Hubert Védrine : "Les élites doivent écouter les demandes d'identité, de souveraineté et de sécurité des peuples"

Hubert Védrine accorde un long entretien aux Echos. Extraits :

AVT_Hubert-Vedrine_2927La demande de frontières formulée par les peuples préfigure-t-elle un mouvement de démondialisation ?

Les élites sont bien obligées d'admettre que les peuples occidentaux, classes populaires puis classes moyennes, rejettent une mondialisation trop massive et trop perturbatrice et l'immigration de masse. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le monde va se fermer, se « démondialiser ». Personne ne va renoncer à son portable. Je vois plutôt cela, après des excès, comme un balancier qui va se replacer au bon endroit. L'impact social, humain, culturel et identitaire de la baisse des droits de douane et de l'ouverture des marchés et des frontières a été très sous-estimé, c'est donc une correction. Il ne faut pas se faire peur : le monde va rester ouvert, avec plus de régulation, nationale ou internationale, sur les mouvements de personnes (…)

Que dites-vous à ces élites mondialisatrices, selon votre expression ?

(…) je dis aux responsables politiques et à tous ceux qui ont accès à la parole publique, qu'il faut entendre les demandes d'identité, de souveraineté et de sécurité des peuples, au lieu de s'en indigner, les canaliser, y répondre (…)

La zone euro n'est-elle pas le bon espace pour faire repartir l'Europe ?

Il faut la renforcer mais, politiquement, cela ne suffit pas. Que l'euro marche bien, et ne soit pas vulnérable à une autre crise monétaire, est un objectif rationnel, important en soi. Mais cela ne répond pas aux attentes des peuples. On ne passe pas directement d'une zone euro, même perfectionnée, à une relance de l'Europe. Relance de quoi d'ailleurs ? Si cela veut dire plus de construction européenne, avec de plus en plus d'intégration comme le veulent les élites intégrationnistes, les peuples ne suivront pas. Sauf si les dirigeants européens arrivent à se mettre tous d'accord sur la maîtrise des flux migratoires, ce qui rendrait les opinions publiques européennes plus réceptives à d'autres progrès en Europe.

Que faut-il faire face à la crise migratoire ?

D'abord sauvegarder le vrai droit d'asile, sans le dévoyer, pour les personnes réellement en danger et, d'autre part, cogérer les flux migratoires économiques avec les pays de départ et de transit, en fonction de nos capacités d'insertion et de nos besoins économiques. On peut imaginer des réunions annuelles avec les pays européens de l'espace Schengen, les pays de départ et ceux de transit, avec une multitude d'accords sur mesure.

Il faut casser le vocabulaire qui est employé à dessein pour tout confondre : demandeurs d'asile et migrants. L'extrême gauche joue la carte migratoire, et de l'islamo-gauchisme. L'extrême droite veut pouvoir dénoncer une invasion générale. Et les ONG ne veulent pas non plus distinguer et parlent de réfugiés à propos de migrants économiques.

Certains pays mettent en avant la montée de l'islamisme pour expliquer la peur des musulmans ? Est-ce que cela peut évoluer ?

Cela diminuera si l'islamisme recule ! Pour le moment ce n'est pas le cas. Il suffit de parler avec des dirigeants musulmans qui sont en lutte chez eux, en première ligne, contre l'islamisme. Je connais beaucoup de musulmans marocains, algériens, tunisiens, mauritaniens, égyptiens, etc. qui disent : « vous êtes trop naïfs. Le voile, c'est organisé, c'est parfois payé. Il faut juste l'interdire. » Ils osent dire que l'islamisme, qui s'est emparé du sunnisme, est un nazisme. Pour moi, il faut une alliance, une coalition mondiale des musulmans modérés et des démocrates.

La France a-t-elle échoué pour trouver une solution à la guerre civile en Syrie ?

Sur la Syrie, les Occidentaux, et nous en particulier, ont échoué. Ses postulats moraux étaient honorables, mais la politique française des dernières années nous a mis hors jeu. En fait, nous n'avons plus de levier, sauf à nous entendre avec les Russes.

Que faire face à la Russie ?

Depuis vingt-cinq ans, les torts ont été partagés entre Occidentaux et Russes. Je ne dis pas que, depuis la fin de l'Union soviétique, elle a été mal traitée, mais elle l'a été de façon idiote. Reconduire sans cesse des sanctions ou haïr Poutine ne constitue pas une stratégie. Il faut en sortir par le haut. Emmanuel Macron a raison de dire qu'il faut réarrimer la Russie à l'Europe, et d'en refaire un partenaire stratégique, même si cela n'est pas facile."


Quand la gauche cherche à justifier le meurtre de ses opposants

Lu dans Présent :

Unknown-31"[L]e 6 septembre, le candidat de droite à l’élection présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro, un député et ancien militaire de 63 ans, a reçu un coup de couteau qui lui a perforé l’abdomen lors d’un meeting à Juiz de Fora (200 km au nord de Rio). La blessure, qui a également touché le foie, est profonde de 12 cm et l’homme politique a perdu deux litres de sang avant de subir une opération de deux heures qui l’a tiré d’affaire, mais qui le met hors de campagne pendant deux mois. La police a rapidement arrêté, avant qu’il ne soit lynché, Adelio Obispo de Oliveira, un socialiste de 40 ans, qui a pour idole Nicolas Maduro, et qui clame que c’est Dieu qui a conduit son couteau.

Commentant l’événement, l’ex-présidente socialiste destituée et ancienne terroriste, Dilma Rousseff, a déclaré en substance que Bolsonaro n’avait reçu que ce qu’il méritait…

Maintenant, les médias officiels européens racontent sur Jair Bolsonaro tout et n’importe quoi, noircissant à souhait un personnage haut en couleur et au verbe franc qui ne leur convient pas. Il est considéré comme « le Trump brésilien » (une insulte sous leur plume) ou « le Trump des tropiques », et il est regardé comme « le candidat de l’extrême droite », sinon pire, c’est-à-dire qu’il pense que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse. Son slogan de campagne n’est pas fait pour arranger les choses aux yeux de ceux qui aiment à se faire peur : « Le Brésil avant tout, et Dieu au-dessus de tous ! »

Parmi ses autres crimes, Bolsonaro promet d’être dur avec les criminels et les corrompus et, rendant à César ce qui est à César, reconnaît qu’avec la dictature militaire de 1964-1985, le Brésil a connu une période de paix sociale et de prospérité. Opposé à l’avortement, au « mariage » homosexuel et à l’immigration sauvage, il est en faveur de la peine de mort et de la castration chimique pour les violeurs, il a été désigné « l’élu le plus haineux et le plus misogyne de tous les pays démocratiques. » Pour ne rien arranger, ses modèles proclamés sont le général Pinochet et Donald Trump.

A un mois des élections prévues le 7 octobre, et avec les deux principaux candidats hors campagne – l’un derrière les barreaux et l’autre sur un lit d’hôpital – la plus complète incertitude règne sur le pays. Avant son agression, Bolsonaro était crédité par l’institut de sondage IBOPE de 22 % d’intentions de vote, tandis que ses plus proches rivaux, l’ex-ministre de l’environnement Marina Silva et le gauchiste Ciro Gomes, étaient crédités de 12 % chacun ; l’ancien gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, était crédité, lui, de 9 % ; et le candidat du Parti des Travailleurs et colistier de Lula da Silva, Fernando Haddad, de 6 %. La grande inconnue demeurant la destination des quelque 30 % de votes (hors ceux de Fernando Haddad) que devait recevoir l’incarcéré Lula."


Suède : forte progression du parti anti-immigration

DmrdPN_XoAARuLSCes élections ont surtout été marquées par une baisse des partis traditionnels et une progression des Démocrates de Suède, une formation eurosceptique et anti-immigration. Le bloc de gauche (Parti social-démocrate au pouvoir, les Verts et le Parti de gauche) a recueilli 40,6% des voix (soit 144 sièges sur 349) contre 40,3% pour l'alliance de droite (142 sièges), aucun des deux n'obtenant de majorité.

Le parti des Démocrates de Suède (SD) a obtenu 17,6% des voix, contre 12,9% lors des précédentes élections en 2014. Il réalise ainsi le gain le plus important parmi les partis, avec 63 sièges au Parlement, contre 49 auparavant, et devient le 3e parti du pays. Ce parti aura un rôle d'arbitre dans la composition du prochain gouvernement.

Le premier ministre social-démocrate suédois, Stefan Löfven, a appelé à une grande coalition à l'allemande :

"Une chose est sûre, personne n'a obtenu de majorité. Il est donc naturel de lancer une collaboration entre les blocs".

On voit combien ce type de coalition est un échec en Allemagne. Il serait plus naturel que les partis de droite forment une majorité avec les Démocrates de Suède.


Poutine, Erdoğan et Rohani négocient l’offensive sur Idleb

Analyse d'Antoine de Lacoste sur Boulevard Voltaire :

Unknown-25La Conférence de Téhéran s’est déroulée le vendredi 7 septembre. Le Président iranien Rohani y a accueilli Poutine et Erdoğan. Aucun autre invité : ce sont ces trois-là qui ont l’avenir de la Syrie entre leurs mains.

Mais les divergences sont réelles et la Conférence, sans être inutile, n’a pas permis de les aplanir.

Russes et Iraniens sont à peu près d’accord à court terme : il faut lancer une offensive générale sur la province d’Idleb, occupée à 60 % par le groupe islamiste Hayat tahrir al-Cham (HTC), l’ex Front al-Nosra dont tous les cadres viennent d’al-Qaïda. HTC et Daech ne sont que les deux faces de la même pièce, comme le rappellent les autres groupes insurgés sunnites, qui tiennent 40 % du territoire et qui ont eu des accrochages sanglants avec HTC.

Le problème, ce sont justement ces 40 % restants : ils sont tenus par des islamistes à la solde des Turcs qui ont d’ailleurs plusieurs postes militaires au cœur même de la province. Erdoğan n’a pas envie de lâcher ses alliés et surtout il ne veut pas que ce soit ensuite l’occasion pour les Kurdes de se réinstaller près de sa frontière, notamment à Affrin, d’où il les a chassés il y a quelques mois.

Il a pourtant fait une concession importante en qualifiant Hayat tahrir al-Cham de « groupe terroriste ». C’est une première mais il n’est pas allé plus loin : son objectif était d’obtenir qu’un nouveau cessez-le-feu soit établi et que le mot figure dans le communiqué final. Il n’a pas eu gain de cause. Poutine, sous le regard amusé de Rohani, a déclaré : « Je pense que, globalement, le Président turc a raison : ce serait une bonne chose. Mais nous ne pouvons pas assurer à leur place qu’ils (les islamistes) arrêteront de tirer ou d’utiliser des drones armés. »

Rappelons à ce sujet que les bases russes installées non loin d’Idleb font régulièrement l’objet d’attaques de drones armés et Poutine ne peut évidemment accepter que cette situation se prolonge indéfiniment.

Les Iraniens veulent en découdre comme toujours : en face, ce sont des sunnites et, pour la grande puissance chiite, aucune discussion n’est envisageable.

Pour les Russes, moins concernés par ces divisions internes à l’islam, il s’agit d’un problème stratégique crucial : il est hors de question de laisser 10 000 combattants islamistes administrer une province sur le territoire syrien. L’assaut aura donc lieu, mais ce sera une opération délicate : il ne faut pas se fâcher avec Erdoğan et donc éviter de lui tuer ses alliés et que faire si Erdogan envoie des renforts, comme l’armée syrienne est en train de le faire ?

Les Occidentaux eux, sont pathétiquement inutiles : les Américains rappellent tous les trois jours qu’une attaque chimique entraînerait une riposte massive de leur part, ce qui est une façon de laisser faire Poutine tout en laissant la porte ouverte à une nouvelle manipulation. La France et l’Angleterre ont confirmé, comme il se doit.

Les Russes, de ce fait, ont renforcé leur présence navale au large de la Syrie.

En attendant l’offensive terrestre, les bombardements russes et syriens ont repris. Leur intensité et le choix des cibles (exclusivement des positions tenues par HTC), montrent que le compte à rebours a commencé.


Afrique : le retour des Britanniques

De Bernard Lugan :

"Mardi 28 août, Madame Thereza May, Premier ministre britannique, a débuté une tournée africaine qui devait la conduire en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya. Trois pays qui furent, en leur temps, les trois points d’appui de la politique coloniale anglaise au sud du Sahara.

Si l’Afrique ne compte pas pour l’économie britannique, le continent dans son ensemble représentant environ à peine 3% des exportations et des importations britanniques - dont plus de 50% avec deux pays, l’île Maurice et l’Afrique du Sud -, un tel voyage s’explique dans le contexte du Brexit. Londres cherche en effet à s’ouvrir de nouveaux marchés et de nouveaux débouchés en opérant un retour à ses fondamentaux historiques.

Le pays est d’autant plus fondé à le faire qu’il n’existe pas de contentieux majeur avec l’Afrique car, l’habilité des dirigeants britanniques fut d’avoir décolonisé avant même que la demande leur en soit faite. Puis, une fois la décolonisation opérée, de tourner définitivement la page. Voilà pourquoi nul ne fait à la Grande-Bretagne le reproche d’avoir prolongé la période coloniale à travers une « françafrique » au demeurant largement fantasmée.

Jacques Berque avait parfaitement résumé l’originalité britannique d’une phrase : « Dans l’entreprise impériale anglaise, j’admire profondément le sens du mouvement, et plus encore que le crescendo, le génie du decrescendo, du pouvoir absolu au départ absolu. Admirable dextérité. »

Et pourtant, en 1940, l’empire colonial africain britannique s’étendait en Afrique de l’Ouest (Gold Coast - l’actuel Ghana -, Sierra Leone, Nigeria et Gambie, plus une partie du Togo et du Cameroun) ; en Afrique de l’Est (Kenya, Uganda, Zanzibar, plus l’ancien Tanganyika allemand sur lequel elle exerçait une Tutelle) ; en Afrique australe (Nyassaland, - l’actuel Malawi -, Rhodésie du Nord - l’actuelle Zambie -, Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, plus les protectorats du Bechuanaland - l’actuel Botswana -, du Basutoland - l’actuel Lesotho - et du Swaziland). La Grande-Bretagne exerçait également sa souveraineté sur le Soudan-anglo-égyptien.

Mais, à partir de 1942, la difficile situation des armées britanniques face aux Japonais obligea Londres à demander de plus fortes contributions à ses colonies africaines. En échange, d’importantes réformes y furent introduites, notamment au Nigeria et en Gold Coast.

La politique britannique de décolonisation fut ensuite très différente de celle suivie par la France. Londres ayant admis très tôt que le mouvement des indépendances était inéluctable, il lui importait donc de ne pas se laisser acculer à des situations conflictuelles, tout en organisant la transition au mieux de ses intérêts. De plus, et encore à la différence de la France, il y eut en Grande-Bretagne un consensus de toute la classe politique.

Les indépendances furent donc acquises sans heurts, sans ruptures majeures et au terme d’une évolution constitutionnelle contrôlée de bout en bout. Les seules exceptions furent le Kenya où, en 1952, éclata la révolte des Mau-Mau, et la Rhodésie du Sud où la minorité blanche proclama unilatéralement son indépendance en novembre 1965."


Attaque terroriste au couteau à Amsterdam

Unknown-17En France, quand il y a une attaque au couteau, c'est forcément la faute d'un déséquilibré. En Hollande, les autorités n'ont pas peur de la vérité.

Suite à l’attaque au couteau à la gare centrale d’Amsterdam qui a fait deux blessés graves vendredi, la mairie de la capitale néerlandaise a estimé que « l’homme avait une motivation terroriste ».

L’assaillant est un Afghan de 19 ans avec un permis de résidence allemand. Il a été blessé par balle. 


La guerre qui se déroule en Syrie est internationale : 85 pays sont impliqués

Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas, déclare à l'Aide à l'Eglise en Détresse :

Unknown-13"La guerre qui se déroule en Syrie est internationale. Ce n’est pas un conflit local : 85 pays sont impliqués dans cette guerre ! C’est le drame le plus cruel de l’histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais depuis avril, nous commençons à sentir la paix revenir. A Damas, il n’y a plus de bombes. Le problème ? Depuis 2015, nos jeunes ont fui le pays et nous espérons qu’ils reviendront. Nous faisons de notre mieux pour aider ceux qui sont restés, pour aider les familles dont la plupart des membres sont séparées. Notre mission est d’aider les gens à rester et de ramener à leur famille ceux qui sont partis. Après huit années de guerre, il reste beaucoup à faire pour reconstruire le pays.

[...] Pendant de longues années, la Syrie a été une terre d’accueil : pour les Arméniens dans les années 1920, les Assyriens, les Kurdes, les Libanais, les Irakiens, … Cependant, les réfugiés syriens n’ont pas été bien accueillis dans de nombreuses parties du monde. Ils sont nombreux, trop nombreux. Personne ne veut les accueillir. Le retour en Syrie est également difficile aujourd’hui, principalement pour des raisons économiques.

[...] Nous faisons face à de graves problèmes économiques parce que la valeur de notre monnaie a chuté. Avant la guerre, 1 dollar américain valait 50 livres syriennes ; il en vaut 515 aujourd’hui ! Les salaires, eux, évidemment, sont les mêmes. Les Syriens de l’étranger pourraient nous aider, mais ceci est impossible en raison des sanctions économiques. Cette mesure, prise contre le gouvernement, fait surtout souffrir les gens pauvres. Les membres du gouvernement, eux, disposent d’autres ressources ! Ce sont les pauvres qui en paient le prix."


Donald Trump s'inquiète des meurtres des fermiers blancs en Afrique du Sud

De Jean Rouxel dans Les 4 Vérités :

Unknown-2"Les autorités sud-africaines ont fort mal pris un tweet du 22 août, dans lequel Donald Trump signalait qu’il avait demandé au Secrétaire d’État d’étudier avec attention la question des meurtres à grande échelle de fermiers blancs. Quelques mois plus tôt, c’était le ministre de l’Intérieur austra- lien qui avait choqué Prétoria, pour avoir dit que les fermiers sud-africains, menacés par l’an- archie et la démagogique ré- forme agraire annoncée dans un pays mal sorti de l’apartheid, seraient les bienvenus dans son propre pays.

On connaît mal la situation réelle des fermiers blancs en Afrique du Sud, mais il est certain qu’ ils sont particulièrement menacés. Selon l’organisation AfriForum, qui défend la minorité afrikaner, le taux de mortalité chez les fermiers blancs est 4 fois plus élevé que dans le reste de la population (alors que la société sud-africaine est déjà l’une des plus violentes au monde). Nous assistons en Afrique du Sud à l’une des dernières « guerres coloniales » du continent. Et tout porte à craindre que les résultats de cette guerre civile soient parmi les plus catastrophiques du continent – qui, pourtant, a collectionné depuis quelques décennies les « transitions démocratiques » ratées et mortifères. À moins qu’une pression étrangère forte, comme celle que Donald Trump semble envisager, n’évite le pire, le plus vraisemblable reste que la réforme agraire sud-africaine se passe à peu près aussi mal que dans l’ancienne Rhodésie, devenue le Zimbabwe.

Ce dernier a réussi le tour de force de passer en quelques décennies de l’un des pays les plus riches d’Afrique à l’un des plus pauvres du monde. Notamment à cause d’une réforme agraire aussi démagogique que celle que prévoit actuellement le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui avait entraîné le massacre d’une large partie des forces vives du pays et un désastre politico-économique qui dure encore.

Alors, bien sûr, on peut juger que Donald Trump a une bien curieuse façon de pratiquer la diplomatie, avec ses tweets intempestifs. Mais il me semble qu’il a mille fois raison de vouloir éviter l’extermination de tous les fermiers afrikaners d’Afrique du Sud. Pour eux, d’abord, bien sûr, mais aussi parce que le pays ne s’en relèverait pas. Or, cette extermination, sans être certaine, est une hypothèse qui n’a rien d’absurde. Et gouverner, c’est prévoir – y compris le pire ..."


L’armée syrienne s’attaque à la dernière région tenue par les islamistes

Analyse d'Antoine de Lacoste, parue sur Boulevard Voltaire :

"La région d’Idleb, située au nord-ouest de la Syrie, est la dernière tenue par les islamistes. Et ils y sont très nombreux. En effet, cette région est devenue, au fil des redditions, le réceptacle de tous les islamistes vaincus refusant les accords de réconciliation et exigeant d’être conduits sous protection russe vers Idleb.

Les Syriens n’étaient pas très emballés par cette stratégie mais les Russes les ont convaincus que c’était le seul moyen de reconquérir progressivement le terrain perdu en limitant les pertes. Mais maintenant que Deir ez-Zor, la Ghouta, Hama et Deraa ont successivement été reconquises, il faut bien s’attaquer à Idleb. Plusieurs dizaines de milliers de combattants islamistes y sont concentrés avec leurs familles pour la plupart. Toutes les tendances s’y retrouvent : les soi-disant modérés de l’ASL, des Frères musulmans, des salafistes, des Turkmènes, des cellules dormantes de Daech et – le gros morceau – Tahrir al-Cham, le nouveau nom d’Al-Nosra. Au milieu de tout cela, l’armée turque, bien embarrassée par la tournure que prennent les événements.

C’est peu dire que l’ordre n’a pas régné dans ce chaudron islamiste. Les règlements de comptes y ont été permanents, pour la plus grande joie de services secrets syriens qui y ont pris une part certaine. Les Turcs ont été également très actifs. Ils ont recruté et armé l’ASL, espérant qu’elle prendrait le contrôle de la région ; ils l’ont aussi utilisée comme chair à canon contre les Kurdes lors de la bataille d’Afrine, en mars dernier. Ses combattants se sont, d’ailleurs, comportés avec une cruauté rare.

Mais malgré leurs efforts, c’est Tahrir al-Cham qui domine la situation. Les services secrets turcs ont alors changé de tactique et se sont fixé pour objectif de fusionner l’ASL avec l’ensemble des groupes islamistes. Ils ont fait assassiner les principaux responsables de Tahrir al-Cham qui s’y opposaient et ont massivement armé l’ASL pour qu’elle devienne le fer de lance de cette fusion. L’objectif est, évidemment, de présenter un front uni contre l’armée syrienne et de dissuader celle-ci de lancer une grande offensive terrestre.

Mais que faire si les Syriens attaquent et ne se contentent plus de raids aériens ? Faire tirer sur les alliés des Russes est délicat, surtout si ceux-ci participent à l’offensive. C’est justement la grande inconnue et le comportement russe est observé à la loupe.

Pour Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, pas d’hésitation : « Il est nécessaire de porter le coup fatal aux terroristes. » Mais pour Lavrentiev, l’envoyé spécial russe en Syrie, « pas question d’une opération d’envergure pour l’instant ». Il faut, évidemment, ménager la bonne entente avec le nouvel allié turc, surtout au moment où celui-ci est en froid avec les États-Unis.

Pour l’instant, c’est l’aviation, y compris russe, qui travaille. Et plutôt bien : un important dépôt de munitions de Tahrir al-Cham a été visé avec succès, faisant des dizaines de tués parmi les islamistes. Mais nous n’en sommes qu’au hors-d’œuvre d’une opération pendant laquelle Poutine et Erdoğan se parleront sûrement beaucoup."


En Afrique, tout est toujours à recommencer…

De Bernard Lugan :

"Alors qu’ils sont inscrits dans la longue durée, les conflits africains sont paradoxalement analysés à travers une trilogie idéologique étroitement contemporaine : « déficit de développement », absence de « bonne gouvernance » et manque de démocratie.

Prisonniers de ces trois concepts européocentrés, journalistes et « experts » sont incapables de prendre la véritable mesure des crises africaines. Emblématiques à cet égard, les exemples de l’Ituri et du Mali sont étudiés dans ce numéro de l’Afrique Réelle.

En Ituri, le 13 juillet 2018, l’ONU a dénoncé des « violences barbares » commises, entre autres, par les miliciens Lendu. Quinze ans après l’opération française Artemis (juin à septembre 2003), en dépit de la présence de plusieurs milliers de casques bleus, et après les procès devant la CPI de La Haye de chefs miliciens impliqués dans les massacres des années 2000, tout a donc recommencé…

Comment aurait-il d’ailleurs pu en être autrement quand les tueries inter-ethniques y sont d’abord la reprise de mouvements précoloniaux ? La lutte pour les richesses naturelles n’est en effet pas la cause des actuels massacres, mais un facteur aggravant se surimposant à la longue durée historique régionale.

Voilà donc pourquoi aucun intervenant extérieur ne pourra régler la question de l’Ituri puisque c'est celle des relations séculaires entre les Lendu, les Héma, les Alur et les Bira. Voilà également pourquoi le « remède » électoral y sera sans effet.

Au Mali, les jihadistes ont perdu leurs sanctuaires sous les coups de boutoir de l’armée française. Contraints de réduire leurs capacités d’action, pourchassés nuit et jour et incapables de lancer des opérations coordonnées d’ampleur notable, il ne leur reste plus que le terrorisme. Ayant échoué à constituer un califat régional, eux qui voulaient dépasser les ethnies, sont tout au contraire contraints d’enraciner leur survie sur elles. Mais, ce faisant, ils ont réveillé les chaînes de solidarités et d’inimitiés séculaires dont ils se trouvent désormais prisonniers…

A supposer que les jihadistes soient définitivement éliminés, aucune paix durable ne sera pour autant instaurée au Mali puisque le problème de fond, celui de l’incompatibilité nord-sud, n’y sera pas réglé. Tous semblent avoir oublié qu’en 2012, c’est en effet sur la permanence de l’irrédentisme touareg que s’est opportunément greffé l’islamo-jihadisme.

En Ituri comme au Mali et en bien d’autres parties de l’Afrique, les interventions étrangères sont sans issue. Parce qu'elles ne sont pas en mesure de régler la question de la cohabitation de populations que tout sépare  et qui sont condamnées à vivre ensemble dans des Etats artificiels. Elles peuvent donc éteindre des incendies, mais, comme elles sont incapables de s'attaquer à leurs causes, tout est donc toujours à recommencer..."


Le sud de la Syrie entièrement reconquis par l’armée

Analyse d'Antoine de Lacoste :

"La résistance a cessé dans le sud de la Syrie. Les trois provinces de Deraa, Qouneitra et Soueïda ont été entièrement reconquises par l’armée et cette victoire est une étape importante dans cette guerre qui ravage la Syrie depuis sept ans.

La dernière poche islamiste était tenue par Daech à proximité du plateau du Golan. C’est à cause d’elle que d’autres combattants de l’État islamique venus de l’est avaient lancé un raid spectaculaire contre des villages druzes la semaine dernière, faisant plus de 250 morts. Surtout, une quarantaine de femmes et d’enfants ont été emmenés en otages afin de servir de monnaie d’échange.

Mais Russes et Syriens ont refusé toute négociation et la reconquête s’est achevée par la mort ou la fuite de centaines de combattants de Daech.

Un incident important s’est produit au cours de cette fuite : sept islamistes ont escaladé le plateau du Golan vers la frontière israélienne. Très vite repérés, ils ont été aussitôt abattus par des tirs de missiles de l’aviation de l’État hébreu. Ils étaient armés de fusils d’assaut, de grenades et de ceintures d’explosifs. En commentant cet événement, qui est une première, Israël a déclaré que, selon toute vraisemblance, ces hommes voulaient s’infiltrer dans le pays pour y commettre des attentats. Rien n’est moins sûr, en réalité. Jamais, jusqu’à présent, Israël ne s’était attaqué aux islamistes, quels qu’ils soient. De plus, chacun sait que les frontières israéliennes sont totalement infranchissables. Ils n’avaient donc aucune chance. Dès lors, il semble plus probable que ces sept combattants, fuyant l’avancée des troupes syriennes, aient espéré pouvoir compter, comme par le passé, sur la mansuétude d’Israël.

Mais les temps ont changé. Lieberman, le ministre de la Défense israélien, vient de se réjouir du retour des institutions syriennes le long du Golan et affirmé que Bachar el-Assad était le représentant de la Syrie. Il y a deux ans, le même Lieberman traitait Bachar de « boucher »…

Ce revirement israélien marque le succès spectaculaire de la diplomatie de Poutine. Il a reçu Netanyahou le 11 juillet et Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, a beaucoup parlé avec son homologue israélien.

Ce n’est donc pas un hasard si les Russes ont annoncé la création de plusieurs postes militaires sur le Golan, qui seront tenus par leur armée. C’est probablement Israël qui a exigé cela, certain, alors, que ni le Hezbollah libanais ni les Iraniens n’oseront aller contre la présence russe. Des Casques bleus de l’ONU vont également faire leur retour. On sait qu’ils ne servent généralement à rien, mais le symbole est là.

Dans le même temps, on parle d’un recul de 80 kilomètres des forces iraniennes. Israël juge cet effort insuffisant mais, là aussi, personne n’aurait parié sur une telle souplesse de l’Iran.

Le très délicat dossier du Golan est donc en passe d’être réglé. Trois sujets brûlants attendent maintenant Poutine : Idleb et ses milliers d’islamistes au nord-ouest, la présence turque et la présence américaine."


Les Equatoriens ont défilé contre la promotion de l'idéologie du genre dans l'éducation

Lu ici :

Par centaines de milliers, les Equatoriens ont défilé le 28 juillet 2018 contre l’introduction et la promotion par le gouvernement de l'idéologie du genre dans l'éducation. Ils ont aussi redit leur opposition à tout projet de légalisation de l’avortement. 

Les organisateurs estiment que 200.000 personnes se sont mobilisées à Guayaquil, tandis que de semblables manifestations étaient organisées à Quito et dans d'autres villes du pays. 

Dans un communiqué envoyé à ACI Prensa, le collectif des familles à l’origine de ces marches exige du président de l'Equateur, Lenin Moreno, la démission des ministres de l'Education et de la Santé pour avoir mis en place une politique inféodée à des intérêts étrangers, faisant la promotion de l'avortement et l'idéologie du genre. 

Les familles exigent également que le gouvernement promeuve enfin des « politiques publiques axées sur la famille » et que « les parents jouent un rôle de premier plan dans le développement des programmes d'études dans le domaine de l'éducation sexuelle ». Elles dénoncent enfin un récent arrêt de la Cour constitutionnelle qui mine l’autorité parentale au profit de celle de l’Etat dans les matières relatives à l’éducation et la santé des mineurs. 

Cette mobilisation d'une ampleur inédite n'aura pas été sans effet. L'Assemblée nationale de l'Equateur a ratifié le 31 juillet 2018 le droit des parents d'éduquer leurs enfants « selon leurs principes, leurs croyances et leurs options pédagogiques », sans ingérence de l'Etat."


Les derniers combattants de Daech lancent un raid meurtrier dans le sud de la Syrie

Analyse d'Antoine de Lacoste :

L’Etat islamique agonise dans le sang. Quelques centaines de ses combattants ont lancé une série de raids éclairs le 25 juillet dernier contre plusieurs villages du sud de la Syrie, dans la province de Soueïda, faisant plus de 250 morts.

Cette province avait été épargnée par les combats jusqu’à présent. Mais sa proximité avec le désert la met maintenant en danger car c’est là que se cachent les lambeaux de Daech ; d’autres résidus sont actifs plus à l’est, de part et d’autre de Deir ez-Zor.

La tactique utilisée a été classique : des kamikazes conduisant des camions (ou à pied parfois), se font sauter à proximité d’un barrage de soldats ou de villageois armés puis, profitant de la confusion, les autres islamistes entrent dans les maisons et assassinent leurs habitants ou mitraillent dans les rues, au hasard.

Ce sont les druzes qui ont payé le plus lourd tribut cette fois. De nombreux villages de cette région sont en effet  habités par cette communauté, très présente dans le sud de la Syrie, jusqu’au plateau du Golan et en territoire israélien.

Les druzes ont toujours été à part en Syrie, comme ailleurs. Très soucieux de leur identité et de leurs traditions, ils forment un clan soudé. La guerre en Syrie a pourtant été l’occasion de désaccords en son sein. Une grande partie est restée neutre ou fidèle à Bachar, mais d’autres ont participé aux premières manifestations anti Bachar à Deraa en 2011. Un groupe rebelle a même été constitué, mais l’assassinat d’un dignitaire druze par le très islamiste Front al Nosra en 2012 a tout changé.

Aujourd’hui les druzes défendent leur territoire face aux islamistes avec détermination. Ils acceptent d’épauler l’armée mais refusent d’être déployés hors de leur région, refus que l’armée syrienne se garde bien d’enfreindre.

Cette attaque de Daech va renforcer leur détermination face aux islamistes. Les aviations russes et syriennes ont mené plusieurs raids contre les agresseurs faisant une cinquantaine de morts, mais nul doute que le pouvoir de nuisance de Daech reste important.

Une voix dissonante s’est faite entendre au sein de la communauté druze. Le triste Joumblat, un des chefs de la communauté druze libanaise (un homme qui a beaucoup de sang chrétien sur les mains), a accusé Damas d’être responsable de cette tragédie. En effet, après la reprise de Yarmouk au printemps dernier (banlieue de Damas), une enclave de Daech a fait l’objet de négociations. Plusieurs centaines de combattants ont été autorisés à partir ce qui a épargné de lourdes pertes à l’armée syrienne qui, on le sait, a d’importantes difficultés à combler les vides provoqués par sept ans de guerre.

Joumblatt pense que ce sont eux qui ont attaqué les villages druzes et accuse le régime syrien d’imprudence.

Rien n’est sûr, mais ce qui l’est, c’est qu’à quelques kilomètres de là, la base américaine d’Al Tanf n’a jamais rien organisé contre les hommes de Daech.

Alors pourquoi a-telle été construite ?


Barkhane et la diplomatie française : à l’origine du chaos ?

Texte d'Olivier Hanne, maître de conférences (qualifié), chercheur-associé à l’université d’Aix-Marseille, co-auteur de Jihâh au Sahel, Menaces, opération Barkhane, coopération régionale, Giovanangeli Editeur, Paris, 2015.

Le site Le Monde publiait le 26 juillet dernier un article de Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, intitulé « Au Mali, le chaos résulte d’une succession de faux pas de la diplomatie française ».  Cet article s’inscrit dans une récente série d’analyses de nombreux médias pointant du doigt l’opération française, ainsi que le G5-Sahel et la Force conjointe, accusés d’être des acteurs du chaos au Sahel[1]. L’idée sous-jacente est toujours la même : la France poursuit au Mali une politique néo-coloniale qui ne se dit pas, afin d’assurer ses intérêts géopolitiques, gaziers, nucléaires, protéger ses amis dictateurs, etc…

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Les « faux pas de la diplomatie française » seraient : la distinction entre groupes armés et terroristes, entre Touareg sécessionnistes et les autres communautés du Nord-Mali, l’instrumentalisation de Barkhane dans les luttes intertouareg, le mauvais accord de paix passé avec des groupes armés sous l’égide d’Alger, le phénomène de lutte interethnique dans le centre, les fragilités de l’État malien… On s’étonne qu’un diplomate ayant vécu sur place et ancien direction-adjoint de l’IHEDN puisse aligner autant d’approximations pour justifier son propos.

Barkhane n’est pas sans défauts, loin s’en faut. J’en avais moi-même identifié quelques-uns[2]. La montée des tensions interethniques dans le centre du Mali montre que cette opération est insuffisante à garantir la stabilité, laquelle ne se gagne pas seulement par l’action militaire. On ne peut pourtant lui imputer la responsabilité du chaos actuel, ni à la diplomatie française, qui a suivi – pour une fois – une ligne directrice cohérente depuis 2012.

Si Paris a distingué les groupes armés c’est parce que le MNLA a renoncé en octobre 2012 à son alliance avec les groupes djihadistes et a accepté de négocier. Sans ce retournement, l’opération Serval aurait été beaucoup plus compliquée et meurtrière. Ce mouvement refuse toujours de rendre les armes au profit de Bamako, raison pour laquelle la pression internationale et celle de Barkhane doit aboutir à faire respecter l’accord d’Alger. On ne peut par la seule force briser la résistance du MNLA, qui est l’acteur politique majeur dans le Nord-Mali depuis trente ans. N’en déplaise à l’ambassadeur, il faut de la diplomatie et du temps…

La France n’a nullement choisi de soutenir les Touareg sécessionnistes contre les Imghad du GATIA et du général Gamou. L’opération Barkhane n’est réalisable qu’avec l’accord des pays impliqués, c’est dire que rien de ce qui se passe au Mali n’est possible sans le soutien explicite des autorités de Bamako. Pour gagner la paix, la France – et ses alliés, car elle n’agit pas seule – maintient les négociations avec les groupes qui participent aux accord de Ouagadougou (juin 2013) et d’Alger (juin 2015), tout en les frappant lorsqu’ils mènent des opérations militaires contre les FAMA (Forces armées maliennes)[3]. Jamais Paris n’a évoqué l’idée d’une partition ou même d’une autonomie de l’Azawad. Quant au général Gamou, dès lors que ce dernier a été réintégré dans les FAMA la France a travaillé avec lui, comme avec les autres autorités militaires, mais le GATIA joue lui aussi régulièrement contre l’intégrité de l’État malien[4].

Nicolas Normand assure que la France a été instrumentalisée par les Touareg ; c’est pourtant l’inverse que l’on raconte à Bamako ! Quant à l’opportunisme d’Alger, que pouvait faire Paris ? Refuser l’immixion de l’Algérie dans la résolution du problème malien, lequel concerne toute la sous-région ? L’Algérie est l’une des clés de la pacification au Sahel. Comment refuser sa présence ? Alger ayant apporté son soutien au Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), réunion des groupes touareg non djihadistes, pouvait-on balayer le HCUA des négociations ? Le Maroc est lui aussi intervenu au pire moment, en janvier 2014, lorsque les FAMA furent chassées de certaines villes du nord par le MNLA : le roi du Maroc invita le chef de ce groupe, Billal Ag Cherif, à prier avec lui à Marrakech. Croire que Bamako et Paris peuvent ignorer ces intrusions diplomatiques relève de la naïveté…

Quant aux tensions interethniques dans la région de Mopti, celles-ci ont commencé dès 2015 : certaines populations peules ont adhéré à un mouvement ethnico-islamiste, mené par le Front de Libération du Macina (FLM) qui joue sur la stigmatisation des Peuls dans la zone et prétend restaurer la fierté peule, en s’inspirant du djihadisme. En 2016, les ethnies qui se sentent menacées se sont armées : Peuls et Touareg contre Subsahariens, Touareg entre eux, montée vers l’islamisme. L’année suivante, un phénomène de milicianisation a commencé à échapper au contrôle de l’armée et de Bamako.

La France n’a aucune responsabilité dans ces récents développements : nos forces sont absentes du centre où agit essentiellement la MINUSMA pour garantir une certaine stabilité sociale. Pour le moment, Bamako n’a demandé aucune intervention internationale autour de Mopti, la France se garde donc de toute ingérence. Les tensions interethniques ont pour facteurs principaux les questions de droit à la terre, de paturage des Peuls, d’islamisation subventionnée par le wahhabisme et de terrorisme organisé par le FLM. Affirmer que Paris et l’armée française seraient des facteurs – même indirects – de tels phénomènes est un mensonge.

En conclusion, l’instabilité sous-régionale dépasse le cadre d’analyse étroit que propose Nicolas Normand. Il ne suffit pas de pointer du doigt la France pour prétendre identifier des responsables. La diplomatie française est prise entre une multitude d’acteurs locaux (Bamako, Touareg, Imghad, Subsahariens, etc) et internationaux (ONU, Union européenne, Algérie, Maroc, etc…) qu’elle ne peut négliger si l’on veut construire une paix durable. Quant à l’armée elle-même, toutes ses opérations sont menées en partenariat avec le G5-Sahel et la Force conjointe ; leurs objectifs sont militaires et non politiques. Il n’y a là aucun néo-colonialisme, aucune défense d’intérêts économiques privés, aucun machiavélisme…

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Des mesures chocs pour lutter contre les "ghettos ethniques"

IndexPas de panique : c'est au Danemark que ça se passe ! Ce qui prouve que même en "démocratie libérale", on peut, ailleurs qu'en France, regarder la réalité en face. Nous ne nous exprimerons pas sur les mesures proposées, qui doivent être analysées dans le détail et correspondent peut-être aux besoins du Danemark. Encore faut-il que ces annonces se traduisent dans les faits, et que l'alternance démocratique, que la galaxie envie aux démocraties libérales, ne renvoie pas, dès les prochaines élections danoises, ces mesures à la liste sans fin des bonnes intentions restées lettres mortes... Extrait.

Poser le problème du ghetto

Le Premier ministre libéral, Lars Lokke Rasmussen, revendique une forme de lucidité face aux problèmes posés par l'intégration, suite à l'échec de plans successifs. Le Danemark a procédé de manière inédite, en choisissant de donner une définition du ghetto – c'est le seul pays en Europe à le faire. Selon eux, il se caractérise notamment par un taux de 50% d'habitants d’origine non occidentale, par un pourcentage élevé de criminalité, un fort taux de chômage et de faibles revenus. Le rapport en a recensé 25 dont 16 particulièrement difficiles, agrégeant au total une population de 60 000 habitants. Le Premier ministre a commencé à présenter ces mesures dans un de ces ghettos, Mjolnerparken, en mars dernier. En voici les grandes lignes.


Les casques blancs syriens exfiltrés par Israël

Analyse d'Antoine de Lacoste parue sur Boulevard Voltaire :

Images-3"L’opération a été discrètement et rondement menée. Environ 400 casques blancs syriens repliés contre la frontière israélienne ont été exfiltrés avec leurs familles par l’armée israélienne le 22 juillet dernier puis transférés vers la Jordanie.

Fait rare : l’armée israélienne a confirmé l’opération qui avait été annoncée par la Jordanie. Benjamin Netanyahu a gravement indiqué que « ces personnes ont sauvé des vies et la leur est maintenant en danger, c’est pourquoi j’ai accepté de les emmener via Israël vers un pays tiers. »

Les casques blancs sont apparus après le début de la guerre, exerçant des opérations de sauvetage dans les zones occupées par les islamistes. Chacun a pu les voir déblayant des décombres, emportant des blessés ou des corps après des bombardements russes ou syriens. Couvert de leurs casques blancs, ils ont suscité l’admiration des occidentaux. Les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne (32 millions de livres a reconnu Boris Johnson) ou l’Allemagne les ont financés ; le doute subsiste quant à la France.

Point d’orgue de leur aura médiatique : plusieurs d’entre eux sont reçus à l’Assemblée nationale le 13 février dernier (au fait comment sont-ils venus ?)

Pourtant de nombreuses voix s’élèvent : ces secouristes sont-ils si neutres que cela ? Les vidéos les montrant en action viennent toujours d’eux. Certaines sont particulièrement troublantes, prises à côté de corps de soldats syriens exécutés.

L’accusation la plus grave est venue de Sergueï Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères. Il a affirmé, à plusieurs reprises, que les casques blancs étaient des militants islamistes passés experts en désinformation et en montages divers et variés. On peut d’ailleurs penser que ce sont eux qui ont mis en scène la fameuse attaque chimique de l’armée syrienne à Douma le 7 avril dernier juste avant que le dernier groupe islamiste se rende (à ce sujet, où sont les preuves promises par Macron et Trump ?). L’armée russe, première présente sur les lieux l’a en tout cas affirmée.

Lors de la reprise d’Alep-Est par l’armée syrienne, l’unique source d’information des médias occidentaux venaient des casques blancs qui multipliaient les communiqués alarmants sur les exécutions sommaires de l’armée syrienne, que personne n’a pu ensuite vérifier.

Mais aujourd’hui, l’étau se resserre. L’armée syrienne a reconquis la quasi-totalité de la province de Déraa et progresse dans celle de Qouneitra, située le long du Plateau du Golan. Et compte tenu du rôle tenu par les casques blancs au cours de cette guerre, il n’est pas certain que ses militants les plus actifs aient pu être compris dans un « accord de réconciliation ».

Israël et la Jordanie ont confirmé que c’est à la demande des Etats-Unis, du Canada, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne que cette opération de sauvetage des casques blancs a  été organisée ; ils seront ensuite accueillis dans un de ces pays.

Pour services rendus."


Viktor Orban annonce le retrait de la Hongrie du Pacte Mondial sur les migrations


L'immigration illégale est un immense problème de sécurité

Breitbart a interrogé Péter Szijjártó, ministre des Relations économiques extérieures et des Affaires étrangères de Hongrie. Il évoque la nécessité de contrôler l'immigration, les relations avec l'Union européenne, le Brexit, les dernières élections en Italie, la lutte contre George Soros, la défense des chrétiens persécutés, la souveraineté nationale...

Vous pouvez avoir des sous-titres en français en sélectionnant la traduction dans les paramètres en bas à droite de la vidéo :


Pendant que l’armée syrienne reconquiert Deraa, Poutine multiplie les initiatives diplomatiques

Analyse d'Antoine de Lacoste :

Deraa-650x647"Depuis que les Américains ont retiré leur soutien aux rebelles islamistes de la province de Deraa, ces derniers ont majoritairement choisi la voie de la négociation dès que l’armée syrienne a déclenché son offensive.

Ce sont, bien sûr, les Russes qui organisent les discussions, mais les débuts n’ont pas été faciles. Contrairement au scénario habituel, le transfert des combattants islamistes avec familles et armes légères vers Idleb, au nord-ouest du pays, n’a pas été accepté d’emblée par les négociateurs russes. Un jour, il faudra en effet reconquérir cette province et il est inutile de la renforcer lorsqu’il est possible de faire autrement.

Ce n’était pas le cas dans la Ghouta par exemple, située en zone urbaine. La province de Deraa, à l’exception de la ville du même nom, est surtout rurale. D’ailleurs, de nombreux villages se sont rendus dès le début de l’offensive, peu désireux d’affronter le pilonnage de l’aviation russe. Les islamistes les plus déterminés se sont alors retirés vers Deraa, non sans avoir assassiné en plusieurs endroits des responsables de village qui avaient négocié avec les Russes. La presse occidentale a, évidemment, peu relayé cette information.

Pressés d’en finir, les Russes ont finalement cédé et promis un transfert vers Idleb pour ceux qui refuseraient « l’accord de réconciliation » traditionnellement proposé depuis quelques mois par le pouvoir syrien.

En échange de cette concession russe, le plus important poste-frontière avec la Jordanie, celui de Nassib, a été évacué sans combat par les islamistes. Ils l’avaient conquis en 2015.

À l’heure actuelle, l’armée syrienne encercle totalement la ville de Deraa, et l’issue semble proche. Il restera ensuite une inconnue de taille : le plateau du Golan.

C’est pourquoi les Israéliens observent de très près la situation. Certes, eux aussi ont abandonné les insurgés qu’ils aidaient pourtant depuis longtemps, mais pas au point de laisser l’armée syrienne s’approcher trop du Golan qu’elle a conquis en 1967 et annexé en 1981 ; annexion qui n’a pas été reconnue par la communauté internationale (sans engendrer aucune sanction, rassurez-vous) et encore moins par la Syrie, dont c’est le territoire.

Bien sûr, les Syriens n’ont aucunement l’intention de reconquérir le Golan, mais ils voudraient au moins reprendre aux islamistes ce qu’ils ont perdu.

La situation syrienne a, bien sûr, été au cœur des discussions entre Poutine et Netanyahou, lors de leur rencontre du 11 juillet à Moscou. Le Premier ministre israélien a, notamment, demandé très officiellement à la Russie de faire partir les Iraniens de Syrie. Pendant leur rencontre, il est cocasse de noter que l’aviation russe a bombardé des positions islamistes près du Golan tandis que l’aviation israélienne attaquait des positions syriennes non loin de là… On s’aime, mais virilement !

Par la suite, Poutine rencontrera ensuite Emmanuel Macron et surtout Donald Trump. Le dossier syrien sera, on s’en doute, largement évoqué."


15 000 fermiers sud-africains émigrent en Russie

Unknown-7Une délégation de 30 familles de fermiers sud-africaines vient d’arriver dans la région de Stavropol, en Russie. Elles font face à de violentes attaques et à des menaces de mort. Au moins 15 000 Boers, descendants de colons hollandais en Afrique du Sud, envisagent de s'installer en Russie en raison des tensions dans leur pays dues aux projets du gouvernement visant à les exproprier de leurs terres.

«C'est une question de vie ou de mort: il y a des attaques contre nous. C'était arrivé au point où les dirigeants politiques attisaient une vague de violences». «Le climat ici (dans la région de Stavropol) est tempéré, et cette terre a été créée par Dieu pour l'agriculture. Tout cela est très attractif».

Il y a eu 74 meurtres de fermiers et 638 attaques en Afrique du Sud, principalement contre des fermiers blancs, entre 2016 et 2017, selon les données du groupe de défense des droits des minorités AfriForum.


Immigration : l'Autriche s'est construite comme l'Etat placé à l'Est pour résister à la poussée de la puissance musulmane

De Constance Prazel sur Liberté Politique :

Unknown-8"Le 14 juillet 1683, on ne fêtait pas encore la prise de la Bastille. Le 14 juillet 1683, débutait le siège de Vienne par les Ottomans, dernière grande offensive d'un Empire déjà sur le déclin contre la puissance habsbourgeoise, qui depuis deux siècles s'était posée comme le rempart contre la poussée turque en Europe. Le 12 septembre, la victoire était emportée grâce à l'intervention de la cavalerie du roi de Pologne. C'était le début de la reconquête de l’est de l’Europe, par la Hongrie, sous occupation ottomane depuis le début du XVIème siècle.

Il est à parier que l'épisode du siège de Vienne n'évoque aujourd'hui plus grand-chose aux observateurs de la vie politique autrichienne, qui d'une manière générale ont une fâcheuse tendance à oublier les leçons de l'histoire pour comprendre les enjeux politiques. Il est utile de s’en rappeler alors que l’Autriche vient de prendre la présidence de l’Union européenne depuis le 1e juillet.

La crise des migrants ne saurait être vécue de la même façon à Vienne et à Paris. Tout d'abord, parce que les flots de réfugiés transitent prioritairement par la Hongrie et par l'Autriche. Ensuite parce que l'Autriche s'est construite pendant des siècles comme l'Etat placé à l'Est pour résister à la poussée de la puissance musulmane en Europe. Et cette réalité est inscrite dans les fibres de son être.

Avoir eu des reines autrichiennes n'a jamais empêché les Français de cultiver à l'encontre du pays de Mozart une incompréhension foncière et structurelle. Dans l'entre-deux guerres, devant la montée des périls, on n'essaie pas de comprendre l'Autriche, qui ne se jette dans les bras d'Hitler que parce qu'aucune autre voie ne lui est proposée. Pour les dirigeants de la IIIème République, le régime autoritaire du Chancelier Dollfuss ne vaut pas mieux que le régime nazi, ce qui empêche de bâtir toute politique d’équilibre intelligente face à l’hitlérisme. Dans les années 2000, ce fut l’hystérie sur le cas Haider qui prit le relais.

Dans le contexte actuel de l’Autriche de Sebastian Kurz, se réactivent les mêmes réflexes. L’histoire étant un éternel recommencement, se réveille aussi le vieil antagonisme entre Vienne et Berlin.  Le chancelier autrichien, d’accord avec l’Italie, s’oppose à la politique inconsciente d’une Angela Merkel qui ouvre grand les bras, et enfonce un coin dans son gouvernement, en obtenant le soutien du ministre de l’Intérieur bavarois Horst Seehofer, en faveur d’une politique migratoire résolument restrictive.

Depuis Paris, leur accoler l'étiquette commode de déviants d’extrême-droite est au mieux une facilité de pensée ; au pire, une erreur politique, et c'est s'empêcher de comprendre ce qui se passe en Autriche et dans les pays environnants. Aux temps de l'affaire Haider, la posture idéologique de condamnation n'a eu aucun effet sur le terrain, si ce n'est de conforter les électeurs du gouverneur de Carinthie dans leur mépris pour Bruxelles. Aujourd'hui, la Pologne, la Hongrie et l'Autriche, et maintenant l’Italie retrouvent le réflexe qui assura leur survie pendant des siècles et reconstituent une alliance de culture et de civilisation, devant des phénomènes profonds qui touchent de manière fondamentale à leur identité et à leur histoire. Le pragmatisme politique nous invite à comprendre ces mécanismes réactualisés, et à savoir les encadrer. On peut toujours rêver que nos dirigeants politiques soient plus lucides que leurs prédécesseurs…"


Expropriation des blancs : l’idéologie officielle du non-racialisme de l'Afrique du Sud se traduit par une racialisation de toutes les relations

De François-Philippe Galvane dans l'Afrique Réelle :

Unknown-5"Lors de sa 54e Conférence Nationale des 16-21 décembre 2017), l’ANC décida d’opérer une réforme agraire radicale par la procédure de l’Expropriation Sans Compensation (Expropriation Without Compensation- EWC) des fermiers blancs et cela, dans un contexte de lutte entre factions partisanes.

Cyril Ramaphosa, fut en effet élu Président de l’ANC (il est devenu depuis Président de la République le 15 février 2018) par seulement 179 voix d’écart sur 4701 votants, sur son opposant Nkosazana Dlamini-Zuma. Il n’avait eu le soutien que de la moitié des 80 membres du National Executive Committee (NEC) et de 3 des 6 membres du Top Six, la direction de l’ANC. Sa position étant fragile, il lui fallait donc donner des gages à son aile la plus révolutionnaire. Voilà pourquoi le « modéré » Ramaphosa a repris la proposition de l’EWC chère aux extrémistes de l’Economic Freedom Fighters (EFF) de Julius Maléma et de l’aile gauche de l’ANC.

Parmi les raisons invoquées par l’ANC pour justifier cette politique, on retrouve la sempiternelle référence aux injustices historiques, avec pour point de départ 1913 et le Land Act qui effectivement spolia les Noirs d’une partie de leurs terres. Quant à l’invocation d’une « faim de la terre » chez les Noirs, elle est à relativiser. Depuis 1994 existe en effet une procédure de restitution des terres, or dans 92% des cas, les plaignants ont préféré une compensation financière plutôt que la restitution de la terre. Cette somme leur permettait en effet de s’installer en ville, d’avoir une maison et d’être présent dans les territoires où l’on peut trouver du travail, au contraire des campagnes... Si il y a une «faim de la terre»,elle se trouve donc dans les villes, où les populations manquent de terrains pour s’installer et construire leurs logements. La majorité des cas d’occupation illégales de terres ont lieu dans les villes et les banlieues et non dans les campagnes.

Mais allons plus loin. La politique de redistribution entamée dès 1994, est un échec dont la responsabilité incombe à l’ANC qui ne s’est pas donné les moyens de l’implanter à grande échelle et qui n’a pas soutenu financièrement et techniquement les nouveaux fermiers noirs, ce qui a eu pour résultat que 90% des fermes redistribuées sont maintenant en faillite, en friche ou réduites à une activité d’autosubsistance avec une déperdition de la production agricole. [...]

En Afrique du Sud, c’est la classification raciale et le poids démographique de son groupe d'appartenance, et non le mérite ou la compétence qui permettent - ou non - des perspectives professionnelles, sociales, économiques. Dans les administrations publiques, cela a conduit à un effondrement du niveau de compétence, et de services. Dans le domaine économique, ce sont des pressions politiques de l’appareil d’Etat permanentes pour réduire par tous les moyens le rôle et la présence des Blancs.

L’économie sud-africaine est en crise avec un chômage massif qui touche la moitié de la population, des municipalités en faillite qui n’assument plus leurs missions de service public, des entreprises publiques surendettées, des systèmes de santé et d’éducation qui s’effondrent, une dette nationale qui s’envole tandis que la crédibilité internationale du pays est au plus bas avec la chute du rand et la dégradation des agences de notation... Et c’est dans ce contexte que le président Cyril Ramaphosa lance une réforme agraire par la procédure de l’Expropriation Sans Compensation, tout en invitant les investisseurs étrangers à venir en Afrique du Sud !"


Sahel : les jihadistes ont échoué à constituer un califat régional

Dans L'Afrique Réelle, Bernard Lugan explique :

Unknown-4"Cinq éléments ne doivent pas être perdus de vue :

1) Les islamistes jihadistes sahéliens sont face à une grande contradiction : leur islam se veut universel ; or, non seulement il n’a pas réussi à transcender les ethnies, mais, tout au contraire, face à l’échec de leur projet universaliste, ils ont été contraints de prendre appui sur elles à travers un islam radical, sorte de fourre-tout sublimant déceptions, désillusions et frustrations.

2) Ils recrutent des combattants, mais, à l’exception d’un petit noyau régulièrement extérieur à la région, leur fidélité est « mouvante » car les dynamiques locales sont plus fortes que les adhésions ponctuelles à la cause jihadiste.

3) Prisonniers du présent et négligeant donc trop souvent la profondeur historique africaine, les observateurs ont cru voir un phénomène religieux dans une multitude de conflits ethno régionaux et même raciaux ancrés dans la nuit des temps. Ainsi, en 2011-2012, lors du soulèvement touareg qui est à l’origine des actuels évènements du Sahel, nous n’étions pas face à une guerre de religion, mais en présence d’un conflit nord-sud. L’islamisme a ensuite agi comme une surinfection de plaies ethno-raciales opportunément utilisées pour son insertion dans le jeu politique local.

4) A cette donnée de longue durée s’est ajoutée la permanence et l’adaptation des activités commerciales à longue distance. Nous les qualifions de « trafic » alors que, pour les populations concernées, elles constituent la poursuite de pratiques précoloniales de mise en relation des zones soudanienne, sahélienne, saharienne et méditerranéenne. Or, ces « trafics » constituent un élément essentiel de survie, une soupape économique et sociale dans ces régions pauvres connaissant des problèmes climatiques accentués par une surpopulation suicidaire et qui ont perdu les ressources du tourisme en raison de l’insécurité. Si ces « trafics » ont toujours existé, celui de la drogue fait aujourd’hui entrer une masse considérable d’argent dans une région sans ressources. Or, ce « trafic », lui aussi organisé sur une base ethnique, est régulièrement habillé du noble voile du Prophète...

5) Face à cette situation, les autorités qui n’ont aucun pouvoir, appuient ou délèguent la sécurité à des groupes de trafiquants à base ethnique, ce qui amplifie le phénomène d’émiettement mais qui complique d’autant le projet universaliste des partisans du califat."


Pourquoi parler de néocolonialisme ?

De Marguerite A. Peeters :

64Fiche"L’imposition agressive et efficace de normes politiques et culturelles inspirées de la révolution sexuelle occidentale aux pays en voie de développement est une préoccupation croissante. Elle menace de produire dans ces pays les mêmes effets qu’en Occident : sécularisation des cultures et perte de la foi.

1. Les derniers papes ont dénoncé le néo-colonialisme qui exporte mondialement les « déchets toxiques spirituels » d’un Occident décadent et s’attaque particulièrement au mariage, à la famille, à la vie et à la morale chrétienne.

2. Avocate et acteur-clef de la décolonisation depuis son origine, l’ONU s’est paradoxalement transformée au fil des dernières décennies en centre névralgique d’un puissant mouvement néo-colonisateur.

3. Précisément depuis que l’ONU défend l’auto-détermination au nom des droits de l’homme, de la démocratie, de l’égalité et de la liberté, ces valeurs universelles ont subi le choc d’une révolution culturelle extrêmement violente en Occident. La démocratie et ses valeurs se sont corrompues de l’intérieur. Les pays soumis à la pression de « se démocratiser » en ont souffert les conséquences : « démocratisation » en est venue à signifier en pratique « alignement sur la réinterprétation révolutionnaire des valeurs démocratiques ».

4. A la fin de la guerre froide, l’ONU a transformé les objectifs de la révolution culturelle d’Occident en normes politiques et culturelles mondiales. De 1990 à 96, l’ONU a organisé neuf grandes conférences internationales au cours desquelles les nouvelles « normes » furent adoptées. Elles portent des noms bien connus : santé et droits sexuels et reproductifs (ou génésiques), perspective du genre, déconstruction des stéréotypes (féminin, masculin, maternel, paternel, familial…), promotion d’un « nouveau paradigme » de la famille (« familles sous toutes ses formes » ou « diversité des familles ») etc.

5. Depuis les années 1990, l’ONU se présente de plus en plus comme une organisation, non plus internationale (ce qu’elle est par mandat), mais mondiale. Cette qualification, auto-proclamée, est abusive. Elle représente de graves menaces au respect de la souveraineté des nations, un principe de la Charte des Nations-Unies, et à la subsidiarité. Elle est d’autant plus dangereuse que le contenu des normes dites mondiales est aujourd’hui souvent contraire à l’esprit de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui reconnaît la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, comme cellule de base de la société, et promeut la liberté de religion.

6. Depuis la conférence du Caire, la plupart des pays en voie de développement ont permis à leurs politiques de développement social, de santé et d’éducation – et fréquemment aussi à leurs lois, d’être infectés, du moins jusqu’à un certain point, par les composantes radicales de la santé reproductive. Dans la mesure où ils l’ont fait, ils ont vendu leur souveraineté et leur indépendance à une minorité étrangère au pouvoir de la gouvernance mondiale. Les agents de la santé et des droits reproductifs ont avancé en Afrique avec une détermination implacable. Rien ne saurait être plus contraire à l’âme africaine que des politiques et lois s’attaquant à la maternité, la vie et la famille.

7. Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, la constitution pastorale Gaudium et Spes, dans le contexte de décolonisation du début des années 1960s, met en lumière « les richesses des diverses cultures » (54) et le « génie propre de chaque peuple » (56). La vocation spécifique de chaque peuple, les dons que Dieu a fait à chacun sont aujourd’hui appelés, en ce temps de mondialisation, à bénéficier à tous, dans un fructueux « échange des dons ». Cette perspective ouvre un immense champ d’action."


La préférence indigène en Suisse

Lu sur le blog d'Yves Daoudal :

"Depuis le 1er juillet, les entreprises suisses doivent mettre en œuvre la « préférence indigène ». C’est le résultat du long processus de l’initiative populaire « contre l’immigration de masse », lancée par l’UDC (et combattue par tous les autres partis) en 2011. En 2012 l’UDC remettait les 100.000 signatures nécessaires. L’initiative a été votée (de justesse) le 9 février 2014. Il a fallu trois ans pour que les autorités réussissent à concocter une loi négociée avec l’UE qui respecte plus ou moins l’initiative populaire sans s’attirer les foudres de Bruxelles et de la Cour européenne des droits de l’homme (au nom de la "liberté de circulation").

Finalement, la loi impose la « préférence indigène » aux métiers qui ont un taux de chômage supérieur à 8%. Cela jusqu’en 2020, où le taux sera abaissé à 5%. En pratique, les employeurs (sous peine de lourdes sanctions financières) doivent annoncer les postes vacants aux offices régionaux de placement, et pendant cinq jours seuls les résidents suisses peuvent consulter ces offres d’emploi. La plupart des médias continuent de tirer à boulets rouges sur cette disposition xénophobe anti-européenne qui ne sert à rien puisque le taux de chômage en Suisse est de 2,4% et qu’il n’y a aucun secteur qui soit concerné, mais la réalité est que plusieurs secteurs ont un taux de chômage supérieur à 8%, et que tant le secrétariat d’Etat à l’Economie que l’Association des offices du travail s’attendent à un effet bénéfique…"


4 soldats français ont été blessés au Mali dimanche

Suite à l'annonce de dimanche, les quatre soldats blessés au Mali dimanche 1er juillet dépendent du 2e REI de Nîmes. Ils ont été rapatriés et hospitalisés en France.

Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

Des militaires français de la force Barkhane (4 000 hommes) sont tombés dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem. A Paris, l'armée française a assuré qu'aucun soldat français n'avait été tué dans cette attaque.

Le ministre des Armées, Florence Parly, a déclaré dans un tweet que "le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali".

Le terrorisme est un moyen de combattre, ce n'est pas un ennemi, un personne ni une organisation. Il serait temps que le ministre nomme l'ennemi.


Les Syriens et les Russes lancent une offensive dans le sud de la Syrie

Analyse d'Antoine de Lacoste publiée sur Boulevard Voltaire :

9b7d6a16b1d293a21b1be4d4f8959056c901f6b0"Depuis la reprise de la Ghouta et du camp de Yarmouk dans la banlieue de Damas, il ne reste plus que deux zones tenues par les islamistes en Syrie : la province d’Idleb, au nord-ouest, et celle de Deraa dans le sud.

Russes et Syriens se sont mis d’accord pour s’attaquer d’abord à celle de Deraa, moins bien défendue qu’Idleb.

Deraa est symbolique : c’est dans cette ville (la capitale de la province porte le même nom que la province elle-même) qu’ont démarré les premières émeutes lors des « printemps arabes », en 2011. De timides au départ, les manifestations étaient vite devenues insurrectionnelles et islamistes. La maladroite et brutale répression du gouverneur de l’époque n’avait fait qu’envenimer les choses. Il fut d’ailleurs relevé de ses fonctions par la suite.

Un long ballet diplomatique a précédé cette offensive. Il fallait en effet parler avec les Américains et les Israéliens afin de sonder leurs intentions.

Les Américains tout d’abord, car Deraa se situe dans une zone de « désescalade », où les combats sont censés ne pas reprendre. Washington avait alors assuré les insurgés de son soutien en cas d’attaque syrienne. De plus, la base américaine d’al Tanf se situe non loin de là, à l’est.

La teneur des discussions russo-américaines n’est pas connue à ce jour, mais la conclusion, quant à elle, fut très claire : les Américains ont averti les insurgés qu’il ne fallait pas compter sur leur soutien. Pourquoi ce revirement qui a provoqué la fureur des islamistes condamnés dès lors à la défaite ? L’avenir le dira sans doute mais il n’est pas exclu que la Jordanie ait joué un rôle dans cette affaire.

Elle est en effet un allié traditionnel de Washington et elle a très mal pris le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, dont, depuis 1948, elle est le gardien des lieux saints musulmans. C’est une humiliation qui n’est pas digérée et qui embarrasse les Américains.

Par ailleurs le roi Abdallah II souhaite normaliser sa relation avec la Syrie. La reprise de Deraa par l’armée syrienne ne lui déplairait donc pas et on ne peut exclure que les Américains aient voulu faire un geste en direction d’Amann.

Les conversations avec Israël sont évidemment plus complexes, car le Golan est tout près. Poutine et Netanyahu en ont longuement discuté à Moscou. Il sera intéressant de voir si l’armée syrienne se rapproche du Golan, au risque de se faire bombarder. Ce qui est sûr c’est que les Iraniens ne participeront pas à cette offensive car l’aviation israélienne attaquerait immédiatement.

Au fond, Netanyahu n’a guère envie de voir l’armée syrienne se réinstaller au pied du Golan, qu’Israël occupe illégalement depuis 1967 et qui appartient en fait à la Syrie. Mais il souhaite conserver de bonnes relations avec la Russie et il sait maintenant que l’insurrection islamiste ne peut plus gagner.

L’issue militaire de cette offensive ne fait certes aucun doute, mais pour peu qu’Israël n’intervienne pas. Ce serait toutefois un bien dangereux engrenage."


Victoire historique de la gauche au Mexique ? Pur mensonge médiatique

Bernard Antony rappelle aux journalistes incultes :

"« Victoire historique de la gauche, après un siècle et plus de pouvoir de droite ! »

Et voilà les mots dits à peu près à l’identique, ce matin, sur différentes chaînes, les chaînes de ces journalistes unanimement unis pour affirmer solennellement leur détermination à traquer les propagateurs de ce qu’ils appellent à leur façon, dans leur jargon, et que nous désignons en bonne langue française selon notre titre : « pur mensonge ! » Car il faut vraiment le faire pour désigner comme « de droite » le pouvoir au Mexique, depuis 1910, du PRI : le Parti Révolutionnaire Institutionnel, totalement franc-maçon et férocement anticatholique.

JpgCe pouvoir supprima les libertés religieuses essentielles (enseignement, port des habits, processions, etc…) et entraîna ainsi d’abord l’opposition violemment réprimée de la majorité du peuple puis, de 1926 à 1929, le soulèvement de la Cristiada menée par les Cristeros, ces héroïques chouans mexicains. Rappelons simplement ici qu’après avoir remporté de grandes victoires sur les armées gouvernementales maçonniques, anticatholiques, puissamment financées et armées par le gouvernement yankee non moins maçonnique, les Cristeros commirent l’erreur de signer les accords de paix négociés par le Vatican et de déposer leurs armes. Désarmés, ne pouvant plus se défendre, par milliers ils furent alors arrêtés, torturés, assassinés par la soldatesque mexicano-marxiste soutenue, financée et encadrée par les capitalistes yankees avec d’ailleurs l’entier et massif soutien du Ku- Klux-Klan aussi diaboliquement anticatholique que raciste.

PS : le mercredi 18 juillet, sur Radio-Courtoisie, nous évoquerons cette pure désinformation sur le Mexique et comment ce pays, après plus d’un siècle de dictature maçonnique, est devenu un grand terrain d’affrontement et de massacres des cartels de la drogue."


On ne demande pas à la diplomatie de faire du moralisme

De Ligne droite :

Capture d’écran 2018-06-27 à 08.45.22"La diplomatie française introduit souvent dans son discours une dimension affective et moralisatrice qui peut conduire à des impasses quand ce n’est pas à des désastres. Ligne droite estime que la France doit renoncer à cette pratique et fonder son action diplomatique sur quelques principes rationnels et légitimes, comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Quand il s’agit de traiter avec des pays extérieurs au monde occidental, le discours de la diplomatie française semble en effet s’apparenter à un prêche plein de bons sentiments. Tout se passe comme si la principale préoccupation de la politique extérieure de la France était de s’assurer que les pays du monde respectent les droits de l’homme, appliquent les principes de la démocratie et suivent les préceptes de la pensée unique. À chaque visite officielle, le chef d’État ou de gouvernement soupçonné de ne pas être en règle a droit à des remontrances largement orchestrées par les médias. Des remontrances au demeurant inversement proportionnelles à la puissance du pays en question. La Chine sera traitée avec prudence, la Russie avec impertinence et l’Égypte avec outrecuidance.

Ligne droite estime que cette attitude moralisatrice est à la fois illégitime et contraire aux intérêts de notre pays. A quel titre en effet le président de la République française s’arroge-t-il le droit d’interférer dans les affaires intérieures d’un autre pays ? La France n’est pas comptable du monde et les dirigeants de notre pays n’ont de devoirs qu’envers les Français.

De surcroît, pareille attitude se révèle préjudiciable à la réputation de notre pays car elle lui attire des inimitiés. C’est en effet cette posture, d’ailleurs commune à tous les pays occidentaux, qui explique en grande partie l’animosité des pays émergents à l’égard de l’Europe et des États-Unis. La haine de l’Occident trouve sans doute sa source dans la colonisation, mais elle est aujourd’hui ravivée par la prétention insupportable des Européens à vouloir imposer au monde entier leur modèle politique et leurs principes juridiques.

Cette obsession moralisatrice de la politique étrangère française et occidentale est encore plus dangereuse lorsqu’elle ne se limite pas aux objurgations et qu’elle débouche sur l’ingérence et parfois même sur l’ingérence armée. On l’a vu de façon tristement spectaculaire en Libye. Le dictateur qui dirigeait ce pays d’une main de fer et y faisait régner l’ordre a fini par être considéré à Paris et dans d’autres capitales occidentales comme décidément trop offensant pour la doxa des droits de l’homme. La France et la Grande-Bretagne sont donc intervenues directement pour provoquer sa chute. Résultat : la Libye a sombré dans l’anarchie, les conditions de vie des habitants se sont terriblement dégradées et le pays s’est ouvert à tous les passeurs qui organisent la déferlante des migrants vers l’Italie et vers l’Europe.

En voulant imposer la démocratie dans le monde, la France et les pays occidentaux, tel Gribouille, aggravent les difficultés des autochtones et créent une situation qui se retourne contre eux. C’est ce scénario qui s’est joué en Syrie, mais aussi en Irak. À chaque fois les conséquences ont été calamiteuses, mais personne ne semble en tirer les conséquences. Les médias qui poussent nos gouvernants à agir de cette façon ne semblent jamais gênés par l’absurdité des situations qui en résultent. Ils dénoncent le dictateur un jour, ils dénoncent le chaos qui le remplace le lendemain, puis ils dénoncent les organisations terroristes qui en sont le fruit le jour d’après, en une série de condamnations moralisatrices qui ignorent la cascade de causes et leur propre responsabilité dans cet enchaînement.

Une politique étrangère digne de ce nom ne peut se fonder sur des comportements aussi immatures. C’est pourquoi Ligne droite considère que la politique étrangère de notre pays doit reposer sur un grand principe, celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La France doit donc proscrire toute ingérence et afficher publiquement une attitude de respect à l’égard des autres nations, respect de leur indépendance, respect de leur identité et respect de leur mode de gouvernement.

Cette ligne doit être suivie avec la plus grande rigueur. Si un pays musulman est subjugué par un mouvement islamiste radical, ce n’est pas aux soldats français d’aller se battre contre lui à la place des habitants. Si à l’inverse un pays se soumet à un coup de force militaire, il n’appartient pas à la France de s’y opposer ou de chercher à déstabiliser ce régime. La France ne peut légitimement intervenir que si ses intérêts sont en jeu ou si un pays ami, avec lequel elle est liée, fait appel à elle.

En réhabilitant un principe qu’elle incarnait avec succès dans les années soixante, la France gagnera en prestige et en autorité."


Le ruissellement ou la diffusion de la richesse

Analyse intéressante de l'IREF :

"Cette notion de ruissellement ne signifie évidemment pas que l’enrichissement des uns fera directement couler des monceaux de billets sur les terres des pauvres comme certains ont ironisé. Mais elle traduit l’idée qu’en permettant aux plus entreprenants de créer de la richesse, les autres en profiteront aussi à terme par le ruissellement de cette richesse jusqu’à eux. Il ne s’agit donc pas non plus de croire que la richesse peut se diffuser automatiquement et couler à flots comme le champagne de ces fontaines de coupes construites pour certains mariage sur le verre supérieur desquelles il est déversé le champagne de nombreuses bouteilles qui descend ensuite de verre en verre et de niveau en niveau jusqu’aux verres placés au rang le plus large au niveau inférieur. Cette image du ruissellement exprime d’une certaine manière les effets d’une politique de l’offre qui, notamment en réduisant les charges fiscales et sociales et les réglementations excessives, tend à encourager l’innovation et la création d’entreprises. Les entrepreneurs qui réussissent s’enrichissent, mais ils n’y parviennent qu’en faisant travailler salariés, fournisseurs et sous-traitants qui profitent ainsi de leur initiative et des risques qu’ils ont pris. Les consommateurs en bénéficient aussi du fait de l’accroissement du nombre de produits et services mis sur le marché, par des entreprises plus nombreuses que la concurrence, incite à améliorer sans cesse leur production tout en en réduisant les prix. L’enrichissement des entrepreneurs qui réussissent contribue ainsi, dans une économie de marché ouverte et cadrée par un état de droit garantissant à tous les mêmes droits, à réduire la pauvreté. Mais en même temps elle est susceptible d’accroître l’inégalité.

Cette idée du ruissellement est donc combattue par tous les apôtres de l’égalité absolue qui ne sauraient admettre que l’inégalité se développe pour combattre la pauvreté. Ses adversaires soutiennent sans vergogne que cette théorie est non seulement mauvaise, mais même qu’elle n’a pas de consistance. « Il n’existe aucune théorie du ruissellement » écrit Jean-Marc Vittori le 2 octobre 2017 dans les Echos tout en tempérant son propos ensuite. Le pape François fulmine contre cette théorie. M Macron se défend que sa politique du premier de cordée s’y apparente et son Premier ministre préfère parler de sa politique comme d’un « effet de souffle fiscal en faveur de l’investissement, de l’emploi et de la croissance ». La réalité nous paraît tout à la fois moins hypocrite et plus complexe.

Le ruissellement n’est peut-être pas à proprement parler une théorie économique à part entière, mais il est une illustration des effets de la théorie libérale depuis que les physiocrates l’ont conceptualisée au XVIIIème siècle sur les bases de la philosophie du droit naturel, développée par les thomistes de l’Ecole de Salamanque. [...]

Unknown-4Dans le monde, selon le rapport de la Banque mondiale de 2016, le nombre d’individus vivant avec moins de 1,90$ par jour a chuté de plus des deux tiers depuis 1990 malgré l’augmentation significative de la population des pays les plus pauvres. Le taux de pauvreté (selon le standard antérieur de moins de 1$ par jour) dans les zones urbaines de l’Inde est passé de 39% en 1987-1988 à 12% en 1999-2000. Dans le même temps la croissance est passée de 0,8% jusqu’au milieu des années 1980 à 3,2% dans les années 1990 ; et si la croissance annuelle dans ce pays est passée de 0,8% jusqu’au milieu des années 1980 à 3,2% dans les années 90, « ce décollage n’est pas tant le résultat d’interventions locales que la conséquence de réformes systémiques, en particulier la libéralisation du commerce et celle du marché des biens et services » note encore Philippe Aghion.

Le prix Nobel 2015 Angus Deaton a constaté que les pays du tiers monde ont été enfoncés dans leur misère par l’assistance que leur a procurée trop longtemps le monde développé pour des raisons éminemment politiques. Cette assistance était largement accaparée par les plus puissants de ces pays, et ce qui en restait ne servait qu’à laisser croire aux populations assistées qu’elles pouvaient subsister sans créer de richesses par elles-mêmes. Ce qui a permis la réduction de la pauvreté dans le monde, rappelle Angus Deaton, c’est la croissance plus que les mesures de redistribution. Et cette croissance a été favorisée par la liberté d’enrichissement économique et non frauduleux laissée aux plus hardis et aux plus avisés. Ce qui bien entendu conduit à une certaine inégalité propre à la diversité des comportements humains.

Donnez un pain et deux pommes chaque matin à trois jeunes sans le sou. Le premier s’en contentera pour sa journée ; le deuxième les mangera dès le matin et ira crier famine à l’heure de déjeuner ; le troisième prendra sur lui de ne manger qu’une pomme par jour et vendra l’autre, à celui qui a mangé les deux le matin peut-être, pour accumuler jour après jour une petite fortune et devenir bientôt un vilain riche... capable d’embaucher les deux premiers pour développer son commerce de pommes. En acceptant des privations pour tenter de s’enrichir, le troisième entraine la « cordée » vers l’emploi. C’est la théorie du ruissellement selon laquelle la création de richesse profite à tous, différemment. L’égalité exigerait de les laisser tous les trois végéter dans une médiocre assistance et il y faudrait sans doute des mesures coercitives à l’encontre de celui qui a pris le parti de se priver et de travailler pour s’enrichir à terme.

Malgré les dénégations horrifiées d’une doxa bien pensante, la liberté de création et d’échange permet, mieux que toute autre démarche, de réduire la pauvreté. A condition bien sûr que l’Etat ne décourage pas ces initiatives en captant par exemple la plus grande partie du profit du vendeur de pommes ou en lui imposant tant de sujétions étranges et stupides qu’il renonce à son commerce. Certes notre vendeur de pommes gagnera plus que les deux autres qui auront trouvé un petit boulot chez lui. Mais n’est-il pas préférable que les 10% les plus pauvres gagnent 1 500€ par mois et les 10% les plus riches 8 000€ par mois, plutôt que respectivement 1 000€ et 1 500€ par exemple ?

Dans les pays démocratiques et libéraux, les grandes fortunes se bâtissent en créant des entreprises qui embauchent. Dans le monde, sur les 200 personnes les plus riches, 140 sont des entrepreneurs qui ont gagné leur argent grâce à l’entreprise qu’ils ont créée. Sur les 50 personnes qui possèdent les premières fortunes mondiales, 40 sont des entrepreneurs et sur les 10 personnes les plus riches du monde, 9 sont des entrepreneurs ! En France, les dix plus grandes fortunes appartiennent à des familles créatrices d’entreprises prospères et qui emploient 700 000 salariés, sans compter les innombrables sous-traitants et autres fournisseurs. [...] Il ne s’agit pas non plus, bien sûr, de vanter l’inégalité qui dans ses excès révèle souvent l’arrogance et le mépris des parvenus. Mais il ne faut pas l’éradiquer en tuant en même temps les talents. Au contraire, il convient de faire éclore ceux-ci, aussi nombreux que possible, en donnant leur chance et les mêmes droits à tous de façon qu’aucun ne soit empêché de s’instruire et d’entreprendre par l’obscurité de sa situation. Le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté est de garantir à tous les mêmes droits. [...]

Aussi et à tout prendre, il vaut mieux choisir la liberté que l’égalité comme chemin de lutte contre la pauvreté et pour avancer vers la prospérité. Il est plus important de sortir les hommes de la pauvreté que de les rendre égaux artificiellement et généralement en les abaissant tous. L’inégalité en droit est injuste mais l’égalité n’est pas une vertu. Les hommes sont inégaux et imparfaits par nature, mais il est souhaitable et possible de lutter contre la pauvreté et le ruissellement, ou irrigation, y contribue. [...]"


Le monde francophone demeure le parent pauvre de l’aide française au développement

Capture d’écran 2018-06-23 à 20.48.28C'est ce qu'indique le dernier rapport du CERMF (Centre d'étude et de réflexion sur le monde francophone) au sujet de l’aide française au développement, basé sur les dernières données détaillées disponibles. Le CERMF est le seul organisme qui analyse l’aide française au développement d’un point de vue francophone. 

En 2016, moins d’un euro sur six versés par la France a été affecté au vaste monde francophone. Une situation qui traduit un manque de vison à long terme, et qui s’oppose à la politique du Royaume-Uni qui privilégie toujours son espace géolinguistique. Et les perspectives sont peu encourageantes.

Selon les dernières statistiques détaillées publiées par l’OCDE, la France n’a consacré que 32 % de ses aides relevant de la catégorie dite de l’Aide publique au développement (APD) à des pays francophones en 2016. En y rajoutant sa lourde contribution nette au budget de l’Union européenne (UE), selon les données fournies par le Sénat, la part du monde francophone (en l’occurrence l’Afrique francophone, Haïti et le Vanuatu) s’établit à environ 15 % du volume global des aides au développement versées par l’Hexagone à des pays étrangers.

Une politique peu francophonophile 

Concernant la partie relative à l’APD (qui se rapporte aux pays à revenu faible ou intermédiaire, et non membres de l’UE), et comme à peu près comme chaque année, seuls deux des dix premiers pays bénéficiaires, aides bilatérales et multilatérales confondues, étaient des pays francophones : le Maroc (2e) et le Cameroun (4e). Les autres principaux bénéficiaires étaient dans l’ordre : la Turquie (1e), la Jordanie (3e), l’Égypte (5e), l’Inde, la Colombie, le Mexique, l’Éthiopie et le Brésil.

Pour ce qui est des aides bilatérales, qui représentent environ 60% de l’APD française (58% en 2016), celles-ci se sont à nouveau principalement orientées vers des pays non francophones. En effet, seuls trois des dix premiers pays récipiendaires étaient francophones, à savoir le Maroc (1e), le Cameroun (3e) et l’Algérie (10e, et qui refait son apparition dans les 20 premiers du classement). Les autres principaux pays bénéficiaires étant la Jordanie (2e), l’Égypte (4e), la Colombie, le Mexique, l’Inde, le Brésil et la Turquie (9e). Cinquième en 2016, la Colombie s’était classée première en 2015, seconde en 2014 et quatrième en 2013. Pour sa part, le Brésil, pourtant déjà assez développé et concurrençant même la France dans certains domaines, arrivait en quatrième position des pays bénéficiaires de l’aide bilatérale française en 2014 et en 2015, et en deuxième position en 2012.

Au total, environ 32 % de l’APD française a ainsi été affectée aux pays du monde francophone, soit 2,7 milliards d’euros sur une enveloppe globale de 8,5 Mds (chiffres hors Wallis-et-Futuna, archipel qui ne peut naturellement être pris en compte puisqu’il s’agit d’un territoire français). Ce taux est approximatif, à quelques décimales près, puisqu’il inclut quelques éléments n’ayant pas fait l’objet d’une répartition précise par pays, et qui concernent notamment des aides répertoriées comme « régionales », certains frais administratifs, ainsi qu’une partie des coûts liés aux étudiants et aux demandeurs d’asile présents sur le territoire français.

Cette part se retrouve également au niveau du groupe AFD, qui gère environ la moitié de l’APD bilatérale française, et dont 32 %, approximativement, du volume global des autorisations de financement accordées à des pays étrangers ont été consacrés au monde francophone. Comme chaque année ou presque, seuls trois des dix principaux pays bénéficiaires étaient francophones, à savoir : la Côte d’Ivoire (2e), le Maroc (6e) et le Sénégal (8e). Il est d’ailleurs à noter que le Brésil se classe deuxième des pays bénéficiaires sur l’ensemble de la période quinquennale 2012-2016, et que la part des aides non remboursables (subventions, contrats de désendettement, bonification de prêts…) n’a représenté qu’environ 35 % des financements accordés aux pays francophones.

Mais aux aides relevant de l’APD, il convient naturellement d’ajouter celles versées annuellement à un certain nombre de pays européens membres de l’Union européenne, et essentiellement situés en Europe orientale. Ceci est d’autant plus justifié que ces aides se caractérisent par leur totale gratuité, étant ni remboursables ni assorties de conditions au profit de l’économie française. Et ce, contrairement aux aides relevant de l’APD dont le tiers, environ, est remboursable (le quart environ pour les pays francophones), et qui sont parfois assorties de certaines conditions plus ou moins indirectes. 

Or, la contribution nette de la France au budget de l’UE s’est élevée à non moins de 9,216 milliards d’euros en 2016, qui viennent donc s’ajouter aux 8,518 Mds de l’APD. Ainsi, la part du monde francophone s’est établie à environ 15,4 % du total des aides allouées par la France à des pays tiers, soit seulement 1 euro sur 6,5 euros versés. Cette part est même en baisse par rapport aux deux années précédentes, puisqu’elle s’établissait à environ 18,1 % en 2015 et 17,5 % en 2014. Par ailleurs, il est à noter que le Maroc, premier pays francophone bénéficiaire, arrive alors à la onzième place d’un classement global où il est l’un des deux seuls pays francophones (avec le Cameroun) à faire partie des vingt premiers bénéficiaires de l’aide française au développement.  

Le Royaume-Uni, un modèle d’intelligence stratégique

Contrairement à la France, assez irrégulière, le Royaume-Uni a constamment fait preuve d’une vision à long terme depuis les années 1600 (à une époque où il ne s’agissait encore que du royaume d’Angleterre). Ainsi, il continue aujourd’hui à consacrer une partie importante de ses efforts aux pays appartenant à son espace linguistique. En 2016, ces derniers ont représenté sept des vingt premiers pays bénéficiaires de l’ensemble des aides britanniques au développement (APD et contribution nette au budget de l’UE), contre seulement deux pays francophones parmi les vingt premiers bénéficiaires de l’aide française. Et concernant celles relevant de la catégorie de l’APD, les pays anglophones ont représenté six des dix premiers pays récipiendaires du total de la catégorie, mais surtout huit des dix premiers récipiendaires de l’aide bilatérale, comme presque chaque année (et 16 des 20 premiers !). Cette écrasante prépondérance au niveau de l’aide bilatérale démontre bien que la priorité donnée aux pays anglophones est avant tout le résultat d’une volonté politique bien affirmée, et qu’elle n’est pas simplement due à leur nombre.

Au final, le Royaume-Uni a ainsi consacré environ 58 % de son APD à son espace géolinguistique (32% pour la France). Et en tenant compte de sa contribution nette au budget de l’UE (6,272 Mds d’euros, dont une partie très marginale de 52 millions d’euros pour trois petits pays anglophones membres de l’UE : l’Irlande, Malte et Chypre), cette part s’est ainsi élevée à environ 41,7 % du total des aides versées à des pays étrangers en 2016 (contre environ 15,4 % pour la France). Cette priorité accordée aux pays anglophones n’a d’ailleurs pas empêché le Royaume-Uni d’être davantage présent que l’Hexagone dans le reste du monde, et ce, grâce à l’importance du volume de son APD qui s’est élevée à 15,86 Mds d’euros (hors Sainte-Hélène et Montserrat bien sûr, car territoires britanniques), soit presque le double de l’APD française (+ 86 %). En effet, le Royaume-Uni est parvenu à consacrer la somme de 6,7 Mds d’euros à des pays situés hors espace anglophone, soit 0,9 Md de plus que le montant alloué par la France à des pays situés hors espace francophone (5,8 Mds).


Nicaragua : l'Eglise défend le peuple contre Ortega

UnknownDes milliers d'habitants de Masaya, la ville du Nicaragua qui s'est déclarée en rébellion, ont accueilli jeudi les évêques catholiques venus empêcher un massacre par les forces de l'ordre voulant en reprendre le contrôle. En deux mois, la vague de contestation, pour exiger le départ du président Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo, vice-présidente, a fait 187 morts et plus de 1000 blessés.

Le cardinal Leopoldo Brenes, accompagné du clergé du diocèse de Managua, a traversé les rues de la ville de 100000 habitants, située à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale et devenue l'épicentre des protestations, en brandissant une image de Jésus et suivi d'une foule de riverains. Des centaines d'entre eux ont aidé à lever les barricades pour permettre aux évêques d'entrer, au son des cantiques, dans le quartier indigène de Monimbo, foyer de résistance visé par les forces progouvernementales.

L'évêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio Baez, l'une des voix les plus critiques envers le gouvernement, a invité la population à ne pas chercher à faire justice elle-même et lancé un appel "aux francs-tireurs, à Daniel Ortega et Rosario Murillo: pas un mort de plus".

Mais pendant ce temps, des tirs d'armes à feu et de mortiers artisanaux résonnaient encore dans la ville.

Suspendu depuis lundi, le dialogue entre gouvernement et opposition semblait pourtant sur le point de reprendre, alors que l'exécutif a finalement invité, comme il l'avait promis, des organismes internationaux comme l'Union européenne ou le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme à venir enquêter sur les violences commises. 

L'Eglise appelle le président Ortega - un ex-guérillero de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après l'avoir déjà été de 1979 à 1990 - à permettre l'organisation d'élections générales anticipées en mars 2019 (au lieu de fin 2021). Ce dernier reste muet sur ce point. La vague de contestation, engagée pour dénoncer une réforme de la sécurité sociale qui a depuis été abandonnée, cible le chef de l'Etat et son épouse, accusés de confisquer le pouvoir et de brider les libertés.


Donald Trump est-il le maître du monde ?

D'Hilaire de Crémiers dans Politique Magazine :

Couv"Une sorte de fou narcissique tel que le dépeint la presse occidentale, qui se livre à des impulsions sans cohérence et qui risque de faire exploser la planète ? Cette explication simple, et sans doute trop simpliste, ne rend pas compte, sinon du personnage, du moins de son action. L’observateur attentif et qui tient compte de ce qu’il dit et de ce qu’il fait, ne peut que constater que l’homme ne cherche pas, mais absolument pas, à être le maître du monde. À la vérité, il s’en moque, il l’a assez proclamé. Il a même affirmé le contraire. America first, l’Amérique d’abord, c’est son unique ligne de conduite ; et le reste est traité en conséquence. Les fortes personnalités qu’il a choisies et qui forment son entourage, agissent dans la même perspective. Aucune idéologie. Des choix pratico-pratiques assaisonnés de chantages, tels qu’en fait un patron d’affaires, et toujours aux limites de l’inconvenance. C’est pourquoi on s’acharne sur sa vie privée pour le faire tomber.

Pour chaque dossier, il sait ce qu’il veut…et il l’obtient. Du moins, jusqu’à présent. Il dit, il fait et, pour le moment, il gagne….avec des risques qui peuvent être terribles mais qui sont toujours calculés.

Pour la Corée du Nord, quelle que soit la rencontre du 12 juin, il est impossible de nier que par ses agitations il a fait bouger les lignes, plus que tous ses prédécesseurs qui les ont plutôt figées. C’est son pays qui en tirera profit à tout point de vue. La Chine traite : elle accepte finalement les conditions imposées par les États-Unis, pour compenser le déficit de la balance commerciale. Elle tient, certes, la dette américaine, en partie, mais cette dette la tient pareillement. Canada et Mexique devront suivre ; leurs ripostes n’auront pas d’effets véritables.

Quant à l’Europe, elle n’a pas connu de moratoire à l’augmentation des droits de douane ; il est vrai que pour le moment – et pour ce premier essai, car il y aura des suites – c’est de peu de conséquence, mais la Commission européenne en est à imaginer quelques mesures de rétorsion sur des produits de luxe ou des produits alimentaires ciblés, de peu de conséquence aussi. Cependant l’Europe a tout à craindre, du coup, de la surproduction chinoise et mondiale en acier et en aluminium qui cherchera à s’écouler sur les pays sans défense.

Emmanuel Macron en a appelé à l’OMC en dénonçant une illégalité internationale dont Trump « se fiche » complètement. Ce sera l’OMC qui sera obligée de réviser ses règles pour donner satisfaction à Trump qui ne veut plus voir son pays pillé par les Chinois – entre autres sur les brevets –, envahi par les produits étrangers, déstructuré par une concurrence sauvage. Qui ne lui donnerait raison ? Son action ne tend qu’à restituer tous les atouts aux États-Unis. Sa politique budgétaire, économique et commerciale a relancé avec vigueur la croissance américaine ; il n’y a pas de chômage aux USA et il est le maître du dollar, de sa monnaie qui est encore la monnaie du monde – et donc, comme disait l’autre, le problème des autres – et ce par quoi il le tient dans son étreinte. Éternelle Amérique ! Rien ne change depuis 50 ans !

Et donc Trump, par le moyen du dollar, dicte sa politique au Moyen-Orient. Son but est de coincer l’Iran, de forcer la République islamique à se désengager des pourtours d’Israël et de la péninsule arabique ; il n’est pas le maître du monde, mais il est le maître des sanctions. Et l’Europe et la France et l’Allemagne seront obligées de se courber devant sa décision. Peugeot, Total se retirent d’Iran. Que s’imagine Macron ? Trump s’est laissé caresser par le président français mais, en tant que président de l’Amérique, il ricanait intérieurement : il n’a pas changé sa politique d’un iota. Ce qu’il veut, c’est précisément désengager les forces américaines du Moyen-Orient et n’agir que par les ressorts dont il est sûr. Il ne veut plus de dépenses qu’il juge inutiles afin de renforcer, au contraire, les dépenses qu’il sait demain être utiles à la puissance de son pays. America first ! Ce comportement est peut-être idiot au jugement de Macron, mais il est à peu près sûr que Trump, en dépit de toutes les attaques dont il est l’objet, a rendu fierté et assurance de prospérité à ses compatriotes de toutes catégories sociales. C’est un gage pour les fameuses élections intermédiaires de l’automne 2018 et qui sait…Car s’il ne se conçoit pas comme le maître d’un monde où il ne songe qu’à faire triompher les intérêts américains, il est encore et incontestablement, en dépit de l’envie, le maître des USA. Ce n’est pas rien, président des États-Unis !

Et Macron ? Lui qui, sans doute, souriait de Trump et de Poutine tant il était sûr de sa vision du monde qu’il croyait supérieure à la leur, évidemment ! Car il avait, il a encore une vision du monde dont il se croit le penseur et le maître. C’est un projet où il ne conçoit la France que dans l’Europe et dans une Europe de plus en plus européenne et donc intégrée, et cette Europe dans un monde de plus en plus mondialisé et donc uni. Tous ses discours portent depuis le début de son quinquennat la marque de cette obsession visionnaire ; ils ont été analysés dans ces colonne, un à un : homélie sur la Pnyx, cours à la Sorbonne, exhortation à Davos ; « nouveau contrat » français de société, « contrat européen », « contrat mondial » ! Ce sont ses mots.

Et puis voilà que tout change autour de lui. L’Angleterre, contrairement à ce qu’il pense, ne reviendra jamais dans l’Union européenne ; elle en sort définitivement et vraisemblablement à son avantage. Les pays de l’Est font sécession ou pratiquement ; ils sont en conflit avec la Commission européenne dont ils refusent directives, règlements et décisions. La Slovénie vient, elle aussi, de voter « populiste ». L’Autriche prend la tête de l’Union européenne en juillet. L’Italie de Giuseppe Conte, de Matteo Salvini, de Luigi Di Maio est décidée à l’affrontement. Devant le sénat italien, le président du Conseil a défini la nouvelle politique italienne ; il n’y est pas allé de main morte ; il s’est déclaré ouvertement anti-système : « Si le populisme est la capacité d’écouter les besoins du peuple, alors nous nous en revendiquons ». Tout sera remis en cause : les budgets, la zone euro sinon la monnaie unique, les directives qui nuisent aux intérêts nationaux italiens, la politique migratoire européenne dont « le système de Dublin » qui pénalise effroyablement l’Italie et dont elle veut se libérer pour mener comme elle l’entend sa propre politique. Il n’est pas jusqu’à la politique étrangère où l’Italie ne souhaite retrouver son indépendance en annulant, quant à elles, les sanctions contre la Russie. Qui ne lui donnerait raison ?

L’Allemagne, elle-même, maintenant, doute de l’Europe et pas seulement l’Afd. Merkel recule devant les propositions de Macron ; elle sait fort bien où en est l’opinion allemande. Toutes les contorsions de Macron qui fut le conseiller de Hollande, visent à une plus grande intégration budgétaire et financière pour, au final, davantage répartir les charges et les risques de la dette. Eh bien, l’Allemagne n’en veut pas et si FME il y a, il sera à ses ordres.

Ce n’est pas seulement le monde qui échappe à Emmauel Macron, c’est bien l’Europe sur laquelle il a tout misé et qui ne répond plus à aucune de ses conceptions, qu’il croyait naïvement progressistes comme les lui avaient enseignées ses professeurs, et qui sont toutes dépassées. Il est probable que ses réformes en France qui chamboulent tout, en perdront leur sens. Les élections européennes de 2019 où il pense rebondir à la manière de la présidentielle française de 2017, seront un enjeu crucial. Il le sait. Mais la volonté ne suffit pas. C’est d’abord un jugement politique droit dont l’homme d’État doit être doté."


Poutine et Netanyahou négocient la prochaine offensive syrienne

D'Antoine de Lacoste sur Boulevard Voltaire :

"Depuis plusieurs semaines, l’armée syrienne masse des troupes dans le sud de la Syrie, près de Deraa. Deraa est une ville symbolique car elle est le berceau de la révolution islamiste en Syrie. Elle a été reconquise par l’armée en 2016, mais une grande partie de la province du même nom est encore aux mains des islamistes, notamment le long de la frontière jordanienne. Cerise sur le gâteau : Daech tient un petit territoire le long du Golan, sous la protection d’Israël, ravi d’avoir des groupes islamistes « tampons » entre le Golan et les troupes iraniennes, présentes également dans la région…

Un premier accord a été passé il y a quelques semaines entre Israël et la Russie, aboutissant à un retrait de quelques kilomètres des soldats iraniens.

Aujourd’hui, la Russie veut aider la Syrie à reconquérir ce territoire. Sur le plan militaire, l’affaire ne présente pas de grandes difficultés : après quelques jours d’offensive syrienne, appuyée par l’aviation russe, les quelques milliers de combattants islamistes, dont le moral est au plus bas, négocieraient leur évacuation vers Idleb, au nord-ouest du pays, avec familles et armes légères. Le scénario est maintenant bien rodé.

Oui, mais à une condition : que l’aviation israélienne ne vienne pas perturber ce beau projet, en attaquant les troupes syriennes, par exemple ; ce qu’elle a déjà fait dans le passé, précisément dans la région de Deraa.

Pourquoi ferait-elle cela alors même que les Russes seront à la manœuvre, ce qui n’était pas forcément le cas lors des offensives syriennes précédentes ? La réponse est simple : pour faire reculer plus loin encore les troupes iraniennes.

Bien sûr, comme dans la Ghouta ou à Yarmouk, dernières reconquêtes urbaines de l’armée syrienne près de Damas, il n’est pas prévu d’intégrer des éléments iraniens dans la prochaine offensive de Deraa.

Mais Israël sait que la puissance de son aviation est une menace que ni les Russes ni les Syriens ne peuvent négliger. De plus, Russie et Israël entretiennent de bonnes relations et Netanyahou a exposé très clairement ses revendications à Poutine lors de leur rencontre du 9 mai dernier.

Les discussions sont donc en cours et cela explique pourquoi Netanyahou profite de sa tournée européenne pour multiplier les menaces contre la Syrie, coupable à ses yeux de laisser un appareil militaire iranien conséquent s’installer à quelques encablures du Golan.

Le projet d’offensive vers la province de Deraa tombe donc à pic pour Israël. Poutine, comme souvent, se tait. Mais Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, a rappelé il y a peu que toutes les troupes étrangères avaient vocation à quitter la Syrie.

Premier pas vers un accord ? Les Iraniens semblent peu disposés à faire des concessions. Les Russes doivent donc convaincre les Syriens de convaincre les Iraniens. Cruel dilemme pour Bachar, qui sait bien que les Iraniens ont été un appui au sol décisif contre les islamistes."