24 février 2015

Un jour, un texte ! Conseils de lecture pour poursuivre la réflexion

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre,

Conseils de lecture pour poursuivre la réflexion

« Catéchisme de la Patrie », par le colonel REMY (Ed. Confrérie Castille)

A la question : « Pour qui ou pour quoi meurt-on ? », le soldat répond : « pour la Patrie ! ». Et même si l'Europe, éternel serpent de mer, manifeste sporadiquement des velléités d'existence, on est encore très loin d'un patriotisme européen qui effacerait les préférences nationales. C'est donc toujours pour la France que se bat et, s'il le faut, que meurt le soldat. Car « la référence ultime et permanente du « soldat » reste le service de la France, de son rayonnement et de son honneur ».

Encore faut-il savoir ce qu'est la France, ce qu'est la Patrie française. C'est à un grand, un très grand Français que nous laissons le soin de le définir. « Notre REMY, a déclaré le Général de Gaulle, fut des premiers parce qu'il est des meilleurs. Et c'est pourquoi, après tout ce qu'il a fait – qui est si grand ! – il sait qu'il reste tant à faire ».

Le Colonel REMY, illustre figure de la Résistance, héros mondialement connu, fondateur du réseau « Confrérie Notre-Dame » qui fournit des renseignements essentiels aux Alliés, a regroupé dans « Catéchisme de la Patrie » tout ce qu'il faut savoir sur ce thème.

La France a fêté, en 1996, son quinzième centenaire et un timbre officiel a même commémoré cet anniversaire. Ces quinze siècles d'existence, une certaine idéologie voudrait les réduire à deux et faire naître notre communauté nationale en 1789. C'est donc sur notre « vieux Pays », pour paraphraser Donald RUMSFELD, que se penche le Colonel REMY. De Clovis à Louis XVI, de la Révolution à la Vème République, en passant par la Restauration, les deux Empires, la Commune, les quatre Républiques et les différents conflits et occupations qui les accompagnent, ce grand Français nous fait découvrir la France, son âme et sa vocation. Il nous donne les vraies raisons de vivre et de mourir pour Elle.

A l'issue de cette lecture, on sait ce que signifie être Français, quels sont les devoirs liés à ce nom, quel est l'héritage qu'il implique et dont nous pouvons légitimement être fiers. Ce petit livre nous invite à aimer notre Patrie, à en être dignes, sans tomber pour autant dans un nationalisme agressif ou excessif mais sans renier non plus l'amour naturel que nous lui devons.

Bref, la réponse aux questions : « Pourquoi meurt-on ? », « pourquoi se bat-on ? » est dans cet ouvrage bien écrit, facile à lire et passionnant.

« Verdun », par Georges BLOND (Collection Poche)

Récit de la bataille de Verdun de février à décembre 1916 à travers la description de différents tableaux.

Rappel : la prise de Verdun par les Allemands aurait permis à ces derniers d'atteindre Paris en quelques jours. L'issue de la guerre aurait été alors rapidement scellée. Aussi le verrou de Verdun constituait-il un enjeu capital.

Les principaux aspects abordés sont :

L'intérêt de l'ouvrage réside dans cinq principaux points

A la lecture de cet ouvrage, le lecteur se sent redevable envers tous ces soldats de Verdun qui sont tombés ou qui ont souffert pour la défense de la France. A l'inverse, on ne peut que déplorer le silence coupable de l'Etat qui laisse dans l'oubli l'action des poilus, plus grande et plus grave illustration du patriotisme tel qu'il devrait être mis en valeur et promu. Le moindre des devoirs serait de rendre hommage à ces hommes, mais la gratitude ne fait pas partie des caractéristiques de notre époque.

Enfin, on peut se poser la question de savoir comment aujourd'hui, dans semblable situation, nous réagirions. Autrement dit, l'aveu du général VON KLÜCK expliquant sa défaite de la Marne est-il toujours valable ? « Que des hommes ayant reculé depuis des jours, que des hommes couchés par terre et à demi morts de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c'est une chose avec laquelle nous n'avons jamais appris à compter, c'est une impossibilité dont il n'a jamais été question dans nos écoles de guerre. »

« Le fil de l'épée », par le général Charles De Gaulle (1932)

L'auteur s'attache dans ce livre à définir les valeurs qui, selon lui, sont indispensables au militaire, ainsi que les rapports de celui-ci avec la société au sein de laquelle il évolue. Ce livre a été écrit après la première guerre mondiale, au moment où beaucoup de militaires se posaient des questions sur l'essence même de leur vocation et de leur métier. Un peu victimes du paradoxe entre l'activité incomprise par le citoyen et la puissance latente que constitue une armée, les soldats du temps de paix s'interrogent sur le bien-fondé de leur métier et sur la mission qui leur incombe.

L'auteur développe, à sa manière, quelques notions de référence sur le métier des armes et ceux qui l'exercent. Ce livre est assez succinct et se lit facilement. Tout n'est pas bon à prendre, mais il y a d'intéressants développements, ainsi que des idées d'excellente facture.

Le style est parfois pompeux. Le livre ne constitue cependant pas un référentiel, mais présente l'intérêt de s'appliquer relativement bien aux problèmes militaires tels qu'ils se posent aujourd'hui.

A l'avant-propos succèdent 5 chapitres : 1) De l'action de guerre – 2) Du caractère – 3) Du prestige – 4) De la doctrine – 5) Le politique et le soldat.

Dans l'avant-propos, De Gaulle assure le lecteur de la pérennité de la guerre, et donc de l'utilité indéniable du militaire. « Quelque direction que prenne le monde, il ne se passera pas des armes. » Il loue en particulier dans l'esprit militaire « l'abnégation des individus au profit de l'ensemble, cette souffrance glorifiée – dont on fait les troupes – répondant par excellence à nos concepts esthétiques et moraux. » Il conclut cet avant-propos ainsi : « Si donc ceux qui manient la force française venaient à se décourager, il n'y aurait pas seulement péril pour la patrie, mais bien rupture de l'harmonie générale. Il est temps que l'élite militaire reprenne conscience de son rôle prééminent, qu'elle se concentre sur son objet qui est tout simplement la guerre. »

De l'action de la guerre. De Gaulle décrit là les rapports entre la pensée, la réflexion et l'action, l'action guerrière principalement. Sur la base de nombreux exemples historiques, il dissèque l'intelligence de situation qu'ont manifesté les grands chefs, et comment cela s'est traduit au moment de la prise de décision : pour l'un c'est l'étude de l'ennemi, pour l'autre du terrain, pour le troisième de ses propres forces, pour le quatrième c'est le sens de l'organisation. Il prétend que l'intelligence doit être complétée par l'instinct. Le concept doit ensuite aider le chef à agir avec méthode, et donc à donner des ordres : «On demandait au maréchal Pétain ce qui lui paraissait, dans l'action, réclamer le plus grand effort : « C'est d'ordonner ! » répondait-il. » Le pendant de l'ordre, c'est la discipline : « En vertu de la discipline, une sorte de contrat est passé entre le chef et les subordonnés. » L'action de guerre découle de l'intelligence, de l'instinct et de l'autorité du chef. D'où il insiste sur le recrutement des chefs dont la qualité est incontestablement plus aléatoire dans une armée de temps de paix. « Dans ces jours de doute, il ne faut pas que se rompe la chaîne de la force militaire française, ni que fléchissent la valeur et l'ardeur de ceux qui doivent commander. »

Du caractère. Après un rapide parcours de l'histoire militaire, De Gaulle nous présente son idée : « Il faut qu'une vertu offre à l'ordre militaire un idéal rajeuni, lui confère, par l'élite, l'unité des tendances, provoque l'ardeur et féconde le talent. Le caractère sera le ferment, le caractère, vertu des temps difficiles. » Il conçoit bien que trop de caractère peut être nuisible, mais ce n'est rien par rapport au gain d'efficacité que procure « ce recours unanime au Caractère quand l'événement l'impose. » En conclusion, l'auteur assure : « A la rude école du Caractère, l'ordre militaire peut recouvrer sa foi et sa fierté. »

Du prestige. Ce chapitre part du constat suivant : « Notre temps est dur pour l'autorité. » Suit un long panégyrique sur l'autorité fondement de l'ordre moral, social et politique. L'auteur déplore malheureusement l'érosion de la notion de l'autorité dans nos nations dites évoluées. Cela ne manque pas d'affecter la discipline militaire. « L'homme qui commande doit se fier pour être suivi moins à son élévation qu'à sa valeur. » D'où il ressort, selon De Gaulle, que « le prestige personnel du chef devient le ressort du commandement. » Le prestige a un rôle irrationnel et inné, « le prestige dépend d'un don élémentaire, d'une aptitude naturelle qui échappent à l'analyse. »

Ceci étant, il y a également une part d'acquisition de connaissances et de formation nécessaires pour développer harmonieusement le prestige intrinsèque que d'aucun peut posséder dès sa naissance. Suit un certain nombre de recommandations : observer les âmes, avoir le sens de la surprise, posséder la réserve des gestes et des mots, cultiver la sobriété du discours, toute qualité qu'on retrouve chez Condé, Hoche, Bonaparte. « Dominer les événements, y imprimer une marque, en assumer les conséquences, c'est bien là ce qu'avant tout on attend du chef. L'élévation d'un homme au-dessus des autres ne se justifie que s'il apporte à la tâche commune l'impulsion et la garantie du caractère. » Le prestige du chef est ressenti par les hommes, et l'action collective qu'il en attend est bien comprise car elle tendra naturellement à quelque chose de grand. « Ce que le chef ordonne doit revêtir le caractère de l'élévation. Il lui faut viser haut, voir grand, juger large. » Toutefois, De Gaulle laisse percer, à ce stade, un certain cynisme : « L'homme d'action ne se conçoit guère sans une forte dose d'égoïsme, d'orgueil, de dureté, de ruse. »

Après avoir décortiqué les bases de l'autorité individuelle, il aborde celles de l'armée en tant que corps constitué. « Pour ressaisir son prestige, l'armée a moins besoin de lois, de réclamations, de prières, que d'un vaste effort intérieur… L'armée doit recouvrer cette force intime dont l'éclat force la déférence : il s'agit d'esprit militaire. » L'auteur tente ensuite de définir cet esprit militaire : « Cette destination de misère, cette vocation de sacrifices, depuis que le monde est monde l'armée en procède, y trouve sa raison d'être, en tire sa délectation… Mais, comment vivre dans un domaine séparé, poursuivre un idéal d'exception, sans un ordre propre des sentiments, un tour particulier de la pensée, un code spécial des valeurs et des rapports ? La force des armes ne se conçoit pas sans un esprit à part qui l'organise et la vivifie. » A l'appui de cette idée, on trouve un long développement sur le rapport des hommes à la guerre, ainsi qu'un « parcours historique ». Il conclut ainsi : « Point de doute que la servitude militaire ne paraisse avant peu plus grande que jamais, et que l'on trouve fort beau le dévouement de gens qui, par hasard, ne comptent ni ce qu'ils donnent ni ce qui leur est donné. »

De la doctrine. Dans ce chapitre, De Gaulle articule son raisonnement autour de l'idée suivante : « Apprécier les circonstances dans chaque cas particulier, tel est donc le rôle essentiel du chef. » De Gaulle fustige ensuite, au gré des enseignements des conflits passés, les théories abstraites qui ne tiennent pas compte de l'ennemi, du terrain, des moyens, de l'organisation. Il en est de même de l'inverse. L'armée française doit puiser dans l'ordre classique, en écartant toute attirance de l'abstrait et du dogmatisme, « ce goût du concret, ce don de la mesure, ce sens des réalités qui éclairent l'audace, inspirent la manœuvre et fécondent l'action. »

La politique et le soldat. Ce chapitre a pour objet d'examiner les rapports qui s'établissent entre le politique et le soldat. Il souligne la complémentarité entre les deux mais également les incompréhensions réciproques. « Les problèmes d'ordre militaire indisposent l'homme au pouvoir… Pour le soldat, en revanche, la puissance des armes revêt un caractère essentiel comme sacré. Tel est l'effet d'une vocation dont l'idéal est le sacrifice et qui, en exaltant le culte de la patrie, rend ce culte intransigeant. » Le mot de la fin prône une compréhension mutuelle en vue du bien public : « Il n'y a pas dans les armes de carrière illustre qui n'ait servi une vaste politique, ni de grande gloire d'homme d'Etat que n'ait dorée l'éclat de la défense nationale. »

« Patrie française et principes chrétiens » - (par l'Association Universelle des Amis de Jeanne d'ARC) aux Nouvelles Editions Latines

Un rappel, à travers huit discours et conférences, des principes éternels qui ont fait la France

« Les Oberlé » par René BAZIN

Très beau roman du patriotisme français dans la Lorraine occupée après 1870.

« Hélie de Saint-Marc » - par Laurent BECCARIA aux Ed. LIBRAIRIE ACADEMIQUE PERRIN

Portrait d'un officier qui sacrifia tout à l'honneur.

« Mon pays, la France » - par Bachaga Boualam Ed. France Empire

Poignant récit du drame des harkis, vécu par l'auteur dans sa chair et dans son cœur.

« Le Général de Sonis » -par Francine DESSAIGNE aux Nouvelles Editions Latines.

« Le Général de SONIS, c'est l'honneur », disaient de lui ses pairs.

« L'honneur de commander » -par le Général (CR) CALLET aux Ed. LAVAUZELLE

A travers exemples et réflexions, une vie placée sous le signe du commandement des hommes, de la Légion à la 2ème D.B.

Général (CR) Bertrand DUPONT de DINECHIN

« Algérie, guerre et paix » - N.E.L.

Comment gagner face à la guerre révolutionnaire. Excellente analyse à partir de la guerre d'Algérie.

« Castelnau ou l'art de commander » - par le Général (CR) Yves GRAS auxEd. DENOËL

La magnifique figure du seul général commandant l'Armée qui, pour des raisons politico-religieuses, n'eut pas l'honneur du maréchalat après la Grande Guerre.

« Un officier français, Gérard de Cathelineau » - par Michel GASNIE Nouvelles Editions Latines.

Un modèle d'officier, digne descendant du héros vendéen.

« Au Lieutenant des Taglaïts » - par Philippe HEDUY aux Ed . LA TABLE RONDE

Très beau témoignage d'un officier appelé sur la guerre d'Algérie.

« Honoré d'Estienne d'Orves pionnier de la Résistance » - par Rose et Philippe HONORE d'ESTIENNE d'ORVES aux Ed. FRANCE-EMPIRE

Lettres et documents du héros publiés par ses enfants.

« Les Manants du Roi » Jean de LA VARENDE

Recueil de nouvelles d'honneur et de fidélité à travers l'histoire d'une famille de hobereaux normands de l'Ancien régime à nos jours.

« Le rôle social de l'officier » - par le Maréchal LYAUTEY auxEd. X DE BARTILLAT

Un classique…

« Le drame des harkis –par Abd El Aziz MELIANI aux Ed. PERRIN

Le titre se suffit, écrit par un St-Cyrien.

« Notes de Guerre » -par Général de MONSABERT aux Ed. Jean CURUTCHET

Au jour le jour, les réflexions d'un chef, d'un Français et d'un chrétien. L'Armée d'Afrique, de l'Italie à Rhin et Danube.

« Honoré d'Estienne d'Orves, un héros français » -par Etienne de MONTETY aux Ed. PERRIN

L'histoire d'une pure figure de la Résistance.

« Le pouvoir militaire en France » - par Pierre ORDIONI aux Ed. ALBATROS

Tome 1 – De Jeanne d'Arc à Bazaine

Tome 2 – De la Commune de Paris à Charles de Gaulle.

Une étude passionnante sur les rapports entre « l'ordre militaire » et le pouvoir politique, de Charles VII à Charles de Gaulle.

Œuvres Poétiques de Charles PEGUY

* « Le mystère de la vocation de Jeanne d'Arc »

Très beaux vers sur le chef de guerre.

* « Le porche du mystère de la deuxième vertu »

Très beaux vers sur les Français.

« Un soldat dans la tourmente » - par Guy RAÏSSAC aux Ed. ALBIN MICHEL

Un portrait fidèle et objectif du général Weygand.

« Lieutenant Tom MOREL » -par André RAVIER aux Ed. LE SARMENT / FAYARD

La vie exemplaire du héros des Glières.

« Catéchisme de la Patrie » - par le Colonel REMY Ed. CONFRERIE CASTILLE

Le chef légendaire du réseau de résistance « Confrérie Notre Dame » nous parle de la Patrie. Excellent livre.

« Commandant Rebelle, Algérie 1958 de l'obéissance à la révolte » - par Georges ROBIN

Aux Ed. J.C. LATTES

Une fidélité n'a de valeur qu'en vertu de ce à quoi elle est fidèle. Un beau livre d'honneur et de fidélité.

« Les champs de braise » - par Hélie de SAINT-MARC aux Ed. PERRIN

Mémoires d'un officier célèbre, devenu le symbole d'une génération de « soldats perdus », qui ont effectivement tout perdu… Fors l'honneur.

 Aventures et missionnaires de la plus grande France »

* « L'Amérique française »

* « L'Afrique française »

* « L'Asie française »

Une série par Henri SERVIEN aux - Ed. ELOR

« Petite Histoire des Colonies et missions françaises » - Ed. de CHIRE

A travers ces quatre titres, c'est toute l'épopée coloniale de la France qui revit.

« Portrait d'un officier » -par Pierre Henri SIMON LIVRE DE POCHE N° 3160

« Pas facile de vivre Corneille au siècle de Kafka », les débats intérieurs d'un jeune officier appelé en Algérie.

« Les deux Patries » - par Jean de VIGUERIE Aux Ed. DOMINIQUE MARTIN MORIN

Depuis 1789, il existe officiellement deux Patries en France, celle des droits de l'homme et celle de la terre des pères. Histoire de l'absorption de l'une par l'autre.

« L'Affaire des fiches » - par François VINDE aux EDITIONS UNIVERSITAIRES

Une page d'histoire à ne pas oublier : comment la Franc-maçonnerie épura l'Armée au début du XXème siècle.

« Weygand mon père » -par Jacques WEYGAND aux Ed. FLAMMARION

Un grand soldat vu par son fils.

Posté le 24 février 2015 à 06h37 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

23 février 2015

Un jour, un texte ! Les Français dans la guerre, “Que Dieu bénisse l’armée française !” par le Général CHAMBE (23)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, "Que Dieu bénisse l'armée française !" par le Général CHAMBE (23)

« La population de Sienne a pavoisé à profusion les rues aux couleurs françaises bleu-blanc-rouge. Il n'est pas une fenêtre sans son drapeau français. La grande peur du 5 juillet a fait place à une liesse délirante. Siennois et Siennoises tiennent à manifester leur reconnaissance.

Les Allemands avant de se retirer avaient dit aux habitants :

– Tant pis pour vous ! Les Barbares arrivent avec leurs mercenaires arabes, les Français avec leurs Algériens, leurs Marocains, leurs nègres. Ils vont tout massacrer, tout piller, tout incendier !

La ville vivait dans la terreur.

Au moment où les premiers tirailleurs avaient pénétré dans les faubourgs, l'archevêque de Sienne, lui-même très inquiet, s'était glissé par les ruelles jusqu'à la merveilleuse basilique en pierre noire et blanche dédiée à sainte Catherine de Sienne, la sainte qu'on voyait journellement monter l'escalier extérieur de sa pauvre maison sans que ses pieds touchassent jamais les marches. L'archevêque voulait lui adresser une suprême supplication pour obtenir que les horreurs du pillage fussent épargnées à sa ville.

Or, pénétrant dans la basilique vide, que vit-il ? Un homme tout seul, un homme aux cheveux blancs, à l'uniforme inconnu, agenouillé au bas de l'autel, en profonde prière. C'était le chef des Barbares en personne, le général de Monsabert, le vainqueur de Sienne, entré le premier dans la cité avec ses éclaireurs de pointe.

– Éminence, dit Monsabert à l'archevêque, vous n'avez rien à craindre. Nous venons en amis, non en conquérants. Sienne est le pur et célèbre joyau que beaucoup d'entre nous connaissent pour l'avoir visité et admiré en temps de paix. Pour vous rassurer, je vous dirai que vous avez dû remarquer qu'au cours de la bataille pas un obus n'est tombé sur la ville. C'était intentionnel. Cela a valu à ma division un nombre appréciable de tués supplémentaires pour avoir attaqué sans aucune préparation d'artillerie. Mais les ordres du général Juin et les miens étaient formels : – Pas un obus sur la ville !

C'était vrai. L'assaut avait été donné dans les vergers, sous les remparts (les mêmes qui avaient vu les défendre, quatre siècles auparavant, Blaise de Montluc) uniquement à l'arme blanche sous la protection des mitrailleuses, l'artillerie restant muette.

L'archevêque s'était profondément incliné et, se redressant, avait tracé un grand signe de croix devant le visage de Monsabert.

– Vous permettez, Général, au nom de sainte Catherine de Sienne ! Que Dieu bénisse l'armée française !

Le soir de la prise de la ville, toutes les portes s'étaient ouvertes. Il n'y eut pas une maison qui n'eût à sa table son officier ou son soldat français. L'asti spumante et le chianti avaient coulé à flots. »

Général Chambe

Extrait de : « Le Maréchal Juin, duc de Garigliano ».

Plon – 1983.

Posté le 23 février 2015 à 06h34 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

22 février 2015

Un jour, un texte ! les Français dans la guerre, Père courage par Dominique JAMET (22)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

 

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, Père courage par Dominique Jamet (22)

 

L'éditorial du Père Bruckberger paru dans Le Figaro, le 6 mai 1985, entraîne le lendemain un autre éditorial, de Dominique Jamet, dans le Quotidien de Paris. Nous avons gardé l'ensemble des deux textes pour que les propos tenus ne soient pas sortis de leur contexte.

« Au-delà des cris du ressentiment et de la passion, bien plus haut que les pâquerettes, les gerbes, les couronnes, les prises de becs et les prises d'armes, une voix sereine s'est élevée hier au milieu de l'effarante controverse déchaînée depuis dix jours d'un bout à l'autre du monde libre par la visite du Président Reagan au cimetière militaire de Bitburg. Il n'est pas dit que cette voix se fera entendre dans le tumulte médiatisé qui a éclipsé la véritable signification au sommet des Sept plus spectaculairement encore que la Terre a éclipsé la Lune dans le ciel nuageux, samedi dernier. Juchés sur les stèles et les croix que la piété humaine érige en souvenir des morts, les corbeaux et les charognards croassent.

Au moins cette hirondelle-là peut-elle faire croire au printemps.

Des millions de braves gens, n'écoutant que leur douleur toujours renouvelée et leur juste indignation, blessure jamais cicatrisée, contre l'abominable holocauste où se sont englouties tant de vies et un peu de la dignité humaine ont donné tête baissée dans les panneaux largement ouverts par une habile campagne de propagande dont le but n'était assurément pas d'abattre pour la deuxième fois le nazisme vaincu et les nazis morts il y a quarante ans- on ne tire pas sur une ambulance, à plus forte raison sur un corbillard - que de faire un carton sur un président américain bien vivant.

Des manipulateurs, des menteurs, des coquins, des conformistes et des lâches, ont exploité le filon toujours rémunérateur de l'antifascisme pour détourner de son sens le geste symbolique du représentant de la plus grande démocratie du monde, lui-même ancien combattant de la dernière guerre, président de cette république sans laquelle nous serions morts ou vivrions en esclaves, du totalitarisme brun ou du totalitarisme rouge.

A-t-il été question à aucun moment, dans l'esprit de Reagan, de réhabiliter les valeurs, les buts de guerre, les chefs du IIIème Reich, et d'honorer les bourreaux triomphants de l'Ordre noir ? A-t-il jamais été question d'autre chose que d'aller s'incliner sur les tombes de soldats morts au combat, victimes d'une horreur qui les a engloutis ?

Il s'est trouvé que dans le cimetière militaire de Bitburg, à côté des sépultures de deux mille combattants de la Wehrmacht, et un peu à l'écart, il y avait quarante-neuf pierres tombales, certaines surmontées d'une grossière croix de granit, à la mémoire d'autant de soldats des Waffen-SS. C'est l'image même de la place qu'occupent ces enfants perdus, jamais reniés, dans un enclos discret de la mémoire allemande.

Les caméras de la télévision se sont à plusieurs reprises attardées sur ces tombes. Sur la plupart d'entre elles s'inscrivait le parcours d'une vie brève, brutalement fauchée par la mitraille. Quoi qu'ils aient pu faire, ces adolescents de dix-sept ans, ces jeunes gens de vingt ans n'étaient pas les pères mais les fils du régime nazi.

On a beaucoup écrit, que les États-unis et l'Allemagne auraient pu faire le choix d'un autre site plus heureux que Bitburg, ville pourtant aussi américaine que germanique. Mais existe-t-il beaucoup de cimetières allemands où les ossements des Waffen-SS ne sont pas mêlés à ceux de soldats d'autres armes ? Existe-t-il beaucoup de familles allemandes qui ne portent pas dans leur chair et dans leur cœur la trace d'hommes, – père, oncle, cousin, mari, fiancé – qui portaient l'uniforme noir à collet vert ? Certains voudraient faire croire que le seul choix qui nous est offert est entre la haine et l'oubli, comme s'il ne pouvait y avoir place dans un cœur humain pour la mémoire et le pardon. Et que serait un pardon, dont seraient exclus précisément ceux qui en ont besoin, non pas les fils démocrates des pères égarés, mais ces pères eux-mêmes ?

Enfin, une fois de plus, qu'est ce que ces cris d'orfraie dans un monde qui s'accommode de la présence du Cambodge à l'ONU, de la visite du nouveau tsar rouge à la Pologne satellisée, insulte à quarante millions de Polonais vivants et à quelques millions de Polonais morts, ou des gerbes que des chefs d'État capitalistes déposent pieusement, sur le mausolée de Lénine, qui n'était pas que je sache, un sous-ordre, Unterscharführer ou Sturmbannführer de la dictature en activité – comme on dit d'un volcan – la plus sanglante du monde ? Souffler ainsi sur les cendres tièdes d'un foyer éteint, c'est à coup sûr faire le lit des incendiaires d'aujourd'hui.

Telles sont quelques-unes des vérités qu'a rappelées ou plutôt assénées, pour ainsi dire à coup de crosse, la crosse des évêques d'autrefois, pasteurs du troupeau et soldats du Christ, le père Bruckberger, dans un admirable éditorial paru hier [dans Le Figaro]. Il pouvait se permettre de tresser le thème politique et profane de la réconciliation avec le thème chrétien du pardon parce qu'il est insoupçonnable, parce qu'il fut en son temps le plus médaillé des prêtres combattants, sinon le plus religieux et le plus discipliné des soldats. Mais combien d'autres, laïques ou religieux qui pensaient de même, ont mieux aimé se taire ou hurler avec les loups ? Rares sont ceux qui unissent comme ce dominicain scandaleux le courage physique et le courage civique.

Oui, c'est bien le même homme, par delà les années, qui accompagnait jusqu'au poteau d'exécution Joseph Darnand, son ancien des Corps francs, devenu chef de la Milice, et l'homme le plus haï de France. Un criminel ? Sans doute. Mais si le plus grand criminel n'a pas droit à un avocat, à un juge, à un médecin et à un prêtre, que reste-t-il de la civilisation ? Bertolt Brecht a dressé au-dessus des horreurs de la guerre de Trente ans la légendaire figure de Mère Courage. Et nous, nous avons notre Père Courage, après une paix de quarante ans. »

Dominique Jamet

Éditorial du journal "Le Quotidien de Paris", 7 mai 1985.

 

Posté le 22 février 2015 à 06h15 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

21 février 2015

Un jour, un texte ! Les Français dans la guerre, L’ennemi mort par le Révérend Père BRUCKBERGER (21)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, L'ennemi mort pa le Révérend Père BRUCKBERGER (21)

En mai 1985, Ronald Reagan, président des États-unis, en visite en RFA se recueillit dans un cimetière militaire allemand où il y avait quelques tombes de SS. Au tollé que suscita ce geste, répondit le R.P. Bruckberger, ancien aumônier de la Résistance.

« Pour sa première sortie hors de Russie depuis son accession à l'empire, M. Gorbatchev a choisi de se rendre en Pologne. Le maître du Kremlin a voulu souligner que le premier attribut de sa puissance est sa fonction de garde-chiourme et d'esclavagiste. Il a tenu à rappeler aux Polonais qu'ils étaient sous sa botte, que cette botte était bien plantée dans la fourmilière et qu'elle y resterait pour les siècles des siècles. Rien ne m'a paru d'un cynisme plus indécent, plus scandaleux que cette visite officielle.

Pourtant silence dans les rangs ! Les grandes consciences occidentales sont restées muettes. Que la Pologne pourrisse vivante dans un cachot ! Au moment où elle subit un nouvel et solennel outrage, elle n'aura pas le réconfort de notre compassion.

Quarante ans après la défaite allemande, le président américain décide de visiter un cimetière militaire allemand, en signe de réconciliation de deux grands peuples libres : tempête d'indignation ! Je m'indigne d'une telle indignation.

Je m'indigne comme soldat. Quand le sort des armes a tranché, le vainqueur a le devoir de rendre les honneurs aux cadavres des soldats vaincus, quels qu'aient été les torts et la cruauté des vivants. Nous ne renions pas notre guerre, nous ne rabaissons pas notre victoire, nous n'oublions pas nos morts en honorant les morts des vaincus.

Je m'indigne comme chrétien. Si un chrétien a le devoir d'aimer ses ennemis même dans la flamme du combat, encore plus urgent est ce devoir si l'ennemi est mort. Devant la mort, toute justice humaine est dessaisie au bénéfice d'une juridiction plus haute, celle même de Dieu, juge ultime des vivants et juge unique des morts. Empiéter sur une telle juridiction est blasphématoire.

Comme soldat et comme chrétien, je rends hommage au geste du président Reagan dans le petit cimetière de Bitburg.

Une dernière chose. Un grand journal du soir, très sérieux, titrait en première page : « La polémique sur Bitburg a éclipsé la préparation du sommet de Bonn ».

Une hypothèse : et si c'était précisément cela le but visé et atteint ? Si tout ce tintouin n'était qu'une nouvelle provocation des services soviétiques de désinformation ? On nous a pris pour des gogos, et, une fois de plus, nous avons marché comme un seul homme dans ce qui me paraît une grossière machination. Une fois de plus, nous avons été manipulés. Autant vaut le savoir.

Chaque fois que, sur notre malheureuse planète, les quelques grandes puissances encore libre entreprennent quelque action commune pour assumer les grands devoirs de défense, d'entraide, de leadership du monde que leur imposent leurs privilèges, il y a, il y aura toujours, un petit cimetière de Bitburg pour venir « éclipser » cette tâche énorme et nécessaire et pour brouiller cette haute préoccupation. »

Révérend Père Bruckberger

Éditorial du journal "Le Figaro", 6 mai 1985.

Posté le 21 février 2015 à 06h05 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

20 février 2015

Un jour, un texte ! Les Français dans la guerre, Par-delà les combats par le Général CHAMBE (20)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, Par-delà les combats par le Général CHAMBE (20)

« Il est un officier allemand dont le nom doit être particulièrement cité : le colonel Böhmler, pour son attitude à l'égard du Maréchal Juin.

Rudolf Böhmler, alors commandant en 1944, était le chef du 1er bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes de la célèbre division Heidrich. Il avait été l'un de nos redoutables adversaires à Cassino. Établi avec son unité sur les pentes abruptes du mont Cassin, il en avait interdit l'accès durant tout l'hiver aux Anglo-saxons, leur infligeant de lourdes pertes. Ses hommes avaient été eux-mêmes décimés au cours des six tentatives vaines des divisions d'Alexander et de Mark Clark, mais ils avaient maintenu chaque fois leurs positions.

Böhmler avait été finalement obligé d'abandonner le terrain et de se replier par les crêtes dominant la rive gauche du Liri, non qu'il ait plié au cours d'un assaut, mais parce que, à sa droite, de l'autre côté de la vallée, les Français venaient d'enfoncer la Gustav Linie et de s'emparer du mont Majo. Le mont Cassin, tourné, avait été perdu.

Aussi, le commandant Böhmler avait-il admiré la manœuvre du général Juin, admiration partagé par l'état-major allemand. Plus tard, après la guerre, il avait voulu connaître le grand chef français. Il l'avait rencontré à Rome, au milieu d'anciens combattants du Corps Expéditionnaire Français (CEF), au cours d'un pèlerinage sur les champs de bataille. Les deux hommes s'étaient appréciés. Ils s'étaient rendus ensemble sur les lieux des combats, à Cassino, au mont Cassin et sur les rives du Garigliano. Ils avaient mutuellement exposé les mesures qu'ils avaient alors prises et la manière dont ils avaient, l'un et l'autre, conduit le combat. Anciens combattants allemands et anciens combattants français, mêlés, avaient escaladé les sommets du Garigliano, naguère si âprement disputés. Le soir venu, ils avaient allumé de grands feux sur les crêtes dominant la vallée et chanté tour à tour des chants et des hymnes de leurs pays. Le pèlerinage s'était terminé par des visites aux cimetières militaires français de Venafro, allemands, anglais, américains et polonais, dans le plus grand recueillement, le maréchal Juin au premier rang.

Le commandant, devenu colonel, Böhmler devait rester profondément marqué par cette rencontre et par ces visites. Le maréchal Juin lui avait manifesté de l'estime et de l'amitié. Cette amitié s'était affirmée à plusieurs reprises, au cours des voyages de Böhmler à Paris. Et Böhmler était venu aussi l'ami des anciens du Corps Expéditionnaire Français d'Italie.

Ouvrant ici une parenthèse par anticipation, nous disons que le colonel Böhmler, venu spécialement de Munich, pour assister, le 1er février 1967, aux obsèques nationales du maréchal Juin, devait, au milieu du CEF, et au coude à coude avec eux, suivre à pied le catafalque depuis Notre-Dame jusqu'aux Invalides.

Telles étaient l'estime et l'admiration que savait inspirer le maréchal Juin à ses anciens adversaires et s'en faire des amis (1). »

Général Chambe

Extrait de : « Le Maréchal Juin, duc de Garigliano ». Plon – 1983.

(1) Les Anciens parachutistes et les Anciens combattants allemands du Front d'Italie ont effectué, par l'intermédiaire de leur président, le colonel Böhmler, une démarche auprès de la maréchale Juin pour leur permettre de rendre un dernier hommage au vainqueur de la Campagne d'Italie, en déposant une gerbe de fleurs sur sa tombe dans le caveau des gouverneurs à l'Hôtel des Invalides.

Cette émouvante cérémonie s'est déroulée le 19 avril 1967, en présence de la maréchale Juin et de sa belle fille, du commandant Pierre Juin, des généraux Pédron, Bonhoure, Favreau, du commandant Dewasnes et d'un groupe d'officiers allemands conduit par le colonel Bucksch, attaché militaire auprès de l'Ambassade de l'Allemagne fédérale, porteur d'une gerbe sur laquelle figurait l'inscription suivante dans les deux langues : « Au maréchal Juin, Chef prestigieux et chevaleresque qui fut leur adversaire en Italie, les Anciens Combattants Allemands de Cassino. »

Ce suprême hommage a été particulièrement sensible à tous les Anciens du Corps Expéditionnaire Français en Italie. Ils ont adressé leurs vifs remerciements aux Anciens combattants allemands et au colonel Böhmler, devenus leurs amis les plus fidèles depuis les inoubliables journées de la rencontre internationale des Anciens combattants de Monte Cassino, en mai 1960, présidée par le maréchal Juin et placé sous le signe de la véritable réconciliation franco-allemande.

Posté le 20 février 2015 à 05h07 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

19 février 2015

Un jour, un texte ! Les Français dans la guerre, Un esprit chevaleresque par Desmond YOUNG (19)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.u

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, Un esprit chevaleresque par Desmond YOUNG (19)

Ce n'est pas sans raison que le maréchal Erwin von Rommel a intitulé ses mémoires : « La guerre sans haine » ; il mena la guerre du désert à la tête de son célèbre « Afrika Korps » avec un esprit chevaleresque.

« Chaque fois qu'il passait devant un de nos soldats, prisonnier ou blessé, Rommel le saluait comme un soldat en salue un autre ; il les traitait toujours très correctement. Le général-brigadier Hargest, qui fut fait prisonnier à Sidi Azeiz, fin novembre 1941, et qui fut amené devant Rommel à Bardia, avait eu la même impression. Je crois qu'il le dit dans son livre Farewell Campo 12. (Le général-brigadier Hargest fut réprimandé par Rommel pour n'avoir pas salué. « Cela ne l'empêcha pas, écrivit Hargest, de me féliciter pour la combativité de mes hommes. »)

[…]

Pour résumer l'état d'esprit qui présidait à la guerre du désert, je dois citer le général von Ravenstein. « Lorsque j'arrivai au Caire, dit-il, je fus très courtoisement reçu par l'aide de camp du général Auchinleck. Puis je fus introduit dans le propre bureau du général. Il me serra la main et me dit : « Je vous connais très bien de nom. Votre division et vous-même, avez combattu avec un esprit chevaleresque. Je désire vous traiter aussi bien que possible... » Avant de quitter Le Caire, j'avais appris que le général Campbell venait d'être décoré de la « Victoria Cross ». Je demandai et obtins la permission de lui écrire. J'ai toujours une copie de ma lettre : si elle vous intéresse. »

Cette lettre dit :

Abbasia, 10 février 1942.

Cher Major-Général Campbell,

J'ai lu dans le journal que vous aviez été mon courageux adversaire au cours de la bataille de chars de Sidi Rezegh, les 21-22 novembre 1941. C'était ma 21e division de panzers qui combattait ces jours-là la 7e division blindée pour laquelle j'ai la plus vive admiration. Votre 7e groupe de soutien de l'artillerie royale nous a rendu le combat également très dur et j'ai encore dans les oreilles le sifflement de ses obus près de l'aérodrome.

Les camarades allemands vous félicitent de tout cœur pour votre « Victoria Cross ».

Pendant la guerre votre ennemi, mais avec le plus grand respect.

Von RAVENSTEIN

« Jock » Campbell fut tué peu après, sa voiture s'étant retournée près de Buq-Buq. Mais il eut le temps de recevoir cette lettre et d'en faire afficher des copies, sur les tableaux de service des mess, peu après la revue au cours de laquelle sa décoration lui fut remise.

On peut prendre deux positions sur la question de l'esprit chevaleresque à la guerre. Celle du général von Ravenstein ou celle du général Eisenhower, qui écrit dans Crusade in Europe : « Lorsque von Arnim traversa Alger, en route pour son camp de prisonniers, certains membres de mon état-major pensèrent que je devais respecter l'usage du passé et lui permettre de me voir. Cette coutume trouve son origine dans le fait que les mercenaires de jadis n'éprouvaient aucune animosité envers leurs adversaires. Les deux côtés se battaient pour le plaisir du combat, en dehors de tout sentiment du devoir, et, le plus souvent, pour de l'argent. Un chef fait prisonnier au XVIIIe siècle était, pendant des semaines ou des mois, l'hôte honoré de son vainqueur. La tradition selon laquelle les soldats de carrière sont des frères d'armes a, sous une forme dégénérée, persisté jusqu'à nos jours.

En ce qui me concerne, la Deuxième Guerre mondiale était une affaire beaucoup trop personnelle pour que j'entretinsse de tels sentiments. A mesure qu'elle se développait, une conviction se fortifiait en moi : jamais auparavant, au cours d'une guerre qui fait s'affronter tant de peuples, les forces qui défendent le bien de l'humanité et les droits de l'homme n'ont eu à le faire devant une conspiration d'une méchanceté aussi évidente et complète ; il ne pouvait y avoir avec elle aucun compromis. Comme il ne pouvait y avoir de monde possible qu'après une complète destruction des forces de l'Axe, cette guerre fut pour moi une croisade...

Dans ce cas particulier, je dis donc à mon officier de renseignements de tirer toutes les informations possibles des généraux faits prisonniers ; mais que, en ce qui me concernait, je m'intéressais seulement aux généraux encore en liberté. Je ne permettrais à aucun d'eux de m'être présenté. J'observai cette règle de conduite jusqu'à la fin de la guerre. Je n'ai jamais adressé la parole à un général allemand avant le jour où le maréchal Jodl signa l'acte de reddition à Reims, en 1945 ; les seuls mots que je lui adressai alors furent pour lui dire que je le tenais personnellement pour entièrement responsable de l'exécution des termes de l'acte de reddition. »

Le général Eisenhower est un homme sage et généreux avec qui on ne se trouve pas volontiers en désaccord. Son attitude est parfaitement logique et compréhensible. Néanmoins, certains pensent que, même usées jusqu'à la corde, certaines traditions méritent d'être sauvegardées pour le cas où, les guerres étant terminées, vainqueurs et vaincus se trouvent dans l'obligation de vivre et de travailler dans le même monde. »

Desmond Young

Extrait de : « Rommel »

Ed. "J'ai lu" – 1962.

Posté le 19 février 2015 à 05h03 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

18 février 2015

Un jour, un texte! les Français dans la guerre,“Une arme modeste, mais glorieuse…” par Georges BLOND (18)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre,Une arme modeste, mais glorieuse…” par Georges BLOND (18)

Le commandant Raynal, héroïque défenseur du fort de Vaux, vient faire sa reddition au Kronprinz qui l’accueille de façon très chevaleresque.

« - Admirables, mon commandant. Votre ténacité et votre vaillance, ainsi que celles de vos hommes, ont été admirables.

Le Kronprinz, debout, regardait l’officier français prisonnier, debout devant lui. La dernière semaine du Fort de Vaux avait marqué ce visage. Menton fort, front haut, yeux vifs écartés, un visage bien français. Le Kronprinz observait volontiers les visages des prisonniers français. Curieux mélange de races où l’on voyait rarement surgir un caractère physique exceptionnel. Heureux mélange, sans doute, puisque c’étaient ces gens-là, ce peuple bavard et divisé qui tenait en échec la solide armée allemande, l’organisation allemande. Malgré les affirmations de Falkenhayn, de Knobelsdorf et des autres, le front français ne pouvait plus maintenant être enfoncé à Verdun, voyons, c’était clair. La percée décisive, il fallait en faire son deuil. La guerre d’usure avait recommencé, ici comme ailleurs. « Naturellement, je ne dirais pas cela devant le front des troupes, pensait le Kronprinz, mais je l’écrirai peut-être un jour : on pourrait presque dire dès maintenant que les Français ont remporté une victoire, une victoire défensive, puisqu’ils ont soutenu notre choc. Grâce à l’incroyable résistance d’hommes comme celui-ci. »

Le commandant Raynal regardait attentivement le Kronprinz debout devant lui. L’accueil avait été courtois et franc. « Le Kronprinz n’est pas laid, pensait le commandant Raynal. Il n’est pas ce singe des caricatures. Un cavalier mince et souple, en réalité, élégant et non sans grâce. Rien de la raideur allemande. Les caricaturistes allemands, il est vrai, ne se gênaient guère pour représenter Joffre comme un poussah. Quelle forme idiote de la guerre ! »

Un aide de camp s’était approché. Le Kronprinz prit ce qu’il apportait.

- Désireux d’honorer votre vaillance, mon commandant, j’ai fait rechercher votre épée, que je me dois de vous rendre. Malheureusement, on n’a pu la retrouver. Je n’ai pu me procurer que cette arme modeste d’un simple soldat et je vous prie de l’accepter.

Arme de simple soldat, en effet : un coupe-chou de sapeur du génie. L’officier français haussa les sourcils, son visage se durcit.

- L’arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, reprit le Kronprinz. J’y vois, comme dans l’épée la plus fière, le symbole de la valeur française.

Déjà Raynal se détendait. Étrange dialogue où le prince appelait l’autre « Mon commandant ». Le Kronprinz, au courant des moindres nuances des usages militaires, parlait comme un officier qui veut honorer exceptionnellement un camarade d’un grade inférieur au sien. Le commandant prit le coupe-choux :

- Ainsi présentée, j’accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l’hommage qu’elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.

Allons, la réponse n’était pas mal tournée. Un salut militaire, un demi-tour, tout était terminé. Il n’y avait plus que le long voyage vers la captivité. Mais non. Le commandant n’avait pas fait cent pas dehors, son coupe-choux à la main, que l’aide de camp revenait :

- Herr major, Son Altesse impériale vous prie de revenir.

Quoi encore ? Cette fois le Kronprinz tenait à deux mains une épée, un vrai sabre-épée d’officier français.

- J’ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d’accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous avais offerte, à défaut d’autre.

Tandis que le Kronprinz regarde s’éloigner l’officier français avec qui il vient de se montrer si courtois — chevaleresque, voilà le mot, ah le beau mot français ! Et cette élégance ne fait-elle pas partie des plaisirs des princes, des plaisirs de la guerre telle que la font les princes ? — Oui, à peu près à cette heure, la brigade constituée par le général Nivelle, 2e Zouaves et Marocains s’élance vers le fort de Vaux dans la boue, sous la pluie battante. Sous le déluge tombé du ciel et sous la pluie d’obus de 210. »

Georges Blond

Extrait de : « Verdun. »

Ed. Le Livre de Poche.

Posté le 18 février 2015 à 06h46 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (5)

17 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, un adversaire chevaleresque par E. UDET (17)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, un adversaire chevaleresque par E. UDET (17)

E. Udet, pilote allemand, illustre par ce récit l’esprit chevaleresque de la guerre des Airs.

Je décolle de bonne heure pour avoir le soleil dans le dos. Un coup d’ascenseur : je monte plus haut que jamais. L’altimètre marque 5 000.

A l’ouest un point se déplace à grande vitesse et grossit à mesure qu’il se rapproche. Un Spad ! un avion de chasse ennemi : un solitaire comme moi à la recherche d’une proie. Je me carre sur mon siège : un combat se prépare.

Nous nous affrontons à la même altitude ; nous nous croisons de très près en vrombissant. La chasse commence.

Celui qui a le premier l’adversaire dans le dos est perdu : le monoplace à mitrailleuse incorporée ne peut tirer que vers l’avant ; à l’arrière, il est sans défense.

Parfois nous passons si près l’un de l’autre que je peux nettement reconnaître un visage étroit et pâle sous le casque de cuir. Sur le fuselage entre les deux ailes, un mot en lettres noires. Lorsque pour la cinquième fois, l’avion passe près de moi, si près que les hélices me secouent en tous sens, je peux reconnaître : "Vieux". C’est le signe de Guynemer.

Oui, il n’y en a qu’un à voler sur ce front, c’est Guynemer qui a déjà abattu trente Allemands. Je sais que c’est un combat à mort qui va se livrer.

J’amorce un demi-looping pour tomber sur lui comme un caillou. Il a tout de suite saisi et se met à son tour en position de looping.

Je tente un tonneau, Guynemer me suit. Pendant quelques secondes, il est prêt de m’avoir. Une grêle d’acier crépite à travers la voilure de droite...

J’essaie tout : courses serrées, tonneaux, glissades du côté, mais, vif comme l’éclair, il saisit tous mes mouvements et réagit tout aussi vite à chacun d’eux. Je remarque peu à peu qu’il m’est supérieur. Non seulement la machine est meilleure, mais celui qui la mène en sait plus. Pourtant je continue le combat.

Encore un virage. Un instant, il se trouve dans ma ligne de mire. J’appuie sur le manche à balai. La mitrailleuse ne répond pas... Enrayage ! De la main gauche, je continue à tenir le manche, de l’autre j’essaie de tirer. En vain. L’enrayage persiste.

Un instant je pense amorcer la descente en piqué. Solution sans issue en face d’un tel adversaire, il me prendrait tout de suite par derrière et il me descendrait.

Pendant huit minutes nous tournoyons à la poursuite l’un de l’autre, ce sont les huit minutes les plus longues de ma vie.

Maintenant il me passe au-dessus, couché sur le dos. J’ai lâché un instant le manche et tape des deux poings sur la mitrailleuse : un moyen primitif qui peut parfois servir.

Guynemer a remarqué ce mouvement, il l’a certainement vu, et maintenant, je sais ce qui m’attend. Il passe à nouveau presque couché sur le dos tout près de moi : il lève la main, me fait un petit signe, plonge en piqué vers l’ouest et rejoint le front.

Je rentre à la maison, abasourdi.

Certains disent que Guynemer a eu lui-même un enrayage. D’autres affirment qu’il craignait que je ne me jette sur son avion par désespoir. Mais je ne le crois pas. Je crois qu’il existe encore aujourd’hui un reste bien vivant de l’héroïsme chevaleresque des anciens temps.

Et c’est pourquoi, je dépose cette tardive couronne sur la tombe inconnue de Guynemer.

E. Udet

Extrait de : « Mein Fliegerleben » (Ma vie d’aviateur).

Cité dans : « Bilder und Stimmen“, classe de Seconde et Première.

Ed. Belin, sous le titre : « Ein Ritterlicher Gegner » (« Un adversaire chevaleresque). – 1964

Posté le 17 février 2015 à 06h44 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

16 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, Cocardes victorieuses par René CHAMBE (16)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre,Cocardes victorieuses par René CHAMBE (16)

« 7 h 40. - Robert vient de jeter un dernier regard à la montre de bord. Puis à l’altimètre : 2.200.

Là-bas, petites boules noires, les têtes du pilote et de l’observateur, ennemis à présent, se distinguent. On les voit. Ils sont deux !

Yeux durs, front de marbre, toute volonté tendue, ramassée, inflexible, Navarre fonce.

Robert doit sourire encore, il sourit toujours. Comme Navarre, il ignore la crainte. On va se battre ! On l’a tant cherché ! Au travers de ses gants, ses doigts étreignent sa carabine, sa pauvre petite carabine, jouet dérisoire pour un pareil duel.

Les dernières secondes...

- Pan ! Pan ! Pan !

A deux cents mètres, l’ennemi ouvre le feu.

Fusil-mitrailleur.

A bout de nerfs, incapable de se dominer plus longtemps, l’observateur vient de tirer.

Les détonations sèches se distinguent étonnamment sur le vacarme des moteurs. Robert et Navarre les perçoivent. Rien de nouveau.

Virage à droite, virage à gauche.  Navarre crochète.

- Pan!  Pan!  Pan 1

L’Allemand insiste. De brèves lueurs jaillissent de sa carlingue. Mais les balles se perdent. Pas une n’arrive au but. Pas même une chiquenaude sur les toiles.

La distance diminue. A voir grandir les cocardes françaises, il semble que l’ennemi s’affole. Les coups se succèdent à toute vitesse.

- Pan ! Pan! Pan! Pan! Pan!

Son tir ne parvient pas à se régler.

Robert, méprisant, ne baisse pas les yeux. Il ne tirera, lui, qu’à vingt-cinq mètres. Il se l’est juré. Il ne gaspillera pas ses cartouches. Il veut être sûr, sûr!  La doctrine est formelle, à la 12 : pour obtenir un résultat décisif, il est indispensable d’aller au corps à corps - presque à l’abordage.

Rien ne saurait arrêter ni Navarre ni Robert, ils iront jusqu’au bout ! Les croix de fer de l’Aviatik sont maintenant immenses, toutes noires, sur fond blanc. On est si près, que tous les détails apparaissent. Il est impossible qu’au cours de ce combat, l’un des deux, Aviatik ou Morane, ne soit envoyé par le fond. On ne s’approche pas impunément d’aussi près. Et l’on ne se manque pas à bout portant.

Incomparable manoeuvrier, Navarre exécute différents exercices de voltige pour dérouter le feu de l’adversaire. Il est plus haut que lui. Et brusquement, d’un seul coup, comme un épervier, il se laisse tomber.  Puis il se redresse.

Vingt-cinq mètres !

L’Aviatik est là. On le toucherait ! Suspendu dans le vide, il paraît immobile, terriblement immobile, comme deux trains, lancés à la même vitesse sur deux voles parallèles, se paraissent l’un à l’autre immobiles. Se fusiller de portière à portière n’est plus alors qu’un jeu - pour qui a du moral.

Allons! Qui garde son sang-froid ? Allemagne ou France ?...

Celui de l’ennemi paraît en déroute. Cette ombre d’oiseau de proie gigantesque, qui vient de le coiffer, est terrifiante. Robert a le temps - vision inoubliable - d’apercevoir l’observateur, casqué de cuir, tourner vers lui des veux agrandis sous ses lunettes et le chercher pour l’ajuster.  Pas une seconde à perdre ! Vie ou mort !

Et, pour la première fois, Robert daigne épauler.  Il tire.

Détonation sourde qu’il perçoit à travers la laine de son passe-montagne.

Au coup, le pilote a paru se tasser sur son siège, mais il est là, toujours vivant, ses mains gantées crispées sur le volant de bois. Robert fait jouer la culasse. Grêle crachement.  Il vise de nouveau, calmement.

Deuxième détonation. Le volant du pilote éclate entre ses doigts.

Et c’est la victoire. Tout de suite. En deux balles !

L’Aviatik plonge d’un plongeon forcené, vers la terre. Il descend en spirales éperdues, moteur au ralenti.

Navarre le suit. Il l’accompagne, sans consentir à le lâcher. Poursuite vertigineuse, où Robert, magnanime, a cessé de tirer et voit défiler tantôt le ciel, tantôt la terre, une fuite incohérente de champs multicolores, de forêts, de rivières, de villages. Tour à tour, le soleil et l’ombre passent et repassent sur son visage. Ses oreilles sifflent. Toute sa tête est sonore. Le sol se rapproche, on effleure les arbres. L’Aviatik est toujours là. Blancheur immaculée, il glisse sur le fond vert sombre d’un bois. Il semble redresser. Est-ce une feinte ? Va-t-il tenter de fuir ?  Va-t-il fuir ? Pour bien marquer sa volonté, Robert envoie une troisième balle. Sommation suprême. Mais elle est inutile, l’ennemi est dominé, vaincu.  Il se rend !

Le coeur serré d’une émotion intense, Navarre et Robert voient le pilote allemand choisir un champ bien dégagé, réduire son moteur et enfin se poser. L’hélice est arrêtée.

Alors, dans ce même champ, Navarre atterrit à son tour et tous deux s’avancent, ayant sauté à bas de leur Morane, se dirigent vert l’Aviatik.

Il fait un clair soleil. Des alouettes chantent dans le ciel bleu. C’est le printemps.

Près de l’Aviatik, un homme est debout, immobile. Vêtu d’un manteau verdâtre, déboutonné, à col de fourrure, chaussé de souliers et leggings jaunes, coiffé d’une casquette à petite visière, il attend. C’est l’observateur.

Le pilote s’est hissé péniblement sur le plat-bord, puis s’est allongé sur le fuselage. Sa molletière arrachée, la jambe de sa culotte relevée, il reste là, ensanglanté et blême. La première balle de Robert lui a brisé le tibia.

Observateur et pilote, tous deux sont officiers.

Lorsque les vainqueurs ne sont plus qu’à quelques pas, l’observateur se porte à leur rencontre.  Puis il s’immobilise, raide, les talons joints, la main à sa visière.

- Mon nom est Wittenbùrg, premier lieutenant.

Il est de haute taille, les lèvres rasées, les cheveux tondus au ras du crâne. Ses yeux s’abritent derrière des lunettes à monture d’or. Au turban de sa casquette brille la cocarde de Prusse, blanche et noire. Pareillement blanche et noire, la soie de la Croix de Fer s’enroule à la deuxième boutonnière de sa tunique. Soldat superbe, il est au garde à vous, menton haut.

Il est l’Allemagne.

Silhouette élégante et svelte, visage souriant, sans manières, sans mise en scène, encore coiffé de son casque, Robert rend le salut.

- Lieutenant Robert.

Puis il tend la main à l’ennemi vaincu.

Il est la France.

Alors, à son tour, Navarre se présente.

Syllabes brèves

- Navarre.

Pour la deuxième fois, le lieutenant Wittenbûrg salue.

Puis il contemple son vainqueur.

Navarre ?... Ce nom lui est inconnu.

Mais ce nom-là, dans quelques mois, va faire trembler toute l’aviation allemande. »

René Chambe

Extrait de : « Dans l’enfer du Ciel ».

Ed. Baudinière – 1933.

Posté le 16 février 2015 à 06h42 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

15 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, les colonnes infernales par Reynald SEYCHER (15)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre: Les colonnes infernales par Reynald SEYCHER (15)

Il s’est trouvé des officiers  pour rompre avec les traditions de chevalerie. A la « guerre européenne » décrite par Joseph de Maistre dans le texte précédent, succède la guerre révolutionnaire, idéologique, inaugurée, hélas !  par  l’armée française.
C’est la haine qui devient le moteur du combat et déchaîne les instincts les plus bas.

« Ce n’est que le 8 février 1794 que le Comité de Salut public envoie à Turreau son accord par l’intermédiaire de Carnot :

« Tu te plains, citoyen général, de n’avoir pas reçu du Comité une approbation formelle à tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et pures mais, éloigné du théâtre d’opération, il attend les résultats pour se prononcer : extermine les brigands jusqu’au dernier, voilà ton devoir... »

Dès le 11 février Turreau accuse réception : « J’ai reçu avec plaisir l’approbation que vous avez donnée aux mesures que j’ai prises... », et au représentant Bourbotte, il confie, le 15 février :

« Tu sais que sans aucune autorisation j’ai pris et mis à exécution les mesures les plus rigoureuses pour terminer cette guerre affreuse. Le Comité de Salut public a bien voulu y donner sa sanction, mais j’étais tranquille, je me reposais, qu’il me soit permis de le dire, sur la pureté de mes intentions. »

Ce même jour, le Comité écrit au représentant Dembarrère :

« Tuez les brigands au lieu de brûler les fermes, faites punir les fuyards et les lâches et écrasez totalement cette horrible Vendée... Combine avec le général Turreau les moyens les plus assurés de tout exterminer dans cette race de brigands... »

On peut voir à la lecture de cette proclamation à quel point la responsabilité du Comité de Salut public est entière.

Le 17 janvier, le général Grignon, chef de la première colonne, harangue ses soldats en ces termes :

« Camarades, nous entrons dans le pays insurgé. Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitants sur votre passage. Je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c’est égal, nous devons tout sacrifier. »

Le 19 janvier, Cordelier rédige, à l’intention de ses chefs de corps, des instructions relatives à l’exécution des ordres donnés par Turreau, Le général doit « s’occuper personnellement » de la rive droite de la Loire.

« Il sera commandé journellement et à tour de rôle, un piquet de cinquante hommes pourvu de ses officiers et sous-officiers, lequel sera destiné à escorter les pionniers à faire leur devoir. L’officier commandant ce piquet prendra tous les jours l’ordre du général avant le départ et sera responsable envers lui de son exécution. A cet effet, il agira militairement avec ceux des pionniers qui feindraient de ne point exécuter ce qu’il commanderait et les passera au fil de la baïonnette.

« Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main ou convaincus de les avoir prises, pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, femmes et enfants. Les personnes seulement suspectées ne seront pas plus épargnées, mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l’ait préalablement ordonnée.

« Tous les villages, métairies, bois, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé, sera livré aux flammes après cependant que l’on aura distrait des lieux qui en seront susceptibles, toutes les denrées qui y existeront ; mais on le répète, ces exécutions ne pourront avoir leur effet que quand le général l’aura ordonné. Le général désignera ceux des objets qui doivent être préservés. »

Nantis de ce programme, les républicains stationnés en Vendée se scindent en deux armées : la première s’étend de Saint-Maixent aux Ponts-de-Cé et Turreau, de Cholet, en prend le commandement ; la seconde va des Sables à Paimbœuf et est confiée à Haxo. Toute la Vendée militaire se trouve ainsi encerclée. Ces deux armées comptent chacune six divisions : Dufour à Montaigu, Amey à Mortagne, Huché à Luçon, Grignon à Argenton-Château, Cordelier au Loroux, Beaufranchet, Grammont, Dalliac, Commaire, Charlery, Caffin, Chalbos sont échelonnés de l’est à l’ouest du département de la Vendée. Chacune de ces divisions comprend deux colonnes décomposées en douze corps, devant s’avancer l’un vers l’autre, de l’est ou du nord-est, de l’ouest ou du sud-ouest. En fait, la seconde armée n’est formée que de huit colonnes, chacune de 800 hommes environ, non dédoublées, et grossies de recrues.

Le pays insurgé doit être traversé en six jours. Aussi la marche a suivre est précisée avec détails, de même que la localité à atteindre. Le départ est fixé au 21 janvier, jour anniversaire de l’exécution du roi, l’arrivée au 27. En conséquence, il faut marcher « tantôt de jour, tantôt de nuit ».

Il est difficile de faire un récit global de « cette promenade militaire ». Quelques passages des rapports journaliers, adressés par ses divisionnaires à leur général en chef, excluent tout commentaire.

De Maulévrier, Caffin écrit le 25 janvier 1794 à Turreau :

« Pour le bien de la République, les Echaubrognes ne sont plus ; il n’y reste pas une seule maison. Rien n’a échappé à la vengeance nationale. Au moment où je t’écris, je fais fusiller quatorze femmes qui m’ont été dénoncées... »

Le même jour, un autre chef de colonne, Grignon, qui opère un peu plus loin, dans les Deux-Sèvres, commente de Cerizay :

« Je continue toujours de faire enlever les subsistances, de brûler et de tuer tous ceux qui ont porté les armes contre nous. Cela va bien, nous en tuons plus de cent par jour... J’oubliais de te dire que l’on m’a arrêté une dizaine de fanatiques... ils iront au quartier général. »

Le 26 janvier, de Maulévrier, Caffin poursuit :

« Un détachement de cent cinquante hommes resté à La Tessouale a fait évacuer et incendier toutes les métairies sur la route de Saint-Laurent... J’espère avant ce soir plus de deux cents bœufs et vaches. Tous les bestiaux sont épars dans les champs. Hier j’ai fait brûler tous les moulins que j’ai vus... Aujourd’hui, je peux faire brûler, sans courir de risques, les trois quarts de la ville de Maulévrier. »

Le 27 janvier, de Jallais, Cordelier insiste :

« J’avais ordonné de passer au fil de la baïonnette tous les scélérats qu’on aurait pu rencontrer et de brûler les métairies et les hameaux qui avoisinent Jallais ; mes ordres ont été ponctuellement exécutés et, dans ce moment, quarante métairies éclairent la campagne... »

Le 31 janvier, de Maulévrier, Caffin intervient encore :

« Je te préviens que tout le village d’Yzernay a été incendié hier sans y avoir trouvé ni homme ni femme. Il restait quatre moulins à vent que j’envoie incendier ce matin, n’en voulant pas laisser un seul.

« J’ai fait brûler ce matin toutes les maisons qui restaient à Maulévrier, sans en excepter une seule, si ce n’est l’église où il y a encore beaucoup d’effets qu’il serait à propos d’envoyer chercher de suite...

« Le bourg de Toutlemonde a été incendié avant-hier... »

Le 1er février, à Saint-Laurent, toujours Caffin :

« A midi je t’écris encore de Saint-Laurent... Comme je veux absolument me rendre à La Verrie ce soir, je crains de ne pouvoir incendier tout comme je désirerais... J’ai fait conduire à Cholet trente-deux femmes qui étaient dans le couvent... j’ai trouvé une vingtaine d’hommes de reste que j’ai fait fusiller avant de partir. Si j’en trouve d’autres dans ma route, ils essuieront le même sort... »

Le 3 février, à La Verrie, Caffin termine :

« Je te préviens que j’irai demain matin, avec ma colonne, brûler ce bourg (La Gaubretière); tuer tout ce que j’y rencontrerai sans considération, comme le repaire de tous les brigands. Tout y passera par le fer et par le feu... »

Turreau n’est pas en reste, comme il l’explique dans ses comptes rendus adressés au Comité de Salut public et au ministère de la Guerre.

Le 22 janvier : « Nos troupes immolent aux mânes de nos frères les restes épars de cette exécrable armée. »

Le 24 janvier :

« Mes colonnes ont déjà fait des merveilles ; pas un rebelle n’a échappé à leurs recherches... Si mes intentions sont bien secondées, il n’existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants. Il faut que tout ce qui existe de bois, de haute futaie dans la Vendée soit abattu... »

Le 31 janvier :

« Elles (les colonnes) ont passé au fil de la baïonnette tous les rebelles épars qui n’attendaient qu’un nouveau signal de rébellion... On a incendié métairies, villages, bourgs... On ne peut concevoir l’immensité de grains et fourrages qu’on a trouvés dans les métairies et cachés dans les bois.

« J’ai donné les ordres les plus précis pour que tout soit enlevé de ce maudit pays et porté dans les magasins de la République. Il est parti ce matin pour Saumur un convoi tenant près de deux lieues de long... »

Les officiers subalternes, souvent écoeurés, témoignent eux aussi :

« Amey, écrit l’officier de police Gannet dans un rapport, fait allumer les fours et lorsqu’ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. Nous lui avons fait des représentations ; il nous a répondu que c’était ainsi que la République voulait faire cuire son pain. D’abord on a condamné à ce genre de mort les femmes brigandes, et nous n’avons trop rien dit ; mais aujourd’hui les cris de ces misérables ont tant diverti les soldats et Turreau qu’ils ont voulu continuer ces plaisirs. Les femelles des royalistes manquant, ils s’adressent aux épouses des vrais patriotes. Déjà, à notre connaissance, vingt-trois ont subi cet horrible supplice et elles n’étaient coupables que d’adorer la nation (...) Nous avons voulu interposer notre autorité, les soldats nous ont menacés du même sort » (...).

Le président du district le 25 janvier s’en étonne :

« Tes soldats se disant républicains se livrent à la débauche, à la dilapidation et à toutes les horreurs dont les cannibales ne sont pas même susceptibles... »

Le capitaine Dupuy, du bataillon de la Liberté, adresse à sa sœur, les 17 et 16 nivôse (janvier 1794) deux lettres tout aussi explicites :

« Nos soldats parcourent par des chemins épouvantables les triste déserts de la Vendée... Partout où nous passons, nous portons la flamme et la mort. L’âge, le sexe, rien n’est respecté. Hier, un de nos détachements brûla un village. Un volontaire tua de sa main trois femmes. C’est atroce mais le salut de la République l’exige impérieusement (...) Quelle guerre ! Nous n’avons pas vu un seul individu sans le fusiller. Partout la terre est jonchée de cadavres ; partout les flammes ont porté leur ravage » (...)

« Les délits ne se sont pas bornés au pillage, ajoute Lequenio. Le viol et la barbarie la plus outrée se sont représentés dans tous les coins. On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur des pierres amoncelées le long des grandes routes et les fusiller et les poignarder et sortant de leurs bras ; on en a vu d’autres porter des enfants à la mamelle au bout de la baïonnette ou de la pique qui avait percé du même coup la mère et l’enfant » (...).

« J’ai vu brûler vifs des femmes et des hommes, écrit le chirurgien Thomas. J’ai vu cent cinquante soldats maltraiter et violer des femmes, des filles de quatorze et quinze ans, les massacrer ensuite et jeter de baïonnette en baïonnette de tendres enfants restés à côté de leurs mères étendues sur le carreau... »

Beaudesson, régisseur général des subsistances militaires, qui a suivi de Doué à Cholet la division Bonnaire fait la déclaration suivante :

« La route de Vihiers à Cholet était jonchée de cadavres, les uns morts depuis trois ou quatre jours et les autres venant d’expirer. Partout, les champs voisins du grand chemin étaient couverts de victimes égorgées... Çà et là des maisons éparses à moitié brûlées (...). »

Le général Avril, en ventôse an II, se réjouit d’avoir « couché les insurgés de Saint-Lyphard par terre au nombre de cent. II en a été grillé une quantité dans le brûlis de toutes les maisons du bourg » (…)

Pour tous ces Oradours, à quand la repentance ? »

Reynald Seycher

Extrait de : « La Vendée-Vengé ».

Ed. Perrin – 2006.

Posté le 15 février 2015 à 06h40 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (9)

14 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, “Le sang n’a que trop coulé aujourd’hui…” ou le Pater de d’Elbée par Stéphane HILAND.(14)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : Les Français dans la guerre,Le sang n’a que trop coulé aujourd’hui…” ou le Pater de d’Elbée par Stéphane HILAND.(14)

« La révolte vendéenne est maintenant générale. La Convention rameute des troupes depuis Paris pour la vaincre. C’est ainsi que, le 29 mars 1793, le général Berruyer arrive à Angers. Commandant militaire de Paris, il est chargé de ramener l’ordre en Vendée....

... Les méthodes employées par les républicains sont des plus rudimentaires. Et des plus cruelles. En pleine trêve pascale, ils pénètrent dans les Mauges et pratiquent la terre brûlée. L’un des premiers villages traversés, La Barre, est victime de leur folie meurtrière. Les maisons du bourg sont livrées aux flammes et les habitants, parmi lesquels des femmes et des enfants, sont fusillés sans ménagement.

Dans la campagne environnante, la nouvelle de ces cruautés se répand comme une traînée de poudre. Le tocsin des églises sonne un peu partout, appelant les hommes à reprendre les armes...

Le dimanche 7 avril, ils sont seize mille à se retrouver à Cholet autour de d’Elbée et Cathelineau. Quatre jours plus tard, les paysans sont à Chemillé, sur les bords de l’Hyrôme, où est annoncée l’arrivée des colonnes de Berruyer. Le général républicain attaque avec impétuosité les positions vendéennes, défendues par trois pièces d’artillerie. D’Elbée, en personne, commande le feu des canons et repousse par trois fois les assauts ennemis. C’est alors que Duhoux, officier en second de l’armée républicaine, prend l’initiative de contourner le champ de bataille pour surgir sur les arrières des Vendéens. Sa stratégie est payante. La panique se met dans les rangs des soldats paysans. Au soir de ce 11 avril, la situation de l’armée catholique et royale semble désespérée.

Heureusement, la nuit commence à tomber. Dans l’obscurité, les républicains hésitent à avancer. Les chefs vendéens rallient leurs hommes et lancent une contre-attaque. L’épée à la main, d’Elbée combat avec honneur. A ses côtés, Perdriau, l’un des premiers compagnons d’armes de Cathelineau, s’écroule le corps percé de plusieurs balles. Jacques Cathelineau, sentant que l’issue du combat est proche, monte sur un chariot pour haranguer ses « gars » :

- Courez sur l’ennemi, et faites jouer vos baïonnettes, clame-t-il du haut de son perchoir improvisé. Soldats de Jésus-Christ, ne cessez pas de combattre avant que les « bleus » ne soient terrassés.

Une gigantesque clameur répond à son appel. En quelques minutes, les troupes de Berruyer font retraite, poursuivies par les cavaliers vendéens. La victoire est acquise, mais à quel prix ! Des centaines d’hommes gisent sur le sol. Ce spectacle désolant ravive la colère des paysans. Ivres de vengeance, ils courent vers l’église Saint-Pierre, où sont enfermés une centaine de prisonniers républicains. Apprenant la nouvelle, d’Elbée se précipite à leur rencontre pour éviter une nouvelle effusion de sang. Il attend de pied ferme la foule en colère qui se présente devant le porche du vieux monument :

- Ecartez-vous, mon général, vocifère une voix menaçante. Ce sont des meurtriers sanguinaires. Ces « patauds » ne méritent pas de vivre. A mort, à mort, les « bleus » !

Déjà, une petite dizaine d’hommes armés de fourches et de faux s’avance d’un pas décidé. Mais d’Elbée les tient en respect :

- Mes amis, ne devrions-nous pas plutôt remercier Dieu de nous avoir accordé la victoire ? Allons, mettez-vous à genoux et récitez le Notre Père.

Aussitôt, les paysans s’exécutent. D’Elbée accompagne la prière qui débute :

- Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ...

La voix de d’Elbée se fait alors entendre de tous, interrompant les saintes litanies :

- Mes frères, oseriez-vous maintenant mentir à Dieu en allant massacrer ces malheureux ? Allez-vous en. Retournez en paix. Le sang n’a déjà que trop coulé aujourd’hui.

L’ordre donné fait son effet. La foule se calme et se disperse, vaincue par le Pater de d’Elbée. »

Stéphane Hiland

Extrait de : « Au nom du Christ-Roi. Jacques Cathelineau, général vendéen. »

Ed. Téqui

Posté le 14 février 2015 à 06h38 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (3)

13 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, la guerre européenne par Joseph de MAISTRE (13)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre,La guerre européenne par Joseph de MAISTRE (13)

Joseph de Maistre commente la conduite de la guerre par les princes chrétiens sous l’Ancien Régime.

« Rappelez-vous le grand siècle de la France. Alors, la religion, la valeur et la science s’étaient mises, pour ainsi dire, en équilibre ; il en résulta ce beau caractère que tous les peuples saluèrent par une acclamation unanime, comme le modèle du caractère européen. Séparez-en le premier élément, l’ensemble, c’est-à-dire toute la beauté, disparaît. On ne remarque point assez combien cet élément est nécessaire à tout, et le rôle qu’il joue là-même où des observateurs légers pourraient le croire étranger. L’esprit divin, qui s’était particulièrement reposé sur l’Europe, adoucissait jusqu’aux fléaux de la justice éternelle, et la guerre européenne marquera toujours dans les annales de l’univers. On se tuait, sans doute, on brûlait, on ravageait, on commettait même, si vous voulez, mille et mille crimes inutiles, mais, cependant, on commençait la guerre au mois de mai, on la terminait au mois de décembre ; on dormait sous la toile ; le soldat seul combattait le soldat. Jamais les nations n’étaient en guerre, et tout ce qui est faible était sacré à travers les scènes lugubres de ce fléau dévastateur.

C’était cependant un magnifique spectacle que celui de voir tous les souverains d’Europe, retenus par je ne sais quelle modération impérieuse, ne demander jamais à leurs peuples, même dans le moment d’un grand péril, tout ce qu’il était possible d’en obtenir. Ils se servaient doucement de l’homme, et tous, conduits par une force invisible, évitaient de frapper sur la souveraineté ennemie aucun de ces coups qui peuvent rejaillir. Gloire, honneur, louange éternelle à la loi d’amour proclamée sans cesse au centre de l’Europe ! Aucune nation ne triomphait de l’autre ; la guerre antique n’existait plus que dans les livres ou chez les peuples assis dans l’ombre de la mort ; une province, une ville, souvent même quelques villages, terminaient, en changeant de maître, des guerres acharnées. Les égards mutuels, la politesse la plus recherchée, savaient se montrer au milieu du fracas des armes. La bombe, dans les airs évitait les palais des rois ; des danses, des spectacles, servaient plus d’une fois d’intermèdes aux combats. L’officier ennemi, invité à ces fêtes, venait y parler en riant de la bataille qu’on devait donner le lendemain ; et dans les horreurs mêmes de la plus sanglante mêlée, l’oreille du mourant pouvait entendre l’accent de la pitié et les formules de la courtoisie. Au premier signal des combats, de vastes hôpitaux s’élevaient de toutes parts : la médecine, la chirurgie, la pharmacie, amenaient leurs nombreux adeptes. Au milieu d’eux, s’élevait le génie de saint Jean de Dieu, de saint Vincent de Paul, plus grand, plus fort que l’homme, constant comme la foi, actif comme l’espérance, habile comme l’amour. Toutes les victimes vivantes étaient recueillies, traitées, consolées ; toute plaie était touchée par la main de la science et par celle de la charité… »

Joseph de Maistre

Extrait de : « Les soirées de Saint-Pétersbourg », 7e entretien.

Cité par Louis Veuillot dans « La guerre et l’homme de guerre ».

Ed. Société générale de Librairie catholique – Paris – 1878.

Posté le 13 février 2015 à 06h35 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

12 février 2015

Un jour, un texte! Les Français dans la guerre, deux chevaliers par Marcel BRION (12)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l’ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s’agit plus d’envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d’actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, deux chevaliers par Marcel BRION (12)

Au matin du 30 avril 1524, le chevalier de Bayard, poursuivi par les troupes espagnoles du marquis de Pescara, est blessé mortellement. Il attend la mort au pied d’un chêne et reçoit un dernier hommage de son adversaire.

« Au loin, des escadrons espagnols apparurent, qui se dirigeaient au galop vers le groupe d’hommes rassemblés sous le chêne. Pour épargner à ses compagnons la honte de tomber entre les mains de l’ennemi, Bayard les suppliait de s’éloigner, mais ils n’en voulaient rien faire. Alors le bon Chevalier pria son maître d’hôtel d’écouter sa confession, puisqu’il n’y avait pas là de prêtre qui pût recevoir l’aveu de ses fautes et lui en donner l’absolution. Comme il n’y avait pas de notaire non plus à qui dicter ses dernières volontés, c’est au prévôt de Paris, d’Alègre, qu’il confia son testament rapidement formulé. Il n’avait pas de grands biens à léguer, et tout ce qu’il possédait, il le laissait à son frère Georges du Terrail. Quand il eut ainsi mis de l’ordre dans ses affaires et fait sa paix avec Dieu, il éloigna de lui, doucement, ceux qui l’entouraient.

« Messeigneurs, je vous en supplie, allez-vous-en ; autrement vous tomberiez entre les mains des ennemis, et cela ne me serait d’aucun profit, car c’en est fait de moi. Adieu, mes bons seigneurs et amis, je vous recommande ma pauvre âme. Je vous supplie en outre, monseigneur d’Alègre, de saluer pour moi le roi notre maître. Dites-lui combien je regrette de n’avoir pu le servir plus longuement et que j’en avais bien le désir. Saluez aussi Mgrs les princes, tous Mgrs mes compagnons, et généralement tous les gentilshommes du très honoré royaume de France, quand vous les verrez. »

Ils s’accrochaient à ses vêtements, mais lui les repoussa avec une affectueuse insistance, et comme ils faisaient mine de résister, il fit un geste : j’ordonne. Docilement, ils prirent congé de lui. Ils lui baisaient les mains, avec beaucoup de larmes, et le groupe de cavaliers ennemis grandissait. On voyait briller les cimiers des casques et flotter les étendards.

Joffrey seul restait auprès de lui. Bayard, épuisé, avait fermé les yeux. Le vent agitait les branches du chêne. Quand les plaintes et les gémissements eurent cessé, les oiseaux recommencèrent à chanter.

* * *

Quand Bayard ouvrit les yeux, un chevalier couvert d’une armure splendide, brillant de soies et de panaches était devant lui. Bayard sourit. C’était un adversaire digne de lui, un vaillant soldat, un grand stratège : le marquis de Pescara. Le général espagnol s’était étonné de voir cet homme couché contre un arbre, auprès duquel pleurait un enfant. Quand il reconnut le Chevalier sans peur et sans reproche, le marquis sauta à bas de son cheval et s’approcha, plein de respect et de compassion.

« Plût à Dieu, gentil seigneur de Bayard, qu’il m’en eût coûté une quarte de mon sang, et que, sans mourir, je ne dusse manger chair de deux ans, mais que je vous tinsse en bonne santé mon prisonnier ! Car, par le traitement que je vous ferais, vous apprendriez combien j’ai estimé la haute prouesse qui est en vous. Depuis que j’ai connaissance des armes, je n’ai entendu parler de chevalier qui en toutes vertus ait approché de vous. »

Ainsi parlait-il, pour la grande gloire que Bayard s’était acquise dans toute une vie de vaillance et de dévouement, qui obligeait ses ennemis eux-mêmes à l’admirer et à l’aimer.

« Je devrais être fort aise de vous voir comme je vous vois, dit-il encore, sachant bien qu’en ses guerres l’empereur mon maître n’avait point de plus grand ni plus rude ennemi. Cependant, quand je considère la grosse perte que fait aujourd’hui toute chevalerie, Dieu ne me soit jamais en aide s’il n’est vrai que je voudrais avoir donné la moitié de ce que je possède et qu’il en fût autrement ! Mais puisqu’à la mort il n’y a point de remède, je demande à Celui qui tous nous a créés à sa ressemblance de vouloir retirer votre âme auprès de lui. »

Il le pressa ensuite de se laisser porter dans sa maison, l’assurant que ses chirurgiens le soigneraient si bien qu’on lui garderait la vie, mais Bayard souriait en écoutant ces discours. Car il avait entendu la voix de la mort, et compris qu’elle était déjà auprès de lui, prête à le prendre pour le conduire dans le paradis des valeureux soldats. Jamais gentilhomme n’a usé d’invitations aussi flatteuses et aussi insistantes pour attirer chez lui un hôte princier. Bayard savait que Pescara était sincère dans ses protestations, et que chez ce généreux ennemi il serait traité en chevalier. A quoi bon perdre son temps à disputer à la mort le corps sur lequel elle a déjà posé sa main ? L’âme seule compte et l’âme est à Dieu.

« Laissez-moi sur le champ même où j’ai combattu, répondit simplement le mourant, afin que je meure ici en homme de guerre, comme je l’ai toujours désiré. »

Pescara s’inclina. Pour complaire aux désirs du Chevalier, il fit dresser sa propre tente autour de l’arbre, installa un lit, et de ses propres mains il y déposa l’ennemi blessé. Il n’y avait plus, alors, en présence, deux soldats servant des causes rivales, mais deux chevaliers fraternellement unis par le rite de la chevalerie, animés du même idéal, que les hasards de la vie avaient entraînés à se combattre, alors qu’ils étaient faits pour se comprendre et s’aimer.

Bayard ne voulut pas recevoir les médecins qui se présentèrent pour le soigner. Il accueillit dévotement le chapelain du marquis, auquel il renouvela sa confession faite un instant auparavant au petit Joffrey. Puis il demanda qu’on le laissât seul.

Tandis qu’il se recueillait, Pescara rangeait son armée en ordre de défilé. Les commandements résonnaient d’une extrémité à l’autre des escadrons, on entendait galoper des chevaux, rouler des tambours, sonner des trompettes. Tous ces bruits familiers flottaient autour de l’agonisant. Soudain une grande fanfare retentit, et le pas cadencé des chevaux, la marche lourde des lansquenets. L’armée espagnole défilait devant le Chevalier mourant, inclinant ses étendards au moment où ils arrivaient à la hauteur du chêne. Tel était le dernier adieu de Pescara, le dernier hommage rendu par un vaillant à un autre vaillant. »

Marcel Brion

Extrait de : « Bayard ».

Ed. Hachette – 1953.

Posté le 12 février 2015 à 06h33 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

11 février 2015

Un jour, un texte ! Les Français dans la guerre, un vainqueur magnanime par René Grousset (11)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique sur la guerre a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, elle est un peu modifiée pour montrer : les Français dans la guerre, Un vainqueur magnanime par René Grousset (11)

« Certain jour Baudouin apprend par ses guetteurs qu'un gros campement d'Arabes, avec leurs tentes, leurs femmes, leurs enfants, leurs chevaux, leurs chameaux et leurs ânes, vient de s'établir en Transjordanie. Ramassant avec lui tout ce qu'il peut trouver de gens, il part à l'improviste, passe le Jourdain sans donner l'éveil, se défile dans le lit desséché d'un oued jusqu'aux approches de l'ennemi et attend l'obscurité. Au milieu de la nuit il tombe sur le campement endormi et dans l'affolement de la surprise s'empare de toute cette ville nomade. […] Dans la foule des prisonniers, voici qu'on signale au roi de Jérusalem une jeune femme de haute naissance, épouse d'un puissant cheikh et qui attendait un enfant. Il accourt, la fait descendre de chameau, dispose pour elle une tente avec les plus riches coussins qu'on peut trouver, et dans un grand geste chevaleresque, ôtant son manteau royal, il en recouvre la jeune Bédouine, puis il prend congé d'elle en lui laissant de l'eau, des vivres. Cependant, les Francs une fois repartis, le cheikh, dans une mortelle angoisse, se met en quête de sa femme ; il la retrouve sur place dans le somptueux appareil où l'a laissée Baudouin. De ce jour il jura au prince franc une reconnaissance éternelle. »

René Grousset

Extrait de : « L'épopée des croisades ».

Ed. Plon - Paris – 1939.

Posté le 11 février 2015 à 05h07 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

10 février 2015

Un jour, un texte ! Sully, la guerre, un grand serviteur de l’Etat par Henri POURRAT (10)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, un grand serviteur de l'Etat par Henri POURRAT (10)

(Sully, ministre d'Henri IV)

« Plusieurs personnages déjà arrivés se tiennent là, adossés aux murailles sans parler entre eux, et sans que le Roi leur parle. Il n'a pas plutôt vu entrer Sully qu'il s'avance vers la porte. Selon sa coutume, il pose une de ses mains sur celle de Sully et, la lui serrant : Ha, ha, mon ami, s'écrie-t-il, sur le ton de la plainte, quel malheur, Amiens est pris ! – Comment pris, Sire ? Ha ha ? Vrai Dieu, qui l'a pris ? – Les Espagnols s'en sont saisis par la porte, en plein jour…

Et le Roi raconte que les habitants, qui n'ont pas voulu qu'il les garde en leur donnant une garnison, n'ont pas su se garder eux-mêmes. Des soldats espagnols déguisés en paysans ont amené une charrette sous la herse, ouvert un sac de noix, et tandis que les bourgeois du corps de garde s'occupaient à ramasser les noix, les faux paysans ont fait main basse sur eux et se sont emparés de la porte.

Sully redemande si c'est vrai, si Amiens est bien pris. – Ce n'est que trop vrai, mais quel remède y savez-vous ? – Je n'en sais point d'autre que de le reprendre. – Mais comment et par quel moyen ?

- A quelque prix que ce soit, dit Sully, il faut le reprendre. C'est une affaire faite : ni blâmes ni plaintes n'y apporteront de remède. Le remède, nous l'espérons de votre brave courage et de votre bonne fortune. Je vous ai vu pourchasser des choses plus difficiles. Vivez seulement, portez-vous bien, ne vous mélancoliez point, mettez les mains à l'œuvre, et ne parlons tous, ni ne pensons, qu'à reprendre Amiens.

Le Roi ne voulait pas estimer, comme certains, que le désastre fût irrémédiable. Mais il se demandait comment dénicher bientôt les Espagnols d'une ville si forte et si bien munie ? Il y avait dans Amiens vingt-cinq canons, les équipages, les munitions, les vivres, deux cents mille écus ! Tout ce qu'on avait amassé avec tant de soin et de peines…

- Oui, Sire, et les Espagnols y mettront deux ou trois bons chefs, pour succéder les uns aux autres, s'il le faut, et quantité de bons soldats. Néanmoins il faut s'affermir. Voire s'opiniâtrer d'autant plus que les difficultés paraissent grandes. Si tout ce qu'il y a de bons Français veut s'évertuer et y contribuer selon son courage et ses moyens, on aura bientôt recouvré des hommes, de l'argent, de l'artillerie, des munitions, de quoi reprendre Amiens et peut-être faire encore quelque chose de mieux.

Un homme, un vrai redressé, un de ceux que les désastres renforcent au lieu de les abattre. Le Roi fut obligé de lui dire de n'aller pas si vite, que le seul siège d'Amiens allait donner assez d'ouvrage : Par votre foi, croyez-vous que ce soit si facile que vous le faites, ou, si vous le dites pour relever les courages d'un chacun ? Car, pour vous dire ce que j'en pense, je le tiens un peu plus difficile.

- Oui, Sire, dit Sully, je crois certainement tout ce que j'ai proposé. Mais les choses nécessaires pour cet effet ne se trouveront pas dans votre cabinet, ni par les plaintes des uns, ni par les blâmes des autres. Je n'ai donc plus que faire ici. Permettez que j'aille en mon logis, chercher argent parmi mes papiers. Car il en faut avoir, n'en fût-il point, étant raisonnable de n'épargner personne, puisque tous les gens de bien et vrais Français ont intérêt de ne laisser pas ainsi une telle tanière d'ennemis irréconciliables si proche de la capitale du royaume, et vaut mieux, comme l'on dit en commun proverbe, pays ruiné que pays perdu.

On le voit dans cette nuit de désarroi au Louvre, où le vent d'hiver sifflant par les joints des fenêtres fait vaciller les flammes des chandelles au milieu de tout ce noir. Il est là, lui, avec sous son grand front dégarni déjà, ses yeux qui flambent. Le voilà avec ses papiers de ministre, et ses proverbes de gentilhomme champêtre. Tout en feu de colère, d'opiniâtreté, de terrible zèle. Il va se battre contre les chiffres et les difficultés, contre la veulerie des uns, la lâcheté ou même le mauvais vouloir des autres. Comme un sanglier acculé, il bousculera tout. Il va faire travailler son cerveau et le jeter contre un monde d'embarras et de calamités. De ses idées et de ses additions, toutes grondantes sous son crâne, il fera sortir des canons, des sacs d'écus et des régiments. Il poussera tout cela vers le Roi pour que, de tous ces moyens, le Roi leur refasse une belle France. »

Henri POURRAT

Extrait de : « Sully et sa grande passion »

Ed. Flammarion – 1942

Posté le 10 février 2015 à 05h04 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

09 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, la volonté par Alain DECAUX (9)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, la volonté par Alain DECAUX (9)

« Sept mois plus tôt, le 22 novembre 1914, le capitaine Bernard-Thierry, commandant l'Ecole des pilotes à l'aérodrome de Pont-Long, près de Pau, a vu entrer dans son bureau un monsieur de grande allure, arborant une moustache agressive et escorté d'un adolescent blafard, transparent à force de maigreur. Le monsieur s'est présenté comme étant Paul Guynemer, « ancien officier ». Bernard-Thierry a tout de suite senti que, derrière lui, il y avait « beaucoup d'argent et quelques châteaux ». Déjà le père s'explique. Poli, correct, mais sachant ce qu'il veut, il expose que son fils – le gringalet n'ouvre pas la bouche – a fait de bonnes études à Stanislas, qu'il a préparé Polytechnique mais que sa santé délicate l'a empêché d'y entrer.

Le capitaine se demande où ce M. Guynemer veut en venir. Il a autre chose à faire que d'écouter des confidences sur les études secondaires d'un fils souffreteux. Tout se résume en peu de mots : ce fils veut se battre. Au premier jour de la guerre il a déclaré à son père : je m'engage. Le père a répondu : je t'envie. Ils étaient comme ça, les grands bourgeois de 14. Ce dialogue s'est échangé à Biarritz où les médecins avaient expédié la famille Guynemer pour le bien du petit Georges, affirmant que l'air du pays basque était propre à redonner la santé à ceux qui n'en avaient pas.

En regardant Georges Guynemer, le capitaine Bernard-Thierry ne peut s'empêcher de penser que ces médecins étaient des ânes. La santé, il est sûr que ce gosse n'en aura jamais. C'est d'ailleurs ce qu'ont estimé les majors du centre de recrutement de Bayonne. On a pesé Georges : un peu plus de 40 kilos pour 1 m 70. On a tâté ses muscles : inexistants. Comment marcherait-il quarante kilomètres par jour ? Comment porterait-il le sac et le fusil ? Ajourné pour faiblesse de constitution.

M. Guynemer parle toujours : son fils a pris cela comme une insulte. Il ne s'en est pas remis. Une lourde erreur du service de santé, assure le père avec force. Le petit est beaucoup plus robuste qu'il n'y paraît. Il est de première force au fleuret comme à l'épée et bon joueur de tennis. Depuis son plus jeune âge, il rêve d'aviation. Il a même reçu le baptême de l'air. Il ne quitte pas la plage de Biarritz d'où s'envolent tant d'aviateurs. C'est l'un d'eux, d'ailleurs, qui lui a conseillé d'aller à Pau pour y rencontrer le capitaine Bernard-Thierry.

L'officier enveloppe dans le même regard ce père loquace et ce fils muet. Quand M. Guynemer lui demande d'accorder à son fils l'honneur de s'engager en qualité d'élève pilote, il répond par une fin de non-recevoir : ce n'est pas à lui de désigner les élèves pilotes. Ceux-ci sont obligatoirement choisis par le ministère la Guerre parmi les hommes de troupe qui ont achevé leurs classes. Que ce jeune homme fasse ses classes et l'on verra. Pour la première fois, le père abandonne sa superbe. Tristement, il confie que son fils s'est présenté dans cinq ou six bureaux de recrutement et que partout il a été refusé.

Rien à faire, conclut le capitaine Bernard-Thierry. Il se lève pour signifier à ses visiteurs que l'entretien est terminé : « Or, ayant accompagné ces messieurs jusqu'à la porte de l'école, je m'aperçus que Georges Guynemer pleurait. » Touché, le capitaine. Il faut dire que, le 22 novembre 1914, on a vraiment besoin de toutes les énergies. Certes Joffre vient de gagner la bataille de la Marne, mais le haut commandement n'en réclame que davantage de recrues. Des hommes, des hommes et encore des hommes ! Et soudain, devant Bernard-Thierry, un adolescent pleure parce qu'on ne veut pas de lui pour se battre.

Le capitaine a regagné son bureau, il s'est plongé dans ses papiers et puis, brusquement, il s'est levé pour appeler son planton :

-  Saute sur ton vélo, va me chercher les deux messieurs qui sortent d'ici. Ramène-les moi !

L'ennui, c'est que le père du gosse est venu avec son automobile et son chauffeur. Le planton les a quand même rattrapés. Les voici de retour dans le bureau. Du coup, il ne pleure plus, le garçon. Il observe le capitaine avec une attention extrême. On dirait qu'il le transperce du regard. Un quart d'heure plus tôt, Bernard-Thierry ne voyait en lui qu'une mauviette. Maintenant, il ressent l'impression d'être confronté à de l'énergie à l'état pur. Il s'étonnerait moins s'il savait qu'un jour, à Stanislas, le même garçon, qualifié de plus petit de la classe, a giflé un professeur !

-  Avez-vous des notions de mécanique ? demande le capitaine.

Le père répond : c'est bien simple, son fils sait tout faire. Tant de détermination achève de convaincre Bernard-Thierry. Il propose d'engager le garçon, pour la durée de la guerre, « au titre du service auxiliaire comme élève mécanicien d'avion ». Ensuite ? A chaque jour suffit sa peine ! Le bureau de recrutement n'a le droit de recruter que des spécialistes ? Pendant qu'il y est, le capitaine signe, à l'intention de cet invraisemblable « client », un certificat d'aptitude professionnelle. Plus tard, il jurera que ce fut là le seul faux de sa vie. Nous le croyons sur parole. Comme Georges Guynemer n'a pas vingt ans, son père a signé de son côté pour son fils une autorisation d'engagement. »

Alain DECAUX

Extrait de : « C'était le XXème siècle »,

Le regard de Guynemer

Posté le 9 février 2015 à 05h33 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

08 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, Un grand chef par le Maréchal Philippe PETAIN (8)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, Un grand chef par le Maréchal Philippe PETAIN (8)

(Le Maréchal Foch)

« Désormais, le but de la guerre apparaît dans toute son ampleur et sa cruelle netteté : il est devenu la destruction non d'une armée, mais d'une nation.

La vaste bataille, entamée le 18 juillet 1915 sur les bords de la Marne, approche de son dénouement. Le 12 octobre, les Allemands ont consommé la presque totalité de leurs réserves ; le moment semble venu de lancer l'attaque décisive.

Cependant, l'admirable manœuvre ne s'accomplira pas. Le grand Soldat, qui avait fait de l'attaque décisive l'aboutissement de sa doctrine et la clef de voûte de son enseignement, devra reposer son épée avant d'avoir détruit son adversaire. L'armistice qu'il signe le 11 novembre 1918, en territoire français, épargne à l'orgueilleuse armée allemande un humiliant désastre et lui permet de repasser le Rhin sans être inquiétée.

Pourtant la victoire, quoique inachevée, était éclatante. Elle couvrait le maréchal Foch d'une gloire impérissable, plus pure que celle des grands conquérants, parce qu'il l'avait acquise au service du Droit, plus retentissante et plus rare, parce qu'il avait sauvé, non seulement son Pays mais le monde civilisé.

A cette victoire, la France entière participait, car, à ce long effort, chacun avait apporté sa contribution. Le triomphe venait récompenser non seulement la valeur des chefs, mais aussi l'héroïsme des soldats, le labeur des usines et les vertus patriotiques de tout un peuple.

Une fois de plus, à une heure grave de son histoire, la France a vu surgir des profondeurs de la race, pour réunir, diriger et exalter ses forces combatives, une haute Intelligence et un grand Caractère. Car, en définitive, la force de la Pensée et celle de la Volonté sont les traits essentiels de la physionomie de Foch.

Dans les situations à demi désespérées, arc-bouté sur sa conviction, se refusant à tout abandon, contraignant ses subordonnés à la même attitude, au besoin presque malgré eux, il leur communiquait la flamme qui l'animait. S'il a pu conduire ses opérations avec une pareille maîtrise, c'est qu'une pensée exceptionnellement ferme lui en avait montré clairement le but. Cette pensée, il l'avait nourrie aux sèves de l'Histoire. Travailleur acharné, il avait fouillé le passé pour y trouver, non des exemples à copier, mais des leçons à méditer, et sur ces leçons il avait profondément réfléchi. Selon son expression, il avait appris à penser. »

Maréchal Philippe PETAIN

Extrait de : « Actes et Ecrits »,
discours de réception à l'Académie française en 1931

Ed. Flammarion – 1974

Posté le 8 février 2015 à 05h31 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (12)

07 février 2015

Un jour un texte ! La guerre, le Commandement par le Général de LA PORTE du THEIL (7)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, le Commandement par le Général de La Porte du Theil (7)

« La discipline dans les chantiers a une forme particulière. Restez près de vos hommes, soyez fraternels, accueillants, compréhensifs. Mais que cela ne dégénère pas en camaraderie de mauvais aloi. Vous avez le devoir strict d'obtenir l'obéissance et le respect, d'en recevoir les marques extérieures en toute circonstance. Exigez-les sans raideur, sans jamais aucune violence ou écart de langage, comme il se doit entre Français, en excusant largement ceux qui ne savent pas, ou n'ont pas hélas ! L'habitude, mais avec fermeté et persévérance.

Sinon, vous serez débordés. (…)

Nous avons exigé la soumission extérieure, pour ainsi dire physique de nos garçons à la vie qui leur est imposée ; il faut maintenant obtenir leur adhésion de cœur. C'est une tâche très lourde, difficile, qui exige à la fois beaucoup de dévouement et d'abnégation, du tact, de la perspicacité, du courage et de la persévérance.

Le seul obstacle que vous puissiez rencontrer et qu'il soit à peu près impossible de vaincre, c'est la force d'inertie totale contre laquelle se brise toute bonne volonté, mais cette force d'inertie totale est très rare chez des sujets jeunes. Beaucoup sont accessibles, émotifs, certains sont ardents, enthousiastes, d'autres se présentent à vous comme couverts d'une cuirasse qui les défend contre votre action, contre une incursion de votre part dans leur domaine privé. Mais il n'y a pas de cuirasse qui n'ait un défaut ; ce défaut, il vous appartient de le chercher, de le trouver, et après avoir touché le point faible de votre homme, de vous en servir pour son bien et celui de la collectivité.

Premier moyen : payer d'exemple, toujours, en toutes circonstances être présent, exact, actif, vigilant.

Deuxième moyen : être essentiellement humain, c'est-à-dire le plus près possible du cœur des Jeunes dont vous devez apprendre à connaître les réactions et pouvoir les pressentir. Soyez justes, mais sincères et vrais. Vous avez de belles et bonnes idées, pensez donc tout haut. Sachez comprendre et être fraternels. La main de fer dans un gant de velours, mais un velours de belle qualité.

Troisième moyen : leur donner non pas le sentiment, mais la preuve palpable que leurs chefs ne sont pas là exclusivement pour les « diriger », seulement au sens hiérarchique du mot, mais pour les « diriger » et les « protéger » à la fois, veillant sur leur bien-être, leur santé, leurs besoins, leur travail et leurs distractions. Pour cela, il est indispensable que les chefs vivent beaucoup plus près de leurs hommes et s'associent à eux aux heures de détente qui sont parfois gaies, mais aussi parfois mélancoliques, étant donné les situations douloureuses dans lesquelles beaucoup se trouvent placés.

Au début, votre présence sera une gêne, certes, mais il vous appartiendra de détendre l'atmosphère ; il faut qu'une intimité de bon aloi s'établisse entre vos Jeunes et vous, qu'ils aient confiance en vous, qu'ils soient fiers de vous, et peu à peu qu'ils s'attachent à vous. Parlez-leur et que votre conversation soit directe, percutante. Intéressez-vous à leur vie, à leurs projets, à leur famille, racontez-leur de belles choses ; il n'en manque pas dans le passé récent ou ancien de notre pays ; narrez-leur les actes de dévouement ou d'héroïsme dont vous avez entendu parler ou dont vous avez été témoin. Dites-vous que la plupart de ces garçons ont été émus à notre premier rassemblement, lorsqu'on leur a présenté les couleurs, et cette émotivité d'un caractère élevé doit être développée.

Beaucoup d'entre vos Jeunes vous cherchent, j'en ai la preuve, ou du moins cherchent à se serrer autour d'un entraîneur, il faut qu'ils vous trouvent et que vous soyez ce guide. »

Général de La Porte du Theil

Extrait de : «Un an de commandement des Chantiers de Jeunesse »

Posté le 7 février 2015 à 01h28 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

06 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, Honneur et Fidélité par Hélie DENOIX DE SAINT MARC (6)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, Honneur et Fidélité par Hélie DENOIX DE SAINT MARC (6)

Déclaration du commandant Hélie Denoix de Saint Marc

Commandant par intérim le 1er Régiment Etranger de Parachutistes (1° R.E.P.)

Devant le Haut tribunal Militaire, le 5 juin 1961.

« Le lundi 5 juin en fin d'après-midi, le procureur Reliquet se rend auprès de M. Patin, président du haut tribunal militaire. Il raconte :

« Je lui fais part de mon entretien avec Messmer, des instructions écrites que j'ai reçues et de la décision que j'ai prise. Le président Patin me demande comment je vais justifier mon attitude. Je lui réponds que j'exposerai au haut tribunal les arguments que j'ai tenté de faire valoir devant le ministre des Armées. M.Patin, gaulliste inconditionnel, me désapprouve de ne pas m'incliner devant la volonté du maître. Je lui dis que je regrette notre désaccord, mais que je ne puis me ranger à sa manière de voir. Je recherche l'équité et non à plaire au gouvernement. »

Tendu par l'épreuve qui l'attend, devant ses juges et la presse, Saint Marc est conduit dans un camion grillagé de la prison de la Santé au Palais de Justice. Trois gardes mobiles qui ont servi en Indochine, ne sachant pas très bien comment se comporter, se mettent au garde-à-vous devant le fourgon. Par les fentes d'aération, Saint Marc tente de saisir quelques éclairs de liberté : la foule qui se presse, un couple qui s'embrasse, des rires volés au passage, le soleil aussi.

A 13 heures, dans la grande salle d'audience de la 1re Chambre de la cour d'appel de Paris, Hélie Denoix de Saint Marc fait une entrée à sensation en uniforme d'apparat, béret vert et décorations sur la poitrine. Un choix provocateur : « J'ai trouvé que vraiment, il y allait fort. Mais c'était bien dans son caractère : ne pas composer, ne pas faire de concessions », commente le Père Moussé, son camarade de Buchenwald.

L'air étonnamment juvénile, les traits tendus, Saint Marc sort d'une sacoche de cuir noir un texte de quatre pages, écrit presque d'un trait dans sa cellule de la Santé.

« Ce que j'ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d'homme, Monsieur le président, j'ai vécu pas mal d'épreuve : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d'Algérie, Suez, et encore la guerre d'Algérie

« En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l'adversaire, maintenir l'intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l'égalité politique.

« On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l'accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l'indifférence, l'incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se joints à nous comme camarades de combats, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

« Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu'il fallait apprendre à envisager l'abandon possible de l'Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d'un cœur léger. Alors nous avons pleuré. L'angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir.

« Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d'abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l'évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phu, de l'entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français.

« Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d'Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et les mechtas d'Algérie :

« L'Armée nous protègera, l'armée restera. »

Nous pensions à notre honneur perdu.

« Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l'espoir et la victoire.

« Le général Challe m'a vu. Il m'a rappelé la situation militaire. Il m'a dit qu'il fallait terminer une victoire entièrement acquise et qu'il était venu pour cela. Il m'a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s'étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur.

« Alors j'ai suivi le général Challe. Et aujourd'hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er R.E.P., car ils ont agi sur mes ordres.

« Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c'est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! Je sais, Monsieur le président, il y a l'obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d'officier qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l'avons connu à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l'Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous nous sommes attachés aussi passionnément qu'au sol de nos provinces natales.

« Monsieur le président, j'ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans, j'ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.

« C'est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d'honneur, que le 21 avril, à treize heures trente, devant le général Challe, j'ai fait mon libre choix.

« Terminé, Monsieur le président»

Laurent Beccaria

Extrait de « Hélie de Saint Marc »

Ed. Perrin

Posté le 6 février 2015 à 06h12 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (3)

05 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, la discipline par Paul CLAUDEL (5)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, la discipline par Paul CLAUDEL (5)

« MAURICE – Qu'est-ce qu'un soldat ? (Un temps) Un oiseau voyageur… mais qui ne suit jamais son plaisir ni sa fantaisie et qui ne règle pas son vol sur la rigueur ou la douceur de la saison. On lui commande d'aller – et il va ; de s'arrêter – et il s'arrête ; de frapper – et il frappe ; de se faire tuer – et il meurt. Et c'est bien ainsi. Il est dans les mains de son supérieur, comme dans la main du Créateur la créature, et il détient sur la terre le privilège de proposer aux autres hommes l'image de l'obéissance parfaite qui règne dans le ciel – et qui devrait partout régner. (Tristement) Mais l'obéissance n'est plus aimée, même chez les chrétiens.

EXUPÈRE – Oh ! chef ! Pourvu qu'elle soit à peu près maintenue.

MAURICE – Non, Exupère, non ! Obéir sans amour c'est, selon moi, mal obéir. Je ne saurais souffrir qu'on diminue une vertu si haute. – N'oublie pas que c'est à son ombre que, dans notre métier, croissent toutes les autres vertus : l'humilité, la pauvreté, la patience… la chasteté et la bravoure… le respect du chef et le don de soi.

EXUPÈRE – Les vertus chrétiennes sont donc des vertus militaires ?

MAURICE – Je le crois, ami. Ce qui fait le vrai soldat, comme le vrai chrétien, c'est le détachement de tout. – Aussi bien, il ne lui vaut rien, s'il a une famille, une maison, un champ, de trop songer à ce qu'il laisse. Il rentrera dans son bien lorsqu'il sera vieux. En attendant il est pareil aux apôtres pêcheurs, débauchés par Jésus au bord des lacs de Galilée. Comme eux, il a opté pour un plus haut devoir qui consiste à suivre le maître. Et tant qu'il n'a pas versé tout son sang ou épuisé toute sa force, il n'est pas quitte envers celui-ci.

EXUPÈRE, après un temps de réflexion – Vous ne m'en voudrez pas de vous le dire en face. Oui, chef, je connais certains maîtres auxquels il est facile d'obéir. Ceux-là ont qualité pour commander aux hommes, au nom du Maître tout-puissant qui délègue le commandement à tel ou tel. Ceux-là sont dignes, bons et justes. Mais, s'ils ne le sont pas, dois-je les écouter ?

MAURICE – Sans doute.

EXUPÈRE – Même s'ils donnent l'exemple de tous les vices ?

MAURICE – Tu le dois.

EXUPÈRE – S'ils sont ivrognes, fourbes, débauchés, prévaricateurs ?

MAURICE – Certainement.

EXUPÈRE – Même s'ils persécutent mes frères ?

MAURICE – Oui. Même en ce cas, Exupère. Et d'autant plus tu devras te montrer fidèle – à condition qu'ils ne te commandent pas le mal… je veux dire rien de contraire à ce que prescrit notre loi. Ici s'arrête leur pouvoir, au nœud de notre conscience ; mais seulement ici. »

Paul CLAUDEL

Extrait de : « Saint Maurice et ses compagnons »

Posté le 5 février 2015 à 07h09 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

04 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, l’esprit de sacrifice par Étienne de MONTETY (4)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, l'esprit de sacrifice par Étienne de MONTETY (4)

« Dans l'autocar, le silence règne. Les condamnés, assis sur les cercueils, sont encadrés par des soldats de la Wehrmacht, désignés pour former le peloton d'exécution : dix militaires allemands, originaires de Sarre et de Thuringe, assis, eux sur les banquettes. L'intérieur du car est éclairé, pour prévenir toute tentative d'évasion, jetant sur la scène une lumière lugubre. A l'avant du véhicule, un magistrat en uniforme d'officier allemand, l'Oberleutnant Keyser ; il présidait il y a trois mois le tribunal militaire qui a envoyé ces hommes au peloton. A ces côtés, un prêtre, soutane noire et brassard de la Croix-Rouge : l'abbé Franz Stock.

Quelques heures plus tôt, vers 4h30, l'aumônier est venu dans la cellule des trois hommes pour célébrer la messe. En ce jour décollation de Saint Jean-Baptiste, le précurseur du Christ. Pour la circonstance, l'église catholique revêt des ornements liturgiques rouges, du sang de ses martyrs. D'Estienne d'Orves en a fait la remarque à ses amis : cette coïncidence est pour eux une grâce extraordinaire, un signe de promesses. La messe, servie par Doornik, a été suivie avec ferveur par ses compagnons. Tous trois ont communié. Puis les prisonniers ont retenu l'abbé Stock pour que celui-ci prenne le petit déjeuner avec eux. Ils lui doivent tant de sollicitude, de services, de prières. N'a-t-il pas maintes fois passé outre le règlement, communiquant du courrier hors de la prison, le soustrayant au contrôle des autorités militaires ? Jusqu'à ce petit manuel du soldat chrétien réédité par ses soins, qui les a soutenus en captivité au point que les condamnés ont demandé à pouvoir l'emporter jusqu'au poteau d'exécution.

Le convoi traverse Paris, désert à cette heure matinale. Pas de témoins aux fenêtres, c'est encore le couvre-feu. On croise des monuments, des bâtiments publics, dans la pâleur de l'aurore : Saint-Pierre de Montrouge, Montparnasse, les invalides, le Grand Palais, l'étoile. Honoré d'Estienne d'Orves rompt le silence pour faire à ses deux camarades un exposé sur chacun des édifices aperçus. Mais l'heure n'est plus au tourisme. Ensemble, ils récitent la prière des agonisant : Adjutorium nostrum in nomine Domini, « Notre secours est dans le nom du Seigneur ». Puis ils se mettent à chanter. Le trajet dure une heure. Pour ces hommes qui vont mourir, c'est court. Pour les soldats chargés de leur exécution, c'est interminable.

Voici Suresnes et sa colline, et la forteresse qui, jusqu'à la guerre, abritait le 8e régiment du génie. L'endroit offre le double avantage d'être près de Paris et à l'écart. Sur le mont Valérien, il faut suivre un sentier raide, entre les arbres, qui conduit à une petite chapelle désaffectée. Jusqu'au milieu du XIX ème siècle, l'endroit était une des résidences de l'évêque de Nancy. Derrière les remparts de la forteresse s'élève l'élégante demeure du prélat, Mgr Forbin-Janson, dont les fenêtres sont surmontées d'un blason représentant ses armoiries : une croix de lorraine. Les condamnés ont-ils perçu ce détail, clin d'œil insolite du hasard à leur cause ? Ils n'en ont pas le temps. Déjà ils sont conduits par un chemin sous les arbres jusqu'à une clairière encaissée, en contrebas. Dans le fond, un talus contre lequel se dressent des poteaux. Non loin, un tunnel de pierre où se range le convoi et où l'on dispose les cercueils. Les trois condamnés descendent de l'autocar.

D'Estienne d'Orves prend la parole et demande une faveur pour lui et ses camarades : ne pas avoir les yeux bandés, ni les poignets entravés. Requête acceptée. Chacun d'entre eux s'agenouille et reçoit de l'abbé Stock une dernière bénédiction. Leur air apaisé frappe les présents. Ils semblent ne plus appartenir à ce monde.

Honoré d'Estienne d'Orves s'approche du président Keyser et lui déclare : « Monsieur, vous êtes officier allemand. Je suis officier français. Nous avons fait tous les deux notre devoir. Permettez-moi de vous embrasser. »

Et, devant les soldats interdits, les deux hommes se donnent l'accolade. Enfin les condamnés font face au peloton, l'ordre claque, puis les coups de feu. L'on entend distinctement « Vive la France » et les trois hommes s'écroulent. Yan Doornik a encore la force de tracer en l'air un signe de croix, en témoignage de pardon. Il est 7 heures, le 29 août 1941. »

Étienne de Montéty

Extrait de : « Honoré d'Estienne d'Orves, un héros français »

Ed. Perrin

Posté le 4 février 2015 à 06h27 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (5)

03 février 2015

Un jour, un texte ! la guerre, le soldat par Joseph de MAISTRE (3)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, le soldat par Joseph de MAISTRE (3)

« Ce métier de la guerre, comme on pourrait le croire ou le craindre, si l'expérience ne nous instruisait pas, ne tend nullement à dégrader, à rendre féroce ou dur, au moins, celui qui l'exerce : au contraire, il tend à le perfectionner. L'homme le plus honnête est ordinairement le militaire honnête ; et, pour mon compte, j'ai toujours fait un cas particulier du bon sens militaire. Je le préfère infiniment aux longs détours des gens d'affaires. Dans le commerce ordinaire de la vie, les militaires sont plus aimables, plus faciles et souvent même, à ce qu'il m'a paru, plus obligeants que les autres hommes.

Au milieu des orages politiques, ils se montrent généralement défenseurs intrépides des maximes antiques, et les sophismes les plus éblouissants échouent presque toujours devant leur droiture. Ils s'occupent volontiers des choses et des connaissances utiles.

La religion chez eux se marie à l'honneur d'une manière remarquable et, lors même qu'elle aurait à leur faire de graves reproches de conduite, ils ne lui refuseront point leur épée si elle en a besoin.

On parle beaucoup de la licence des camps ; elle est grande sans doute ; mais le soldat communément ne trouve pas ces vices dans les camps, il les y porte. Un peuple moral et austère fournit toujours d'excellents soldats, terribles seulement sur le champ de bataille. La vertu, la piété même, s'allient très bien avec le courage militaire ; loin d'affaiblir le guerrier, elles l'exaltent.

Le cilice de Saint Louis ne le gênait point sous la cuirasse. Voltaire même est convenu de bonne foi qu'une armée prête à périr pour obéir à Dieu serait invincible. Les lettres de Racine nous ont appris que, lorsqu'il suivait l'armée de Louis XIV en 1691, jamais il n'assistait à la messe dans le camp sans y voir quelque mousquetaire communier avec la plus grande édification… Rien ne s'accorde dans ce monde comme l'esprit religieux et l'esprit militaire. »

Joseph de MAISTRE

Extrait de : « Les Soirées de Saint-Pétersbourg »,

septième entretien.

Posté le 3 février 2015 à 06h24 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

02 février 2015

Un jour un texte ! La guerre, un esprit offensif par le Général WEYGAND (2)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, Un esprit offensif par le Général WEYGAND (2)

« Il n'y a pas d'armée capable de vaincre si elle n'est animée d'un esprit offensif, principal facteur de sa valeur combative. Le devoir des cadres est de former des unités pénétrées de cet esprit.

Est-il besoin de redire le mal, la dose de faiblesses apportée à la défense du pays par la notion si souvent mise en avant, d'une armée défensive. Ce qui ne veut à proprement parler rien dire. Car offensive et défensive ne s'opposent nullement ; ce ne sont pas des qualités, ce sont des formes de combat aussi indispensables l'une que l'autre. Aucune opération offensive ne peut se passer d'actions d'ordre défensif dans certaines parties du front, extérieures au front d'attaque, ou à certains moments sur ce front lui-même pour assurer la possession du terrain conquis. De même aucune stratégie initialement défensive, aucune opération défensive ne peut atteindre son objet sans passer, le moment venu, à l'attaque. La troupe doit donc être rompue à la pratique des meilleurs procédés d'attaque et de défense.

Mais elle doit être animée du plus pur et plus vif esprit offensif, d'un esprit guerrier, c'est-à-dire d'une volonté opiniâtre de dominer l'adversaire ; quel que soit le succès obtenu, vouloir l'étendre encore ; quel que soit l'avantage gagné par l'ennemi, ne pas l'en laisser jouir en sécurité. Que celui-ci sente en face de lui une volonté de pénétration, de réaction, vigilante, agressive, opiniâtre, qui le tienne toujours sous une menace.

Une troupe animée de cet esprit offensif est prête à faire plus qu'on ne lui demande. Plus forte ou plus faible, elle est toujours redoutable à l'ennemi, parce que jamais soumise à sa volonté. Esprit d'ailleurs en plein accord avec les qualités instinctives reconnues de tout temps au soldat français, auxquelles le combat moderne donne les plus fréquentes occasions de s'exercer. Mais instinct qu'il faut réveiller s'il s'est assoupi, et cultiver sans relâche, car c'est l'essentiel de l'instruction d'une troupe pour le combat. L'instructeur doit créer dans ses exercices une atmosphère de guerre, faire apparaître des situations appelant de nouvelles dispositions et donner à ses cadres l'occasion de les orienter dans le sens offensif. »

Général WEYGAND

Extrait de : « Forces de la France »

Editions contemporaines Boivin et Cie – 1951

Posté le 2 février 2015 à 06h20 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

01 février 2015

Un jour, un texte ! La guerre, les Français par Charles Péguy (1)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots.

Notre premier ministre a déclaré que la France est en guerre. Mais l'ennemi est chez nous, au sein même de la population française. Il ne s'agit plus d'envoyer des professionnels, formés et aguerris combattre loin de nos terres, mais de se battre contre un ennemi sournois et impitoyable, qui use pour ses attaques de toutes nos libertés et des droits des citoyens français. Avant de faire une telle déclaration, encore eût-il fallu cultiver au sein du peuple français les valeurs qui font la force morale des nations. Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui : la guerre, les Français par Charles Péguy (1)

Dieu et les français

« Tels sont nos Français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. Il s'en faut. Ils ont même beaucoup de défauts.

Ils ont plus de défauts que les autres.

Mais avec tous leurs défauts je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts.

Je les aime comme ils sont. Il n'y a que moi, dit Dieu, qui suis sans défaut.

Nos Français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu de saints, beaucoup de pécheurs.

Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. Et trois cents pécheurs. Et plus.

Mais j'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un pécheur qui n'en a pas. Non, je veux dire :

J'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un neutre qui n'en a pas.

Or ces Français, comme ils sont, ce sont mes meilleurs serviteurs.

Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats dans la croisade.

Or il y aura toujours la croisade.

Enfin ils me plaisent. C'est tout dire. Ils ont du bon et du mauvais.

Ils ont du pour et du contre. Je connais l'homme.

Je sais trop ce qu'il faut demander à l'homme.

Et surtout ce qu'il ne faut pas lui demander.

O mon peuple français, dit Dieu, tu es le seul qui ne fasse point des contorsions.

Ni des contorsions de raideur, ni des contorsions de mollesse.

Et dans ton péché même tu fais moins de contorsions.

Que les autres n'en font dans leurs exercices.

Quand tu pries, agenouillé tu as le buste droit.

Et les jambes bien jointes bien droites au ras du sol.

Et les pieds bien joints.

Et les deux mains bien jointes bien appliquées bien droites.

Et les deux regards des deux yeux bien parallèlement montant droit au ciel.

O seul peuple qui regarde en face.

Et qui regardes en face la fortune et l'épreuve.

Et le péché même.

Et qui moi-même me regarde en face.

Et quand tu es couché sur la pierre des tombeaux.

L'homme et la femme se tiennent bien droits l'un à côté de l'autre.

Sans raideur et sans aucune contorsion.

Bien couchés droits l'un à côté de l'autre sans faute.

Sans manque et sans erreur.

Bien pareils. Bien parallèlement.

Les mains jointes, les corps joints et séparés parallèles.

Les regards joints.

Les destinées jointes. Joints dans le jugement et dans l'éternité.

Et le noble lévrier bien aux pieds.

Peuple, le seul qui pries et le seul qui pleure sans contorsion.

Le seul qui ne verse que des larmes décentes.

Et des larmes perpendiculaires.

Le seul qui ne fasse monter que des prières décentes.

Et des prières et des vœux perpendiculaires.

Peuple, les peuples de la terre te disent léger parce que tu es un peuple prompt.

Les peuples pharisiens te disent léger parce que tu es un peuple vite.

Tu es arrivé avant que les autres soient partis.

Mais moi je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.

O peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point trouvé léger en foi.

O peuple inventeur de la croisade je ne t'ai point trouvé léger en charité.

Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler, il n'y en a que pour eux.

C'est embêtant, dit Dieu, quand il n'y aura plus ces Français,

Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre. »

 

Charles PEGUY,
mort au champ d'honneur le 5 septembre 1914.

Extrait de : « Le mystère des Saints Innocents »

 

Posté le 1 février 2015 à 06h16 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

21 janvier 2015

Un jour, un texte !

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois : le soldat et sa famille (21)

Quelques livres à lire pour appronfondir le sujet

Dernières lettres écrites par des soldats de tous âges et grades avant des assauts dont ils pressentaient qu'ils ne reviendraient pas.

Héros de la bataille de Loigny, en 1870, où il fut grièvement blessé et miraculeusement sauvé après une charge héroïque à la tête des Zouaves Pontificaux, derrière la bannière frappée du Sacré-Cœur, le général de Sonis tient tout entier dans cette définition d'un de ses pairs : "Sonis, c'est l'Honneur !". – Cavalier hors pair, fin tacticien, il participa aux campagnes du Second Empire et s'y distingua par sa bravoure. Sa foi profonde lui valut de nombreuses vexations et son absence de fortune personnelle l'obligea à de nombreux sacrifices affectifs et financiers. Père de douze enfants, il fut un modèle tant dans sa vie familiale que dans sa vie d'officier.

Après un bref récit, par son fils aîné, de la vie de ce grand soldat, suivent des témoignages de ses enfants et de ses amis sur celui qui fut aussi un grand chrétien et un père de famille nombreuse.

Au soir de sa vie, le commandant Denoix de Saint-Marc se penche sur son passé et évoque, comme dans une sorte de méditation vespérale, les hommes, les femmes et les faits qui ont jalonné une existence marquée par l'Honneur.

Le livre de la piété familiale : recueil de témoignages de tiers et de lettres d'une grande élévation adressées, par lui, à sa famille.

Ce très beau livre, fondé essentiellement sur la correspondance et les écrits de Gérard de Cathelineau, nous révèle un officier français dans toute l'acception du terme. A une époque où l'on parle beaucoup d'éthique du commandement dans l'Armée, son sens du devoir aigu, sa noblesse innée, son élévation spirituelle et son rejet de la médiocrité et de la vulgarité font du capitaine de Cathelineau un exemple et un modèle pour le chef militaire français du XXIème siècle.

Racontés avec humour, fraîcheur et amour, les souvenirs mouvementés et pittoresques d'une épouse d'officier de Légion qui a suivi son mari à travers conflits et continents.

Portrait d'un soldat qui de 1940 à 1962, à travers la Débâcle, l'Armée d'Afrique, l'Indochine, Suez et l'Algérie, n'a eu qu'un seul guide : l'Honneur… et qui en a lourdement payé le prix.

Réflexions autour d'Hector, Troyen donc ennemi, qui est présenté par Homère sous un jour sympathique, entouré des siens : sa femme Andromaque et son fils Astyanax. Les chants où il apparaît expriment la douleur de la mort du guerrier et le devoir de respecter les corps. Ils sont parmi les plus beaux de l'Illiade.

Âgée de 10 mois à la mort de son père, le lieutenant-colonel de Sairigné, chef de corps de la 13e D.B.L.E., Guillemette de Sairigné, cinquante ans plus tard, part à la recherche de ce père de 35 ans, tué dans une embuscade en Indochine. C'est cette quête émouvante à laquelle elle nous convie. – Très beau témoignage de piété filiale, plein de la fraîcheur, de l'humour et de cette légère impertinence qui caractérisent souvent les rapports père-fille.

Posté le 21 janvier 2015 à 05h46 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

20 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par … un soldat anonyme.

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois : le soldat et sa famille (20)

A nos épouses (un soldat écrit une allégorie sur la femme du soldat)

Le bon Dieu était en train de créer un modèle de femme de militaire et en était à son sixième jour de travail supplémentaire quand un ange apparut. Il dit : "Seigneur, il semble que vous avez là beaucoup de soucis. Qu'est-ce qui ne va pas avec ce modèle ?"

Le Seigneur répondit : "Avez-vous vu les instructions concernant cette commande ? Cette femme doit être totalement indépendante, posséder les qualités à la fois du père et de la mère, être une parfaite hôtesse pour 4 invités comme pour 40, avec une heure de préavis, "marcher" au café noir, parer à toute urgence, sans manuel, être capable de poursuivre ses activités allègrement, même si elle est enceinte et grippée, vouloir bien déménager dans un nouvel endroit 10 fois en 17 ans. Ah ! Et puis elle doit avoir quatre bras."

L'ange secoua la tête : "Quatre bras ? Impossible."

Le Seigneur poursuivit : "Ne vous en faites pas. Nous ferons d'autres femmes de militaires pour l'aider. Et nous la doterons d'un cœur particulièrement fort pour qu'il puisse se gonfler de fierté au récit des exploits de son mari, supporter la douleur des séparations, continuer à battre régulièrement quand elle est débordée et fatiguée et être assez grande pour dire "je comprends" quand elle ne comprend pas et dire "je t'aime" sans réserve.

"Seigneur, dit l'ange en lui touchant le bras doucement, allez vous coucher et prenez un peu de repos. Vous pourrez terminer demain."

"Je ne peux pas m'arrêter maintenant, dit le Seigneur. Je suis si près de réussir à créer quelque chose d'unique. Déjà ce type de femme guérit toute seule quand elle est malade, peut héberger 6 invités imprévus pour le week-end, dire au revoir à son mari sur un quai, sur une piste ou dans une gare et comprendre pourquoi c'est important qu'il parte."

L'ange fit le tour du modèle de femme de militaire, la regarda de près et soupira : "Elle a l'air bien mais elle est trop douce."

"Elle a l'air peut-être trop douce, répliqua le Seigneur, mais elle a la force du lion. Vous n'imaginez pas tout ce qu'elle est capable de supporter."

Finalement, l'ange se pencha et fit courir son doigt sur la joue de la création de Dieu. "Il y a une fuite, annonça-t-il. Quelque chose ne va pas dans cette construction. Je ne suis pas surpris qu'il y ait une fissure. Vous essayez d'en mettre trop dans ce modèle."

Le Seigneur parut offensé par le manque de confiance de l'ange. "Ce que vous voyez là n'est pas une fuite, dit-il. C'est une larme."

"Une larme ? Pourquoi donc ?" demanda l'ange.

Le Seigneur répondit : "C'est pour la joie, la tristesse, la douleur, la déception, la solitude, la fierté et c'est une dédicace à toutes les valeurs auxquelles son mari et elle-même sont attachés."

"Vous êtes un génie", s'exclama l'ange.

Le Seigneur parut embarrassé : "Ce n'est pas moi qui l'ai mise là", dit-il...

Anonyme

Posté le 20 janvier 2015 à 05h41 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

19 janvier 2015

Un jour un texte ! Le soldat et sa famille par Benoist-Mechin (3)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. » Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois : le soldat et sa famille (19)

« Adieu, mes chéris… »

Lettre de Laurent Pateu, sous-lieutenant au 141èmerégiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.

Rouge-Croix (Pas-de-Calais), 4 novembre 1914.

Ma Femme bienaimée, mes Enfants chéris, si vous recevez cette lettre je ne serai plus ; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.

Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage. J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes quelques rares moments d'emportement ; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu ! Avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme, je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.

Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demande-toi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.

Aide la mérotte de toutes tes forces, aide-la dans les soins du ménage ; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois ; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh ! Surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.

Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et sœur t'en causent mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras plus grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta sœur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore ; apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route : Vive la France !

Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon cœur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du cœur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.

Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.

Vive la France !

Extraits de: "Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au champ d'honneur

(1914 – 1918)" (Éditions Albin Michel, 1942),

réédité aux Editions Bartillat en 2000 de Benoist-Mechin .

Posté le 19 janvier 2015 à 05h39 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (2)

18 janvier 2015

Un jour un texte ! Le soldat et sa famille par Benoist-Mechin (2)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »  Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois : le soldat et sa famille (18)

« L'image de ma Maman… »

Lettre de Prosper Fadhuile, sous-lieutenant au 29èmebataillon de chasseurs à pied, tombé au champ d'honneur à une date qui n'a pu être précisée.

A sa Mère (la veille de sa mort)

Maman chérie, je suis descendu, hier, des premières lignes, où nous sommes restés cinq jours, devant le fort de Vaux.

Le bataillon a été superbe de courage et, pour ma part, je n'ai pas eu une égratignure.

Ce soir, deux compagnies choisies remontent pour attaquer par surprise ; j'ai été choisi pour mener aussi la danse avec les meilleurs chasseurs du bataillon.

L'affaire promet d'être chaude, mais intéressante ; c'est pourquoi je suis fier et content d'en être.

Néanmoins, je laisse cette lettre à un de mes camarades, le lieutenant Guillaume, qui te la ferait parvenir si je ne redescendais pas.

Maman chérie, j'ai beaucoup d'espoir et je compte que mon étoile ne pâlira pas ce soir. Mais, si je tombe, soyez certains que j'aurai fait tout mon devoir de chasseur.

Si, au dernier moment, quelques minutes me restent encore pour vous, je t'enverrai mes plus doux baisers. L'image de ma maman sera là pour me consoler ; celle de mon père et de mes frères chéris pour me donner la force de mourir le sourire aux lèvres, trop heureux de tomber pour vous. Dans un long baiser à tous je vous dirai adieu.

… Ma chère maman, il ne faut pas pleurer, ce serait mal ; il faut être courageuse pour mon papa et mes frères.

Extraits de: "Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au champ d'honneur

(1914 – 1918)" (Éditions Albin Michel, 1942),

réédité aux Editions Bartillat en 2000 de Benoist-Mechin .

Posté le 18 janvier 2015 à 05h36 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (4)

17 janvier 2015

Un jour un texte ! Le soldat et sa famille par Benoist-Mechin

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois : le soldat et sa famille (17)

Vingt ans !

Lettre de Raphaël Laporte, aspirant au 215ème régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur à Crugny (Marne), le 28 mai 1918.

A ses parents

Langres, 18 mars 1915.

Cher Papa et chère Maman, je vous envoie tout simplement ce petit perce-neige, cueilli dans les jardins de l'hôpital, le 16 mars 1915, date bénie de mes vingt ans.

Vingt ans ! l'âge tant désiré et tant regretté. A cette heure, je n'ose leur sourire. Que vais-je bien en faire, de mes vingt ans ? Aidez-moi, j'ai trop peur de les gaspiller follement et de les perdre à tout jamais.

J'ai bien réfléchi à toutes ces belles années passées. Plus j'y songe, plus je vous aime. Merci de tout cœur. Vous les avez faites belles, bien belles ; vous m'avez gâté et à quel prix ! Grand merci de votre soldat plein de reconnaissance. Mille fois pardon pour tous les soucis, les peines grandes et petites, les larmes que pendant vingt ans je vous ai coûtées… Pardon, je vous aime bien quand même.

Vingt ans, être soldat : c'est tout ma fortune en ce moment, et malgré moi, de mon cœur à mes lèvres monte la belle phrase, le beau geste du zouave de Patay. Mon cher papa et ma bien chère maman, ne vous inquiétez plus si, dans quelques semaines, je tombe frappé en faisant mon devoir : j'aurais encore le courage de redire et de tout mon cœur :

Mon âme à Dieu, mes vingt ans à la France ! …

Je vous aime.

Extraits de: "Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au champ d'honneur

(1914 – 1918)" (Éditions Albin Michel, 1942),

réédité aux Editions Bartillat en 2000 de Benoist-Mechin .

 

Posté le 17 janvier 2015 à 05h33 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

16 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Guillemette de SAIRIGNE

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (16)

« Un jour, Papa n'est pas revenu. »

Guillemette de Sairigné n'a pas un an lorsque son père, le lieutenant-colonel Gabriel de Sairigné, dit "Gaby", chef de corps de la 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère, est tué en Indochine. Cinquante ans plus tard, elle se penche sur son "illustre inconnu". Dans le texte qui suit, le baron est le père de Gaby, Marie-Charlotte est la femme de Gaby, la mère de Guillemette, et elle est enceinte de Catherine au moment du drame.

« Firma stat et fida », elle demeure ferme et fidèle : telle est donc la devise de ma famille. Jamais elle ne recevra d'illustration plus éclatante qu'après la mort de Gaby.

La douleur de son père, le baron de Sairigné :

Une perte dont le baron ne se remettra jamais. Lorsque la peine est trop lourde, il part pour d'interminables marches sur la plage de Longeville, pieds nus arrachant le sable, muscles offerts au vent, cerné par le vol lourd des goélands. Seul, mais uniquement en apparence. Car « le grand » marche à ses côtés et ils se parlent tendrement dans le fracas des vagues frangées de lumière. Sur sa tombe il se rend aussi, embrassant la croix de granit quand le cimetière est désert, comme au jour où père et fils avaient comblé dans une silencieuse étreinte le fossé de cinq ans d'absence. Cette plainte déchirante, son petit carnet en garde la trace.

30 avril 1948, à Sidi Bel Abbes, tandis que cent cinquante musiciens attaquent la marche de la Légion : « Près de moi, à la première note, s'est avancée une invisible présence ; dans ce jardin plein de roses, nous sommes trois : la musique, mon fils et moi. Je pourrais le toucher, sentir sa main si je bougeais la mienne. » Noël 1948 : « Dans cette église Saint-François-Xavier où, dans le chœur, nous assistions ensemble à la messe de minuit, on chante : "Il est né, le divin Enfant..." Mon enfant à moi est mort. » Le 9 février 1953 : « Mon fils aurait quarante ans ce soir... J'aurais senti le bon orgueil paternel gonfler mon coeur en contemplant le cher visage. J'aurais admiré une réussite à laquelle j'avais pris ma part en le formant dès l'enfance. » Noël 1964 : « Les petits-enfants ont beau nous entourer, la famille se serrer sous la lampe, la place de mon fils reste vide dans mon cœur aussi cruellement qu'il y a seize ans. »

[…]

Heures difficiles aussi que celles du 1er juillet 1962 : « Le gouvernement pavoise, écrit le baron : il n'y a plus de question algérienne. Mais, aujourd'hui, la France perd un million de Français, un pays riche et le travail opiniâtre de cent trente-deux années. Et, sur la caserne de Saïda, le nom de notre famille sera effacé. »

« Elles se tiennent bien, mes petites-filles », notera ce jour-là le baron en ajoutant, plus habité que jamais par Gaby : « J'espère qu'il aura été content de nous. »

De cette incurable nostalgie, le reste de la famille n'aura sans doute pas eu pleinement conscience. Il faut dire que cette figure même du gentleman, feutre mou vissé sur la tête, infatigable curieux pétri de culture, toujours habile à tourner un compliment à une jolie femme, trompe admirablement son monde. Ce n'est qu'après sa mort, en septembre 1967, que Marie-Charlotte, découvrant ses carnets, aura, non sans mélancolie, l'impression d'avoir, malgré la profonde affection qui les unissait, raté d'une certaine manière la rencontre avec le seul être au monde capable de comprendre le vide dont elle souffrait. La dernière image des Aristocrates, le film tiré du roman de Michel de Saint-Pierre, montre un père au garde-à-vous devant la tombe de son fils : le baron aura été, près de vingt ans durant, ce père-là. Mais, conformément aux recommandations de l'Évangile – « Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave ton visage... » – et aux règles élémentaires de la courtoisie, il aura toujours veillé à garder dans le secret de son cœur le manque qui l'étreint.

Une règle de conduite qu'il s'est fixée dès le début, si l'on en croit cette lettre adressée en septembre 1948 à sa belle-fille : « Vivons donc, sinon joyeusement, du moins de façon telle que les petites ne souffrent pas de notre tristesse intérieure. Qu'elles aient l'impression d'un père toujours vivant par la façon vivante dont nous en parlerons. Si nos bouches sont lasses, si nos yeux rougissent, il ne sera plus pour elles qu'un mort lointain.»

[…]

La femme de Gaby :

« Souvent, Papa partait en opérations, écrit Marie-Charlotte dans le petit cahier destiné aux filles. A son retour, c'était une fête. Guillemette se mettait sur son trente-et-un et, telle une petite concierge, attendait sur le pas de la porte. Maman aussi se faisait belle. Et Papa arrivait avec son grand sourire et son chaud regard, heureux comme un roi de retrouver "p'tit femme" et son "p'tit fille"… »

On voudrait ne jamais tourner la page du petit carnet. Là où il est écrit : « Il y avait tant de bonheur et d'union dans cette maison que c'était sans doute trop pour ce monde-ci. Un jour, Papa n'est pas revenu. »

Sa fille parle (elle avait dix mois à sa mort) :

Quand j'avais deux ou trois ans, Maman me surprenait parfois, agenouillée au pied de mon lit en chemise de nuit, implorant, les yeux tournés vers le ciel : « Petit Jésus, rendez-moi mon papa » ; et insistant : « Rendez-moi mon papa rien qu'un jour seulement. » Manifestement, c'est raté. À défaut, j'aurais pu te retrouver dans mes rêves. Hélas, si j'ai rencontré en rêvant des amours perdues, des amis évanouis, des livres jamais écrits, toi, mon père tant attendu, je ne t'y ai jamais vu.

Alors, dis-moi: quelle sorte de père aurais-tu été ?

[…]

Une chose est sûre : tu nous aurais montré la voie, et on t'aurait emboîté le pas. La voie de la foi : Dieu premier servi. La voie du bonheur, en formant avec Maman un couple mieux qu'heureux, harmonieux ; mais un vrai couple, avec ses hauts et ses bas, ses inéluctables frictions, ses nécessaires pardons – loin de cette image du couple idéal parfois bien lourde à porter et casse-gueule, j'en sais quelque chose, à vouloir copier !

« N'ayez pas peur ! » – le slogan de Jean-Paul II, tu aurais pu l'adopter. Avec toi, on aurait osé faire n'importe quoi : de l'escalade en montagne, du bateau par force six, d'interminables balades dans le vent de l'hiver ou, l'été venu, dans les hautes herbes. Si j'ai aujourd'hui si fort le vertige, et un affreux mal de mer, si je suis frileuse comme pas une, si j'ai peur des serpents et même des souris, c'est que tu n'es pas là. Il aurait suffi que tu dises : « En avant, les filles ! », et on y serait allé comme des petits soldats.

Mais c'est idiot, à l'évidence, d'appliquer un nouveau calque – l'esquisse de toi, vivant – sur une toile de fond qui aurait été forcément différente. Car tu n'aurais pas eu que tes filles – les « gabichettes », comme on nous a toujours appelées dans la famille –, mais une tribu, derrière : deux ou trois « petits » au moins. Et nous aurions été nomades, comme toi, au lieu de devenir d'incorrigibles Parisiennes. Peut-être même aurions-nous épousé l'un de tes fringants lieutenants au lieu de naviguer dans les sphères intellectuelles ?

Nous aurions été fauchés, comme le sont les militaires, tout en logeant parfois dans de somptueuses bâtisses – le palais des princes de Broglie à Strasbourg, peut-être, si tu avais commandé la place, ou bien l'hôtel des Invalides si tu en avais été le gouverneur –, de quoi faire de folles parties de patins à roulettes dans les couloirs !

Nous aurions été si fières de toi ! Bien sûr, comme tout le monde, à douze ans, on t'aurait supplié de ne pas nous attendre en uniforme à la sortie du lycée : à cet âge, on rêve d'avoir des parents gris-muraille. Mais on se serait rattrapées après. Tu serais venu nous chercher aux soirées. Et à mon mariage, crois-moi, tes décorations, tu les aurais toutes portées : tu n'aurais pas eu le choix !

[…]

Plus tard, tu aurais peut-être été promu, tout en haut de la hiérarchie militaire, chef d'état-major des armées (CEMA, comme on dit dans le jargon) – tant de tes amis te donnaient déjà, tout jeune, pour un futur grand chef –, et notre appartement, situé dans les beaux bâtiments de l'École militaire, aurait pris en enfilade le Champ-de-Mars jusqu'à la tour Eiffel. Plus tard encore... Te serais-tu retrouvé ambassadeur de France, conseiller d'État, député européen, membre de l'Institut – il y a toujours deux ou trois généraux parmi ces corps ou institutions ? Est-il bien vrai – Catherine me l'affirme – que tu aurais dit à Maman qu'à cinquante ans, tu reprendrais le titre de baron et te mettrais à faire de la politique ?

Tu aurais...

Mais qui sait ? Tu aurais pu tout aussi bien te retrouver à la prison de Tulle pour cinq longues années avec les généraux putschistes d'Alger, dégradé, privé, bien au-delà de cette période, de tes droits civiques, interdit de vote, de chéquier – Maman, assez montée contre de Gaulle à cause des événements d'Algérie, nous disait souvent qu'elle ne pouvait augurer du comportement qui aurait été le tien. Ou tout simplement, l'âge venant, la maladie aurait pu t'agripper comme elle en a saisi plus d'un parmi tes amis proches, réduisant les preux chevaliers à de pauvres fantômes n'ayant même plus leurs souvenirs pour rêver. […]

Guillemette de Sairigné

Extrait de : « Mon illustre inconnu ».

Éditions Fayard – 1998.

Posté le 16 janvier 2015 à 06h12 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

15 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Georges Robin

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (15)

« Aujourd'hui, c'est Noël, Papa est revenu ! »

Le commandant Georges Robin a été mis en prison après le putsch d'Alger dont il a été un des acteurs essentiels avec son Groupement de commandos parachutistes.
Il revient sur les conséquences familiales de son incarcération.

« Lorsque demain, privé de mes droits de citoyen, déchu du corps des officiers de France, je me présenterai devant mes enfants, je pourrai, au nom de ceux qui depuis quinze ans n'ont pas craint de tout donner pour que soit tenue et respectée la parole de la France, leur léguer, à défaut de sécurité matérielle, l'héritage d'un honneur sans compromission ».

Conclusion de sa déclaration à son procès, le 21 juin 1961, pour sa participation au putsch d'Alger.

Durant la parenthèse carcérale, nos familles payèrent le prix lourd de nos engagements. Les contraintes attachées à ma qualité d'officier avaient déjà été nombreuses. Mon mariage avait été subordonné au service de la France auquel me destinait tout naturellement l'épaulette. Ma mission était indivisible. Me suivre impliquait alors de supporter une présence aléatoire et une absence certaine.

Avec toutes les incertitudes que cela posait : c'était le retour ou la mort.

Mon épouse incarna de manière sublime cette redoutable vertu du courage. En en faisant une joie, elle devint le ciment et la condition de mes actions. Il fallait incontestablement que nos épouses aient le cœur chevillé à l'âme pour pouvoir tenir de façon aussi évidente et aussi forte. Beaucoup de nos certitudes vinrent de ces femmes, épousant avec nous toutes les formes de nos combats. Je n'ai pu être ce que je suis que par la grâce de sa proximité.

Nos proches nous furent pourtant si lointains. Que de difficultés s'attachaient à nous par le simple fait des mutations ! Celles-ci brisaient tout lien naissant d'amitié que nos enfants étaient en droit d'espérer. Ils ne pouvaient ainsi se constituer ces complicités qui rendent la vie moins lourde. Les familles de militaires sont des familles nomades. Les déménagements et les emménagements se font ; les liens, eux, se défont.

Tout ce que recouvre l'ordinaire du quotidien, ces petits plaisirs qui donnent leur saveur aux journées, la familiarité commerçante, la scolarité convenue, tout cela je les en ai privés. Au nom de mon engagement. Nous étions sereins parce que rangés derrière notre drapeau, considérant celui-ci assez ample pour nous vêtir tous ensemble dans un même geste.

En 1961, nous avions huit enfants : Véronique, née en avril 1949 ; Anne, née en juillet 1950 ; Jean-Philippe, né en avril 1953 ; Catherine, née en avril 1954 ; les jumelles, Pascale et Françoise, nées en mai 1958 ; Jean-Claude, en mars 1960 – Sophie, elle, naîtra en juillet 1962. Tous, ils entrèrent avec moi en détention.

Nous rivalisions d'imagination pour que celle-ci n'apparaisse pas dans toute sa sécheresse. Mais lors de leurs venues, nous avions beau fleurir l'enceinte punitive, chacun savait cette comédie raisonnée. Que d'efforts et de méticulosité pour apprendre à être libre en prison ! Chacun jouait. Nous pour qui l'artifice n'était pas une coutume, nous cherchions à leur rendre notre captivité légère, et eux nous dissimulaient la pesanteur de leur liberté. Mais nul ne se laissa jamais aller à ajouter de la peine à la peine.

Je garde en mémoire et au cœur deux mots de mon fils Jean-Claude. Lorsque nous sommes sortis de prison, le 11 juillet 1965, il n'avait que quatre ans et je n'avais rien connu de ses premiers pas. S'arrêtant pour déjeuner entre Tulle et Saint-Maixent, il eut ce mot merveilleux : « Aujourd'hui, c'est Noël, papa est revenu ! » Trois ans plus tard, il persistait dans son secret d'enfant. Un jour, il me regarda et dit, presque d'homme à homme : « J'ai sept ans, je vais pouvoir te donner la main ». Il est mort en 1982. Trop jeune, trop vite. Ses paroles enfantines avaient rendu manifeste mon absence. J'y repensai trop tard sans avoir eu le temps de lui dire combien je l'aimais.

Mon fils aîné, Jean-Philippe, connut lui aussi la captivité. Lorsque j'étais à Tulle, il était à Sarlat. Lorsque je sortis de prison, il partit en pension. Je fus encouragé à le faire par de nombreuses compétences et ce fut une erreur magistrale. Souhaitant le préserver, je me suis trompé.

Quel prix ! C'est inimaginable. Quelle onde de choc se perpétue dans les tréfonds de nos enfants qui ont été projetés dans cette tourmente ! Quelle souffrance pour eux dont la pudeur a toujours interdit le moindre reproche !

Que les autorités politiques et militaires, ceux qui furent censeurs et juges mesurent bien ceux qu'ils désignèrent comme victimes. Ce sont eux, nos femmes et nos enfants, châtiés de nous avoir aimés et d'être nés de nous.

Georges Robin

Extrait de : « Commandant rebelle ».

Éditions J.-C. Lattes - 1998.

Posté le 15 janvier 2015 à 06h10 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

14 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Hélie DENOIX de SAINT-MARC

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (14)

« Ma femme et mes filles… »

(Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc)

La femme dont je partage la vie depuis quarante ans a représenté la cristallisation de cette quête de vérité et l'accomplissement de ma fascination pour les femmes. Notre union est une réussite, dans la mesure des réussites humaines. Beaucoup de choses nous distinguent. Elle m'a donné ce que je n'avais pas ou ce que j'avais perdu : le sens du bonheur et de l'insouciance. Peut-être lui ai-je apporté ce qu'elle n'avait pas ou pas encore : la gravité et une certaine persévérance.

L'intimité avec autrui n'est jamais un équilibre parfait. Il faut, pour irradier la vie ensemble, une lumière qui vient de l'accord entre les rêves de chacun. La confiance est, comme au combat, la clé de tout. Si l'amour se nourrit de mystère, il résiste rarement au mensonge. La familiarité avec le danger rend plus transparent. Elle induit une certaine vérité intérieure, qui aide peut-être à se trouver l'un et l'autre.

J'ai essayé de lui donner le meilleur. Je n'y ai pas toujours réussi. Sa jeunesse en Algérie avait été lumineuse. Elle avait épousé un jeune commandant. Deux enfants étaient nés. D'une certaine manière, tout lui souriait : elle n'avait que vingt-cinq ans le jour où je suis entré à la prison de la Santé...

Pendant mes années de détention, elle a dû vivre chez ses parents, avec nos enfants. Ma solde était supprimée. Elle m'a connu prisonnier politique puis ancien détenu sans papiers et sans chéquier, ce qui n'était pas un statut social particulièrement enviable. Elle a toujours été à mes côtés, infiniment vivante. Son sourire et son courage sont pour moi semblables à deux sentinelles qui veillent sur ma route en ces derniers tournants et la protègent.

C'est avec une grande réticence que j'évoque ces souvenirs intimes mais, au-delà de ma propre aventure, ils éclairent une autre dimension des femmes : leur capacité à durer, à endurer, à construire, à dilater les sentiments, tout en changeant perpétuellement. Elles nous enracinent dans l'existence.

Quatre filles ont éclairé la seconde partie de ma vie. Le destin m'a fait un cadeau en peuplant notre maison de ces femmes dont j'avais été privé. J'ai tout aimé d'elles. Leur présence a apaisé bien des angoisses et plus d'un cauchemar.

Mes filles me trouvent souvent absent, lointain. Elles m'imaginent enfermé dans le souvenir des aventures que j'ai vécues. Elles se trompent. Je suis bien plus proche d'elles qu'elles ne l'imaginent. Je suis l'une des sources de leur existence. Je suis une part de ce qu'elles vivent, un morceau de leur bonheur, un accent de leur rire, mais aussi un chapitre de leurs souffrances et une présence dans leurs épreuves. Chaque jour, une ombre les accompagne, se réjouit pour elles ou pleure en silence. Seules la pudeur et cette émotion que l'on craint et qui monte parfois sans prévenir avec le poids des ans me retiennent de le leur dire.

Hélie Denoix de Saint-Marc

Extrait de : « Les Sentinelles du soir ».

Éditions Les Arènes - 1999.

Posté le 14 janvier 2015 à 06h03 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

13 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, sur l’image mortuaire d’Olivier Bordeaux-Montrieux.

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (13)

« Il sera ma base dans la vie… »

Recto et verso de l'image mortuaire d'Olivier Bordeaux-Montrieux.

Recto :

Souvenez-vous devant Dieu

de

Olivier BORDEAUX-MONTRIEUX

sous-lieutenant à la 13e demi-brigade

de la Légion étrangère

né à Paris le 6 avril 1921

frappé au cœur pendant un assaut

sur le champ de bataille

de Ramonchamp (Vosges)

le 6 novembre 1944

à la tombée de la nuit

Verso :

Notes écrites à Paris, le 16 janvier 1941, par Olivier Bordeaux-Montrieux, le matin de son départ pour l'Afrique (il n'avait pas 20 ans) et trouvées sur lui le jour de sa mort :

Vues générales :

Intérêts français.

Patrimoine familial à ne jamais oublier. Il sera ma base dans la vie.

Ne pas oublier le sol où l'on est né et les devoirs envers son pays.

Comprendre ses responsabilités, les respecter, toujours agir en fonction d'elles.

Si partir, cela ne doit être que pour mieux servir une cause qui sera avant tout française.

Ne jamais perdre cette idée force de la famille, du foyer qui est en France, qu'on doit servir et soutenir.

Être prudent, être logique, être sage, être éclairé, être Français.

Aimer Dieu, sa religion, sa patrie, sa famille.

Savoir être à la hauteur des charges d'aîné d'une famille qui sera selon ma vie.

 

Posté le 13 janvier 2015 à 06h25 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

12 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Père André RAVIER (4/4)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille  (12)

Le beau foyer de Tom Morel (4/4)

(Patron de la Promotion de Saint-Cyr "Lieutenant Tom Morel", 1987 – 90.)

Extraits de lettres à sa femme.

4 janvier 1944 (Tom Morel est tué le 10 mars 1944).

« Courage donc et confiance. Que Dieu nous aide tous deux ; la bonne Vierge nous protégera comme elle l'a fait jusqu'à présent. Je sais que tout cela est bien dur, et je devine ton anxiété, mais je voudrais aussi te communiquer ma force et mon espoir.

« C'est pour mes fils que j'agis actuellement. Entoure-les de cet Amour qui est le mien, un amour fait de virilité et de tendresse. Dès à présent, fais-en des hommes. »

Père André RAVIER

Extrait de : « Lieutenant Tom MOREL ».

Édition Le Sarment Fayard – 1990.

Posté le 12 janvier 2015 à 06h23 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

11 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Père André RAVIER (3/4)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (11)

Le beau foyer de Tom Morel (3/4)

(Patron de la Promotion de Saint-Cyr "Lieutenant Tom Morel", 1987 – 90.)

Extraits de lettres à sa femme.

Décembre 1943.

« Demain, je vais aller communier pour toi et les petits. Dieu nous voit tous deux et nous unit quelque soient les distances et le temps.

« Jusqu'à ce jour, Il nous a visiblement protégés. Ayons confiance en Lui ; nos sacrifices actuels sont l'aube d'une belle vie où, l'un près de l'autre, enfin réunis, nous élèverons nos enfants, nos fils, dans cet Amour de Dieu et de la France qui nous pousse à agir...

« Sois joyeuse, car nos sacrifices ne sont pas vains. Le travail que j'accomplis n'est ni un amusement, ni une inutilité, encore moins le fruit d'un raisonnement trompeur. Mais je sens au contraire que c'est là mon devoir, et c'est pourquoi malgré les déchirements, malgré la douleur que j'ai de te voir enlevée de ton foyer et fuyant avec mes fils, je continue mon travail.

« Que cette paix de l'âme soit la tienne ; qu'elle te soutienne dans cette épreuve. J'ai l'absolue certitude que nous retrouverons tous deux notre France toute belle, et que nous aurons encore de beaux jours à passer auprès des petits.

« Courage donc et confiance. Élève mes fils dans cet immense Amour de la France qui est le mien. »

Père André RAVIER

Extrait de : « Lieutenant Tom MOREL ».

Édition Le Sarment Fayard – 1990.

Posté le 11 janvier 2015 à 06h21 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

10 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Père André RAVIER (2/4)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (10)

Le beau foyer de Tom Morel (2/4)

(Patron de la Promotion de Saint-Cyr "Lieutenant Tom Morel", 1987 – 90.)

Extraits de lettres à sa femme.

Noël 1939.

« Près de toi j'ai reçu Jésus. Près de toi j'ai demandé à notre Maman du Ciel d'aider cette petite maman de la terre. Près de toi j'ai prié le Christ éternellement souffrant de nous faire accepter joyeusement, chrétiennement la séparation et toutes les peines qui en découlent. Près de toi j'ai demandé au Jésus de la Crèche de protéger notre enfant, ce petit Robert que j'aime tant, ce fils issu de notre chair, de notre sang, et que j'ai vu vivre et grandir, le sourire sur ses lèvres mignonnes dans la joie de la vie : et mon cœur bondissait dans ma poitrine devant cet autre nous-mêmes... »

Père André RAVIER

Extrait de : « Lieutenant Tom MOREL ».

Édition Le Sarment Fayard – 1990.

Posté le 10 janvier 2015 à 06h20 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

09 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Père André RAVIER (1/4)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille  (9)

Le beau foyer de Tom Morel (1/4)

(Patron de la Promotion de Saint-Cyr "Lieutenant Tom Morel", 1987 – 90.)

Extraits de lettres à sa femme.

12 novembre 1939.

« Que ce fut bon de se revoir le jour de l'anniversaire de notre mariage !

«... Que cette année fut douce, agréable, et que nos cœurs ont donc bien battu du même idéal. Qu'importent alors les sacrifices si par le fait de notre Amour ils sont si faciles à supporter...

« Et puis, il y a plus, il y a cette aspiration continuelle, ardente à nous dépasser, à faire toujours mieux, cette continuelle inquiétude de se croire trop lâche, et de vouloir monter plus haut pour ressembler à Celui qui nous aime tant, puisqu'Il nous a tout donné.

« Et alors, chérie, tu comprends pourquoi je garde le cœur déchiré, mordu par cette terrible inaction de mon état actuel. J'aime mon métier. Si un jour je suis entré à Saint-Cyr et si je suis officier, n'est-ce pas pour, le cas échéant, faire mon devoir à la première place, celle qui réclame le don total, et non cette quiétude dans laquelle nous vivons ici.

« C'est parce que je savais que le jour viendrait où il faudrait faire ce geste et que ton cœur en souffrirait que je t'avais jadis parlé si durement de ce cruel métier. Aujourd'hui, je sais que tu fais tienne mon impatience, quoi qu'il puisse coûter à ton cœur (et non à notre Amour), car, n'est-ce pas, tu seras encore plus fière de ton Tho et pour notre Robert, n'est-ce pas un exemple qu'il lui faudra... »

Père André RAVIER

Extrait de : « Lieutenant Tom MOREL ».

Édition Le Sarment Fayard – 1990.

Posté le 9 janvier 2015 à 06h15 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (0)

08 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, par Rose et Philippe d’ESTIENNE d’ORVES

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille  (8)

« Apprenez à connaître votre famille… »

Honoré d'Estienne d'Orves, officier de marine, est une des plus pures figures de la Résistance française. Arrêté par les Allemands en 1941, il écrit, en prison, une lettre à ses enfants où il leur parle de l'esprit de leur famille et des devoirs qui y sont attachés. Il sera fusillé en juillet 1941.

À MES ENFANTS

Lundi de Pâques 14 avril 1941.

Mes enfants chéris,

Depuis un an maintenant vous ne m'avez pas vu, et vous trouvez peut-être que je vous ai abandonnés, que je ne m'intéresse plus à vous, que je ne vous aime plus. Mes petits, je ne vous ai jamais tant aimés, mes quatre chéris que je connais, et ce petit dernier qui doit faire le bonheur de tous... Mais il y a parfois dans la vie d'impérieux devoirs. Pendant mon enfance, on a dirigé mes pensées dans un certain sens ; plus tard, c'est dans le même sens que mes chefs et notre gouvernement ont dirigé mon travail d'officier. Notre patrie, grande par son histoire, par son rayonnement à l'étranger, doit rester une nation de premier ordre, ne doit pas se laisser mutiler. Voilà ce que ma conscience m'a dit. Je crois que dans des circonstances semblables, où tout n'était pas perdu, nos ancêtres eussent fait de même.

Demandez à tante Félicie de vous donner le livre que ma grand-mère à écrit sur son grand-père : celui-ci, par fidélité pour son roi, est resté en prison pendant tout le Premier Empire. Au temps des Croisades, les aïeux de votre maman ont tout abandonné pour aller libérer le tombeau de Notre Seigneur.

Cette décision que j'ai prise n'a pas été sans déchirement pour moi. Au lieu de rentrer tranquillement à la maison, je savais que je ne pourrais vous revoir qu'à la fin de la guerre, si Dieu voulait bien le permettre. Mais j'ai senti que là était mon devoir vis-à-vis de ma famille, vis-à-vis de mon fils qui aurait été en droit de me dire : « Vous pouviez continuer à vous battre pour la France, pourquoi ne l'avez-vous pas fait ? »

Apprenez à connaître votre famille. Demandez à vos grands-oncles et grand-tantes de vous parler de leurs parents. Mes deux grands-mères ont l'une et l'autre été des femmes intelligentes, très religieuses et pétries d'esprit de famille. Votre grand-mère Elisabeth était à la fois attachée au monde et aux intérêts de famille et, profondément spirituelle, elle était en communion parfaite avec le Bon Dieu. Demandez à votre maman de vous lire des extraits de ses notes de retraite.

Les beaux exemples ne manquent pas non plus dans la famille de votre maman : votre grand-père si bon et séduisant, votre grand-mère dont le dévouement pour nous fut absolu, et qui vint mourir entre nos bras.

Imitez l'exemple de vos parents et grands-parents. Vous recevez d'eux l'honneur, la foi chrétienne, l'amour de la patrie. Vous cultivez ces sentiments pour à votre tour les transmettre à vos enfants. Vous êtes, ne l'oubliez pas, une maille de la longue chaîne que forme la famille : vous devez continuer cette chaîne et vous ne devez pas faiblir sans quoi la chaîne se romprait, la valeur morale de la famille disparaîtrait. Et ce serait un grand malheur dont s'affligeraient nos parents qui, du haut du ciel, vous surveillent.

Nos morts, priez pour eux, demandez-leur de prier pour vous. Vous mériterez qu'ils s'occupent de vous, qu'ils intercèdent pour vous auprès de Dieu. Et ainsi, vous ne les oublierez pas. Cet échange généreux de prières, mes enfants, est infiniment profitable à nos cœurs : c'est la communion des saints qui est si chère au Bon Dieu.

La récitation du chapelet m'a procuré de grandes consolations. En souvenir de moi, qui dois mon courage à la Sainte Vierge, vous réciterez, une fois par mois, une dizaine de chapelet.

Mes enfants, aimez-vous tendrement les uns les autres. Si vous saviez la joie que j'éprouve en pensant, moi, à mes frères et sœur : mon cœur fond d'affection pour eux. Qu'il en soit de même pour vous. Pour sauvegarder la grandeur de la famille, il y faut maintenir l'unité. Ne laissez jamais s'élever entre vous des divergences d'opinion graves.

Votre grand devoir, ce sera d'entourer votre chère maman. Elle vous a mis au monde, et en a particulièrement souffert. Maintenant, elle ne doit plus par vous avoir que des joies. Aimez-la, aimez-la, respectez ses volontés, satisfaites ses désirs. Vous n'avez pas le droit de lui faire la moindre peine. Quand vous serez grands, vous devrez veiller sur elle, l'aider à lui faire la vie qui lui convient. Je sais d'avance que ses désirs seront toujours modelés sur la raison.

Ayez à cœur de vous instruire. Que tous, garçons et filles, vous soyez cultivés. Votre noblesse vous y oblige. Songez qu'autrefois vos grands-pères lisaient, jusqu'à leur mort, Horace dans le texte latin. Je ne vous en demande pas tant. Mais, même si vous faites des études scientifiques, lisez soigneusement les chefs-d'oeuvre de la littérature française. Lisez une tragédie entière de chacun de nos grands dramaturges : Corneille, Racine, Voltaire, Victor Hugo, et non pas seulement des extraits. Parlez entre vous des livres que vous aimez. Ils deviendront vos amis. N'ayez, à cause de moi, de haine pour personne. Efforcez-vous, au contraire, de connaître le caractère des peuples voisins. Depuis vingt ans, nous nous sommes désintéressés de ce que pensaient nos voisins, nous ne les connaissions pas, et là est la cause de nos malheurs actuels.

Soyez curieux, ayez vos yeux bien ouverts sur la vie. Posez des questions. Interrogez les paysans, les ouvriers. Vous leur ferez plaisir en leur montrant que vous vous intéressez à leurs travaux. Mais écoutez les réponses, profitez-en pour réfléchir. N'oubliez pas que vous appartenez à une noble famille de Provence. Vos ancêtres, jusqu'à la Révolution, ont exercé des charges de conseillers ou de présidents au Palais d'Aix. Une grand-mère, Agnès qui épousa un d'Estienne, en 1725, nous donna cette terre d'Orves, dont je vous parle dans mes souvenirs. L'occasion se présentera certainement à vous tous d'aller dans le Midi. Profitez-en pour connaître Orves, et évoquer nos souvenirs de famille avec nos vieux parents d'Aix.

Ne laissez pas Dieu en dehors de vos affections humaines. Votre tendresse pour votre maman, montrez-la-lui par vos embrassements, et aussi en priant le Bon Dieu pour sa santé, pour son bonheur. Dieu est partout, sa Providence veille sur tout. Ne le repoussez pas alors qu'il vous tend les bras, acceptez son aide généreuse.

Ce que je vous dis plus haut au sujet de l'affection entre frères et soeurs est valable également entre cousins germains. Songez que pour moitié vous êtes du même sang, et que du temps de Notre-Seigneur on appelait frères les cousins germains. Vous pouvez, entre vos cousins germains et vous, admettre des divergences d'opinion qui seraient fâcheuses entre frères et soeurs. Vous n'êtes pas tenus, vis-à-vis d'eux, à la même intimité. Mais ne vous perdez pas de vue dans la vie et conservez les uns pour les autres votre affection d'enfants.

Que Marc n'oublie pas qu'à lui revient l'honneur d'être le chef de toutes les branches de notre famille, puisque notre cousin François de Prunières est entré dans les ordres. Marc devra donc apprendre à connaître la vie de nos ancêtres. L'oncle Augustin voudra bien, j'en suis sûr, l'instruire à cet égard.

En mai 1941 :

Je jette un regard circulaire sur tous les membres de ma famille et les unis dans une même affection. Si je ne dois pas les revoir, qu'ils soient sûrs que du Ciel, où Dieu voudra bien, j'espère, m'accueillir, je joindrai mes prières à celles de mes chers parents et grands-parents, afin que les grâces du Tout-Puissant se répandent généreusement sur eux.

Rose et Philippe d'Estienne d'ORVES

Extrait de : « Honoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance ».

Éditions France-Empire – 1985.

Posté le 8 janvier 2015 à 06h53 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (3)

07 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, par H. Bernard.

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille  (7)

Une même douleur…

Le commandant Michon, chef du 3e Bataillon du 71e Régiment d'Infanterie, mortellement blessé dans le combat d'Arsimont, fut secouru à ses derniers moments par le colonel von Dassel, chef du Régiment Augusta de la Garde prussienne. La scène se passe près des maisons sud du Haut-Batys (Belgique). Dans ce combat de nuit, dans les deux parties, les chefs marchaient au premier rang de leur troupe. C'est donc par la veuve de cet officier allemand, le colonel von Dassel, que la famille Rieunier apprit la mort du commandant Michon ; Marguerite Rieunier, épouse de Georges Michon, aura un extraordinaire échange humain avec la femme du colonel allemand.

Lettre de Madame von Dassel à Madame Michon

Très honorée Madame !

En espérant que ces lignes vous parviendront sans trop tarder, je viens à mon grand regret vous faire part d'une bien triste nouvelle. Je suis bien sincèrement peinée de devoir vous annoncer la mort de votre époux, tombé en brave sur le champ de bataille près d'Auvelais-Arsimont-sur-Sambre.

Après le combat, mon mari, colonel von Dassel, se trouva dans le voisinage d'un soldat français très gravement blessé ; autant qu'il était en son pouvoir de le faire, mon mari lui pansa ses blessures et lui donna à boire de sa gourde. Votre mari, sentant sa fin proche, remit à mon mari un étui brun contenant sa montre, une amulette et trois lettres. Mon mari lui promit alors de vous faire parvenir ses objets le plus tôt possible et il pria mon mari de vous saluer une dernière fois de sa part. Quelques instants plus tard, lorsque mon mari retourna auprès de lui, il avait cessé de vivre et il était délivré de ses grandes souffrances. Nos soldats, auxquels mon mari donna l'ordre d'enterrer les morts, ont enterré votre bien- aimé époux en même temps que nos officiers et soldats.

Maintenant, je voudrais vous expliquer pourquoi cette triste nouvelle vous parvient si tard. Après le combat du 21 août, nos troupes ont eu de longues marches à faire et ont dû supporter de grandes fatigues et mon mari ayant été fort occupé n'a pu donner suite à la promesse faite à votre mari de vous envoyer les objets ci-dessus mentionnés ; mais en prit soin et les réduisit dans sa malle.

Mon cher mari fut à son tour blessé le 8 septembre et vint me rejoindre ici à Berlin le 13 septembre et mourut du même mois. Il m'avait encore raconté la triste occurrence concernant votre mari, mais comme les objets se trouvaient au fond de la malle encore en route et que je n'avais pas votre adresse, je me suis crue obligée d'attendre l'arrivée des effets de mon mari qui ne sont parvenus qu'à la fin du mois de janvier.

Comme je crains que ces objets qui vous seront sans doute très précieux ne se perdent en temps de guerre, je les garderai avec soin et vous les enverrai en toute sécurité.

Je désirerais encore vous faire part de ma profonde et sincère sympathie à l'occasion de votre grand deuil et bien que nous fussions des ennemis au point de vue politique, comme êtres humains et comme femmes, nous sommes accablées de la même douleur, de la même souffrance, car comme j'ai pu entrevoir dans votre lettre à votre mari, vous espériez aussi donner le jour à un petit être, peut-être a-t-il depuis vu la lumière du jour, et se trouve sans son père comme ma chère petite fillette née le 18 décembre. Mon mari a rendu les derniers services et les derniers honneurs au vôtre et ce fait là me fait dépasser les limites de tout ce qui nous sépare et comme femmes souffrant de la même souffrance, je me permets de vous serrer la main et de prier Dieu qu'il vous console.

Peut-être voudriez-vous bien, Madame, me faire savoir par la même voie dont je me suis servie, si mes lignes vous sont parvenues.

Je réitère l'expression de ma sincère sympathie. »

Deux autres lettres furent adressées à Madame Michon via l'Espagne et l'Italie.

H. Bernard

Extrait de la Revue de la Saint-Cyrienne, "Le Casoar", janvier 2003.

Posté le 7 janvier 2015 à 06h47 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (1)

06 janvier 2015

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, par le Père Michel Gasnier, O.P (3/3)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (6)

« Quatre fillettes vinrent m'ouvrir… » (3/3)

(Capitaine Gérard de Cathelineau, Parrain de la Promotion de Saint-Cyr
"Capitaine de Cathelineau", 1976 – 78.)

L'auteur, le Père Gasnier, ne connaissait rien du capitaine de Cathelineau lorsqu'on le pria d'écrire sa vie. Il accepta et se rendit donc chez les parents de l'officier, puis chez sa femme. Voici le récit de ses visites.

En haute Kabylie

[…] Pour ne pas attrister ses enfants, il ne les avertit pas qu'il allait les quitter. Il se contenta, ce soir-là, de les presser plus tendrement dans ses bras. A leur insu, il fit ses valises au grenier et, sans vouloir les réveiller, à quatre heures du matin, le 17 novembre, il partait pour Marseille. Sur le bateau « La Ville d'Alger », il devait écrire à sa femme : « Comment mes enfants ont-elles pris l'annonce de mon départ ? Je vous ai laissé une tâche peu agréable, mais je crois que cela valait mieux qu'une émotion mal contenue, risquant d'aggraver dans leurs esprits l'idée d'un danger, somme toute assez minime ».

Père Michel Gasnier, o.p.

Extrait de : "Un officier français, Gérard de Cathelineau".

Nouvelles Éditions Latines – 1960.

Posté le 6 janvier 2015 à 06h41 par Lois Spalwer | Lien permanent | Commentaires (8)


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