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« Dommage que Daesh ne vous aient pas tous exterminés »

Le père Emad Yelda Ekleemes, vicaire du patriarche Syriaque catholique pour le sud de l’Irak et le Golfe arabique, est interrogé dans Christianophobie Hebdo :

"[...] Quelle est aujourd’hui la situation pour vous et vos paroissiens ?

À Bassorah où je suis désormais, dans le sud de l’Irak, les chrétiens sont une petite minorité : 300 familles catholiques (syriaques et chaldéens), ainsi qu’une centaine de familles orthodoxes (syriaques et arméniens), éparpillées au coeur de l’un des bastions chiites du pays. La situation est extrêmement difficile à plusieurs égards. Tout d’abord, les propriétés de l’Église sont constamment menacées. Je dois veiller à me rendre au quotidien dans chacune des salles, sur chacun des terrains ou cimetières de ma paroisse sous peine de les retrouver occupés ou transformés en déchetterie, voire pire. La justice locale refuse systématiquement d’intervenir en notre faveur, en cas de différend entre un chrétien et un musulman. Les chrétiens ne survivent bien souvent que de la vente de boissons alcoolisées, activité légale en Irak mais réprimée de facto par les milices chiites. Notre église se trouve dans le quartier commerçant de la ville : les fidèles n’osent plus venir aux célébrations par peur du harcèlement des commerçants qui n’hésitent pas à être physiquement entreprenants avec leurs femmes ou leurs filles. Mes fidèles se sont entendu dire plusieurs fois : « Dommage que Daesh ne vous aient pas tous exterminés. » J’ai moi-même reçu les mêmes insultes pour avoir refusé l’usage de mes toilettes à un groupe de commerçants entrés chez moi sans y être invités. Chaque geste du quotidien induit une crainte ou une incertitude profonde. Certaines femmes en viennent à se voiler par peur, les hommes craignent pour leur vie à chaque déplacement en ville. Chaque geste des chrétiens est épié : on cherche l’excuse qui permettra de les passer à tabac ou de les humilier (une gorgée d’eau en public pendant le ramadan, un sourire lors d’une célébration en la mémoire d’Hussein…)."