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Un nouveau livre de Jean Sévillia pour sortir de la dictature du relativisme

Sous le titre Ecrits historiques de combat, Jean Sévillia publie aujourd'hui aux éditions Perrin un volume qui réunit trois de ses livres : Historiquement correct, dont la première édition date de 2003, Moralement correct (2007) et Le Terrorisme intellectuel, paru en 2000. L'ouvrage est précédé d'une préface inédite, qui relie les trois ouvrages et prolonge l'étude du politiquement correct jusqu'à 2016. Il comprend également une bibliographie inédite, arrêtée cette année, pour Historiquement correct, et une bibliographie actualisée jusqu'à 2016 pour Le Terrorisme intellectuel. Un index des noms propres couvrant les trois titres conclut ce volume de 800 pages qui constituera désormais un ouvrage de référence et de travail pour tous les rebelles à la pensée unique. Extrait de la préface :

9782262066635"Jusqu’aux années 1960, un code commun s’imposait à tous les Français et aux étrangers installés en France. Né d’un compromis entre la culture chrétienne et la tradition laïque et républicaine, ce code régissait les relations des individus entre eux, ainsi que leur rapport au collectif. Des années 1960 aux années 1980 se produit un basculement des mentalités qui conduit au primat de l’individu sur la société. Avant cette révolution, on pensait que l’individu devait quelque chose à la société. Depuis cette révolution, on pense que la société doit quelque chose à l’individu : c’est le « tout à l’égo » que raillera Régis Debray. Chacun est devenu libre de choisir son mode de vie, son système de valeurs, sa morale.

Lentement mais sûrement, le phénomène affecte l’école, la famille, le travail, les rapports avec les autres, les relations avec l’autorité et avec l’Etat, le regard sur l’héritage des siècles, et même la perception du divin, chacun se bâtissant ses croyances. Au nom de la liberté individuelle, l’homme possède des droits avant d’avoir des devoirs. Au nom du respect de la différence, la légitimité de toute règle dominante ou majoritaire peut être contestée. Au nom de la tolérance, la liberté de comportement est reconnue dans les limites de la loi, mais la loi est appelée à se modifier au gré de l’époque. Le bien et le mal n’existent pas en soi, ils ne sont que des références relatives.

Largement partagé par la droite et la gauche, ce relativisme est paradoxalement contraignant. Jusqu’à se faire totalitaire : il nous somme de nous conformer à la norme selon laquelle il n’y a pas de norme. Les contrevenants, terrorisme intellectuel oblige, sont classés dans la catégorie des passéistes, des réactionnaires, des tenants de l’ordre moral, des partisans de l’exclusion, des homophobes. Outre ses effets déstabilisateurs pour les individus – privés de repères, livrés à eux-mêmes, en proie à une crise du sens –, ce bouleversement exerce des conséquences destructrices sur la collectivité. Dans la mesure où toute revendication particulière peut être écoutée, les règles communes se dissolvent, et la notion de bien commun s’efface. La crise du lien social se transforme ensuite en crise d’identité. Puisque le cadre national est nié, méprisé ou occulté, puisqu’il ne convient pas de définir un modèle-type unissant tous les Français par-delà leurs dissemblances, les citoyens sont renvoyés à leurs appartenances d’origine ou d’élection : l’unité nationale vole en éclats.

Mais ce n’est pas seulement la réalité présente qui est visée : il s’agit également de réécrire le passé. La démarche de l’historien, normalement, est d’ordre scientifique : elle aspire à connaître et comprendre le passé pour lui-même, même si des leçons peuvent en être tirées. L’historiquement correct, lui, poursuit prioritairement un but idéologique et politique : il cherche à faire dire au passé quelque chose pour aujourd’hui. Pour ce faire, il recourt à l’anachronisme, jugeant l’histoire à partir des critères mentaux, politiques et culturels contemporains. Et il applique une vision manichéenne au passé, une interprétation binaire, alors que l’histoire est par excellence le terrain de la complexité des faits et des causes. Il en résulte une histoire tronquée, falsifiée, instrumentalisée."