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Un cardinal au séminaire de la Fraternité Saint-Pie X
Première école en préfabriqué pour les enfants chrétiens réfugiés à Erbil

Un jour, un texte ! La patrie selon le colonel Remy

DIRECTEMENT ISSU DE PATER, le mot « patrie » signifie fondamentalement « la terre des pères », marquant ainsi une filiation. Il est bien vrai que l'essence du sentiment qui nous attache à notre patrie est de l'ordre filial, impliquant l'amour, le respect, la piété, l'obéissance qu'un enfant doit tout naturellement témoigner à son père et sa mère. La première partie perceptible à la connaissance de l'enfant est la famille, dont sa mère est le cœur et son père le chef, et dont l'habitat, aussi humble soit-il, délimite la frontière.

Au fur et à mesure que grandit cet enfant, et qu'avec son intelligence ses regards portent plus loin que son foyer natal, il comprend que sa famille ne peut vivre repliée sur elle-même, qu'elle est dépendante d'autres familles dont l'ensemble forme l'embryon d'une société. Ainsi fera t-il la découverte progressive du pays dont il portera le nom, accolé à son nom patronymique. Sa famille, son hameau, son village, son bourg ou sa ville, puis la province d'où il est originaire, feront naître au fond de son cœur l'image d'une « petite patrie » qui restera inséparable du souvenir de ses premières années. L'amour qu'on porte à cette petite patrie, s'il reste privilégié, n'est nullement contradictoire de celui qui s'attache à la « grande », et même tout au contraire. Pour bien servir la patrie, il n'est rien de tel que de demeurer fidèle à la foi, aux êtres et aux lieux qui ont entouré la première enfance. A Sainte-Anne d'Auray, les pèlerins s'affirment  « catholiques et Bretons toujours », aimant à se dire « Bretons et Français » près du monument qui rappelle que sur 1 390 000 Français que la France a perdus lors de la première Guerre mondiale, la Bretagne compte à elle seule 250 000 de ses fils. « La patrie ? » criait à ses juges un déserteur dont le dossier révélait qu'étant trouvé il n'avait connu d'autre famille que l'assistance publique, « mais qu'est-ce que c'est la patrie ? Vous ne comprenez donc pas que moi je n'ai rien à défendre ? » Prenant sa racine dans la famille, la patrie apparaît donc comme un héritage à la fois charnel et spirituel. C'est d'abord la terre elle-même, avec ses champs, ses prés, ses bois, ses montagnes, ses vallées, ses plaines, ses ruisseaux, ses rivières, son sous-sol. De cette terre, qui n'était encore qu'une contrée quand nos premiers ancêtres s'y établirent, l'effort et le génie des générations qui nous y précédèrent, l'aménageant, l'améliorant, l'embellissant par une longue, tenace et opiniâtre entreprise, ont fait un patrimoine couvert de constructions modestes ou magnifiques, laissées derrières elles autant de témoins muets de leur passage. Au premier rang se dressent les cathédrales, œuvres collectives s'il en est, qu'il fallut plusieurs siècles pour parachever, et qui, selon le mot de Pie XII, expriment des réalités immortelles appuyées sur le rocher de la foi de nos pères. « Bibles de pierre », elles font le lien entre la patrie charnelle et le ciel, résumant l'héritage spirituel que composent les coutumes, les mœurs, les traditions, les arts, les sciences, les gloires militaires, et dont la clef de voûte est la religion. Qui se référerait seulement à une communauté d'hommes vivant sur un même sol serait bien loin de l'idée de patrie, et plus encore s'il ne tenait compte que d'une simple communauté d'intérêts. La patrie, pour reprendre l'admirable définition qu'en a donnée le cardinal Mercier, c'est par-dessus tout, une association d'âme. Ici, les âmes des vivants rejoignent celles des morts, faisant de la patrie une création continue qui ne se peut concevoir dans sa plénitude qu'à travers une constance lignée de héros et saints.

Colonel REMY

Extrait de : « Catéchisme de la Patrie ».

Ed. France-Empire

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