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Il n’existe pas de « droit d’offenser »

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies à Genève, a pris la parole lors de la 28e session du Conseil des droits de l’homme, sur la liberté de religion et de croyance, le 10 mars 2015. Zénit a traduit son intervention. Extraits :

EPA1327120_Articolo"La communauté internationale est maintenant confrontée à un défi délicat, complexe et urgent concernant le respect des sensibilités religieuses et la nécessité d’une coexistence pacifique dans un monde de plus en plus pluraliste : il s’agit d’établir une relation juste entre la liberté d’expression et la liberté de religion. La relation entre ces deux droits humains fondamentaux s’est avérée difficile à gérer et à traiter, que ce soit au niveau normatif ou au niveau institutionnel. D’autre part, il faudrait que soit reconnu « que le débat d’idées ouvert, constructif et respectueux, de même que le dialogue interreligieux et interculturel aux niveaux local, national et international, peuvent jouer un rôle positif dans la lutte contre la haine religieuse et l’incitation à la violence ». L’échec de cet effort est flagrant quand un usage excessif et irresponsable de la liberté d’expression aboutit à des intimidations, des menaces et la violence verbale, qui portent atteinte à la liberté de religion et peuvent malheureusement mener à l’intolérance et à la violence. De même, le rapporteur spécial sur la liberté de religion s’est concentré sur la violence commise « au nom de la religion » et sur ses causes profondes. [...]

Une liberté d’expression mal employée pour blesser la dignité des personnes en offensant leurs convictions les plus intimes sème les germes de la violence. Bien sûr, la liberté d’expression est un droit humain fondamental qu’il faut toujours soutenir et protéger ; en fait, cela implique aussi l’obligation de dire de manière responsable ce que l'on pense en vue du bien commun. Sans ce droit, l’éducation, la démocratie et une authentique spiritualité ne seraient pas possibles. Cela ne justifie pas pour autant que l’on relègue une religion au rang de sous-culture d’un poids insignifiant ou de cible facile à ridiculiser et à discriminer. Des arguments antireligieux, même sur un ton d’ironie, peuvent certainement être acceptés, de même qu’il est acceptable d’user d’ironie sur le sécularisme ou l’athéisme. La critique de la pensée religieuse peut même aider à démanteler divers extrémismes. Mais qu’est-ce qui peut justifier des insultes gratuites et une dérision méchante des sentiments et convictions religieux des autres qui sont, après tout, égaux en dignité ? Peut-on se moquer de l’identité culturelle d’une personne, de la couleur de sa peau, de la croyance de son cœur ? Il n’existe pas de « droit d’offenser ». La critique peut produire de bons résultats si elle prend en considération le fait que les personnes sont plus importantes que leurs convictions ou leurs croyance et qu’elles ont, simplement parce qu’elles sont des êtres humains, un droit inné à être respectées.

L’absence d’une éthique de la responsabilité et de l’équité conduit à la radicalisation des positions alors que le dialogue et la compréhension mutuelle sont au contraire nécessaires pour briser le cercle vicieux de la violence. La Constitution de l’UNESCO nous rappelle que « puisque les guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de paix ».

Plusieurs problèmes interdépendants comme la liberté de religion, la liberté d’expression, l’intolérance religieuse, la violence au nom de la religion, se retrouvent dans les situations concrètes auxquelles le monde est confronté aujourd’hui. Il semble que le moyen d’avancer soit l’adoption d’une approche globale qui considérerait ces problèmes ensemble dans la législation, afin de faciliter une coexistence pacifique basée sur le respect de la dignité inhérente et des droits humains de toute personne.

Tout en optant pour être du côté de la liberté, les conséquences de l’exercice de celle-ci ne peuvent pas être ignorées et elles devraient respecter cette dignité, construisant ainsi une société mondiale plus humaine et plus fraternelle."