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Loi Debré : triste jubilé !

Texte envoyé par l'abbé Hyacinthe-Marie Houard, fondateur de l'IRCOM, l'Institut des relations publiques et de la communication, et de l'Institut Albert-le-Grand à Angers :

"Jeune professeur du second degré, avec mes collègues, je l’attendais cette loi ! Elle allait soulager l’enseignement catholique d’un poids insupportable : les charges de personnel et les frais de fonctionnement. C’était l’euphorie. On ignorait tout alors des rythmes de l’administration et, par exemple qu’il faudrait attendre deux ans les premiers versements ! À cette époque, la plupart des enseignants étaient des prêtres, des religieux ou des religieuses. Ils étaient là par vocation ou plutôt ils remplissaient là le rôle que leur confiait l’Eglise au service de la jeunesse. En charge de l’éducation chrétienne de celle-ci, ils n’avaient jamais pensé que leur activité, dans l’accomplissement de leur mission, pouvait avoir une quelconque valeur marchande. Quant aux quelques laïcs qui les secondaient, leur état d’esprit était le même. Pour l’application de la loi, on peut dire que, dans un premier temps, tout a bien marché. Les Commissions départementales de conciliation ont réglé quelques cas litigieux et quelques religieux sans diplôme universitaire mais forts de leur expérience, ont été autorisés à poursuivre leur activité. De plus, l’ouverture à tous, exigée par la loi, ne gênait en rien des établissements toujours heureux d’accueillir tous les enfants dont leur étiquette confessionnelle n’effarouchait pas les parents. On n’imaginait pas que la mise en œuvre de la loi Debré allait à ce point changer la donne. Le dispositif qui devait sauver la liberté de l’enseignement ne l’a-t-il pas progressivement étouffée ?

Les résultats sont là. Ils ont été atteints semble-t-il en trois étapes : le retrait des religieux, la marée des «mercenaires», le contrecoup du fiasco de l’enseignement public. Le retrait des religieux s’est fait assez vite, résultat de la baisse de leurs effectifs, d’une part et aussi d’une vague de méfiance voire de mépris de certains mouvements à l’égard des «institutions» chrétiennes. Pour que l’Eglise ait les mains pures, le mieux n’était-il pas de lui couper les mains ? D’ailleurs désormais, dans l’enseignement, prêtres et religieux ou religieuses pouvaient être remplacés par des laïcs sans accroître les charges. Il paraissait donc opportun de déployer les éléments ainsi libérés dans des activités réputées plus «pastorales» jugées plus épanouissantes sinon (croyait-on) plus utiles. Alors pour remplacer ces hommes et ces femmes d’expérience, se sont présentés de jeunes professeurs. Les premiers sont venus dans l’enthousiasme de poursuivre une œuvre dont souvent ils avaient eux-mêmes bénéficié. Après eux beaucoup d’autres hélas ne cherchaient qu’un emploi quand d’autre part, rythmes scolaires et vacances ont attiré un grand nombre de femmes. Tous ces nouveaux venus sont souvent porteurs des «lumières» de 68. Ils se méfient de tout ce qui ressemble à l’autorité, qu’il s’agisse de savoir vivre, de discipline ou de pédagogie On veut mettre l’enfant «au centre de la classe» … en attendant de mettre le professeur dehors. On peut se demander si d’ailleurs, en certains endroits ce ne serait pas le mieux. Leur culture «in vitro» ne favorise plus aucun enracinement. L’arrivée massive de ces laïcs qui ont appris les vertus du libéralisme et de la tolérance, la disparition des «cornettes» et des soutanes qui manifestaient une appartenance, ont fait rapidement tomber l’obstacle qui pouvait encore écarter des familles, qu’elles soient hostiles à toute espèce d’éducation religieuse ou simplement indifférentes. Rassurées, elles sont entrées en nombre dans l’enseignement catholique, n’y cherchant désormais que la garantie d’une meilleure qualité de l’instruction et de l’éducation. Malheureusement de ce fait elles ont pris peu à peu le pouvoir dans les conseils de classe, les conseils d’administration et les associations de parents d’élèves, négligeant ou rejetant même parfois toute préoccupation d’éducation chrétienne. Sans doute y a-t-il d’heureuses exceptions et on a plaisir à le reconnaître, mais il faut bien admettre qu’on assiste à une sécularisation progressive de l’enseignement privé catholique tendant à l’assimiler à l’enseignement public et laïc. Où sont les foules de 1984 ? Le service unique contre lequel elles se sont alors levées se met en place aujourd’hui sans douleur suivant la règle du PPCD (plus petit commun dénominateur).

Y a-t-il de l’insolence à se demander si un tel résultat est dû au machiavélisme des concepteurs du système, conscients du pouvoir dissolvant du nombre et de l’argent, ou à la naïveté de ceux qui ont cru y trouver le salut ? Dans une commune d’un département de l’Ouest, n’existe qu’une seule école pour le niveau CE1/CE2, et c’est une école privée. Des parents protestent, réclamant leur droit à une école publique. Mais pourquoi donc ? Cri du cœur de l’instituteur catholique : « nous ne faisons aucune formation religieuse ! ». Emblématique, n’est-il pas ? Et de même, dans une ville voisine, ce grand lycée catholique où les élèves ne trouvent aucune proposition de la foi. Quelle conclusion tirer de ce constat ? Que ce qui devait sauver l’enseignement catholique a gommé son «caractère propre» et qu’en conséquence, une seule solution se présente : le retour à la situation antérieure où, reprenant la main, l’Eglise, «éducatrice des peuples» puisse reprendre la place qui fut la sienne pendant des siècles au service de la foi et de la culture."

Commentaires

Sancenay

Machiavélisme et naïveté : les deux Monsieur l'Abbé. Il n'est jamais trop tard pour s'en apercevoir !

Carthage

Pour connaître depuis deux décennies l'institution de l'intérieur, je ne puis que souscrire à ce texte.
Il faudrait ajouter que la "sécularisation progressive" s'est produite notamment par ses propres responsables : suppression de chapelles transformées en salles de sports, bureau du directeur... ; suppression volontaire [sic]des crucifix par des directeurs... ; formation religieuse indigente ; recrutement de personnes d'autres religions (n'y a-t-il pas tromperie pour les parents et leurs enfants par rapport au caractère propre ?)...
Il pourrait être "intéressant" de mesurer l'ampleur de ces points par une comptabilisation effective.
Cela a été accepté de l'intérieur. L'aurions-nous accepté venant de l'extérieur ?

Hervé

cette situation n'est pas nouvelle. je l'ai vécue au fur et à mesure de la scolarisation de mes enfants dans l'enseignement dit catholique depuis bientôt 20ans... et j'ajouterai pas mal de dureté/intolérance dans ces institutions qui ne pensent que taux de réussite au bac et intégration dans leur projet éducatif (lisez les c'est à mourir de rire)..
et oui, contre un plat de lentille...

Exupéry

Sainte Bernadette disait fort justement "je ne crains que les mauvais Catholiques"...Ce qui inclus les catholiques volontairement "décatholicisés".
Je repense à ce très grand Lycée "catholique" (sous-contrat) de la région parisienne "Sainte ...". Lors d'une visite, l'enseignement proprement religieux m'y était apparu absent, l'aumônier servant surtout de psychothérapeute adjoint, ce qui valait sans doute mieux que de catéchiser, car c'était un spécialiste de la "théologie de la mort de Dieu"!
Au demeurant, les effectifs sont pléthoriques, car les succès aux examens sont spectaculaires. Évidemment tout cela n'a plus rien à voir avec l'enseignement catholique. Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile.

Savoie

Pour avoir effectué un remplacement en Arts Appliqués dans un lycée privé du diocèse d'Annecy je peux vous dire qu'en plus de professeurs et personnel de direction qui ne croient plus en rien, il y a des élèves d'une autre confession qui sont particulièrement virulments à l'encontre du Catholicisme et rassurez-vous les signes religieux extérieurs sont très rares voire absents et l'enseignement religieux aux oubliettes. Voilà le triste état de l'enseignement dit Catholique.

Roselyne

A l'époque de la Loi Debré, nos évèques étaient sur le point d'obtenir le chèque scolaire, c'est à dire le libre financement par les parents de l'école de leur choix. Cette solution a été repoussée pour le contrat d'association, avec à la clé des ouvertures d'aumoneries dans les lycées publics. Il n'y a plus d'aumoniers (ni d'élèves ) dans les aumoneries et plus d'enseignement catholique non plus.

56

Excellent !
Toujours clairvoyant Monsieur l'abbé !

Citadelle

C'est un peu rapide, comme analyse, un peu idéaliste et sans doute un peu naïf aussi.
Qui peut prétendre qu'il eut fait mieux dans la conjoncture du moment ?
A vouloir conserver la quantité, on a abaissé la qualité de l'enseignement diocésain, qui n'est plus catholique.
Fallait-il diminuer les effectifs ? Pas facile de prendre une telle décision, dans une Eglise apostolique par nature.
Rares, trop rares sont les établissements qui ont conservé leur flamme. On entend ainsi que un père de deux séminaristes proclamer que l'enseignement privé est le meilleur moyen pour éloigner les enfants de l'Eglise. On entend les professeurs des écoles privées catholiques dire des inepties en catéchisme, et on les voit rarement donner l'exemple d'une vie chrétienne visible, vivant en concubinage, ayant des enfants hors mariage etc. Il ne s'agit pas de les juger, mais de constater que l'on a oublié que l'exemplarité était une condition indispensable de l'éducation.
Cette baisse de la qualité des enseignants s'est développée par les accords Lang-Cloupet plus que par la loi Debré. Les directeurs avouent ne plus pouvoir choisir leurs enseignants.
Parrallèlement, les coûts de scolarité deveinnent prohibitifs pour des familles nombreuses catholiques, celles-ci étant regardées comme des extra-terrestres dans les établissement diocésains ! Le coût de la cantine n'est plus supportable.
Heureusement, l'espoir n'est pas perdu et la nature trouve souvent des moyens de faire face, d'où le développement des cours par correspondance type Cours Ste Anne, ou écoles hors contrat dans lesquelles on peut apporter son repas, ce qui reste impossible dans l'enseignement diocésain.

Taillault

Merci monsieur l'abbé!

Les écoles privées qui, Dieu merci, surgissent partout ne pourraient-elles pas demander le contrat simple?

1683

@ Taillault,

Sauf erreur de ma part, cela n'est guère possible (ou guère souhaitable) car c'est les mettre à la merci de la municipalité locale qui pourrait, à tout moment, y mettre un terme.

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