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Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille par Georges Robin

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille (15)

« Aujourd'hui, c'est Noël, Papa est revenu ! »

Le commandant Georges Robin a été mis en prison après le putsch d'Alger dont il a été un des acteurs essentiels avec son Groupement de commandos parachutistes.
Il revient sur les conséquences familiales de son incarcération.

« Lorsque demain, privé de mes droits de citoyen, déchu du corps des officiers de France, je me présenterai devant mes enfants, je pourrai, au nom de ceux qui depuis quinze ans n'ont pas craint de tout donner pour que soit tenue et respectée la parole de la France, leur léguer, à défaut de sécurité matérielle, l'héritage d'un honneur sans compromission ».

Conclusion de sa déclaration à son procès, le 21 juin 1961, pour sa participation au putsch d'Alger.

Durant la parenthèse carcérale, nos familles payèrent le prix lourd de nos engagements. Les contraintes attachées à ma qualité d'officier avaient déjà été nombreuses. Mon mariage avait été subordonné au service de la France auquel me destinait tout naturellement l'épaulette. Ma mission était indivisible. Me suivre impliquait alors de supporter une présence aléatoire et une absence certaine.

Avec toutes les incertitudes que cela posait : c'était le retour ou la mort.

Mon épouse incarna de manière sublime cette redoutable vertu du courage. En en faisant une joie, elle devint le ciment et la condition de mes actions. Il fallait incontestablement que nos épouses aient le cœur chevillé à l'âme pour pouvoir tenir de façon aussi évidente et aussi forte. Beaucoup de nos certitudes vinrent de ces femmes, épousant avec nous toutes les formes de nos combats. Je n'ai pu être ce que je suis que par la grâce de sa proximité.

Nos proches nous furent pourtant si lointains. Que de difficultés s'attachaient à nous par le simple fait des mutations ! Celles-ci brisaient tout lien naissant d'amitié que nos enfants étaient en droit d'espérer. Ils ne pouvaient ainsi se constituer ces complicités qui rendent la vie moins lourde. Les familles de militaires sont des familles nomades. Les déménagements et les emménagements se font ; les liens, eux, se défont.

Tout ce que recouvre l'ordinaire du quotidien, ces petits plaisirs qui donnent leur saveur aux journées, la familiarité commerçante, la scolarité convenue, tout cela je les en ai privés. Au nom de mon engagement. Nous étions sereins parce que rangés derrière notre drapeau, considérant celui-ci assez ample pour nous vêtir tous ensemble dans un même geste.

En 1961, nous avions huit enfants : Véronique, née en avril 1949 ; Anne, née en juillet 1950 ; Jean-Philippe, né en avril 1953 ; Catherine, née en avril 1954 ; les jumelles, Pascale et Françoise, nées en mai 1958 ; Jean-Claude, en mars 1960 – Sophie, elle, naîtra en juillet 1962. Tous, ils entrèrent avec moi en détention.

Nous rivalisions d'imagination pour que celle-ci n'apparaisse pas dans toute sa sécheresse. Mais lors de leurs venues, nous avions beau fleurir l'enceinte punitive, chacun savait cette comédie raisonnée. Que d'efforts et de méticulosité pour apprendre à être libre en prison ! Chacun jouait. Nous pour qui l'artifice n'était pas une coutume, nous cherchions à leur rendre notre captivité légère, et eux nous dissimulaient la pesanteur de leur liberté. Mais nul ne se laissa jamais aller à ajouter de la peine à la peine.

Je garde en mémoire et au cœur deux mots de mon fils Jean-Claude. Lorsque nous sommes sortis de prison, le 11 juillet 1965, il n'avait que quatre ans et je n'avais rien connu de ses premiers pas. S'arrêtant pour déjeuner entre Tulle et Saint-Maixent, il eut ce mot merveilleux : « Aujourd'hui, c'est Noël, papa est revenu ! » Trois ans plus tard, il persistait dans son secret d'enfant. Un jour, il me regarda et dit, presque d'homme à homme : « J'ai sept ans, je vais pouvoir te donner la main ». Il est mort en 1982. Trop jeune, trop vite. Ses paroles enfantines avaient rendu manifeste mon absence. J'y repensai trop tard sans avoir eu le temps de lui dire combien je l'aimais.

Mon fils aîné, Jean-Philippe, connut lui aussi la captivité. Lorsque j'étais à Tulle, il était à Sarlat. Lorsque je sortis de prison, il partit en pension. Je fus encouragé à le faire par de nombreuses compétences et ce fut une erreur magistrale. Souhaitant le préserver, je me suis trompé.

Quel prix ! C'est inimaginable. Quelle onde de choc se perpétue dans les tréfonds de nos enfants qui ont été projetés dans cette tourmente ! Quelle souffrance pour eux dont la pudeur a toujours interdit le moindre reproche !

Que les autorités politiques et militaires, ceux qui furent censeurs et juges mesurent bien ceux qu'ils désignèrent comme victimes. Ce sont eux, nos femmes et nos enfants, châtiés de nous avoir aimés et d'être nés de nous.

Georges Robin

Extrait de : « Commandant rebelle ».

Éditions J.-C. Lattes - 1998.

Commentaires

nedelec

Merci commandant pour votre témoignage...
dans ma famille, nous avons vécu cela et certains en sont morts de ne pouvoir parler..
la maladie mentale est aussi une mort...

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