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Prélèvement à la source et fiscalisation du foyer

D'Anne-Marie Chazelas :

"Cette mirifique réforme est venue, il ne faut pas l’oublier, de la « droite » ou plus exactement de ceux, qui se laissant dire « de droite », n’en sont pas moins ministres et soutiens de M. Macron !

Je n’ai pas la compétence qui me permettrait de dire si eux l’avaient, cette compétence. Leur objectif avoué était de faire entrer la France dans la classe, selon eux plus moderne, des États qui prélèvent l’impôt à la source sur chaque individu et dispensent donc celui-ci, dans la plupart des cas, de s’inquiéter de la charge qui sera la sienne. Je me permets de penser qu’ils avaient un autre objectif, inavoué : continuer et si possible achever le travail de démolition de la famille en tant que corps intermédiaire entre l’État et l’individu, afin de laisser celui-ci totalement désarmé devant la puissance étatique.

Il est toutefois curieux qu’ils n’aient pas songé que la plupart de ces États « modernes » ont pour principe de ne demander au contribuable qu’une juste proportion de ses gains et n’en font pas un instrument de justice sociale ni de redistribution familiale.

Alors que la tradition fiscale française, depuis plus d’un siècle, est d’utiliser l’arme fiscale pour réduire d’une part les inégalités engendrées par les disparités de revenus et d’autre part la considérable différence de niveau de vie, à revenu égal, entre les célibataires sans charges et les personnes ayant charges de famille. Il est vrai que depuis ¾ de siècle maintenant les gouvernements successifs, où dominait la doxa de la gauche marxiste, n’ont eu de cesse d’alourdir les conséquences de la politique de réduction des inégalités liées aux revenus, si bien qu’aujourd’hui c’est celle-ci qui bénéficie de la grande majorité des sommes prélevées, tandis que les avantages liés aux charges de famille sont rabotés, souvent devenus symboliques ou carrément supprimés.

Reste que le système fiscal français, en l’absence d’une réforme complète, reste fondé sur la fiscalisation du foyer et non sur celle de l’individu. Il en résulte que, réputé simplificateur, le prélèvement à la source s’avère source de soucis supplémentaires pour le contribuable non célibataire. Celui-ci ignorera presque jusqu’au dernier moment quelle somme sera prélevée sur son salaire, sa retraite ou autre revenu et donc de quoi il pourra disposer pour vivre et faire vivre sa famille. On peut parier sans risque que cela l’incitera à un repli prudent sur des dépenses minimales, de peur de se trouver dans une situation financière catastrophique si ses prévisions s’avèrent erronées. Cette crainte, justifiée ou non, s’ajoutera donc, pour l’empêcher d’acheter et d’investir ainsi que de mettre au monde de nouveaux enfants ou d’aider ses parents désargentés au-delà de ses obligations légales, à l’effet psychologique désastreux d’un chèque de fin de mois beaucoup plus maigre que l’année précédente. Et pourtant il ne sera même pas libéré de l’obligation si pesante de la déclaration des revenus !

Bravo pour la simplification ! bravo pour les conséquences économiques et sociales !"