Avortement : ce qu'Isabelle de Gaulmyn aurait dû (re)lire (16)
Les dangers du financement public de la vie politique

Gallicanisme et ultra-montanisme

Extrait d'un article intéressant de Benoît Dumoulin dans l'Incorrect :

Images-4"[...] Que signifie être ultramontain? C’est regarder au-delà des monts que sont les Alpes et prôner la souveraineté absolue du pape, à la fois sur le pouvoir politique et sur les dignitaires de l’Église locale que sont les évêques. L’inverse du gallicanisme qui consiste, au contraire, à faire primer les traditions de l’Église locale sur les injonctions pontificales (gallicanisme ecclésiastique) ou à donner la primauté au souverain temporel en cas de conflit avec le Souverain Pontife (gallicanisme politique, très pratiqué sous l’Ancien Régime).

Le gallicanisme politique est mort avec la Révolution française. L’Église de France (dite Église gallicane) ne voit plus l’intérêt de solliciter la protection d’un pouvoir qui la persécute ou au mieux l’ignore : « La République, qui a remplacé la Monarchie chrétienne, n’a plus de croyance religieuse, explique l’historien Adrien Dansette; elle subventionne plusieurs cultes [sous le Concordat napoléonien] et elle constate seulement que l’un d’eux est celui de la majorité des Français. Le Roi incarnait un aspect de la mystique chrétienne; évêque de l’extérieur, son rôle était de réaliser le règne de Dieu dans le temporel. [...] Si la Monarchie chrétienne a disparu, l’Église gallicane n’est plus que l’ombre d’elle-même. [...] Livrés à l’État, incapables de s’unir entre eux, les évêques demanderont protection à Rome ».

La mort du Roi Très-Chrétien et l’avènement d’un État omnipotent et sécularisé ont conduit l’Église de France à chercher, tout au long du XIXe siècle, la protection d’une puissance qui pouvait limiter les empiétements et abus du pouvoir civil. C’est le courant ultramontain qui triomphera avec le pape Pie IX. De cette époque date l’importance de la figure pontificale dans la vie politique française. Importance doublée d’un combat idéologique puisque l’Église romaine est à la pointe du combat contre les idées révolutionnaires qui pullulent en Europe. Les grandes figures de la papauté au XXe siècle, de saint Pie X à Benoît XVI, en passant par Pie XII et saint Jean-Paul II, ne sont pas pour rien dans l’émergence de cette tradition ultra-montaine.

Bien sûr, on ne parle pas ici de l’autorité du pape dans les questions qui relèvent de la foi et des mœurs mais plutôt de la légitimité attachée à ses propos dans la conduite des affaires publiques : saint Pie X encourageant les catholiques français à refuser la séparation de l’Église et de l’État, Pie XII luttant contre le nazisme et le communisme, saint Jean-Paul II combattant inlassablement la culture de mort, Benoît XVI mettant en garde contre le relativisme intellectuel et moral.

Mais avec la multiplication des propos peu convaincants du pape François sur l’immigration, l’Europe ou l’islam, ne verra-t-on pas ressurgir un sentiment gallican, émanant de la frange du catholicisme français a aché à la conservation de son identité nationale et peu soucieux de se fondre dans le brassage des peuples et des cultures, fût- il prôné par le successeur de Pierre? L’avenir seul le dira."