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2 doctorats honoris causa pour Benoît XVI et une leçon de musique liturgique

Ce matin à Castel Gandolfo, le pape émérite Benoît XVI, a reçu un doctorat honorifis causa de l'Université pontificale «Jean-Paul II» à Cracovie et de l'Académie de Musique de Cracovie. C'est le Card. Stanislaw Dziwisz, archevêque de Cracovie, Grand Chancelier de l'Université Pontificale «Jean-Paul II» qui a remis les deux diplômes. Voici un extrait du discours que Benoît XVI a prononcé sur la liturgie, traduit par Benoît-et-moi :

"[...] Dans les années de l'après-Concile, sur ce point, une très ancienne opposition s'était manifestée avec une passion renouvelée. J'ai moi-même grandi dans la région de Salzbourg, marqué par la grande tradition de cette ville. Ici, il allait de soi que les messes festives accompagnées par le chœur et l'orchestre faisaient partie intégrante de notre expérience de foi dans la célébration de la liturgie. La façon avec laquelle, à peine retentissaient les premières notes de la Messe du Couronnement de Mozart, le ciel s'ouvrait presque et on éprouvait très profondément la présence du Seigneur, reste gravée dans ma mémoire de façon indélébile. A côté de cela, cependant, la nouvelle réalité du Mouvement liturgique était néanmoins déjà présente, en particulier à travers l'un de nos chapelins qui devint plus tard vice-régent puis recteur du grand séminaire de Freising. Pendant mes études à Münich, puis, très concrètement, je suis de plus en plus entré dans le Mouvement liturgique à travers les leçons du professeur Pascher, l'un des plus importants experts du Concile en matière liturgique, et surtout à travers la vie liturgique de la communauté du Séminaire. Ainsi, la tension entre la participatio actuosa conforme à la liturgie, et la musique solennelle qui enveloppait l'action sacrée, est devenue progressivement perceptible bien que je ne la ressentais pas aussi forte. 

Dans la Constitution sur la liturgie de Vatican II (ndt: Sacrosanctum Concilium), il est écrit très clairement: «Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude» (§114). D'autre part, le texte souligne, comme catégorie liturgique fondamentale, la participatio actuosa de tous les fidèles à l'action sacrée. Ce qui dans la Constitution restait encore ensemble pacifiquement, par la suite, dans la mise en œuvre du Concile, a souvent été dans un rapport de tension dramatique. Des milieux significatifs du Mouvement liturgique considéraient que, pour les grandes œuvres chorales et même pour les messes pour orchestre, à l'avenir il y aurait de la place seulement dans les salles de concert, pas dans la liturgie. Ici, il ne pouvait y avoir de place que pour le chant et la prière des fidèles. D'autre part, on craignait l'appauvrissement culturel de l'Église qui en résulterait nécessairement. Comment concilier les deux? Comment mettre en œuvre le Concile en entier? Telles étaient les questions qui s'imposaient à moi et à beaucoup d'autres fidèles, aux gens simples, non moins qu'aux personnes en possession d'une formation théologique. [...]

Avec le Psautier, dans lequel opèrent aussi les deux motifs de l'amour et de la mort, nous nous trouvons directement à l'origine de la musique de l'Église de Dieu. On peut dire que la qualité de la musique dépend de la pureté et de la grandeur de la rencontre avec le divin, avec l'expérience de l'amour et de la douleur. Plus pure et plus vraie sera cette expérience, plus pure et plus grande sera la musique dont elle naît et se développe. 

A ce point, je voudrais exprimer une pensée qui ces dernières années m'a saisi de plus en plus, d'autant plus que les différentes cultures et religions entrent en relation entre elles. Dans le cadre des cultures et des religions les plus variées, il existe une grande littérature, une grande architecture, une grande peinture et de grandes sculptures. Et partout, il y a aussi de la musique. Et pourtant, dans aucune culture il n'existe une musique d'une grandeur comparable à celle née dans le contexte de la foi chrétienne: de Palestrina à Bach, Handel, jusqu'à Mozart, Beethoven et Bruckner. La musique occidentale est quelque chose d'unique, qui n'a pas d'égal dans d'autres cultures. Cela devrait nous faire réfléchir. 

Bien sûr, la musique occidentale va bien au-delà du domaine de la religion et de l'Église. Et pourtant, elle trouve toujours sa source la plus profonde de la liturgie dans la rencontre avec Dieu. Chez Bach, pour lequel la gloire de Dieu est le but ultime de toute la musique, cela est tout à fait évident. La réponse grande et pure de la musique occidentale s'est développée dans la rencontre avec ce Dieu qui, dans la liturgie, se rend présent pour nous dans le Christ Jésus. Cette musique, pour moi, est une démonstration de la vérité du christianisme. Là où se développe une telle réponse, s'est réalisée la rencontre avec la vérité, avec le vrai créateur du monde. Pour cette raison, la grande musique sacrée est une réalité de rang théologique et de signification permanente pour la foi de toute la chrétienté, même s'il n'est pas du tout nécessaire qu'elle soit exécutée toujours et partout. D'autre part, cependant, il est également clair qu'elle ne peut pas disparaître de la liturgie et que sa présence peut être une manière tout à fait spéciale de participation à la célébration sacrée, au mystère de la foi. [...]"