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Etes-vous Cannibalophobe ?

Année 2118. Capitale de l'Oubangui-Chari. Conversation de comptoir au bar de la gare.

  • Eh ? L'abbé ! Venez par ici, je vous offre une bière... Ce n'est pas souvent qu'on croise un curé habillé en curé !
  • Je ne suis pas un curé, mais prêtre spiritain ; mais ce n'est pas grave, tant de gens ne savent plus la différence. Bonjour, je m’appelle le Père André Thévet
  • Bonjour, moi c'est Martin James. Vous avez bien le temps de prendre un verre ?
  • Mon hyperloop pour Le Cap est dans une heure. Et comme vous me le proposez si gentiment... ce n'est pas de refus avec cette chaleur !
  • Autant vous le dire tout de suite, l'abbé, moi je suis anthropophage. J'espère que vous n'êtes pas cannibalophobe ?
  • Non, vous êtes d'abord un homme, une personne qui ne se réduit pas à cela.
  • Chacun son genre ?
  • Dans son enseignement sur l'anthropophagie, l’Église a toujours distingué l’identité des personnes, de leurs attirances et de leurs actes. Il y a d’abord les personnes elles-mêmes qui sont bonnes en soi puisqu’elles sont enfants de Dieu. Ensuite, il y a l’attraction qu'elles peuvent éprouver, orientée vers le bien ou vers le mal.
  • Mais vous, les missionnaires, avez toujours lutté contre le cannibalisme.
  • Même si les tendances sont mal orientées, ce n'est pas peccamineux si elles ne sont pas voulues consciemment, ni suivies volontairement.
  • Donc vous pensez toujours que le cannibalisme est un mal à condamner ? Vous en êtes resté à une lecture littérale de la Bible (Lévitique ch. 26, verset 29) qui nous rejette comme maudits. 
  • C'est l'acte qui est péché grave, nuisant au bien véritable de ceux qui y succombent. Mais encore une fois il ne s'agit pas de rejeter le pécheur mais le péché.
  • Halte aux discriminations !Je ne comprends pas cette haine du pécheur ou du péché. Vous retardez, l'abbé ; on n'est plus ici au temps de Mgr Lefebvre "délégué apostolique"... La loi a changé depuis. « Quiconque aura provoqué ou préparé des actes d’anthropophagie, y aura participé, ou aura été trouvé en possession de chair humaine destinée à des actes d’anthropophagie, sera puni de la peine de mort » (article 165 du Code pénal au Burundi). 
  • Les lois civiles peuvent varier, mais -depuis au moins Antigone- on sait qu'il demeure des lois supérieures intangibles, liées à notre nature et dignité humaines.
  • Le cannibalisme n'est que le fait de manger un individu de sa propre espèce. Halte au spécisme ! Des études scientifiques comme celle de Laurel R. Fox ont montré que cette pratique est courante et naturelle dans toutes les espèces. Par exemple chez les chimpanzés (et même chez certains la dévoration est précédée d'un infanticide) ! On sait bien que les mantes religieuses dévorent parfois le mâle durant l'accouplement.
  • Donc pour vous la dignité humaine n'est pas plus importante que celle des araignées ?
  • Heureusement, on n'en est plus au siècle du combat pour l'égalité des droits des anthropophages. Cela est maintenant entré dans la loi du "Restaurant pour tous" . Chacun est libre de manger ce qu'il veut comme chair. 
  • Alors pour les cannibales, seul l'âge et le consentement ferait la différence avec les pédophages ?
  • Cela n'a rien à voir. Il faut justement bien distinguer les deux, qui n'ont aucun rapport.
  • Tiens, voilà que vous vous mettez à faire de la discrimination...
  • L'analyse psychanalytique des contes comme le petit Poucet pourrait en dire beaucoup sur les ogres mangeurs d'enfants. Et vous autres chrétiens prétendez bien manger la chair du Christ ! Freud disait déjà que c'est de la Théophagie.
  • La pratique du cannibalisme a toujours existé, on en trouve des traces depuis la Préhistoire. Les romains pensaient même que boire le sang des gladiateurs pouvait être un remède pour les épileptiques. Mais moi je suis fier que l'évangélisation des Maoris ou des Aztèques ait fait reculer certaines pratiques barbares.
  • Cathopride impénitente... Pourtant "le cannibalisme que l'on reproche aux sauvages est bien moins cruel que les horreurs perpétrées pendant les guerres de Religion par des hommes prétendument civilisés..." remarquait Montaigne (Essais, ch. XXX).
  • Vous allez bientôt me parler de anthropophagisme de survie avec la chanson "Il était un petit navire" ?
  • Restons en là pour cette fois-ci, l'abbé. C'était quand même sympa de pouvoir discuter avec un gars de votre espèce.
  • Et merci pour la bière. Je prie pour que Dieu vous la rende au centuple !