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Eucharistie et bien commun : rappel des points non négociables
Le pourvoi du 'couple' de Bègles rejeté

Le communautarisme face à la dilution des communautés naturelles

Dans Présent, Rémi Fontaine explicite en 7 points le terme incriminé (ici et ici). Extraits :

"Si, avec le Petit Robert, nous définissons le communautarisme comme le système qui développe la formation de communautés, l’homme étant un animal social, on n’échappe pas au communautarisme, pas même le laïcisme avec les communautés qu’il recrée artificiellement (départements, partis, lobbies de toutes sortes...). […] Avec la doctrine sociale de l’Eglise, nous défendons le modèle organique (subsidiarité) contre le modèle mécaniste (étatisme).

Le communautarisme catholique bien défini (concept analogique par essence comme l’ordre social chrétien) ne peut bien sûr qu’être sain et légitime, non pas fermé mais ouvert sur l’universel. Par sa réunion (distincte) du naturel et du surnaturel, du temporel et du spirituel, il est à la fois une communion de personnes et de communautés. […]

Dans la société laïciste (issue de l’esprit révolutionnaire des Lumières) où nous vivons, il ressort de cette analyse que le risque de dilution des communautés naturelles et surnaturelles est beaucoup plus fort que celui de « ghettoïsation » des catholiques. Sans nier ce dernier risque, c’est ce que nous avons voulu exprimer à l’encontre des revues Permanences et La Nef [...]. Focaliser de manière disproportionnée là-dessus face à la réalité beaucoup plus mortelle de l’autre menace, n’est-ce pas déplacer incongrument le vrai problème, semi-victime d’une dialectique éculée qui vise habituellement les extrémismes... ?

La Nef pourtant – comme L’Homme nouveau, comme Radio Notre-Dame, KTO, etc. – constitue un communautarisme médiatique et confessionnel à sa manière. […] Nous disons, nous, que nous serons d’autant plus missionnaires que nous aurons, tous azimuts, ce genre de communautarismes temporels spécifiquement chrétiens pour servir la Bonne nouvelle".

Michel Janva

Commentaires

Jacques de Guillebon

Puisque je semble, d'après ce post, être l'un des incriminateurs du terme, je me permettrais quelques commentaires à bâtons rompus de ces extraits, dont je ne sais s'ils révèlent l'esprit du papier de Rémi Fontaine à paraître demain dans Présent :

1. "Si, avec le Petit Robert, nous définissons le communautarisme comme le système qui développe la formation de communautés, l’homme étant un animal social, on n’échappe pas au communautarisme" : il est étrange que le terme de "système" que donne le Petit Robert pour désigner l'acte du communautarisme ne semble pas choquer monsieur Fontaine qui pourtant, quelques lignes plus bas, se défend du "mécanicisme" moderne. Il y a aussi un "mécanicisme" antimoderne qui nie le réel pour lui substituer des communautés artificiellement appelées traditionnelles. (Par exemple, les écoles hors contrat que pratiquent les catholiques français aujourd'hui sont une innovation de circonstance, dont les bienfaits ne sont pas à prouver, mais uniquement comme réaction parcellaire et momentanée, dans un temps et un espace donnés. Elles n'ont pas d'ancêtres. Elle n'ont pas vocation à devenir majoritaires non plus, pour cette simple raison qu'elles reposent sur un pacte tacite, ou même parfois sur un contrat en bonne et dûe forme, passé entre les parents et les enseignants. En quoi les parents sont délestés, volontairement certes, mais délestés tout de même de leur vocation de premiers éducateurs, puisqu'ils doivent respecter l'esprit éducatif qu'ont décidé de leur propre chef les fondateurs de ces écoles. Que dirait-on si demain toutes les écoles fonctionnaient ainsi ? Ce sont les mêmes qui défendent mordicus le rôle de la famille comme cellule de base et qui demandent aux écoles, non pas seulement d'instruire, i.e. de donner la science des choses du monde à leurs enfants, mais de les éduquer en plus. C'est un étrange paradoxe).

2. Si tout le monde est de facto communautariste, pourquoi appeler à un communautarisme catholique ? Il doit déjà exister, depuis la fondation du monde sans doute et n'a pas besoin de nous.

3."Le communautarisme catholique bien défini (concept analogique par essence comme l’ordre social chrétien) ne peut bien sûr qu’être sain et légitime" : voilà des assertions bien sûres d'elles-mêmes, dont on ne voit pas vaiment dans le dogme, le Magistère ou la DSE ce qui les justifie. Mais peut-être nous manque-t-il des textes. On aimerait connaître les sources d'une telle fulmination.

4. "Par sa réunion (distincte) du naturel et du surnaturel, du temporel et du spirituel, il est à la fois une communion de personnes et de communautés" : le communautarisme est donc une communion de communautés. Nous voilà bien avancés. L'Eglise est un communautarisme. L'Etat est un communautarisme. Le système qui développe la formation de communautés est une communion de communautés. Le monde est un communautarisme. La Trinité aussi, est un communautarisme, sans doute ?

5. "Le risque de dilution des communautés naturelles et surnaturelles est beaucoup plus fort que celui de « ghettoïsation » des catholiques" : outre qu'il est certain que pour certains catholiques la ghettoïsation n'est plus un risque mais une réalité, finalement, on ne sache pas que les communautés surnaturelles (l'Eglise ?) risquent de se dissoudre du jour au lendemain, à moins que l'Esprit Saint fasse une scission avec lui-même...

6."Focaliser de manière disproportionnée là-dessus face à la réalité beaucoup plus mortelle de l’autre menace, n’est-ce pas déplacer incongrument le vrai problème" : le vrai problème n'est-il pas que le laïcisme se nourrit justement du communautarisme (puisqu'il est lui-même communautariste comme toute chose sous le soleil d'après ce que j'ai compris) et que créer un communautarisme chrétien (qui existe déjà, paraît-il) serait le renforcer ?

7. "La Nef pourtant constitue un communautarisme médiatique et confessionnel à sa manière" : c'est faux, La Nef est un mensuel catholique qui parle à tous les hommes, de bonne ou de mauvaise volonté, pour leur faire entendre le message du Christ et de son Eglise. Elle ne représente pas une "communion de communautés".

[Sans prendre part à cette disputatio, moi je n'arrive pas à vous suivre dans vos écrits. Il y a peu vous écriviez qu'il ne s'agissait que d'une "tendance", aujourd'hui, voilà que vous écrivez désormais que "pour certains catholiques la ghettoïsation n'est plus un risque mais une réalité" ?
En lisant votre point 7, il me semble que toute cette polémique tourne surtout autour d'une incompréhension sur les termes. Qui va affirmer que les écoles hors-contrat ne sont pas ouvertes "à tous les hommes, de bonne ou de mauvaise volonté" ? J'en reviens à ma question : je ne connais pas de communauté chrétienne qui serait fermée aux autres.
Ceci dit, je n'ai cité que des extraits de l'article. Peut-être serait-il préférable de s'appuyer sur le texte in extenso. MJ]

Jacques de Guillebon

A MJ :
1. Je dis aujourd'hui que la ghettoïsation catholique "est une réalité, FINALEMENT" à la lecture de cet article qui, parce qu'il veut indiquer que tout serait en permanence communautariste, me semble la preuve d'un repli du raisonnement, en effet.
2.La Nef est un organe de presse, pas un lieu de vie. Elle n'est donc pas une communauté, et ne ressortit absolument pas à ce qui constitue le communautarisme (tel que ce terme est entendu couramment). Par ailleurs, La Nef est lisible par tout type de lecteurs, sans qu'une introduction soit nécessaire. Elle traite des sujets de la polis en général, et fait intervenir des non-chrétiens, pour connaître et faire connaître leur vision du monde.

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