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De Edmond Michelet : "une béatification doit être prononcée à l’aune de toute une vie et non d’une partie de celle-ci"

Philippe Denoix signe dans la rubrique "Débat" de Valeurs Actuelles, un article si imparable qu'il devrait mettre un point final à cette détermination de voir aboutir une cause qui verrait ainsi le triomphe de la démocratie chrétienne si chère à Michelet. 

"A propos du jésuite corrézien Pierre Ceyrac, qui vient de mourir, Denis Tillinac, dans une récente chronique intitulée « Leçon de choses », pense qu’« un procès en canonisation n’est pas à exclure ».

Pour avoir agi avec ce disciple de Jésus pendant huit ans à la frontière du Cambodge et de la Thaïlande afin de secourir les rescapés des atrocités khmères rouges, je souhaite ce procès et pourrais témoigner de l’irradiant amour qui rayonnait de cet homme magnifique.

En revanche, je ne partage pas l’avis de M. Tillinac sur Edmond Michelet dont, selon lui, « les faits de résistance et le comportement héroïque au camp de Dachau justifient un procès en béatification actuellement en cours ». Sans contester ce comportement, une béatification doit être prononcée à l’aune de toute une vie et non d’une partie de celle-ci.

Peu après sa libération, Edmond Michelet fut nommé par de Gaulle ministre des Armées, fonction qu’il exerça de novembre 1945 à décembre 1946. En vertu de la solidarité gouvernementale, il a sa part de responsabilité dans l’épuration, au cours de laquelle il fit souvent preuve de modération et de mansuétude. Mais, comme ministre, il mit des soldats à la disposition d’une justice souvent défaillante, régie par des tribunaux d’exception, pour opérer des centaines d’exécutions capitales par fusillade.

Lors du retour au pouvoir du Général, Michelet devint ministre des Anciens Combattants à partir du 9 juin 1958, puis de la Justice, du 8 janvier 1959 au 24 août 1961. Dans l’exercice de ces fonctions, l’homme révéla des aspects plus contestables encore quant à sa ressemblance à Jésus, seul critère de la sainteté chrétienne. Il fut d’abord un ardent partisan de l’Algérie française, allant jusqu’à assimiler une victoire des indépendantistes au mal hitlérien. Puis, devenu garde des Sceaux, il fut surnommé “le ministre de la Miséricorde” en faveur de ces derniers. Il devint, en revanche, l’agent d’une répression implacable contre les auteurs du putsch d’Alger en avril 1961. Edmond Michelet, dans une lettre au procureur général Besson, le somma de requérir la mort contre les généraux Zeller et Challe, chefs du putsch raté. Ceux-ci s’étaient pourtant vite rendus à l’autorité légale pour éviter la guerre civile.

En fait, le procureur Besson ne requit pas la mort et les deux généraux furent condamnés à quinze ans de prison. Peut-être encore plus chrétiens que Michelet, les juges du nouveau tribunal d’exception, créé avec le concours du garde des Sceaux, comprirent le drame de conscience de ces officiers face au revirement total de la France vers l’indépendance algérienne. Après la terrible expérience indochinoise, avaient-ils partagé avec les accusés leur grande inquiétude sur l’avenir des nombreux musulmans, partisans armés de l’Algérie française, provoquée par la prochaine remise de ce pays aux rebelles du FLN ? Cette angoisse fut leur principal mobile.

Le 31 mai 1961, jour de cette sentence relativement clémente, Edmond Michelet adresse une lettre de démission au premier ministre Michel Debré, par laquelle il dénonce « le détestable réquisitoire du procureur général et le scandaleux verdict du haut tribunal militaire », jugé « comme une des conséquences, entre bien d’autres, de l’affaiblissement du civisme chez ceux qui devraient se considérer comme les premiers serviteurs de l’État ».

« La logique mène à tout », selon l’humoriste Alphonse Allais : ainsi Michelet demanda au procureur Reliquet de requérir vingt ans de prison contre le commandant Hélie Denoix de Saint Marc, autre survivant des camps de la mort nazis, devant le même tribunal, alors que ses supérieurs, plus lourdement responsables, venaient d’être condamnés à quinze ans !

En fait, le ministre ne quitta la Place Vendôme que trois mois plus tard. Le 1er juillet 1962, l’Algérie devint indépendante. Comme les dirigeants du putsch d’Alger l’avaient redouté, des dizaines de milliers de harkis furent atrocement assassinés. Leur principal “tort” fut d’avoir fait confiance à un gouvernement dont Michelet avait été membre. Devenu président de la nouvelle Association France-Algérie, on ne trouve nulle trace d’une intervention de sa part en leur faveur. Or, les massacres et les sévices appliqués aux partisans de la France se poursuivirent avec acharnement pendant des années.

Certes, selon les écrits du père Ceyrac, pour devenir un saint, point n’est besoin d’avoir eu une vie exempte de faute grave. Mais il est essentiel de bien la terminer, comme le larron qui meurt dans la repentance en se tournant vers le Christ. Hélas, ces faits interviennent à la fin de la vie du “serviteur de Dieu”, décédé, comblé d’honneurs, sans remords apparent, en 1970. Cet étonnant procès ne manque pas de froisser de nombreux survivants de l’ancienne Algérie française et leurs sympathisants ou descendants, toutes religions confondues.

Bon nombre de personnes s’accordent à reconnaître de grandes qualités chez Edmond Michelet. Mais il leur apparaît excessif jusqu’au ridicule, voire indécent, de l’ériger en exemple de sainteté au point de pouvoir invoquer un nouveau “bienheureux Edmond” dans les prières catholiques ! Les qualités de l’homme d’État et celles du saint chrétien sont de deux ordres différents. Il est très rare qu’elles habitent la même personne en ce monde où Jésus fut condamné à mort".

Commentaires

marinette

Merci pour cet excellent article. Le problème avec M.Michelet, est que toute la partie de sa vie à partir de 1958 est complètement ignorée ou occultée, de la part de ceux qui déjà le béatifient! J'espère qu'ils seront nombreux à lire ce texte( entre autres) afin que la commission travaille uniquement à partir de faits réels, sans omissions, même si cela dérange et n'était pas prévu!!

J. Marcigny

Il n'y a pas eu que l'épisode tragique de l'Algérie française.
Il faudrait aussi décaper le passage de Michelet à Dachau, notamment son rôle surprenant et occulté auprès des kapos et SS.
Il s'agit de ne pas confondre le déporté-esclave style Carl Leisner (qu'il prie pour nous!) et le collaborateur zélé et épanoui de ses bourreaux.
La "rue de la liberté" n'a pas été synonyme de chemin de l'honneur. A quand la levée du tabou?

Nicolas

Cependant être un homme d'état ayant prononcé de très nombreuses condamnations à mort n'a pas empêché l'empereur Charlemagne d'être canonisé le 29 décembre 1166.

Il est vrai que depuis le 27 janvier 1999, l’Église a définitivement exclue la peine de mort en toute circonstance « La nouvelle évangélisation a besoin de chrétiens qui soient sans réserve en faveur de la vie. […] La société moderne a les moyens de se protéger, sans ôter au criminel de manière définitive la possibilité de se corriger (cf. Evangelium vitae, 27). Je renouvelle l’appel, que j’ai lancé récemment à Noël, à un accord pour supprimer la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile. » (homélie de Jean-Paul II au cours de la messe célébrée en public à Saint Louis, Missouri, États Unis, La Documentation catholique, 21 février 1999, n° 2198, p. 183.).

... Mais c'était 29 ans après la mort d'Edmond Michelet.

Mais bon ce que j'en dit ...

[La problématique n'est pas tant le choix de la peine de mort, mais son application pour des accusés dont PERSONNE, même De Gaulle, n'estimait qu'ils la méritaient.
Je dis cela sans revenir sur votre confusion sur Evangelium Vitae.
JL]

Bernard S

Sur ces menées indécentes, on lira avec profit le livre de Bernard Zeller "Edmond Michelet est-il un saint ?"
Egalement intéressant, l'article suivant : http://www.piedsnoirs-aujourdhui.com/michelet-M.html

Philippe Denoix

En tant qu'auteur de l'article dans Valeurs actuelles, je dirai qu'on ne peut réduire Edmond Michelet à l'étiquette de la démocratie chrétienne. Il me semble que le caractère inconditionnel de son gaullisme l'a poussé à des comportements fautifs qui rendent ce procès ridicule ne serait-ce que par imprudence car nous manquons encore du recul du temps. De Gaulle a eu le mérite de trancher la question. Mais dans les larmes et le sang. Hélas, le double jeu du gouvernement français à la fin de la guerre d'Algérie au centre duquel Michelet se trouvait a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dont la confiance a été abusée. Refuser dans ce contexte toute circonstance atténuante à Zeller et à Challe me semble une faute majeure.

nemo

En servant le général Degaulle comme minsitre de la justice il a participé de façon active et passive à l'abandon criminel des harkis, des 3000 européens disparus, de nos milliers d'églises et de cimetières chrétiens etc etc ...

Un beau bilan pour un postulant à la béatification ....

Clément


Et sa TRAHISON en pleine guerre et son INTELLIGENCE avec l'ennemi: correspondance avec Krim Belkhacem, information du GPRA quant aux négociations qui aurait pu amener à la paix en Algérie (Affaire Si Salah) et le "passage" en Algérie de Ben Cherif (Condamné à mort pour massacre) et qui "nettoya" la Willaya iV.

C'est un traître et l'on voudrait que des fidèles mettent des fleurs sur ses autels alors que leurs parents pourraient avoir subi ses méfaits?

torrens

"au grand dam de la police, les complices français du FLN bénéficient de protections à des niveaux élevés. Le garde des Sceaux, le pieux Edmond Michelet, et son cabinet, participent activement à la protection des porteurs de valises. Joseph Rovan, du cabinet de Michelet, en témoignera, faisant état de filières personnelles entre le garde des Sceaux et le GPRA à Tunis" in La NRH hors série n°4 printemps-été 2012

Ca se passe de commentaires. S'ils le béatifient, il n'y aura plus qu'à en faire un patron secondaire de la France, après tout...

Salin Patrick

Bonjour,
Je ne m'étonne pas que des personnes veuillent ainsi canoniser Edmond Michelet en faisant abstraction des moments peu recommandables de sa vie. Dans le même ordre d'idée, fin août 2012 a été baptisée à l'École Militaire la promotion "Colonel Pierre Messmer" de l'École des officiers de réserve de spécialité d'état-major (ESORSEM). Ce qui est ironique dans ce choix de parrain de promotion est que l'on propose ainsi comme modèle un personnage politique qui, sans doute eut un comportement courageux dans les FFL, mais qui aussi par ses directives ministérielles de 1962 condamna à mort les harkis et leurs familles (100 000 morts, chiffre maintenant accepté) et maintînt dans la maltraitance et l'indignité ceux qui ont pu se réfugier en France. Le geste prend un tour encore plus grave si l'on considère qu'avec ses directives (de non embarquement et de retour forcé en Algérie) Messmer menaça de sanctions les officiers qui rapatrieraient tout de même leurs harkis, forçant ainsi ces officiers à se parjurer en abandonnant leurs harkis et en les désarmant. Voilà donc en effet un beau personnage à invoquer en exemple à de jeunes officiers!
Cordialement.
PS

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