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Conférence de Michel de Jaeghere sur la fin de l'Empire romain
Tout ne se vaut pas pour le bonheur de tous les hommes …

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, par H. Bernard.

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens: le soldat et sa famille  (7)

Une même douleur…

Le commandant Michon, chef du 3e Bataillon du 71e Régiment d'Infanterie, mortellement blessé dans le combat d'Arsimont, fut secouru à ses derniers moments par le colonel von Dassel, chef du Régiment Augusta de la Garde prussienne. La scène se passe près des maisons sud du Haut-Batys (Belgique). Dans ce combat de nuit, dans les deux parties, les chefs marchaient au premier rang de leur troupe. C'est donc par la veuve de cet officier allemand, le colonel von Dassel, que la famille Rieunier apprit la mort du commandant Michon ; Marguerite Rieunier, épouse de Georges Michon, aura un extraordinaire échange humain avec la femme du colonel allemand.

Lettre de Madame von Dassel à Madame Michon

Très honorée Madame !

En espérant que ces lignes vous parviendront sans trop tarder, je viens à mon grand regret vous faire part d'une bien triste nouvelle. Je suis bien sincèrement peinée de devoir vous annoncer la mort de votre époux, tombé en brave sur le champ de bataille près d'Auvelais-Arsimont-sur-Sambre.

Après le combat, mon mari, colonel von Dassel, se trouva dans le voisinage d'un soldat français très gravement blessé ; autant qu'il était en son pouvoir de le faire, mon mari lui pansa ses blessures et lui donna à boire de sa gourde. Votre mari, sentant sa fin proche, remit à mon mari un étui brun contenant sa montre, une amulette et trois lettres. Mon mari lui promit alors de vous faire parvenir ses objets le plus tôt possible et il pria mon mari de vous saluer une dernière fois de sa part. Quelques instants plus tard, lorsque mon mari retourna auprès de lui, il avait cessé de vivre et il était délivré de ses grandes souffrances. Nos soldats, auxquels mon mari donna l'ordre d'enterrer les morts, ont enterré votre bien- aimé époux en même temps que nos officiers et soldats.

Maintenant, je voudrais vous expliquer pourquoi cette triste nouvelle vous parvient si tard. Après le combat du 21 août, nos troupes ont eu de longues marches à faire et ont dû supporter de grandes fatigues et mon mari ayant été fort occupé n'a pu donner suite à la promesse faite à votre mari de vous envoyer les objets ci-dessus mentionnés ; mais en prit soin et les réduisit dans sa malle.

Mon cher mari fut à son tour blessé le 8 septembre et vint me rejoindre ici à Berlin le 13 septembre et mourut du même mois. Il m'avait encore raconté la triste occurrence concernant votre mari, mais comme les objets se trouvaient au fond de la malle encore en route et que je n'avais pas votre adresse, je me suis crue obligée d'attendre l'arrivée des effets de mon mari qui ne sont parvenus qu'à la fin du mois de janvier.

Comme je crains que ces objets qui vous seront sans doute très précieux ne se perdent en temps de guerre, je les garderai avec soin et vous les enverrai en toute sécurité.

Je désirerais encore vous faire part de ma profonde et sincère sympathie à l'occasion de votre grand deuil et bien que nous fussions des ennemis au point de vue politique, comme êtres humains et comme femmes, nous sommes accablées de la même douleur, de la même souffrance, car comme j'ai pu entrevoir dans votre lettre à votre mari, vous espériez aussi donner le jour à un petit être, peut-être a-t-il depuis vu la lumière du jour, et se trouve sans son père comme ma chère petite fillette née le 18 décembre. Mon mari a rendu les derniers services et les derniers honneurs au vôtre et ce fait là me fait dépasser les limites de tout ce qui nous sépare et comme femmes souffrant de la même souffrance, je me permets de vous serrer la main et de prier Dieu qu'il vous console.

Peut-être voudriez-vous bien, Madame, me faire savoir par la même voie dont je me suis servie, si mes lignes vous sont parvenues.

Je réitère l'expression de ma sincère sympathie. »

Deux autres lettres furent adressées à Madame Michon via l'Espagne et l'Italie.

H. Bernard

Extrait de la Revue de la Saint-Cyrienne, "Le Casoar", janvier 2003.

Commentaires

Rachel

C'est admirable. Quand je dis que l'amour existait encore dans le monde de 1914, malgré la guerre et les grandes douleurs... Voilà qui me confirme ce que je ressens.

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