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Seif el Islam : "le glaive de l’islam"

Les fondements de l'État de droit libéral

Impressionnant discours de Benoît XVI au Bundestag. Extraits :

A1 "l'invitation à tenir ce discours m'est adressée en tant que Pape, en tant qu'Évêque de Rome, qui porte la responsabilité suprême pour la chrétienté catholique. En cela, vous reconnaissez le rôle qui incombe au Saint Siège en tant que partenaire au sein de la communauté des Peuples et des États. Sur la base de ma responsabilité internationale, je voudrais vous proposer quelques considérations sur les fondements de l'État de droit libéral.

Vous me permettrez de commencer mes réflexions sur les fondements du droit par un petit récit tiré de la Sainte Écriture. Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu'au jeune roi Salomon, à l'occasion de son intronisation, Dieu accorda d'avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment important ? Succès, richesse, une longue vie, l'élimination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda : « Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (1 R 3, 9). Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien. Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. [...] « Enlève le droit – et alors qu'est ce qui distingue l'État d'une grosse bande de brigands ? » a dit un jour saint Augustin. Nous Allemands, nous savons par notre expérience que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous avons fait l'expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l'État était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice. Servir le droit et combattre la domination de l'injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien. Dans un moment historique où l'homme a acquis un pouvoir jusqu'ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente. L'homme est en mesure de détruire le monde. Il peut se manipuler lui-même. Il peut, pour ainsi dire, créer des êtres humains et exclure d'autres êtres humains du fait d'être des hommes. Comment reconnaissons-nous ce qui est juste ? Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent ? La demande de Salomon reste la question décisive devant laquelle l'homme politique et la politique se trouvent aussi aujourd'hui.

Pour une grande partie des matières à réguler juridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant. Mais il est évident que dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l'homme et de l'humanité, le principe majoritaire ne suffit pas : dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilité doit chercher elle-même les critères de sa propre orientation. [...]

Sur la base de cette conviction, les combattants de la résistance ont agi contre le régime nazi et contre d'autres régimes totalitaires, rendant ainsi un service au droit et à l'humanité tout entière. Pour ces personnes il était évident de façon incontestable que le droit en vigueur était, en réalité, une injustice. Mais dans les décisions d'un politicien démocrate, la question de savoir ce qui correspond maintenant à la loi de la vérité, ce qui est vraiment juste et peut devenir loi, n'est pas aussi évidente. Ce qui, en référence aux questions anthropologiques fondamentales, est la chose juste et peut devenir droit en vigueur, n'est pas du tout évident en soi aujourd'hui. À la question de savoir comment on peut reconnaître ce qui est vraiment juste et servir ainsi la justice dans la législation, il n'a jamais été facile de trouver la réponse et aujourd'hui, dans l'abondance de nos connaissances et de nos capacités, cette question est devenue encore plus difficile.

Comment reconnaît-on ce qui est juste ? Dans l'histoire, les règlements juridiques ont presque toujours été motivés de façon religieuse : sur la base d'une référence à la divinité on décide ce qui parmi les hommes est juste. Contrairement aux autres grandes religions, le christianisme n'a jamais imposé à l'État et à la société un droit révélé, un règlement juridique découlant d'une révélation. Il a au contraire renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit – il a renvoyé à l'harmonie entre raison objective et subjective, une harmonie qui toutefois suppose le fait d'être toutes deux les sphères fondées dans la Raison créatrice de Dieu. Avec cela les théologiens chrétiens se sont associés à un mouvement philosophique et juridique qui s'était formé depuis le IIème siècle av. JC. Dans la première moitié du deuxième siècle préchrétien, il y eut une rencontre entre le droit naturel social développé par les philosophes stoïciens et des maîtres influents du droit romain. Dans ce contact est née la culture juridique occidentale, qui a été et est encore d'une importance déterminante pour la culture juridique de l'humanité. De ce lien préchrétien entre droit et philosophie part le chemin qui conduit, à travers le Moyen-âge chrétien, au développement juridique des Lumières jusqu'à la Déclaration des Droits de l'homme et jusqu'à notre Loi Fondamentale allemande, par laquelle notre peuple, en 1949, a reconnu « les droits inviolables et inaliénables de l'homme comme fondement de toute communauté humaine, de la paix et de la justice dans le monde ».

[...] [U]n dramatique changement de la situation est arrivé au cours du dernier demi siècle. L'idée du droit naturel est considérée aujourd'hui comme une doctrine catholique plutôt singulière, sur laquelle il ne vaudrait pas la peine de discuter en dehors du milieu catholique, de sorte qu'on a presque honte d'en mentionner même seulement le terme. Je voudrais brièvement indiquer comment il se fait que cette situation se soit créée. Avant tout, la thèse selon laquelle entre l'être et le devoir être il y aurait un abîme insurmontable, est fondamentale. Du fait d'être ne pourrait pas découler un devoir, parce qu'il s'agirait de deux domaines absolument différents. La base de cette opinion est la conception positiviste, aujourd'hui presque généralement adoptée, de nature et de raison. [...] Dans cette vision, ce qui n'est pas vérifiable ou falsifiable ne rentre pas dans le domaine de la raison au sens strict. C'est pourquoi l'ethos et la religion doivent être assignés au domaine du subjectif et tombent hors du domaine de la raison au sens strict du mot. Là où la domination exclusive de la raison positiviste est en vigueur – et cela est en grande partie le cas dans notre conscience publique – les sources classiques de connaissance de l'ethos et du droit sont mises hors jeu. C'est une situation dramatique qui nous intéresse tous et sur laquelle une discussion publique est nécessaire ; une intention essentielle de ce discours est d'y inviter d'urgence.

Le concept positiviste de nature et de raison, la vision positiviste du monde est dans son ensemble une partie importante de la connaissance humaine et de la capacité humaine, à laquelle nous ne devons absolument pas renoncer. Mais elle-même dans son ensemble n'est pas une culture qui corresponde et soit suffisante au fait d'être homme dans toute son ampleur. Là ou la raison positiviste s'estime comme la seule culture suffisante, reléguant toutes les autres réalités culturelles à l'état de sous-culture, elle réduit l'homme, ou même, menace son humanité. Je le dis justement en vue de l'Europe, dans laquelle de vastes milieux cherchent à reconnaître seulement le positivisme comme culture commune et comme fondement commun pour la formation du droit, alors que toutes les autres convictions et les autres valeurs de notre culture sont réduites à l'état d'une sous-culture. Avec cela l'Europe se place, face aux autres cultures du monde, dans une condition de manque de culture et en même temps des courants extrémistes et radicaux sont suscités. La raison positiviste, qui se présente de façon exclusiviste et n'est pas en mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel, ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres, où nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu. Toutefois nous ne pouvons pas nous imaginer que dans ce monde auto-construit nous puisons en secret également aux « ressources » de Dieu, que nous transformons en ce que nous produisons. Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l'étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste.

[...] Quand, dans notre relation avec la réalité, il y a quelque chose qui ne va pas, alors nous devons tous réfléchir sérieusement sur l'ensemble et nous sommes tous renvoyés à la question des fondements de notre culture elle-même. Qu'il me soit permis de m'arrêter encore un moment sur ce point. L'importance de l'écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder encore avec force un point qui aujourd'hui comme hier est largement négligé : il existe aussi une écologie de l'homme. L'homme aussi possède une nature qu'il doit respecter et qu'il ne peut manipuler à volonté. L'homme n'est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L'homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il écoute la nature, la respecte et quand il s'accepte lui-même pour ce qu'il est, et qu'il accepte qu'il ne s'est pas créé de soi. C'est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine. [...]

À ce point le patrimoine culturel de l'Europe devrait nous venir en aide. Sur la base de la conviction de l'existence d'un Dieu créateur se sont développées l'idée des droits de l'homme, l'idée d'égalité de tous les hommes devant la loi, la connaissance de l'inviolabilité de la dignité humaine en chaque personne et la conscience de la responsabilité des hommes pour leur agir. Ces connaissances de la raison constituent notre mémoire culturelle. L'ignorer ou la considérer comme simple passé serait une amputation de notre culture dans son ensemble et la priverait de son intégralité. La culture de l'Europe est née de la rencontre entre Jérusalem, Athènes et Rome – de la rencontre entre la foi au Dieu d'Israël, la raison philosophique des Grecs et la pensée juridique de Rome. Cette triple rencontre forme l'identité profonde de l'Europe. Dans la conscience de la responsabilité de l'homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de l'homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et les défendre est notre tâche en ce moment historique. [...]"

Commentaires

Marie

extrêmement puissant.. encore une fois ! Notamment sur ce qui est évoqué de la place nécessaire de la religion dans l'espace public, non pour s'imposer aux consciences mais pour permettre la vraie liberté de l'homme : la liberté intérieure.
Merci Saint-Père. Prions pour vous.

Sancenay

Soit tout le contraire de la révolution anthropologique qu'une minorité sectaire dominante tente par tous les moyens de nous imposer.

Merci Très Saint-Père de nous délivrer avec la force de la jeunesse de l'âme cette Vérité qui nous rendra libre.

Que le Sacré-Coeur de Jésus vous protège.

Anard

Et le christ Roi des nations...Christus... regnat....

en passant

Merci de nous donnez de larges extraits de cette intervention du pape, cependant où donc avez-vous trouvé qu'il s'agit là des fondements de l'état de droit libéral ?

il n'est pas fait mention de libéralisme ici.
Question peut-on être catholique ou humain sans être libéral ? sans être placé dans la catégorie des sinistres personnes ?

m'est avis que le libéralisme est un péché et c'est plutôt le sens de cette intervention qui condamne l'arbitraire de la décision de quelques-uns et réclame la nécessité du droit, pour garantir la société contre l'arbitraire.

autre question, le salon beige est-il libéral ou simplement informatif et catholique, informatif parce qu'universel ?

le libéralisme économique sans frein conduit à piller son prochain. le libéralisme philosophique conduit à l'éclectisme le plus plat. les deux sont dangereux et d'ailleurs le second mène au premier.

[Le titre est en fait une citation du discours du Pape... Désolé de remettre en cause votre définition du terme "libéral", mais s'il n'est pas fait mention du "libéralisme" ici, c'est que vous en avez peut-être une définition erronée. Comme beaucoup, je vous le concède.

Le Pape rappelle pourtant dans ce texte la tâche fondamentale du politique : la justice, pouvoir régalien par excellence. C'est, me semble-t-il, ce que rappellent sans cesse bon nombre de libéraux, s'indignant que l'Etat sorte de ses compétences (d'ailleurs, jusqu'à négliger ce devoir de justice) en s'occupant de tout (éducation, économie, etc.).

Et ce texte fait suite à celui prononcé ce matin à l'arrivée, dans lequel Benoît rappelle :
"Selon le principe de subsidiarité, la société doit donner un espace suffisant aux plus petites structures pour leur développement et doit en même temps les soutenir de telle sorte qu'un jour elles puissent aussi être autonomes".
MJ]

Tabitha

Quelle "leçon" !! Si tous les chrétiens étaient déjà prêts à reprendre les termes de ce discours, à s'en imprégner et à les répandre, on avancerait pas mal dans la quête de la liberté !

Joa le Bout

Au sujet du terme "libéral", on constate ici encore son ambiguïté (cf votre réponse à "en passant") déjà signalée l'an passée.
Faisons donc l'effort d'utiliser le neologisme "LIBÉRALISTE" comme adjectif correspondant à "Libéralisme", et les choses seront plus claires.

Jean

Magnifique et à faire circuler ! J'ai étudié le droit, l'éthique et la philosophie... mais ce discours est à couper le souffle : simple, dense et clairvoyant. J'aurais deviné, sans lire le nom de son auteur, qu'il s'agissait encore d'un discours de Benoît XVI ! Merci à lui !

en passant

Etat de droit libéral, mais libéral en quel sens?
Il n'est pas question de libéralisme ? mais quel sens a donc ce mot de libéral ici ? le sens de généreux ? un état de droit fondé sur une largeur de vue et une générosité n'a en effet rien à voir avec le libéralisme économique ou philosophique, mais alors pourquoi employer un terme aussi amphibologique ?

soit le pape déclare que le libéralisme politique, économique et philosophique quant au fond est une bonne chose, ce qui tranche avec l'histoire de l'Eglise, soit le pape pratique l'inculturation vis à vis de gens qui ne peuvent comprendre de prime abord la doctrine juridique, et la doctrine sociale de l'Eglise qu'à travers leur catégorie culturelle, plus héritées que réfléchies.

Si ma définition du libéralisme est fausse quelle est la vôtre ? et si la justice est le principal devoir d'un état, n'importe qui d'entreprenant peut donc finir par être l'état.

un état garantit les limites de la société, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ce n'est donc pas qu'une simple question de justice, c'est à dire de répartition égalitaire entre divers partenaire, au prorata d'un investissement.
alors oui, un état doit intervenir en matière d'instruction, comme il doit garantir que les plus entreprenant ne finiront pas par se comporter comme de parfaits voyous, jusqu'à atomiser l'unité culturelle pour la vendre en confettis.

notez bien que je parle d'instruction, et pas d'"éducation nationale".

le libéralisme impliquant une compréhension de la liberté erronée, il n'est pas une bonne base de compréhension de la vie sociale et politique; a fortiori économique.

je ne saisie vraiment pas le rapport entre la doctrine sociale de l'Eglise et son principe de subsidiarité et le libéralisme dans votre remarque cher monsieur janva, nous sommes sur ce point en désaccord. je ne crois pas que la doctrine sociale de l'église soit libérale pas que que je ne la crois socialiste.

si la démangeaison administrative est un problème dans notre pays, le principe de subsidiarité n'est pas un plaidoyer pour l'entrepreneuriat des TPE et de l'artisanat, mais la condition même de la prise en compte de la personne hunmaine dans un milieu économique et politique qui ne le fait guère.
ce principe et l'une des conséquences de la règle d'or.
un politique ou un chef d'entreprise qui ne voit que du contractuel là où il y a un alter-ego est socialement un terroriste.

il n'y a pas de société humaine là où règne le fait du prince. car un caprice même centralisé reste de l'incompétence mutualisée.

désolé de n'être ni libéral, "libéraliste", ou libertaire - ce qui philosophiquement n'est qu'une question de degrés et non de différence spécifique entre toutes ses positions. je pense au contraire que le replis communautariste est la marque même d'un désavoeu de catholicité. et je place le libéralisme économique au même rang que le communisme marxiste-léniniste, ou le national-socialisme.


[Il me semble que, comme certains, vous limitez votre conception du terme "libéral" à une époque, en l'occurrence au XIXe. Or le Pape remonte bien plus loin. Et il l'a déjà fait à plusieurs reprises. Oui, je crois qu'il y a un lien entre ce que le Pape nomme "libéral" et le principe de subsidiarité, la relégation de l'Etat à son strict devoir de justice, etc. Au fond, il y a une similitude entre libéral et liberté. Et le Pape rappelle ce qu'est la vraie liberté, terme qui a été galvaudé depuis quelques siècles, mais qui est , en fait d'origine chrétienne. La liberté, cela ne signifiait rien avant le christianisme. Et c'est la liberté qui a fait l'Occident chrétien, avec sa culture, ses cathédrales, ses richesses, sa prospérité, etc.
MJ]

Tabitha

A propos du commentaire sur le néologisme "libéraliste", je répondrais "à chacun son combat" .......

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