Un documentaire aux allures de propagande

De Bruno de Seguins Pazzis à propos du film Le Pape François, un homme de parole de réalisé par Wim Wenders, mais commandé et coproduit par le Vatican (!) :

Sans titreLe 13 mars 2013, le Cardinal de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio, devient le deux cent soixante sixième Souverain Pontife de l’Église Catholique. C’est le premier Pape originaire d’Amérique du Sud, le premier jésuite nommé Évêque à Rome, mais avant tout le premier chef de l’Église à avoir choisi le prénom de François d’Assise (1181-1226), un des saints catholiques les plus révérés, qui avait dédié sa vie à soulager les pauvres et éprouvait un profond amour pour la nature et toutes les créatures de la Terre qu’il considérait comme la mère suprême. Scénario : Wim Wenders, David Rosier. Directeur de la photographie : Lisa Rinzler. Musique : Laurent Petitgand.

Gia Santo !… Deux ans après son élection au siège de Pierre, le pape François avait déjà été le héros d’une hagiographie de son vivant réalisée par le cinéaste argentin Beda Docampo Feijoo, Le Pape François (Francisco, el Padre Jorge). Il s’agissait d’une biographie filmée (un « biopic » en langage barbare), couvrant la période de la jeunesse de Jorge Mario Bergoglio jusqu’à son élection par le conclave. On pouvait s’étonner qu’une biographie filmée puisse être réalisée du vivant de la personne. Mais ce n’est pas un cas isolé, même s’agissant d’un religieux. En effet, l’américain Kevin Connor signait en 1997, Mère Térésa : au nom des pauvres de Dieu (Mother Teresa : in name of God’s Poor) à partir d’un scénario auquel participa Dominique Lapierre. Mais lorsque le film sort le 5 octobre 1997, Mère Teresa est morte un mois auparavant après avoir retiré son « imprimatur » pour le scénario. Ici, il faut supposer que le Saint Père a donné la sienne. Ce film médiocre dressait un portrait sans nuances, exagérément flatteur et travestissant sous certains aspects certaines réalités (une confession décisive dans la vocation du jeune Jorge Mario alors que la confession est un sacrement revêtue du secret, des restitutions des conclaves de 2005 et 2013, alors que ceux-ci sont également revêtus de la plus stricte confidentialité). Bref, un film qui, sans remettre en cause la bonne foi des scénaristes et du réalisateur,appelait des réserves en raison de son caractère par trop commercial et hagiographique. Avec Le Pape François, un homme de parole, c’est une autre affaire. Réalisé par Wim Wenders, cinéaste de renommée internationale, largement récompensé par ses pairs (un petit échantillon :  Lion d'or à la 39eMostra de Venisepour L'État des chosesen 1982, Palme d’or, Prix de la critique internationale et Prix du jury œcuménique au 37eFestival de Cannes pour Paris, Texas en 1984, Prix de la mise en scène au 40eFestival de Cannes pour Les Ailes du désir en 1987, Grand prix du jury au 46eFestival de Cannes pour Si loin, si proche ! en 1993…) est ni plus ni moins qu’un film de commande. C’est en effet le service de communication du Vatican qui a proposé au cinéaste allemand de réaliser le film. Le générique l’atteste, qui indique parmi les organes de production le CTV (Centro Televisivo Vaticano). Le spectateur peut logiquement en conclure que le pape et ou le Vatican ont un message à communiquer.

Quel est donc ce message ?

De la biographie filmée, on passe ici au documentaire, ce qui permet au spectateur de voir le Saint Père dans différentes circonstances. Visiter des camps de migrants et des bidonvilles, se recueillir à Auschwitz, prendre la parole devant le congrès des Etats-Unis d’Amérique, à l’ONU ou encore à Yad Vashem. Mais aussi d’entendre le Saint Père sur des sujets qui semblent être ceux qui lui tiennent à cœur puisqu’ils constituent l’essentiel de ses propos face à la caméra, comme s’adressant directement et individuellement à chaque spectateur: la pauvreté dans le monde, le partage, la sauvegarde de la planète terre, l’immigration, autant de thèmes qui avaient fait l’objet de l’encyclique Laudato si en 2015. Le cinéaste rehausse habilement le propos en faisant un parallèle entre Saint François d’Assise et le message délivré par le Saint Père, allant vers la fin jusqu’à montrer quelques images du rassemblement à Assise, ce qui apporte une touche de syncrétisme religieux qui donne au film une ouverture vers un public très large.  S’ajoute à ceci, le fait que Wim Wenders ne prend que très peu de distance avec son sujet et ne fait pas dans la nuance, de sorte que ce qui se voulait un documentaire prend des allures de film de propagande. Au point que même dans le quotidien du soir, Le Monde (dont on pourrait attendre qu’il se satisfasse d’un propos aussi écologique et mondialiste), on peut lire sous la plume de Murielle Joudet : « (…) Le cinéaste allemand signe un véritable encart publicitaire à la gloire de l’homme d’église (…) Avec Le pape François, un homme de parole, le Vatican a certainement voulu redorer voire moderniser son image en s’offrant un cinéaste de renom (…) » (12.09.2018). Nul doute que cette impression est involontairement accentuée par la coïncidence peu heureuse de la date de sortie du film sur les écrans français et le grave et douloureux problème des scandales homosexuels internes à l’Eglise soulevé par Mgr Carlo Maria Vigano ! Ironie du sort, le prélat Mgr Edoardo Dario Vigano qui est un de ceux à l’origine de l’idée du film, n’est autre qu’un homonyme du précédent !  De surcroît, Mgr Edoardo Dario Vigano a dû démissionner il y a six mois pour avoir falsifié une photo d’une lettre du pape émérite Benoît XVI… Par ailleurs, ceux qui attendraient des éclaircissements sur les sujets d’actualités en resteront pour leurs frais. Le sujet étant effleuré avec l’interview accordé par le pape dans son avion et au cours de laquelle, parlant des homosexuels, il leur disait ce fameux « mais qui suis-je pour juger ? », ils n’auront aucun début de réponse à ces questions. D’une façon générale, dans ce message, il est question essentiellement d’écologie intégrale, jamais d’intégrité de la foi.

Wim Wenders sachant manipuler la caméra, composer ses images et surtout les monter (car ici beaucoup d’ente elles sont des images d’actualités et de reportages qui sont remontées), tout est fait pour séduire le spectateur, et gageons qu’ils seront nombreux à être charmés. Parmi les catholiques, les uns, des catholiques « inspirés », « émancipés » ou « conciliaires revendiqués » (comme les définit le sociologue Yann Raison du Cleuziou dans son étude «Qui sont les cathos aujourd’hui ?» Desclée de Brouwer) trouveront sans doute que le film restitue  la réalité, un pape qui leur convient, charitable, ayant un grand souci de toutes les formes de pauvreté et de l’avenir de la planète.  Les autres, des catholiques « observants » (toujours selon la même classification de Yann Raison du Cleuziou), c’est-à-dire des catholiques plus classiques, trouveront vraisemblablement le Pape qui leur est présenté tout à fait authentique et conforme à l’idée qu’ils s’en font, progressiste, révolutionnaire, en rupture avec la tradition. Mais parmi les uns et parmi les autres, au-delà des étiquettes assassines, ceux qui abordent la religion catholique avec un esprit de recherche d’équilibre entre Foi et Raison, auront sans doute beaucoup de difficultés à se reconnaître et pourront être gênés par la coïncidence de la sortie du film sur les écrans avec l’actualité des scandales dans l’Eglise et le silence impressionnant du Saint Père à leurs propos, un silence qui s’il devait se prolonger risque de devenir assourdissant et vient, quoiqu’il en soit, contredire le sous-titre du film, « Un homme de parole » !


Hollywood : quand les studios contraignaient leurs stars à avorter

C'est sur Allo ciné :

"Dans l'âge d'or d'Hollywood, les toutes-puissantes Majors modèlent et façonnent -intellectuellement et physiquement- à leur guise les actrices, qui ne sont au final rien de plus qu'une valeur marchande. C'est qu'en signant son contrat avec le studio, pour une durée légale de 7 ans, la star se dépossédait d'elle-même et lui cédait aussi le contrôle de sa vie privée; le tout sous les auspices d'une clause de moralité. Une emprise d'autant plus violente et perverse qu'elle touchait même jusqu'à l'intime. Pour ne pas détruire leurs images glamours et immaculées patiemment façonnées par les Majors, et donc leurs carrières, certaines actrices furent obligées d'avorter par ces mêmes studios. Judy Garland, Bette Davis, Joan Crawford, Jean Harlow, Lana Turner... Nombreuses sont celles qui furent contraintes de se plier à ce terrible diktat, même si quelques contre-exemples existent, à l'image de Loretta Young, qui refusa de se faire avorter, mais fut contrainte d'accoucher dans une relative clandestinité. En d'autres termes, non seulement une grossesse surprise et parfois extra conjuguale aurait attiré la honte sur ces stars du box-office, mais en plus cela allait de toute façon à l’encontre de la politique des studios de cinéma. [...]

"Les avortements étaient notre contraception" disait une actrice anonyme à l'écrivaine et historienne Cari Beauchamp, dans son essai primé Without Lying Down : Frances marion & The Powerful Women of early Hollywood. Lee Israel, auteur d'une biographie sur la fameuse vamp hollywoodienne Tallulah Bankhead et publiée en 1972, écrivait qu’elle "se faisait avorter comme d’autres femmes se faisait une permanente". Lorsque la comédienne et chanteuse phénomène Jeanette McDonald se retrouva enceinte en 1935, le patron de la MGM, Louis B. Mayer, demanda personnellement à Howard Strickling de "se débarrasser du problème". Le publicitaire s'exécuta, et fit admettre Jeanette McDonald à l'hôpital, officiellement pour "une infection à l'oreille". [...]

Pour rester au rayon de la MGM, on peut aussi évoquer le cas de la sublime Ava Gardner. Alors qu'elle fut mariée avec Frank Sinatra de 1951 à 1957, elle lui dissimula son avortement."La MGM avait toute sorte de clauses de pénalité qui s'appliquaient lorsque ses stars avaient des enfants" confia un jour l'actrice à la journaliste Jane Ellen Wayne, qui travailla un temps pour la chaîne NBC, et auteure de plusieurs ouvrages sur l'actrice, dont The Golden Girls of MGM. "Si j'en avais un, mon salaire était amputé. Donc comment pouvais-je vivre ? Frank était fauché à ce moment-là, et mes futurs films devaient me faire tourner aux quatres coins du monde. Je ne pouvais pas me permettre d'avoir un enfant à ce moment-là. La MGM a fait tout le nécessaire en m'envoyant à Londres. Quelqu'un du studio était tout le temps avec moi. L'avortement fut fait très rapidement... Et très discrètement". [...]"

Et maintenant, qu'en est-il de la liberté de la femme ?...


Le 7e tome de la Bible disponible en DVD

Le 7e tome de la série LA BIBLE, en version française remastérisée en HD, est enfin disponible en DVD.

Ce film en 2 épisodes d’1h30 évoque le roi Saül, la guerre du peuple juif contre les Philistins, le combat du jeune berger David contre Goliath, la rivalité entre Saül et David et le règne de David.

Voilà la bande-annonce (elle est en VOST mais les DVD sont bien en Français) :


Aidez à faire toute la lumière sur le rôle de Pie XII durant la seconde guerre grâce à un film

Nhwg9gabhbgkanktkcxdSAJE Distribution, société de distribution cinématographique française, spécialisée dans la diffusion (au cinéma, en dvd, vod et Télévision) de films d’inspiration chrétienne, prépare la traduction en français d'un film sur Pie XII.

Synopsis :

Rome, 1943. La ville est occupée par les nazis. La vie de milliers de Juifs est en danger. Au Vatican, état neutre à l'intérieur des frontières de Rome, le pape Pie XII lutte pour sauver la ville de la faim et de la destruction. De son côté, la belle Miriam vit avec sa famille dans le ghetto juif de la ville. Elle est courtisée par deux jeunes hommes très différents: l'étudiant idéaliste et aisé Marco, qui rêve de gloire dans le combat, et le fringant Davide, qui aide ses compagnons juifs. Quand les nazis descendent sur le ghetto et arrêtent des milliers de juifs, Pie XII forge une alliance avec le général Stahel, un catholique convaincu, en désaccord avec la politique des généraux SS. Stahel ordonne la fin des raids, mais ne peut empêcher la déportation de plus de mille Juifs, y compris le père de Miriam. Celui-ci finit par être envoyé sur le front de l'Est.

Miriam s'échappe et est sauvée par Marco et Davide dans une mission risquée. Ils trouvent refuge dans les églises et les monastères de Rome, que Pie XII parvient à avoir déclaré propriété du Vatican, et donc extraterritorial. Mais que valent les ordres et les décrets en temps de guerre? Les troupes alliées avancent, les Allemands tentent désespérément de les arrêter. Mais les raids contre les Juifs s'intensifient, conduisant à des affrontements tendus et à des confrontations dramatiques. Au Vatican, on reproche à Pie XII de ne pas assez condamner les nazis ; mais il sait que s'il s'exprime trop par la force, Hitler prendra plus de vies innocentes. Va-t-il risquer encore plus de représailles dans les nations occupées par les nazis ?

En voici la bande annonce :

Aidez à financer le doublage et le sous-titrage du film "Pie XII : sous le ciel de Rome" réalisé par Christian Duguay (Un sac de Billes, Belle et Sébastien 2). Réalisé en Italie pour la Rai, le film n'est jamais sorti en France. SAJE n'a pas pu passer à côté de ce petit bijou : un film de 3h en 2 parties.


Des films chrétiens dans les cinémas de votre ville

Thumbnail-2L'association Films et Lumière incite les cinémas à diffuser des films chrétiens et fait la promotion des productions audiovisuelles et cinématographiques d'inspiration chrétienne.

En quoi consiste ce projet ?

La première étape de ce projet consiste à développer et animer un réseau de diffuseurs locaux organisant des projections dans les villes françaises. L'association leur fournit des conseils et des moyens afin d'optimiser leur communication et de faciliter l'organisation de séances dans des cinémas ou des salles privées.

Cette levée de fonds permettra de financer la création de nouvelles équipes et de rassembler des informations et outils pertinents pour faciliter leurs actions.

A quelle besoin répond l'association ?

En procédant ainsi, l'association Films et Lumière répond aux besoins d'un public en quête de films aux valeurs saines, tout en appuyant les producteurs chrétiens.

 Les équipes travaillant avec Films et Lumière se situent en bout de chaîne. Elles sont l'interface entre les distributeurs (ou les producteurs indépendants) et le public. En activant un réseau exclusivement local, constitué de paroisses, diocèses, églises, associations ou médias locaux, elles favorisent grandement la communication des producteurs et distributeurs.

Quel avenir ?

Une fois son réseau national bien ancré, Films et Lumière appuiera les professionnels du cinéma dans leurs recherches de fonds. Il est essentiel de soutenir les professionnels du cinéma et de l'audiovisuel afin qu'ils puissent délivrer les messages chrétiens dans la cité, au travers des films qu'ils produisent aujourd'hui, mais surtout qu'ils produiront demain.


« Les Manants du Roi », le nouveau film de Patrick Buisson

31301898_496632690784046_5062951218317744660_nÀ travers les points de vue de plusieurs personnages issus de deux camps différents, les Bleus et les Chouans, ce film inédit nous plonge dans l’histoire des guerres de Vendée, entre 1793 et 1796. Six comédiens, en costume d’époque, donnent vie à ces différents personnages.

Le film est émaillé d’extraits de fictions, de gravures d’époque et de reproduction de vitraux.

Ce film est tout le contraire d'une oeuvre de fiction car tout y est rigoureusrment exact et Jean-Louis Cassarino, est presque traumatisé par son rôle de conventionnel...

Selon Patrick Buisson, la guerre de Vendée est terminée. La guerre de tranchée pour l'occulter ou la faire reconnaître se termine par la victoire des vaincus. L'exécution du plan d'extermination intervient sans aucune nécessité de défense nationale. Plus personne ne conteste désormais que ce crime de masse fut idéologique et génocidaire. L'existence du génocide vendéen n'est juridiquement plus contestable. Le débat s'est déplacé du terrain historique au terrain juridique et les crimes commis en Vendée répondent en tout point aux critères définis pour qualifier un génocide. Camille Desmoulins qualifiait les Vendéens d'animaux à face humaine. Ce n'est pas balance ton porc mais égorge ton porc ! La lutte de la Convention contre la Vendée fut une guerre de religion. Celle de la déesse raison contre "l'obscurantisme"...

Ce soulèvement populaire, ce Non Possumus d'un peuple de géants est le leg de la Vendée martyr.

Jeudi 27 juin, alors que les bobos parisiens se préparent à subir l'immonde GayPride à grand renfort de propagande jusque sur le Palais Bourbon, plus d'un millier de personnes se pressaient au Grand Rex, accueillis par le choeur Montjoie en voix, pour assister à l'avant première. 

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Diffusion sur la chaine Histoire à partir du 4 juillet.

Page Facebook dédiée.


Volontaire, un film atypique, non-conformiste, sensible

Analyse de Bruno de Seguins Pazzis sur le film Volontaire d’Hélène Fillières (2018) :

Sans titreLaure Baer a 23 ans. Déjà largement diplômée, elle se cherche. C’est dans la Marine Nationale à l’école des fusiliers marins de Lorient qu’elle se retrouve un peu par hasard. Sous les ordres du Commandant Rivière, un homme strict et secret, elle apprend la discipline, trouve un cadre, une structure, des repères et se dépouille peu à peu du futile pour se glisser dans la peau d’un soldat. À force de défis silencieux et preuves de sa détermination, elle obtient le feu vert de son supérieur pour participer à un stage d’aguerrissement nécessaire à une formation de commando marine où elle va, solide et persévérante, terminer son apprentissage, trouver sa voie non sans avoir dû surmonter une attirance réciproque avec son officier supérieur. Avec : Lambert Wilson (le Commandant Rivière), Diane Rouxel (l'aspirant Laure Baer), Corentin Fila (l'enseigne de vaisseau Dumont), Alex Descas (Albertini), Jonathan Couzinié (Philippe), Igor Kovalsky (Marchaudon), Hélène Fillières (le Commandant adjoint de l’équipage), Josiane Balasko (la mère de Laure), André Marcon (le père de Laure), Monsieur Fraize (l'enseigne de vaisseau Desmaret), Pauline Acquart (la jeune recrue boudeuse), Sandra Choquet (l'institutrice de l’école navale). Scénario : Hélène Fillières et Mathias Gavarry. Directeur de la photographie : Éric Dumont. Musique : Bruno Coulais.

Hélène s’en va-t’en guerre… Hélène Fillières ne serait-elle pas une femme volontaire ? 46 ans, plus de cinquante rôle au cinéma et à la télévision ((Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall et La Bûche de Danièle Thompson en 1999, Reines d'un jour de Marion Vernoux en 2001,  Lady Chatterley de Pascale Ferran en 2006, Opium d'Arielle Dombasle en 2013), deux long métrages (Une histoire d’amour en 2013). Les seuls avis des quotidiens Le Monde (« On peut éviter »…« Une femme s’engage dans la marine, et le film d’Hélène Fillières vire au spot de recrutement ») et Libération (« Une fantaisie militariste ») donnent envie de courir pour aller voir Volontaire.

Résolument à contre-courant de la production actuelle, Hélène Fillières entremêle intelligemment une histoire d’amour ou de fascination qui restera platonique entre une jeune héroïne et son supérieur quinquagénaire et, au travers de l’apprentissage de ce jeune aspirant Laure, la description minutieuse de l’univers militaire. A partir de cette confrontation inattendue, la cinéaste amène le spectateur au cœur de son propos : l’honneur, la volonté, la maîtrise de soi qui permettent de s’élever au-dessus de soi-même. La réplique décisive fuse environ à la trentième minute dans la bouche du personnage Albertini, le responsable des stages commandos : « Les faibles périront, les forts subsisteront ». Mais pour l’essentiel, la cinéaste, plus que sur les quelques dialogues qui sont réduits au minimum, s’appuie sur les silences, les attitudes, l’expression des visages, les regards et une mise en scène à la fois sobre et efficace, à la limite de l’épure et qui n’est pas sans faire penser à de grands cinéastes classiques comme Robert Bresson ou Michelangelo Antonioni. Très clairement, la place est laissée aux non-dits qui inondent le film d’une pudeur, la même que celle qui nimbe ses personnages. Sur ce point de la pudeur, on regrettera vivement deux scènes dont la contribution et la justification restent à démontrer, ainsi qu’une présentation de l’homosexualité comme un état normal par le biais du personnage de l’enseigne de vaisseau Dumont. Ces deux égarements mis à part, Volontaire se présente comme un très beau parcours initiatique avec son rituel auquel fait écho ceux de l’armée.

Certains peuvent estimer que l’ensemble est empreint de naïveté et manque de réalisme. C’est que la réalisatrice dépasse « volontairement » ce réalisme pour se situer à un niveau onirique. Dans cette ambiance militaire très justement restituée, les tensions émotionnelles, la force des retenues dans l’attirance réciproquement éprouvée par les personnages et la puissance de la volonté sont décuplées, tirant les personnages par leur dépassement au bord du divin. Le jeu des rôles principaux contribue également fortement : la jeune Diane Rouxel (La Tête haute d’Emmanuelle Bercot en 2015) qui tient ici son premier rôle-titre est plus que convaincante avec, non pas sa ressemblance physique avec Marion Marechal, mais une étonnante similitude dans nombres d’expressions, mimiques et regards. Lambert Wilson, sans doute un des meilleurs comédiens de sa génération, est tout simplement impeccable en officier supérieur enfermé dans un profond mutisme, aussi convaincant qu’en supérieur d’une petite communauté religieuse (Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois en 2010) même si ce rôle est moins ardu. Mais surtout, il dégage ici une part de mystère qui fait très vite penser à Pierre Schoendoerffer et Le Crabe tambour (1976). Plus encore, l’univers de l’écrivain de marine Jean Raspail vient à l’esprit : « L’attitude est bien souvent la colonne vertébrale de l’âme ». Au fond, Volontaire, c’est à la fois respectueux de l’institution militaire, promoteur des valeurs d’honneur, de courage et de volonté. C’est-à-dire tout pour déplaire aux quotidien Le Monde et Libération. Atypique, non-conformiste, sensible.


Enfin un bon film sur Pie XII

37d504d9-e222-48f5-92b8-fc1f9a5e0a26Après Marie de Nazareth, Saint Pierre, Saint Philippe Neri, Bakhita, Don Bosco, Le Bon Pape Jean XXIII, Paul VI et Mère Teresa, SAJE vient d’acquérir les droits d’un nouveau téléfilm produit par la RAI et Lux Vide et qui fait toute la lumière sur la question tant débattue de l’attitude du pape Pie XII envers les juifs pendant la seconde guerre mondiale, en s’appuyant sur des faits historiques vérifiables, qui permettent de réhabiliter le Souverain pontife. 

PIE XII – SOUS LE CIEL DE ROME est une fiction réalisée par un grand réalisateur québécois (Christian Duguay, le réalisateur de Belle et Sébastien 2, Un sac de billes et Jappeloup), avec dans le rôle du Pape, James Cromwell, le comédien américain oscarisé.

Pour réaliser le doublage et le sous-titrage en français de cette série de 2 épisodes d’1h30, SAJE doit débourser 27 000 € HT. Pour les aider à les financer, une opération de financement participatif est mise en place. Si vous voulez les aider dans cette aventure, vous avez deux possibilités : 

  • Soit de faire un don directement sur la page Credofunding (et recevoir en échange un certain nombre de contreparties comme des DVD, des affiches et des places de cinéma).
  • Soit de faire un don sur une Fondation reconnue d’utilité publique, qui a choisi de soutenir notre mission et qui est habilitée à émettre des reçus fiscaux. Pour cette solution, contactez-directement [email protected]

Pour vous donner un avant-goût de ce superbe film, en voici la bande-annonce en VO sous-titrée :


24 mai à Toulon : Comment faire un film indépendant (sans perdre son âme) ?

Le livre du film La Rébellion cachée (à commander ici) est présenté ce jeudi 24 mai à 19h30 au pub Le Graal de Toulon (Missionnaires de la Miséricorde). Comment faire un film indépendant (sans perdre son âme) : les coulisses d’un docufilm qui brise tous les tabous d’une industrie politiquement correcte. Ou quand les cathos sont à la pointe.

Dédicace, projection du making-of avec le réalisateur – bière ou rosé…

Affiche  Pub Le Graal - légère


Bienvenue en Sicile (In guerra per amore ) de Pierfrancesco Diliberto

De Bruno de Seguins Pazzis pour les lecteurs du Salon beige à propos du dernier film diffusé par Saje :

0New York, 1943. Arturo, Sicilien émigré en Amérique, maladroit et sans le sou, aime d'un amour partagé Flora, la nièce du propriétaire du restaurant où il travaille comme garçon, maladroit et sans le sou. Mais elle a déjà été promise par son oncle à Carmelo, fils du bras droit de Lucky Luciano. Flora suggère à Arthur d’aller directement demander la main à son père à Crisafullo en Sicile ! Elle pense ainsi naïvement surmonter la volonté et les engagements de son oncle auprès de la mafia. Arturo accepte immédiatement, mais Flora lui signale que son père est en Sicile, et devant l'étonnement d'Arturo, lui demande s'il y a un problème. Arturo lui répond que le seul problème est qu'il y a la Deuxième guerre mondiale : de fait, l'armée américaine se prépare au débarquement en Sicile. Avant de partir, il se prend en photo avec Flora pour disposer d'une preuve de leur amour.

Avec : Pierfrancesco Diliberto (Arturo Giammarresi), Andrea Di Stefano (Philip Catelli) Aurora Quatrocci (Annina), David Mitchum Brown (Franklin Delano Roosevelt), Lorenzo Patané (Carmelo), Mario Pupella (Don Tano), Maurizio Marchetti (Don Calo), Mriam Leone (Flora), Orazio Stracuzzi (Oncle Alfredo), Stella Egitto (Teresa), Vincent Riotta (Commandant James Maone) , Sergio Vespertino (Saro), Maurizio Bologna (Mimmo), Antonello Puglisi (Agostino), Samuele Segreto (Sebastiano), Lorenzo Patané (Carmelo),  Forest Baker (général Patton), Rosario Minardi (Lucky Luciano), Salvatore Ragusa (Tommaso Lo Presti), Domenico Centamore (Tonino). Scénario : Marco Martani, Michele Astori, Pierfrancesco Diliberto. Musique : Santi Pulvirenti.

Entre rires et larmes !...

Totalement inconnu du public de ce côté des Alpes, Pierfrancesco Diliberto, surnommé Pif en Italie, est un réalisateur, scénariste, acteur et écrivain dont la renommée monte rapidement dans son pays. Après avoir été assistant réalisateur de Franco Zeffirelli puis de Marco Tullio Giordana, il signe en 2013 son premier long métrage, La Mafia tue seulement en été(La mafia uccide solo d'estate). Récompensée par onze prix, cette comédie dramatique raconte la vie d’Arturo, un sicilien qui croise depuis ses plus jeunes années la route de la Mafia qui connait à Palerme dans les années 1980 et jusqu’au début des années 1990 une période sanglante de son histoire. Pour son deuxième long métrage, In guerra per amore, traduit par le distributeur français, Saje distribution, par Bienvenue en Sicile, le cinéaste confirme son gout pour le mode tragicomique (le film est très justement dédié à Ettore Scola) et place de nouveau la mafia en toile de fonds de son récit. Né à Palerme en 1972, Pierfrancesco Diliberto, dans son enfance et sa jeunesse, a pu observer de près les méthodes mafieuses. Aussi,  dispose-t-il d’une vraie légitimité pour en parler, d’autant qu’il s’appuie sur une documentation sérieuse.

La petite histoire à la merci de la Grande Histoire…

Cette fois, le décor passe des années 1970 à celui des années 1940 et l’histoire se déroule pendant une période de l’histoire de la Sicile qui courre des préparatifs du débarquement américain (opération Husky) jusqu’à la fin de la guerre. Dire le décor est insuffisant, tant les personnages de cette tragicomédie font partie même des bouleversements historiques majeurs qui sont décrits. Ainsi, le spectateur peut voir à l’écran le patron de la mafia, Lucky Luciano, en prison à Sing Sing, le général Patton ou encore Franklin Delano Roosevelt, 32èmeprésident des Etats-Unis ! Excusez du peu ! Car il s’agit ni plus ni moins, de montrer comment les évènements conduits par les grands décideurs de ce monde peuvent peser, parfois heureusement mais le plus souvent dramatiquement, sur le destin des gens ordinaires, le commun des mortels. Occasion pour le cinéaste de passer avec aisance de la comédie au drame et à la dénonciation, ou du moins à la mise en évidence, de la manière dont les Américains ont débarqué en Sicile avec l’aide de la mafia, ayant passé un pacte avec Lucky Luciano qui croupissait en prison et qui leur a procuré les contacts nécessaires pour leur donner toutes les chances de réussir. Le cinéaste va plus loin dans la critique en mettant en évidence comment ceci a permis à la mafia de retrouver toute sa puissance à la fin et au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. « (…) La conduite des Alliés avant et après l'occupation a été un facteur de première importance pour le rétablissement sur l'île de l'activité mafieuse. L'action des Alliés a servi au moins en partie à restaurer la force de la mafia, de la réimplanter, avec une nouvelle énergie (…). » Ainsi s’exprimait en 1976, le sénateur Luigi Carraro, membre de la Commission anti-mafia de la sixième législature dans son rapport final. C’était sans doute la première fois qu'a été évoqué et écrit noir sur blanc, que la mafia en Sicile s’était épanoui à partir d'une date précise, celle du 10 juillet 1943, lorsque plus de 160 000 hommes des forces alliées entamèrent l'opération Husky, le début de la campagne d'Italie. Le cinéaste lève ici le voile pudique déposé sur ce fait strictement historique.

Un mode résolument paradoxal…

Le ton du film passe en permanence de celui de la comédie, parfois burlesque,  à celui de la comédie sentimentale, ou à celui du drame quand ce n’est pas à certain moment une touche de romantisme qui vient adoucir un mode qui est pratiquement en permanence ironique et paradoxal. C’est bien ce mode à la fois ironique et paradoxal qui serait la caractéristique la plus forte du film et qui en fait tout l’intérêt. Pour la comédie et le burlesque on appréciera la séquence au cours de laquelle Arturo Giammarresi, assisté du duo de mendiants, l’aveugle Saro et son compère Mimmo, demande la main de Flora à son père alité et sur le point de mourir, mais aussi toutes les scènes avec Saro et Mimmo, son guide et faire-valoir, personnages tout droit sortis de la tradition comique italienne et plus loin de la commedia del arte, ou encore celle au cours de laquelle Arturo s’évertue à essayer de prononcer correctement le mot « water ». Et puis, il faut bien l’admettre, il n’y a qu’un cinéaste italien qui peut faire voler un âne et faire pendre une statue de Mussolini par les pieds à une corde à linge ! Pour le drame, tout se concentre sur le personnage  du lieutenant Philip Catelli, officier de l’OSS (Bureau des services stratégiques) d’origine italienne et qui s’est porté volontaire en raison de la dette qu’il considère avoir envers sa patrie adoptive, les Etats-Unis. Sa découverte et sa compréhension des dessous de la stratégie employée par le commandement américain dans cette phase de la guerre lui enlèvent toutes ses illusions et son destin dramatique est responsable du dénouement de cette belle histoire. L’une des plus belles fulgurances du film réside précisément dans le destin heureux d’Arturo qui se croise avec celui, tragique, du lieutenant Philip Catelli. Enfin pour la dénonciation, souvent acerbe et désenchantée, des méthodes utilisées par ceux qui font la Grande Histoire, c’est le mafieux don Calo, personnage d’une ambiguïté inquiétante,  qui en est le véhicule essentiel et qui la fait culminer dans un discours final sur la démocratie, discours, brillantissime et terriblement glaçant.  

Une mise en scène exempte de maniérisme mais soignée…

La mise en scène est très soignée, avec un grand soin apporté aux lumières, à la photographie mais aussi à la  reconstitution des décors de grande qualité dans les très beaux décors naturels d’Erice et de Realmonte, aux costumes et aux effets spéciaux, le tout, magnifié par une très belle bande originale qui épouse les changements de tonalités du récit. Le cinéaste est attentif à créer de belles liaisons visuelles dans les changements de séquences.  Pierfrancesco Diliberto (Pif) est remarquable dans le rôle d’Arturo, tour à tour désopilant et émouvant. Le choix d’Andrea Di Stefano (Le Prince de Hombourgde Marco Bellochio en 1993, L’Odyssée de Pide Ang Lee en 2012 entre autres, et comme réalisateur, Escobar : Paradise Losten 2014, Three Secondsen 2018), comédien parfaitement bilingue (italien et anglais) est excellent et il révèle parfait dans le rôle moins démonstratif et plus nuancé du lieutenant Philip Catelli. Mais les rôles plus secondaires sont également très bien servis avec principalement l’acteur de théâtre Sergio Vespertino et Maurizio Bologna respectivement dans les rôles bouffons de Saro et Mimmo et bien entendu, Maurizio Marchetti (Il premiod’Ermanno Olmi en 2009, La mafia uccede solo d’estatede Pierfrancesco Diliberto en 2013) dans celui de don Calo. Il faut également signaler dans le rôle de Flora, la charmante Miriam Leone (Fais de beaux rêvesde Marco Bellochio en 2016) qui après avoir débuté comme présentatrice à la télévision semble amorcer une belle carrière d’actrice.  Dans le rôle plus secondaire de Teresa, Stella Egite (Monica Vitale dans la série télévisée italienne Romanzo Siciliano) fait très bonne impression. L’imagination fantaisiste de Pierfrancesco Diliberto et celle de ses coscénaristes, sa mise en scène alternant  des séquences tout simplement hilarantes avec d'autres recelant une réelle force dramatique et émotionnelle, le tout sans perdre de vue un propos historique et social, caractérisent le style faussement léger de ce cinéaste qui prouve une fois de plus, ce que d’autres de ses compatriotes ont déjà brillamment démontré, que la légèreté et la poésie sont un moyen efficace de faire passer des concepts et des messages plus complexes. Avec son propre style original, Pierfrancesco Diliberto s’inscrit dans la grande tradition du cinéma italien et on peut espérer de futures grandes surprises de ce cinéaste et comédien talentueux. Un propos grave et émouvant livré avec une brillante désinvolture.


17 mai : La Rébellion cachée à Bazas (33)

Réservez votre soirée : connaître l'Histoire, comprendre le présent, découvrir la Foi.

Le docu-drame de Daniel Rabourdin sur la Vendée de 1792 sera diffusé jeudi 17 mai à Bazas (33), salle des conférences (derrière la salle de tourisme) à 20h30, entrée libre.

Accueil à partir de 20h00. En fin de séance, questions en direct par téléphone au réalisateur et verre de l'amitié offert.

PosterBazas

 


Paul, apôtre du Christ au cinéma

Analyse de Bruno de Seguins Pazzis pour les lecteurs du Salon beige.

IndexRome, an 67 après Jésus-Christ. Paul de Tarse est emprisonné à la prison Mamertime par Néron. Condamné à mort, il attend son exécution. Luc l’évangéliste entre en contact avec lui grâce à la tolérance de Mauritius, préfet de la prison. Luc recueille les derniers écrits de Paul qui se remémore sa vie avant sa conversion au Christianisme, lorsque sous le nom de Saul, il persécutait les Chrétiens. Les Chrétiens persécutés à Rome s’enfuient, tandis que d’autres sont jetés aux Lions dans l’arène. Luc guérit la fille de Mauritius, mais rien n’y fait, Paul sera exécuté. Avec : Jim Caviezel (Luc l’évangéliste), Olivier Martinez (Mauritius, le préfet de Tullianum), James Faulkner (Paul de Tarse), Joanne Whalley (Priscilla), John Lynch (Aquila), Noah Huntley (Publius), Antonia Campbell- Hughes (Irenica), Alexandra Vino (Octavia). Scénario : Andrew Hyatt. Directeur de la photographie : Geraldo Madrazo. Musique : Jan A. P. Kaczmarek.

Le péplum, et plus spécialement le péplum biblique connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. Pour Paul, apôtre du Christ, c’est un producteur américain, T.J. Berden qui après avoir noté l’existence d’une demande d’un public a produit d’abord en 2015, Pleine de Grâce (Dans les derniers jours de sa vie, la Vierge Marie se retire dans un endroit calme. L’apôtre Pierre vient à elle pour obtenir des réponses, accablé qu'il est par la responsabilité de la diffusion de la vie de Jésus au milieu d'un contexte troublé dans lequel les hérésies abondent. La mère de Jésus le guide dans sa recherche de réponses, lui donnant la paix si recherchée) réalisé par Andrew Hyatt avant de récidiver avec ce jeune réalisateur de 35 ans en lui confiant l’écriture et la mise en scène de Paul, apôtre du Christ.

Le critique, comme le spectateur chrétien et instruit, peut éprouver de l’embarras devant ce film. De l’embarras parce que toutes les intentions de cette réalisation sont profondément bonnes et que le travail est basé sur une documentation sérieuse et un respect de l’histoire de Paul telle que décrite par saint Luc dans les actes des apôtres. A partir de cette vérité historique et biblique, Andrew Hyatt montre d’une part la charité exercée par les premiers chrétiens, leur grand courage dans l’acceptation des persécutions et du martyre, d’autre part il développe longuement et à bon escient, le thème du pardon et de la miséricorde. Sur tout cela, il n’y a bien entendu, aucun reproche à faire.

Mais en même temps, le film est entaché d’une note hagiographique très simpliste, qui est accentué par des dialogues trop démonstratifs et une mise en image très réaliste. Il en résulte une tonalité didactique assez lourde à laquelle s’ajoute le jeu assez pesant des comédiens. Aucun n’échappe à ce travers général du film, qu’il s’agisse du Britannique James Faulkner (Bridget Jones : L'Âge de raison de Beeban Kidron en 2004), plutôt médiocre, du Français Olivier Martinez (Le Hussard sur le toit, de Jean- Paul Rappeneau en 1995), de John Lynch (Au nom du père de Jim Sheridan en 1993) et de Joanne Whalley, particulièrement mauvaise, respectivement dans les rôles de Paul, Mauritius, Aquila et Priscilla. Pas même Jim Caviezel, l’inoubliable interprète de Jésus dans La Passion du Christ (2004). La mise en scène, dont un plan séquence virtuose au tout début de film (l’entrée de Luc dans Rome) laisse espérer le meilleur, se révèle très vite peu inventive.

Tout ceci fait de Paul, apôtre du Christ un film qui peut décevoir les spectateurs les plus connaisseurs des évangiles, lesquels trouveront que la vie de cet immense apôtre aurait mérité un film plus puissant, mais qui, très honnête et généreux dans son approche, peut toucher un public moins averti et le pousser à réfléchir à partir d’une représentation juste et édifiante des premiers temps du christianisme.

9 mai : projection de L'arbre aux sabots, à Lyon

Dans le cadre des Rencontres, sera projeté le magnifique film L’arbre Aux sabots d’Ermanno Olmi le mercredi 9 mai à 20h à l’espace Saint-Ignace à Lyon 2ème.

Justement récompensé par la palme d’or en 1978, ce film est une superbe réussite cinématographique, qui ressuscite et renouvelle de brillante manière à la fin des années 1970, le drame d'obédience néo-réaliste et qui nous fait également découvrir ces paysans lombards, et leur mode de vie rudimentaire. La reconstitution de la vie au sein d'une ferme lombarde fin du XIX° siècle est exemplaire. Mais c'est le traitement du sujet, avec l'emploi d'aspects picturaux éloignés du langage brut de décoffrage néo-réaliste des années 1950 qui constitue peut-être l'aspect le plus intéressant et le plus novateur de L’arbre Aux sabots encore aujourd'hui, quarante ans après sa réalisation.

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La suite de La Passion du Christ : ce sera le plus grand film de l’histoire !

L’acteur américain de 49 ans, marié et père de trois enfants, a joué le Christ dans le film La Passion du Christ de Mel Gibson. Aujourd’hui, il incarne l’évangéliste saint Luc qui accompagna saint Paul dans ses derniers jours de prison à Rome, dans le film film Paul, apôtre du Christ. Il a été interrogé par Cyril Lepeigneux pour l'1visible. Extrait :

Image.phpIncarner saint Luc vous a-t-il fait progresser dans votre foi ?

Sans aucun doute. Comme lors du film La Passion du Christ. J’observe que nos vies sont de continuelles conversions. Comme le dit Paul, « Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. » Je crois qu’il nous faut devenir plus humbles pour continuer à nous convertir. Nous savons qu’à un certain moment la graine doit mourir en terre, et que la vie doit en sortir. Bien sûr, tout le monde doit mourir mais le christianisme nous rappelle que nous n’en connaissons ni le jour ni l’heure, et qu’il faut donc se préparer.

Comment ?

En pardonnant. Le grand enjeu de ce film est le pardon coûte que coûte. Pardonner ne signifie pas être faible ou laisser faire. Au contraire. Il s’agit d’un face-à-face entre l’amour et le mal. C’est le plus puissant des dialogues qui nous montre quel est le vrai courage. Jour après jour, l’amour crée un changement en chacun de nous, comme une petite passion. L’amour est cette étincelle qui met en lumière la vraie révélation en chacun de nous.

Est-ce que vous réussissez désormais à pardonner, vous aussi, à tout prix ?

Non, honnêtement, pas tout le temps. Mais le plus souvent, j’essaie de faire ce qu’il faut, de mourir à moi-même. Nous ne sommes pas des chiens qui n’agiraient que par instinct. Nous devons agir pour devenir des saints. Mais ce n’est pas facile de pardonner : je n’en ai pas toujours envie mais je choisis de le faire parce que j’obéis à Jésus qui nous l’a demandé. Cela fait partie de mon engagement dans l’Église. Voyez, quand on récite le Notre Père, on dit à un moment : « Pardonne-nous nos offenses. » Mais juste après, il y a « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ». Il ne faut pas l’oublier, ça ! [...]

Une suite à La Passion du Christ est prévue par l’acteur et réalisateur australien Mel Gibson. Elle devrait s’appeler Résurrection. Vous tiendrez à nouveau le rôle de Jésus. On se souvient de nombre de critiques sévères lors de ce premier film. Vivez-vous cela comme un combat spirituel ?

Je ne suis pas autorisé à vous parler de ce film pour l’instant. Tout ce que je peux vous dire c’est que ce sera le plus grand film de l’histoire ! [...]"


Mettre en valeur, par le biais du cinéma, l’histoire de France et ses racines chrétiennes

Communiqué de Saint-Louis Production :

"UN DINER AUX CHANDELLES fera son entrée très prochainement. Cette série policière à l’ambiance doylienne tournée dans un château du pays de Loire, le Château de GIZEUX, a été réalisée par l’association SAINT LOUIS PRODUCTION. Le but de cette association est de mettre en valeur, par le biais du cinéma, l’histoire de France et ses racines chrétiennes.

Nous sommes en 1911.  La vie au Château de la famille de MONTBLASON se déroule paisiblement dans un cadre idyllique et prospère... Jusqu’à ce que, au cours d’un dîner de famille,  le comte apprenne une funeste nouvelle : il est ruiné. La situation pourtant catastrophique ne se termine hélas pas là et une série de suspens, d’interrogatoires et de rancunes se poursuit. L’histoire rocambolesque de cette famille au grand cœur nous fait pénétrer dans la France du début du XXème siècle.

Nous vous remercions pour votre encouragement et votre soutien, grâce au Salon beige nous avons eu plus de 2000 vues sur notre dernière bande annonce."


Le peu de réaction de l’épiscopat à l’occasion de la recrudescence de films à thématique chrétienne

9782204118767-5aaa320461267Bruno de Seguins Pazzis, qui offre régulièrement aux lecteurs du Salon beige quelques critiques cinématographiques, vient de publier un ouvrage fort intéressant intitulé Quand le christianisme fait son cinéma, sorte de Bible du cinéma tournant autour de la religion catholique. De Jérusalem au Vatican, en passant par Jésus, la Vierge Marie, les saints, les anges, le diable, l’enfer ou encore le paradis, c’est plus de 1 200 films qui sont répertoriés et commentés. Muets, péplums, westerns, nouvelle vague, Hollywood...., Bruno de Seguins Pazzis revient sur tous les genres, en souligne les spécificités esthétiques, morales et politiques. Il évoque les polémiques à propos de Pasolini, de la Passion du Christ de Mel Gibson ; des anecdotes sur le tournage des Dix commandements de Cecil. B DeMille, ou encore l'incroyable filmographie autour du diable. Alors que le 7e art a une influence certaine sur nos contemporains et que le cinéma a par conséquent une dimension culturelle incontournable, il est opportun de se demander comment la représentation du christianisme est réalisée. Nous l'avons interrogé. 

Depuis quelques temps, on constate une recrudescence de films tournant autour de la religion chrétienne (Silence et Résurrection récemment, Marie-Madeleine et Saint Paul cette année, pour n'évoquer que les grosses productions). A quoi cela est-il dû selon vous ?

Il faut considérer plusieurs choses. Tout d’abord, nous sommes à présent plongés dans une civilisation que d’aucun qualifie de postmoderne et que je n’hésite pas à qualifier de post-chrétienne. Nous sommes aux antipodes d’une société Christo-centrée. Dans cette société qui baigne dans le matérialisme, l’hédonisme, le relativisme et toute sorte d’ « ismes », le besoin de spirituel finit par se faire sentir. Dans le cinéma, cela surgit assez brutalement en 2004 avec La Passion du Christ de Mel Gibson qui vient remettre de l’ordre dans la représentation de la vie de Jésus après les égarements post conciliaires et post Mai 68. Je veux parler de L’Evangile selon Saint Mathieu de P.P. Pasolini, de La Dernière tentation du Christ de Martin Scorcese et de Jésus de Monréal du montréalais Denys Arcand. En France cela survient presque aussi spontanément en 2010 avec Des hommes et des dieux, réalisé par Xavier Beauvois, cinéaste agnostique. En même temps, le succès du film de Mel Gibson, fait prendre conscience aux producteurs américains qu’il y a un « marché » et cela donne naissance à ce que l’on appelle le mouvement des « Faith Based Movies » (films basés sur la foi). Mais tout ceci pour le meilleur, comme Cristeros ou Liitlle Boy et pour le pire, comme le tout récent Marie-Madeleine et toute une série de films américains d’inspiration évangéliste dont la représentation de la foi chrétienne est sentimentale et naturaliste, de toutes les manières édulcorée. Ceci nécessite de la part du spectateur une grande vigilance, un esprit critique et un minimum de travail d’analyse car si  la soif de spirituel est une réalité, ce n’est pas parce qu’une œuvre cinématographique parle de Dieu, d’Amour, de conversion, voire de Miséricorde, qu’il faut lui décerner ipso facto un label de qualité. Ce n’est pas non plus parce que les intentions et le but apparent sont louables qu’il faut négliger d’y regarder de près et d’en discuter la forme aussi bien que le fond. Bien au contraire, en un siècle où l’erreur se répand comme une trainée de poudre, il convient de redoubler d’attention et de prudence avec les productions cinématographiques qui se parent d’un label de chrétienté ou plus encore de catholicité. Mieux encore, certains films qui n’ont aucune prétention à délivrer un message chrétien, peuvent recéler un caractère évangélique que n’ont pas des productions qui y prétendent.

Lors de la sortie de La Passion de Mel Gibson, l'épiscopat français avait émis une forte réserve. Celle-ci est-elle toujours de mise face aux nombreux films qui sortent depuis quelques années ?

Ce que j’observe c’est le peu de réaction de l’épiscopat à l’occasion de la recrudescence de films à thématique chrétienne que ce soit pour dire ce qui est bien, moins bon ou clairement mauvais. Aucun nom d’évêque  ne me vient à l’esprit qui ait encouragé ses ouailles à aller voir un film comme Cristeros, un film pourtant destiné à un public très large et montrant sur la base de faits historiques des chrétiens qui donnent leur vie plutôt que de renier leur foi. D’une façon plus générale, je crois que l’Eglise est passée à côté de la bataille des images en dépit des efforts qu’ont pu déployer certains religieux comme le père Giacomo Alberione, béatifié par le pape Jean-Paul II en 2003. Outre la fondation de plusieurs congrégations, le Bienheureux Giacomo Alberione avait fondé après la seconde guerre mondiale la Société de Saint Paul dont la vocation consistait en la diffusion du message évangélique au moyen de toutes les techniques modernes de communication. Ce qu’elle a fait en produisant et réalisant une cinquantaine de courts métrages catéchétiques et un très beau film sur la Sainte Vierge, Mater Dei (1950). On peut citer également l’engagement du Révérend Père Bruckberger (Les anges du Péché de Robert Bresson, Le dialogues des carmélites). 

Dans votre ouvrage, vous montrez que, au-delà de tout ce qui a pu être réalisé autour de la vie de Notre-Seigneur, des saints, de l'Eglise, il existe, notamment dans l'Ancien Testament, un certain nombre d'histoires qui mériteraient un film. Pouvez-vous en dire plus ?

Par là, j’entends que de nombreux épisodes de l’Ancien Testament n’ont jamais été exploités par les cinéastes et que certains pourraient être l’occasion de films bibliques intéressants. Ces passages de la bible pourraient également servir à des films utilisant l’art de la métaphore avec des récits se déroulant à notre époque, délivrant ainsi un message implicitement chrétien. Un exemple : Leviathan (2014) du talentueux cinéaste russe Andreï Zviaguintsev dont le récit est bien ancré dans la Russie du 21ème siècle et qui se présente comme une métaphore de l’histoire de Job.

On trouve peu de films sur l'islam, sur Mahomet. Est-ce uniquement parce que l'Occident reste fondamentalement attaché à ses racines chrétiennes ou, selon vous, y aurait-il d'autres raisons ?

Détrompez-vous ! Le cinéma de culture musulmane est très développé aussi bien au Moyen-Orient qu’en Extrème-Orient et qu’en Afrique. Et même en France ! Je pourrais vous citer plusieurs films à thématique islamique comme London River (2009) de Rachid Bouchareb, Les Chevaux de Dieu (2012) de Nabil Ayouch, Timbuktu ou le chagrin des oiseaux (2014) d’Abderrahmane Sissako... Simplement, pour les productions étrangères, elles ne sont pas distribuées dans les salles de cinéma occidentales. Pour l’instant du moins…J’ai même pensé écrire l’équivalent de « Quand le Christianisme fait son cinéma » pour le cinéma de culture musulmane, mais je recule d’une part en raison de la difficulté énorme qu’il y a à réunir la documentation et à la visionner, d’autre part, il conviendrait que j’approfondisse ma connaissance de l’islam et de la civilisation islamique pour éviter tout grave contresens ou propos « hérétique »…

Enfin, vous consacrez tout un chapitre sur le diable dans le cinéma où l'on constate sa forte présence, alors même que sa plus grande ruse est de faire croire qu'il n'existe pas. N'est-ce pas le constat de son échec ?

Bien entendu ! Vous avez tout à fait raison. Mais en premier lieu, comme le dit Sainte Catherine de Sienne « On finit toujours par ressembler à ce que l’on regarde » et tout ce qui tient du diable ne craint pas de se montrer sur les écrans, pour que le spectateur s’y habitue tout simplement. En second lieu, le Malin est bien entendu également présent dans de nombreux films sans qu’il soit physiquement représenté. Je mets le lecteur sur la voie dans le chapitre qui est consacré au diable en parlant des films de la saga des Harry Potter et de ceux de la série Twilight qui sont d’autant plus dangereux qu’ils ciblent un public d’adolescents. Pour ma part, je dois reconnaître que le travail sur ce chapitre a été très éprouvant tant il a nécessité de visionner des films ou des extraits de films dont la laideur le dispute à la perversité. Souvent, tout en travaillant, je récitais en moi-même ce verset du psaume 150 aux vertus exorcistes : « Que tout esprit loue le Seigneur » et que j’ai mis en exergue du chapitre.


Marie-Madeleine de Garth Davis, une lecture explicitement révisionniste du Nouveau testament

Analyse de Bruno de Seguins Pazzis pour les lecteurs du Salon beige :

MLes derniers jours de Jésus Christ du point de vue de Marie Madeleine, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem. Avec : Rooney Mara (Marie Madeleine), Joaquin Phoenix (Jésus), Chiwetel Ejiofor (Pierre),Tahar Rahim (Judas), Ariane Labed (Rachel), Denis Ménochet (Daniel, le frère de Marie Madeleine), Lubna Azabal (Suzanne), Tchéky Karyo (Elisha, le père de Marie Madeleine), Hadas Yaron (Sarah), Jules Sitruk (Aaron), Shira Haas (Léa), Ryan Corr (Joseph), Charles Babaola (André), Uri Gavriel (Philippe), Tsahi Halevi (Éphraïm), Zohar Strauss (Jean), Theo Theodoridis (Lazare), Michael Moshonov (Matthieu). Scénario : Helen Edmundson et Philippa Goslett. Directeur de la photographie : Greig Fraser. Musique : Jóhann Jóhannsson.

Décrivant les derniers jours de la vie de Jésus du point de vue de Marie-Madeleine, le film de Garth Davis peut être classé sans hésiter dans la catégorie des films qui se veulent explicitement chrétiens. Il donne à voir Jésus, les apôtres, Marie-Madeleine, Marie, la mère de Jésus. Le spectateur chrétien se voit proposer la représentation de plusieurs miracles, une évocation de la Cène, du chemin de la Croix, de la Crucifixion… Il n’y a aucune équivoque possible.

Le récit commence par un accouchement difficile effectué par Marie-Madeleine. On ne lui connaissait pas ce côté sage-femme, mais pourquoi pas. Il se poursuit par une description assez laborieuse d’une société patriarcale juive dans laquelle la femme est une quantité négligeable, présente Marie-Madeleine comme une femme qui s’émancipe de son milieu et qui décide de suivre Jésus au scandale de sa tribu. Intégrée, non sans quelques réticences ou réserves des apôtres,dans la suite de Jésus, le guérisseur, le spectateur va découvrir parmi différentes choses que Marie-Madeleine baptise les femmes, qu’elle était présente à la Cène et à la droite de Jésus, qu’elle ne fût pas prostituée puis repentie (qu’il s’agirait même d’une invention du Pape Grégoire le Grand en l’an 591 comme le laisse entendre le texte projeté juste avant le générique de fin), que l’apôtre Pierre était noir, que Jésus pleure attendant le réconfort de Marie-Madeleine, qu’il est épuisé après avoir ressuscité Lazard comme un banal guérisseur que son magnétisme aurait vidé… Toutes choses qui ne seraient pas très graves s’il s’agissait d’un film parodique. Mais ce n’est point le cas, les femmes scénaristes de Marie-Madeleine, Helen Edmundson et Philippa Goslett, ainsi que le réalisateur Garth Davis, ne dissimulent pas leur intention féministe.

Pour ce faire, ils s’appuient non seulement sur les évangiles canoniques, qui ne cachent pas que Jésus appelle à la conversion du regard masculin sur les femmes et que les femmes sont appelées comme les hommes à la mission et au prophétisme, mais aussi sur l’évangile de Marie (évangile apocryphe de type gnostique, vraisemblablement rédigé au cours du 2èmesiècle, alors que les évangiles reconnus par l’Eglise ont été écrits entre les années 60 et 100, ce qui leur donne une plus grande fiabilité) qui insiste beaucoup plus sur ce point et l’opposition qui a pu exister entre Marie-Madeleine qui fût la première à voir Jésus ressuscité et les apôtres qui ont eu de la peine à accepter que Jésus ait pu à cette occasion donner la primeur à une femme. Mais plus que tout ceci, on comprend bien que cette lecture féminine des évangiles, sous prétexte que Marie-Madeleine a été officiellement reconnue par le Vatican comme étant l’apôtre des apôtres, vise à justifier qu’il faut de nos jours, donner un rôle plus important aux femmes dans l’Eglise. Un discours très en phase avec certaines mouvances progressistes qui se manifestent de nos jours à l’occasion d’une succession de synodes voulus par le Pape François autour de certains sujets centraux de la Foi catholique.

En dépit d’une relation plutôt réussie du chemin de la Croix, de la Crucifixion et de la mise au tombeau comme de la Résurrection, traitées d’une manière elliptique, ce qui évite la lourdeur qu’on pouvait craindre, Garth Davis peine dans sa mise en scène à insuffler de l’épaisseur et du charisme à ses personnages, ce qui est tout de même un comble pour un récit qui est basé sur le Messie et le drame de la fin de Sa vie ici-bas et qui a marqué toute l’histoire de l’humanité ! Joaquin Phoenix, est loin d’être convaincant dans le rôle d’un Jésus. Le charisme qu’il dégage se rapproche plus de celui d’un gourou. Son visage tel qu’il est composé ici serait, dans de nombreuses scènes, plus proche d’une bonne représentation de Raspoutine ! De Marie-Madeleine, qu’incarne Rooney Mara, on ne dit trop rien tant le personnage présenté est éloigné de la pècheresse repentie des Evangiles. Elle apparaît ici comme l’unique et vrai visage de la miséricorde et de la pureté morale… Mais les plus stupides sont Tahar Rahim en Juda qui gesticule et peine à se trouver des airs d’illuminé et Pierre (Chiwetel Ejiofor) qui est noir et qui tempête tant il est soucieux face à Marie-Madeleine, de défendre ses prérogatives de premier apôtre et de bientôt futur premier chef de l’Eglise.

Lorsqu’on additionne tout ce qui précède, c’est presque un euphémisme de dire que cette relecture des Evangiles frise avec une forme de révisionnisme. Ce révisionnisme va jusqu’à vouloir irriter les historiens spécialistes de la vie du Christ en montrant Jésus, pendant le chemin de la Croix portant le patibulum, c’est-à-dire la traverse horizontale de la croix ce qui était en effet une pratique courante à Rome pour les crucifixions sur la colline de l’Esquilin où les stipex (partie verticale de la croix), restaient fichés en terre en permanence. Jean-Christian Petitfils explique très bien dans son « Jésus » (Editions Fayard, 2011) les raisons pour lesquelles Jésus a porté la croix entière jusqu’au lieu de son supplice : L’étude en parallèle du linceul de Turin et de la sainte tunique d’Argenteuil par le professeur André Marion, physicien de l’institut d’optique théorique et appliquée d’Orsay, révèle des marques qui permettraient de confirmer cette thèse. De plus, ceci correspond au récit de Saint Jean l’Evangéliste « qui a vu Jésus sortir par la porte Nord du palais d’Hérode, écrit : « Portant lui-même sa croix, Jésus sortit… » » (Jésus, Jean-Christian Petitfils, Editions Fayard, 2011). Quelle est la raison de ce choix de la part du cinéaste alors que les preuves sont quasiment faites que Jésus portait toute la croix ? Voulait-il rendre un hommage à Martin Scorcese qui avait, lui aussi fait ce choix pour son film La Dernière tentation du Christ (1988) ? Mais revenons à l’essentiel pour dire, qu’en dépit d’une succession de contre-vérités, il y a bien peu de grains à moudre dans les images et les dialogues de Marie-Madeleineet que, pour reprendre l’expression très juste de la théologienne et ancienne professeur de cinéma à la Faculté Catholique de Lyon, Michèle Debidour, il n’est pas évident d’entendre « le vent de l’Esprit qui souffle » dans ce qui ressemble plus à une accumulation de discours sur la charité en général et l’amour du prochain en particulier, dans une posture qui reste très théorique.