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Des manuels d'histoire orientés

Dans un ouvrage intitulé L'Histoire fabriquée ? Ce qu’on ne vous a pas dit à l’école... (le blog), Vincent Badré, professeur d'histoire depuis 10 ans, décrypte chapitre après chapitre les fabrications d'idées reçues inculquées aux élèves de collège et de lycée. Sur chaque période étudiée, il montre comment les manuels fabriquent une idée reçue, dans leur contenu et dans la façon de le présenter (notamment par le choix des illustrations), ce à quoi il ajoute "ce qu'on dit moins souvent" et "ce qu'il faut aussi savoir" sur le sujet donné. Une bonne façon à la fois de comprendre les dessous de la désinformation scolaire et de se remettre les idées en place. Exemple éloquent avec la vie de Jésus :

H"La fabrique d’une idée reçue :

Qu’en dit-on ?  Une histoire avec de nombreux points d’interrogation. Sept verbes au conditionnel en sept phrases, c’est ce qu’il faut au manuel Belin pour présenter la vie de Jésus. Ce livre oublie en revanche le conditionnel pour affirmer dans la même page que les Evangiles « ont été écrits des années après sa mort».

Comment le dit-on ?  Les manuels choisissent les théories historiques qui éloignent les textes dont nous disposons des événements.  L’un d’entre eux affirme qu’il « n’y a pas de témoignage direct de la vie de Jésus », un autre demande aux élèves si Flavius Josèphe « a connu les faits qu’il rapporte » alors qu’il écrivait vers la « fin du Ier siècle ». Le livre du maître répond que cela n’est « probablement » pas possible alors que cet historien et homme politique juif a été un acteur et un témoin de la révolte de l’an 67 contre l’empire romain, une trentaine d’années après la vie publique de Jésus.

Ce qu’il y a de vrai. Peu de textes extérieurs au christianisme. On peut dire qu’il y a « très peu de sources historiques» sur la vie de Jésus, mais uniquement en réduisant ces sources aux quelques brefs textes écrits par des non chrétiens à propos de Jésus, de Flavius Josèphe à des « historiens romains » comme Tacite ou Pline le Jeune.

L’histoire à découvrir

Ce qu’on dit moins souvent. Le témoignage de l’archéologie. Peut-on faire confiance au témoignage historique des Evangiles ? Les manuels émettent des doutes, les recherches archéologiques montrent que les auteurs des Evangiles sont bien renseignés. Un seul manuel présente cette idée avec une photo de la « pierre Ponce Pilate, retrouvée en 1961 » à Césarée Maritime. Cette inscription confirme le titre de « Praefectus Judae » accordé à Ponce Pilate par les Evangiles alors que l’historien romain Tacite lui donnait celui de procurateur. Les enquêtes de Vittorio Messori, Hypothèses sur Jésus et Il a souffert sous Ponce Pilate, contiennent d’autres exemples de passages du Nouveau Testament qui correspondent avec des découvertes archéologiques tels que celui de la piscine des « cinq portiques ». Ce lieu était considéré comme l’invention d’un rédacteur tardif qui ne connaissait pas les lieux jusqu’à la mise à jour à Jérusalem d’une piscine en deux bassins avec quatre portiques sur les côtés et un entre les deux bassins.

Ce qu’il faut aussi savoir. L’exégèse historique oubliée. Alors que les travaux de certains historiens et archéologues sont très rapidement pris en compte dans les manuels, les trois siècles d’exégèse historique de la Bible sont très peu utilisés. On ne montre par exemple pas leur étude de la cohérence interne des Evangiles qui affirme que les auteurs des Evangiles n’avaient aucun intérêt à falsifier les discours de Jésus quand leur contenu est un « scandale pour les Juifs et [une] folie pour les païens ».

Les manuels choisissent les hypothèses historiques qui allongent le temps qui sépare la vie de Jésus de la rédaction des Evangiles. Ils ne citent donc pas celles qui affirment que certaines lettres de Paul qui résument l’essentiel de la foi chrétienne n’ont pu être écrites qu’avant la destruction du Temple de Jérusalem en 70 car elles parlent au présent des sacrifices qui y étaient pratiqués. Ils ignorent aussi des recherches actuelles telles que celles de Pierre Perrier sur la transmission orale et la présence de l’araméen dans l’écriture des Evangiles.

Si les manuels laissent planer le doute sur l’existence de Jésus, ils ont une manière bien à eux de présenter sa nature et son enseignement. A les croire on peut avoir des doutes sur l’existence de Jésus mais pas sur le contenu presque « socialiste » de son enseignement."

Néanmoins, l'auteur rappelle que le professeur reste maître de son cours et qu'il peut éveiller l'esprit critique de ses élèves sur les documents présentés et les faits relatés et leur apporter des éléments complémentaires nécessaires à la compréhension de l'histoire.