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Rappeler la primauté de Dieu

Mgr Rey déclare à Politique Magazine :

"Tout au long de son ministère, le pape Benoit XVI a été habité par le désir d'inviter l'Eglise à se remettre dans la logique de la foi, en rappelant la primauté de Dieu, en réaxant la vie de l'église et des chrétiens autour du Christ. Ce souci s'est déployé tout au cours de sa mission pontificale. La crise liée aux prêtres pédophiles, la dissidence des milieux lefébvristes, le souci de promouvoir la nouvelle évangélisation... autant de situations où Benoît XVI nous a invités à nous situer en face de la vérité de la foi, avec lucidité et courage. C'est ce qu'il nous invite à faire au cours de cette Année de la Foi, qu'il a inaugurée.

Que pouvez-vous dire en ce qui concerne les relations entre l'Eglise en France et Rome ?

J'ai eu la chance de participer il y a 3 mois, à la suite du Synode sur la Nouvelle évangélisation, à la visite ad limina à Rome des évêques de France. Ce fut pour moi une occasion de rencontrer le pape, en compagnie des autres évêques de la région PACA. Pendant une heure de temps, nous avons discuté très simplement et librement à bâtons rompus avec le Saint-Père, en étant confortés par lui dans la foi de l'Eglise. Ce fut aussi l'occasion de rencontrer de nombreux dicastères et congrégations, dans un climat très simple et fraternel. Tout au cours de ces rencontres, j'ai senti un climat d'écoute et une grande sollicitude. La Curie Romaine a encouragé les évêques français dans leurs efforts en direction d'une relance missionnaire, à partir de la famille et d'une personnalisation de la foi. [...]"


Son exemple nous rappelle Jean-Baptiste : «il faut qu’Il grandisse et que je diminue».

Homélie de la messe d’action de grâce pour le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoit XVI célébrée en la cathédrale Saint-Pierre de Vannes le 28 février par Mgr Centène :

"Frères et sœurs,

VNous sommes réunis ce soir pour une célébration particulièrement exceptionnelle. Alors que le siège de Pierre est vacant depuis quelques minutes, nous nous sommes rassemblés afin de rendre grâce à Dieu pour le pontificat qui vient de s’achever. Ce qui rend cette circonstance véritablement inédite, c’est que celui pour le ministère de qui nous rendons grâce est toujours vivant.

Le mystère de la mort et de l’entrée dans la gloire éternelle, qui vient transfigurer le visage de nos chers disparus, et qui, presque toujours vient anoblir leurs traits, engendre généralement le processus d’une mémoire sélective qui permet de ne retenir que les qualités, les bons moments, les souvenirs heureux tandis que les voiles du deuil dissimulent les aspérités, les discordes, les incompréhensions.

Le genre littéraire de l’éloge funèbre est alors un exercice convenu et relativement facile dans lequel la charité peut apporter quelques améliorations à la vérité en la transfigurant parfois jusqu’à la défigurer.

Parler de l’œuvre d’un vivant et rendre grâce au Seigneur pour cette œuvre nous oblige à éclairer ces deux notions, la charité et la vérité, l’une par l’autre. Benoît XVI, ne désapprouverait pas cet exercice, lui qui, dans l’une de ses encycliques nous invitait à la «  caritas in veritate », à la charité dans la vérité.

Quels sont donc les souvenirs que nous garderons de ce grand Pontife ?

CDans le message que j’adressai aux prêtres pour leur faire part officiellement de la renonciation de Benoît XVI et de cette messe d’action de grâce, j’évoquais en toute objectivité un « pasteur humble et un théologien lumineux ».

De l’humilité, il en fallait en effet pour accepter de succéder à ce géant que fut Jean-Paul II, sans chercher à l’imiter mais en restant soi-même.

De l’humilité, il en fallait pour passer du statut du théologien à celui du Pasteur universel, livré aux foules, donné en spectacle aux anges et aux hommes et interdit de vie privée comme il l’a souligné lui-même lors de sa dernière audience.

De l’humilité, il en fallait pour entrer dans l’arène, avec sa voix douce, plus habituée à persuader qu’à commander, avec sa gestuelle timide jusqu’à paraitre parfois gauche.

De l’humilité, il en fallait pour accepter de passer du savoir au pouvoir en étant bien conscient que la Vérité contemplée ne peut pas être imposée et expose toujours à l’incompréhension.

Le style qu’il a su donner à la papauté était bien éloigné du «  panzer cardinal » que les médias ont essayé de nous présenter au début de son pontificat, alors même qu’il nous confiait ses craintes «  priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups[1] ».

C’est encore la vertu d’humilité qui a poussé celui qui s’était présenté à nous le 19 avril 2005, lors de son élection, comme « l’humble ouvrier dans la vigne du Seigneur[2] », à nous dire, le 27 février 2013, lors de sa dernière audience : « la barque de l’Eglise n’est pas la mienne, la nôtre, mais celle de Dieu. Il ne la laissera pas couler. »

Entre ces deux dates et ces deux expressions, il a exercé le ministère pétrinien comme un véritable service, faisant passer la gloire du Maitre avant celle du serviteur, nous invitant à nous tourner vers Dieu et non vers lui. Son exemple nous a redit les paroles de Jean-Baptiste évoquant le Messie : «  il faut qu’Il grandisse et que je diminue[3] ».

C’est cette humilité, vécue au quotidien, dans son existence comme dans son ministère, qui  lui confère aujourd’hui la grandeur que donne le renoncement.

De l’humilité, il en faut pour reconnaitre ses limites, pour dire «  je ne peux plus », dans un monde qui glorifie la toute-puissance, pour reconnaitre les outrages impitoyables du temps dans une société qui se grise dans la recherche illusoire d’une éternelle jouvence sur fond de rejet de la nature humaine et des limites de sa condition.

Lire la suite " Son exemple nous rappelle Jean-Baptiste : «il faut qu’Il grandisse et que je diminue»." »


Quelques nouvelles du pape émérite

Lors du point de presse de ce début d'après-midi, le P. Lombardi a fourni quelques détails sur les premières heures de Benoît XVI à Castelgandolfo, après s'être entretenu téléphoniquement avec Mgr. Gänswein. Le Pape émérite, qui est serein, a suivi plusieurs journaux télévisés et apprécié le travail des journalistes comme la manière dont il a été salué au départ du Vatican et à son arrivée à Castelgandolfo hier. Après dîner, il a brièvement marché dans le palais. Il a passé une bonne nuit et a célébré ce matin comme à l'accoutumée sa messe à 7 h, suivie du bréviaire. Une promenade est prévue dans les jardins après 16 h pour le rosaire.

Il a apporté des livres de théologie, d'histoire et de spiritualité et lit en ce moment un ouvrage d'Hans Urs von Balthasar.

Le Directeur de la Salle de Presse a par ailleurs indiqué que hier à 20 h le Substitut de la Secrétairerie d'Etat Mgr. Becciù a adressé une lettre circulaire aux représentations diplomatiques du Saint-Siège pour notifier que durant la vacance les affaires urgentes doivent être transmises au Cardinal Doyen Sodano. Ce matin, Mgr. Becciù s'est rendu au palais du Latran pour y sceller les appartements pontificaux.


Sa renonciation est aussi un renoncement

De Jeanne Smits dans Présent :

"[...] Benoît XVI n’a pas quitté la chaire de Pierre pour une retraite bien méritée, la tranquillité d’un repos en sa terre bavaroise, à laquelle il aspirait avant d’être élu pape. Il a fait, définitivement, une croix sur tout cela. « Serviteur des serviteurs », sa vie ne lui appartient plus, comme il l’a expliqué. Sa vocation ne semblait pas être celle d’un ermite, c’est pourtant ce statut qu’il a choisi et accepté, à la fois pour continuer de prier pour l’Eglise en attendant la fin de son pèlerinage terrestre, pour échapper aux regards du public, et pour rendre tangible sa promesse de « révérence et obéissance inconditionnelles » à celui qui lui succédera.

Révérence et obéissance inconditionnelles ? Voilà des notions bien oubliées, même dans l’Eglise…

Ne croyons pas que cela soit facile. Benoît XVI, porté en hélicoptère jusqu’à Castel Gandolfo où il passera quelques mois avant de pouvoir gagner le couvent en réfection dans les jardins du Vatican, a demandé à survoler un peu longuement la Ville éternelle, pour un dernier regard, un dernier adieu avant de s’isoler d’un monde dont il a tant goûté la beauté.

Sa renonciation est aussi un renoncement.

Le professeur, l’intellectuel, l’homme qui a su en tant que pape, et contre toute attente médiatique, attirer les foules et les charmer, laisse derrière lui son œuvre pour se concentrer sur l’unique nécessaire, le Christ, vers lequel il oriente tous les regards.

[...] Nous savons aussi que, de manière répétée, Benoît XVI a déclaré répondre, en renonçant à sa charge de gouvernement de la barque de Pierre, à une « demande » de Dieu. Ce n’est pas une révélation qu’il évoque ou, si elle a eu lieu, il n’en parle pas, mais d’une conviction intime, une certitude acquise en conscience et devant Dieu. Il n’est pas interdit de la regretter, voire de la critiquer – comme l’a fait le cardinal Pell d’Australie –, car la décision n’est pas « infaillible ». Mais la manière dont tout cela s’est passé laisse entendre que le pape, en pleine possession de ses moyens, a jugé que son départ servirait l’Eglise.

Hilary White, de LifeSiteNews – une remarquable journaliste – souligne que Benoît XVI est parti comme un escrimeur, prenant tout le monde de court, à la stupéfaction de tous dans un Vatican où le secret avait été trahi, la confiance rompue, et où les intrigues – on ne peut pas ne pas le penser – ont dû accélérer avec l’avancée en âge du pape. Le siège est vacant, bien plus vite que prévu. C’est un homme fort qui est attendu, et qui va faire face à des attaques sans précédent contre l’Eglise et contre l’humanité tout court : nous les voyons déjà se concrétiser dans tout le globe à travers la promotion nihiliste de l’homosexualisme.

CEt c’est un homme faible qui, pendant ce temps, veut intercéder pour l’Eglise qu’il a conduite. « Je suis simplement un pèlerin qui entame la dernière étape de son pèlerinage sur cette terre. Mais je voudrais encore, avec tout mon cœur, avec tout mon amour, avec ma prière, avec ma réflexion, avec toutes mes forces intérieures, travailler pour le bien commun et le bien de l’Eglise, de l’humanité », a-t-il dit juste avant de franchir les portes du palais de Castel Gandolfo qui se sont refermées, lourdement, à 20 heures jeudi soir. Puis, très simplement : Buona notte. Bonne nuit…[...]"


Benoît XVI à Castelgandolfo

Arrivé à Castelgandolfo, Benoît XVI a déclaré à la foule venue lui dire au revoir :

"Merci !
Merci de tout cœur.
Chers amis, je suis heureux d’être avec vous, entouré par la beauté de la création et par votre sympathie qui me fait tant de bien, merci pour votre amitié, votre affection.
Vous savez que cette journée pour moi est différente des jours précédents, je ne suis plus le Souverain Pontife de l’Eglise Catholique. Jusqu’à 20 heures ce soir je le suis encore, mais après je ne le suis plus. Je suis simplement un pèlerin qui entame la dernière étape de son pèlerinage sur cette terre. Mais je voudrais encore, avec tout mon cœur, avec tout mon amour, avec ma prière, avec ma réflexion, avec toutes mes forces intérieures, travailler pour le bien commun et le bien de l’Eglise, de l’humanité. Et je trouve un très fort soutien dans votre sympathie. Allons de l’avant avec le Seigneur pour le bien de l’Eglise et du monde.
Merci.
Je vous donne maintenant de tout cœur ma bénédiction.
Que Dieu tout-puissant soit béni.
Que Dieu tout-puissant nous bénisse, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Merci, et bonne nuit.
Merci à vous tous."


L'humble travailleur de la vigne du Seigneur devient pape émérite

"Il n'y a pas de retour vers la sphère privée. Ma décision de renoncer à l'exercice actif du ministère, ne révoque pas cela. Je ne retourne pas à la vie privée, à une vie de voyages, rencontres, réceptions, conférences, etc. Je n'abandonne pas la Croix, mais je reste de manière nouvelle auprès du Seigneur crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de l'office pour le gouvernement de l'Eglise, mais au service de la prière je reste, pour ainsi dire, dans la cour de Saint-Pierre. Saint Benoît, dont je porte le nom comme Pape, me sera un grand exemple en cela . Il nous a montré la voie, par une une vie qui, active ou passive, appartient entièrement à l'œuvre de Dieu." Audience du 27 février 2013

B


"Soyez pleinement dociles à l'action de l'Esprit Saint dans l'élection du nouveau pape"

Ce matin aux cardinaux venus à Rome (côté Français, il manquait les archevêques de Paris et de Lyon), Benoît XVI a déclaré (traduction par Benoît-et-moi) :

"Avec une grande joie je vous souhaite la bienvenue, et offre à chacun de vous mon salut le plus cordial. Je remercie le Cardinal Angelo Sodano, qui comme toujours, a su se faire l'interprète des sentiments du Collège tout entier: Cor ad cor loquitur. Merci Eminence . Et je voudrais dire - reprenant la référence à l'expérience des disciples d'Emmaüs - que, pour moi, c'était une joie de marcher avec vous, durant ces dernières années, dans la lumière de la présence du Seigneur ressuscité.

Comme je l'ai dit hier, devant des milliers de fidèles qui remplissaient la place Saint-Pierre, votre proximité et votre conseil m'ont été d'une grande aide dans mon ministère. Au cours des huit dernières années, nous avons vécu avec foi des moments très beaux de lumière rayonnante dans le chemin de l'Eglise, et aussi des moments où des nuages s'épaississaient dans le ciel. Nous avons essayé de servir le Christ et son Église avec un amour profond et total, qui est l'âme de notre ministère. Nous avons donné l'espérance, celle qui vient du Christ, qui seule peut éclairer le chemin. Ensemble, nous pouvons remercier le Seigneur qui nous a fait grandir dans la communion, et ensemble le prier de vous aider à grandir encore dans cette unité profonde, de sorte que le Collège des Cardinaux soit comme un orchestre, où les diversités - expression de l'Eglise universelle - contribuent toujours à l'harmonie supérieure et la concorde.

Je voudrais vous laisser une pensée simple, qui me tient beaucoup à coeur: une pensée sur l'Église, sur son mystère, qui constitue pour nous tous - peut-on dire - la raison et la passion de la vie. Je me laisse aider par une expression de Romano Guardini, écrite dans l'année où les Pères du Concile Vatican II approuvaient la Constitution Lumen Gentium, dans son dernier livre, avec une dédicace personnelle pour moi, raison pour laquelle les paroles de ce livre me sont particulièrement chères.

Guardini dit: L'Eglise «n'est pas une institution conçue et construite autour d'une table ... mais une réalité vivante ... Elle vit le long du cours du temps, en devenir, comme tout être vivant, en se transformant ... Pourtant, dans sa nature, elle reste toujours la même, et son cœur est le Christ». Cela a été notre expérience hier, il me semble, sur la Place: voir que l'Église est un corps vivant, animé par l'Esprit Saint et vit réellement de la force de Dieu. Elle est dans le monde, mais pas du monde: elle est à Dieu, au Christ, à l'Esprit. Nous l'avons vu hier. C'est pourquoi est vraie et éloquente l'autre expression célèbre de Guardini: «L'Église se réveille dans les âmes». L'Eglise vit, grandit et se réveille dans les âmes, qui - comme la Vierge Marie - acceptent la Parole de Dieu et la conçoivent par l'oeuvre de l'Esprit Saint; elles offrent à Dieu leur propre chair et dans leur pauvreté et humilité, elles deviennent capables de générer le Christ dans le monde d'aujourd'hui. A travers l'Église, le mystère de l'Incarnation reste présent pour toujours. Le Christ continue à marcher à travers tous les temps et tous lieux.

Restons unis, chers Frères, dans ce mystère: dans la prière, en particulier l'Eucharistie quotidienne, et ainsi servons l'Eglise et toute l'humanité. C'est notre joie, que personne ne peut nous enlever.

Avant de vous saluer personnellement, je désire vous dire que je vais continuer à vous être proche par la prière, en particulier dans les prochains jours afin que vous soyez pleinement dociles à l'action de l'Esprit Saint dans l'élection du nouveau pape. Que le Seigneur vous montre celui qui est voulu par Lui. Et parmi vous, le Collège des cardinaux, il y a aussi le futur pape auquel je promets déjà ma révérence et obéissance inconditionnelles. Pour cela, avec affection et gratitude, je vous donne cordialement ma Bénédiction apostolique."


Benoît XVI : coopérateur de la vérité, artisan d’unité et serviteur de notre joie

Le 22 février 2013, en la fête de la Chaire de Saint Pierre, le R.P. Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a prêché à la messe d’action de grâces pour Joseph-Ratzinger - Benoît XVI, célébrée en la chapelle de l’Immaculée à Versailles (FSSP). La voici :

"T. S. Père, vous avez été, comme archevêque de Munich, comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et comme Souverain Pontife : coopérateur de la vérité, artisan d’unité et serviteur de notre joie.

  1. 1.      Coopérateur de la vérité

1Votre ministère a été enraciné dans le souci constant d’ouvrir aux hommes le chemin de la vérité, dans le contexte difficile de la modernité, et pour cela vous avez su prendre du recul, en comprenant les enjeux : la perte de la dimension métaphysique de l’intelligence et le déclin conséquent de la théologie de la création, celle qui voit dans la nature et le corps un message de la sagesse de Dieu.

D’où votre œuvre de présentation catéchétique de la foi : des deux conférences sur la catéchèse à Lyon et Paris en 1983… au CEC et à son Compendium en 1992 et 2005 ; d’où votre insistance sur l’harmonie de la foi et de la raison, l’accord de la sagesse grecque et de la révélation : de Veritatis Splendor et Fides et Ratio (encycliques auxquelles vous avez collaboré en 1993 et 1998), jusqu’aux discours de Ratisbonne et des Bernardins en 2006 et 2008, en passant par la conférence à la Sorbonne en 1999 sur le christianisme comme religio vera.

Dans une époque de vacillation et de doute, vous avez rappelé, notamment à l’Europe menacée de nihilisme, la pertinence de la loi naturelle, dans le respect de l’homme et de la création, et la nécessité de « rendre visible la foi comme l’alternative que le monde attend après la faillite de l’expérience libérale et de celle de type marxiste » (Disc. aux Présidents des Com. Doctr. des épiscopats européens, 2 mai 1989).

Je me souviens du jour où je vous disais que c’était grâce à l’amour de la vérité qui transpirait dans vos œuvres, que j’avais retrouvé la communion hiérarchique… et il me semble que vous y fûtes sensible. Merci, T. S. Père, d’avoir été pour nous et pour tant de personnes (je pense à Magdi Cristiano Allam et au Père Michel Viot par exemple) une incarnation attirante de l’amour de la vérité.     

  1. 2.      Artisan d’unité

2Toute votre vie, vous avez été sensible à l’unité comme fruit et comme preuve de la vérité. C’est le souci de l’unité de l’Eglise, telle que le Christ l’a voulue, et du magistère qui en est le garant, qui vous a fait, très rapidement après l’optimisme du renouvellement que vous attendiez du Concile, prendre des distances à l’égard de ceux qui y voyaient, non l’instrument d’une réforme, mais l’occasion d’une révolution, un super-dogme et un commencement absolu. De là la fondation de Communio pour faire pièce à Concilium.

De là votre opposition, de plus en plus affirmée, comme théologien, puis comme archevêque de Munich, au los von Rom [l’éloignement de Rome]. De là votre refus de la rupture sans précédent introduite par l’interdiction des anciens rituels, car vous avez une conscience aiguë que l’unité catholique dans la durée est garante de l’unité dans la foi. De là votre travail incessant, comme préfet de la CDF, pour écarter les conceptions erronées sur la nature du Peuple de Dieu, sur les rapports avec les autres religions, et sur l’œcuménisme… travail manifesté notamment par Dominus Jesus. De là enfin, depuis le 22 décembre 2005, la lecture de Vatican II que vous proposez selon une « herméneutique de la réforme dans la continuité ».

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Le pontificat de Benoît XVI, un signe de contradiction

De Michel de Jaeghere, dans le dernier numéro du Figaro Hors-série, consacré à Benoît XVI :

B Depuis le début, Rome est aussi le lieu du martyre. » Commentant, le 8 février, à trois jours de l’annonce de sa renonciation, la première Epître de saint Pierre au cours d’une lectio divina improvisée devant ses séminaristes, Benoît XVI a, spontanément, souligné ce trait : en gagnant la capitale de l’empire, le prince des apôtres savait qu’il allait aussi vers la crucifixion que lui avait prophétisée le Christ (« Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. » Jn 21,18). « En se rendant à Rome, Pierre accepte de nouveau cette parole du Seigneur : il va vers la Croix et il nous invite à accepter, nous aussi, l’aspect martyrologique du christianisme. »

Tandis que le monde s’apprêtait à bruisser des rumeurs sur les jeux de pouvoir qui ne manqueraient pas de marquer le conclave, à parier sur les chances des papabili comme sur une excitante course de lévriers, spéculer sur le nombre des Italiens, le poids des conservateurs, les attentes des libéraux et la nécessaire ouverture au tiers-monde, le pape livrait la plus poignante des clés pour comprendre dans quel état d’esprit il avait lui-même accepté, en avril 2005, son élection au trône de Pierre.

Il savait ce qui l’attendait : présidant, quelques jours plus tôt, au nom de Jean-Paul II, empêché, le chemin de Croix du vendredi saint au Colisée, il avait dénoncé les « souillures » dont le sacerdoce était affecté, la sécularisation qui avait converti l’Europe chrétienne à un « paganisme » étranger à toute idée de Rédemption, la banalisation du mal, la marchandisation de tout.

Devenu pape, les épreuves ne lui auront, de fait, pas manqué. Benoît XVI aura été, tout au long de son pontificat, un signe de contradiction. Sali par la révélation de scandales qu’il avait pris sur lui de faire cesser. Fustigé pour avoir prôné, contre la tyrannie du désir, une morale jugée intransigeante. Incompris dans ses tentatives de restaurer la transcendance dans le culte divin. Condamné pour avoir tenté de faire prévaloir l’alliance de la foi avec la raison dans un univers livré à la réduction médiatique de l’information. Trahi par un entourage gangrené par les rivalités et l’appétit de pouvoir.
Sans doute sa démission lui a-t-elle permis de trouver, un instant, grâce aux yeux du monde. On a salué l’acte révolutionnaire par lequel, avouant une fragilité tout humaine, il aurait fait entrer, enfin, la modernité dans le fonctionnement de l’Eglise en dépouillant la monarchie pontificale sa dérangeante sacralité. « Il a osé ! » s’est-on écrié, comme si Benoît XVI avait changé, par là, l’Eglise, transformé la nature de la papauté (certains s’aventurant même à prétendre que le pape avait renoncé, ce faisant, au dogme de l’infaillibilité !). C’était commettre un nouveau contresens.

D’abord parce que la papauté relève, dans l’Eglise, du pouvoir de juridiction, et non du pouvoir d’ordre. Par le sacre épiscopal, l’évêque y reçoit un sacrement : la plénitude du sacerdoce. Il est indélébile, marquant l’âme pour l’éternité. La papauté est d’un autre ordre : c’est la mission canonique reçue de l’Eglise. Elle donne à l’évêque de Rome une juridiction universelle pour gouverner le peuple de Dieu et « confirmer ses frères dans la foi », en jouissant, dans les cas où il s’exprime sur la foi ou les mœurs depuis la chaire de Pierre avec l’intention d’obliger, d’une assistance de l’Esprit saint qui lui garantit le charisme de l’infaillibilité. Le droit canon prévoit expressément que cette juridiction s’achève avec la mort du pontife, ou sa renonciation. Celle-ci n’affecte donc en rien la définition de sa fonction. [...]"


La dernière audience publique du Pape Benoît XVI (Add.)

Une place Saint-Pierre pleine, une émotion exceptionnelle.

ici et en direct.

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"Je vous demande de vous souvenir de moi devant Dieu!"

Dernière allocution aux pélerins français :

Chers frères et sœurs,

En ce moment, je voudrais surtout rendre grâce à Dieu qui guide et fait grandir l’Église, qui sème sa Parole et nourrit ainsi la foi de son peuple. Je remercie toutes les personnes qui, avec générosité, m’ont aidé et m’ont été proches durant mon pontificat.

Ces derniers mois, j’ai senti que mes forces avaient diminué et j’ai demandé à Dieu de m’éclairer pour prendre la juste décision pour le bien de l’Église. Je vous remercie pour le respect et la compréhension avec lesquels vous l’avez accueillie.

Je continuerai à accompagner le chemin de l’Église par la prière et la réflexion. En cette Année de la foi, je vous invite à renouveler votre ferme confiance dans le Seigneur et à vous sentir aimés de Dieu qui nous a montré son amour infini. Il guide et soutient toujours son Église.

Ne perdons jamais de vue cette vision de foi ! Que votre cœur soit rempli de la joyeuse certitude que le Seigneur est proche de nous et qu’il nous accompagne de son amour !

Je vous salue cordialement chers pèlerins de langue française, en particulier les personnes venant de France, de Belgique et des pays francophones qui ont voulu m’accompagner en étant présentes ici ou par la radio et la télévision.

Je vous demande de vous souvenir de moi devant Dieu et de prier pour les Cardinaux appelés à élire un nouveau Successeur de l’Apôtre Pierre. Priez aussi pour que le Seigneur l’accompagne de la lumière et de la force de son Esprit ! Que Dieu vous bénisse ! Merci".

Le texte de sa dernière audience :

«Comme l'apôtre Paul dans le texte biblique que nous avons entendu, je voudrais remercier tout particulièrement Dieu qui guide et fait grandir l'Église, qui sème sa parole et donc nourrit la foi de son peuple.

En ce moment, mon cœur s'élargit à toute l'Eglise à travers le monde, et je remercie Dieu pour toutes ces «nouvelles» qu’en ces années de ministère pétrinien j’ai pu recevoir au sujet de la foi dans le Seigneur Jésus-Christ, au sujet de l'amour qui circule dans le corps de l'Eglise et le fait vivre dans
l'amour, et dans l’espérance qui nous ouvre et nous dirige vers la plénitude de la vie, vers la patrie céleste.

Je sens le besoin de tous vous porter dans ma prière, dans un présent qui est celui de Dieu, où je place chaque rencontre, chaque voyage, chaque visite pastorale. Tout et tous, je vous réunis dans la prière et vous confie à Dieu : pour que nous ayons la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, et pour que nous puissions nous comporter d'une manière digne de Lui et de son amour, en portant du fruit dans toutes nos bonnes actions (cf. Col 1, 0,9 à 10).

Benoît XVI se dit confiant pour le futur de l'Eglise

En ce moment, se trouve en moi une confiance immense, parce que je sais, nous le savons tous, que la parole de vérité de l'Evangile représente la puissance de l'Église, c'est sa vie. L'Évangile purifie et renouvelle, porte du fruit, partout où la communauté des croyants entend et accueille la grâce de Dieu dans la vérité et vit dans la charité. C'est ma conviction, c'est ce qui fait ma joie.
Lorsque, le 19 Avril il y a presque huit ans, j'ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j'ai toujours cette certitude qui m'a toujours accompagné.

A ce moment-là, comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, les paroles qui ont résonné dans mon cœur ont été : Seigneur, que demandes-tu? C 'est une énorme charge que tu déposes sur mes épaules, mais si tu me le demandes, sur ta parole je vais lancer les filets, certain que tu me guideras. Et le Seigneur m’a vraiment guidé, je pouvais sentir sa présence chaque jour.

Ce fut un bout de chemin de l’Eglise qui a comporté des moments de joie et de lumière, mais aussi des moments difficiles ; je me suis comme Saint-Pierre et les Apôtres dans la barque sur le lac de Galilée ; le Seigneur nous a donné de nombreux jours de soleil et de brise légère, jours où la pêche fut abondante ; et il y eut aussi des moments où les eaux étaient agitées et le vent contraire, comme dans toute l'histoire de l'Eglise et le Seigneur semblait dormir.

La barque de l'Eglise n'est pas la mienne, la nôtre, mais celle de Dieu

Mais j'ai toujours su que dans cette barque se trouve le Seigneur et j'ai toujours su que la barque de l'Eglise n'est pas la mienne, n’est pas la nôtre, mais sa barque, et qu’il ne la laisse pas couler. C'est lui qui la conduit, certainement aussi à travers les hommes il a choisis, parce que c’est ainsi qu’il l’a voulu. Ce fut et c’est toujours pour moi une certitude que rien ne peut ternir. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, mon cœur est rempli de gratitude envers Dieu parce qu'il n’a jamais fait manquer à l'Église tout entière, ni à moi, sa consolation, sa lumière, son amour.

Nous sommes dans l'Année de la Foi, que j'ai voulu pour renforcer notre foi en Dieu dans un contexte qui semble le mettre de plus en plus en second plan. Je voudrais tous vous inviter à renouveler la confiance solide dans le Seigneur, à vous confier comme des enfants dans les bras de Dieu, certains que ces bras nous soutiennent toujours et sont ce qui nous permet de marcher tous les jours, même dans la difficulté. Je voudrais que chacun puisse se sentir aimé par ce Dieu qui nous a donné son Fils et nous a montré son amour sans limites.

Je voudrais que chacun puisse ressentir la joie d'être chrétien. Dans une belle prière à réciter quotidiennement le matin, on dit : «Je t’adore, mon Dieu, Je t'aime de tout mon cœur. Je te remercie de m'avoir créé, fait chrétien". Oui, nous sommes heureux pour le don de la foi ; c’est le bien le plus précieux, que personne ne peut nous enlever! Remercions Dieu pour cela tous les jours, par la prière et par une vie chrétienne cohérente. Dieu nous aime, mais attend que nous l’aimions!

Benoît XVI remercie tous ceux qui l'ont aidé, soutenu, aimé

Mais ce n'est seulement Dieu que je tiens à remercier en ce moment. Un pape n'est pas seulement dans la manœuvre de la barque de Pierre, même si c’est sa responsabilité principale, et je ne me suis jamais senti seul en portant la joie et le poids du ministère pétrinien ; le Seigneur m'a entouré de beaucoup de personnes qui, avec générosité et d'amour pour Dieu et pour l'Église, m'ont aidé et entouré.

Tout d'abord vous, chers Frères Cardinaux: votre sagesse, vos conseils, votre amitié ont été précieux pour moi ; je remercie mes collaborateurs, à commencer par mon Secrétaire d'Etat qui m'a accompagné fidèlement au fil des ans ; la secrétairerie d'État et l'ensemble de la Curie romaine, ainsi que tous ceux qui, dans divers domaines, sont au service du Saint-Siège: ce sont de nombreux visages qui ne sont pas connus, restent dans l'ombre, mais dans le silence, dans leur travail quotidien, dans un esprit de foi et d’humilité ils ont représenté pour moi un soutien sûr et fiable. Une pensée spéciale à l'Église de Rome, mon diocèse!

Je ne peux pas oublier mes frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce, les personnes consacrées et tout le peuple de Dieu : dans les visites pastorales, les rencontres, au cours des audiences, les voyages, j'ai toujours reçu beaucoup d’attention et d'affection profonde, mais moi aussi je vous ai tous aimés, sans exception, avec cet amour pastoral qui est le cœur de chaque Pasteur, en particulier l'évêque de Rome, Successeur de l'Apôtre Pierre. Chaque jour, j'ai porté chacun de vous dans ma prière, avec le cœur d’un père".

B16dp

Benoît XVI récitant son dernier Pater noster place Saint Pierre.


Des précisions sur Benoît XVI après sa renonciation

Benoît XVI gardera la soutane blanche, son nom de Benoît XVI et aura le titre de "pape émérite". Il perdra le port des chaussures rouges et son anneau sera détruit par le camerlingue.

et comme dit le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine :

"L'Eglise est conduite par le Christ,
je ne crains pas le départ de Benoît XVI".


L'enseignement de Benoît XVI pour nous ancrer en Dieu face au sécularisme et pour la culture de vie

MacDimanche, monseigneur Alain Castet, évêque de Luçon, a célébré une messe d'action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI. Son homélie, publiée sur facebook, mérite d'être connue de tous.

"L’évangile de la transfiguration que nous venons de proclamer est un des textes les plus révélateurs de l’identité de Jésus le Christ. La scène a lieu quelques jours avant la passion de Jésus et cette scène est une anticipation de ce qui va se passer à la résurrection du Christ. Eusèbe de Césarée au quatrième siècle dit, par exemple : « Notre-Seigneur ne se contente pas de prédire le grand mystère de sa seconde apparition, il ne veut pas que la foi de ses disciples repose uniquement sur des paroles, et il lui donne encore pour fondement le témoignage des faits, en découvrant aux yeux de leur foi une image de son royaume ».

La scène de la transfiguration se présente, de fait, comme le dévoilement de l’intimité du Christ. Jésus de Nazareth est le Christ avant même sa passion et sa résurrection. Moïse et Elie, c’est à dire la Loi et les Prophètes, le rejoignent dans les jours de sa chair. L’évangéliste St Luc précise : « ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem ».

Lorsque la scène de la transfiguration a lieu sur la route de Jérusalem, nous sommes à quelques jours de la passion. Si Jésus est manifesté ici comme par anticipation dans toute la gloire, de ce qu’il est vraiment et qui se réalisera au jour de Pâques, il est aussi le Messie souffrant qui sera livré « pour nous et pour notre salut ». L’épisode de la transfiguration oriente résolument vers la passion pour définir l’identité de notre Seigneur : Jésus est le Messie glorieux, il est aussi le Messie souffrant.

Pierre, Jacques et Jean sont les heureux bénéficiaires de cette scène extraordinaire. Ils ont eu le privilège d’entrer dans l’intimité du Christ avant même sa résurrection. Par cette vision, ils viennent de naître vraiment comme disciples. Jésus n’a-t-il pas dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera» (Jn 15, 15).

Pierre, Jacques et Jean deviennent ainsi des chercheurs de Dieu.

Le Pape Benoit XVI qui se montre toujours comme un chercheur de Dieu nous invite à voir la recherche de Dieu dans la vie du disciple à partir du modèle de la vie monastique.

Dans le discours mémorable qu’il a prononcé au collège des Bernardins à Paris, lors de sa visite chez nous en 2008, il montrait que le modèle de la recherche de Dieu dans la vie monastique est créateur d’une culture de vie, et fondateur des valeurs dont l’Europe, notre continent peut être fier. Je cite le Pape :

L’objectif des moines, « était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s’appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr.(…) Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes (…) L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole»[1].

On peut aisément le comprendre : si la recherche de Dieu nous tourne vers Lui comme le premier à connaitre, à aimer et à servir, elle ne nous détourne pas de la construction de la cité. La foi comme don de Dieu et désir d’habiter sa maison, saisit toutes les facultés de l’homme pour l’engager concrètement à investir l’instant présent comme le lieu où Dieu doit être tout en tous.

Le pontificat du Pape Benoit XVI a été essentiel pour penser l’unité entre la foi, comme recherche de Dieu, et la raison. Nous devons en rendre grâce !

Son enseignement nous a constamment appris à ne pas dissocier l’amour pour la cité de Dieu de l’amour pour la cité des hommes. Cet amour pour les deux cités qui consiste en la synthèse entre foi et raison signifie « que Dieu n’est pas éloigné : il n’est pas éloigné de notre raison et de notre vie ; il est proche de tout être humain, proche de notre cœur et proche de notre raison, si nous nous mettons réellement en chemin »[2]

Si la synthèse entre la foi et la raison est une des vocations constitutives des chercheurs de Dieu que sont tous les croyants, Benoit XVI engage, avec insistance, l’Europe à en faire l’enjeu même de ses responsabilités : la prétention du rationalisme occidental à l’universel entraîne aussi le monde entier à dissocier la religion, de la société[3]. En Europe, l’engagement pour la foi, doit être un engagement pour une vision intégrale de l’homme et du sens de sa vie.

Je mesure au moment où, beaucoup de nations occidentales projettent des lois mortifères pour l’avenir de la famille fondement de toute société, combien, le magistère du Pape Benoit XVI nous engage à la redécouverte et à l’enracinement de la foi au Christ. C’est en étant profondément ancrés en lui que nous pouvons, face à la culture séculière ambiante, trouver une alternative porteuse de sens et de vie.

Il est en tout cas clair que l’enseignement du Pape Benoit XVI nous en donne les moyens. Le Pape nous invite à avoir une relation vivifiante et rénovatrice avec la Parole de Dieu. Si le monde a été fait par la Parole de Dieu, le salut de l’homme et du monde créé se trouve dans cette même Parole. Entretenir un lien avec la Parole, c’est créer une relation particulière entre nos vies et nos personnes avec le Christ Vivant. Le lieu d’épanouissement total de la personne humaine et de toute la création se trouve dans le lien entretenu avec Jésus-Christ. Je cite Benoit XVI dans l’exhortation apostolique Verbum Domini :       

« Conscients de la signification essentielle de la Parole de Dieu en référence au Verbe éternel de Dieu fait chair, unique sauveur et médiateur entre Dieu et l’homme, et en écoutant cette Parole, nous sommes amenés par la Révélation biblique à reconnaître qu’elle est le fondement de toute la réalité. Le Prologue de saint Jean affirme, en référence au Logos divin, que «par lui tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui» (Jn 1, 3); de même, dans la Lettre aux Colossiens, il est affirmé en ce qui concerne le Christ, «premier-né par rapport à toute créature» (1, 15), que «tout est créé par lui et pour lui» (1, 16). Et l’auteur de la Lettre aux Hébreux rappelle aussi que «grâce à la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la Parole de Dieu, si bien que l’univers visible provient de ce qui n’apparaît pas au regard» (11, 3)[4].

Chers frères et sœurs, rendons grâce à Dieu pour ce que le Pape Benoit XVI a apporté à l’Eglise et au Monde. Demandons au Seigneur de nous donner la foi et le courage d’aller au devant des responsabilités que son magistère nous a particulièrement fait découvrir. Et au moment, où l’Eglise tout entière est en attente du Pape que l’Esprit nous donnera, je ne peux manquer de vous redire ce message que j’ai délivré ici même dans cette église, à l’ouverture de l’Année de la foi :

Chacun de nous peut comprendre que le Seigneur convoque son Eglise en lui confiant l’annonce de l’Evangile dans un mandat toujours nouveau, invitant à un engagement ecclésial encore plus convaincu. En fait, cet appel à une nouvelle évangélisation naît de la présence fidèle et intime du Christ ressuscité à son Eglise et résonne à toutes les générations pour qu’à situations nouvelles, nous trouvions des chemins nouveaux. Cette évangélisation ne saurait s’appuyer principalement sur des questions d’organisation, certes utiles, ni sur des méthodes, mais plutôt sur une rencontre authentique du Seigneur qui suscite un témoignage pour reconnaître et pour redécouvrir les signes de la présence de Dieu.

C’est au cœur du monde, selon une des intuitions fortes du Concile Vatican II, que les fidèles laïcs, animant les réalités temporelles, agissant de leur propre initiative à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Eglise[5], sont les premiers évangélisateurs. Leur témoignage portera d’autant plus de fruit que l’appel universel à la sainteté, autre enseignement fort du concile, sera entendu par ceux qui s’engagent au service de la mission.

Lorsqu’au jour de notre baptême nous avons été qualifiés de prophètes, le Seigneur nous a envoyés comme signes au milieu du monde. C’est par nos vies et nos paroles dans la mesure où nous resterons des chercheurs de Dieu, que nous serons fidèles à la confiance qui nous a été manifestée.

« Nous ne pouvons pas accepter que le sel devienne insipide »[6]

+ Alain Castet, Evêque de Luçon

[1] Discours au monde de la culture, Collège des Bernardins, 12 septembre 2008. 
[2] Benoit XVI, Audience Générale du 30 janvier 2008. 
[3] Ratzinger, « L’Europe dans la crise des cultures », La Documentation Catholique. Hors-série, 2005, n° 1, p.121-124 
[4] Benoit XVI, Verbum domini, Exhortation apostolique post-synodale, 30 septembre 2010, §.8 
[5] G.S. , n° 43 
[6] Benoit XVI, Porta Fidei , n° 3

Tous les cardinaux devront prêter publiquement allégeance au nouveau Pape

Benoît XVI a apporté plusieurs modifications à l’"Ordo Rituum pro Ministerii Petrini initio Romae Episcopi", lors d'une audience accordée à Mgr Marini le 18 février dernier. Mgr Guido Marini, Maître des célébrations liturgiques pontificales, explique :

"Comme il est dit au n. 2 du  préambule de ce même Ordo, il s’agit du Rituel  qui «présente les célébrations prévues à divers moments et dans des lieux liés au siège épiscopal à Rome, en référence avec le soin pastoral de son Evêque pour tout le troupeau du Seigneur». Il s’agit, en d’autres termes, du livre qui contient les textes liturgiques utilisés au cours des célébrations présidées par le nouveau Souverain Pontife, à partir du moment de la solennelle annonce de l’élection jusqu’à la visite à la basilique Sainte-Marie-Majeure. L’Ordo fut approuvé par Benoît XVI, dans  un Décret Ex audientia Summi Pontificis, le 20 avril 2005, le jour qui suivit  son élection comme Souverain Pontife. Je dois dire qu’à cette époque le Bureau des célébrations a accompli, avec compétence, un grand travail d’étude pour la préparation et la rédaction de l’Ordo.

I[...] Comme je l’ai déjà mentionné, aussi bien lors de  la célébration du début du ministère de l’Evêque de Rome, que lors de la célébration de l’intronisation sur la chaire de Rome à Saint-Jean-de-Latran, les rites typiques seront placés avant et en-dehors de la Messe et non plus au sein de celle-ci. Ensuite, en ce qui concerne la célébration du début du ministère de l’Evêque de Rome, l’acte d’«obédience» sera accompli par tous les cardinaux présents à la concélébration. De cette manière, ce geste qui est effectué immédiatement après l’élection, dans la chapelle Sixitine, par les cardinaux électeurs, recommence à avoir une dimension également publique et reste ouvert à tous les membres du collège cardinalice, en assumant dans le même temps un caractère de catholicité. Il ne s’agit pas d’une nouveauté, dans la mesure où tous se rappellent bien, au début du pontificat de Jean-Paul II, de l’acte d’obédience accompli par tous les cardinaux alors présents à la concélébration. Parmi ces derniers, on peut se rappeler des photographies, désormais très célèbres et émouvantes, représentant le baiser du Pape Wojtyła à celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger et au cardinal Stefan Wyszyński. [...]"


Benoît XVI restera Benoît XVI

Le cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, a précisé la manière dont Benoît XVI sera nommé après le 28 février :

« Il ne recouvrera pas la dignité cardinalice, son titre sera Sa Sainteté Benoît XVI. De manière analogue avec ce qui se passe quand les autres évêques ont achevé leur ministère épiscopal et sont appelés évêques émérites, j’estime donc que l’on peut dire qu’après sa renonciation le Pape, à son tour, sera appelé évêque émérite de Rome ».


"La figure de la tradition est importante dans la représentation de l'Église"

Dans l'Action Française 2000, Gérard Leclerc déclare :

L"Benoît XVI a voulu régler la question du lefebvrisme pour deux raisons essentielles. Tout d'abord, comme pape, il lui était insupportable de voir se creuser un schisme au sein de l'Église. Ensuite, il pensait que le dialogue avec les traditionnalistes pourrait servir au bien de l'Église tout entière. Je pense à Urs von Balthasar, pour qui l'Église reposait sur un carré apostolique : Pierre incarne l'institution, Paul est le grand missionnaire, Jean le grand mystique et Jacques, l'évêque de Jérusalem, représente la tradition. La figure de la tradition est importante dans la représentation de l'Église et Benoît XVI voulait rééquilibrer l'institution, notamment dans le domaine liturgique. Le cardinal Ratzinger avait beaucoup écrit sur la question et, visiblement, il était en désaccord avec la façon dont la constitution conciliaire sur la liturgie avait été appliquée. Il pensait qu'un retour du rite tridentin ne pourrait qu'enrichir le rite hérité de Paul VI. Il attendait donc un bénéfice pour l'Église entière d'un rapprochement avec les traditionalistes. Malheureusement, dans l'immédiat, c'est incontestablement un échec. La Fraternité Saint-Pie X a peut-être laissé passer une occasion extraordinaire car rien ne dit que le prochain pape leur prêtera la même attention. [...]"


Un pontificat de confrontation

Christophe Dickès est interrogé dans l'Action Française 2000 suite à la renonciation de Benoît XVI. Extraits :

"Il faut souligner que ce pape a été la victime de crises médiatiques intenses. On peut notamment en distinguer trois : le scandale de la pédophilie, le fameux discours de Ratisbonne sur l'islam et l'affaire Williamson. Dans chacun des cas, le pape s'est très clairement confronté aux problèmes avec un grand courage : mettre fin au fossé avec les traditionnalistes de Mgr Lefebvre, responsabiliser l'islam en lui demandant d'appliquer un principe de réciprocité et, enfin, mettre fin aux agissements de prêtres indignes de leurs engagements. [...]

MEn revanche, si le pontificat de Jean- Paul II était un pontificat de représentation - souvenons-nous des JMJ à Manille avec leurs cinq millions de fidèles -, celui de Benoît XVI a bien été un pontificat de confrontation, lié à une volonté de recentrer l'identité de l'Église. L'un et l'autre des pontificats s'inscrivent par ailleurs dans un contexte différent. Au premier revint la lourde tâche de régner à la fin de la Guerre Froide, au second rejaillirent les questions plus intellectuelles et plus spirituelles afin de faire face au relativisme, à l'hédonisme et à l'agnosticisme.

[...] Je garde cette image d'intellectuel très ouvert, de pape qui avait un réel succès à l'occasion des audiences du mercredi, bien plus que Jean-Paul II dont la pensée slave manquait parfois de limpidité et de clarté. Benoît XVI était un intellectuel mais aussi un grand pédagogue. On regardait ou on venait voir Jean-Paul II. On écoutait Benoît XVI. Mais paradoxalement, un des moments les plus marquants du pontificat restera un moment de silence : c'était à Madrid, aux JMJ lors de la veillée de l'Adoration du Saint-Sacrement en 2011. Près d'un million et demi de jeunes étaient derrière leurs prêtres, à genoux, qui eux-mêmes s'étaient placés derrière leurs évêques, puis leurs cardinaux et enfin le pape Benoît XVI en prière silencieuse. Dans ce monde de bruit et d'individualisme, le pape a réussi à faire prier à genoux une foule immense dans un silence de cathédrale dont la voûte était le ciel. Le mot souverain pontife prenait tout son sens puis qu'il vient du latin "pontifex" qui désigne le "pont" entre la terre et le ciel. Ce soir-là, à Madrid, Benoît XVI était vraiment un pont entre le réel et le surnaturel. Je me suis dis que la vraie force de cet intellectuel était aussi dans son silence, son exemple et sa prière. Comment ne pas voir dans le choix de son prénom de pontife la référence à saint Benoît, au silence comme règle ? Benoît XVI aura été la combinaison sublime de la raison et de la foi."


La politique a beaucoup d’enseignements à tirer de ce pontificat

Véronique Besse, député de la Vendée et porte-parole du Mouvement pour la France répond à Famille chrétienne à propos de la renonciation de Benoît XVI :

B"[...] J’ai également été marquée par sa recherche constante de l’unité et du bien commun. En ce sens, la politique, dans l’ordre temporel qui est le sien, a beaucoup d’enseignements à tirer de ce pontificat. Le souverain pontife aura défendu des convictions fortes avec énergie, fidélité et dévouement.

Comment sa mise en garde contre le relativisme (et toutes les lois qui vont avec…) peut-elle être un moteur pour une élue de la République ?

A-t-on le droit de tout faire ? La loi n’est-elle soumise qu’à la seule volonté humaine ? Benoît XVI a su rappeler à de nombreuses reprises que la loi n’est juste que parce qu’elle mène au bien. Devant les nombreuses revendications individualistes qui pèsent sur le législateur, celui-ci doit absolument se rappeler que l’État a une vocation, le bien commun. À l'opposé de ce que l'État est en train de devenir, à savoir un simple distributeur de droits. Une société ne peut s’inscrire dans la durée que lorsqu’elle est bâtie autour de règles intangibles, immuables, qui permettent de préserver la dignité de la nature humaine et de respecter la vie. S’il oublie ces règles, le législateur risque de contribuer à l’édification de la société éclatée, redoutée par Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, c’est-à-dire une société où il n’y a plus de vérités, mais uniquement des préférences."


FSSPX : Benoît XVI a décidé de remettre la question à son successeur

Le Directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège a précisé le calendrier du Saint-Père:

  • Samedi à 9 h se concluent les exercices spirituels de la Curie Romaine et comme à l'accoutumé le Pape s'adressera brièvement aux participants.
  • A 11 h 30', il recevra le Président de la République italienne.
  • Le lendemain dimanche, il récitera le dernier angélus de son pontificat.
  • Mercredi 27, se déroulera Place St. Pierre la dernière audience générale et, vues les circonstances (on attend 30 000 personnes), la papamobile fera un circuit plus long.
  • Le 28, Benoît XVI saluera personnellement tous les cardinaux présents à Rome, sans prononcer de discours.
  • Peu avant 17 h Cour St. Damase, il sera salué par le cardinal Secrétaire d'Etat, puis à l'héliport par le Cardinal Doyen.
  • A Castelgandolfo, il sera accueilli par le cardinal Président et le Secrétaire du Governorat, accompagné du Maire de la commune. Il saluera la foule depuis le balcon du palais donnant sur la place publique.

Le P. Lombardi a précisé que la date d'entrée en conclave sera fixée par les cardinaux assemblés en congrégations générales, indépendamment d'un éventuel Motu Proprio du Saint-Père destiné à modifier certains points de la constitution Universi Dominici Gregis.

A propos ensuite de la Fraternité St.Pie X, il a déclaré que la date butoir du 22 avancée par la presse n'est que pure hypothèse, Benoît XVI ayant décidé de remettre la question à son successeur. Il est donc inutile d'attendre un règlement de la situation avant la fin de ce pontificat.


22/02 à Versailles : Messe d'action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI

BMesse solennelle d'action de grâce pour le Pontificat de Sa Sainteté Benoit XVI à 19h15 le vendredi 22 février, fête de la Chaire de Saint-Pierre, en la chapelle de l'Immaculée Conception, 8 bis rue Mgr Gibier à Versailles (Fraternité Saint-Pierre).

Prédication du R.P. Louis-Marie de Blignières (Fraternité Saint-Vincent Ferrier)

Par ailleurs, le même soir, conférence sur l'autorité du Concile Vatican II, par le P. Louis-Marie de Blignières au centre Ozanam à 20h45 (3mn à pieds de la chapelle).

  1. Avant et autour du Concile
  2. La doctrine catholique sur le Magistère
  3. Problèmes pour le présent et attitudes pour l’avenir.

Si vous désirez signaler d'autres messes d'action de grâces (lieu, date et heure), merci d'utiliser les commentaires ci-dessous.


L'état de santé précaire de Benoît XVI

Marco Tosatti, le vaticaniste de la Stampa, écrit sur son blog Vatican Insider :

"J'ai relu mes notes de ces dernières années sur la santé du pape, des confidences reçues de ses proches et que j'avais promis de ne pas révéler tant qu'il était à son poste. Sa démission m'a libéré de cet engagement".

Il y a deux ans déjà le pape "ne réussissait pas à dormir la nuit, mais refusait de prendre des tranquillisants". Son médecin personnel avait alors indiqué que Joseph Ratzinger pouvait continuer son activité à condition "de tenir la tension sous contrôle".

"A ce moment-là c'était le problème principal car sa tension était très irrégulière. Le médecin avait dit: attention surtout aux avions. Il insistait pour que le pape passe le moins de temps possible dans les avions". "Il semble qu'il ait été dit expressément au pape que le voyage aux Journées mondiales de la jeunesse à Rio de Janeiro était à exclure".

En outre, le pape "ne voit pratiquement plus de l'oeil gauche" et "tombe du lit pendant les voyages, si ce dernier est trop petit", comme ce fut le cas il y a deux ans dans le Val d'Aoste.

"Il se fatigue très rapidement, il a une énorme difficulté à se lever le matin, parfois il dort jusqu'à neuf heures d'affilée car il a besoin de repos".

"En examinant ces notes, il en ressort une détérioration progressive de sa santé et de son énergie, un cadre général qui justifie pleinement la décision difficile que le pape a prise".


Benoît XVI cherche le vrai, avec une insolence polie et naturelle

Philippe Ariño, essayiste de 32 ans, témoigne dans Famille chrétienne sur Benoît XVI :

"Benoît XVI est l’homme de ma formation philosophique et de ma pensée d’adulte. J’avais 25 ans quand il a été nommé à la tête du Vatican, mais je le connaissais d’avant, grâce aux documents de la Congrégation de la doctrine de la foi, qui me semblaient d’une grande finesse, en particulier sur les questions d’homosexualité. J’étais donc préparé à ne pas me laisser influencer par les très mauvaises caricatures qu’en ont faites au départ les mass media. Les journaux le disaient austère, rétrograde, trop âgé, pas aussi sexy et pop que Jean-Paul II. Certains de mes proches le méprisaient tout autant, mais sous couvert de bienveillance : “Il ne sera pas assez solide pour son époque !”, disaient-ils, défaitistes. Moi, je l’ai aimé dès le départ. Arbitrairement. Pendant que mon entourage homosexuel ou catholique se déchaînait contre lui, par stupeur ou ironie de le voir prêter moins d’importance aux images qu’eux, je ne rentrais jamais dans la polémique. Au contraire, je me taisais, dans une paix et un amusement qui devaient désarçonner mes interlocuteurs. Je laissais entendre avec un sourire confiant qu’ils n’arriveraient pas, malgré toute la bonne volonté du monde, à m’offusquer de ce que “mon” Pape aurait encore sorti comme “ânerie”. Ah bon, il aurait dit ça sur le préservatif dans l’avion vers l’Afrique ? Si ça vous chante. Je vérifierai sur internet. Ah bon, il aurait soutenu des évêques intégristes ? Je regarderai dans le texte (et je ne vérifiais pas toujours…). Dès qu’il s’agissait de Benoît XVI, bizarrement, sans le savoir, j’étais doux et sourd comme un pot. Benoît XVI se moque du paraître : il cherche le vrai, avec une insolence polie et naturelle. Je l’imitais. Le contraire de mes manières de réagir : normalement, je finis les phrases et les idées à la place de ceux qui les énoncent, je sors les ongles et je me bats comme une hyène. Quel talent ! Il a même réussi à me faire revenir aux JMJ de Madrid. "