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Derrière le discours aux Bernardins, préparer un islam de France

Laurent Bouvet, professeur de science politique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, décrypte sur le Figarovox le discours d'Emmanuel Macron lundi soir devant les évêques de France.

6a00d83451619c69e201bb0a026adb970d"Ce discours est très important, et il peut, doit même, malgré le désaccord qu'on peut avoir sur le fond avec celui-ci, être lu, compris et critiqué à l'aune du haut niveau de réflexion politique auquel le président a voulu d'emblée se situer. C'est d'ailleurs pourquoi il ne peut pas être uniquement lu, par exemple, ni comme la révélation soudaine de la culture chrétienne du président de la République, ni comme une simple opération de «câlinothérapie» politique à destination d'un électorat catholique qui serait choqué par le durcissement de la politique de l'immigration.

Ce discours doit plutôt être replacé dans le cadre d'une réflexion plus large qu'a annoncée le président de la République sur deux grands sujets au moins.

Le premier tient à la relation de l'État avec les cultes: il s'agit du projet d'intégration du culte musulman dans le cadre républicain. En d'autres termes, il souhaite la mise en place d'un islam de France qui marche, si j'ose dire, contrairement aux tentatives précédentes qui ont échoué, notamment celle du CFCM (conseil français du culte musulman). Or pour réussir un tel projet, le chef de l'État a besoin de modifier l'ensemble de l'équilibre laïque, notamment en matière de financement du culte musulman, celui-ci étant aujourd'hui très dépendant de l'étranger. Ce qui induit un accord voire une association avec l'ensemble des cultes compte tenu des modifications nécessaires des équilibres actuels. C'est notamment pourquoi le président de la République s'est montré très attentif aux représentants des cultes depuis son accession au pouvoir, et donc qu'il a poussé très loin l'offre politique faite aux catholiques dans son discours de lundi soir.

Le second grand sujet qui était en toile de fond du discours tient à l'ambition réformatrice annoncée en matière bioéthique (PMA, GPA, fin de vie…). Et là aussi, de la même manière, le chef de l'État tient à s'appuyer sur les représentants des cultes pour s'assurer de la meilleure réception possible des réformes qu'il envisage. Il veut à tout prix éviter le traumatisme national du débat sur le mariage pour tous en 2013. L'Église catholique étant en la matière la pièce maîtresse, puisqu'elle seule dispose d'un réel pouvoir de mobilisation contre ces réformes. L'associer en amont aux discussions, et plus encore assurer les catholiques de toute son attention et sa considération, voilà qui apparaît clairement comme la stratégie privilégiée par Emmanuel Macron. [...]

Le risque est grand en effet que ce pas de côté du président par rapport au fragile équilibre laïque d'un pays soumis à des chocs terribles ces dernières années ne conduise à une déstabilisation durable plutôt qu'au succès des grands projets présidentiels, notamment concernant l'islam de France. On peut gager en effet qu'à l'image des catholiques les plus engagés, dont il était question ci-dessus, les musulmans les plus enclins à faire valoir leurs idées et reconnaître leurs revendications seront les plus déterminés idéologiquement, et donc que l'islamisme dans sa version politique sera plus présent et plus pressant dans un espace ouvert et légitimé par la parole présidentielle. La majorité de nos concitoyens de confession musulmane comme ceux de confession catholique ne souhaitant assurément pas qu'on les désigne publiquement en fonction de leur identité religieuse mais plutôt, conformément à la règle laïque, qu'on leur garantisse, comme citoyens, la liberté de croire et de vivre leur foi tranquillement, à l'abri des pressions communautaires et de toute forme d'extrémisme religieux ou politique.

On peut donc craindre que le pari présidentiel en forme de coup de billard à trois bandes qui entend déboucher sur un islam de France en accordant d'abord une attention et une place particulière à l'Église catholique ne soit rapidement condamné par les conditions et les formes mêmes de l'expression politique de la foi à l'âge identitaire."

C'est aussi l'avis d'Anne-Sophie Chazaud sur Causeur :

"[...] Là où les choses se compliquent, c’est lorsque le chef de l’Etat prononce deux phrases qui, dans un contexte de très grande menace sur la laïcité, font figure de bombes : les rapports entre l’Eglise et l’Etat auraient été « abîmés » (sic) et il conviendrait de les « réparer », et, par ailleurs, les catholiques sont invités à s’engager davantage « politiquement », en tant que catholiques. Dans un contexte paisible, où le pays ne subirait pas les assauts répétés et meurtriers de l’islam radical à visée précisément politique, ces phrases de réconciliation, n’en déplaise aux bouffe-curés old school, seraient plutôt de bon sens. Le président revient d’ailleurs à juste titre sur les racines chrétiennes de la France, ce qui relève de l’évidence historique. Le problème ne vient pas de là.

Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions.

Pareillement, Emmanuel Macron évoque l’importance de la spiritualité dans l’engagement concret de chacun, à travers la notion intéressante d’ « effectivité ». Là encore, on ne peut que lui donner raison sur le fond, et on a bien vu à travers la figure du colonel Beltrame combien l’engagement républicain et une foi profonde pouvaient être indéfectiblement liés et précisément effectifs. Mais les défenseurs de la laïcité, hormis quelques pachydermes réincarnés des radicaux-socialistes d’autrefois, ne contestent pas l’importance de la vie spirituelle pour chacun dans le cadre de ses pratiques privées, ni la manière intime dont chacun peut déployer sa foi dans son action publique. Les agnostiques, voire les athées ont une vie spirituelle et réfléchissent à la transcendance ou au sens de la vie, à leur manière, et, même dans l’hypothèse d’une vie totalement privée de transcendance, un solide sens de l’humanité et du respect d’autrui pourra servir de guide spirituel pour mener une vie d’honnête homme. Le problème n’est donc pas là mais réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. [...]"

Commentaires

jpm

pour macron il y a un catholicisme de France un judaïsme de France il y aura donc un islam de France : CQFD...et il en sera l'auteur !!!!!!!

Exupéry

Par l'invitation aux Bernardins de cet adversaire du catholicisme, les évêques ont donc obtenus deux résultats :
-1°) Redorer l'image de M. Macron auprès des cathos "bisounours" ou séniles.
- 2°) favoriser l'entrisme politique de l'islam dit "de France".
Le moins que l'on puisse dire, est que le Saint-Esprit ne semble guère les inspirer.

patphil

un islam de France,,,,
ils continuent à persévérer!
un bon musulmans doit obéir aux préceptes coraniques, point barre!
96 fois apparait le mot tuer (des juifs, des chrétiens, des apostats; quant aux femmes, égales de l'homme qui a un degré de prééminence sur elle!
lisez le coran!

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