt éprouvent de réels besoins et ne sont pas guidés par des intentions prédatrices »."

Posté le 25 juillet 2013 à 09h54 par Michel Janva | Lien permanent

22 juin 2013

La Bulgarie connaît aussi de grandes manifestations

Et l'Eglise orthodoxe intervient aujourd'hui : 

"Dans un contexte de tensions croissantes dans la société, de mécontentement populaire et continu pendant plusieurs jours, de manifestations massives dans la capitale et les grandes villes, l'Église orthodoxe bulgare ne peut rester indifférente à ce qui se passe dans le pays. Elle a ses fidèles et ses enfants tant parmi les manifestants, que parmi ceux qui sont visés par l'indignation du public, et elle suit avec une préoccupation croissante et inquiétude les atteintes à la paix, l'ordre et la justice dans la société » est-il dit dans le communiqué du Saint-Synode. « La liberté est la plus grande bénédiction de l’être humain, mais sans morale pour lui donner appui, elle conduit à la dégradation et à la ruine, tant de l’individu que de la société… Lorsque les citoyens et les détenteurs du pouvoir, dans leurs décisions et leurs actes ne sont pas guidés par l’amour de l’autre, mais par la haine, la vengeance, les intérêts personnels, les ambitions et l’orgueil, nous ne pouvons espérer voir des jours meilleurs » est-il encore souligné dans le communiqué".

Toute ressemblance avec les dérives du pouvoir en France n'est pas fortuite.

Posté le 22 juin 2013 à 22h35 par Lahire | Lien permanent | Commentaires (1)

07 juin 2013

Eglise orthodoxe à Paris : plainte contre le ministre de la culture

Manuel Yanowsky, l'architecte choisi pour construire la grande église orthodoxe russe quai Branly, à Paris, estimant avoir été injustement écarté de ce projet prestigieux pour des raisons politiques, alors qu'il avait gagné en mars 2011 un concours officiel, a décidé de porter plainte contre Aurélie Filippetti pour "abus d'autorité publique". Me Louis Fauquet, l'avocat de l'architecte, explique :

"Elle a donné des instructions aux Architectes des bâtiments de France (ABF) et à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France pour qu'ils rendent des avis négatifs sur la demande de permis de construire".

A l'appui de ses accusations contre Aurélie Filippetti, l'avocat a joint à sa plainte l'enregistrement clandestin d'une réunion de travail tenue le 16 octobre 2012 à l'ambassade de Russie. Alexandre Orlov, l'ambassadeur, y déclare notamment :

"Nous avons parlé avec les personnes concernées qui nous ont avoué avoir reçu des instructions de faire un avis défavorable".

Selon Me Fauquet,

"Aurélie Filippetti a surtout voulu faire plaisir à son ami Bertrand Delanoë, opposé depuis le début au projet de Manuel Yanowsky".

Le maire de Paris n'a jamais caché son hostilité à l'encontre de cette église, élément central d'un grand centre spirituel et culturel orthodoxe édifié à la place du siège de Meteo France, vendu 60 millions d'euros à la Fédération de Russie en mars 2010. Estimant que le maire a mené une campagne de déstabilisation contre lui, l'architecte assigne également Bertrand Delanoë pour "violation des obligations contractuelles découlant du concours auquel la ville de Paris avait participé", et lui réclame 10 millions d'euros.

Posté le 7 juin 2013 à 21h57 par Michel Janva | Lien permanent | Commentaires (11)

23 mai 2013

La prétention luciférienne de la démocratie moderne

Extrait d'une méditation du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartolomaios Ier, à l’occasion du 1700ème anniversaire de la publication de l’Édit de Milan, à Milan, le 15 mai 2013 :

"[...] Mais, pour l’Église, la démocratie n’est légale que lorsqu’elle exprime la participation du peuple à la nomination des chefs et des gouvernements, en respectant les droits de Dieu et les lois divines. La prétention de la nation à s’autodéterminer comme le fondement suprême des canons qui inspire et institue les lois ne peut être acceptée par l’Église ; elle est rejetée comme une prétention luciférienne qui mène l’homme à son autodestruction.

Pour l’Église, tout effort en vue d’acquérir la liberté doit s’adresser d’abord à l’homme intérieur pour être ensuite étendu aux autres. Pour l’Église orthodoxe, l’homme a l’entière responsabilité de lutter pour la réalisation de l’aspect positif de la liberté dans sa propre personne, de devenir chaque jour authentiquement libre, se reniant lui-même et rejetant sa tendance au péché.

Tous les mouvements humains qui ont tenté d’atteindre la liberté hors de Dieu, sans le Christ, non seulement ont fini par échouer mais ont eu aussi des conséquences catastrophiques pour l’humanité.

Il ne faut pas oublier que, à la Révolution française de 1789, avec ses déclarations progressistes, ont suivi les massacres des années 1792-1794 et les millions de morts des guerres napoléoniennes. Il ne faut pas oublier que, à la Révolution d’Octobre en Russie, ont suivi les millions de victimes des persécutions staliniennes et des terribles camps de concentration en Sibérie.

Malheureusement, il n’y a pas que le fondamentalisme et la haine religieuse qui privent l’homme de ses droits fondamentaux. Cette soif de liberté ne trouvera pas sa réalisation si l’homme européen ne se relie pas à l’héritage chrétien de Constantin le Grand, personnalité éminente et sainte qui a tracé un signe dans l’histoire du monde, comme seul un saint pouvait le faire. Lorsque les peuples d’Occident ne cherchent un fondement à la morale et au droit que dans l’homme et dans la nation, en oubliant Dieu, alors les droits de l’homme resteront de simples déclarations sur le papier.

Posté le 23 mai 2013 à 13h46 par Michel Janva | Lien permanent

22 mai 2013

Rapprochement entre l'Eglise copte orthodoxe et l'Eglise catholique ?

Sa Sainteté le Pape François et le Patriarche copte orthodoxe Tawadros II se sont récemment rencontrés à Rome. Pour Mgr Anba Kyrillos William Samaan, évêque copte-catholique d’Assioutait, c'est un tournant œcuménique entre les deux Églises :

"Oui, on pourrait vraiment l’appeler ainsi. Le Pape Tawadros a montré dès le début qu’il souhaitait se rapprocher des autres Églises. Peu après l’élection du pape François, il a insisté pour le rencontrer le 10 mai, la date du 40ème anniversaire de la rencontre entre le Pape Paul VI et le patriarche Chenouda III. Certes, il n’est pas très facile d’obtenir rapidement une audience au Vatican. Mais on s’y est efforcé d’accéder au souhait de Tawadros. Je suis donc vraiment persuadé qu’il s’agit d’un tournant. En ce qui concerne l’œcuménisme, Tawadros est tellement différent de son prédécesseur Chenouda.

Dans quelle mesure ?

D’un côté, le patriarche copte Chenouda avait voulu rendre visite en 1973 au Pape Paul VI au Vatican. Mais de l’autre, il a rapidement pris peur que l’œcuménisme puisse troubler les fidèles et qu’ils n’accorderaient plus de valeur à leur appartenance confessionnelle. C’est pourquoi il ne voulait entretenir aucune relation avec l’Église catholique locale. La question de la reconnaissance du baptême catholique pesait particulièrement sur les relations entre les deux Églises en Égypte. Des catholiques se convertissant par exemple à l’Église copte pour pouvoir se marier doivent être rebaptisés.

Vous attendez-vous ici à ce que les choses évoluent ?

Oui. Le Pape Tawadros lui-même l’a dit. Le Pape Chenouda avait exigé un rebaptême parce que selon lui, l’unité dans la foi était une condition indispensable pour la reconnaissance du baptême catholique. Il se référait ici à l’épître aux Éphésiens, où il est question d’un seul Seigneur, d’une seule foi, d’un seul baptême. La difficulté proviendra du fait que le synode copte est toujours composé de nombreux partisans de Chenouda. Mais il y a aussi des évêques qui ne suivaient que par pure obéissance et non par conviction la ligne de Chenouda en ce qui a trait au rebaptême. Je ne peux donc pas pronostiquer s’il y aura un changement de la ligne de conduite. Mais j’ai le sentiment que la cordialité du Pape et l’ouverture d’esprit des représentants de la Curie ont positivement impressionné Tawadros et ses compagnons, dont aussi des élèves de Chenouda.

Pourrait-on dire que les problèmes que les chrétiens rencontrent actuellement en Égypte ont engendré un rapprochement œcuménique ?

Oui, très certainement. Lorsque la révolution s’est déclenchée il y a deux ans, il y a eu des consultations spontanées entre nous autres catholiques, les orthodoxes et les protestants. Nous voulions nous exprimer d’une seule voix. Sur le plan institutionnel, ce rapprochement s’est traduit dans le Conseil des Églises d’Égypte.

Pensez-vous que le rapprochement œcuménique butera au plus tard sur la question relative à la primauté du Pape ?

Non, je ne pense pas. La question de la primauté du Pape a été discutée dans les débats théologiques menés entre catholiques et membres des antiques Églises orientales. Ce qui est déterminant, c’est la pratique reconnue au cours du premier millénaire, avant le schisme entre les Églises d’Orient et d’Occident. Dans sa lettre encyclique Ut unum sint de 1995, Bienheureux Jean-Paul II avait invité les patriarches orientaux à réfléchir quel pourrait être un accomplissement du ministère pétrinien qui leur semblerait acceptable.

À l’échelle internationale, l’Église catholique et le Pape sont considérés comme instance morale. Est-ce attrayant pour une Église nationale telle que l’Église copte-orthodoxe ?

Oui, ça l’est aussi. Une Église mondiale comme l’Église catholique a évidement d’autres moyens qu’une Église uniquement nationale pour attirer l’attention sur les problèmes survenant dans un pays. L’Église copte est encouragée par la manière dont l’Église catholique s’engage en sa faveur. C’est ressorti nettement lors de la visite de Tawadros."

Posté le 22 mai 2013 à 07h40 par Michel Janva | Lien permanent

21 mai 2013

Face aux LGBT, les orthodoxes ne se laissent pas faire

Lu sur Orthodoxie :

"En Géorgie, le primat de l’Église orthodoxe avait demandé aux autorités  de prendre en compte les vues de la majorité de leurs concitoyens et d'annuler le défilé des homosexuels à Tbilissi. Or, la municipalité avait une autre opinion et a décidé, avec le ministère de l’Intérieur, de laisser se dérouler de façon régulière ladite manifestation. Toutefois, 10.000 chrétiens orthodoxes se sont rassemblés le 17 mai à Tbilissi, sur le lieu de la manifestation, afin de l’empêcher, et ont réussi à franchir le cordon de police protégeant les participants à la « gay parade », quelques dizaines de personnes selon la presse. La police et les unités anti-émeutes ont réussi à exfiltrer ces derniers et les transporter en lieu sûr.

En Moldavie, le métropolite Vladimir a écrit une lettre au maire de Chișinău, datée du 14 mai, spécifiant que "Le diocèse métropolitain de Chisinau et de toute la Moldavie maintient le point de vue selon lequel ce genre d’initiative constitue une provocation, venant en contradiction avec la morale et les bonnes mœurs." Il a aussi observé: " En outre, le 15 mai sera célébré le Jour de la famille, une fête avec un fort contenu symbolique, qui marquera la semaine qui vient par des événements présentant une large thématique, de telle façon que la « gay parade » ne trouve pas de place dans un tel environnement, au moins du point de vue d’un élémentaire bon sens. Au surplus, le 19 mai, l’Église orthodoxe de Moldavie honorera les femmes myrophores, événement qui, comme nous le considérons, occupe une priorité morale et spirituelle indiscutable et ne saurait être profané par les actions d’un groupe minoritaire (infime, nous dit-on) et dont la vision et les doléances sont fort loin de la morale chrétienne." Il a aussi rappelé, tout en demandant l'annulation de la "gay parade": "Le diocèse métropolitain de Chișinău et de toute la Moldavie a exclu dès le début de promouvoir un message d’incitation à la haine ainsi que le soutien à certains groupes ou initiatives extrémistes, et croit fermement dans la suprématie de la loi et de la dignité humaine." Le défilé a été maintenu. Il a rassemblé, le 19 mai, selon la presse environ 100 personnes (photographies) au sein desquelles se trouvait l'ambassadeur des Etats-Unis en Moldavie, William Moser, l'émissaire de l'Union européenne, Dirck Schuebel, et le commissaire européen à l'Elargissement de l'Union européenne, Stefan Füle. Par ailleurs, après la liturgie dominicale dans la cathédrale, plusieurs centaines de croyants se sont rassemblés sur la place de l'édifice pour y prier et affirmer leur défense des valeurs traditionnelles."

Posté le 21 mai 2013 à 11h06 par Michel Janva | Lien permanent


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