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Edmond Michelet n'est pas béatifié

Nombreux sont ceux qui s'inquiètent de la rumeur qui annonce que le dossier de béatification du héraut de la démocratie chrétienne - qui réhabilita la peine de mort pour des officiers qui avaient osé s'en prendre au seul patron, le grand Charles De Gaulle - connaitrait un dénouement rapide à Rome. Propagande...

D'abord, il peut en être de ces dossiers qui, même à Rome, avancent rapidement pour prendre la trajectoire de la corbeille, fussent-ils soutenus par un petit-fils, évêque d'Autun-Chalon-Mâcon.

En effet, Edmond Michelet est déjà voué au culte dans la cathédrale de Chalon-sur-Saône au même rang que le saint curé d'Ars et la bienheureuse mère Térésa (photos de mars 2009. cliquez pour agrandir. Merci à FB). Ceci porte un nom, je crois, aux conséquences terribles pour un tel procès...

Em4 
Ensuite, vieux serpent de mer, cette prophétie de béatification, qui n'est rien d'autre qu'un moyen de pression sur Rome bien indélicat, avait jailli l'année dernière à la même époque et j'avais déjà écrit ces deux posts (1 et 2) pour souligner les difficultés de discernement qui s'imposaient dans une vie aveuglément vouée à un homme et à une idéologie (voir chez Téqui).

Enfin, ce n'est pas parce qu'on a voulu faire mentir l'histoire en novembre 2009 avec ce colloque "Charles De Gaulle, chrétien, homme d'état" que cette année ne nous aura pas épargné ce deuxième volet de bourrage de crane, le colloque  "Edmond Michelet, un chrétien dans la vie politique" qui a eu lieu à Paris vendredi 10 et samedi 11 décembre. Il n'a pas fait de bruit, n'ayant eu que ce qu'il méritait, mais il a soulevé jusque dans la presse locale ce coup d'arrêt qu'il a provoqué :

Emz "Le quotidien corrézien souligne cependant que "Son combat pour l'Algérie française sera certainement une étape délicate de son procès en béatification. Ministre de la Justice de 1951 à 1961, sous de Gaulle, il a signé une ordonnance, en juin 1960, pour appliquer la peine de mort aux généraux putschistes. Un fait dénoncé dans un livre intitulé Edmond Michelet est-il un saint ?, de Bernard Zeller". (La Montagne)".

Celui qui n'a pas hésité à dire de lui à propos de ce colloque récent :

"Il [Edmond Michelet] a essayé, dans sa vie politique, d'être en accord avec la conviction de sa conscience, allant au-devant des gens qu'ils soient juifs, communistes ou algériens, toujours dans le respect de la dignité humaine. Et ce, sans considération d'appartenance religieuse, philosophique et ethnique",

n'aurait pu dire sans mentir "juifs, communistes, officiers français ou algériens... sans considération d'appartenance politique, religieuse, philosophique et ethnique". Les beaux sentiments sélectifs ne sont pas un atout de béatification.

En conclusion, ces lignes prudentes livrées par le site Osservatore Vaticano :

"Cela étant, je crois aussi qu’il ne faut pas crier avant d’avoir mal :
1) Edmond Michelet n’est pas encore béatifié. Ce n’est pas parce que son procès avance vite qu’il aboutira. Je crois savoir que le dossier d’Isabelle la Catholique est bouclé depuis des années, mais bloqué en raison de ses possibles répercussions politiques et géopolitiques.
2) J’ai, en particulier, un peu de mal à croire qu’un homme qui a rétabli la peine de mort pour crime politique, qui a fait pression (alors que sa mission de Garde des sceaux aurait exigé un peu de retenue, pour ne rien dire de l’indépendance de la justice) sur les tribunaux pour « obtenir » la peine de mort contre les généraux Challe et Zeller (et peut-être d’autres encore), puisse être béatifié. Surtout en un temps où Rome est plutôt sur une « ligne » très réservée, pour ne pas dire plus, à propos de la peine de mort.
 Gdc 3) Si béatification il y a, elle ne pourra donc sanctionner que la qualité de la vie personnelle du croyant. Encore une fois, on note les ambiguïtés des béatifications: tout le monde les comprend comme des choix exemplaires que l’Eglise fait pour nous proposer des modèles dans notre vie terrestre, alors que, trop souvent, les procès de béatification se concentrent sur la vie spirituelle et sacramentelle des « candidats ». Il serait utile que l’autorité soit en mesure de dire: Tel fils de l’Eglise est au Ciel, j’en suis assurée (car le pouvoir des clefs va sans aucun doute jusque-là). Sans pour autant nous le présenter en modèle.
4) Quant à la canonisation de la démocratie chrétienne, je ne crois pas qu’elle soit envisageable. Pas à Rome. Pas dans la Rome actuelle. Chacun des collaborateurs du saint-siège sait bien que la démocratie chrétienne italienne a été le fourrier du communisme, en parfaite contradiction avec le mandat que lui avait fixé Pie XII. Et chacun sait aussi que la démocratie chrétienne a lâché précisément sur tous les points non négociables qui consistuent pour ainsi dire la plate-forme politique de Benoît XVI (je n’aurais pas la cruauté de rappeler, pour le cas français, les liens entre la démocratie chrétienne et Simone Veil…)".

Commentaires

Bernard S

Le bon larron, criminel notoire, est au ciel et l'Evangile nous l'offre en modèle à cause de sa conversion, ultime.
On ne peut que souhaiter que Michelet soit lui aussi au ciel; on peut même le croire, mais ce n'est pas une raison pour le donner en exemple par une béatification car, à l'inverse de tant de saints, il a bien commencé mais ensuite... : rétablissement de la peine de mort pour motif politique, pression sur le procureur pour requérir la mort contre Challe et Zeller, sanction contre ce même procureur qui ne lui avait pas obéi, et bien d'autres obstacles. Lisez la biographie "interrogative" de Bernard Zeller : vous verrez qu'une béatification serait catastrophique pour notre confiance en l'Eglise.
Et une fois encore, cela n'empêche pas de l'espérer et même de le croire au ciel.
Quant à son poster dans la cathédrale de son petit-fils, c'est pour le moins déplacé.

gérard fauche

Piété filiale d'un petit-fils : oui!
"Se prendre pour le pape" et "béatifier" son grand-père : non !

HB

Passionnant ce post.
La charité chrétienne m'interdit de dire ce que je pense du petit-fils fut-il (futile) évêque!
Mais la béatification étant l'oeuvre de l'Esprit Saint, je ne m'inquiète pas du tout.

Sa photo dans la cathédrale de Chalon-sur-Saône au même rang que le saint curé d'Ars: c'est une abomination, que Mgr Benoît Rivière prenne garde!
Est-il seulement conscient de ce qu'il fait: la formation des prêtres et des évêques semble manquer de consistance!
Situation terrible, comment a-t-on pu en arriver là?

Ann O'Neem

J'espère que le livre de Bernard Zeller a été remis au "Promoteur de la Foi" (alias avocat du diable).
A l'inverse, le fait d'avoir mis la photo du "de cujus" dans un église peut difficilement être considéré comme un culte anticipé de nature à empêcher un procès de béatification : ce n'est pas un culte à proprement parler, il n'y a pas eu de prière adressée à lui, du genre "saint Edmond Michelet, priez pour nous".
Juste une galerie de photos du style "grands témoins" ?...
Pensez que des églises ont été construites sous le nom de Jean XXIII (entre autres à Sarcelles) avant la béatification de celui-ci (en violation flagrante du droit canon : même un bienheureux ne peut pas être titulaire d'une église sans un indult du Saint-Siège ! ...alors celui qui ne l'est pas !... Voir commentaires du canon 1218), et pourtant un tel désordre n'a pas bloqué la béatification.
Par contre, le petit-fils a peut-être bien agi de façon un peu ...légère, manquant à la réserve qui aurait été convenable au sujet de son grand-père.
Et cela mérite...
Bref, quelqu'un sait-il qui est le Promoteur de la foi (ou au moins le Postulateur de la cause) dans ce procès ?

laurensou

Chers amis,

Si ma mémoire est bonne, le putsch a eu lieu en 1961. Comment Mr Michelet aurait-il pu signer en juin 1960 une ordonnance à ce sujet, comme l'indique "La Montagne"?
Amicalement.

Olaf Rejojo

Faire confiance à la Providence, c'est bien.
Sauf que la Providence se sert aussi de notre action pour empêcher certaines choses : "les hommes d'armes combattront, et Dieu donnera la victoire" (voir aussi la conquête de la Terre promise : "pour conquérir la terre que Dieu te donne"). Donc il est de notre devoir de contribuer à ce que la vérité soit manifestée.
Par ailleurs, une béatification n'est pas du domaine de l'infaillibilité, et il peut arriver (très rarement, certes) que telle ou telle béatification ne soit pas très opportune (Jean XXIII en est l'exemple).

eugénie lechipre

Satisfaite d'apprendre que la béatification n'est qu'un projet... j'espère bien qu'il n'aboutira pas ! sans nier les exceptionnelles qualités de EM telles qu'elles resssortent du témoignage de ses compagnons à dachau, je ne peux pas avaler les pressions qu'ils a exercées pour faire condamner Hélie de st Marc ; entre anciens déportés, c'est dégoûtant ; sans compter la mort qu'il voulait pour les autres ! et ça donne l'impression qu'il avait un peu dévié de la foi chrétienne vers le culte du G de Gaulle...

trahoir

1/ @ laurensou,

Je ne connais pas bien cette chronologie mais il y a suffisament de duplicité dans les hommes de pouvoir pour "prévoir". Une duplicité plus machiavélique que sainte.

Et ce d'autant plus que le soi disant putsch était en 1961, tout comme en 1958, largement téléguidé et infiltré par des gens retors voulant faire d'une pierre deux coups : arrêter la guerre d'Algérie et se séparer définitivement d'une armée "politique", compétente, et vibrante de bons sentiments dans un monde qui ne voulait plus d'elle.

Aujourd'hui on appele cela un "Livre Blanc de la Défense", ça fait moins de bruit, l'effet est le même (mais les gars des années 50-60 étaient plus coriaces...).

2/ Trés intéressante remarque dans l'article :

"Chacun des collaborateurs du saint-siège sait bien que la démocratie chrétienne italienne a été le fourrier du communisme, en parfaite contradiction avec le mandat que lui avait fixé Pie XII."

Où peut on trouver des sources là dessus ?

xénophon

@laurensou
l'ordonnance de juin 1960 a été prise après l'épisode des barricades à Alger à un moment où la politique gaulienne 'depuis le discours sur l'autodétermination de septembre 1959 avait donné un tour pratiquement irréversible à la marche vers l'indépendance, en contradiction totale avec les serments de mai 1958.
Le pouvoir s'était donc doté d'une nouvelle arme en rétablissant la peine de mort pour toute menée criminelle en matière politique.
La révolte des généraux tombait donc "tout naturellement" sous le coup de cette loi.
Rappelons qu'elle servit à faire exécuter le sergent Dovecar,le pied noir Piegts le lieutenant Degueldre et le Lt Colonel Bastien-Thiry.

Jean Theis

Pendant ce temps Charles de Foucault n'est pas canonisé...

benoît

Je pense avec soulagement que Pie XII sera béatifié et même canonisé avant.

Lugan

En ce qui concerne une béatification ou une canonisation, il ne faut pas dire que quelqu'un est saint ou bienheureux avant que l'Eglise c&tholique se soit prononcé.

D'autre part, pour béatifier quelqu'un il faut que toute la vie de la personne soit sainte. Ce n'est pas le cas avec Edmond Michelet puisqu'il à permis que deux généraux connaissent la peine de mort dont le général Zeller.

Pour cette raison, Edmond Michelet ne sera jamais béatifié. Cela ne veut absolument pas dire qu'Edmond Michelet n'est pas un grand homme et qu'il y a pleins de chose que nous pouvons admirer dans sa vie.

Pouzoulet

Faut-il encore s'étonner de la violence de cette polémique...qui a au moins un résultat positif : Edmond Michelet ne laisse pas indifférent.

Un procès en béatification est en cours.
On sait que l'action d'Edmond Michelet au ministère de la Justice pendant la guerre d'Algérie est un aspect particulièrement sensible et complexe de son engagement politique. Je me suis déjà exprimé sur ce point sur le site "Liberté politique" en réponse à M. Bernard Zeller, fils du général Zeller.

Le tout récent colloque tenu au collège des Bernardins sur Edmond Michelet montre d'ailleurs qu'on ne peut pas maîtriser le sujet en improvisant comme ce fut le cas pour certains intervenants sur le sujet algérien qui n'étaient pas au niveau du sujet et du personnage dont ils parlaient...

Personne ne peut reprocher à M. Bernard Zeller sa pitié filiale. Mais la mémoire familiale est une chose, l'histoire en est une autre. M. Zeller a un peu tendance à confondre les deux dans un louable souci de réhabilitation.

Laissons donc le procès suivre son cours et les historiens faire leur travail.

Ce qui est certain, c'est que les blessures remontant à la guerre d'Algérie sont loin d'être cicatrisées...Quant aux psycho-rigides nostalgiques de l'Algérie française, ils n'ont manifestement pas fini de guérir de leur fantasme et de sortir de leur erreur d'analyse. Mais c'est leur problème que de n'avoir toujours pas compris que la guerre d'Algérie était une sale guerre de décolonisation dont De Gaulle nous a finalement tiré, non sans mal et non sans dégâts. Ce donc la 4ème république était bien incapable.

J'ajoute incidemment que, sur la tragédie des harkis, les historiens sont en train de découvrir que les choses étaient infiniment moins binaires qu'on veut bien le dire. Il y a eu sur ce point une intervention remarquable au colloque des Bernardins, à partir de documents encore peu exploités.

Je voudrais donc m'inscrire en opposition avec un révisionnisme historique qui tend à faire oublier à quel point la République était fragile au tout début des années 60, et à minimiser la gravité de la rébellion des généraux putschistes.

Edmond Michelet, au moment crucial, a su prendre toutes ses responsabilités. Je n'ai pas besoin d'attendre l'issue d'un procès en béatification pour avoir la conviction qu'il a agi au mieux et sans trahir sa foi.

Je voudrais encore rappeler qu'aucun des généraux rebelles n'a été exécuté et que tous ces gens ont été amnistiés en 1968 - Edmond Michelet, député, a voté la loi !
Ce n'est pas de son côté qu'il y avait de la haine...

Je déplore que, dans certaines chapelles de la droite catholique française, on ait plutôt tendance à porter sur les autels des pseudo-martyrs du putsch raté, et cela sans aucun procès en béatification...

Une précision enfin : il est inexact de dire qu'Edmond Michelet était démocrate chrétien. Il a été exclus du MRP et il s'est toujours réclamé du gaullisme, d'un gaullisme qui n'est ni de droite (c'est bien ce que beaucoup ne lui pardonnent pas), ni de gauche : un gaullisme pour la France.

Philippe Pouzoulet
Ancien président de la Fraternité Edmond Michelet, époux d'une petite fille d'Edmond Michelet.

Philippe Denoix

En réponse à M. Pouzoulet, je précise que Bernard Zeller et moi-même, furent les seuls à prendre la parole contre la béatification d'Edmond Michelet dans le cadre d'un séminaire d'une journée et demie entièrement consacré à son engagement de chrétien dans la politique, qui se déroula au collège des Bernardins. Nos interventions ont duré au total cinq minutes. C'est bien nous que M. Pouzoulet désigne de façon méprisante comme "n'étant pas au niveau du sujet et du personnage dont ils parlaient". Ces courtes paroles ne furent probablement pas si mauvaises puisqu'elles dérangèrent ce monsieur malgré leur brièveté. Auraient-elles apporté une note discordante dans un concert de louanges unanime? Dans son message, l'honorable ancien président de la Fraternité Michelet mélange le vrai et la faux sur le plan historique. Ses invectives contre ceux qui ne sont pas d'accord avec lui sur la béatification du grand-père de son épouse ressemblent un peu aux injures du tumultueux compagnon de Tintin, le Capitaine Haddock.
Presque tous mes nombreux amis, majoritairement gaullistes, parmi lesquels des historiens renommés, pensent comme moi-même, que Michelet était un type bien mais que tout de même, compte tenu de certains excès regrettables de la fin de la guerre d'Algérie et de son indifférence à l'égard des Harkis, pourtant victimes de sa politique, il n'y a vraiment pas de quoi en faire un saint.

Philippe Denoix, journaliste

Un travail de clarification s'impose après les imprécisions et les amalgames de M. Pouzoulet. Qu'appelle-t-il "révisionnisme historique". Il est logique que de nombreux français d'origine pied-noire ou "harkie" fassent de Challe, Zeller et de bien d'autres rebelles de l'Algérie française y compris ceux de l'OAS des héros pour s'être opposés à la destruction de leur petite patrie ou à leur abandon. Dans ces milieux tout à la fois respectables et bien connotés, on trouvera des débordements d'indignation à l'aune des souffrances endurées contre le projet de béatification d'Edmond Michelet. Ces milieux pourraient même faire chorus avec certains ultra-conservateurs qui ne pardonnenet pas à De Gaulle de s'être opposé à lEtat français de Vichy. Il n'y a aucun risque que ces personnes minoritaires puissent réécrire l'histoire. Aujourd'hui, une large majorité de gens dont je fais partie pense que De Gaulle a bien fait de sortir la France du guêpier algérien, mais qu'il ne fallait pas abandonner les Harkis et que les généraux Challe et Zeller méritaient de larges circonstances atténuantes.

Philippe Denoix, journaliste

...Enfin, si aucun général rebelle pour la défense de l'Algérie française n'a été exécuté, ce le fut contrairement à la volonté de De Gaulle qui voulut au minimum, la mort des généraux Salan et Jouhaud. Les sentences des tribunaux d'exception fondés par De Gaulle alors que Michelet était garde des Sceaux furent souvent beaucoup plus douces que ne l'avaient espéré leurs fondateurs pour la raison suivante: ils avaient nommé dans ces formations de jugement des grands cadres de notre pays teintés d'humanisme et de christianisme, comme par exemple Louis Pasteur Vallery-Radot. Ces derniers n'avaient pas le profil de la besogne de juges d'exception désignés pour réprimer la sédition plutôt que d'en juger les auteurs. Il fallait surtout les condamner à mort. D'où la déception de Michelet au lendemain de l'arrêt Challe-Zeller et celle de De Gaulle au lendemain de l'arrêt Salan rendus par le Haut Tribunal militaire.
Avec le recul du temps, on ne voit pas comment le condamnations à mort et les exécutions des généraux Challe, Zeller, Salan et Jouhaud auraient consolidé la jeune Cinquième République. La plupart des juges de ces tribunaux ainsi que Georges Pompidou ont pensé que ces mises à mort auraient aggravé inutilement les divisions des Français.

Philippe Denoix, journaliste

...En fait, il est parfois tentant de refaire l'histoire en s'efforçant de gommer les pages noires de celles de notre pays, comme l'abandon de nos Harkis exposés à la vengeance des nouveaux maîtres de l'Algérie. Ainsi, au colloque sur Michelet qui vient d'avoir lieu à Paris, j'ai entendu un des derniers intervenants tenter de minimiser la responsabilité du gouvernement français dans l'abandon des Harkis en disant que leur persécution au terme de cette terrible guerre qui avait fait plus de 350000 morts, était "totalement imprévisible" et qu'il fallait attribuer l'assassinat de beaucoup d'entre eux à des "conflits tribaux", etc. Est-ce cette contribution que M. Pouzoulet a trouvée "remarquable"?
Ceux qui ont ouvert ce procès en béatification, n'ont-ils pas minimisé la responsabilité française dans le drame des Harkis, leurs souffrances atroces, ainsi que celles des Français d'Algérie? Se sont-ils interrogés sur le double jeu mené par l'Etat français à la fin de cette guerre si inutilement meurtrière? Se sont-ils demandé si cette duplicité n'a pas abouti à un abus de confiance au détriment de ceux, surtout les habitants musulmans qui se battirent contre l'indépendance dans l'espoir d'une intégration dont la France n'a finalement, jamais voulu. Et que pouvaient penser les officiers français qui se sont rendu compte qu'ils avaient envoyé à la mort leurs hommes pour rien et que d'autres allaient mourir pour leur avoir fait confiance comme en Indochine?

Philippe Denoix, journaliste

...Certes, De Gaulle a sorti la France du guêpier algérien, ce que la IV ème république fut incapable de faire. On peut le remercier. Mais beaucoup déplorent la façon très brutale par laquelle cette sortie s'est faite, les séquelles d'une décolonisation ratée se traduisant pas la dictature du FLN, etc.
Compte tenu du refus de la part des autorités françaises d'assurer l'avenir de ceux qui s'étaient ralliés à elle, du nombre de victimes collatérales parmi les européens et surtout les Français musulmans, il apparaît insensé d'envisager de béatifier l'un des principaux acteurs de cette politique. Celui-ci n'a jamais réalisé la moindre action, ni éprouvé le moindre sentiment de solidarité, ni le moindre regret en leur faveur.
A Verdun, par exemple, douze mille tombes de soldats sont orientées vers La Mecque. Combien parmi eux venaient d'Algérie? Combien de Français musulmans d'Algérie sont morts au sein de l'Armée d'Afrique dont ils formaient la moitié des effectifs, cette fameuse armée qui a fortement contribué à mettre la France dans le camp des vainqueurs en 1945. Compte tenu de ces faits, l'absence de toute possibilité de repli laissée aux autochtones sympathisants de la France qui parfois se battaient de père en fils, n'a-t-elle pas été une trahison?

Philippe Denoix

... En ravivant les plaies du divorce franco-algérien, ce procès n'a-t-il pas été imaginé par des notables enfermés dans leur tour d'ivoire? Dans une époque pleine d'incertitude, de déclin en France de la foi, cherchent-ils à se rassurer par la construction d'une figure de proue idéale? Ainsi, on donne au catholique De Gaulle capable du meilleur, mais aussi du pire, une stature de commandeur et on fait un saint de l'un de ses valeureux disciples. La polémique est inévitable. Elle va s'enfler de toutes sortes d'excès alimentés par les atrocités d'un proche passé.
Mais il est moins facile à présent de fabriquer un saint catholique qu'un héros du socialisme au siècle dernier dans les bureaux du Kremlin. Cette béatificatiopn semble avoir, Dieu merci, peu de chances d'aboutir. Mais l'avenir n'est jamais sûr. Des chrétiens doivent se mobiliser. Car les principales victimes de la politique gaulliste en Algérie sont des musulmans. Ils ne sont pas les mieux placés pour participer à ce débat interne à l'Eglise. A nous de prendre la parole contre la béatification d'Edmond Michelet en mémoire de leur martyr.
Philippe Denoix

Bernard Zeller

M. Pouzoulet a, cette fois-ci, l'honnêteté de mentionner ses liens avec la famille d'Edmond Michelet révélés par moi-même sur le site de France Catholique après une longue période d'occultation. Il persiste à placer le débat sur le terrain politique alors qu'il s'agit de savoir si Edmond Michelet "a vécu héroïquement les vertus chrétiennes". Il feint de croire que mon livre "Edmond Michelet est-il un saint", qu’il a lu, est une entreprise de réhabilitation de mon père - qui n'en a point besoin - confondant piété filiale et histoire. Or tout ce qui figure dans ce livre, contrairement aux ouvrages hagiographiques sur Edmond Michelet, est historique et uniquement historique. Historique, le rétablissement de la peine de mort pour crimes et délits politiques par l'ordonnance du 4 juin 1960; historiques, les pressions extrêmes exercées sur le procureur général Besson pour qu'il requière la peine de mort récemment et spécialement rétablie à l'encontre des généraux Challe et Zeller ; historique, la fureur d'Edmond Michelet prenant connaissance de la réquisition (détention criminelle à perpétuité) et de la sentence (15 ans de détention) ; historique, le silence assourdissant d'Edmond Michelet lors du massacre des harkis alors que son collaborateur, Hervé Bourges, était conseiller technique, chargé de mission auprès du président Ben Bella depuis le 2 octobre 1962 (J.O. de la République Algérienne du 26 octobre 1962).
Ce sont des faits et des attitudes qui méritent d'être retenus et analysés dans le processus de béatification engagé. Or, un petit cercle familial, amical et régional ne veut pas en entendre parler : ils n'existent pas. Ce cercle veut absolument la béatification d'Edmond Michelet (qui n'en a sans doute rien à faire), on ne sait trop pourquoi.
Le livre ne se limite pas, loin de là, à ces événements; il fournit de nombreux éléments de la vie politique d'Edmond Michelet depuis novembre 1945 jusqu'à sa mort en 1970, dont beaucoup sont tout à son honneur.
M. Pouzoulet, on le comprend, n'a pas apprécié "certains intervenants sur le sujet algérien qui n'étaient pas au niveau du sujet et du personnage dont ils parlaient..." Les intervenants en question étaient Guy Pervillé et Olivier Dard, deux universitaires réputés pour leur connaissance de la guerre d'Algérie et des débuts de la Ve République. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils ont évoqué - et c'est une première dans les colloques consacrés à Edmond Michelet - les faits et attitudes mentionnés plus haut. Evidemment cela ne cadrait pas avec l'objectif des organisateurs du colloque et cela a troublé la vision "irénique" d' un Edmond Michelet, homme de miséricorde et de réconciliation.
M. Pouzoulet, c'est un point non essentiel, récuse la qualification de démocrate-chrétien pour Edmond Michelet en se fondant sur sa démission du MRP et sur son gaullisme. Louis Terrenoire a suivi le même chemin et on ne peut que le qualifier de démocrate-chrétien. En décembre 1970, le R.P. Riquet, dans La Revue des deux Mondes, intitule son hommage à l'ancien ministre : "Un démocrate-chrétien : Edmond Michelet", et il le justifie : "c'est celui qui paraît le plus convenable parce que le mieux approprié."
Souhaitons qu'après ce colloque, la commission historique fasse son travail sereinement et de manière exhaustive, c'est ce que l'on doit à Edmond Michelet.
Bernard Zeller


Philippe Denoix, journaliste

Ce message n'est pas destiné à être publié. J'aimerais que soient corrigées de simples erreur de forme dans mes 7 messages de réponse aux nombreux problèmes soulevés par M. Pouzoulet:
2ème message: ligne 5, remplacer "potite" par petite.
4ème Message: ligne 3, Les (majuscule); ligne 7, remplacer "chrétienté" par "christianisme".
5ème message: ligne 2 "Harkis" (majuscule);Lignes 13 et 17, mettre des points d'interrogation.
6ème message: ligne 5, écrire "assurer" au lieu d'"asserer"; ligne 9, ajouter "éprouvé" après "ni", corriger l'orthographe de "sentiment" et replacer "ne" par "ni".
Après ma signature, vous pouvez préciser:
Journaliste
Bien cordialement à vous. Ph. Denoix

[Voilà c'est fait et je me demande encore pourquoi. Mais je sais pourquoi je mets ce commentaire en ligne : pour que nos lecteurs aient un aperçu de ce qui peut nous arriver. Lahire]

Philippe Denoix

Désinformé par M. Pouzoulet que je considérais, malgré mes désaccords historiques, comme un homme de confiance en tant qu'ancien président de la Fraternité Edmond Michelet, je n'ai lu que ces derniers jours le livre de Bernard Zeller: "Edmond Michelet est-il un Saint?". Abusé, j'avais cru à un pamphlet antigaulliste axé sur les Zeller visant à faire un saint de son général de père. A part le photocopie en annexe d'une lettre émouvante de 2 pages écrite par le général à son fils, il n'y a rien sur sa famille dans ce livre: une présentation objective, rigoureuse et très documentée des actes d'Edmond Michelet autour de la seule question propre à un procès en béatification. A ma bonne surprise, il n'y a pas la moindre confusion entre "mémoire familiale" et "histoire", ni de polémique. En fait, cet excellent livre de 140 pages, mine d'informations méconnues sur l'histoire récente de la France, s'avère indispensable à ceux qui sont intéressés par ce procès: il n'y en pas d'autre! On se le procure comme je viens de le faire en écrivant à l'auteur chez lui:
9 boulevard Morland, 75004, Paris; Joindre un chèque de 10€.

Bernard Zeller

M. Pouzoulet a, cette fois-ci, l'honnêteté de mentionner ses liens avec la famille d'Edmond Michelet révélés sur le site de France Catholique après une longue période d'occultation. Il persiste à placer le débat sur le terrain politique alors qu'il s'agit de savoir si Edmond Michelet "a vécu de manière héroïque l’ensemble des vertus chrétiennes". Il feint de croire que mon livre "Edmond Michelet est-il un saint", qu’il a lu, est une entreprise de réhabilitation de mon père - qui n'en a point besoin - confondant piété filiale et histoire. Or tout ce qui figure dans ce livre, contrairement aux ouvrages hagiographiques sur Edmond Michelet, est historique et uniquement historique. Historique, le rétablissement de la peine de mort pour crimes et délits politiques par l'ordonnance du 4 juin 1960; historiques, les pressions extrêmes exercées sur le procureur général Besson pour qu'il requière la peine de mort, récemment et spécialement rétablie, à l'encontre des généraux Challe et Zeller ; historique, la fureur d'Edmond Michelet prenant connaissance de la réquisition (détention criminelle à perpétuité) et de la sentence (15 ans de détention) ; historique, le silence assourdissant d'Edmond Michelet lors du massacre des harkis alors que son collaborateur, Hervé Bourges, était conseiller technique, chargé de mission auprès du président Ben Bella depuis le 2 octobre 1962 (J.O. de la République Algérienne du 26 octobre 1962).
Ce sont des faits et des attitudes qui méritent d'être retenus et analysés dans le processus de béatification engagé. Or, un petit cercle familial, amical et régional ne veut pas en entendre parler : ils n'existent pas. Ce cercle veut absolument la béatification d'Edmond Michelet (qui n'en a sans doute cure), on ne sait trop pourquoi.
Le livre ne se limite pas, loin de là, à ces événements; il fournit de nombreux éléments de la vie politique d'Edmond Michelet depuis novembre 1945 jusqu'à sa mort en 1970, dont beaucoup sont tout à son honneur.
M. Pouzoulet, on le comprend, n'a pas apprécié "certains intervenants sur le sujet algérien qui n'étaient pas au niveau du sujet et du personnage dont ils parlaient..." Les intervenants en question étaient Guy Pervillé et Olivier Dard, deux universitaires réputés pour leur connaissance de la guerre d'Algérie et des débuts de la Ve République. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils ont évoqué - et c'est une première dans les colloques consacrés à Edmond Michelet - les faits et attitudes mentionnés plus haut. Evidemment cela ne cadrait pas avec l'objectif des organisateurs du colloque et cela a troublé la vision "irénique" d' un Edmond Michelet, homme de miséricorde et de réconciliation.
M. Pouzoulet, c'est un point non essentiel, récuse la qualification de démocrate-chrétien pour Edmond Michelet en se fondant sur sa démission du MRP et sur son gaullisme. Louis Terrenoire a suivi le même chemin et on ne peut que le qualifier de démocrate-chrétien. En décembre 1970, le R.P. Riquet, dans La Revue des deux Mondes, intitule son hommage à l'ancien ministre : "Un démocrate-chrétien : Edmond Michelet", et il le justifie : "c'est celui qui paraît le plus convenable parce que le mieux approprié."
Souhaitons qu'après ce colloque, la commission historique fasse son travail sereinement et de manière exhaustive, c'est ce que l'on doit à Edmond Michelet.
Bernard Zeller


Bernard Zelle

Si certains sont intéressés, une recension détaillée du colloque tenu aux Bernardins "Edmond Michelet, un chrétien en politique" est disponible sur le blog : http://edmond-michelet.blogspot.com/
Amicalement
Bernard Zeller

Philippe Denoix

Est-il utile d'élucider une divergence de détail entre M. Zeller et moi quant aux personnes "qui ne maîtrisaient pas le sujet algérien", selon M. Pouzoulet?
M. Jacques Barrot, ancien ministre, fit à une heure tardive de la première journée du colloque un exposé en faveur de la béatification de Michelet. Je fus seul à m'y être opposé, rappelant notamment sa demande de condamnation à mort des généraux Challe et Zeller.
Un petit-fils de Michelet me reprocha en a parte mon manque de maîtrise du sujet. C'est moi que M. Pouzoulet visait, il me semble, pour avoir soi-disant "improvisé", plutôt que MM. Dard et Pervillé. Universitaires reconnus, ils avaient bien préparé leurs exposés. M. Zeller n'était pas présent lors de l'intervention de M. Barrot, d'où cette erreur minime sans influence sur le fond. A part cela, il y a une large cohérence entre M. Zeller sur les faits qu'il établit et mes messages qui ont précédé le sien.
Rédacteur de l'article "Harkis" publié dans Encyclopaedia Universalis en 1997, j'avais voulu apporter ma modeste contribution à ce colloque.

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