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Pie XI ne voulait d’abord pas condamner l’Action française

Dans le cadre d'une série historique sur les papes, Monde et vie aborde le pontificat de Pie XI, avec Yves Chiron. Extrait :

P"L’histoire a établi – ce que n’ont pas perçu les dirigeants royalistes à cette époque – que Pie XI ne voulait d’abord pas condamner l’Action française. Il voulait simplement lancer un avertissement public. C’est pour cela qu’il n’intervient pas directement. Il a cherché un cardinal français qui se charge de la besogne. Il a du mal à le trouver. Le cardinal Andrieu, qui n’était pas une tête théologique, a rédigé une mise en garde maladroite, injuste et même injurieuse. Le tort de Pie XI est de l’avoir approuvée. Le tort de l’Action française est de s’être rebellé et d’avoir persisté, et de façon de plus en plus inconsidérée, dans ce refus de soumission. L’excommunication qui frappe les adhérents et sympathisants de l’Action française ne vise pas des hérétiques mais des rebelles. Pie XI a été scandalisé qu’ils refusent d’obéir.

Vous êtes aussi le biographe de Charles Maurras. L’Action française pouvaitelle réagir autrement que par la fin de non-recevoir que représente le fameux « Non possumus » ?

Sur le fond, l’Action française n’a pas tort de s’estimer condamnée injustement. Néanmoins, il y avait, je crois, la possibilité d’une sortie par le haut, c’est celle qu’indique le premier livre de Jacques Maritain, Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques (Plon). L’ouvrage paraît à la fin du mois de septembre 1926, soit un mois après le déclenchement de la crise – la lettre Andrieu – et bien avant les condamnations qui vont suivre. Il distinguait, à juste titre, certains écrits de Maurras et la doctrine de l’AF et il suggérait la constitution au sein de l’AF de structures pour « la formation religieuse, l’étude de la doctrine catholique, des enseignements des papes, de la théologie dogmatique et morale », des cercles d’études qui auraient été « dirigés par des théologiens, et directement contrôlés par l’autorité ecclésiastique ». Cette initiative, si elle avait été prise par les dirigeants de l’A.F., aurait sans doute convenu à Pie XI et aurait évité la suite. Il est à noter que très peu de temps plus tard (Pourquoi Rome a parlé? et Primauté du spirituel, tous deux parus en 1927) Maritain aura une position toute différente.

Pie XI a-t-il condamné le nationalisme en condamnant l’Action Française? Ou bien a-t-il condamné un certain type de catholicisme conservateur ? Sa condamnation est-elle politique ou religieuse?

Pie XI n’a pas condamné le nationalisme en soi. Comme Benoît XV avant lui, c’est à noter, il condamne le « nationalisme exagéré », c’està- dire le primat donné à la nation sur l’Eglise. Par exemple, comme Benoît XV avant lui, il condamne les missionnaires qui se préoccupent de faire avancer les intérêts politiques ou commerciaux de leur pays, plutôt que de se préoccuper seulement de l’évangélisation et de l’éducation des autochtones.

Dans la condamnation de l’Action française, et la mise à l’Index de certains livres de Maurras, ce n’est pas le nationalisme qui est condamné. On peut dire que la mise à l’Index de certains livres de Maurras est doctrinale, même si elle est en partie injuste puisqu’elle méconnaissait l’évolution spirituelle de Maurras vers la foi catholique. Quant à la condamnation de l’AF, elle n’est pas politique. Comme l’avait montré l’abbé Berto dès 1968, et comme Emile Poulat et moi-même l’avons analysé dans un ouvrage signé en commun (Pourquoi Pie XI a condamné l’Action française? Éditions BCM, 2009) la condamnation a des motivations religieuses. Ce qui est visé c’est une sorte de modernisme politique."