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Encore un 'déséquilibré isolé' ®, cette fois à Dijon
Le Padre Pio, un témoin véritable de la miséricorde divine

Un jour, un texte ! Le soldat et sa famille, par le Père Michel Gasnier, O.P (1/3)

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c'est-à-dire pleinement responsables de leurs actes: la France refuse d'entrer dans le Paradis des Robots. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

Cette nouvelle rubrique a pour objet de proposer des textes pour aider tout un chacun à réfléchir sur des sujets précis et si possible, d'actualité, aujourd'hui, à l'heure où le pouvoir politique incapable de gouverner le pays, déclenche une guerre tous les 6 mois, tout en coupant à l'armée française ses moyens : le soldat et sa famille (4)

« Quatre fillettes vinrent m'ouvrir… » (1/3)

(Capitaine Gérard de Cathelineau, Parrain de la Promotion de Saint-Cyr
"Capitaine de Cathelineau", 1976 – 78.)

L'auteur, le Père Gasnier, ne connaissait rien du capitaine de Cathelineau lorsqu'on le pria d'écrire sa vie. Il accepta et se rendit donc chez les parents de l'officier, puis chez sa femme. Voici le récit de ses visites.

Je rendis visite à ses parents et je réalisai en les écoutant ce qu'un deuil comme celui qu'ils venaient de subir peut apporter à la fois de souffrance et de fierté dans le cœur d'un père et d'une mère. Je m'imprégnai de l'atmosphère de l'appartement qu'il venait, semblait-il, de quitter, tant les objets parlaient tous encore de lui...

J'allai, quelques jours, après rue Antoine Chantin. Je sonnai. Quatre fillettes — celles qu'il avait tant aimées et à qui il avait adressé tant de lettres exquises dont j'ai songé, un moment, à faire un chapitre spécial de ce livre — vinrent m'ouvrir. Elles me sourirent, sachant que je venais pour celui qui n'était plus là, et chacune, avec innocence, me déclina son nom, que je connaissais déjà. Elles me conduisirent à leur maman.

La conversation dura longtemps. Il ne fut question que de lui. Madame de Cathelineau me dit : « Je ne sais pourquoi on évite habituellement de me parler de Gérard. On craint, je pense, d'aviver ma douleur. Mais n'est-ce pas au contraire ma consolation d'entendre prononcer son nom et de me rappeler ce qu'il fut ?... »

Ses photos étaient épinglées au mur, le fanion de son régiment étalait dans la pièce ses couleurs éclatantes. A la place d'honneur, je regardais le portrait de l'aïeul illustre, promoteur de l'insurrection vendéenne le drapeau dans une main, l'arme au côté, il montrait du doigt tendu, à ses troupes, le chemin de la victoire... ou de la mort.

L'aînée des fillettes, devant une table, studieusement, préparait pour la rentrée des classes, qui se faisait proche, livres et cahiers. Une autre était venue s'asseoir non loin de sa maman et, le visage grave, les yeux grands ouverts brillant d'une flamme de tristesse poignante et d'amour, nous écoutait avec avidité...

Les deux petites, sur le large balcon, jouaient et couraient...

Madame de Cathelineau, avec une simplicité qui m'émut, me confia, sans en exclure aucune, toutes les lettres qu'elle avait reçues de lui et qui commençaient par ces mots de tendresse : « Colette chérie... »

Avant que je ne parte, par la fenêtre ouverte, elle me montra, barrant la ligne d'horizon, les hauteurs boisées de Meudon : « C'est là, me dit-elle, qu'il repose, et, d'ici, à chaque instant, je puis le saluer. Quand il me fit visiter pour la première fois cet appartement qu'il venait d'acheter : "Regarde ! Regarde ! Insista-t-il avec une sorte d'exaltation étrange qui me surprit, on aperçoit Meudon !" »

Père Michel Gasnier, o.p.

Extrait de : "Un officier français, Gérard de Cathelineau".

Nouvelles Éditions Latines – 1960.

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