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La famille en péril n’est pas une fatalité

L’État islamique n’ est qu’une des formes de l’islamisme radical conquérant

Bernard Lugan vient de publier une Histoire de l'Afrique du Nord. Il répond aux questions de l'AF 2000. Extraits :

51mZr+5hraL._SX321_BO1,204,203,200_"Les “printemps arabes” sont nés en Tunisie. Nous avons assisté à la chute de Ben Ali. Depuis, les attentats de 2015 ont ébranlé la Tunisie. Un an après, le pays est-il encore une cible pour l’État islamique ? Quant à la formation politique Ennahdha, représente-t-elle un risque ?

Ne nous focalisons pas sur l’État islamique qui n’est qu’ une des formes de l’islamisme radical conquérant. Ce dernier peut, tour à tour ou simultanément, prendre des formes visibles (EI ou Aqmi) ou doucereuses comme le wahhabisme qui gangrène actuellement l’Algérie et tout le Sahel. Face aux réalités et aux difficultés, Ennahda a officiellement déclaré qu’il devenait un parti politique classique. Comme il est très largement contrôlé par les Frères musulmans dont le but est le califat universel, peut-être s’agit-il d’une manoeuvre, d’une forme de Taqqiya, c’est-à-dire de dissimulation destinée à faire avancer la cause de l’islam. [...]

Que se passe-t-il en Libye ? Les islamistes ont-ils toujours en main le pays ? Subirons-nous encore une vague de migrants en provenance de ce pays ? La France a-t-elle encore un rôle à y jouer?

La Libye n’existe plus et il nous faut parler des régions la composant. La Tripolitaine est majoritairement islamiste, salafiste à Tripoli, contrôlée par les Frères musulmans à Misrata. Au centre, l’État islamique est acculé dans Syrte par les milices de Misrata, et certains de ses membres sont sortis de la nasse pour rejoindre Aqmi dans le Sud. À l’Est, la Cyrénaïque est en partie contrôlée par le général Haftar appuyé sur les tribus et le maillage soufi. Quelques poches salafistes demeurent. Au Sud, dans le Fezzan, la situation est claire : à l’Ouest, les Touareg sont alliés aux islamistes de Tripolitaine, et à l’Est, les Toubous regardent vers le général Haftar. Quant à la France, elle joue un rôle au Sud de la Libye en couvrant le Niger et le Tchad.

La stabilité politique en Algérie semble dépendre de son économie, qui repose uniquement sur les hydrocarbures. Le pays est-il menacé ?

À moins d’un retournement spectaculaire du marché des hydrocarbures, l’Algérie ne sera plus capable de payer ses importations dans un délai que les experts estiment varier entre dix-huit et vingt-quatre mois. Plus grave encore, l’ordre social algérien repose sur les subventions diverses aux catégories les plus pauvres qui constituent la grande majorité du pays. Or, les finances de l’État ne vont bientôt plus permettre d’acheter la paix sociale. En arrière-plan, la réislamisation de la société se fait à une vitesse fulgurante cependant que la tête de l’État se décompose et que les Kabyles se sentent de plus en plus étrangers au processus ambiant. Là encore, tous les ingrédients d’une crise majeure sont réunis. Peut- être n’y aura-t-il cependant pas d’explosion parce que les clans rivaux de la nomenklatura satrapique s’entendront pour conserver leurs privilèges. [...]"