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Chaste et pas coincé !

Entretien avec le Père Michel, Chanoine Régulier de la Mère de Dieu et sous-prieur de l’abbaye de Lagrasse. Une vidéoformation proposée par Notre Dame de chrétienté :


Créer des groupes se réunissant dans la pratique de l’oraison, contribuera à l’émergence de la Chrétienté du XXIème siècle

Arnaud de Beauchef présente à Notre Dame de Chrétienté son livre « L'Oraison pour tous, A l’école de la Sainte Trinité » aux éditions Nuntiavit : 

Beauchef"A l’heure de l’internet, de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée, y a-t-il encore un sens à penser et construire la Chrétienté de demain ?

Bien évidemment, si la Chrétienté est une « nostalgie en conserve », si elle est faite uniquement d’une relecture (parfois embellie) de l’histoire, nous percevons un hiatus profond entre cette aspiration un peu romantique et notre réalité quotidienne.

Comment sortir du dilemme ?

Il y a urgence à repenser la Chrétienté en revenant aux sources. Ce qui est proprement unique pour nous chrétiens se résume en deux points : d’une part, nous sommes à l’image et à la ressemblance de Dieu selon les termes de la Genèse et, d’autre part, nous sommes profondément aimés et sauvés par le Dieu trinitaire qui nous appelle à Sa Lumière comme nous le résume le Prologue de Saint Jean. Cette vision de l’homme est unique dans l’histoire de l’humanité. Aucune religion ou civilisation n’est partie de ces prémisses extraordinaires. De ce fait, nous sommes en ce monde co-créateurs : nous sommes capables de Dieu. Si nous sommes limités et mortels, nous savons que notre fin est « normalement » en Dieu. C’est précisément cela qui nous rend capables de créer une civilisation harmonieuse qui n’a pas peur des évolutions techniques. L’islam, parce qu’il a rejeté ces principes dès ses origines, est incapable de sortir les peuples de la violence et de l’asservissement. Il n’y a chez lui ni dignité de l’homme habité par Dieu ni amour.

Quelle forme les chrétiens pourront-ils donner à la civilisation de demain ?

Nous n’en savons pas grand-chose. Là est le défi et le charme de la création sans déterminisme. Nous avons un moyen premier et sûr d’y parvenir : unir le cœur de l’homme à la Trinité. C’est par ce mouvement que l’homme acquiert sa maturité, remplace la violence par la miséricorde et la recherche de son intérêt personnel par la charité au service du bien commun.

Dans notre civilisation marchande la nouveauté est synonyme de profit et de consommation. L’enjeu du monde actuel est de capter l’imagination des hommes dès leur plus jeune âge, de les rendre esclaves de désirs toujours nouveaux. Les outils de communication entre les hommes se raffinent et gagnent en efficacité. Ne pas laisser un instant de répit à chacun, traquer ses moindres faiblesses pour lui proposer sans cesse une nouvelle consommation, voilà le but. Ce monde-là va au totalitarisme à grand pas. Il confond déjà homme et machine, car l’homme n’a plus de finalité propre. Devenu âgé, l’homme perdra ses vertus de consommateur et deviendra inutile, bon à être supprimé. Cela ne veut pas dire que nous devons rejeter les innovations actuelles, mais nous devons faire nos choix sans moyen terme : voulons-nous être habités par Dieu, libres de créer pour nous élever ? Voulons-nous être habités par la consommation, asservis par nos pulsions ? Si nous voulons être habités par Dieu parce qu’Il est notre fin et qu’Il nous rend dignes de créer cette civilisation chrétienne, nous devons choisir une certaine radicalité.

Cette radicalité de l’Evangile fait toujours un peu peur. De quoi s’agit-il et comment nous rendre tout cela accessible ?

Notre problème actuellement est celui de la main ouverte et de la main fermée. Parfois, nous ouvrons nos mains au Seigneur et nous voulons vraiment qu’Il nous habite. Et puis viennent les sollicitations du monde, de nos proches... et nous refermons bien vite cette main, pour redevenir des consommateurs en mal du dernier tube sur Itunes, d’échanges avec notre tribu Facebook ou en quête d’illusions sur Youtube. Pour sortir de cette impasse le seul moyen est de garder la main ouverte, de recourir aux sacrements et de pratiquer l’oraison quotidienne. Nous devons recourir à l’intelligence surnaturelle qui surpasse tout. Sans ces deux moyens pas d’espoir et pas de civilisation chrétienne à venir.

N’êtes-vous pas en train de nous dire que notre rôle à nous est maintenant d’aller au-delà de la question liturgique ?

Grâce à la ténacité de nos pères ces cinquante dernières années, nous sommes heureux de pouvoir bénéficier de la liturgie extraordinaire, liturgie antique héritée de la tradition apostolique la plus authentique. Grâce à elle, nous sommes « naturellement » mis face à la Trinité en dépit de nos pauvretés. Notre tâche, et l’enjeu de notre époque, est de créer cette vie d’oraison instaurant un dialogue intérieur avec Dieu.

Mais comment fait-on pour progresser dans cette vie d’oraison ?

Un élément de réponse à ce « comment » se trouve dans le livre « L’oraison pour tous à l’Ecole de la Sainte Trinité » (éditions Nuntiavit) que je viens de mettre en forme avec des prêtres de la Fraternité Saint Pierre. Ce livre est le fruit d’une école d’oraison en activité. Créer des groupes, se réunissant et s’encourageant dans la pratique de l’oraison, contribuera à l’émergence de la Chrétienté du XXIème siècle.

Finalement, comment le pèlerinage de Chartres peut-il nous aider sur ce chemin ?

Le pèlerinage de Chartres doit être pour nous le lieu des engagements pour la vie. Il est le lieu où nous nous rappelons notre but : cheminer vers notre fin, Dieu par la Vierge. Il est le lieu où les sacrements nous fortifient chaque jour dans la connaissance de Dieu. Il est le lieu de la prière qui nous remplit le cœur. Il est le lieu de notre effort offert. Le reste, tout ce qu’il y a de mondain, est secondaire. Pour préparer ce temps de pèlerinage à venir et en faire le moment de cette main ouverte qui s’offre à l’amour de Dieu pour faire surgir la Chrétienté de demain, commençons dès à présent la pratique des sacrements et l’oraison quotidienne : un petit quart d’heure journalier est un bon début."


La différence de nature entre méthodes naturelles de régulation des naissances et méthodes contraceptives

Suite au communiqué mensonger de la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (« la contraception naturelle est un « leurre »), le père Bernard Domini, de la Famille Missionnaire Notre Dame, qui a accompagné pendant 12 ans les moniteurs Billings du Centre Billings France, rappelle la vérité :

"[...] En cette année cinquantenaire de l’Encyclique « Humanae Vitae » de Paul VI, il est important de transmettre la pensée de ce bienheureux Pape sur la différence de nature entre méthodes naturelles de régulation des naissances et méthodes contraceptives.

L’Eglise est conséquente avec elle-même quand elle estime licite le recours aux périodes infécondes, alors qu’elle condamne comme toujours illicite l’usage des moyens directement contraires à la fécondation, même inspirés par des raisons qui peuvent paraître honnêtes et sérieuses. En réalité, il existe entre les deux cas une différence essentielle” (HV 16).

L’affirmation de Paul VI n’est pas ambiguë : il existe entre les méthodes naturelles et les méthodes artificielles une différence essentielle, c’est-à-dire : une différence de nature. On ne peut donc pas mettre sur le même plan ces deux méthodes.

Unknown-20Au numéro 3 d’”Humanae vitae”, Paul VI enseignait :

“Etendant à ce domaine, l’application du principe dit «de totalité», ne pourrait-on admettre que l’intention d’une fécondité moins abondante, mais plus rationalisée, transforme l’intervention matériellement stérilisante en un licite et sage contrôle des naissances ? Ne pourrait-on pas admettre, en d’autres termes, que la finalité de procréation concerne l’ensemble de la vie conjugale, plutôt que chacun de ses actes ?”

Au numéro 11, Paul VI répondait négativement à ces questions :

L’Eglise, rappelant les hommes à l’observation de la loi naturelle, interprétée par sa constante doctrine, enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie”.

Paul VI faisait référence à Pie XI et à son Encyclique “Casti Connubii” de 1930. La réponse de Paul VI est claire : tout acte matrimonial concret doit demeurer ouvert à la vie. Être ouvert à la vie pendant un temps ne suffit pas.

Au numéro 13, Paul VI développait encore sa réponse. Il montrait que l’acte conjugal, qui est volontairement privé de son ouverture à la vie, est un acte en contradiction avec le dessein constitutif du mariage et avec la volonté de l’auteur de la vie.

User de ce don divin en détruisant, fût-ce partiellement, sa signification et sa finalité, c’est contredire à la nature de l’homme comme à celle de la femme et de leur rapport le plus intime, c’est donc contredire aussi au plan de Dieu et à sa volonté”.

Par contre, le Saint-Père justifiait, en ce même numéro, la licéité du recours aux périodes infécondes:

Au contraire, user du don de l’amour conjugal en respectant les lois du processus de la génération, c’est reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur”.

Images-7Paul VI préciserait encore, dans le cœur de l’Encyclique (numéro 14), que l’ouverture à la vie concernait tout acte conjugal et non l’ensemble de la vie conjugale des conjoints :

Et on ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédés ou qui suivront, et dont ils partageraient l’unique et identique bonté morale… C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde”.

Conclusion : la pensée de Paul VI est très claire : tout acte sexuel concret des époux doit être ouvert à la vie pour être moralement licite. Cette règle morale se fonde sur la loi naturelle et les deux buts assignés par Dieu Créateur à l’acte sexuel des époux : la procréation et l’union des époux. Séparer artificiellement ces deux buts, dans tout acte sexuel concret, comme cela est le cas dans la contraception artificielle, est contraire à la nature de l’acte sexuel créé par Dieu.

Différence de nature des méthodes naturelles et artificielles

Paul VI a précisé, dans le numéro 16 d’Humanae Vitae, la différence essentielle entre le recours aux périodes infécondes et l’usage des moyens directement contraires à la fécondation. L’Eglise, a-t-il dit, condamne comme toujours illicite l’usage des moyens directement contraires à la fécondation (que nous retrouvons dans les méthodes dites artificielles). Pourquoi ces moyens sont-ils toujours illicites ? Parce qu’ils empêchent le déroulement des processus naturels.

Le Pape a reconnu, cependant, que les méthodes naturelles et les méthodes artificielles pouvaient avoir un même but : la volonté positive des époux d’éviter l’enfant pour des raisons plausibles, en cherchant à avoir l’assurance qu’il ne viendra pas. Mais elles se distinguent nettement : dans les méthodes naturelles seulement, les époux savent renoncer à l’usage du mariage dans les périodes fécondes quand, pour de justes motifs, la procréation n’est pas désirable, et en user dans les périodes agénésiques, comme manifestation d’affection et sauvegarde de mutuelle fidélité. Ce faisant, écrit Paul VI, ils donnent la preuve d’un amour vraiment et intégralement honnête.

Conclusion : l’enseignement de Paul VI est clair : il existe une différence de nature entre méthodes artificielles et méthodes naturelles. Dans les premières, on ne respecte pas le dessein de Dieu sur des actes sexuels concrets qui sont volontairement privés de leur ouverture à la vie (quand bien même la vie serait donnée dans la totalité de la vie conjugale). Dans les secondes, on ne prive pas volontairement les unions sexuelles concrètes de leur ouverture à la vie, même si, de fait, les époux s’accordent pour s’unir dans des périodes qu’ils savent infécondes.

Ce qui rend essentiellement différent les méthodes ne vient pas de la technique de la méthode et moins encore du but : espacer les naissances, mais de la fidélité ou non au plan de Dieu sur la sexualité. L’homme et la femme ne peuvent pas décider par eux-mêmes de la signification de la sexualité. Dieu seul est le Maître de la sexualité qu’Il a créée dans sa souveraine et sage liberté. L’homme et la femme ne peuvent pas séparer ce que Dieu Créateur a uni : union intime des époux et ouverture à la vie !

L’Eglise demande aux époux d’être généreux dans le don de la vie tout en reconnaissant que la procréation peut ne pas être désirable un certain temps et pour de justes motifs. Ne recourir qu’aux périodes infécondes pour s’unir sexuellement pourrait être occasion d’égoïsme en refusant de donner la vie généreusement sans motif, mais il n’y aurait pas d’actes intrinsèquement déshonnêtes.

Le Pape Jean-Paul II a réaffirmé avec autorité l’enseignement de Paul VI dans “Humanae vitae”. Dans l’Exhortation apostolique sur la famille, “Familiaris Consortio” du 22 novembre 1981, au numéro 32, il a rappelé que les époux ne pouvaient pas volontairement séparer les deux significations de l’acte sexuel conjugal : union et procréation. Il a voulu également montrer la différence de nature entre méthodes artificielles et naturelles :

Lorsque les époux, en recourant à la contraception, séparent ces deux significations que le Dieu créateur a inscrites dans l’être de l’homme et de la femme comme dans le dynamisme de leur communion sexuelle, ils se comportent en «arbitres» du dessein de Dieu ; ils «manipulent» et avilissent la sexualité humaine et, avec elle, leur propre personne et celle du conjoint en altérant la valeur de leur donation «totale». Ainsi, au langage qui exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux, la contraception oppose un langage objectivement contradictoire, selon lequel il ne s’agit plus de se donner totalement à l’autre ; il en découle non seulement le refus positif de l’ouverture à la vie, mais aussi une falsification de la vérité intérieure de l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne tout entière”.

Il n’est pas nécessaire de commenter longuement ces paroles si importantes de Jean-Paul II. Nous retrouvons l’essentiel de l’argumentation de Paul VI : la différence de nature entre les méthodes artificielles et naturelles réside essentiellement dans l’obéissance ou non au plan de Dieu sur la sexualité. Jean-Paul II a ajouté un argument anthropologique : l’acte sexuel ne comporte plus le même don total des époux. Les mots du Saint-Père sont très forts : les époux se comportent en arbitres du dessein de Dieu et ils manipulent et avilissent leur sexualité !

Dans les méthodes naturelles, par contre, les époux se comportent comme «ministres» du dessein de Dieu et ils usent de la sexualité en «usufruitiers», selon le dynamisme originel de la donation «totale», sans manipulations ni altérations.

Jean-Paul II a pris soin d’expliciter encore sa pensée pour montrer que les méthodes comportaient une différence anthropologique et morale :

Il s’agit d’une différence beaucoup plus importante et plus profonde qu’on ne le pense habituellement et qui, en dernière analyse, implique deux conceptions de la personne et de la sexualité humaine irréductiblesl’une à l’autre. Le choix des rythmes naturels comporte l’acceptation du temps de la personne, ici du cycle féminin, et aussi l’acceptation du dialogue, du respect réciproque, de la responsabilité commune, de la maîtrise de soi”.

Le 18 novembre 1994, Saint Jean-Paul II développait encore sa pensée pour faire comprendre que les méthodes naturelles impliquaient une conception de la personne conforme au plan divin. Le corps est vraiment l’expression de la nature profonde de la personne. Dans les méthodes artificielles, le corps devient comme un objet extérieur à la personne. Cette précision permet de mieux comprendre ce que Jean-Paul II avait écrit dans “Familiaris Consortio” :

Accueillir le temps et le dialogue signifie reconnaître le caractère à la fois spirituel et corporel de la communion conjugale, et également vivre l’amour personnel dans son exigence de fidélité… Ainsi, la sexualité est respectée et promue dans sa dimension vraiment et pleinement humaine, mais n’est jamais «utilisée» comme un «objet» qui, dissolvant l’unité personnelle de l’âme et du corps, atteint la création de Dieu dans les liens les plus intimes unissant nature et personne” (FC 32)

Dans l’Encyclique “Evangelium vitae”, Jean-Paul II a rappelé l’importance de la formation des époux à la procréation responsable. Celle-ci suppose, écrivait le Saint-Père, que

“les époux se soumettent à l’appel du Seigneur et agissent en interprètes fidèles de sa volonté. La loi morale les oblige en tout cas à maîtriser les tendances de leurs instincts et de leurs passions et à respecter les lois biologiques inscrites dans leurs personnes. C’est précisément cette attitude qui rend légitime, pour aider l’exercice de la responsabilité dans la procréation, le recours aux méthodes naturelles de régulation de la fertilité : scientifiquement, elles ont été précisées de mieux en mieux et elles offrent des possibilités concrètes pour des choix qui soient en harmonie avec les valeurs morales. Une observation honnête des résultats obtenus devrait faire tomber les préjugés encore trop répandus et convaincre les époux, de même que le personnel de santé et les services sociaux, de l’importance d’une formation adéquate dans ce domaine. L’Eglise est reconnaissante envers ceux qui, au prix d’un dévouement et de sacrifices personnels souvent méconnus, s’engagent dans la recherche sur ces méthodes et dans leur diffusion, en développant en même temps l’éducation aux valeurs morales que suppose leur emploi”. (EV97)"


Pour bien comprendre le contexte et les enjeux du Credo de Paul VI

Communiqué du Père Bernard de la Famille Missionnaire Notre-Dame :

2018_forum_Sens_CredoPeupleDieu_imageLes samedi 17 et dimanche 18 février prochains, la Famille Missionnaire de Notre Dame organise un forum sur le thème : « Les enjeux du Credo du Peuple de Dieu ».

Ce texte donné par Paul VI il y a 50 ans, en 1968, rappelait dans un contexte tourmenté les vérités fondamentales de la foi, et les dogmes développés dans la Tradition de l’Église.

Aujourd’hui plusieurs de ces vérités de foi demeurent contestées par certains à l’intérieur même de notre Église. Au cours de ce forum, nous étudierons l’origine et le contexte de cette profession de foi du Bienheureux Paul VI, son contenu, ainsi que sa réception difficile par d’importantes parties de l’Église jusqu’à nos jours.

Cette démarche est importante pour nous recentrer dans la fidélité sur le contenu de la foi, afin de pouvoir annoncer l’Évangile aujourd’hui dans son intégrité.

(Voir le programme ici)


17 et 18 février, forum sur le thème : « Les enjeux du Credo du Peuple de Dieu »

  2018_forum_Sens_CredoPeupleDieu_image

Les samedi 17 et dimanche 18 février, la Famille Missionnaire de Notre Dame organise un forum sur le thème : « Les enjeux du Credo du Peuple de Dieu ».

Ce texte donné par Paul VI il y a 50 ans, en 1968, rappelait dans un contexte tourmenté les vérités fondamentales de la foi, et les dogmes développés dans la Tradition de l’Église.

Aujourd’hui plusieurs de ces vérités de foi demeurent contestées par certains à l’intérieur même de notre Église. Au cours de ce forum, nous étudierons l’origine et le contexte de cette profession de foi du Bienheureux Paul VI, son contenu, ainsi que sa réception difficile par d’importantes parties de l’Église jusqu’à nos jours.

Cette démarche est importante pour nous recentrer dans la fidélité sur le contenu de la foi, afin de pouvoir annoncer l’Évangile aujourd’hui dans son intégrité.

Voir le programme ici.


Dieu existe vraiment !

Magnifique témoignage d'un jeune ayant fait une école de commerce et qui est devenu prêtre :

"Car à 13 ans je suis parti six mois dans un internat en Allemagne. Loin de mon entourage, je me suis alors questionné sur la foi, et c’est là que j’ai lu le témoignage bouleversant d’André Levet, un détenu qui a eu une apparition du Christ dans sa cellule. Cela m’a beaucoup touché.

Et très simplement, je me suis dit: «Si lui, il L’a rencontré, pourquoi pas moi?». Du coup, avec pas mal d’audace, je lui ai donné rendez-vous... au parc Monceau.

Le plus drôle, c’est que j’ai longtemps eu peur d’y aller! C’est seulement un an plus tard, lorsque l’une de mes sœurs m’a proposé d’y aller, que j’ai accepté de répondre à l’invitation que j’avais moi-même adressée à Dieu dans la prière. Et pendant que nous discutions au parc, un prêtre que je ne connaissais pas, est venu mettre sa main sur mon épaule comme si je lui étais familier, a posé sur moi un regard magnifique plein de tendresse et de douceur et m’a dit «bonjour» avant de repartir… Je ne savais pas qui il était et je ne l’ai jamais revu. J’avais alors 14 ans et venais de faire l’expérience que ma prière avait été écoutée... Dieu existe vraiment!"

Le témoignage complet mérite d'être lu.


Il peut y avoir une légitime diversité d'opinion parmi les catholiques sur certains sujets mais pas sur l'avortement

Alors que l'on apprend qu'un nombre important de dirigeants du MRJC avait soutenu la loi Taubira, et que son président actuel a visiblement soutenu Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle, Vivien Hoch rappelle sur Riposte catholique ce qu'est un principe non-négociable, c'est-à-dire non soumis aux circonstances ni à l'époque ni au lieu (l'avortement est toujours un meurtre / l'accueil de l'immigré doit être évalué en fonction du bien commun) :

Index"[...] Ces principes non négociables ont vertu d’utilité. Ils servent comme critères sûrs et indiscutables qui facilitent un choix politique en conformité avec les enseignements de l’Église. Le chrétien peut très bien refaire le parcours intellectuel ascendant (philosophie) et descendant (théologie) qui aboutit à ces principes. Deuxièmement, force est de constater que ni en 2006 ni après, les principes non négociables de la doctrine de l’Église catholique n’incluent l’ « accueil des migrants ».

Dans l’Église, certains critiquent le principe même de « principes non négociables ». Bruno Saintôt, Directeur du département de bioéthique du Centre Sèvres (faculté jésuite de Paris), remet en doute la clôture de la liste, et souhaite qu’elle s’étende, par exemple, à la « justice sociale » ou à la « libération des formes modernes d’esclavage ». Il conditionne le respect des principes non négociables de Benoit XVI, au respect d’autres critères, économiques et sociaux.

Selon Benoit XVI, le sens de la non négociabilité des principes est tout autre. La défense de la vie, de la famille et de l’éducation des enfants sont des fondamentaux de la vie en communauté. De leur respect découlent les actions sociales et politiques justes. En cela, ils leur sont antérieurs et prioritaires. Si jamais un tel principe est soumis à la négociation, c’est toute la chaîne anthropologie-société-économie qui est impactée.

Il ne faudrait pas que l’Église de France, par le truchement de ses porte-paroles, envoie des signaux de faiblesse sur ces principes non négociables. Ils sont la nécessaire porte d’entrée d’une société humaine."

Dans une lettre du cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, aux évêques des Etats Unis en juin 2004, il est précisé :

"Tous les problèmes moraux n'ont pas le même poids que l'avortement ou l'euthanasie. Par exemple, si un catholique venait à être en opposition avec le Saint Père sur la peine capitale ou sur une décision de mener une guerre, il ne serait pas, pour cette raison, considéré comme indigne de se présenter à la Sainte Communion. Bien que l'Eglise exhorte les autorités civiles à rechercher la paix et non la guerre et d'user avec discrétion et pitié dans l'application de la peine capitale aux criminels, il reste néanmoins possible de prendre les armes pour repousser un agresseur et d'avoir recours à la peine capitale. Il peut y avoir une légitime diversité d'opinion parmi les catholique sur l'opportunité de mener une guerre ou de recourir à la peine capitale mais pas sur l'avortement et l'euthanasie.


Des délégués diocésains à la pastorale familiale contestent les choix du Conseil Famille et Société de la CEF

6a00d83451619c69e201b8d25b7c61970c-800wiA quelques jours de la rencontre annuelle des délégués diocésains à la pastorale familiale, le 29 janvier prochain, un collectif de délégués tient une nouvelle fois à faire connaître son inquiétude. Le programme de la journée a notamment pour ordre du jour la question des divorcés remariés, comme chaque année. On a l’impression que l’obsession de certains membres du Conseil Famille et Société est de faire changer la foi de l’Eglise sur le point très précis de la communion eucharistique pour les divorcés dits « remariés.

En effet, des carrefours sur la question précise de leur intégration ont lieu très régulièrement et tout est dit sur le sujet, et même le contraire, sans aucune référence au magistère de l’Eglise. On nage en plein cafouillage. Pourquoi le flou est-il entretenu de la sorte ? Pourquoi lorsqu’un délégué ose sur le bout des lèvres se référer à la parole du Christ dans l’Evangile sur le sujet, pourquoi les murmures, ou la colère, viennent-ils couper court à sa remarque ? Simple question. Précisons qu’il ne s’agit pas ici de juger de la culpabilité subjective des divorcés engagés dans une nouvelle union, qui sont nos frères, mais de leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ.

Dans son livre « Les Familles, l’Eglise et la Société » (Bayard 2013) à la page 77, Mgr Brunin, l’ancien président du Conseil Famille et Société, affirmait :

« "Une pastorale des familles devrait d'abord être cette oeuvre de miséricorde et de soutien qui accueille et accompagne les personnes. Il ne s'agit pas de dire ou d'accepter n'importe quoi mais au contraire de proposer un chemin qui permettra de progresser dans une fidélité à ce que le Christ demande, à partir de la situation actuelle où nous nous trouvons".

Lors de la prochaine rencontre, il s’agira de commenter l’échange de lettres entre le Pape François et des évêques d’Argentine concernant l’interprétation de la note 351 de l’exhortation Amoris Laetitia. Une première réflexion s’impose : si le Pape François avait voulu se séparer de la doctrine catholique, il se serait exprimé de manière claire et avec force motifs. Or, il n’y a aucune affirmation explicite en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment cette doctrine présentée à frais nouveaux par Saint Jean-Paul II dans l’exhortation Familiaris Consortio et réaffirmée solennellement dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique.

Alors même que le Pape François déplore la focalisation des médias et l’obsession de certains groupes de chrétiens sur cette questions des divorcés dits « remariés », il est bon de rappeler que tous, parmi ces derniers, ne sont pas d’accords avec les théoriciens progressistes qui veulent les « libérer » de cet appel du Christ à la fidélité à leur sacrement de mariage. Comment en effet grandir dans l’amitié avec Dieu si l’on est accompagné par des personnes qui relativisent la parole du Salut ?

C’est la raison pour laquelle, nous, délégués diocésains à la pastorale familiale de nos diocèses, voulons faire entendre la voix de ceux qui ne veulent pas être enfermés dans des solutions seulement horizontales, pragmatiques, ou inspirées par un relativisme moral.

L’appel à l’accompagnement mis hautement en avant par le Pape François est-il un appel à bafouer la doctrine sur le mariage et la famille, qui nous vient de Jésus lui-même ? Non, nous ne le croyons pas. Face à une situation conjugale difficile, plus nous sommes des priants, plus il nous sera aisé de trouver la bonne manière de réagir, d’accompagner. Le plus beau cadeau que nous pouvons offrir à quelqu’un qui souffre de la rupture de son mariage, à quelqu’un qui cherche un nouveau point d’appui pour avancer, c’est que nous soyons amis de Dieu en prenant appui sur sa Parole qui est la doctrine de l’Eglise. Et c’est la seule manière d’être dans la paix profonde, et celle-ci ne pourra être qu’être contagieuse.

L’ouverture de cœur, donc, ne peut être synonyme de relativisme doctrinal. On ne badine pas avec le dépôt de la foi, et l’accompagnement d’une personne en difficulté est l’occasion d’une présence soutenue et d’une prière intense. L’accueil de l’autre n’est pas synonyme de validation des erreurs, du mal, du faux, mais un témoignage rendu à la vérité dans le respect infini des personnes : vigueur et délicatesse sont étroitement imbriquées dans cette mission, il faut le préciser, sacerdotale par excellence. Assumons cela avec douceur et force.

En conclusion, il semble que l’un des objectifs des organisateurs de cette journée, d’années en années, est de tout faire pour rayer d’un trait la doctrine sur le mariage et la famille (lire ici et ). Ne parlons même pas de la question de l’avortement totalement absente des sujets à l’ordre du jour depuis si longtemps. Viendra un jour, et il est proche, où chacun devra rendre des comptes devant Dieu de la manière dont il a fait avancer la cause, indivisible, de la Charité et de la Vérité.


Pourquoi l'espérance chrétienne est-elle si importante?

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ».
Charles Péguy (1873-1914)


Des évêques s'associent à la Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel

A la suite de l'’archevêque d'Astana, plus haute autorité catholique du Kazakhstan, qui a publié un long texte dénonçant les interprétations d'Amoris Laetitia (publié ici sur le Salon beige), d'autres évêques s'associent à cette déclaration. A lire dans l'Homme nouveau :

"Après Janis Pujats, cardinal de Lettonie, Luigi Negri, archevêque émérite de Ferrare, et l’éminent archevêque Carlo Maria Viganò, secrétaire général et ancien nonce apostolique aux États-Unis, Andreas Laun, évêque auxiliaire de Salzbourg, récemment nommé évêque auxiliaire émérite, a lui aussi adhéré à la « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel » émise par les évêques du Kazakhstan.

Andreas Laun n’est pas un inconnu. Cet ancien professeur de théologie morale à la Haute école de philosophie et de théologie de Heiligenkreuz près de Vienne a entretenu des liens étroits avec les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Considéré comme le « lion de Salzbourg », il est renommé bien au-delà des régions germanophones pour son engagement courageux en faveur de la doctrine catholique sur le mariage et la sexualité. Bien loin d’être un théoricien pur et dur, il s’est toujours profilé en pasteur dévoué sur un plan personnel. Sa douceur et sa compréhension envers les personnes en « situation irrégulière » donnent tort aux représentants des « sages » de la morale catholique qui le qualifient de pharisien rigide. La Commission pour le mariage et la famille de l’archidiocèse de Salzbourg, qu’il a constituée et dirigée, a toujours été un modèle à suivre en matière de mise en pratique de la doctrine catholique sur la sainteté du mariage et de la vie. 

Ces évêques expriment leurs vives réserves vis-à-vis de la possibilité de permettre l’accès aux sacrements de certains divorcés remariés.


Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel

De Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana, avec Mgr Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana et Mgr Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda :

Unknown-16Après la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitiae (2016), divers évêques ont émané, au niveau local, régional et national, des normes d’application sur la discipline sacramentelle des fidèles, dits « divorcés-remariés » qui, bien que le conjoint auquel ils sont unis par un lien valide du mariage sacramentel vive encore, ont toutefois entamé une cohabitation stable à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime.

Ces normes prévoient entre autres que, dans des cas individuels, les personnes dites « divorcées-remariées » puissent recevoir le sacrement de Pénitence ainsi que la Sainte Communion bien qu’ils continuent de vivre habituellement et intentionnellement à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime. De telles normes pastorales ont reçu l’approbation de plusieurs autorités hiérarchiques. Quelques-unes de ces normes ont même reçu l’approbation de l’autorité suprême de l’Église.

La diffusion de telles normes pastorales approuvées ecclésiastiquement, a causé une confusion notable et toujours plus grande tant chez les fidèles que dans le clergé. Confusion qui touche tellement au cœur de la vie de l’Église par des manifestations comme le mariage sacramentel, la famille, église domestique, et le sacrement de la Très-Sainte-Eucharistie.

D’après la doctrine de l’Église, une église domestique n’est constituée que par le seul lien matrimonial sacramentel (cf. Concile Vatican II, Lumen gentium 11). L’admission des fidèles dits « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, qui est l’expression la plus haute de l’unité du Christ-Époux avec Son Église, signifie dans la pratique l’approbation ou légitimation du divorce. En ce sens, elle introduit en quelque sorte le divorce dans la vie de l’Église.

Les normes pastorales évoquées contribuent de fait et dans le temps à la diffusion de « l’épidémie du divorce », expression utilisée par le Concile Vatican II (cf. Gaudium et spes 47). Cette diffusion de « l’épidémie du divorce » intervient dans la vie même de l’Église, alors même que l’Église, par sa fidélité inconditionnelle à la doctrine du Christ, devrait être un rempart et un signe incomparable de contradiction contre la plaie du divorce toujours plus répandue dans la société civile.

De manière absolument univoque et sans admettre aucune exception, Notre Seigneur et Rédempteur Jésus Christ a solennellement reconfirmé la volonté de Dieu quant à l’interdiction absolue du divorce. Une approbation ou légitimation de la violation de la sacralité du lien matrimonial, même indirectement par la nouvelle discipline sacramentelle évoquée, contredit gravement la volonté expresse de Dieu et Son commandement. Une telle pratique altère donc substantiellement la discipline sacramentelle bimillénaire de l’Église, ce qui entraînera aussi avec le temps une altération de la doctrine correspondante.

Le Magistère constant de l’Église, commençant avec les enseignements des Apôtres et celui de tous les Souverains Pontifes, a conservé et fidèlement transmis l’enseignement cristallin du Christ sur l’indissolubilité du mariage : tant la doctrine (dans la théorie) que la discipline sacramentelle (dans la pratique). Elle l’a fait sans équivoque, sans l’ombre d’aucun doute et toujours dans les mêmes sens et signification (eodem sensu eademque sententia).

Parce qu’établie par Dieu, la discipline des sacrements ne doit jamais contredire la parole révélée de Dieu ni la foi de l’Église dans l’indissolubilité absolue du mariage ratifié et consommé.

« Non seulement les sacrements supposent la foi, mais encore, par les paroles et les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l’expriment ; c’est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi » (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 59). « Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie » (Catéchisme de l’Église Catholique 1125). La foi catholique, par sa nature, exclut une contradiction formelle entre la foi professée d’un côté et la vie et la pratique des sacrements de l’autre. C’est en ce sens qu’on peut comprendre l’affirmation suivante du Magistère : « Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d’un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps » (Concilio Vatican II, Gaudium et spes 43) et « la pédagogie concrète de l’Église doit toujours être liée à sa doctrine et jamais séparée d’elle » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio 33).

Au vu de l’importance vitale que constituent tant la doctrine que la discipline du mariage et de l’Eucharistie, l’Église est obligée de parler d’une seule voix. Les normes pastorales sur l’indissolubilité du mariage ne doivent donc pas se contredire d’un diocèse à l’autre, d’un pays à l’autre. Depuis les temps apostoliques, l’Église a observé ce principe comme l’atteste saint Irénée de Lyon : « En effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (…) la garde avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un même coeur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche » (Adversus haereses I, 10, 2). Saint Thomas d’Aquin nous transmet le même principe pérenne de la vie de l’Église : « Il n’y a qu’une seule et même foi depuis les Anciens jusqu’aux Modernes, autrement, ce ne serait pas la même et unique Église (Questiones Disputatae de Veritate, q. 14, a. 12c).

L’admonition du Pape Jean-Paul II demeure actuelle et valide : « la confusion créée dans la conscience de nombreux fidèles par les divergences d’opinions et d’enseignements dans la théologie, dans la prédication, dans la catéchèse, dans la direction spirituelle au sujet de questions graves et délicates de la morale chrétienne, finit par amoindrir, presque au point de l’effacer, le véritable sens du péché ? » (Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia, 18).

À la doctrine et à la discipline sacramentelle sur l’indissolubilité du mariage ratifié et consommé, s’applique pleinement le sens des affirmations suivantes du Magistère de l’Église :

  • « En effet l’Église du Christ, gardienne et protectrice des dogmes dont elle a reçu le dépôt, n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien ; mais ce qui est ancien, qui a pris forme aux temps anciens et que la foi des Pères a semé, elle met tout son soin à le polir et à l’affiner de manière que ces anciens dogmes de la doctrine céleste reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, et qu’ils croissent seulement selon leur genre, c’est-à-dire dans la même doctrine, dans le même sens, dans la même pensée» (Pie IX, Bulle dogmatique Ineffabilis Deus).
  • Quant à la substance de la vérité, l’Église a, devant Dieu et les hommes, le devoir sacré de l’annoncer, de l’enseigner sans aucune atténuation, comme le Christ l’a révélée et il n’est aucune condition de temps qui puisse atténuer la rigueur de cette obliation. Ce devoir lie en conscience tout prêtre à qui est confiée la charge d’enseigner, d’admonester et de guider les fidèles » (Pie XII, Discours aux curés et aux prédicateurs de Carême, 23 mars 1949).
  • « L’Église n’historicise pas, ne relativise pas sa nature au gré des métamorphoses de la culture profane. La nature de l’Église est toujours égale et fidèle à elle-même, telle que le Christ la voulut et que l’authentique tradition la perfectionna » (Paul VI, Homélie du 28 octobre 1965).
  • « Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes» (Paul VI, Encyclique Humanae Vitae, 29).
  • « Aussi ne cesse-t-elle de faire entendre ses appels et ses encouragements à résoudre les difficultés conjugales éventuelles sans jamais falsifier ni compromettre la vérité» (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).
  • « L’Église n’est ni l’auteur ni l’arbitre d’une telle norme [de la loi morale divine]. Par obéissance à la vérité qui est le Christ, dont l’image se reflète dans la nature et dans la dignité de la personne humaine, l’Église interprète la norme morale et la propose à tous les hommes de bonne volonté, sans en cacher les exigences de radicalisme et de perfection » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).
  • « L’autre principe est celui de la vérité et de la cohérence, en vertu duquel l’Église n’accepte pas d’appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien. En se fondant sur ces deux principes complémentaires, l’Église ne peut qu’inviter ses fils qui se trouvent dans ces situations douloureuses à s’approcher de la miséricorde divine par d’autres chemins, sans que ce soit cependant celui des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, tant qu’ils ne remplissent pas les conditions requises ». (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitentia, 34).
  • « La fermeté de l’Église dans sa défense des normes morales universelles et immuables n’a rien d’humiliant. Elle ne fait que servir la vraie liberté de l’homme : du moment qu’il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle» (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).
  • « Par rapport aux normes morales qui interdisent le mal intrinsèque, il n’y a de privilège ni d’exception pour personne. Que l’on soit le maître du monde ou le dernier des ‘misérables’ sur la face de la terre, cela ne fait aucune différence : devant les exigences morales, nous sommes tous absolument égaux» (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).
  • « le devoir de réaffirmer cette non-possibilité d’admettre à l’Eucharistie [les divorcés remariés] est une condition de vraie pastorale, d’authentique préoccupation pour le bien de ces fidèles et de toute l’Église, parce qu’il indique les conditions nécessaires pour la plénitude de cette conversion, à laquelle tous sont toujours invités » (Conseil Pontifical pour les textes législatifs, Déclaration sur la communion pour les personnes divorcées et remariées, 24 juin 2000).

En tant qu’évêques catholiques, suivant l’enseignement du Concile Vatican II, nous devons défendre l’unité de la foi et la discipline commune de l’Église et veiller à faire surgir pour tous les hommes la lumière de la pleine vérité (cf. Lumen gentium, 23). Face à la confusion actuellement toujours grandissante, nous sommes ainsi obligés en conscience de professer l’immuable vérité et la discipline sacramentelle tout aussi immuable sur l’indissolubilité du mariage, conformément à ce qu’enseigne le Magistère de l’Église de manière inaltérable depuis 2000 ans. Dans cet esprit, nous rappelons que :

  • Les rapports sexuels entre des personnes non liées par un mariage valide – ce qui est le cas des « divorcés-remariés » – sont toujours contraires à la volonté de Dieu et constituent une grave offense faite à Dieu.
  • Aucune circonstance ou finalité, pas même une possible diminution de l’imputabilité ou de la culpabilité, ne peuvent rendre de telles relations sexuelles moralement positives ou agréables à Dieu. Cela vaut pour tous les autres préceptes négatifs des Dix Commandements de Dieu. En effet, « il y a des actes qui, par eux-mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances, sont toujours gravement illicites, en raison de leur objet. (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia,, 17).
  • L’Église ne possède pas le charisme infaillible de juger de l’état interne de grâce d’un fidèle (cf. Concile de Trente, sess. 24, cap. 1). La non-admission à la Sainte Comunion des « divorcés-remariés » ne revient donc pas à juger leur état de grâce devant Dieu mais à juger le caractère visible, public et objectif de leur situation. À cause de la nature visible des sacrements et de l’Église même, la réception des sacrements dépend nécessairement de la situation correspondante, visible et objective, des fidèles.
  • Il n’est pas moralement licite d’entretenir des rapports sexuels avec une personne qui n’est pas le conjoint légitime pour éviter soi-disant un autre péché. En effet, la Parole de Dieu enseigne qu’il n’est pas licite de « faire le mal afin qu’advienne le bien » (Rm 3, 8).
  • L’admission de telles personnes à la Sainte-Communion ne peut être permise que lorsque, avec l’aide de la grâce de Dieu et un accompagnement pastoral individualisé et patient, ils se proposent sincèrement désormais de cesser de tels rapports sexuels et d’éviter le scandale. C’est ainsi que se sont toujours exprimés dans l’Église le véritable discernement et l’authentique accompagnement pastoral.
  • Les personnes ayant des rapports sexuels non conjugaux violent par ce style de vie le lien nuptial indissoluble envers leur conjoint légitime. Pour cette raison, ils ne sont pas capables de participer « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 23) au repas des noces eucharistiques du Christ, suivant la parole du rite de la Sainte-Communion « Heureux les invités au repas de noces de l’Agneau ! ».
  • Accomplir la volonté de Dieu, révélée dans Ses Dix Commandements et dans son interdiction explicite et absolue du divorce, constitue le vrai bien spirituel de la personne ici-bas sur terre et la conduira à la vraie joie de l’amour dans le salut pour la vie éternelle.

Les évêques, par leur office (munus) pastoral sont « cultores catholicæ et apostolicæ fidei » : ils « veillent fidèlement sur la foi catholique reçue des Apôtres » (cf. Missale Romanum, Canon Romanus). Nous sommes conscients de cette grave responsabilité et de notre devoir face aux fidèles qui attendent de nous une profession publique et sans équivoque de la vérité et de la discipline immuable de l’Église sur l’indissolubilité du mariage. Pour cette raison, il ne nous est pas permis de nous taire.

Nous affirmons ainsi, dans l’esprit de saint Jean-Baptiste, de saint John Fisher, de saint Thomas More, de la bienheureuse Laura Vicuña et de nombreux confesseurs et martyrs, connus et inconnus, de l’indissolubilité du mariage :

Il n’est pas permis (non licet) de justifier, d’approuver ou de légitimer, ni directement, ni indirectement, le divorce et une relation sexuelle stable non conjugale en admettant les soi-disant « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, puisqu’il s’agit en ce cas d’une discipline autre que celle conforme à la Tradition de la foi catholique et apostolique.

En faisant cette profession publique devant notre conscience et devant Dieu qui nous jugera, nous sommes sincèrement convaincus d’avoir ainsi rendu un service de charité dans la vérité à l’Église actuelle et au Souverain Pontife, Successeur de Pierre et Vicaire du Christ sur la terre.

Athanasius Schneider, +, 31 décembre 2017, Fête de la Sainte-Famille, en l’année du centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fátima.


Le secret de la confession est absolu

Le dominicain Thomas Michelet, professeur à l'Université pontificale Saint-Thomas d'Aquin à Rome, réagit à une interview de Laurent Lemoine publiée par La Vie, dans laquelle il estimait que “Le prêtre n'est pas tenu au secret de la confession s'il refuse l'absolution” » :

-prtA6g8_400x400"Or c’est faux. Il faut être clair : le secret de la confession est absolu, il porte sur l’ensemble de la confession, sans distinguer le pénitent absous de celui qui ne reçoit pas l’absolution. Voici le texte du Code de Droit canonique :

Canon 983, § 1. « Le secret sacramentel est inviolable; c'est pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d'une autre manière, et pour quelque cause que ce soit. »
Canon 1388 § 1. « Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique; celui qui le viole d'une manière seulement indirecte sera puni selon la gravité du délit. »

Le prêtre n’a donc pas le droit de se servir de quoi que ce soit qu’il entendrait dans une confession. En aucun cas, il n’a le droit de dénoncer le pénitent, lui-même ou par d’autres. Si l’État imposait de violer le secret de la confession, il faudrait lui résister, jusqu’au martyre.

Revenons sur les propos exacts du frère : « Le prêtre est ligoté et tenu au silence s’il y a eu sacrement avec absolution. Or, l’absolution peut être refusée. » La conclusion qui vient naturellement à l’esprit est que sans l’absolution, il n’y a pas eu sacrement, donc le prêtre n’est pas tenu au silence. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut comprendre les choses. Le prêtre peut refuser l’absolution, et donc il n’est pas ligoté, il lui reste une marge de manœuvre. Il peut en effet conditionner l’absolution au fait pour le pénitent d’aller se dénoncer. Auquel cas, il respecte et le secret de la confession, et les exigences de la justice.

Le prêtre n’est pas là pour faire la vérité sur tout le mal qu’a pu faire le pénitent, mais il est là pour pardonner les péchés qu’il reconnaît avoir commis en conscience.

Rappelons que le confesseur peut et même doit refuser de donner l’absolution s’il apparaît que le pénitent ne remplit pas l’une ou l’autre des trois conditions requises : la vive détestation de son péché, le ferme propos de ne pas recommencer, et l’intention résolue de le réparer en faisant pénitence. La contrition nous porte à vouloir réparer notre péché du mieux que nous le pouvons. Or si nous avons blessé la communauté politique, il faut aussi payer pour cela.

Ceci étant, il ne me semble pas juste de faire du chantage à l’absolution. On doit demander au pénitent de se dénoncer, mais on ne peut pas l’imposer. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas confondre l’aveu sacramentel avec un aveu judiciaire. Le prêtre n’est pas là pour faire la vérité sur tout le mal qu’a pu faire le pénitent, mais il est là pour pardonner les péchés qu’il reconnaît avoir commis en conscience. Or il peut y avoir un décalage entre la réalité et la perception de la réalité par ce pénitent. Il peut s’accuser de choses qu’il n’a pas commises, ou qui ne sont pas des péchés. Peu importe : dès lors qu’il a agi contre sa conscience, il a commis un péché, et il faut pouvoir l’en libérer. L’inverse est vrai : il peut avoir commis des actes objectivement graves, mais s’il n’en a pas conscience, ce ne sont pas des péchés, et il ne va pas les confesser. Pour autant, ce ne sont pas des actes bons.

Imposer aux prêtres de dénoncer les pédophiles n’aboutirait qu’à une chose : plus personne ne viendrait se confesser. C’est un fusil à un coup, ça ne marche plus ensuite. Et pour un résultat qui de toutes manières n’aurait aucune valeur légale. Car l’aveu obtenu en confession n’est pas une vérité judiciaire ou policière. C’est la vérité de l’âme dans son rapport avec Dieu. Parfois elles coïncident, parfois non, en tout cas elles ne se confondent jamais car elles ne se situent pas sur le même plan. Nul ne gagnera à confondre la justice de Dieu avec celle des hommes. Celle de Dieu est parfaite, mais elle est d’un autre ordre, et d’un autre monde. Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu."


Le père Louis Pelletier, un maître spirituel

Entretien avec le P. Jose Luis Almeida, dominicain, à propos du livre "Grandir avec le Christ" qu'il a préfacé, de même que Mgr de Moulins-Beaufort :

PQuels traits vous paraissent les plus saillants dans la personnalité du P. Louis Pelletier?

Le P. Louis Pelletier fut un témoin radical de l'Evangile et sa famille l'a vécu concrètement, car son père a été, tout jeune, résistant. Son grand-père fut fusillé comme résistant, un oncle a été aussi tué par les nazis. Le P. Louis a reçu cet héritage humain et aussi spirituel au sein de sa famille. Cela lui a forgé un tempérament de feu et des interrogations brûlantes que la plupart de ses contemporains -dont je suis- n'ont pas vu l'urgence. De plus, depuis son chemin personnel, le P. Louis s'est toujours vu comme un 'fils de l'Eglise' et a pour cette raison porté une attention au Magistère comme de rares prêtres l'ont fait. Il a fréquenté et lu l'Osservatore Romano depuis au moins 30 ans. Car il voulait valider et se laisser enseigner par le Magistère, réalité qui pourrait faire sourire de nombreux clercs. Mais en cela il a voulu être fidèle jusqu'au bout, voulant aussi aller jusqu'au bout de sa démarche catholique, en toute logique et en toute droiture de conscience. Parce que cela devient rare, son attitude a dérangé d'autant plus. Il a vécu ainsi une grande solitude spirituelle et probablement aussi intellectuelle.

Le P. Louis évoquait souvent l'ascèse comme moyen de grandir spirituellement, ce qui lui a parfois valu des critiques contre son "dolorisme" ou son "archaïsme". Comment comprendre la place de l'ascèse dans la vie spirituelle?

Nourri notamment par la pensée de Jean-Paul II, un grand résistant et un soldat spirituel, le P. Louis a aussi vécu la compassion pour tant d'êtres et des petits et, dans ses divers ministères, a touché le poids de la misère et  du péché. Il a allié du coup une grande rigueur et une très haute exigence mais aussi une compassion, qu'il a voulu marquer dans son corps par l'importance de la prière, de l'oraison, des nuits trop courtes où il écrivait, travaillait, son sommeil étant aussi perturbé depuis des années. Il jeûnait de manière qui pouvait nous paraître excessive mais il portait de nombreux fruits.  Il est vrai que certains aspects de sa vie ont découlé me semble-t-il d'une logique très personnelle et de son chemin avec Dieu, lieu dans lequel  chacun aborde le mystère de la volonté de Dieu avec ce qu'il est. Pour le P. Louis avec une totale générosité  et une exigence de vérité, marquée aussi par une pureté de vie, qui semblait de la naïveté.

Comme beaucoup de convertis, il insistait beaucoup sur le rôle de la grâce. Cela ne risque-t-il d'occulter le rôle de la nature dans la maturité spirituelle?

Il avait un tempérament à la fois classique et aussi audacieux, et a pris de nombreuses initiatives pastorales et d'écoute. Il a fait appel à des psychologues pour valider et se faire aider dans son discernement et, en cela, il n'a rien d'archaïque, y compris dans sa manière de voir les bons psys qui pourraient ne pas être que des catholiques. Il voulait surtout trouver des hommes ou des hommes de droiture dans ce milieu. Il a aussi rappelé, par ses insistances, l'importance du combat spirituel. Ayant moi-même été exorciste diocésain, ce n'est pas moi qui irait le contrer dans cette interrogation que depuis les Pères du Désert résonne comme une réalité décisive dans la vie du chrétien: le discernement et la recherche de la volonté de Dieu et la croissance dans les vertus. Par ailleurs le P. Louis a laissé d'autres nombreux écrits et évidemment il a aussi ses propres accents personnels. Je constate qu'il reste assez proche de Saint Jean de la Croix et celui-ci comme le P. Louis ayant à souffrir notablement de la part de ses frères/ religieux ont découvert tous les deux dans l'esprit d'abandon le chemin possible de l'espérance et de la rencontre avec Dieu. De nombreuses personnes m'ont témoigné au sujet du P. Louis de son insistance, sur la joie et son humour dans ses homélies était audible. Je pense ainsi qu'on peut établir des parallèles malgré les siècles qui les séparent.

Le P. Louis est aussi un fils de son époque et confronté aux défis et aux nombreuses personnes paumées qui sont venus l'écouter a répondu à des urgences. Mais son écoute notamment dans le sacrement de la confession/ réconciliation ont montré davantage en lui un homme de la compassion mais aussi de l'exigence. Le fait qu'il ait eu ce don de lire dans les coeurs  affermissait encore plus son diagnostic spirituel et son désir d'être  concret. Sur de nombreux points de diagnostic spirituel il était très concret et courageux, abordant des thèmes que la plupart des prédicateurs n'osent même pas mentionner. Cela est le propre des prophètes qui dérangent et qui gênent jusqu'au bout. Sa référence aux éléments classiques de la vie spirituelle de l'Eglise et de son patrimoine traduisent l'urgence de notre temps et aussi son désarroi.


Cinq périls pour l’Eglise d’aujourd’hui

Extrait d'un livre contenant des homélies et des articles du cardinal Caffarra (+) paru le 12 décembre :

C"L’alternative à une Eglise sans doctrine, ce n’est pas une Eglise pastorale mais une Eglise de l’arbitraire, esclave de l’esprit du temps : « praxis sine theoria coecus in via » disaient les médiévaux. Ce péril est grave et, s’il n’est pas vaincu, il causera de grands dommages à l’Eglise. Ceci pour au moins deux raisons. La première est que, « La Sainte Doctrine » n’étant rien d’autre que la divine Révélation du projet divin pour l’homme, si la mission de l’Eglise ne s’enracine pas en elle, alors qu’est-ce que l’Eglise dit à l’homme ? La seconde raison c’est que lorsque l’Eglise ne se garde pas de ce péril, elle risque de respirer le dogme central du relativisme : quant au culte que nous devons à Dieu et au soin que nous devons prendre de l’homme, ce que je pense de Dieu et de l’homme n’a aucune importance. La « quaestio de veritate » devient une question secondaire.

Le second péril, c’est d’oublier que la clé interprétative de la réalité toute entière et en particulier de l’histoire humaine ne se trouve pas dans l’histoire elle-même. C’est la foi. Saint Maxime le Confesseur estime que le vrai disciple de Jésus pense toute chose à travers Jésus Christ et Jésus Christ à travers toute chose. Je vais prendre un exemple très actuel. La mise en valeur de l’homosexualité à laquelle nous assistons en Occident ne doit pas être interprétée et jugée en prenant comme critère l’opinion publique de nos sociétés ni la valeur morale du respect que l’on doit à chaque personne, ce qui serait un « metabasis eis allo genos », c’est-à-dire un passage à un autre genre, diraient les logiciens. Le critère c’est la « Sainte Doctrine » sur la sexualité, le mariage et le dimorphisme sexuel. La lecture des signes des temps est un acte théologal et théologique.

Le troisième péril, c’est le primat de la praxis. J’entends par là le primat fondateur. Le fondement du salut de l’homme c’est la foi de l’homme et non pas son action. Ce qui doit préoccuper l’Eglise, ce n’est pas « in primis » de coopérer avec le monde à travers de grandes œuvres pour atteindre des objectifs communs. La préoccupation permanente de l’Eglise, c’est que le monde croie en Celui que le Père a envoyé pour sauver le monde. Le primat de la praxis mène à ce qu’un grand penseur du siècle dernier appelait la dislocation des Personnes divines : la seconde Personne n’est plus le Verbe mais l’Esprit Saint.

Le quatrième péril, qui est très lié au précédent, c’est la réduction de la proposition chrétienne à un discours moral. Il s’agit du péril pélagien que Saint Augustin appelait l’horrible venin du christianisme. Cette réduction a eu pour effet de rendre la proposition chrétienne très ennuyeuse et répétitive. Seul Dieu est toujours imprévisible dans ses actions. Et de fait, ce n’est pas l’agir de l’homme qui se trouve au centre du christianisme mais l’Action de Dieu.

Le cinquième péril c’est le silence autour du jugement de Dieu, à travers une prédication de la miséricorde divine faite de telle façon qu’elle risque d’éclipser de la conscience de l’homme qui écoute la vérité que Dieu juge l’homme."


Des livres à offrir à Noël

9782851902276
Les éditions de Chiré ont récemment réédité cet ouvrage, qui est la réimpression de l’édition parue initialement en 1926. Son auteur, né en 1888 (à Fougères, Ille-et-Vilaine), fut ordonné prêtre en 1914 et, titulaire d’un doctorat en philosophie,  exerça la fonction de professeur au Grand séminaire de Rennes. Extraits de l'ouvrage.

« La tâche est des plus malaisées ; le libéralisme, en effet, pris dans son ensemble, est quelque chose de vague, d’incertain, d’indéterminé, qui, s’étendant à tous les domaines (philosophie, théologie, morale, droit, économie…), apparaît partout comme essentiellement variable au gré des personnes et des circonstances. D’où l’extrême difficulté de saisir ce protée qui prend à volonté toutes les formes, tous les visages, y compris le masque de la vérité et de la vertu ».

« Le libéralisme, chaos d’erreurs, monstre informe, est comme le protestantisme, le kantisme, le laïcisme, le modernisme, le rendez-vous de toutes les hérésies. Par son éclectisme universel, il est même l’hérésie-type, radicale ; il contient toutes les autres comme leur principe et leur source. Cette description permet d’en saisir la nature profonde et conduit à la définition du libéralisme : c’est avant tout le renversement des valeurs, la contradiction de la loi et de l’ordre ».

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