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Les rubriques "décodages" des médias sont à comprendre par antiphrase
Nous ne pourrons faire l’économie d’une réflexion en profondeur sur notre démographie

Internet : nous devons avoir une communication professionnelle, mais qui ne galvaude pas le message

Jean-Baptiste Maillard, cofondateur de l’association « Lights in the Dark » et de l’Académie Sainte-Faustine, invite  les catholiques à s'investir dans internet. Il explique à L'Homme Nouveau :

Capture d’écran 2016-10-28 à 08.03.44"«Lights in the dark»,qui signifie « lumières dans les ténèbres », est un nom que nous avons tiré de l’une des paroles d’Isaïe (9, 1) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort, la lumière a resplendi. »Cette phrase éclaire tout spécialement la réflexion sur Internet, où l’on trouve du bon comme du mauvais. Et le rôle du chrétien, justement, est d’apporter dans cet univers la lumière du Christ. Nous avons voulu que l’association porte un nom en anglais parce qu’Internet est un univers très anglais, tout simplement.

Évangéliser Internet, une nouvelle mission pour les chrétiens ?

La sortie, en 2002, du film Amen sur Pie XII m’a fait tomber dans le bain de l’évangélisation sur Internet. Il m’a donné l’occasion de découvrir un texte de Pie XII, le tout premier texte du magistère à parler ainsi du progrès technique : la lettre encyclique Miranda prorsus, écrite en 1957. Le pape y parle des progrès techniques comme d’un don de Dieu pour l’annonce de l’Évangile. À sa suite, saint Jean-Paul II nous encourageait à « humaniser » cet environnement, car là où il n’y a pas de place pour l’homme, il n’y a, a fortiori, pas de place pour Dieu. Et le Pape François a repris les termes de Pie XII pour dire également qu’Internet est un don de Dieu pour annoncer le Christ…

Vous avez annoncé à la fois la création de l’association « Lights in the Dark » et de l’Académie Sainte-Faustine. Pourquoi ces deux structures et en quoi consistent-elles ?

D’une certaine façon, l’association existait bien avant d’être montée officiellement. Avec un petit groupe d’amis, nous avons lancé un certain nombre d’initiatives sur le Web. Je citerais par exemple le site PieXII.com qui donnait un éclairage sur le film Amen de Costa-Gavras, L’Inquisition pour les nuls.com en 2012 pour apporter un éclairage sur la série Inquisitio de France 2, ou encore MissionConclave.com en 2013 qui permettait aux internautes de recevoir le nom d’un cardinal qu’ils porteraient spécialement dans leur prière. Au fil du temps, nous nous sommes dit que mener ces projets à quelques-uns sur un coin de table ne suffisait pas. Monter une association devait nous permettre d’avoir une assise, mais aussi d’obtenir les aides nécessaires pour donner plus d’ampleur à ces initiatives. Et d’ailleurs, le lendemain du jour où nous avons décidé de monter « Lights in the Dark », nous avons reçu un gros don… Vraiment tombé du ciel celui-là ! Peu de temps après, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, nous demandait de venir nous implanter dans son diocèse.

Nous avions à cœur non seulement d’évangéliser sur la toile, mais également de former la nouvelle génération des « digital natives » (ceux qui sont nés avec Internet), d’où la création de l’Académie Sainte-Faustine. [...]

Le travail sur la communication est un souci très prégnant aujourd’hui, mais n’est-il pas le signe d’une prévalence de la forme sur le fond, de la façon dont on porte le message sur le message lui-même ?

Il faut tenir les deux, le fond et la forme, en même temps. Penser que le message de l’Église doit évoluer est une erreur, car le Magistère est un socle qu’il nous appartient d’accueillir. C’est, en revanche, la manière de le présenter qui doit évoluer afin qu’il soit audible pour nos contemporains : trouver un « nouveau langage », si cher au Pape François. Nous devons donc avoir une communication professionnelle, irréprochable, mais qui ne galvaude pas le message et témoigne, au contraire, de notre fidélité à l’Église. Pour cela, il est essentiel que les chrétiens se forment. Je m’en suis, pour ma part, vite rendu compte lorsque j’ai commencé à évangéliser sur Internet et j’ai donc suivi une formation de deux ans en théologie au Collège des Bernardins à Paris. Cela dit, il ne faut pas, comme on l’entend souvent, attendre d’être parfaitement formé pour évangéliser et témoigner… Sinon on ne le fera jamais ! [...]"

Prêtre du diocèse de Versailles, l’Abbé Pierre Amar est l’un des fondateurs du Padreblog. Il vient de publier « Internet, le nouveau presbytère ou comment rassembler des brebis avec des souris » (Artège, octobre 2016). Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & Le Noir. Extrait :

Amar-2010cVotre nouveau livre s’intitule « Internet : le nouveau presbytère ». Est-ce à dire que les gens viennent désormais plus facilement discuter avec un prêtre caché derrière un écran que face à face à l’église ou au presbytère ?

Pour ceux qui sont loin de l’Eglise, oui. En ce sens, cliquer depuis sa table de travail ou son smartphone est d’une facilité déconcertante et moins engageant que de franchir le portail d’une église, d’ailleurs pas toujours ouverte. Et si de l’autre côté, un prêtre est disponible et prêt à écouter, tout est possible. L’expérience du groupe de prêtres que nous formons sur Padreblog confirme cette réalité. Nous recevons des dizaines de messages par semaine de gens qui se livrent, se confient. Internet désinhibe, pour le meilleur et pour le pire. Il a même une vertu confessionalisante ! En fait, l’erreur serait de croire que le web n’est qu’un média. Or, il est un lieu, « un nouveau continent » disait le pape Benoit XVI. Il faut y annoncer le Christ et son évangile.

[...] Lorsque je me couche le dimanche soir, après mes trois messes du jour, j’ai parlé à environ 600 personnes. Lorsque je fais un tweet, je m’adresse à 15.000 personnes ! Mon confrère l’abbé Grosjean à 35.000 ! C’est bien plus qu’en une seule année d’homélies. Il me semble que ce serait un tort de s’en priver. Internet est une chance : il nous donne l’occasion de témoigner, réagir et mobiliser."