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Jeûne pour le sacerdoce
Le "laïc catholique de l'année 2009" du Salon Beige : Jean-Marie Le Méné

Burqa : la CEF rejette t-elle enfin le laïcisme français?

Le Président du Conseil pour les relations interreligieuses de la CEF se fend aujourd'hui d'un communiqué où il écrit entre autre :

"Le Conseil National du Culte Musulman, par son Président, Monsieur Moussaoui, a clairement déclaré que le « voile intégral » n'est pas un signe religieux et que le Coran ne demande pas qu'il soit porté par les femmes

Il faut raison garder. Le nombre de femmes portant le voile intégral étant très limité, les décisions prises ne doivent pas conduire à stigmatiser les croyants musulmans.

La proposition d'une résolution qui a l'accord des responsables du culte musulman et, semble-t-il, des différents partis politiques peut être un acte important. Mais je suis très réservé sur l'opportunité d'une loi qui ne résoudra pas la question".

En effet, est-ce au politique en général - et laïciste en France en particulier - de  trancher  sur une question religieuse (ou une déviance religieuse dans ce cas) au nom d'une idéologie erronée de la femme, sous couvert de la trop fumeuse "sécurité"?  Cette interrogation est d'autant plus vraie qu'il faut éviter le piège qui consiste à oublier que, si la burqa n'est pas une obligation religieuse, elle n'en reste pas moins un signe d'appartenance à la religion musulmane, à une religion. Alors de deux choses l'une :

soit la loi sur le port de burqa vise à restreindre un signe extérieur d'appartenance religieuse, soit elle se fonde sur l'idéologie laïciste sur la femme.
Dans ces deux cas, elle est condamnable et à rejeter et elle peut avoir des conséquences terribles sur la pratique religieuse en France. Quant au prétexte de la sécurité, la loi sur l'interdiction de se masquer le visage existe déjà.

Monseigneur Santier déporte donc logiquement la question du port de la burqa du champs politique vers le champs religieux :

"Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties (...) Le dialogue en vérité entre croyants permet de dépasser les méfiances réciproques. Le chemin sera long et exigeant".

Les signes religieux à l'école en 2004, aujourd'hui le port public de la burqa qui permet au législateur de mettre la main sur les vêtements religieux : le laïcisme  comme volonté du politique de contrôler le religieux, avance en France.
Et si demain, toujours au nom  de la "dignité de la femme" et  de leur laïcité, c'est le hijab et voiles assimilés, que la loi condamne, faudra t-il alors dire adieu à ça, ça et ça? Monseigneur Santier semble faire le choix d'éviter de tomber de Charybde de la burqa en Scylla du laïcisme. C'est peut-être cela qui lui vaut d'être ignoré :

'Je regrette que la Mission n'ait pas cru bon entendre l'avis des responsables religieux chrétiens et juifs, alors qu'elle a reçu d'autres courants de pensée. La lettre que j'ai écrite au Président de la Mission aurait, au moins, mérité une réponse".

Si telle est son intention, qu'il poursuive alors avec persévérance ce combat contre l'emprise du temporel sur le spirituel, les catholiques lui en sauront gré et les musulmans auront enfin un responsable catholique fort et clairvoyant avec qui ouvrir un dialogue "long et exigeant" et "en vérité" en particulier sur la dignité de la femme, dont le texte est tout prêt depuis le 15 août 1988.

Commentaires

Bourgignol

Aujourd'hui la burqua.

Demain, et avec les mêmes arguments de nos ennemis laïques, la jupe longue, la mantille à la messe, le voile blanc de la mariée, l'alliance etc.

Ils ne s'arrêteront plus !

Florent

On eût cependant préféré qu'ils rejetassent le laïcisme imposé aux catholiques depuis plus d'un siècle au lieu de s'émouvoir seulement quand il est question de - peut-être - imposer celui-ci en faible partie aux musulmans.

[et aux catholiques aussi et c'est déjà fait : fini par exemple les croix scoutes sur les revers des blousons dans les écoles de la République.
Et que les évêques d'aujourd'hui héritent d'une situation pourrie depuis plus d'un siècle, dix fois oui.
Dix fois oui aussi, pour espérer qu'ils se réveillent sur le bon pied.
Ce sont là les raisons majeures pour lesquelles il ne faut pas jeter la pierre au premier qui bouge! Lahire]

JCM

J'étais plutôt favorable à une loi contre la burqa et ne comprenais pas votre soutien à la déclaration de Mgr SANTIER, jusqu'à ce que je lise la proposition de résolution du Parlement.
Ses 8 premiers points sont effectivement inadmissibles et, comme l'a écrit Philppe CARHON, elle est "en effet très dangereuse car elle ne se fait pas en réaction à l'islamisation de notre société mais au nom de la laïcité et de la dignité de la femme."

Cependant, pour aller dans ce sens, on peut tout à fait accepter le point 9 qui « proclame que c'est toute la France qui dit non au voile intégral et demande que cette pratique soit prohibée sur le territoire de la République. »
Puisqu'à la fois les chrétiens, la majorité des musulmans et les laïcards se disent hostiles au port de la burqa, on pourrait très bien édicter une loi consensuelle qui se limite à interdire une pratique au nom du respect de la paix civile, sans aucune référence à la religion ni à la laïcité.
Le travers c'est qu'on veut toujours édicter des lois qui se veulent moralisantes et donc s'en prennent à la liberté de conscience, mais le premier but de la loi est bien d'en rester à des mesures pragmatiques pour favoriser le "vivre ensemble".
Alors pourquoi pas OUI à une loi toute simple, pourquoi pas référendaire, comme celle des Suisses contre les minarets ?
Le problème est peut-être qu'en France il y a la Conseil constitutionnel, Grand Moralisateur et Inquisiteur devant la Sacro-Sainte République Laïque !

Heli Trottincas

Ce passage fait vraiment problème chez un responsable qui devrait connaître son sujet : "Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties (...) Le dialogue en vérité entre croyants permet de dépasser les méfiances réciproques"
En fait : 1° Il n'y a pas de 'culte' dans l'islam. Car en islam la dimension religieuse ne fait qu'un avec la dimension politique et sociale : la charia règle tout. Parler de liberté de culte en islam par analogie avec le christianisme ou le judaïsme est un leurre.
2° cette 'majorité' ayant enracinée en elle la vision musulmane du monde, même si elle n'est pas cohérente avec celleci du fait qu'elle n'est pas majoritaire dans le pays hote, rejoindra la cohérence de la 'minorité' qui ne fait pas que se réclamer de l'islam mais qui est en fait simplement cohérente avec l'islam du coran et de la sunna au fur et à mesure que le pays hote cédera aux revendications de cette 'minorité'. C'est une leurre que de voir dans cette minorité des 'extrémistes' alors que ce ne sont que des musulmans qui appliquent la manière de voir musulmane. Pour que cette distinction soit autre chose qu'un bouclier de papier, il faudrait que le pays hôte impose le respect de son identité culturelle et religieuse. (mais en a t il encore ?)
3. quel dialogue peut on avoir avec des esprits imprégnés depuis des lustres par la 'taqquyia' doctrine selon laquelle le mensonge est permis dans le 'dialogue' avec les 'mécréants' tant qu'on est minoritaire. Quand on est ensuite devenu majoritaire par 'le ventre de nos femmes', on supprime le dialogue et on impose la charia (cf. nigeria, indonésie, l'orient qui chasse les chrétiens etc)
4. Certes dans les conditions floues et faussées actuelles puisque on se refuse à partir de l'évidence qui est que l'islam est autant politique que relieux, une loi sur la burqa semble sinon contreproductive du moins passer à côté du vrai problème qui est justement le fait que les visions musulmanes et chrétiennes-&-postchrétiennes de l'homme et de son rapport aux autres et à Dieu sont incompatibles.
Mais si on ne fait rien, cela sera perçu comme une faiblesse du pays hote, donc un encouragement à aller plus loin dans la revendication de la part de la 'minorité' et minera d'autant la capacité de résistance de la 'majorité'.
Le plus simple aurait été de 'légiférer' ou 'décréter' en posant explicitement que certains signes d'hostilité publique à l'identité de la France, quels qu'en soient les motifs avancés, étaient interdits sur le territoire (burqa, tapis de prière sur la voie publique, drapeaux étrangers dans les rassemblements publics …).
Le vrai problème, n'est pas la liberté de culte d'une religion qui est d'essence politique, mais que les responsables de la France ne veulent plus être français et que l'Eglise s'arrête au souhait du dialogue sans jamais songer à son mandat d'apostolat et de conversion reçus à l'Ascension.
4. Le communiqué de Mgr Santier contient un alinéa supplémentaire honteux : "Si nous voulons que les chrétiens en situation de minorité dans les pays à majorité musulmane disposent de tous leurs droits, nous devons dans notre pays respecter les droits de tous les croyants à l'exercice de leur culte." Cette phrase est scandaleuse car si la burqa n'est pas un signe religieux, dixit Mgr citant un imam, on ne peut assimiler une loi anti-burqa à une entorse aux droits religieux de tout homme, ce que suppose ce Mgr, et par ailleurs ce que subissent les chrétiens en terre d'islam inversement relève de la persécution pure et dure (Egypte, irak, soudan, nigeria...) C'est le contraire qu'il fallait dire : d'abord la liberté de religion en terre d'islam, après on verra. On pourrait dire à ce Mgr d'aller lire la fin de l'éditorial de son collègue de Belley Ars dans Eglise des Pays de l'Ain : "Aus­si quand, sur l’ho­ri­zon qui nous est fa­mi­lier, sur­gis­sent d’au­tres cul­tu­res - is­sues d’au­tres re­li­gions - nous nous in­ter­ro­geons lé­gi­ti­me­ment sur leur com­pa­ti­bi­li­té avec no­tre pro­pre iden­ti­té na­tio­nale. Et c’est aus­si l’oc­ca­sion d’avoir une plus claire con­science de ce que veut dire être fran­çais. Au nom de cette iden­ti­té, nous in­ter­ro­geons l’Is­lam. Ac­cepte-t-il, dans les faits, la li­ber­té de con­science ? In­tè­gre-t-il, dans le champ so­cial, l’éga­li­té en­tre l’homme et la femme ? Le res­pect des con­scien­ces va-t-il jus­qu’à ac­cueillir le chan­ge­ment de re­li­gion sans crainte de re­pré­sailles ? Peut-on être tran­quil­le­ment adepte d’une au­tre re­li­gion dans un pays mu­sul­man ? Si la ré­ponse est "oui" pour tel pays, et "non" pour tel au­tre, alors y a-t-il un or­ga­nisme of­fi­ciel qui dé­fi­nit la juste pen­sée de l’Is­lam ? Où se trouve la vé­ri­ta­ble in­ter­pré­ta­tion ? Le fran­çais a be­soin de le sa­voir au mo­ment où son pays ac­cueille cette cul­ture sur son ter­ri­toire et cela au nom de l’iden­ti­té na­tio­nale.
Car voi­ci, par exem­ple, ce que je lis sous la plume d’un Père Jé­suite égyp­tien, le Père Bou­lad, bon con­nais­seur de l’is­lam : "Quand un mu­sul­man me dit : l’is­lam est la re­li­gion de la to­lé­rance, je lui ré­ponds : par­mi les 57 pays mu­sul­mans de la pla­nète, cite m’en un seul où la li­ber­té re­li­gieuse existe. Si bien que le non-mu­sul­man n’a pas sa place. Il est to­lé­ré, tout juste, comme dhim­mi, mais à part ça, non. La to­lé­rance, pour l’is­lam, c’est que vous êtes to­lé­ré comme ci­toyen de deuxième zone en tant que chré­tien ou juif. Mais en de­hors de ça, si vous êtes boud­dhiste ou hin­douiste, vous n’êtes plus to­lé­ré. Vous êtes un ka­fir, c’est-à-dire car­ré­ment un apos­tat, un im­pie. [...]"
N’est-ce pas le rap­pel de l’exi­gence d’un dia­lo­gue EN VERITE, au mo­ment où l’on s’in­ter­roge sur l’iden­ti­té na­tio­nale ? "

Olivier M

Tout-à-fait d'accord avec Lahire.
La loi sur la Burqa est un non-sens car la loi interdisant de se promener masqué existe déjà; il suffit de l'appliquer!
Mais L'UMP sarkozyste, qui sait pertinement que c'est inapplicable en l'état des RGPP et de notre malheureuse police française, ne fait que dresser un épouvantail pour en cacher mieux un autre:
en interdisant la burqa, on dédouane automatiquement "l'islam à la française", une fumisterie de l'UMP décidément spécialiste en impostures.
Sévères avec la burqa (ultra-minoritaire) mais tolérant par contre-coup avec le voile islamique, qui lui prolifère désormais partout en France!
Avec ou sans burqa, avec ou sans minarets, nous, Français catholiques et fiers de l'être, on n'en veut pas!

Panouf

Tiens?
C'est la première fois que je vois ma position sur ce sujet realyée par le salon beige...

hs

La loi interdisant de masquer son visage sur la voie publique existe -t-elle déjà (en dehors du cas du port de cagoules dans les émeutes)? Il me semble que C. Vanneste avait déposé une proposition de loi en septembre à ce sujet , qui a l'avantage d'une parfaite neutralité religieuse ...

AncillaDomini

Qu'une loi interdise la burqa ou qu'on s'en tienne au réglement de police déjà existant... même constat : il sera impossible de faire ôter sa burqa ou son niqab à une musulmane sans déclencher une émeute (sachant en quels lieux elle les porte...). Quelle que soit l'option choisie, l'Etat n'aura pas les moyens de la faire appliquer. Son autorité est encore amoindrie, il perd sur toute la ligne. Mais les musulmans, eux, sont gagnants dans tous les cas.

Denis Crouan

Le Comité National du Culte Musulman ne parle que pour lui-même car il ne représente que lui-même. Il n'existe aucune autorité religieuse dans l'islam: cette notion n'existe pas, pas plus qu'il n'existe de clergé (ou de culte d'ailleurs!). Chaque musulman est libre d'écouter et de suivre l'imam de son choix. Chacun est libre d'interpréter le coran comme il le désire: de façon souple ou de façon radicale...

Agnès

Comme Heli, je suis terriblement choquée par cette phrase de Mgr Santier :
"Si nous voulons que les chrétiens en situation de minorité dans les pays à majorité musulmane disposent de tous leurs droits, nous devons dans notre pays respecter les droits de tous les croyants à l'exercice de leur culte."
Un bel exemple de dhimmitude en pays "encore" chrétien (malgré tout) !

[Humm... relisez les écrits de nos papes sur cette question. Lahire]

Axelle

Ce genre de prise de position officielle de la part d'un évêque me parait extrêmement grave. Ce discours ecclésial prône littéralement et sans frein l'ouverture à l'autre, quelque soient ses croyances, simplement parce que l'Église s'imagine qu'il vaut mieux être du côté d'un "croyant", quel qu'il soit, plutôt que d'un "incroyant" (fléau moderniste et relativiste!).

[Avec quel langage politique, vous jugez la position de l'Eglise, Mater et Magistra! Si l'Eglise "ne s"ouvre" pas à l'autre (autre que catho), à qui s'ouvrirait-elle?
Ensuite, le message de l'Eglise est-il réservé à ses membres? "je suis venu pour..." vous connaissez sans doute la suite de ces paroles du Christ.
si vous n'êtes pas d'accord avec la pratique de monseigneur Santier, libre à vous, mais ne le reprenez pas sur la partie de son message qui est en rapport avec ce qu'enseigne l'Eglise. Ca discrédite la suite de votre message, pourtant intéressante. Lahire]

C'est dangereux et cela menace des enjeux vitaux en Occident. Notre dhimmitude est totale en France et je ne crois pas du tout que cela serve vraiment les intérêts de nos frères chrétiens d'Orient qui attendent de notre part de chrétiens occidentaux un discours fort et sans concessions face à un islam dont l'action est avant tout politique et pas seulement religieuse (et je suis étonnée que les évêques ignorent cette évidence) .
Par ailleurs, on ne peut pas mettre sur le même plan la religion catholique et l'islam dont les apparentes vertus n'en sont absolument pas : la femme est considérée par les musulmans comme perverse dans sa nature même, donc à cacher, à couvrir, on ne peut rien pour elle et elle ne peut rien elle-même pour elle, alors que en Occident chrétien elle usera, comme l'homme, de son libre-arbitre pour être vertueuse.

[A la relecture de Mulieris dignitatem, je pense de plus en plus que le problème de l'islam n'est pas la question de la femme, mais bien celui de l'homme. Lahire]

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